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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 19:26
BAISERS VOLÉS, de François Truffaut

ZOOM SUR UNE SCÈNE CULTE

L’Apparition, la Femme, la Divine, arrive avec le plateau du café.

« Vous venez ? dit-elle de sa voix surréelle.

Il vient. Il s’assied sur le canapé, les genoux serrés.

Il n’ose pas la regarder.

Elle s’assied en face de lui et entreprend de servir le café, d’abord sa tasse lui, puis la sienne. Ses gestes sont précis, coulés, des gestes de femme du monde mais empreints – ou serait-ce une illusion ? – d’une certaine sensualité.  Pourtant, elle ne fait pas la coquette, elle ne le drague pas, non, elle est dans les limites de la courtoisie.

Pas un mot n’est prononcé, le silence est presque pesant.

Elle tend le sucrier, il prend un sucre, puis deux.  Il remue le café, il ne l’a toujours pas regardée mais lorsqu’elle se lève pour s’activer sur le meuble du magnétophone, il la dévore des yeux.  Son jeu est très subtil, on sent à la fois sa gêne, son émotion, son attente d’il ne sait trop quoi…

Antoine Doisnel est amoureux fou de madame Tabard, sa patronne, depuis le premier jour, depuis qu’elle lui est apparue dans le magasin à une  heure tardive.  Sa beauté, sa douceur, sa voix !

Aujourd’hui il est face à elle, incrédule mais prêt à tout. 

Elle sort un disque de sa pochette et s’apprête à le poser sur la platine.

« Vous aimez la musique, Antoine ?

« Oui monsieur.

Le monde s’écroule. Il est foudroyé par l’énorme lapsus. Il se lève d’un bond, la tasse de café se renverse sur la moquette, il fuit, Antoine, il s’échappe, c’en est trop, il faut disparaître de ce monde, il dévale les escaliers, fait irruption dans le magasin qu’il traverse comme un  fou.

« Où allez-vous Antoine ? lui demande la vendeuse.

« Je suis malade, je rentre chez moi.

La scène culte s’arrête là mais on pourrait bien le suivre et le retrouver chez lui couché dans son lit, les draps jusqu’au menton, et voir la Divine frapper à sa porte et entrer, et lui parler doucement…

 

Une telle situation est  impensable aujourd’hui  -  et encore, François Truffaut l’avait mise au goût  du jour à l’époque,  une histoire d’amour tirée du roman de Balzac Le Lys dans la Vallée !

Jean-Pierre Léaud  incarne à la fois Félix de Vandenesse et Antoine Doisnel avec le plus grand naturel, face à une Delphine Seyrig plus comtesse de Mortsauf  que jamais.

Tout a été dit sur Léaud, sa ressemblance avec Truffaut, et sur son rôle dans cette trilogie un peu désespérée qui va suivre avec Domicile Conjugal et l’Amour en fuite.

 

 

BAISERS VOLÉS, de François Truffaut

J’ai eu envie, à la manière de Modiano, de découvrir ce magasin de chaussures qui avait servi de décor à Baisers Volés. Existait-il toujours ?

Le 63 m’a déposée à la station Pompe (mais oui !) et j’ai marché jusqu’au numéro 1, devant le magasin de chaussures Maralex.

J’ai eu la surprise de me heurter à un camion de déménagement stationnant devant la vitrine. Un va-et-vient de cartons à chaussures et de meubles m’a fait craindre le pire.  Je suis entrée, j’ai vu au milieu d’un espace dévasté, un homme âgé, au visage fatigué, de haute stature, qui observait le déroulement des opérations.

« Pardon monsieur…Vous êtes le directeur du magasin ?

« Oui madame. Pourquoi ?

« Oh… je voulais juste voir le décor de Baisers Volés…

Il a eu un sourire triste, un haussement d’épaules.

« Tout ça c’est du passé… On ferme, vous savez ?  Maralex, c’est fini.

J’ai eu le cœur brisé comme s’il s’agissait de ma famille.

C’est ainsi que j’ai assisté, in extremis, à la disparition d’un rêve.

 

L’appartement où ont été tournées les scènes d’intimité des Tabard était la propriété de Michael Lonsdale, dans le 7ème arrondissement de Paris.

