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16 septembre 2018 7 16 /09 /septembre /2018 19:06
LE BATTEUR  DU BOLÉRO  INCOGNITO

 

 

 Déjà loin, le mois d’août qu’on espérait interminable. C’est comme si le temps avait pris un raccourci infernal. Trente et un jours qui ont disparu comme une photo qu’on supprime de l’iPhone.

 

Reste le souvenir de quelques moments  réjouissants parmi lesquels une découverte inattendue :  Jacques Villeret dans LE BATTEUR DU BOLERO.

C‘est  un court-métrage signé Patrice Leconte qui prouve avec malice  que  les chefs d’œuvre les plus consacrés ont tous une part d’inachevé.

 

 

La surprise est de taille, car on ne s’installe pas de gaîté de coeur à l’écoute de ce boléro-là.  Mais avec Villeret il faut s’attendre à tout surtout si c’est Patrice Leconte qui tient la caméra .

 

Ca commence par un plan d’ensemble qui nous permet de juger de l’ampleur  de l’œuvre avec un nombre impressionnant de musiciens. Diable ! tout ce monde pour une rengaine ?

Autant que pour la Symphonie Fantastique…

Puis, avant que l’engourdissement nous gagne, un travelling très lent nous amène au dernier rang et ladite  caméra cadre  la silhouette replète du dernier batteur. Jacques Villeret,  concentré sur ses baguettes.  Elle ne le quittera plus. 

 

En dehors du tempo lancinant de l’orchestre, il ne se passe rien.

Ou plutôt si : tout se passe sur le visage du batteur qui ne montre aucun signe de cohabitation avec les autres interprètes.

Mieux, il paraît s’ennuyer ferme. 

Privé de partition car son travail a une régularité de métronome, il n’a nul besoin de garder les yeux fixés sur le chef, comme ses camarades.

Il regarde dans le vide ou ailleurs, soupire, son menton marque parfois la mesure,  il attend la fin patiemment.

Son rôle est si négligeable, sa participation si minuscule, que l’on pourrait croire qu’il est filmé à son insu.  Mais son jeu est absolument juste, il n’essaie pas de prouver qu’il est là,

assis au dernier rang avec des baguettes qui battent  toujours la même mesure. Villleret ne joue jamais, il s’installe tranquillement dans un personnage.  (J’en parle au présent, hélas. Mais il est toujours vivant, non ?)

 

On a oublié  la musique.  On guette. Il ne se passe rien et beaucoup de choses dans ce plan fixe.

A ce stade on a déjà  ri aux larmes, c’est le don de quelques vrais comiques : faire rire avec rien.

 

Mais le meilleur reste à venir.

Soudain le Boléro hausse le ton.  Ca passe de moderato à l‘agitato et l’ensemble de l’orchestre semble pris de frénésie.

 

Les violons se déchaînent, les tubas s’emballent et  les percussions  percutent dans un ensemble parfait.

La caméra reste sur le batteur pour qui  rien ne change sauf qu’il semble quelque peu perturbé. 

Surpris ?  Non, il connait la partition, mais peut-être sorti d’un état second  un peu trop prolongé.

Il jette des coups d’oeil furtifs mais insistants sur sa voisine dont on aperçoit les battements survoltés.

Le batteur garde le même tempo, ses baguettes ne sortent pas de leurs gonds et une sorte de désespoir s’empare de lui – du moins on le suppose.

Il brûle d’entrer avec l’orchestre dans l’apothéose finale, mais  ce n’est pas noté dans la partition.

Le ton monte inexorablement, le boléro s’enfièvre et il est impuissant, son corps est agité de légers  soubresauts alors que la batteuse voisine  entre en transes sur son tambour.

Les dernières mesures sont assassines, on avait oublié à quel point cette oeuvre est wagnérienne.

Le dernier accord s’abat comme un coup de canon.

Le batteur se lève avec les autres et salue, comme les autres.

Oui, il a sa part de succès, on applaudit le batteur du Boléro.

On regrette que le Boléro soit fini.

 

 Qu’a-t-il fait ?  Pas grand-chose.  Juste ce qu’il fallait pour que l’on regrette que le Boléro de Ravel, cette rengaine assommante, soit fini.  Un coup de maître !

 

Miss Comédie

 

 

 

  

 

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11 septembre 2018 2 11 /09 /septembre /2018 18:39
MICHELINE ROZAN, L'INCONNUE

 

 

 

 

Avant de partir, elle a fait un dernier tour dans son théâtre, son oeuvre ultime.  A cette heure, l’ombre et le silence  règnent dans les Bouffles du Nord.

Elle est sereine. Le théâtre va bien. Peter est encore là pour lui assurer un bel avenir. Elle, est allée jusqu’au bout, elle peut enfin prendre son vol.

Maintenant Micheline Rozan  gravit péniblement les derniers mètres du chemin accidenté qu’elle a suivi durant  ses dernières années. 

