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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 15:48
LA RENCONTRE DE PROUST AVEC VERMEER

Mars 1921.

Proust vient de découvrir dans la salle du Jeu de Paume le tableau de Vermeer « Vue de Delft ». Cette découverte le bouleverse et il écrit alors dans le 5ème tome de « A la recherche du temps perdu », quelques lignes qu’il attribue à son personnage Bergotte. Comme une profession de foi, comme une illumination dans l’inspiration de l’écrivain.

 

Mars 2017

Le jour  pointe sur l'immense cour où  la Pyramide de Pei renvoie les premières  lueurs du soleil levant.

Dans l'ombre, deux hommes se rencontrent se saluent.

« Vous attendez l’ouverture ?

« Oui, comme vous, je suppose ?

« Oui, avant l’affluence…

« Vous venez pour quel tableau ?

« La Jeune Fille à la Perle. Et vous ?

«"Vue de Delft". Je ne suis pas sûr que cette toile figure parmi les douze prêtées au Louvre. Mais j’aimerais tellement revoir cette Vue de Delft...

« Pourquoi ?

« Oh, ce tableau occupe ma pensée et inspire mon travail depuis des années, presque un siècle.

Intrigué, l’autre fixe intensément le jeune homme qui lui parle. Ce qu’il dit l’étonne et le touche, cet inconnu est envoyé par le hasard.

Il insiste :

« Pourquoi ce tableau-là ?

« Comment vous dire… J’y ai découvert le secret de la couleur, d’une touche de couleur qui peut animer un paysage comme un texte, lui donner vie.

« Qui êtes-vous ?

Ils se regardent.

« Je m’appelle Marcel Proust.

« Je suis Johannès Vermeer. Vos paroles m’émeuvent infiniment.

 

Ils se taisent un instant, saisis par la magie de ce  moment. Et Proust  questionne à son tour :

« Mais vous, que cherchez vous à revoir dans La Jeune Fille à la Perle ?

« Je peux vous l’avouer, je veux retrouver dans son regard le regard de ma fille chérie, Margharita, qui a posé pour ce tableau et qui est qui nous a quittés  trop tôt, hélas.

LA RENCONTRE DE PROUST AVEC VERMEER

« Il a été dit que l’une de vos servantes avait posé pour vous…

Vermeer eut un geste d’impatience.

« Je sais. La rumeur est née d’un livre, un roman de fiction qui a alimenté les ragots. Et comme l’homme aime le scandale, il y a eu ensuite un film et maintenant, tout le monde croit que j’ai eu une aventure avec ma servante, alors que… (il a comme un sanglot).

Personne n’est à l’abri de l’imagination perverse des foules.

 

Marcel Proust prend le bras de Vermeer.

« Allons-y, maintenant. Les lumières s’allument. Entrons avant la foule. Vous allez me raconter comment la couleur vous est venue dans la main alors que vous regardiez votre ville.

« Et vous, vous m’expliquerez ce que vous avez ressenti en découvrant le tableau. Je ne pouvais rêver d’un tel cadeau.

 

Ils s’arrêtent alors et dans la lumière  nacrée de l'aub, Proust récite les quelques lignes qui ont marqué sa nouvelle approche de l’écriture devant la "Vue de Delft" de Vermeer :

« Il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu’il veut saisir, au précieux petit pan de mur. – c’est ainsi que j’aurais dû écrire, se disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse comme ce petit pan de mur jaune. »

 

Vermeer a écouté, concentré, cette lecture faite d’une voix frémissante.

Alors il murmure  :

« Je ne me souvenais pas de ce pan de mur… Mais ces quelques phrases m'ont donné envie d'aller à la recherche de votre temps perdu... "

 

Conversation imaginaire par

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 14:58
EDMOND OU RIEN !

J’arrive un peu tard pour parler d’EDMOND. Tout Paris a vu cette pièce d’Alexis Michalik, toute la presse l’a encensée. C’est « la pièce de l’année », c’est un triomphe, totalement inattendu.