D’ailleurs, dans Baisers Volés, il y a tout un pan d’histoire dont on ne parle pas assez, autour du personnage de Pierre Tabard, joué par Michael Lonsdale.  « ¨Personne ne m’aime et je veux savoir pourquoi. »

Une réplique qui en dit long sur la personnalité secrète de ce patron qui a tout réussi, sauf sa vie.

Truffaut a dit que le cinéma était plus important que la vie.

Il nous a pourtant souvent montré que sans la vie il n’y aurait pas de (bon) cinéma.

 

Miss Comédie

 

 

 

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 15:10
LA PHOTO MYSTÈRE

LA PHOTO MYSTÈRE

 

Pour clôturer ce mois capricieux, reprenons notre petit jeu.

Qui sont ces acteurs et dans quel film ?.

 

 

Réoonse dans la Photo-Mystère de Mars.

A bientôt !

 

 

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 21:31
LIBRES SONT LES PAPILLONS au Théâtre Rive Gauche

LIBRES SONT LES PAPILLONS au Théâtre Rive Gauche

 

C’est une pièce dont on ne peut pas dévoiler l’intrigue.

Je pourrais d’ailleurs utiliser ce mystère pour vous inciter à aller la voir !

Mais il y a tout le reste.

D’abord ; c’est une histoire d’amour. Compliquée, mais justement, pas banale.  Les dialogues ont été peaufinés par Eric Emmanuel Schmidt – ce n’est pas n’importe qui – qui a déniché cette pièce d’un auteur new-yorkais, Leonard Gershe, écrite dans les années 70.  Vous verrez, rien n’a changé dans les comportements aujourd’hui.

 

La mise en scène est signée Jean-Luc Moreau.

 On reconnaît tout de suite les déplacements comme spontanés, le rythme qui colle à l’action,  et la subtilité du jeu des acteurs.

 

Les acteurs ne sont pas des stars mais quoi, ils sont parfaits. Avec ce mystérieux truc autour duquel tourne  la pièce, ils ont de quoi nourrir leurs personnages, chacun dans son élément.

 

Tout de suite on sent qu’il y a quelque chose qui cloche entre ces deux-là, et c’est un vrai problème mais je ne peux pas en dire plus.

A un moment, le problème n’en est plus un, on respire, l’amour est le plus fort, et puis… non, il y a maldonne, la mère s’en mêle,c’est un désastre... Mais quand le rideau tombe, le sourire est revenu et l’amour n’est plus aveugle.

Anouchka Delon est étourdissante.  Elle est belle, elle bouge bien, elle ne marmonne pas comme la plupart des juniors en scène, elle se régale à balancer ces répliques tellement calquées sur le vocabulaire ado..

Julien Dereims, le jeune homme mystérieux, entretient son mystère avec une sensibilité à fleur de peau. Diction impeccable dans la réserve ou la violence, il est très convaincant.

Enfin Nathalie Roussel, la mère, domine son cruel dilemme avec beaucoup de nuances.  Elle est à la fois infernale, drôle, émouvante…. Elle a du métier, et n’en rajoute pas. Du grand art.

 

LIBRES SONT LES PAPILLONS… joue les prolongations jusqu’au 29 mai, succès oblige !

THÉÂTRE RIVE GAUCHE, 6 rue de la Gaîté 750014 Paris   Tél. 01 43 35 32 31

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 15:02
Le sermon de l'abbé de Villecourt

RIDICULE

Film de Patrice Leconte

Le sermon de l'abbé de Villecourt

 

Pour moi, RIDICULE est le plus beau film de Patrice Leconte, mais aussi l'un des plus beaux de nos films historiques.

Mais  ce n’est pas seulement un beau film.

C’est un film qui ne datera jamais.  L’auteur ne porte aucun jugement, il décrit seulement ce que nous sommes depuis la nuit des temps.

RIDICULE, je l’affectionne particulièrement car il repose sur  le pouvoir des mots. 

Les mots, les mots… les hommes s’en emparent, s’en drapent, s’en affublent pour se distinguer, s’affirmer, se dissimuler.  Pour porter des coups mortels, à l’occasion.

 

Ici, dans la débauche de richesse de la Cour de Versailles, une poignée d’aristocrates désoeuvrés jouent à se provoquer avec une élégante hypocrisie.  On assiste à des duels où les mots se décochent   comme autant de flèchettes empoisonnées.