Essoufflée mais radieuse, elle s’arrête pour contempler l’imposante bâtisse qui surplombe la vallée du Styx.

 

Debout sur le parvis, bras ouverts et sourire aux lèvres, Albert Camus s’avance vers elle.

« Bon  anniversaire, Micheline !  clame-t-il, vous ne pouviez pas mieux choisir pour fêter la fin du voyage !

Micheline Rozan se redresse, elle  paraît soudain légère et alerte, et son visage s’illumine.

 

« Albert !  Enfin je vous retrouve, vous êtes parti si vite.  Nous avions encore tant de projets ensemble...

« Avec vous j’ai découvert le théâtre !

«  Et moi avec vous je suis passée de la littérature au théâtre...

 

Il la serre dans ses bras : « Et pourtant l’expérience des Possédés n’a pas été très encourageante pour nous deux !

« C’était un coup de maître en même temps qu’un coup d’essai, je ne demandais qu’à enchaîner !

Mais ses jambes se dérobent, tant elle est encore faible.  Elle se dégage et va s’asseoir sur le muret qui borde le chemin.

 

Toute une époque  revient à sa mémoire, avec ses artistes en quête de gloire qu’elle a poussé vers les sommets.

 

Maria Casarès s’est rapprochée :

« Micheline, je n’ai jamais oublié votre soutien – elle se tourne vers Camus -  dans une situation si difficile à assumer...

 

Micheline s’étonne en voyant venir vers elle  les nombreux  disparus qui lui doivent une fameuse carrière, la gloire même.

« Mais vous êtes tous au Paradis ?

Camus précise en souriant :

« Quelques-uns oui, d’autres attendent leur heure. Mais vous, je parie sur la bienveillance de saint Pierre.  Vous avez enduré plus de maux que vous ne méritiez, depuis votre plus tendre enfance jusqu’à vos dernières tortures.

 

Micheline Rozan respire un grand coup. Son corps frêle se dénoue peu à peu, ses mots sortent facilement de sa bouche.

Elle se lève et va vers la Porte du paradis, impériale :

« J’ai fini de souffrir. Maintenant, qu’on me donne le châtiment que je mérite ou bien le repos éternel.

Camus lui barre la route :

« Non,  vous devez attendre ici. Votre vie est entre les mains du Juge Eternel et saint Pierre vous appellera pour vous faire connaître votre destination immédiate.

« Comment ?  N’ai-je pas droit à plaider ma cause ?

 

Jeanne Moreau  s’approche.

« Nous sommes tous ici pour plaider ta cause.  Ma carrière, je te la dois. Tu m’as prise au théâtre pour m’amener au cinéma  et tu es restée mon guide jusqu’au bout .Tu as fait de ton métier d’agent un sacerdoce, tu nous a communiqué à tous ta passion  pour ce métier et ton secret  pour s’y accrocher. Tu as été un modèle d’humanisme et  de courage...   Que faut –il de plus au Juge Eternel ?

Un applaudissement général accueillit cette tirade.

Dans le groupe compact des fidèles de la grande dame du théâtre, un personnage paraît  impatient de témoigner. 

«  Qui êtes-vous, Micheline Rozan ?  Je ne vous connaissais pas...

Comment avez-vous pu réunir tant de suffrages de stars  en restant toute votre vie  ignorée des médias ? »

 

 

 

Miss Comédie 

 

 

 

Ce bref hommage  fait à la va vite en raison de l’urgence (quelle idée de tirer sa révérence la veille de son anniversaire !) est une pirouette qui ne fait qu’effleurer les mille et une facettes de son immense carrière. 

Avec son humour ravageur, j’ose présumer qu’elle aurait apprécié le ton de ces retrouvailles.

Evidemment, la dernière réplique, celle du personnage inconnu, la résume toute, elle l’Artiste en filigrane sur toutes les affiches.

Elle disait que le trésor le plus précieux de l’individu qui vit en société est l’anonymat.  Pourtant, elle mettait toute son âme dans la conquête ‘de la gloire, pour ses poulains.  Etonnant, non ?

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19 juillet 2018 4 19 /07 /juillet /2018 16:01
TABLEAU  VIVANT

 

 Entre la beauté que vous, Pierre Bonnard, m’avez jeté dans les bras, sans le savoir et celle que vous avez  aimée au long de  quarante-neuf années, il y a un monde ou ce n’est pas de la peinture.  Il y a un monde et c’est l’aventure du regard, avec ses ombres, ses lumières, ses accidents et ses bonheurs. Le monde en apparence ouvert et cependant fermé comme une vie d’homme.Les clés pour y pénétrer ne sont pas dans les livres, pas dans la nature mais très loin derrière nos yeux, dans ce jardin où l’enfance s’est un jour assise, le coeur battant, pour attendre la mer.

