Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 décembre 2018 5 07 /12 /décembre /2018 15:24
Miss Comédie

Miss Comédie

Partager cet article

Repost0
9 novembre 2018 5 09 /11 /novembre /2018 15:22
FRANCIS  LAI, MUSIQUE EN TÊTE

 

 

Vous rappelez-vous ce mois de mai 1966, quand soudain tout le monde s’est mis à fredonner « chabadabada », c’était l’hymne à Un Homme et Une Femme, à l’époque on ne faisait pas l’amalgame, le film de Lelouch emballait tous les Français, sans distinction de genre.

Palme d’Or au Festival de Cannes, deux Oscars, trois Golden Globes...  Qui dit mieux ?

La musique de Francis Lai a continué à accompagner les films de Lelouch  et de bien d’autres cinéastes d’ailleurs, on ne les compte plus. Le nombre de musiques qu’il a écrites pour le cinéma, est hallucinant.  Tout comme le nombre de ses chansons.

Aujourd’hui qu’il nous laisse cet héritage pléthorique, à nous de démêler les favoris des méconnus et il est difficile de se remémorer la plupart de ses succès, que des interprètes fameux ont  rendus  quelque temps célèbres.

 

Non,  pour moi, Francis Lai, c’est chabadabada, et rien d’autre, un raz de marée dans mon souvenir.  Cette année-là  je faisais le tour des photographes de mode pour me faire faire des « tests » et dans tous les studios ils passaient chabadabada, les filles le chantonnaient, les garçons le sifflotaient...

Qu’est-ce qu’elle avait,  cette chanson ? Comme toutes les rengaines, elle avait  forcément quelque chose en plus, sinon elle ne serait pas devenue rengaine.

La voix de Nicole Croisille,  peut-être, oui, qui distille une certaine amertume dans cet air guilleret ?

Ou peut-être simplement l’impact du film, cette histoire d’amour qui n’avait pas d’issue  mais qui finissait si bien...

Lelouch avait fait dans la simplicité, tout était vrai et le public avait plongé. Chacun  se retrouvait dans ce couple marchant sur la plage de Deauville, l’enfant derrière eux, inconsciente  de ce qui se jouait là, dans le balancement des vagues et le cheminement des nuages lourds de pluie...

C’était un film inspiré, et la musique de Francis Lai ne donnait pas dans le romantisme affiché , il prenait au contraire le parti de la légèreté, c’était  très fort.

Bon, nous étions dans les années soixante, les années d’or, explosions de talents tous horizons.   L’Amour était au coeur de  de toutes les inspirations.             

Aujourd’hui, on veut nous faire croire que l’homme et la femme ne sont plus qu’un sujet de polémique... Laissez-moi -ùpire que l' de toutes les inspirations.eux ?moi rire.  On  entend par hasard ce « chabadabada » par une fenêtre ouverte et l’on s’arrête, prêt à remettre ça comme  il y a trente ans.

 

Miss Comédie

 

Partager cet article

Repost0
22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 17:40

Conversation imaginaire

ARMSTRONG:KUBRICK EN ORBITE

Mercredi 17 octobre 2018, jour de la sortie en France  du film  de Damien Chazelle : FIRST MAN LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE.

 

L’immense salle du cinéma Magellan déverse sur les Champs-Elysées les spectateurs revenus d’une autre planète.

Neil Armstrong vient de se réincarner devant cette génération  qui avait oublié ce jour pas si lointain où ils l’ont vu, incrédules, faire ces quelques pas hésitants sur le sol lunaire.

 

Neil Armstrong vient de revivre  en raccourci ces moments  incroyables qui ont fait de sa vie de pilote d’essai un destin de héros universel.

 Il a pleuré devant des images qu’il croyait enfouies dans le passé,  il a retrouvé les doutes et les angoisses  de ses proches, il a reconnu les splendeurs et les terreurs de l’espace, le fracas puis le silence de sa trajectoire vers un autre monde.

 

Il est là, tremblant, encore blotti dans son fauteuil au premier rang de cette salle qui s’obscurcit peu à peu. 

Il sursaute.  Derrière lui, une main vient se poser sur son épaule.

«  Hello first man, happy I presume ?