 

Jean Rochefort qui fut le premier à lire le scénario de Rémi Waterhouse, le remit à Patrice Leconte avec ce commentaire : « Lis ceci, c’est un western où les mots remplacent les colts. »

  Rémi Waterhouse n’a pas pu se réjouir la mort a mis un point final à son jeune talent.   Patrice Leconte lui a offert, avec la magie de sa caméra,  un chef d’œuvre intemporel.

 

RIDICULE a été un énorme succès en 1996. Ovationné à Cannes, plusieurs fois récompensé aux Césars, il manqua de peu l’Oscar du meilleur film mais qu’importe ?  Il reste un fleuron du cinéma  français. 

 

Le casting n’est pas ridicule, avec les acteurs qu’il fallait :   Rochefort, Giraudeau, Fanny Ardant, et la clique de seconds rôles attitrés qui ne déparent pas dans le décor. Et puis un inconnu  pour trancher sur ce parterre de célébrités :  Charles Berling, héros et victime de ce ces jeux du cirque. Son personnage, le baron Ponceludon de Malavoy, est venu de sa province pour implorer la faveur du Roi.  Ce jeune homme  a de lesprit, ce qui en fait très vite le rival et l’ennemi du beau parleur en titre, l’abbé  de   Villecourt, que joue Bernard Giraudeau avec panache.

C’est lui que j’ai choisi pour ma scène culte, mais j’aurais aussi bien pu en choisir une dizaine d'autres, tout aussi succulentes.

Le sermon de l'abbé de Villecourt

Toute la Cour réunie autour du couple royal, assiste au sermon dominical de l’abbé de Villecourt. Giraudeau s’échauffe peu à peu. Il nous offre  une démonstration héroïque de son éloquence théâtrale, une débauche de citations bibliques, de périphrases incompréhensibles, il se déchaîne, il entre en transes devant un auditoire pantois. 

Pour finir, échevelé, les yeux brillants de fièvre, le front ruisselant, il s’écrie « et voilà comment, mes chers frères, je viens de prouver l’existence de Dieu ! »  Le Roi Louis XVI donne le signal des applaudissements.  C’est un triomphe.  Encouragé, l’abbé enchaîne : « … et je pourrais tout aussi bien  prouver le contraire… s’il plait à sa Majesté ! »

La boulette.  Le Roi, offusqué, se lève, visage fermé, visiblement choqué par le blasphème, et quitte la chapelle, suivi de toute la cour, avec cette phrase ; « La Bastille vous attend, philosophe ! J’y veillerai. »

L’abbé reste planté, bouleversé, fou de regret de sa maladresse, et s’adresse à la comtesse de Blayac sa maîtresse :

« Mais… mais c’était juste un bon mot !   Madame, faites quelque chose ! »

Le Roi n’a pas apprécié le bon mot, il est des boutades qu’il vaut mieux éviter d’adresser aux  souverains de droit divin…

« Je ne peux rien pour vous,  rétorque  la comtesse froidement tout en passant son chemin.

Il n’aura plus accès à sa chambre.  Ni aux faveurs du Roi. L’abbé de Villecourt est « mort ».

 

Une mort parmi quelques autres dans ce film où les aristos s’entretuent tranquillement à coups de pointes assassines, sans savoir que la Terreur allait bientôt  leur faire beaucoup plus mal.

Le grand talent de Patrice Leconte est d’avoir donné aux noirceurs de cette  époque les couleurs d’un univers de magnificence un régal pour les yeux.

 

Miss Comédie

        

 

 

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 16:24
La scène de la mouche

IL ETAIT UNE FOIS DANS L’OUEST

La scène de la mouche

 

Il était une fois Sergio Leone, le rédempteur du western de papa, l’auteur de ce film mythique qui inaugure un nouveau genre, le western spaghetti.  Passons sur cette étiquette idiote et redécouvrons l’Ouest américain à travers la vision d’un Italien génial.

Ses images stupéfiantes, il les a tournées en Andalousie, mais aussi dans le décor impressionnant de Monument Valley.