C'est là qu’il faut aller. C’est là que Marthe m’a rejoint, dans le musée à colonnades et m’a sauvé de la solitude et de l’ennui où je mourais. »

 

Guy Goffette, Grand Prix de poésie de l’Académie Française,  est tombé amoureux de  cette cambrure  dans un musée où il s’était réfugié un jour de pluie, dans une ville du Nord.

Cette vision a fait naître en lui une passion platonique mais envahissante qui a changé sa vie.

 Il en a fait un livre.  Le livre d’un poète, assurément !

Le récit est celui d’un amant imaginaire qui mêle fiction et réalité,  humour et lyrisme, avec un seul souci, rendre palpable l’histoire d’amour entre Pierre Bonnard et Marthe son épouse.

 

Guy Goffette  admire  Bonnard autant qu’il désire sa femme. Son livre nous entraîne sur les traces du jeune peintre encore libre de toute influence, artistique ou... féminine.

Ce petit livre nous ouvre d’autres horizons.   

 

 

Que Bonnard avait  eu un seul et unique modèle, sa femme Marthe, qu’il peignit toute sa vie durant avec la même silhouette juvénile, cela nous le savions.

 

Mais que la rencontre avec Marthe fut une révélation qui changea le cours de sa vie et de son oeuvre, cela nous le déchiffrons  avec  jubilation dans le récit aux couleurs impressionnistes de Guy Goffette.Au fil des pages, le tableau  radieux de leur idylle   s’assombrit peu à peu.  Il y a quelques digressions un peu triviales sur l’obsession de l’époque pour les bas noirs (« le plus beau avec le bas, c’est le haut » !!!), avec à l’appui le nombre incroyable de toiles que Bonnard  a peint sur le sujet..

 

Et puis, l’oeil objectif de l’amant nous dévoile  un Bonnard   enlisé dans un amour exclusif qui l’éloigne de ses amis et de ses proches.

Bonnard   soumis à la tentation mais n’y cédant pas, lié à Marthe par un lien plus fort que le charme d’une blonde...

Marthe, « à la fois sa muse et son géolier ». »

 

 

Mais revenons au début de leur histoire.

Elle  commence un jour de 1893, dans une rue de Paris.

Le jeune Pierre Bonnard  marche dans son quartier de la place Clichy, dont la  faune bariolée le fascine et l’inspire.

C’est là que  lui apparaîtra une jeune fille traversant la rue à l’approche d’un tramway.  Il voit le danger, il fonce et l’entraîne. C’est fait. Son destin est tracé  grâce à ce  tramway nommé désir.

Ils sont face à face. Tout se joue dans ces quelques minutes où il lui propose de poser pour lui et où elle accepte en lui cachant sa véritable identité.

 

Mais qu’importe,  la vie a pris soudain d’autres couleurs.  Les années qui suivent sont comme une nouvelle naissance.

 

De modèle devenue très vite maîtresse, Marthe lui ouvre des horizons. Tournant le dos aux Nabis,  il donne enfin libre cours à son inclination pour une peinture intimiste.  

Il se lance dans une profusion de nus, qui donneront à sa peinture son signe distinctif.

 

Bonnard  peint Marthe, jour et nuit,  habillée,  puis dévêtue,  assise, debout, de dos, à sa toilette, dans chacun de ses gestes quotidiens.

Elle ; toujours consentante, garde son mystère.

 

Ce n’est que lorsqu’il l’épouse, en août 1925, qu’il découvre que Marthe l’a trompé, sur son nom, son âge, sa naissance. Elle gardera tout au long de leur vie commune ce besoin de dissimulation, cette distance vis-à-vis des réalités.

Lui, ne demande qu’une chose, qu’elle soit là, à tout simplement.

Il n’aura plus besoin de séances de poses, il la peindra de mémoire  pendant quarante-neuf ans.

Elle aura toujours sa silhouette d’adolescente, il fermera les yeux sur les outrages du temps, il ne les verra pas, ce sera  Marthe, toujours Marthe, par bonheur et toujours nue. 

Guy Goffette, lui, a fait mieux, il a  rendu à Marthe sa mobilité, sa souplesse, sa grâce et son tempérament.

Dans les deux cas,  pas besoin de « modèle », nue ou vêtue. Que diable ! Sans l’imagination, la beauté n’aurait aucun sens.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

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26 juin 2018 2 26 /06 /juin /2018 18:32
FRANCOISE HARDY ET PERSONNE D'AUTRE

 

 

Non les dinosaures n’ont pas  disparu de la planète. 

Ils côtoient des monstres pas encore  sacrés comme  Jain,  élue Victoire de la Musique  ou   Moha La Squale,  la nouvelle pépite du Rap français.

 

Les dinosaures ont la vie dure, certains plus que d’autres.

Françoise Hardy, l’idole des années soixante,   que nous avions reléguée  sur l’étagère des collectors avec un soupir dû à son état de santé,  est  en train de faire frémir les animateurs de radios  avec  ce nouvel album qui est comme une résurrection.

