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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 20:09

V

 

 

 

onnesementira461.jpgAffirmation gratuite, promesse non  tenue, le titre est trompeur, lui aussi !.

Si vous  décidez d’aller voir cette pièce pour passer un bon moment  de rigolade, vous faites fausse route.

Enfin, ça dépend… si vous êtes de ceux qui pleurez de rire devant un type qui glisse sur une peau de banane, alors vous pouvez y aller.   Mais attention : cette histoire-là peut un jour être la vôtre. .. si elle ne l’est pas déjà.

De toute façon vous passerez un moment intense, entre rire et larmes.

 

Le sujet, l’adultère (sujet favori de l’auteur) n’a rien de très original mais il est ici traité avec une intelligence, une finesse, une cruauté qui le rapprochent  d’ une tragédie d’Eschyle.

Mais que serait un tel texte sans ses interprètes ? Une conférence sur la problématique du mensonge.

Or, nous avons devant nous un duo d’acteurs étonnants, aussi percutants l’un que l’autre.  Ils  ne quittent pas le plateau durant 90 minutes, le temps de procéder à  une subtile recherche de la vérité au moyen d’un interrogatoire haletant.

Décrire ici le talent de l’un et de l’autre dans leur duel amoureux serait dévoiler les ressorts de l’intrigue.  Donc je m’abstiens.

Dommage,  j’aurais aimé vous détailler leur virtuosité, leur beauté, leur élégance… Bref, ils sont tous deux un régal à écouter et à voir se démener dans cette situation infernale…

Eric Assous ne donne pas dans le rabâchage sur ce thème éculé. Il nous invente un vrai suspense.

A la moitié de la pièce, on ne sait vraiment pas, du mari ou de la femme,  lequel est la victime, lequel est le bourreau.

 

Fanny Cottençon est tour à tour comique,  révoltante., touchante, frémissante, et en plus elle est belle.

Jean-Luc Moreau nous confond par l’attraction de sa seule présence,   la sobriété de son jeu tout intérieur, dans un personnage  dont on se demande si sa sérénité est feinte ou réelle, si son amour conjugal est sincère ou factice,  jusqu’à la révélation finale.

 

Je dois être honnète.  Cette pièce d’Assous m’a  d’abord agacée par son ambigüité. Que cherche-t’il ? A faire rire de cette situation cocasse ? A faire réfléchir tristement sur la duplicité des deux sexes ?   On  sort  de là  ébranlé  plutôt que réjoui. Mais comment ne pas être sensible à  la justesse de son analyse  et la richesse de son écriture ?    A eux trois, ils m’ont eue.

 

Miss Comédie

 

C’est au théâtre La Bruyère jusqu’au 30 avril

 

 

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 15:29

 

 

  scan.jpgAu fil des années il gardera ce regard farouche, mais le cigare grossira avec lui. 

Qui est-ce ?

Réponse le mois prochain.

A bientôt !

Miss Comédie

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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 21:24

 

 

hopper.jpg« Quel temps magnifique !

 « Oui, mais on supporte bien  nos vêtements, il y a ce petit vent… 

«  Ils ont une belle vue, mais un peu…

« … Plate ?

« Oui,  rien à l’horizon… C’est un peu inquiétant…

«  Nos hôtes ont disparu.

« Et puis ils nous laissent seuls,  là, qu’est-ce qu’ils font, tous les deux ?

« Il l’aide à préparer les apéritifs,  je crois.

« Bon, on n’est pas mal, on prend le soleil…

…………..

« Vous voyez, cette perspective, là, devant nous ?

« Oui ?

«  Et bien, avec nous en  face, c’est les Etres  et le Néant.

«  Bien dit !

Ils rient tous ensemble. Puis dressent  l’oreille.

« Vous entendez ?

«  Oui… quelqu’un joue du piano.

« Qui cela peut-il être ?

«  Un de leurs enfants ?

«  Oui, parce que  qui préparerait le dîner ?

« C’est la Sonate au Clair de Lune.

« C’est vrai que si ça continue, nous serons encore là au clair de lune.

« Mais enfin, qu’est-ce qu’ils font !

« Attendez, c’est peut-être un diner trois étoiles…

(Rires)

 

« Vous savez, elle,  c’est un vrai cordon bleu, on m’a dit.