Comment ne pas faire le parallèle avec l’accueil fait à CYRANO DE BERGERAC, la pièce mythique d’Edmond Rostand, dont la première représentation, le 28 décembre 1897, fut un succès fracassant et totalement inattendu ?

A croire que le personnage emblématique de Cyrano possède un pouvoir secret. Il porte aux nues celui qui entreprend de lui redonner vie. C’est ce qui est arrivé à Alexis Michalik, amateur d’illusion et porteur d’histoires fantastiques.

 

J’aurais tant aimé être à la première d’EDMOND, ce 15 septembre 2016, pour assister à ce phénomène : la même surprise, le même émerveillement mais cette fois devant douze inconnus qui réinventent la folle aventure de Cyrano avec tant de liberté, d’enthousiasme, avec une technique de ténors du théâtre français et une grâce infinie.

Ont-ils eu droit, comme à la première de CYRANO à la Porte Saint-Martin ce 28 décembre 1897, à vingt minutes ininterrompues d’applaudissements et à 40 rappels ?

 

Pour nous, quatre mois plus tard dans ce bijou de théâtre qu’est le Palais Royal, nous ne savions plus qui applaudir, Rostand ou Michalik dans cet amalgame de rêve et de réalité tissé autour d’un personnage devenu une icone.

  1. tout le génie d’Alexis Michalik est d’avoir laissé dans l’ombre le mythe pour mettre en lumière toute une époque avec ses musiques, ses décors et ses personnages hauts en couleur : Sarah Bernhard, Ravel, Labiche, Feydeau, Coquelin. Ils ont tous leur rôle à jouer dans la vie d’Edmond, le vrai et celui de Michalik.

Nous savions tout de Cyrano, l’amoureux au grand cœur, nous ne savions rien des tâtonnements, des doutes et des hasards qui lui ont donné naissance. Ici le héros c’est Edmond, le poète dédaigné qui en un jour connaît la gloire éternelle.

  1. héros c’est Edmond, oui, mais le metteur en scène n’a pas dit son dernier mot : la pièce touche à sa fin et voilà que Cyrano reprend le flambeau et nous offre cette dernière scène « contre l’arbre », la confession ultime et la mort.

Une fin digne de Molière, une apothéose théâtrale.

Coup de maître car à la fin de l’envoi, il touche…. !

 

Au théâtre du Palais-Royal jusqu’au 30 juin 2017

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 15:48
LA MAGIE DES 400 COUPS

Au bout de sa course interminable, au bout de sa fuite, il y a la mer, qu’il rêvait de voir un jour. C’est la dernière image du film avant ce mot FIN masquant son beau visage d’enfant. Triste fin, qui n’en est pas une. On a du mal à imaginer la suite.

 

 

C’est pourtant un film culte. Mais son étoile a pâli, les années passant, devant la profusion des nouvelles vagues.

Celle de Truffaut commence avec LES 400 COUPS, son premier film, un chef-d’œuvre.

Saisie, médusée, j’ai découvert tardivement ces images magnifiques d’un Paris oublié, ces pulsions enfantines violentes, cette façon de les filmer si simplement qu’elles en deviennent bouleversantes.  Quelques jours dans la vie d’un simple petit cancre qui va lentement tomber dans la délinquance, à force de petits larcins, à force de solitude.

Truffaut-Léaud. Il lui a transmis ses révoltes, il lui a inventé sa solitude familiale, il lui a infiltré sa détresse, celle qu’on a tous à l’âge où tout est possible mais où s’élèvent toutes les barrières.

 

Jean-Pierre Léaud se prend vite pour Antoine Doisnel, c’est facile, il lui ressemble comme un frère. Mais en plus, il est déjà acteur dans l’âme. L’acteur sans passé, sans artifices, sans ego.

Plus jamais il n'aura cette dimension-là.

 

Sur le tournage  il volait, insultait, provoquait les passants, créant des incidents que l’équipe assumait avec indulgence. Léaud ne jouait pas Doisnel, il était Doisnel.

Truffaut-Léaud, leur premier film, le plus emblématique.