Diantre !  A peine guérie par on ne sait quel miracle, et déjà un nouvel album qui casse la baraque !

On l’écoute, intrigué.    C’est du Françoise Hardy, mais plus tout à fait.  Qu’est-ce qui a changé ?  ..

 

PERSONNE D’AUTRE  est une longue suite de chansons d’amour qui ne s’adressent à personne en particulier - c’est ce qu’elle dit dans les interviews mais on a de la peine à la croire.

Ce personne d’autre, comment ne pas penser que c’est Lui ?  Jacques Dutronc, bien sûr. 

En tout cas, quel bel hommage à l’Inconnu !   Elle s’est entourée de musiciens  hors pair dans   les mélodies qu’elle a choisie pour leur envoûtante mélancolie.

 

Tout est mystère   dans le magnifique clip LE LARGE, l’un des titres de l’album.  Signé François OZON, il montre une Françoise Hardy suspendue entre le présent et le passé, aussi belle dans le présent que dans le passé,  face à un enfant emblématique, énigmatique.

L’amour, la mort s’entremêlent dans des paroles sybilines qu’elle chante avec cette voix inchangée, juvénile, dans son visage fantomatique.

C’est troublant.  

Des  mots qui ne racontent rien. Des images qui ne nous apprennent rien.

Rimbaud dans Le Bateau Ivre, nous en disait davantage.

Mais pourquoi chercher à donner un sens à sa mélancolie ? C’est elle toute entière la même, et le charme opère. 

PERSONNE D’AUTRE est une sacrée réussite.

 

Ce succès sera-t-il durable  ?  Françoise Hardy peut-elle entamer  une nouvelle carrière ?  

 

Les dinosaures ont beau  avoir la vie dure,   ils ne sont pas à l’abri des variations  climatiques, sociétales,  sidérales et autres dégâts du temps.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 10:15
LA  VICTOIRE DE JAIN

 

Victoire de la Musique 2017, c’est elle. JAIN, petite française née à Toulouse mais grande voyageuse,  auteur-compositrice et interprète de deux albums depuis 2015 , déjà  convoitée par les organisateurs de concerts  du monde entier.

Ce soir-là,  elle eut tout de suite l’adhésion du public qui enchaîna avec elle ce cri « OU-I ! » qui semblait être le refrain de la chanson   MAKEBA,  aux paroles insaisissables.

 

C’était le même élan du public  que pour « Allumez le feu », sauf que les années ont simplifié le texte. Et pour ce qui est de la voix, elle n’arrivait  pas vraiment à couvrir le tumulte.   Autour de la chanteuse,  la même machine de guerre que pour une rock star confirmée :   orchestre  symphonique avec violons, doublé de l’arsenal de percussions arabes, guitares électriques, effets acoustiques.

Il parait que tout cela est réglé par ordinateur.

 

Jain s’agite dans son faisceau de lumière mais si sa voix est à peine perceptible,  on sent que c’est elle qui mène le jeu.

Le public acclame. Au final, c’est Jain qui obtient la Victoire, elle seule, le spectacle est Sa décision, Son travail, Son talent, Son acharnement.

On connaissait déjà la grande cavalerie  des concerts de Johnny, Sardou, Mylène Farmer, et les groupes anglais.

Mais l’essentiel, c’était leur voix et leurs textes.

Le changement est allé très vite, seuls les ados ont vu venir le vent avec les CD et dans les discothèques.

Nous, on continuera à aimer Nino Ferrer ou Barbara mais à la maison.

 

Pour les concerts, il faudra se former le goût  à la nouvelle beatmania, pas désagréable, d’ailleurs.

J’ai été fascinée par le show de Jain sur mon écran.

  

 

En tout cas, pour elle, c’est parti.  Les fans  l’ont déjà adoptée telle qu’elle est,  pas vraiment belle, look petite fille modèle mais pas top-modèle, petite robe noire à col Claudine, « (pour contraster avec sa musique » c’est ce qu’on appelle son identité visuelle -  coefficient 10 dans l’examen de passage..

En la voyant, j’ai pensé  à Edith Piaf, toute menue toute seule sur le grand plateau nu,  seule  avec sa voix. L’ovation  du public  était assourdissante.

Mais c’était il y a longtemps.  Et  c’est bien  normal que les temps changent.  Comme le chantait Léo Ferré, « chacun son tour d’aller au bal »...

C’est la fin des chansons d’amour, dpmmage.

 

 

Regardez-la sur YouTube, remporter sa Victoire de la musique tambour battant.

 

Miss Comédie

 

 

 

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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 16:26

Linstant théâtre

DU GRAND ART

      C’est entendu, la pièce de Yasmina Reza fait  désormais partie des classiques.

Je ne me risquerai pas à en dire du bien, ni du mal ; c’est du grand art,  de l’art béton.

 

Maintenant il faudrait créer autour de ART un évènement  artistique  inédit qui s’intitulerait « ART SANS FIN ».