« Mais vous avez vu une table dressée, vous ?

« Non, ils nous ont fait passer par le jardin.

« Vous croyez qu’il n’y aura pas de dîner ?

« « Ils nous ont peut-être conviés à un concert ?

« Regardez, le soleil est prêt à passer derrière la colline.

« On est bien, on se détend, vous ne trouvez pas ?

« Et bien moi, je commence à avoir faim...

« Tiens, la musique s’est arrêtée.

On entend un cri horrible dans la maison puis des pas précipités et une voix leur parvient  sur un ton brutal :

«  Ne bougez pas, vous autres ou vous êtes morts !

Tétanisés, ils restent figés, immobiles.  Ils ne se retournent pas.

L’un d’eux chuchote :

« Je vous l’avais dit, ce paysage avait quelque chose d’inquiétant.

 

4 mars 2015

Miss Comédie "Conversations imaginaires"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 16:36

 

 

  Souper 2Evidemment, on ne peut s’empêcher de penser à DIPLOMATIE, autre récente pièce à succès, autre moment  d’Histoire, autre suspense, celui-ci un peu moins haletant que le premier.

Toujours Niels Arestrup, aussi imposant, voix métallique, manières aristocratiques, assurance souveraine, c’est Talleyrand.

Face à lui, Patrick Chesnais, venu du boulevard comme pour illustrer la différence d’origine des deux personnages.  Mais il  n’est pas là pour nous faire rire. Cinglant, exalté, il est un Fouché très crédible.

L’histoire les a-t-ellle réellement réunis pour décider de l’avenir de la France ?  Fouché aurait-il accepté de partager un souper fin arrosé au champagne avec son ennemi juré ? Mais la scène est du gâteau pour un historien.  Après Waterloo, la France se contente d’un gouvernement provisoire, que préside Fouché. Mais ensuite ?L’un veut réinstaller la royauté, l’autre veut donner le pouvoir au peuple.  Vaste débat, éternel débat. On ne va pas juger ici si leur alliance fut bonne pour la France ou non.

Mais Chateaubriant décrit ainsi les deux personnages  venus rencontrer Louis XVIII pour lui  rendre le trône : « Le vice appuyé sur le bras du crime ».   On ne sait lequel des deux tirera le plus d’avantages de la situation.

 

Le texte  de Jean-Claude Brisville est puissant, éloquent, émaillé de pointes d’humour (aigre-doux) et entrecoupé  d’appréciations gustatives, comme on pose son arme entre deux assauts.

 

Les deux adversaires sont de force égale, même si Chesnais, avec sa voix sourde, son ironie défensive et quelques poussées d’humeur bruyante ne donne qu’une petite idée de la férocité de son personnage.   Niels Arestrup a la force tranquille de Talleyrand mais en a- t -il la finesse ? 

N’importe, le texte parle pour eux.  Chacun avec sa technique, ils s’imposent.

 On ne décroche pas une minute de leurs joutes verbales.  Ils ne quittent pas le plateau, allant et venant  autour de la table au rythme de leur querelle, dans un décor sobrement d’époque.

 

C’est une pièce drôle et grave à la fois.   Avec un texte de belle tenue et des comédiens inspirés. Comme j’aimerais qu’il s’en monte davantage dans le privé.   Du boulevard, oui, mais du grand boulevard !.

Le Souper est servi au théâtre de la Madeleine, jusqu’au 29 mars 2015.

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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 21:36

V

 

   Yves-Saint-Laurent_exact780x1040_p.jpgHeurement  Saint-Laurent portait des lunettes.  Sans quoi il eût été très difficile de lui trouver un clone acceptable.

Là, ils sont deux, et la ressemblance, quoiqu’approximative (il manque la profondeur, l’inquiétude, le détachement du regard) a pu satisfaire quelques centaines (milliers ?)  de spectateurs.

 

PHObd713078-a7ae-11e4-907c-63c3b8306e5f-805x453.jpgIls vont s’affronter lors de la cérémonie des Césars le 20 février prochain.   Enfin, Pierre Niney et Gaspard Ulliel ne s’affronteront pas comme on se bat en duel ou sur un ring… Ils subiront le verdict des jurés de ladite cérémonie qui, eux, vont s’affronter.

Lesquels jurés vont choisir en fonction de quoi ?