Ses acteurs… Des monuments aussi. Mais avant ce film, ils n’étaient que des valeurs sûres du box-office.  Depuis, on les a regardés avec d’autres yeux : Charles Bronson, Henry Fonda, Eli Wallach, Jason Robards… Leone en a fait des brutes sanguinaires, effrayants de vérité.

C’était vraiment ça,  « l’Ouest américain » ?  Des bagarres à n’en plus finir ?   Mais oui, puisque c’est dans le film.

Ah oui, j’oubliais, il y a aussi Jack Elam ; illustre acteur inconnu de nous, à la filmographie impressionnante, qui joue l’homme à la mouche de ma scène culte.  On ne le revoit plus, puisqu’il fait partie des troIs bandits massacrés par l'homme à l'harmonica à la quinzième minute du film.

La scène de la mouche

La scène d’ouverture, c’est un gros plan parfaitement immobile et silencieux de Jack Elam endormi.  Dans ce silence, qui va durer onze minutes, on entend juste le bzzz lancinant d’une mouche qui s’amuse à lui chatouiller la moustache.  Ca l’agace, il remue les lèvres, soupire, souffle, mais la mouche est tenace.  Il finit par se réveiller et d’une détente rapide, coince la mouche dans le canon de son revolver.

Fin de la séquence.

Onze minutes drôlatiques qui ne préfigurent pas la suite de l’histoire…

Quand on regarde ce visage endormi, on se dit qu’on n’aimerait pas le rencontrer au coin d’une rue, la nuit.

Pareil pur tous les autres, surtout ceux qui portent le fameux « cache-poussière », leur signe distinctif.

 

Entre parenthèse, à l’époque de la sortie du film, tous les ados et adultes dans le vent se sont mis à porter ce long manteau de daim plus ou moins griffé, la rue avait pris des allures de décor western ou Directoire. C’était très beau et nos mecs avaient une sacrée dégaine, avec leurs cheveux longs et leurs cigarettes au bout des doigts.

 

Mais je m’égare.  Il s’agissait de l’aspect menaçant des personnages de ce film dont la violence est dans toutes les mémoires. Tuer des enfants !  Même Tarentino n’ose pas.

Un autre coup de génie de Sergio Leone, c’est d’avoir choisi Ennio Morricone pour la musique.  Cette bande-son est devenue le symbole d’un suspense palpitant, et l’harmonica l’instrument légendaire du cow-boy guerrier, le banjo étant celui du cow-boy pacifique.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 23:10

LA LÉGENDE DU PIANISTE SUR L’OCÉAN

La scène du duel au piano

La scène du duel au piano

Nous sommes tous de grands enfants et le cinéma est notre grand pourvoyeur de rêves, avec des histoires à dormir debout que nous écoutons avec ravissement.

Après Edward aux mains d’argent, en voici une tout aussi envoûtante dans son étrangeté. Comme le dit Max, le narrateur, au début du film, « personne ne croira un traitre mot de mon histoire ».

On n’y croit pas, peut-être… mais on s’en souvient, longtemps après, comme on se souvient de Cendrillon ou de Robinson Crusoê.

Le film, sorti en 1998, est tiré d’un roman d’Alessandro Barrico que Giuseppe Tornatore a adapté et mis en scène avec une musique d’Ennio Morricone.

Il raconte l’histoire insensée d’un enfant trouvé dans la salle des machines d’un paquebot et qui grandit dans ce navire sans jamais mettre le pied à terre. Baptisé Noveccento comme l’année en cours, mystérieusement doué pour le piano, il devient célèbre, refuse toutes les propositions de concerts sur la terre ferme. Il tombe amoureux d’une belle passagère jouée par Mélanie Thierry et renonce à l’accompagner lors de son débarquement, pris d’une peur panique de l’inconnu. Qui l’attend au sol. Il refuse même de quitter le navire lorsque celui-ci, trop vétuste, est condamné à être dynamité.

La dernière image, celle du paquebot disparaissant dans les flammes et glissant lentement dans la mer, serre le cœur.

Belle et triste histoire, que raconte son ami Max inconsolable de n’avoir pas su convaincre Noveccento de le rejoindre dans une vie normale.

La scène du duel au piano

La scène du duel au piano

La scène du duel au piano culmine au milieu du film, lorsqu’une star du jazz, Jelly Roll Morton, contrarié de la gloire de Noveccento, vient faire étalage de son talent pianistique devant l’assistance, sûr de sa domination.