Neil Armstrong se retourne et éclate de rire en reconnaissant Stanley Kubrick, son camarade d’exploration spatiale, son complice. 

« Stanley !  Quelle émotion...

 Ils échangent une accolade et marchent de concert vers la sortie.

« Magnifique,  ton  odyssée de l’espace !

«  Oui je suis très ému...  Mais ils ont mis le temps ! presque cinquante ans pour se souvenir que la lune a été visitée un jour de juillet 1969 par un astronaute américain !

« Elle l’avait été avant  toi  par mon héros le Dr Floyd dans mon Odyssée de l’Espace !

« Hé ho, Stanley, d’accord ton héros était très convaincant et ton film prémonitoire, mais tu ne vas pas comparer.

 

Kubrick  lui donne un coup d’épaule amical.

«  Its a joke !  Mais j’avais prévu, un an avant, ton irruption sur la Lune ! La NASA m’a piqué l’idée,  c’est clair !

 

L’astronaute  n’est pas amateur de débat, il connait le côté caustique  du réalisateur de génie.

 

 

D’ailleurs ils arrivent sur le trottoir envahi de spectateurs qui commentent le film, encore sous le choc de cette reconstitution plus vraie que nature.

Les deux hommes se mêlent à la foule dans la douceur de cette nuit d’automne qui a tout d’une nuit  estivale. Bizarrement, personne ne semble prêter attention à la clarté lunaire qui illumine leur groupe, comme si ce soir  la lune n’avait de présence réelle que dans le film qu’ils venaient de voir.

 

« Kennedy  devrait être avec nous ce soir... dit pensivement   Armstrong.

« Pourquoi ?

« Tu te souviens qu’il avait  juré, en 1961, que l’homme américain poserait le pied sur la lune avant l’homme russe !

« Oui, c’est vrai.  Ils l’ont assassiné bien trop tôt. Tu dois être fier d’être celui qui a  accompli son voeu.  Tu devrais être décoré, à présent, comme un héros national !

 

Les groupes de spectateurs se dispersent peu à peu et les deux hommes  marchent maintenant lentement vers l’Arc de Triomphe.

Kubrick  est soucieux  :

ARMSTRONG:KUBRICK EN ORBITE

« Je ne comprends pas bien le sens caché d’une scène du film.

« Ah oui, laquelle ?

« Well, si je me souviens bien, lorsque tu  as posé le pied sur la lune, la première chose que tu as faite, c’est de planter le drapeau américain, ça le monde entier l’a vu,  c’était la victoire de l’Amérique, il fallait le montrer, non ? Et  tu l’avais  montré, non ?

« Oui, oui, j’ai tout de suite planté le drapeau américain.  C’est vrai, dans le film, on me voit partir dans un coin et m’absorber dans quelque tâche indéfinie...

« Et c’était quoi, cette tâche ?

« Ben, disons que j’avais envie de pisser, voilà.  Je me suis écarté pour pisser tranquillement.

Ils éclatent de rire tous les deux.

« Evidemment, tu ne pouvais pas pisser sur le drapeau américain !

«  Mais tout ça nous dit pas pourquoi  le drapeau a disparu du film !

«  Tu sais,  nous les réalisateurs  avons  souvent des motivations secrètes.  Damien Chazelle avait une idée derrière la tête.  Mais laquelle ?

« Il est pourtant américain... Mais aussi français, tout en étant citoyen américain. Bref, ne cherchons pas à savoir.

« Si, si, il faut savoir ! Et moi, Kubrick j’aurais  eu la même idée que lui, à savoir que  cette victoire est universelle, c’est celle de l’Homme sur l’Espace. C’est la morale du film.

 

  Neil Armstrong s’insurge :

«   OK, OK... A quoi sert cette morale, puisque l’homme n’a pas suivi la voie que j’avais ouverte. La lune est restée une  planète hostile, comme Vénus, comme Jupiter... et même comme Mars .  Nous restons sur terre, c’est inéluctable.

« La conquête de l’espace n’est pas à notre portée.  Tu as  réussi un défi inhumain, Niel.Toi  seul  a pu   connaître les sensations extrêmes  que ne connaîtra jamais le commun des mortels. C’est la loi du cosmos.