De la ressemblance ?  De la reconstitution de  ce personnage insaisissable, inclassable, impénétrable ? Le seul caractère irréfutable de l’homme Saint-Laurent c’est le génie.

Comment interpréter le génie correctement ?  Oh how high is the moon !

 

Oui, incarner Saint-Laurent était un pari  perdu d’avance. 

On pouvait juste imiter sa façon de parler, sa façon de marcher, ses petits manèges avec Pierre Bergé, ses grands moments de création le front penché sur la table à dessin, ses délires sexuels.   Le petit bout de la lorgnette.

  Les deux réalisateurs ont vu tout cela  d’une manière différente, insistant sur telle ou telle facette de son personnage mondain, professionnel ou intime avec des scènes parfois choquantes.  Non ! Il était peut-être lubrique, peut-être capricieux, mais là n’était pas le problème.  Au fond de lui-même il y avait quoi ?  Qui peut le dire ? qui peut l’interpreter ?

 

Ces deux acteurs, très bons acteurs, sont restés l’un comme l’autre à la porte de l’univers intérieur, insondable, de Saint-Laurent.

Et je me demande bien comment le jury va les départager.

 

 

Miss Comédie - 31/01/15

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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 14:18

 

 

 

MONT-BLANC.jpgDans le hall mythique de l’hôtel Mont-Blanc à Megève, il y avait un monde fou.  L’événement : Astrid Maillet- Contoz, décoratrice attitrée  du Tout-Megève,  organisait l’exposition des  photos de son ami Jean-Marie Périer  sur les murs du salon et de la salle à manger baptisée  par Cocteau   Les Enfants Terribles.

Une expo pas ordinaire, car les photos avaient pris  des dimensions fantasmagoriques, ça allait   jusqu’à la photo-affiche  et quand on est devant une Françoise Hardy géante, miraculeuse de majesté, ou d’un Saint-Laurent vous souriant grandeur nature, assis sur un canapé avec Carla Bruni posant dans un de ses modèles, on est bluffé, on veut l’avoir chez soi, tout de suite !

-vernissage.jpgAu-dessus du bar s’étale  une  immense  photo de Stella McCartney  allongée sur un chesterfield, le regard énigmatique. C’est la photo qu’Astrid Maillet-Contoz a choisie pour son invitation au vernissage.

 

Jean-Marie-Perier-souvenirs-souvenirsIl était là, ébouriffé, jovial, un jeune homme de 75 ans qui n’en finit pas de célébrer ses années soixante qui sont les nôtres à tous, les plus belles du siècle  - et les visages  des stars légendaires qui nous fixaient, là,  en étaient la preuve.  Des talents éternellement vivants.

 

Jean-Marie Périer est l’image de cette pérennité avec dans le regard une curiosité, une gourmandise qui promet de beaux lendemains encore.

Assis pour quelques dédicaces, il ne tient pas longtemps en place. 

« Je vais conduire mon épouse  dans ses appartements », dit-il malicieusement.  Son épouse, c’est sa chienne,  complètement étourdie, vacillante  sous le bruit et la bousculade.

Il s’absente donc, pour revenir très vite reprendre le fil de ses souvenirs avec ses fans.    Il  reprend  ses dédicaces – son dernier ouvrage, « LOIN DE PARIS »  raconte sa nouvelle e expérience en Aveyron où il vit désormais et où il s’adonne à la poursuite des visages et des talents de la région pour en publier les portraits dans les colonnes du quotidien régional.  C’est la compilation de ces portraits, mêlés à ceux de ses stars favorites, que l’on retrouve dans ce  livre.

Pourquoi avoir quitté Paris ?  Les premières pages  nous l’expliquent clairement, il n’y a aucune aigreur mais aucun regret non plus dans ce départ.  Seulement une nostalgie du Paris de sa jeunesse.

.  Un besoin  de verdure, de silence sans pour autant  couper les ponts.  La preuve : il nous prépare un spectacle vivant, lui-même  sur  scène entouré de ses idoles… en photos.

Il est heureux dans sa maison près d’une ferme dont la vache est devenue sa copine.  Mais quand il parle de son projet de spectacle dans la capitale, on le sent aussi motivé qu’à trente ans.

Une soirée  légère et réjouissante où le champagne, les rires et l’élégance de ces icônes disparues nous faisaient remonter le temps. 