 

Il s’agirait de prolonger la représentation aussi longtemps qu’une fin irréfutable s’impose sans modifier quoi que ce soit sur le tableau.

Même distribution des rôles, même texte jusqu’au dernier  dialogue avant la  scène finale voulue par l’auteur.

 Là, les comédiens improviseraient  de nouveaux épisodes – une alternance d’affrontements et de réconciliations, nouvelles péripéties conjugales  - ou extra-conjugales, d’Yvan l’ami souffre-douleur, aller-retours du tableau sur le plateau, nouveaux débats autour de la même question sans réponse : « L’Art  contemporain et-il vraiment de l’art ? » ou bien « d’où vient la surenchère spéculative autour d’une  oeuvre d’art ? Dérive intellectuelle  de quelques collectionneurs, snobisme, régression mentale, ou perception extra-sensorielle de l’oeuvre réservée aux initiés ?

 

Bref, il y aurait de quoi meubler cette quête du Graâl, entre trois amis proches de la rupture mais cherchant désespérément à l’éviter.

 

Car gribouiller une toile n’est pas la solution.  Le problème reste entier, même si le feutre est lavable.

 

Les spectateurs s’en vont ravis car la pièce écrite provoque un tel sentiment de reconnaissance pour le bonheur qu’elle apporte à chacun que la ruse de la fin n’est que pirouette acceptée de bon coeur.

Ce n’est que plus tard, le lendemain,  dans un mois peut-être, que la question surgit dans notre esprit : « Sont-ils encore vraiment amis ? »

 

Ce petit jeu que j’imagine demande quelques heures de spectacle en plus, évidemment... Il faut avoir du temps devant soi.

Mais quel régal d’assister à ce déploiement de générosité et de talent de la part de ces trois acteurs prodigieux : Charles Berling, Jean-Pierre Darroussin et Alain Fromager.

Je n’avais pas envie de les quitter.  C’est peut-être pour ça que j’ai imaginé ce jeu de « déconstrucion ».

 

 

Et maintenant, à vous de jouer.    Quelle fin, pour vous, serait une issue possible à ce conflit amical ?

 

Miss Comédie

 

Au théâtre Antoine à Paris jusqu'au 17 juin

 

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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 14:07
EDOUARD BAER, UN MATIN SUR FRANCE-INTER

Edouard Baer n’est qu’humour. Il a l’humour en lui. Son oeil, son vocabulaire, sa voix, tout chez lui respire l’amour de l’humour.  

Dès qu’il ouvre la bouche on guette l’understatement. Il peut dire très sérieusement « je n’ai pas votre numéro de portable », la phrase devient irrésistible. Il n’y a que lui pour faire cet effet-là.

Souvenez-vous de sa tirade culte dans ASTERIX et CLÉOPATRE.  Un monument d’humour sous-jacent.

 

Et bien ce matin-là, à BOOMERANG, il avait l’âme mélancolique et il avait décidé d’être grave, sinistre même.

 

Sous les banderilles d’Augustin Trapenard, le magnifique animateur-improvisateur qui fait de chaque invité un personnage hugolien, transfiguré, il aurait pu se déchaîner.

Non, il choisit de faire chanter Boris Vian et c’est surprenant. 

Ce poème oublié est une bombe lacrymogène, oui, on pleure tant

ces mots font mal.

On se dit que non, Edouard Baer n’a pas voulu s’exprimer à travers ces mots-là... alors pourquoi ?

Le voici ce poème, jugez-en.

 