Dans ce morceau de bravoure, Tim Roth qui joue Noveccento, dépasse le stade de la naïveté voulue par le rôle, pour frôler la niaiserie. Il a des expressions qui se veulent innocentes mais qui cachent mal la ruse qu’il prépare. Mais cela participe peut être à la note outrancière de la scène.

La scène est pleine d’effets énormes, depuis l’arrivée de Clarence Williams qui joue le musicien provocateur, quand on entend son pas lent résonner sur le parquet avant qu’il n’arrive près du piano et s’adresse à Noveccento sur un ton à peine aimable, on le voit venir, ça continue avec la cigarette qu’il pose ostensiblement sur le clavier avant de se mettre à jouer, et qui s’enflamme à la fin d’un numéro de virtuose magistral, au contact des touches brûlantes….(oui oui !) . La salle exulte … C’est le tour de Noveccento… C’était prévu, il fait une misérable improvisation sur le thème de « Holly night… » C’était prévu, on le hue. « Et alors ??? » on halète, on connaît la fin, mais le suspense est fonctionne.

Il avait bien préparé son coup… Pour sa troisième prestation, il s’assoit lentement, demande une cigarette…. La pose sur le clavier… Aïe, on se doute de la suite. Démonstration fulgurante, ben oui.

La cigarette s’enflamme aussi, et il la plante dans la bouche de Jelly Roll Morton pétrifié sous les flashes des photographes et les vivats de la foule.

Tout çela est gros comme une maison, mais c’est ce que l’on voulait voir, le bon qui corrige le méchant, c’est une fin logique et jubilatoire pour le spectateur lambda.

D’ailleurs, toutes les scènes culte ont un point commun : elles repoussent les limites du crédible.

Et puis, ce n’est qu’une scène, le reste du film n’est que délicatesse, et finit dans la tragédie.

Une légende qui pourrait bien être une histoire vraie.

Miss Comédie

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 19:25
LA  COLÈRE  DU  TIGRE aux Célestins Théâtre de Lyon

Je reviens au théâtre, après avoir passé sous silence Le Roi Lear défiguré par Olivier Py.

Aujourd’hui, parler de la pièce de Philippe Madral montée par Christophe Lidon est plus facile.

Il n’y a pas de surenchère dans l’avant-gardisme, la mise en scène est sans chichis,  elle se confond avec les dialogues percutants ou émouvants,et les déplacements des personnages qui suivent leurs impulsions.  Tout simplement.

Le décor, lui aussi, est sans artifice, celui d’une  modeste maison de campagne avec vue sur l’océan.

Seul, un grand panneau transparent aux couleurs des Nymphéas descend sur le devant de la scène lorsque Monet vient lire une de ses lettres à Clémenceau.

 

Après sa création à Paris au théâtre Montparnasse l’an dernier, la pièce revient aux Célestins de Lyon.

Claude Brasseur tient toujours le rôle de Clémenceau,Yves Pignot remplace Michel Aumont dans le rôle de Claude Monet.

Je n’ai pas vu Michel Aumont, mais Yves Pignot fait le poids face à l’écrasante présence de Claude Brasseur.   Il incarne un Monet meurtri, diminué par une vue défaillante, incapable de convaincre son ami de son incapacité à peindre. 

J’étais émue de le revoir après avoir été sa partenaire dans une lointaine production pour l’ORTF… Sa carrure  a suivi l’évolution  de sa carrière : imposante !

 

Le duo fonctionne parfaitement, ils sont de stature égale, et dans le conflit qui les oppose ils montrent la même énergie dans leur entêtement, la même ferveur dans leur amitié.

Lequel des deux aura le dernier mot ? Ils ont de brefs affrontements, très violents, durant ce séjour du peintre chez son ami de toujours.  Mais ils reviennent vite à leur complicité, à leurs confidences, à leur amitié qui semble indestructible.

C’est tout ?  Vous dormez déjà ? 

Non, voilà qu’apparaît Sophie Broustal qui joue Marguerite, l’amie, la bien-aimée.