 

 

La lune trône  à présent, ronde et incandescente, au-dessus de l’Arc de Triomphe.

Tous deux s’arrêtent devant cette vision symbolique.

Stanley Kubrick allume un cigare avant de reprendre sa marche en solitaire. Il lance une dernière réplique à Neil Amstrong en guise d’adieu :

« L’homme n’a que faire de la morale !  Tu as  créé un rêve, Neil !  c’est tout ce dont l’homme a besoin  jusqu’à la fin des temps !

 

 

Miss Comédie

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
20 septembre 2018 4 20 /09 /septembre /2018 20:32
JEAN  PIAT, UN  MONUMENT

 

Un  monument. L’homme en question n’est déjà plus dans la peau fragile d’un humain, il a déjà la dimension, la densité, la pérennité du minéral.

Tous les monuments ne sont pas des oeuvres d’art,  ce mot  peut prendre aussi parfois un sens peu gratifiant : un monument de bêtise, un monument d’égoïsme, un monument de luxure...etc..

Pour Jean Piat, évidemment,  le  « monument » prend son sens le plus honorifique. Dédié  au Théâtre, il devient un témoin concret et impérissable  de la carrière prestigieuse  et exemplaire de ce grand comédien.

Carrière foisonnante, construite  pierre par pierre à coups de  personnages mythiques qu’il incarna avec un talent égal.

Carrière exemplaire qui l’a écarté des chemins de traverses grâce à sa passion pure et dure pour ce métier.

 

Homme  exemplaire, aussi. On ne lui connait aucun vice, sinon ceux  de ses héros historiques.

Sa vie privée   ne figure ni sur  les réseaux sociaux ni dans les  pages de Voici, ni même dans  Wikipedia.

Jamais une bagarre dans un bar, jamais un retrait de permis pour conduite en état d’ivresse, jamais une rupture fracassante, mieux : personne n’en sait rien.

Son physique, sa beauté est authentiquement masculine, son sourire n’a rien de queer. (1)

 

 

Mais revenons sur sa carrière qui  a fait avant tout sa gloire.

La liste de ses rôles au théâtre, au cinéma, à la télévision, de ses mises en scènes, de ses doublages, rend fou. Que des pièces à succès, que des rôles-titres, que des films cultes et la série cultissime (à l’époque on disait « le feuilleton ») où il jouait Robert d’Artois :    il était maudit mais tellement   beau !

  Ce qui frappait chez lui c’était son regard bleu  pétillant d’intelligence.

Mais faut-il être intelligent pour faire du théâtre ?  Jean Piat posa un jour la question à son professeur au Conservatoire, Béatrice Dussane. Elle lui répondit : « Pas forcément. Mais ça aide. »   Il racontait cela à Olivier Bellamy qui le recevait sur Passion Classique, en se tordant de rire.

Et en plus, le monument avait de l’humour.  La classe !

 

 

(1)  queer = étrange, bizarre, gay... en Anglais

 

 

Miss Comédie

Partager cet article

Repost0
16 septembre 2018 7 16 /09 /septembre /2018 19:06
LE BATTEUR  DU BOLÉRO  INCOGNITO

 

 

 Déjà loin, le mois d’août qu’on espérait interminable. C’est comme si le temps avait pris un raccourci infernal. Trente et un jours qui ont disparu comme une photo qu’on supprime de l’iPhone.

 

Reste le souvenir de quelques moments  réjouissants parmi lesquels une découverte inattendue :  Jacques Villeret dans LE BATTEUR DU BOLERO.

C‘est  un court-métrage signé Patrice Leconte qui prouve avec malice  que  les chefs d’œuvre les plus consacrés ont tous une part d’inachevé.

 

 

La surprise est de taille, car on ne s’installe pas de gaîté de coeur à l’écoute de ce boléro-là.  Mais avec Villeret il faut s’attendre à tout surtout si c’est Patrice Leconte qui tient la caméra .

 

Ca commence par un plan d’ensemble qui nous permet de juger de l’ampleur  de l’œuvre avec un nombre impressionnant de musiciens. Diable ! tout ce monde pour une rengaine ?