Félicitations,  Astrid !

 

Miss Comédie-janv.2015

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 21:42

 

 

 

 

 

 

 

cabu                                Je ne connaissais pas son visage.  Et vous ?

 

 

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

 

 

 

 

 

 

HAL-1.jpgRÉPONSE de la photo-mystère de décembre 2014

 

Il s’agissait de HAL, l’ordinateur de bord du vaisseau spatial Discovery 1 dans le film de Stanley Kubrick « 2001 l’Ogyssée de l’espace ».

 A bientôt,

Miss Comédie

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 18:16

 

elvis-presley-2.jpgDans un au-delà sans concerts de rock ni circuits de Formule 1, Elvis Presley et Juan Manuel Fangio s’ennuient.

Elvis pleure. C’est aujourd’hui le 8 janvier sur la Terre, le jour anniversaire de sa naissance.  Il peut voir la foule se presser dans le Jardin de la Méditation à Graceland, où sa tombe disparaît sous les gerbes de fleurs.

Perdu dans ses pensées, il ne voit pas arriver un bolide casqué qui fonce sur lui et s’arrête pile avant de le percuter.

 

« Hola mec, y a de la place ailleurs  !

 

 

 FANGIOL’homme, confus, retire son casque et formule des excuses d’une voix fluette qui contraste avec son visage taillé au couteau.

Elvis reconnaît Fangio le pilote fétiche d’Enzo Ferrari.

« Pardon, pardon, justement y a trop de place ici. Sur les circuits on est sur des rails  Mais   dis-moi le King, t’as un problème ? Pourquoi tu pleures ?

Elvis désigne la planète Terre, au-dessous d’eux.

 

« Tu les vois, en bas, se prosterner sur ma tombe ?  C’est mon anniversaire et je voudrais être avec eux.

«  Tu te sens seul, ici ?

« Oui, très seul. J’ai envie de me chanter « Are you lonesome tonight » mais là j’aurai pas le fou rire comme à Las Vegas !

 Comme Fangio le regarde sans comprendre Elvis explique.

 

«Il y a une anecdote autour de cette chanson. Tu la connais ?

«  Non,  raconte !

 

«  C’était pendant un gala à Las Vegas,  je chantais cette chanson avec un ton éploré comme il se doit, quand brusquement j’ai été pris d’un fou rire impossible à retenir.

 

Fangio attend la suite, intrigué.

«  Tu te demandes pourquoi, hein ? Voilà. Avant le concert ils avaient engagé une nouvelle choriste qui venait d’un orchestre philarmonique et elle s’est mise à faire des vocalises à la Maria Callas, tu vois le genre, moi j’étais pas au courant, quand j’ai entendu ça j’ai pas pu m’en empêcher, j’ai éclaté… et plus je voulais arrêter de rire, plus sa voix était infernale, j’ai ri comme ça pendant toute la  chanson. images.jpg

 

« Et alors ?

«  Alors, le public a cru que c’était une variante que j’improvisais, et  toute la salle s’est mise à rire en chœur  !

«  Et alors ?

«  Alors les organisateurs ont cru  que j’étais ivre, ils ont voulu me virer !…

Elvis éclate de rire à ce souvenir, imité par Fangio qui trouve l’anecdote poilante.

«  Après ça, l’enregistrement « fou rire » s’est mieux vendu que le premier qui était carrément fleur bleue…

 

Fangio soupire.  « Un grand chanteur ne sait pas seulement chanter, il sait aussi  improviser avec le hasard.

Puis il enchaîne :

 

 

«  Ca me rappelle une anecdote qui m’est arrivée pendant une course à Monaco, en 1950. J’étais en tête, sur mon Alfa Romeo, et devant moi il y a eu un terrible accrochage, 10 voitures se sont rentrées dedans au virage du bureau de tabac.   Je ne pouvais pas les voir, j’arrivais à toute berzingue dans le virage, j’allais gagner, et pourtant… j’ai ralenti, ralenti, inexplicablement  j’ai levé le pied  et quand je suis arrivé sur eux  j’ai pu éviter de les percuter.

 

Elvis le regarde, ébahi. Dans ses yeux il y a une question.