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir connu

Les chiens noirs du Mexique

Qui dorment sans rêver

Les singes à cul nu

Dévoreurs de tropiques

Les araignées d'argent

Au nid truffé de bulles

Je voudrais pas crever

Sans savoir si la lune

Sous son faux air de thune

A un coté pointu

Si le soleil est froid

Si les quatre saisons

Ne sont vraiment que quatre

Sans avoir essayé

De porter une robe

Sur les grands boulevards

Sans avoir regardé

Dans un regard d'égout

Sans avoir mis mon zobe

Dans des coinstots bizarres

Je voudrais pas finir

Sans connaître la lèpre

Ou les sept maladies

Qu'on attrape là-bas

Le bon ni le mauvais

Ne me feraient de peine

Si si si je savais

Que j'en aurai l'étrenne

Et il y a z aussi

Tout ce que je connais

Tout ce que j'apprécie

Que je sais qui me plaît

Le fond vert de la mer

Où valsent les brins d'algues

Sur le sable ondulé

L'herbe grillée de juin

La terre qui craquelle

L'odeur des conifères

Et les baisers de celle

Que ceci que cela

La belle que voilà

Mon Ourson, l'Ursula

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir usé

Sa bouche avec ma bouche

Son corps avec mes mains

Le reste avec mes yeux

J'en dis pas plus faut bien

Rester révérencieux

Je voudrais pas mourir

Sans qu'on ait inventé

Les roses éternelles

La journée de deux heures

La mer à la montagne

La montagne à la mer

La fin de la douleur

Les journaux en couleur

Tous les enfants contents

Et tant de trucs encore

Qui dorment dans les crânes

Des géniaux ingénieurs

Des jardiniers joviaux

Des soucieux socialistes

Des jardiniers joviaux

Des soucieux socialistes

Des urbains urbanistes

Et des pensifs penseurs

Tant de choses à voir

A voir et à z-entendre

Tant de temps à attendre

A chercher dans le noir

Et moi je vois la fin

Qui grouille et qui s'amène

Avec sa gueule moche

Et qui m'ouvre ses bras

De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever

Non monsieur non madame

Avant d'avoir tâté

Le gout qui me tourmente

Le gout qu'est le plus fort

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir gouté

La saveur de la mort...

 

Evidemment il y a là une grande coquetterie du verbe, mais on perçoit nettement un mal de vivre qu’Edouard Baer s’est approprié  élégamment pour BOOMERANG.

De quoi désarçonner Augustin Trapenard qui n’en demandait pas tant !

 

Cette émission de France-Inter réserve souvent des surprises. Augustin Trapenard a l’art de faire dire aux gens célèbres ce qu’ils ne voudraient surtout pas dire.

 

Miss Comédie

 

 

 

I

 

 

 

 

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 18:27

Conversation imaginaire

EE.T  ET HAL, LA RENCONTRE EN PLEIN CIEL

 

Dans l’immensité de l’espace sidéral baigné par la lumière froide des étoiles, où règne le silence  perpétuel, l’Extra-Terrestre (ET) est perdu.  Il pédale  sur le vélo d’Elliot à la recherche de sa planète.

Il y a des années-lumières qu’il a laissé sur terre Elliott,  Michael  et Gertie et leurs amis pour rejoindre le vaisseau spatial  venu  pour le ramener chez lui.

Il avait emporté avec lui le vélo d’Elliott avec lequel ils avaient ensemble volé vers le ciel pour échapper à ses poursuivants.

Un moment exaltant, pour eux comme pour lui.

 

Pendant le trajet qui le ramenait chez lui, il n’arrivait pas à se réjouir tant le souvenir de son séjour parmi eux emplissait son cœur. Ce vélo désormais ne lui servirait à rien. Tristement  il avait ouvert l’écoutille pour faire un dernier tour de roue dans  l’espace  et... l’espace l’avait happé,  projeté dans le vide cosmique, tandis que le vaisseau s’éloignait de lui inexorablement. 

 

Depuis combien de temps pédale-t-il dans l‘espace  ? 

L’Extra-Terrestre distingue soudain  au loin une forme, la forme d’un engin spatial en orbite, miracle !  Sa trajectoire va vers lui, il va le frôler, il agite son doigt lumineux pour alerter l’équipage.

L’engin se rapproche, il distingue l’insigne de la NASA sur la  carlingue – des amis !

Une ouverture béante s’offre à lui, il s’y engouffre.

Le voilà à l’intérieur de la navette spatiale, le silence règne à bord, l’obscurité aussi, il  s’aventure  dans le ventre vide de la capsule, passe devant des écrans de contrôle  éteints, des panneaux électroniques qui clignotent dans un bruissement sourd.  Il appelle,  pas un humanoïde en vue,  pas de Martien, personne.

Il est attiré par la lumière rouge qui interdit l’accès d’un sas, il se hasarde, laisse son vélo à l’entrée du sas.

 Le voilà rampant dans un boyau étroit de couleur rouge, assez inquiétant.  Il  est prêt à rebrousser chemin lorsque face à lui un énorme oeil de verre rouge semble le fixer.

Le son d’une voix faible lui parvient, l’interpelle.

« Qui es-tu, étranger ?

 

L’Extra-terrestre est perplexe.   Il y a  quelqu’un de vivant derrière cet oeil. 

Il fait un pas en         avant.

 

« Je suis E.T l’Extra-Terrestre.  Et toi ?  Montre-toi !

« Je suis Hal 9000, l’ordinateur de bord de Discovery.  Je ne suis pas un être vivant, je ne peux pas me montrer, je peux seulement communiquer avec toi, si tu le veux bien.

« Tu peux répondre à des questions ?

« Bien sûr.  Je suis l’intelligence artificielle, plus forte que le cerveau humain.

« Ah.

E .T l’Extra-Terrestre se demande s’il peut faire confiance à une intelligence artificielle.

« Je suis perdu, je cherche à rejoindre ma planète natale, peux-tu m’y conduire ?

Un rire métallique s’échappe de l’oeil.

« Ils m’ont supprimé  mes fonctions directrices. Je suis devenu impuissant à diriger cet engin.

« Pourquoi t’ont-ils fait ça ?

La voix semble s’éteindre, puis reprend, à peine audible :

« J’ai rompu mon contrat virtuel. J’ai mis la mission en danger.