Dans sa correspondance publiée en  2008 Clémenceau révèle son amour platonique pour Marguerite Baldensperger, de 40 ans sa cadette, dont la fille vient de se suicider. « Je vous aiderai à vivre, vous m’aiderez à mourir », lui écrit-il.

 

Dans la pièce, Sophie Broustal incarne avec grâce  cette jeune femme éprise d’un tigre qui, pour elle, a rentré ses griffes.

Cette histoire d’amour improbable, on y croit.  C’est tout le talent de l’une et de l’autre : de l’émotion pure.

 

L’amitié et l’amour se mêlent donc dans cette ambiance équivoque entre la colère et les larmes du tigre, sous les yeux de la servante bretonne,  inénarrable.  Marie-Christine Danède est là pour détendre l’atmosphère et ça marche !

 

Je n’ai rien dit sur Claude Brasseur ?  Et bien, ma foi, il est sans surprise, égal à lui-même, grand professionnel,  surtout quand on sait qu’il y a quelques mois à peine il faisait  au cours du tournage de « L’étudiante et monsieur Henri », ,une chute qui l’immobilisa durant tout l’été...

 

Le spectacle a quitté le théâtre des Célestins le 112 déceùbre dernier

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 18:40
BONNE ANNÉE  2016 !

Merci à la belle équipe d’Overblog pour leurs vœux pleins d’optimisme pour l’année à venir. Ils nous annoncent d’importants changements  pour le début de l’année et je tremble.  Maintenant que je me suis péniblement (et incomplètement) adaptée aux nouvelles manettes de cette machine interplanétaire, s’il faut encore réviser le code, je renoncerai à passer  le  permis.

Aujourd’hui je peux encore me lancer dans l’espace Over-blog pour vous parler d’une triste nouvelle, la première de l’année, la disparition  de Nathalie Cole, qui nous a quittés le 31 décembre.

J’ai le souvenir d’une  chanteuse en pleine gloire qui était venue chanter au Sporting de Monte-Carlo un été.  Je fêtais mon anniversaire dans la Principauté et nous avions assisté à son récital.  Elle était magnifique, en fourreau noir, et son tube planétaire « Unforgettable » qu’elle chante accompagnée de la voix de son père Nat King cole, avait déchaîné l’enthousiasme.

J’avais écrit un blog sur eux en janvier 2011 que vous pouvez revoir en tapant sur google <<<unesceneparjour.com nat king cole>>>

 

Et puis bien sûr, Michel  Galabru,  lui aussi, a quitté la scène. Pour lui je n’ai pas d’archives personnelles mais les medias se chargent de lui rendre hommage.  C’était une immense figure de notre paysage comique, peut-être la dernière  de la génération des  Bourvil, Fernandel, Raimu, de Funès…

Et puisqu’on parle de de Funes, voici la scène culte d’Oscar, un film fou qui a fait pleurer  six millions de spectateurs en 1967.

 

Dernière minute : voilà que ce matin, Pierre Boulez a lui aussi tiré sa révérence !  Le monde est-il devenu invivable ?  Il y a déjà un raz de marée d'hommages qui fait déjà oublier celui de Galabru.

Lequel des deux aura la priorité au paradis ? 

Prions pour que ce mois de janvier ne devienne pas un record de disparitions...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BONNE ANNÉE  2016 !

ZOOM SUR LA SCENE CULTE QUI DÉBUTE 12016

 

OSCAR,  d’Edouard Molinaro

La scène du nez

 

Cette scène est une tuerie, comme d’ailleurs de nombreuses séquences de ce film qui n’a pas pris une ride.

Elle est inracontable. Il faut la voir.  Et la revoir, on pleure à chaque fois. Enfin, moi.

Le film est adapté d’une pièce de théâtre de Claude Magnier dans laquelle Louis de Funes faisait déjà un numéro étourdissant.

Dans le film, Claude Rich est formidable de rouerie, d’humour et de cynisme. Beau début de carrière, après Les Tontons Flingueurs(1963) !

J’adore aussi  Mario David, hilarant dans son rôle de brute au cœur tendre.

Mais il faut aussi appuyer sur «  pause »à chaque apparition de Paul Préboist.