Il y a dans le film une scène qui tue, qui m’a rappelé la scène de LA FILLE SUR LE PONT de Patrice Leconte, où Vanessa Paradis se confesse en gros plan devant la caméra. Un exercice de haute voltige où sans la sincérité, c’est le plongeon. Le plan, en tout début du film, dure de longues minutes où elle est prodigieuse.

 

LA MAGIE DES 400 COUPS

Ici nous voyons Antoine Doisnel répondre qux questions d’ une psychologue. Ses parents l’ont mis pensionnaire dans un centre d’observation pour mineurs délinquants et les questions sont celles d’un interrogatoire.

« Vous avez volé 10000 francs à votre grand-mère : par besoin ou par méchanceté ?

« « Il paraît que vous mentez sans cesse ?

« Vous dites que votre mère ne vous aimait pas. Pourquoi ?

« Avez-vous déjà couché avec une fille ?

Le ton est hostile mais les réponses d’Antoine sont spontanées, claires, visiblement sincères. Il raconte ce qu’il ressent, ce qu’il a dans la tête et dans le cœur, il ne triche pas, il n’est pas mal à l’aise, il se défoule avec tous les détails possibles, on sent que cela lui fait du bien, il regarde la femme droit dans les yeux, ses mains triturent des papiers devant lui mais ce n’est pas le trac, c’est la fébrilité d’un gosse qui veut montrer sa bonne volonté, son désir de se justifier, de se réhabiliter.

Tout cela n’est pas descriptible, il faut voir le visage confiant, entendre les phrases hésitantes cherchant le mot juste, il croit que cette conversation va lui ouvrir les portes de l’internat, il y croit, cela se voit. La scène est filmée sans interruption, en direct, c’est la seule scène du film qui n’a pas été post-synchronisée.

C’est dire si Truffaut croyait en son acteur, il savait ce qu’il allait offrir à la caméra.

Et nous, à peine remis de cette contemplation, nous allons suivre le petit, en cavale, durant une séquence interminable où on le voit courir, à toutes jambes, sans une halte, les paysages défilent au rythme de sa course ininterrompue. On traverse des champs, on longe une rivière, on rencontre des hameaux, des arbres, on entend les oiseaux chanter. C’est d’une beauté inouïe.

Son cœur est prêt à éclater, le nôtre aussi lorsqu’il atteint la fin des terres et contemple devant lui ce qu’il rêvait de connaître un jour : la mer. Ses pieds vont à la rencontre des vagues bienveillantes, et son enfance s’arrête là. Son dernier regard à la caméra ne nous apprend rien. A nous de lui donner un sens.

 

Miss Comédie

 

 

 

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 12:02

L’INSTANT THÉÂTRE SOUS HAUTE TENSION

 

Faut-il aller voir JEANNE D’ARC AU BÛCHER à l’Opéra de Lyon ?

 

Si la question se pose, (enfin, si je la pose) c’est qu’il faut s’attendre à quelque chose de détonant, et peut-être de dérangeant pour les âmes sensibles.

Tout porte à croire que ce spectacle sera un défi à l’aimable, au courtois, à la culture bio, au principe de précaution, au grivois, à la décence, et surtout à la négation du divin.

Qu’est-ce qui me fait dire ça ?

JEANNE D'ARC AU BÛCHER À L'OPERA DE LYON

Il suffit de savoir que le célèbre oratorio d’Arthur Honegger avec son texte de Paul Claudel, a été pensé, mûri, ressenti et mis en scène par Romeo Castellucci, homme de théâtre italien très avant-gardiste. Les sujets brûlants l’inspirent et il les traite en profondeur. Le conformisme, ce n’est pas son truc. En 2011 sa pièce « Sur le concept du visage du Fils de Dieu » avait fait scandale au Festival d’Avignon et au théâtre de la Ville à Paris. Pourtant, malgré les polémiques qu’il suscite, on lui reconnaît un talent magistral, au-dessus de la mêlée.

