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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 14:13
LES ANNÉES PUB : JACQUES SEGUELA ET LE STAR-SYSTEM

 

PETIT LEVER DE RIDEAU SUR LE ROI DES ANNÉES PUB

Il a aujourd’hui 80 ans – est-ce possible ?   Il a l’âge de ses campagnes, qui affichent encore une insolente jeunesse.

 Il fonde l’Agence RSCG (Roux-Seguéla-Cayzac et Goudard) en 1970.

Pour moi, avec Bleustein-Blanchet, c’est la figure emblématique des années pub.    Il faut dire que je l’ai bien connu, j’ai travaillé pour lui,          nous étions quelques-uns à le prendre pour un nouveau Copernic.

Je regarde sa photo de maintenant, tout rabougri.  A-t-il gardé cette pêche qui a traversé le monde de la communication   pendant une décennie  ?

Pourquoi ne parle-t-on plus jamais de lui dans les médias ?

Mais n’a-t-il pas raison de se retirer en beauté au lieu de continuer à émettre des messages que l’on jugerait ringards  ?  Il n’est plus dans l’air du temps.

Pourrait-on aujourd’hui faire du  bonheur l’idée-force d’une campagne ?   Celle du Club Med, dans un spot réalisé par Patrice Leconte, nous fait aujourd’hui rêver mais aucune agence de com ne pourrait la revendiquer !

 

LES ANNÉES PUB : JACQUES SEGUELA ET LE STAR-SYSTEM

 

La Com a chassé la Pub, elle a mis Séguéla au placard.

Et pourtant, lorsqu’on revoit ses campagnes, on rêve devant  leur efficacité.   Bon, vous allez me dire, montrer des fesses pour donner envie d’aller au Club Med, c’est un peu facile !

Oui, mais quelles fesses ! Et quelle classe !  Culottée, mais pas vulgaire.  

 

Séguéla adorait les  stars.  L’idée force de sa stratégie publicitaire était Le Star-System.

Mais Séguéla était  lui-même une star.   A l’époque, on le voyait partout. Oh, il n’était pas beau, non !   Il attirait les foules par  ce je ne sais quoi qu’on appelle le charisme.

Il  donnait l’impression d’avoir l’intelligence communicative. Il s’arrangeait pour que son interlocuteur le plus primaire se sente intelligent.

Lorsqu’il venait visiter son agence de Lyon, tous les publicitaires de la ville se pressaient pour l’écouter, le questionner, sous le charme.

Mon tout nouveau compagnon qui s’occupait de la revue Lyon Poche, magazine de loisirs lyonnais, avait déjeûné avec lui et disait à qui voulait l’entendre que si Séguéla lui avait demandé de tout quitter pour le suivre dans la publicité, il l’aurait suivi. C’est le danger des hommes charismatiques, ajoutait-il.

Et puis surtout, il aimait rire.  L’humour débordait de ses créations et donnait envie d’y adhérer illico.   La joie est le premier ingrédient de la réussite, personne n’a envie d’acheter un produit qui donne envie de pleurer.  Un exemple de cet humour complètement déjanté, sa campagne pour la Citroën CX GTI, l’une de ses marques fétiches

LES ANNÉES PUB : JACQUES SEGUELA ET LE STAR-SYSTEM

Encore un coup de Jean-Paul Goude qui photographiait  souvent Grace Jones en état d’hyper activité.

 

En 1979 il publie :  « Ne dites pas à ma mère que je suis dans la publicité… elle me croit pianiste dans un bordel. »

Le livre était sur les bureaux de tous les membres de l’Agence, dédicacé par l’auteur.   Je me suis empressée de l’acheter, mais jamais je n’ai  trouvé un moment propice pour le lui faire signer.

J’avoue qu’en le relisant aujourd’hui, je lui trouve beaucoup moins de saveur qu’à l’époque.   Tout en voulant faire un portrait satirique de la pub, il se met en scène avec complaisance dans un style de potache.

(Je me suis beaucoup plus régalée avec le « 99 francs » de Frédéric B eigbeder écrit vingt ans plus tard)

A chaque époque ses porte-drapeaux !   Séguéla n’est plus à la mode ?

Traitons-le comme Michael Jackson : le roi de la pub vaut bien  le roi de la pop.

 

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 16:33
LES ANNÉES PUB; C'ÉTAIT FOU !

Fou comme Perrier, l’une des marques  emblématiques de ces années-là,  celle qui a osé les campagnes les plus insolentes, les plus drôles aussi.  Et d’abord, en 1970, ce slogan impérissable : PERRIER C’EST FOU !