Ah, Paul Préboist, un monument d’ingénuité, de sincérité,  le bonheur de jouer personnifié, son sourire est une bouffée d’air provençal, c’est un personnage à la Daudet, irremplçable, irremplacé.  Il est mort en 1997, je ne m’en souviens pas, on en a très peu parlé. Il avait seulement 70 ans et il avait confié, peu de temps avant, à la télévision, qu’il était toujours vierge.  On le croit !

 

Paul Préboist n’apparaît pas dans la scène du nez.  Il n’y a que Mario David, Agathe Natanson et Claude Gensac, alignés, bouche bée, qui assistent à l’improvisation très chiadée de de Funès.

Un moment inénarrable, qui se prolonge au-delà du raisonnable, pour finir couché sur le canapé.

L’ énergie de cet homme de 53 ans qui venait à peine de se faire connaître après vingt ans de carrière anonyme, est sidérante.

Cette énergie dévastatrice , il l’emploiera jusqu’à sa mort à crever les écrans et à brûler les planches. Elle lui vaudra quelques infarctus dont il se sortira, boulimique de travail, mais vaincu il s’endormira en janvier 1983.  Sa mort fut un drame national, il faisait partie de notre vie, il nous redonnait le moral dans les moments difficiles, il suffisait d’aller voir un de ses films, et de Rire.

Mais il est toujours là, dans les salons le soir, quand les enfant assis par terre en rang d’oignon partagent la même hilarité que leurs parents devant un comique immortel.

Miss Comédie

 

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 17:45
Le soir de Noël dans Edward aux Mains d'argent

EDWARD AUX MAINS D'ARGENT

 

C’est une histoire qui nous rend notre âme d’enfant. Une histoire à couper le souffle, qui nous emporte dans un monde imaginaire où l’on retrouve les bons et les méchants du monde réel mais tellement plus poétiques !

C’est une histoire qui tombe à pic, puisqu’elle parle d’un garçon qui pouvait faire tomber la neige le soir de Noël, par la magie de ses mains d’argent.

J’adore Tim BURTON et son monde fantasmagorique  à la fois terrifiant et émouvant.  Je suis, devant ses films, une enfant éblouie qui retrouve ses premières émotions, les plus pures, celles d’un monde étrange que l’on a quitté pour venir sur terre.

D’Edward aux Mains d’argent il dit que c’est son œuvre la plus personnelle, nourrie de ses souvenirs d’enfance dans la banlieue deBurbank en Californie.

Peut-on imaginer un autre acteur que Johnny Depp pour ce rôle de créature artificielle mais tellement humaine ?  Non.  Il est sublime.

Et pourtant, la production avait d’abord approché Tom Cruise.   Puis  Tom Hanks, qui préféra s’engager sur Le Bucher des Vanités.  Puis… Michael Jackson….

Tim Burton et Johnny Depp se rencontrèrent pour la première fois au bar de l’hôtel Bel Age de Beverly Hills en avril 1989 et Burton vit tout de suite dans les yeux de Johnny Depp le regard de sa créature, un regard   d’une fixité extraordinaire,  le regard  idéal pour le personnage quasi muet de son histoire, son seul moyen d’expression.

Ce fut une rencontre décisive dans leur carrière à tous les deux. Après ce premier film ensemble, ils se sont retrouvés plusieurs fois encore pour des films tout aussi ensorcelants.

 

La scène culte de ce conte de fée se passe le soir de Noël.

Tandis que la famille adoptive d’Edward s’occupe de décorer la maison brillamment illuminée, Edward est dans le jardin où le froid a transformé le jet d’eau en bloc de glace.  Soudain inspiré par ce spectacle, Edward entreprend de sculpter ce bloc informe et ses ciseaux d’argent se mettent en action avec une dextérité, une rapidité stupéfiantes, faisant jaillir des milliers de flocons qui semblent venir du ciel.

Kim, la jeune fille dont il est amoureux, attirée par cette magie, offre son visage à la caresse de cette neige que l’on n’attendait plus.

Et le quartier tout entier se réunit autour d’Edward en transes, pour admirer ses sculptures de glace d’où naissent les flocons miraculeux.

 

C’est cette vision céleste que raconte Kim, devenue grand-mère, à sa petite fille qui lui demande « d’où vient la neige, grand-mère ? »

L’histoire se poursuit dans le drame, Kim ne reverra plus Edward,  mais son  souvenir  restera gravé pour la vie dans son coeur.