Mais que va-t-il faire de cette histoire déjà empreinte d’une sauvagerie mystique qui fait peur ?

 

La musique de Honegger n’est pas forcément mélodieuse. L’ambiance qu’elle va créer ne viendra pas adoucir la cruauté du sujet.

La poésie de Claudel n’a rien de celle de Jacques Prévert. Son univers favori trouvera là ses accents les plus déchirants.

 

Le  sujet de l’oratorio, à lui seul peut donner envie d’ oublier cet épisode, l’un des plus douloureux mais aussi les plus mystérieux de notre histoire de France. Et là, devant nos yeux, les derniers moments de Jeanne d’Arc sur le bûcher, revivant chaque moment de sa courte vie en onze tableaux, depuis son enfance insouciante jusqu’au tribunal ignoble qui la condamna....  Quelle tension !

Sur scène, il y aura Audrey Bonnet de la Comédie Française, qui incarnera Jeanne d’Arc.

Près d’elle, un autre comédien du Français et pas des moindres, Denis Podalydes sera le moine frère Dominique, au pied du bûcher. Dans une interview, il dit : « chaque spectateur sera projeté dans le corps de Jeanne, dans son esprit, dans sa souffrance et son incrédulité face à la haine des hommes. »

 

Oui évidemment c’est un spectacle qui va nous emmener très loin du quotidien, du confort, du rire.  Mais  un moment de pure beauté.   Or,  Romeo Castellucci l’a dit, après Aristote : « la Beauté a quelque chose d’effrayant. » Nous sommes prévenus.

 

Miss Comédie

A l’opéra de Lyon du 21 janvier au 3 février-)

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 13:56
LES RESTOS DU COEUR

LA SCENE DU JOUR

 

J’adore ce petit film télé pour les Restos du cœur, un bijou.

Deux enfants qui discutent entre eux, six-sept ans à peine, mignons comme tout.

La petite fille, une beurette à la tignasse bouclée, voudrait accompagner son copain au Resto du cœur.

Lui, un blondinet adorable, refuse.

« Mais pourquoi je peux pas aller avec toi ?

« Je te dis que c’est un secret !

« Tu as pas confiance ou quoi ?

« Mes parents m’ont dit de pas en parler, d’accord ?

La petite fille insiste. Elle voudrait savoir ce que son ami fait « la-bas » ? Il lui explique qu’il peut s’amuser avec des jouets pendant que sa mère « fait ses devoirs ».

« Mais elle est plus à l’école, ta mère ! – et là, le sourire coquin de la gamine est à tomber.

Le petit garçon explique que c’est une dame qui aide sa mère et on comprend qu’elle doit l’aider à faire son CV « pour le travail ».

Et puis, la dernière phrase donne le frisson, il ajoute :

« Mon père, il vient surtout pour les repas…

Et là, son visage devient grave, fermé, prêt à pleurer.

Comme nous.

Ca m’a donné envie de répondre tout de suite à l’appel des dons pour les Restos du cœur.

Bravo à leur agence de com.

 

 

Miss Comédie

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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 12:38
BIZARRE, BIZARRE...

Ce n’est pas la photo-mystère, c’est la faute au mystère !

Oui, pourquoi mes vœux de bonne année postés le 1er janvier, sont-ils apparus en noir sur gris ?

Est ce pour préfigurer une année noire ? Loin de moi ce noir desseine.

Est-ce par un clic maladroit sur une mauvaise icône ?

Mystère.

Je sais que l’informatique est bourrée de chausse-trappes, aussi je me renseigne auprès de mon administration.

Mais peut-être que depuis, tout est rentré dans l’ordre ?

Suspense.

En tout cas, ce vilain texte sombre est, paraît-il, lisible pour les yeux de lynx, alors…

A bientôt en blanc sur noir, j’espère !

 

Miss Comédie

 

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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 15:29
LA NOUVELLE DU JOUR

BONNE ANNEE 2017 !