Autant que pour la Symphonie Fantastique…

Puis, avant que l’engourdissement nous gagne, un travelling très lent nous amène au dernier rang et ladite  caméra cadre  la silhouette replète du dernier batteur. Jacques Villeret,  concentré sur ses baguettes.  Elle ne le quittera plus. 

 

En dehors du tempo lancinant de l’orchestre, il ne se passe rien.

Ou plutôt si : tout se passe sur le visage du batteur qui ne montre aucun signe de cohabitation avec les autres interprètes.

Mieux, il paraît s’ennuyer ferme. 

Privé de partition car son travail a une régularité de métronome, il n’a nul besoin de garder les yeux fixés sur le chef, comme ses camarades.

Il regarde dans le vide ou ailleurs, soupire, son menton marque parfois la mesure,  il attend la fin patiemment.

Son rôle est si négligeable, sa participation si minuscule, que l’on pourrait croire qu’il est filmé à son insu.  Mais son jeu est absolument juste, il n’essaie pas de prouver qu’il est là,

assis au dernier rang avec des baguettes qui battent  toujours la même mesure. Villleret ne joue jamais, il s’installe tranquillement dans un personnage.  (J’en parle au présent, hélas. Mais il est toujours vivant, non ?)

 

On a oublié  la musique.  On guette. Il ne se passe rien et beaucoup de choses dans ce plan fixe.

A ce stade on a déjà  ri aux larmes, c’est le don de quelques vrais comiques : faire rire avec rien.

 

Mais le meilleur reste à venir.

Soudain le Boléro hausse le ton.  Ca passe de moderato à l‘agitato et l’ensemble de l’orchestre semble pris de frénésie.

 

Les violons se déchaînent, les tubas s’emballent et  les percussions  percutent dans un ensemble parfait.

La caméra reste sur le batteur pour qui  rien ne change sauf qu’il semble quelque peu perturbé. 

Surpris ?  Non, il connait la partition, mais peut-être sorti d’un état second  un peu trop prolongé.

Il jette des coups d’oeil furtifs mais insistants sur sa voisine dont on aperçoit les battements survoltés.

Le batteur garde le même tempo, ses baguettes ne sortent pas de leurs gonds et une sorte de désespoir s’empare de lui – du moins on le suppose.

Il brûle d’entrer avec l’orchestre dans l’apothéose finale, mais  ce n’est pas noté dans la partition.

Le ton monte inexorablement, le boléro s’enfièvre et il est impuissant, son corps est agité de légers  soubresauts alors que la batteuse voisine  entre en transes sur son tambour.

Les dernières mesures sont assassines, on avait oublié à quel point cette oeuvre est wagnérienne.

Le dernier accord s’abat comme un coup de canon.

Le batteur se lève avec les autres et salue, comme les autres.

Oui, il a sa part de succès, on applaudit le batteur du Boléro.

On regrette que le Boléro soit fini.

 

 Qu’a-t-il fait ?  Pas grand-chose.  Juste ce qu’il fallait pour que l’on regrette que le Boléro de Ravel, cette rengaine assommante, soit fini.  Un coup de maître !

 

Miss Comédie

 

 

 

  

 

Partager cet article

Repost0
11 septembre 2018 2 11 /09 /septembre /2018 18:39
MICHELINE ROZAN, L'INCONNUE

 

 

 

 

Avant de partir, elle a fait un dernier tour dans son théâtre, son oeuvre ultime.  A cette heure, l’ombre et le silence  règnent dans les Bouffles du Nord.

Elle est sereine. Le théâtre va bien. Peter est encore là pour lui assurer un bel avenir. Elle, est allée jusqu’au bout, elle peut enfin prendre son vol.

Maintenant Micheline Rozan  gravit péniblement les derniers mètres du chemin accidenté qu’elle a suivi durant  ses dernières années. 

Essoufflée mais radieuse, elle s’arrête pour contempler l’imposante bâtisse qui surplombe la vallée du Styx.

 

Debout sur le parvis, bras ouverts et sourire aux lèvres, Albert Camus s’avance vers elle.

« Bon  anniversaire, Micheline !  clame-t-il, vous ne pouviez pas mieux choisir pour fêter la fin du voyage !