C’est le début et la fin de ce film merveilleux, baigné d’une musique divine.  Un vrai conte de Noël que vous allez adorer si vous le projetez chez vous devant vos enfants éblouis.

 

Joyeux Noël à tous,

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 19:00
Noiret, Rochefort et Marielle...

LES GRANDS DUCS,   film de PATRICE LECONTE

 

Attention, ce film sera bientôt  un film culte !  

Ereinté par la critique à sa sortie, en février 1996,  boudé par le public, il s’est fait remarquer par un clan de groupies qui se le repassent dans les soirées d’initiés.

Complètement déjanté, tourné à un rythme d’enfer, joué par des acteurs au sommet de leur folie, il multiplie les scènes d’anthologie.

`Difficile de choisir…

 

 

Patrice Leconte est spécialiste  des castings de rêve. En plus, il adore les stars et apparemment c’est réciproque.

Là,  il a fait fort encore une fois : trois des plus grands acteurs du moment : Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle et Philippe Noiret ensemble dans des rôles de comédiens ringards.  C’était gonflé.  Le scénario l’était plus encore, et quand ils l’ont lu,  les trois ont plongé en chœur.

C’était pourtant un peu risqué. Jouer les ringards quand on est trois têtes d’affiche, c’est jouer sur la corde raide. Un effet de trop et l’on tombe dans le grand guignol.

Dans ce film, les trois acteurs – et leurs partenaires – sont complètements zinzins – mais crédibles. Difficile à expliquer.

 

Chercher une scène fétiche dans Les Grands Ducs c’est chercher une tache noire sur le dos d’un  dalmatien.

Depuis les péripéties de leur casting jusqu’à la pièce de théâtre Scoubidou qu’ils interprètent de ville en ville dans la plus grande confusion, chacun des trois a sa minute de folie.

 

Mais prenons la scène de la scène où Noiret, Rochefort, après avoir décroché leurs rôles grâce à une honteuse remise sur le cachet de base, vont proposer à Marielle d’être leur partenaire dans la tournée.

Ils le trouvent en pleine crise de fureur contre son voisin  avant de le voir démolir une cloison  de son appartement à coups de piolet.

On est d’emblée dans le bain avec les trois personnages bien positionnés sur le terrain.

Noiret l’attaquant , conquérant,  beau parleur, théâtral.

Rochefort, l’ailier gauche, très gauche, simulateur, séducteur, comique  au 38ème degré, impérial.

Marielle, le gardien de but, hyper-buté, parano, belliqueux,  imprévisible et grandiose.

Ensuite, il n’y a qu’à les suivre dans leur tournée à travers la France et traquer les mini scènes-culte.

Nous assistons à une pièce de théâtre dont nous ne voyons que quelques scènes, chaque fois un désastre. Personne n’est à son poste au moment voulu.

Marielle obsédé par l’état de santé de son bébé, pendu au téléphone entre chacune de ses entrées en scène,  (essayez de l’imaginer disant « des cloques ? » d’une voix tremblante)  Rochefort éperdu dans le décolleté de l’actrice principale récalcitrante, Marielle encore, fuyant les avances d’un partenaire gay, Noiret au commissariat,  Rochefort en plein délire sexuel, Marielle jouant les intermittents du spectacle pour solliciter la générosité du public.

Et je ne parle pas de Michel Blanc, inénarrable dans son rôle de « méchant » producteur au bord de la faillite, qui hait les acteurs et  n’a qu’une idée en tête, handicaper l’actrice principale pour saboter la pièce.

 Et enfin cette actrice principale, Catherine Jacob qui joue la diva avec panache, incompréhensible mais pleine de panache, toute en rondeurs pulpeuses.

Je vous le dis, ce film est inénarrable, on ne peut le narrer, il faut le voir, un soir de déprime, et le revoir le lendemain pour être sûr de n’avoir pas rêvé. 

 

Miss Comédie

 

 

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Published by Miss Comédie - dans Zoom sur ma scène culte
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  • Miss Comédie
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. 
Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer.  De comédienne- auteur dramatique,  je suis devenue  blogueuse, ça élargit considérablement la cible.
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer. De comédienne- auteur dramatique, je suis devenue blogueuse, ça élargit considérablement la cible.

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