Ily a de l’espoir: les quatre chiffres de 2017 additionnés donnent le chiffre 1. Le premier, le départ, le renouveau. Notre monde part vers une nouvelle ère. Cela n’est pas forcément réjouissant. Depuis quelque temps nous assistons avec nostalgie à l’écroulement des bastions rassurants qui jalonnaient notre vie quotidienne. Bizarrement, ils se transforment tous en interdits.

Les engins du digital s’installent et prennent le pouvoir.

Les vieilles dames ne savent plus comment déclarer leurs revenus. Mais il n’y a plus de recours, il faut s’y faire.

La conquête du virtuel s’annonce avec un grand marché aux puces : chaque fœtus en est désormais pourvu pour une nouvelle génération formatée aux mystères de la Toile.

 

Oui, on le sent bien, le monde est en train de changer.

Mais soyons optimistes, l’Amour circulera aussi bien sur le web que sur les cartes routières.

En tout cas, l’année qui commence ne peut pas être pire que celle qui vient de s’achever.

 

 

LA NOUVELLE DU JOUR

CONVERSATION IMAGINAIRE autour des TEMPS MODERNES

film de Charlie Chaplin.Nous sommes en 1936, pas encore la deuxième guerre mondiale mais la Grande Dépression et les méfaits de l’ère industrielle, dévastatrice. Le travail à la chaîne ruine l’artisanat, le chômage s’installe et les populations tremblent pour l’avenir.

Chaplin donne là son dernier film muet, en pleine ascension du parlant, pour garder à son personnage Charlot son mystère et son romantisme avant de le faire disparaître de sa filmographie.

La dernière image du film montre Charlot et sa compagne marchant main dans la main sur une route lugubre, face à leur destin. Que se disent-ils ? On peut tout imaginer, et même divaguer…

 

« ELLE

Ou allons-nous ?

LUI

Je ne sais pas encore. C’est l’inconnu.

ELLE

Tu crois que ce sera mieux qu’avant ?

LUI

Ce sera mieux pour les uns, moins bien pour les autres. De toute façon ce sera toujours les temps modernes

ELLE

Donc ce sera toujours pareil ?

LUI

Non, tous les temps sont des temps modernes mais leur modernité change tout le temps, elle est de plus en plus moderne et nous nous sentons complètement dépassés, submergés.

ELLE

Il nous reste encore quelques bonnes choses… Moi je ne me sens pas vraiment submergée.

LUI

Lorsque tu regardes l’océan, jusqu’au bout de l’horizon il te paraît si calme, juste agité de quelques vagues menaçantes qui ne te font pas peur, mais tu n’imagines pas à quelle vitesse incroyable ces vagues vont te submerger si tu restes trop longtemps sur la plage !

ELLE

Nos savants peuvent tout prévoir à l’avance, les marées, les typhons, les météorites…

LUI

Oui, tous ces phénomènes font partie de la Nature dont les caprices sont récurrents depuis des millions d’années. Tout cela, on connaît ! C’est l’inconnu qui fait peur.

ELLE

C’est quoi l’inconnu ?

LUI

L`inconnu c’est l`Homme et sa créature, le Robot, sur leur nouveau domaine de conquête, la Toile, qui est aussi leur arme secrète, prête à les détruire ainsi que l’humanité toute entière.

ELLE

Mais tu es sinistre ! On est en plein STAR WAR ! Le monde n’est pas encore prêt à de tels bouleversements !

LUI

Détrompe-toi.Tout va très vite, très très vite, de plus en plus vite. J’ai même bien peur que nous ne soyons bientôt dépassés par le Progrès !

Derrière eux un bruit de roulement se fit de plus en plus assourdissant et une énorme pomme verte les dépassé dans un nuage de poussière.

 

Ils s’arrêtent et ils se regardent. Elle se fige, stupéfaite.

 

LUI

Tu es soudain toute ridée et tes cheveux ont blanchi, et moi je me sens essoufflé, mes jambes ne me portent plus…

 

ELLE, la voix tremblante

Tu avais raison, nous avons été dépassés par le Progrès ! »

 

Evidemment, si Chaplin avait écrit ce dialogue, il n’aurait pas fait mention de la Pomme mais nous sommes bien d’accord : il s’agit d’une conversation imaginaire…

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 18:09
A PROPOS DE CALIGULA

 

Albert Camus  aurait eu 103 ans  le 7 novembre dernier.