Micheline Rozan se redresse, elle  paraît soudain légère et alerte, et son visage s’illumine.

 

« Albert !  Enfin je vous retrouve, vous êtes parti si vite.  Nous avions encore tant de projets ensemble...

« Avec vous j’ai découvert le théâtre !

«  Et moi avec vous je suis passée de la littérature au théâtre...

 

Il la serre dans ses bras : « Et pourtant l’expérience des Possédés n’a pas été très encourageante pour nous deux !

« C’était un coup de maître en même temps qu’un coup d’essai, je ne demandais qu’à enchaîner !

Mais ses jambes se dérobent, tant elle est encore faible.  Elle se dégage et va s’asseoir sur le muret qui borde le chemin.

 

Toute une époque  revient à sa mémoire, avec ses artistes en quête de gloire qu’elle a poussé vers les sommets.

 

Maria Casarès s’est rapprochée :

« Micheline, je n’ai jamais oublié votre soutien – elle se tourne vers Camus -  dans une situation si difficile à assumer...

 

Micheline s’étonne en voyant venir vers elle  les nombreux  disparus qui lui doivent une fameuse carrière, la gloire même.

« Mais vous êtes tous au Paradis ?

Camus précise en souriant :

« Quelques-uns oui, d’autres attendent leur heure. Mais vous, je parie sur la bienveillance de saint Pierre.  Vous avez enduré plus de maux que vous ne méritiez, depuis votre plus tendre enfance jusqu’à vos dernières tortures.

 

Micheline Rozan respire un grand coup. Son corps frêle se dénoue peu à peu, ses mots sortent facilement de sa bouche.

Elle se lève et va vers la Porte du paradis, impériale :

« J’ai fini de souffrir. Maintenant, qu’on me donne le châtiment que je mérite ou bien le repos éternel.

Camus lui barre la route :

« Non,  vous devez attendre ici. Votre vie est entre les mains du Juge Eternel et saint Pierre vous appellera pour vous faire connaître votre destination immédiate.

« Comment ?  N’ai-je pas droit à plaider ma cause ?

 

Jeanne Moreau  s’approche.

« Nous sommes tous ici pour plaider ta cause.  Ma carrière, je te la dois. Tu m’as prise au théâtre pour m’amener au cinéma  et tu es restée mon guide jusqu’au bout .Tu as fait de ton métier d’agent un sacerdoce, tu nous a communiqué à tous ta passion  pour ce métier et ton secret  pour s’y accrocher. Tu as été un modèle d’humanisme et  de courage...   Que faut –il de plus au Juge Eternel ?

Un applaudissement général accueillit cette tirade.

Dans le groupe compact des fidèles de la grande dame du théâtre, un personnage paraît  impatient de témoigner. 

«  Qui êtes-vous, Micheline Rozan ?  Je ne vous connaissais pas...

Comment avez-vous pu réunir tant de suffrages de stars  en restant toute votre vie  ignorée des médias ? »

 

 

 

Miss Comédie 

 

 

 

Ce bref hommage  fait à la va vite en raison de l’urgence (quelle idée de tirer sa révérence la veille de son anniversaire !) est une pirouette qui ne fait qu’effleurer les mille et une facettes de son immense carrière. 

Avec son humour ravageur, j’ose présumer qu’elle aurait apprécié le ton de ces retrouvailles.

Evidemment, la dernière réplique, celle du personnage inconnu, la résume toute, elle l’Artiste en filigrane sur toutes les affiches.

Elle disait que le trésor le plus précieux de l’individu qui vit en société est l’anonymat.  Pourtant, elle mettait toute son âme dans la conquête ‘de la gloire, pour ses poulains.  Etonnant, non ?

Partager cet article

Repost0
19 juillet 2018 4 19 /07 /juillet /2018 16:01
TABLEAU  VIVANT

 

 Entre la beauté que vous, Pierre Bonnard, m’avez jeté dans les bras, sans le savoir et celle que vous avez  aimée au long de  quarante-neuf années, il y a un monde ou ce n’est pas de la peinture.  Il y a un monde et c’est l’aventure du regard, avec ses ombres, ses lumières, ses accidents et ses bonheurs. Le monde en apparence ouvert et cependant fermé comme une vie d’homme.Les clés pour y pénétrer ne sont pas dans les livres, pas dans la nature mais très loin derrière nos yeux, dans ce jardin où l’enfance s’est un jour assise, le coeur battant, pour attendre la mer.