 

« A l’arrivée, ils se sont tous précipités sur moi :  « Fangio, pourquoi tu as ralenti ? »

Ma réponse les a tous bluffés, et l’histoire a fait le tour du monde, et pourtant, c’est tout simple :  j’ai ralenti parce que juste avant d’arriver au virage, j’ai vu la foule qui ne me regardait pas, moi le gagnant, mais qui regardait quelque chose devant moi, et j’ai compris qu’il devait y avoir du grabuge.

Elvis soupire.   « Un grand pilote ne sait pas seulement piloter, il a aussi un sixième sens.fangio_monaco_1950.jpg

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25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 16:40

 

LES SURPRISES D'UN ORDINATEUR

 

 

J’étais devant mon document Word vierge, à hésiter entre un sujet et un autre quand l’écran s’est éteint brusquement. Le temps de m’interroger, il se rallumait aussitôt.

A la place de mon doc vierge il y avait comme une scène de film.

Ca représentait une pièce  envahie de livres,  sur les étagères, sur les chaises, sur le sol, et se faisant face de part et d’autre d’un bureau, un homme et une jeune fille. 

J’ai vu la scène s’animer et la caméra s’est rapprochée des deux personnages.  De face, j’ai reconnu Albert Camus.

 

 

 220px-Albert_Camus-_gagnant_de_prix_Nobel-_portrait_en_bust.jpgIl  est vêtu d’un costume léger bleu marine. Sous la veste, son éternel gilet de laine gris.  Il a l’air fatigué.  Son bureau est encombré de livres, de papiers, de photos d’acteurs.  La fenêtre est fermée.  Il s’adresse à la jeune fille.

 

- Alors, ma chère, nous avons enfin un théâtre...

- Oui, monsieur, enfin !

Il lui parle d’égal à égale. Elle  paraît très jeune, à peine  dix-huit ans. Elle a devant elle une idole. On sent qu’elle prend sur elle pour paraître naturelle, qu’elle a conscience de vivre un moment exceptionnel. Les minutes commencent à filer à un train d’enfer.

Il lui parle encore.

                                                      

  -Je n’aurais jamais cru que ce fût si difficile, soupire-t-il.  Bon, la pièce est longue, lourde... une lourde machine... Et tous ces comédiens.... Mais enfin voilà : c’est encore une femme qui a le courage d’accueillir Les Possédés dans son théâtre…

 

Elle a un sourire qui se veut complice.

 

- C’est elle qui en aura le succès...

- Chut... ne mettons pas les dieux contre nous... Si vous saviez comme je doute... Dans un mois on répète et je ne suis sûr de rien...

                                                     

. «  Ce n’est pas à moi à le réconforter », lit-on sur le visage de la jeune fille. .  Elle ouvre sa serviette  et en sort les documents à signer.  Il tend la main, les pose devant lui tout en suivant le cours de sa pensée.

 A brûle-pourpoint, il demande :

-  Que pensez-vous de Catherine Sellers ?  L’avez-vous déjà vue sur une scène ?

Elle baisse les yeux. « Il me parle comme à son agent. Après tout, oui, je suis la secrétaire de son agent »

 La question semble l’avoir agacée.

- Non, je ne l’ai jamais vue.  Seulement sur des photos...  Je l’imagine bien jouant Maria dans Les Possédés.

   

Il ne  l’écoute pas. Il rêve. Il est vraiment très beau.

- Elle est parfaite.  Et quel métier pour son âge... Une actrice shakespearienne. Elle est passionnée par le théâtre.

 

Comme elle se tait, il demande pour la forme  :

-  Et vous ?

 

Elle hésite, mais l’occasion est trop belle. Les yeux brillants, elle lance :

-  Je vais prendre des cours de comédie.

 

 Il revient sur terre.  Surpris, il l’est forcément, et il ne veut pas le montrer,  mais   la phrase le dérange.  D’un ton sec, il rétorque :

-  Pour quoi faire ?

-  Pour faire du théâtre.

Elle jubile.  Elle croit encore qu’elle va  l’impressionner.

Mais la scène continue et elle va déchanter.

Il regarde la secrétaire qui veut faire du théâtre.  C’est comme si elle avait  enlevé une perruque. La scène tourne à l’échange de balles. Champ, contrechamp.

-  Vous avez tort.

-  Et pourquoi s’il vous plait ?

- Parce que faire du théâtre n’est pas ce que vous croyez.