Entre autres belles paroles, il avait dit : « Je ne connais qu’un devoir, celui d’aimer ».

Parole chrétienne mais plus que cela.  Parole de sage, toutes religions confondues.

 

A PROPOS DE CALIGULA

CONVERSATION IMAGINAIRE

Sur la scène du théâtre Hébertot à Paris. 

 La première lecture de  CALIGULA vient de s’achever.  Traumatisés, les comédiens se sont retirés un à un après avoir brièvement salué Albert Camus et Paul Oettly   le metteur en scène, qui s’éclipse à son tour.

Gérard Philipe, lui, est resté assis, le front baissé.  Camus s’approche de lui.

« Gérard, qu’est-ce qui ne va pas ?

Gérard Philipe relève la tête, visiblement très remonté.

« Albert, je veux comprendre.  Pourquoi m’avoir choisi moi, avec ma figure d’ange, pour incarner Caligula, ce monstre démoniaque ?

Croyez-vous que je sois crédible  dans ce rôle ?

Albert Camus s’assied face à son acteur, prêt au combat.

« Tu le seras car ce monstre est en toi, comme en chacun de nous.

Caligula n’est pas mort, il sommeille en tout homme  investi du pouvoir.

Si je t’ai choisi c’est justement pour montrer que l’être le plus doux, le plus angélique qui soit, dès qu’on lui donne le  pouvoir, devient  un tyran  totalitaire, oubliant toute mesure.

«  Vous allez être déçu, je ne me sens aucun signe, même dissimulé au plus profond de moi, de ces penchants odieux.

« Tu n’auras qu’à dire le texte et ton personnage entrera en toi, les mots  réveilleront le monstre qui est en toi, tu deviendras Caligula.

« Mais je hais ce personnage !

« Tant mieux,  si tu l’aimais tu ne pourrais pas l’incarner.

« Je crains que Caligula  ne soit une figure dépassée, un symbole du pouvoir devenu risible.

«  Tu te trompes,  Caligula est omniprésent dans notre monde, toutes les époques ont eu leur Caligula et nous devons être prêts à le voir ressurgir là où nous l’attendons le moins.

Notre époque se meurt de croire que les choses peuvent cesser d’être absurdes.

Gérard Philipe se tait, écrasé par cette vérité. 

Puis, comme un reproche :

« Je n’ai que 23 ans, je ne connais pas la haine, je ne puis l’envisager, ni la simuler.  Croyez-moi, je serai un très mauvais Caligula.

Albert Camus sourit :

« Tu as l’âge du rôle !  Caius Caesar avait 27 ans lorsqu’il succéda à Tibère.   Il n’a pas été odieux tout de suite, il fut un empereur très populaire au début de son règne.

« Et alors ? Qu’est-ce qui lui a pris ?

« Le  pouvoir, le pouvoir…

« Est-ce qu’il était obligé de coucher avec sa sœur ?

« Ah, ça, c’était une pratique courante dans l’Antiquité !

Il y a un silence.  Puis Camus se lève, un peu las de cette discussion sans issue.

« Bon, Gérard, tu doutes, c’est normal, c’est même de bon augure, mais avant de rompre…

Gérard Philipe l’interrompt, se levant à son tour :

« Je ne reviendrai pas sur ma parole .  Mais après « Une grande fille toute simple », avouez que je change de registre…un peu brutalement !

« Ce rôle  va te rendre célèbre, je le sais.

Face à face, Camus pose  sa main sur l’épaule de Gérard Philipe, comme Scipion pose la sienne sur l’épaule de Caligula dans une scène émouvante de la pièce.  Et comme dans la pièce, Gérard Philipe recouvre de la sienne la main de Camus.