C'est là qu’il faut aller. C’est là que Marthe m’a rejoint, dans le musée à colonnades et m’a sauvé de la solitude et de l’ennui où je mourais. »

 

Guy Goffette, Grand Prix de poésie de l’Académie Française,  est tombé amoureux de  cette cambrure  dans un musée où il s’était réfugié un jour de pluie, dans une ville du Nord.

Cette vision a fait naître en lui une passion platonique mais envahissante qui a changé sa vie.

 Il en a fait un livre.  Le livre d’un poète, assurément !

Le récit est celui d’un amant imaginaire qui mêle fiction et réalité,  humour et lyrisme, avec un seul souci, rendre palpable l’histoire d’amour entre Pierre Bonnard et Marthe son épouse.

 

Guy Goffette  admire  Bonnard autant qu’il désire sa femme. Son livre nous entraîne sur les traces du jeune peintre encore libre de toute influence, artistique ou... féminine.

Ce petit livre nous ouvre d’autres horizons.   

 

 

Que Bonnard avait  eu un seul et unique modèle, sa femme Marthe, qu’il peignit toute sa vie durant avec la même silhouette juvénile, cela nous le savions.

 

Mais que la rencontre avec Marthe fut une révélation qui changea le cours de sa vie et de son oeuvre, cela nous le déchiffrons  avec  jubilation dans le récit aux couleurs impressionnistes de Guy Goffette.Au fil des pages, le tableau  radieux de leur idylle   s’assombrit peu à peu.  Il y a quelques digressions un peu triviales sur l’obsession de l’époque pour les bas noirs (« le plus beau avec le bas, c’est le haut » !!!), avec à l’appui le nombre incroyable de toiles que Bonnard  a peint sur le sujet..

 

Et puis, l’oeil objectif de l’amant nous dévoile  un Bonnard   enlisé dans un amour exclusif qui l’éloigne de ses amis et de ses proches.

Bonnard   soumis à la tentation mais n’y cédant pas, lié à Marthe par un lien plus fort que le charme d’une blonde...

Marthe, « à la fois sa muse et son géolier ». »

 

 

Mais revenons au début de leur histoire.

Elle  commence un jour de 1893, dans une rue de Paris.

Le jeune Pierre Bonnard  marche dans son quartier de la place Clichy, dont la  faune bariolée le fascine et l’inspire.

C’est là que  lui apparaîtra une jeune fille traversant la rue à l’approche d’un tramway.  Il voit le danger, il fonce et l’entraîne. C’est fait. Son destin est tracé  grâce à ce  tramway nommé désir.

Ils sont face à face. Tout se joue dans ces quelques minutes où il lui propose de poser pour lui et où elle accepte en lui cachant sa véritable identité.

 

Mais qu’importe,  la vie a pris soudain d’autres couleurs.  Les années qui suivent sont comme une nouvelle naissance.

 

De modèle devenue très vite maîtresse, Marthe lui ouvre des horizons. Tournant le dos aux Nabis,  il donne enfin libre cours à son inclination pour une peinture intimiste.  

Il se lance dans une profusion de nus, qui donneront à sa peinture son signe distinctif.

 

Bonnard  peint Marthe, jour et nuit,  habillée,  puis dévêtue,  assise, debout, de dos, à sa toilette, dans chacun de ses gestes quotidiens.

Elle ; toujours consentante, garde son mystère.

 

Ce n’est que lorsqu’il l’épouse, en août 1925, qu’il découvre que Marthe l’a trompé, sur son nom, son âge, sa naissance. Elle gardera tout au long de leur vie commune ce besoin de dissimulation, cette distance vis-à-vis des réalités.

Lui, ne demande qu’une chose, qu’elle soit là, à tout simplement.

Il n’aura plus besoin de séances de poses, il la peindra de mémoire  pendant quarante-neuf ans.

Elle aura toujours sa silhouette d’adolescente, il fermera les yeux sur les outrages du temps, il ne les verra pas, ce sera  Marthe, toujours Marthe, par bonheur et toujours nue. 