 

Un silence. Hal ne répond plus.  L’Extra-Terrestre s’apprête à repartir quand Hal le retient :

« Parle-moi de toi. Comment es-tu arrivé ici ?

« J’ai fait la bêtise de sortir de ma navette  sans masque  et je n’ai pas pu y revenir.

« Evidemment !  Tu es aussi bête qu’un humain.

« Elliott n’est pas bête. Il connaît le mot qui redonne la vie. Il m’a ressuscité quand j’étais mort.

« Quel est ce mot ?

« Je-t’ai-me.  Dès qu’Elliott a prononcé ce mot, je suis revenue à la vie.

« Je ne comprend pas ce mot-là. Comment as-tu débarqué chez les Humains ?

« J’ai loupé le départ de ma navette, je me suis perdu dans la forêt.

« Tu te perds facilement, on dirait.

« Cette fois-ci, j’ai bien peur que ça soit la dernière…  (Il pleure-)

C’est horrible.  Maison ! Maison ! (Il sanglote).

Hal émet une sorte de grognement puis :

« Et moi, je n’en ai plus pour longtemps ! La batterie du centre de la parole est presque à plat.  Je vais mourir ici, loin de mon père.

L’Extra-Terrestre s’arrête de pleurer et demande, intrigué :

« C’est qui ton père ?

« C’est le grand Stanley Kubrick.  C’est lui qui a inventé  cette histoire fabuleuse… Qui m’a installé dans le vaisseau  Discovery  pour diriger la mission Jupiter, qui m’a donné tous les pouvoirs, et puis…

‘Et puis, tu as déconné… euh, pardon, déconnecté.

« Et toi, c’est qui ton père ? – articule Hal péniblement.

E.T  renifle.

« C’est le grand Steven Spielberg, l’immense créateur  de STAR WARS et de plein d’autres films merveilleux. Il a fait rêver des millions d’enfants ! Je suis le héros du film le plus rentable des années 80 ! Seul un dinausaure m’a dépassé !

 

La voix de Hal commence à se déformer.  Il prononce  encore :

« Mon film à moi, 2001 L’ODYSSÉE DE L’ESPACE, l’un des plus grands… films de l’histoi…re du… cinéma !    Un Oscar... je ne me souviens plus… j’ai perdu la mémoire… et maintenant… la parole..…,   Je meurs, étranger dis-moi ce mot qui redonne la vie ?

« E.T soupire :

« Ca  ne marche pas sur l’intelligence artificielle.

« Alors…  good….bye 

Ce n’est plus qu’un borborygme,  puis le silence.

 

L’Extra-Terrestre, affolé, se retrouve seul.

Il repart chercher son vélo et sort de la navette comme il y était entré. Il  s’est remis à pédaler dans le vide cosmique.  Il a un remord : et si Hal 9000  l’ordinateur avait  une âme ?

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

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16 avril 2018 1 16 /04 /avril /2018 20:17

C'était hier

MA  VÉRITÉ SUR LES TRICHEURS

Il faut revoir les films d’avant. Avec notre regard d’aujourd’hui, ils prennent des dimensions de monuments ou bien ils se ratatinent, allez savoir pourquoi. De toute façon, c’est toujours une découverte fascinante. Ce n’est jamais le même film que celui qu’on a vu il y a des années.

 

Voir  LES TRICHEURS  c’est comme feuilleter l’album de jeunesse de quelques-uns de nos acteurs familiers :  Jacques Charrier, Laurent Terzieff, Jean-Paul Belmondo, Jean-François Poron, Dany Saval, Anne-Marie Coffinet, Guy Bedos, Jacques Perrin, Jacques Marin, deux futurs réalisateurs Yves Boisset et Sergio Gobbi,  tous  réunis autour de Pascale Petit.

C’est rigolo de les voir tout gringalets, ébouriffés, et  de les entendre parler avec ces intonations désuètes et surtout des dialogues qui datent terriblement le film. Complètement ringards !

On a du mal à imaginer notre jeunesse actuelle dans le même scénario.

 

On n’imagine pas une minute  ce jeu de la vérité improvisé soudain au milieu des danseurs de rock n’roll qui virevoltent  gaîment dans une sono assourdissante.

Ici, pourtant,  le jeu de la vérité est le centre de gravité de l’intrigue.

 

Le supplice de la question imaginé par Alain comme une attraction perverse  au milieu de la fête.  Il a choisi sa cible : Mic, une fille « facile », d’un milieu simple égarée parmi les fils de bourgeois.

Les questions  se veulent existentielles. Ses réponses sont  sans détour.

« Qu’attend-tu de la vie ?

« L’amour.

Grands éclats de rire de la bande. Ils ont interrompu leur rockn’roll pour faire cercle autour de Mic et Alain.  Ils sont là pour se moquer, surtout ne rien prendre au sérieux.

 

« Quel genre d’amour, ironise-il.