- Savez-vous seulement ce que je crois ?

Là, elle a une boule dans la gorge.

Il se lève. 

-  Oh oui, je le sais : vous croyez que c’est facile, que ça brille, qu’on n’a qu’à parler et que les gens applaudissent, et que l’on joue tous les rôles qu’on veut, toujours,...

-  Non, vous vous trompez.  Je sais que c’est difficile et long, et frustrant. Mais je veux essayer. Et pourquoi toutes ces comédiennes que vous admirez ont-elles le droit d’en faire et pas moi ?

Il va se planter devant elle et lui parle en se penchant, avec véhémence.

-  Parce qu’elles sont folles !   Oui, il faut avoir la folie en soi pour faire du théâtre, il faut être fou !   Et vous êtes tout ce qu’il y a de plus normale !

 

C’est comme s’il l’avait giflée avec ce mot. Elle rougit violemment.

-  Qu’est-ce que vous en savez ? Est-ce que vous me connaissez?

 

Il  hésite,  retourne s’asseoir à son bureau.

-  Oh, non, bien sûr je ne vous connais pas.  Il y a bien un peu de folie dans chacun de nous.... Mais je vous vois plutôt mariée, avec de beaux enfants, vous êtes si tendre...

«  Normale et tendre.   Je hais cet homme qui ne comprend rien aux apparences. »

Il y a un silence.    A première vue, la scène va finir sur un clash. 

Camus  feuillette les documents  posés devant lui, il les lit à peine et les signe.

Puis il referme le dossier et le lui  tend.  Elle se  lève.  C’est fini.

On lit sur le visage de la jeune fille une sorte de lassitude.

Alors il fait le tour du bureau, vient face à la jeune fille et comme elle  baisse la tête, il lève du doigt son menton, et ses yeux plongent dans les siens.  C’est le moment où ses larmes arrivent malgré elle.

-  Mon petit.  Je vous ai fait de la peine.  Je vous ai dit le fond de ma pensée, je n’avais pas le droit, c’est absurde...

Il essuie la première larme sur  sa joue d’un doigt paternel.

-  Ecoutez-moi.  Nous allons faire un pacte.  Après cette conversation, réfléchissez.  Faites ensuite exactement ce que vous sentez, suivez votre instinct. Je vous donne rendez-vous dans un an. Nous prendrons une soirée entière, je vous emmènerai dîner.   Et  vous me raconterez  ce que vous aurez tenté... ou non tenté... Vous me prouverez peut-être que j’ai eu tort ? 

 

Il la  serre contre lui.

-  Nous voulons tout... Je suis comme vous... Il faudrait plusieurs vies.  Après tout se tromper est encore la meilleure façon de se trouver.  Mais le théâtre est un maquis...   

Elle s’écarte de lui :

- Tous les métiers sont un maquis, monsieur.

- C’est la vérité.  Vous avez le dernier mot.  Maintenant les choses vont se précipiter, je n’aurai plus une minute à moi.  Mais n’oubliez pas : dans un an... le 5 janvier ... Ici, dans ce bureau. Je n’ai qu’une parole.

 

   Son geste de la main s’est fige en même temps que le son de sa voix.

 L’écran redevient noir, puis mon document réapparait.

Machinalemnt mes doigts courent sur le clavier. Les mots vont remplacer les images de cette scène pour la fixer dans le temps.   Scène Imaginaire ? oui, mais souvent, le réel et l’imaginaire se confondent dans notre mémoire.

Il faudra iajouter que la jeune fille, le jour venu,  n’est  pas allée au rendez-vous.  L’accident était déjà dans tous les journaux.

 

Miss Comédie - 25 décembre 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 14:39

 

 

 

 images.jpg                

 

              Dans quel film figure ce décor ?

 

 

 

 

 

 

 

Réponse de la photo-mystère de Novembre ci-dessous :

Belmondo et Bouquet dans La Sirène du Mississipi.

La plupart d’entre vous ont trouvé les acteurs, bien sûr, mais pas le film !la-sirene-1.jpg

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  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. 
Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer.  De comédienne- auteur dramatique,  je suis devenue  blogueuse, ça élargit considérablement la cible.
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer. De comédienne- auteur dramatique, je suis devenue blogueuse, ça élargit considérablement la cible.

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

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