Guy Goffette, lui, a fait mieux, il a  rendu à Marthe sa mobilité, sa souplesse, sa grâce et son tempérament.

Dans les deux cas,  pas besoin de « modèle », nue ou vêtue. Que diable ! Sans l’imagination, la beauté n’aurait aucun sens.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
26 juin 2018 2 26 /06 /juin /2018 18:32
FRANCOISE HARDY ET PERSONNE D'AUTRE

 

 

Non les dinosaures n’ont pas  disparu de la planète. 

Ils côtoient des monstres pas encore  sacrés comme  Jain,  élue Victoire de la Musique  ou   Moha La Squale,  la nouvelle pépite du Rap français.

 

Les dinosaures ont la vie dure, certains plus que d’autres.

Françoise Hardy, l’idole des années soixante,   que nous avions reléguée  sur l’étagère des collectors avec un soupir dû à son état de santé,  est  en train de faire frémir les animateurs de radios  avec  ce nouvel album qui est comme une résurrection.

Diantre !  A peine guérie par on ne sait quel miracle, et déjà un nouvel album qui casse la baraque !

On l’écoute, intrigué.    C’est du Françoise Hardy, mais plus tout à fait.  Qu’est-ce qui a changé ?  ..

 

PERSONNE D’AUTRE  est une longue suite de chansons d’amour qui ne s’adressent à personne en particulier - c’est ce qu’elle dit dans les interviews mais on a de la peine à la croire.

Ce personne d’autre, comment ne pas penser que c’est Lui ?  Jacques Dutronc, bien sûr. 

En tout cas, quel bel hommage à l’Inconnu !   Elle s’est entourée de musiciens  hors pair dans   les mélodies qu’elle a choisie pour leur envoûtante mélancolie.

 

Tout est mystère   dans le magnifique clip LE LARGE, l’un des titres de l’album.  Signé François OZON, il montre une Françoise Hardy suspendue entre le présent et le passé, aussi belle dans le présent que dans le passé,  face à un enfant emblématique, énigmatique.

L’amour, la mort s’entremêlent dans des paroles sybilines qu’elle chante avec cette voix inchangée, juvénile, dans son visage fantomatique.

C’est troublant.  

Des  mots qui ne racontent rien. Des images qui ne nous apprennent rien.

Rimbaud dans Le Bateau Ivre, nous en disait davantage.

Mais pourquoi chercher à donner un sens à sa mélancolie ? C’est elle toute entière la même, et le charme opère. 

PERSONNE D’AUTRE est une sacrée réussite.

 

Ce succès sera-t-il durable  ?  Françoise Hardy peut-elle entamer  une nouvelle carrière ?  

 

Les dinosaures ont beau  avoir la vie dure,   ils ne sont pas à l’abri des variations  climatiques, sociétales,  sidérales et autres dégâts du temps.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

 

.

 

Partager cet article

Repost0
7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 10:15
LA  VICTOIRE DE JAIN

 

Victoire de la Musique 2017, c’est elle. JAIN, petite française née à Toulouse mais grande voyageuse,  auteur-compositrice et interprète de deux albums depuis 2015 , déjà  convoitée par les organisateurs de concerts  du monde entier.

Ce soir-là,  elle eut tout de suite l’adhésion du public qui enchaîna avec elle ce cri « OU-I ! » qui semblait être le refrain de la chanson   MAKEBA,  aux paroles insaisissables.

 

C’était le même élan du public  que pour « Allumez le feu », sauf que les années ont simplifié le texte. Et pour ce qui est de la voix, elle n’arrivait  pas vraiment à couvrir le tumulte.   Autour de la chanteuse,  la même machine de guerre que pour une rock star confirmée :   orchestre  symphonique avec violons, doublé de l’arsenal de percussions arabes, guitares électriques, effets acoustiques.

Il parait que tout cela est réglé par ordinateur.

 

Jain s’agite dans son faisceau de lumière mais si sa voix est à peine perceptible,  on sent que c’est elle qui mène le jeu.

Le public acclame. Au final, c’est Jain qui obtient la Victoire, elle seule, le spectacle est Sa décision, Son travail, Son talent, Son acharnement.