Une rafale de vent venue des coulisses parcours alors le plateau, faisant voler les feuilles des manuscrits sur la table, faisant vaciller les deux hommes.  Camus alors s’écrie :

« C’est l’esprit du théâtre qui s’insuffle en toi.  Le jour de la première il viendra t’aider à  te démultiplier.  Tu seras Caligula pour le temps que durera la pièce. »

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 17:13
ABRACADABRUNCH à LYON

L(INSTANT THÉATRE

ABRAADABRUNCH  de Iliel Vardar

Vous avez certainement vu, revu, entendu parler du « cultissime » CLAN DES DIVORCÉS  qui cartonne encore  à Paris et en province.

Voici sa 4ème pièce, tout aussi  déconnante, mais épicée d’un zeste de magie. Dommage que le titre soit si peu envoûtant.

Nous avons là un célibataire endurci, monstre d’égoïsme, au langage percutant comme un tir aux pigeons, les pigeons c’est nous, les fans de Michel Bernini qui fait mouche à chaque réplique.  Que dis-je à chaque mot, à chaque haussement de sourcils.

 

Vont  se succéder pour gâcher son petit déjeûner deux filles qui font le poids, (il faut du  culot pour se mesurer à un tel  partenaire.)

  Côté  comique elles ont de quoi l’inquiéter, côté mensurations elles ont de quoi l’émouvoir.  

Il y a d’abord  l’envoyée du « Grand », le dieu de la Centrale EDF, qui dégage un courant bleu électrique dès qu’on la touche.  Elle est là pour lui pourrir la vie et lui trouver une femme.   C’est ELLE, oui c’est comme ça qu’elle s’appelle et ça lui va bien, forcément.

 

Il ne  veut pas de femme  mais cette extra-terrestre  ne lui est pas indifférente,   du style bombe glacée,  mais capable d’émettre de petits cris et soupirs orgasmiques  très convaincants.

  .Il est prêt à craquer et à partager sa biscotte beurrée.

Pas de chance, elle s’évapore, disparaît sans crier gare.

Camille Durand incarne avec élégance et brio cette beauté pleine de mystère.

 

 

Arrive alors un personnage inénarrable, une sorte de marionnette  désarticulée, échevelée , vêtue en Galliano première époque, venue prendre possession de ce cœur à prendre. 

Eglantine, c’est son nom, ne recule devant aucune chorégraphie improvisée pour séduire le récalcitrant.

C’est Carole Benamhou bien connue des familiers de LULU SUR LA COLLINE, excellente dans tous ses rôles à transformation, virtuose de la sensualité comme de l’humour noir.   Là, elle est étonnante, débridée, follement drôle.

 

ABRACADABRUNCH (oh ce titre !) est une pièce impitoyable, d’un bout à l’autre les gens sortent  les mouchoirs car les larmes coulent tant le rire est compulsif.

 

 

Les rôles  sont joués en alternance par :

- pour ELLE :

Camille Durand, Virginie Mouchtouris.

- pour Eglantine : Carole Benhamou, Laurence Bonnet-Blanchet.

-   pour  François : Michel Bernini, Ilyes Harouni.

La pièce se joue jusqu’à fin décembre, avec deux soirées exceptionnelles les 24 et 31 décembre.

Au théâtre LULU SUR LA COLLINE

60, rue Victor-Lagrange   69007 Lyon 

Tél :  04 72  98 36 28    et  wwwtheatre-de-lulu.fr

 

Miss Comédie

 

        

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 19:37
ERRATA ---

 

 

 

Ceci est la photo correspondant à l’article «PETITS CRIMES CONJUGAUX, d’Eric-Emmanuel Schmitt,  mise en scène par Jean-Luc Moreau  avec Fanny Cottençon et Sam Karmann.

Avec toutes mes excuses,

 

Miss Comédie

 

 

 

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  • Miss Comédie
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. 
Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer.  De comédienne- auteur dramatique,  je suis devenue  blogueuse, ça élargit considérablement la cible.
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer. De comédienne- auteur dramatique, je suis devenue blogueuse, ça élargit considérablement la cible.

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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