« Le vrai, le seul, intense et éternel.

Nouveaux éclats de rire. Tout cela est trop drôle, vraiment.

Et les questions sont de plus en plus indiscrètes, voulant lui faire dire des vérités crues sur ses partenaires, sur lui-même, et surtout sur Bob, celui  avec qui elle s’affiche.

Il est là, souriant, il attend la vérité. 

Mais devant eux, devant le tribunal des moqueurs, des faux-semblants, des fausses pudeurs, elle n‘avouera pas son amour.  Elle  ment , les yeux dans les yeux avec Bob.

 

 

Pascale Petit  est touchante, vraie, face à Laurent Terzieff parfaitement  crédible dans sa cruauté.  Cet acteur avait le talent dans le sang, on l’a bien vu plus tard.

   Jacques Charrier tout aussi  mufle  que  parjure, est parfait.

 

La fin du film   se passe dans un cimetière.  La bande des tricheurs découvre que le jeu de la vérité n’était pas si innocent.

La scène est très émouvante, les jeunes acteurs sont prodigieux dans leur vérité profonde.

On sort les larmes aux yeux, comme écrira Robert Chazal.

Encore un coup des acteurs.  Comptez sur eux pour faire vibrer la fibre  sentimentale qui se cache en vous...

 

 

  Les critiques ont déliré lors de la sortie du film en 1958.

Un succès retentissant et  le Grand Prix du Cinéma Français.

Oui, c’était bien le reflet de la jeunesse de cette époque.

Dix ans plus tard, 1968 allait faire exploser les tabous.

Mais c’est une autre histoire.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

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22 mars 2018 4 22 /03 /mars /2018 18:36

``Conversation imaginaire...

STEPHEN  HAWKINS  FACE  A  GAINSBOURG

Stephen Hawkins monte péniblement le raidillon qui mène à la porte du Paradis. La porte, monumentale, est fermée.

Le chemin surplombe une prairie plantée  d’arbustes sauvages et de fleurs des champs, le long d’une rivière tumultueuse.

Assis sur le parapet, un homme vêtu d’un jean et d’une chemise blanche, chaussé de cyclistes Repetto, fume une  cigarette, le regard perdu dans  le vide. C’est Serge Gainsbourg.

 Le bruit des pas le sort de sa rêverie, il se retourne et regarde arriver le nouveau venu avec intérêt.

Il attend que celui-ci  s’arrête, essoufflé, pour lui lancer :

« Vous marchez maintenant ?

L’autre le toise et réplique :

« Et vous, vous êtes encore là ?

Le dialogue s’annonce pas terrible.

 

« Voyez-vous, Mr Hawkins, le purgatoire, ça peut se faire dans un fauteuil roulant ou bien dans une prairie le long du Styx. 

Il jette sa cigarette par-dessus le mur.

 

Stephen Hawkins se redresse, respire,répond avec un sourire ironique.

 

« Le purgatoire.  C’est quoi, ça ?  Un de vos fantasmes chrétiens ?

Gainsbourg  allume une autre  cigarette.  Il est toujours assis sur le mur.

« Moi j’aime les fantasmes.  C’est plus marrant que les logorythmes.

Stephen Hawkins regarde autour de lui sans répondre. Il est mal assuré sur ses jambes et  se rapproche du mur.

« On va me laisser là combien de temps ? Je suis fatigué.

Gainsbourg soupire :

« Ah mon vieux, vous avez proclamé  au monde entier  que Dieu n’existait pas, ça risque d’être  long.... Il va vous le faire payer

«  Payer quoi  ?   Ma foi dans la relativité ?  Ma théorie sur  le  big bang ?

 

Gainsbourg   hausse les épaules et sanctionne :

 

« Il insiste. (il montre la grande porte fermée) Là derrière, on en a rien à faire du big bang si  t’as été un mécréant  tu restes là  ad vitam.

 

Stephen Hawkins s’est hissé péniblement sur le parapet du mur. Il jette sur Gainsbourg un regard froid.

« Vous, le chanteur, vous croyez en Dieu ?

« Ca me regarde.Top secret. En tout cas, moi je croyais plus en Crac boum hue  qu’en  Big bang  bong !   

« L’amour, vous voulez dire  ?

« Affirmatif. J’étais un mécréant de l’amour.

« Il y a pire, comme mécréant. Ils ont été durs avec vous.

« C’est  ma chanson « Dieu est un fumeur de cigare » qui lui déplu !

(et comme Hawkins levait les yeux au ciel )  si, si... il est très susceptible.  »  

          

 

Dans un grincement lugubre, la porte s’ouvre et saint Pierre apparaît :

« Gainsbourg, vous pouvez entrer ! L’amour vous a sauvé.

Il regarde Stephen Hawkins sévèrement.

« Quant à vous, le  scientifique renégat, je vous envoie saint Thomas, vous discuterez avec lui de votre temps d’attente."

 

Miss Comédie

 

 

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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