On connaissait déjà la grande cavalerie  des concerts de Johnny, Sardou, Mylène Farmer, et les groupes anglais.

Mais l’essentiel, c’était leur voix et leurs textes.

Le changement est allé très vite, seuls les ados ont vu venir le vent avec les CD et dans les discothèques.

Nous, on continuera à aimer Nino Ferrer ou Barbara mais à la maison.

 

Pour les concerts, il faudra se former le goût  à la nouvelle beatmania, pas désagréable, d’ailleurs.

J’ai été fascinée par le show de Jain sur mon écran.

  

 

En tout cas, pour elle, c’est parti.  Les fans  l’ont déjà adoptée telle qu’elle est,  pas vraiment belle, look petite fille modèle mais pas top-modèle, petite robe noire à col Claudine, « (pour contraster avec sa musique » c’est ce qu’on appelle son identité visuelle -  coefficient 10 dans l’examen de passage..

En la voyant, j’ai pensé  à Edith Piaf, toute menue toute seule sur le grand plateau nu,  seule  avec sa voix. L’ovation  du public  était assourdissante.

Mais c’était il y a longtemps.  Et  c’est bien  normal que les temps changent.  Comme le chantait Léo Ferré, « chacun son tour d’aller au bal »...

C’est la fin des chansons d’amour, dpmmage.

 

 

Regardez-la sur YouTube, remporter sa Victoire de la musique tambour battant.

 

Miss Comédie

 

 

 

Partager cet article

Repost0
22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 16:26

Linstant théâtre

DU GRAND ART

      C’est entendu, la pièce de Yasmina Reza fait  désormais partie des classiques.

Je ne me risquerai pas à en dire du bien, ni du mal ; c’est du grand art,  de l’art béton.

 

Maintenant il faudrait créer autour de ART un évènement  artistique  inédit qui s’intitulerait « ART SANS FIN ».

 

Il s’agirait de prolonger la représentation aussi longtemps qu’une fin irréfutable s’impose sans modifier quoi que ce soit sur le tableau.

Même distribution des rôles, même texte jusqu’au dernier  dialogue avant la  scène finale voulue par l’auteur.

 Là, les comédiens improviseraient  de nouveaux épisodes – une alternance d’affrontements et de réconciliations, nouvelles péripéties conjugales  - ou extra-conjugales, d’Yvan l’ami souffre-douleur, aller-retours du tableau sur le plateau, nouveaux débats autour de la même question sans réponse : « L’Art  contemporain et-il vraiment de l’art ? » ou bien « d’où vient la surenchère spéculative autour d’une  oeuvre d’art ? Dérive intellectuelle  de quelques collectionneurs, snobisme, régression mentale, ou perception extra-sensorielle de l’oeuvre réservée aux initiés ?

 

Bref, il y aurait de quoi meubler cette quête du Graâl, entre trois amis proches de la rupture mais cherchant désespérément à l’éviter.

 

Car gribouiller une toile n’est pas la solution.  Le problème reste entier, même si le feutre est lavable.

 

Les spectateurs s’en vont ravis car la pièce écrite provoque un tel sentiment de reconnaissance pour le bonheur qu’elle apporte à chacun que la ruse de la fin n’est que pirouette acceptée de bon coeur.

Ce n’est que plus tard, le lendemain,  dans un mois peut-être, que la question surgit dans notre esprit : « Sont-ils encore vraiment amis ? »

 

Ce petit jeu que j’imagine demande quelques heures de spectacle en plus, évidemment... Il faut avoir du temps devant soi.

Mais quel régal d’assister à ce déploiement de générosité et de talent de la part de ces trois acteurs prodigieux : Charles Berling, Jean-Pierre Darroussin et Alain Fromager.

Je n’avais pas envie de les quitter.  C’est peut-être pour ça que j’ai imaginé ce jeu de « déconstrucion ».

 

 

Et maintenant, à vous de jouer.    Quelle fin, pour vous, serait une issue possible à ce conflit amical ?

 

Miss Comédie

 

Au théâtre Antoine à Paris jusqu'au 17 juin

 

Partager cet article

Repost0

  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

Recherche