 Lancé  par Jean Davray, le publicitaire  de la marque qui n’avait pas froid aux yeux, ce slogan magique a ouvert la route à toute une génération de créatifs galvanisés par le succès de ce nouveau genre de discours. Cela a donné des campagnes choc, libérées de tous les tabous.  Et les clients  suivaient !

Nous avons vu des pubs insensées, en forme de BD, de contes de fées, de science-fiction,  de comédies musicales,  on allait au cinéma pour voir la Pub !  Les magazines doublaient de volume, boostés par la pub !

C’était une époque où les annonceurs ne se souciaient pas encore de marketing, tout ce qu’ils voulaient c’était que leur marque ait du panache et crève les écrans.

C’est d’ailleurs ce que leur ont reproché leurs héritiers : ils valorisaient la marque mais ne faisaient pas vendre les produits.

La Com a chassé la Pub pour reprendre les rènes de la Rentabilité.

Dommage pour le spectateur.  Le consommateur, lui, s’y retrouve-t-il ?

Faut  voir…

N’empêche, nous nous souvenons tous de Perrier et de ses campagnes mythiques, comme LE LION où La Belle fauche la bouteille au nez de la Bête  en rugissant aussi fort qu’elle , ou La Tour Eiffel qui se penche tendrement vers le goulot pour boire un coup.

Il y avait une vraie surenchère dans l’humour, les agences s’arrachaient les talents créatifs comme les clubs s’arrachent les joueurs fétiches.

Souvenez-vous :  « Ajax vitres ? Quelles vitres ? » ou « Il y a moins bien mais c’est plus cher », ou «C’est doux, c’est neuf ? » ou bien sûr : « Just do it ! »  ou encore « What else ? »

A vous d’en rajouter, il y en a plein d’autres… Quand on se met à les revoir, on regrette cette époque d’insouciance.

Mais celle qui dame le pion à toutes les autres, c’est encore Perrier qui l’a trouvée, c’est toujours fou fou fou, et ce sera la scène du jour.

 

La photo que vous allez voir n'est que vaguement évocatrice de l'esprit pervers de son concepteur et réalisateur, en l'occurrence Serge Gainsbourg.  Mais vous devez avoir un peu d'imagination !

Heureusement il y a YouTube (cela ne vous rappelle pas un slogan célèbre de ses années là, justement ?)

 

 

 

 

 

LA SCENE DU JOUR

PERRIER C'EST FOU !

Campagne "La main".

 

 

 

 

 

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LES ANNÉES PUB; C'ÉTAIT FOU !

 

Dommage, vous ne voyez là que le début. Je vous raconte :

 

Cette main fine et élégante va commencer à caresser la bouteille, légèrement, en prenant son temps, de bas en haut, pendant qu’une voix de soprano module une mélodie langoureuse.

Nous voyons la bouteille grossir, (mais oui !) frémir, tandis que la main continue  son manège, toujours lentement, toujours légèrement… jusqu’à ce que le bouchon se dévisse peu à peu, libérant tout d’un coup un jaillissement de liquide pétillant, joyeux, plein d’une énergie virile longtemps contenue.

C’est une très belle image, filmée par… Serge Gainsbourg.  Un sujet de choix pour ce grand libertin.   Mais qui d’autre eût pu réaliser une telle pub sans tomber dans la vulgarité ?

Le film est délicat, élégant, esthétique, magnifique.

Pourtant,il fut censuré dès sa diffusion à la télévision en 1976, et interdit dans tous les autres medias.  Certains téléspectateurs avaient violemment réagi contre le message sexuel qu’il contenait « à une heure de grande écoute, c’est inadmissible, les enfants regardent la télé !… »

 

Et bien, ces enfants, s’ils ont perçu le message sexuel, c’est qu’ils ont l’esprit bien mal tourné !

 

Je vous reparlerai des années Pub.   En attendant, allez sur YouTube pour voir LA MAIN dans son intégralité.  Tapez <<<Perrier c’est fou LA MAIN>>>

 

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 18:28
PULP FICTION de Quentin Tarentino, la scène du concours de twist

 

Isolée du film, cette scène est réjouissante, drôle, sans danger pour les moins de douze ans.

Ce n’est pas le cas du film. Tout Tarentino est déjà là,  c’est un réalisateur dont on reconnaît tout de suite le style.  La violence, d’abord, c’est son dada. Mais il la filme de façon emblématique, ce qui la rend à peu près supportable pour les âmes sensibles.

Ce n’est pas la violence de Scorsese, qui fait frémir d’horreur.  On reste dans le domaine de l’esthétique.  

 Plus tard, dans Kill Bill 1 et 2  on assiste à une marée d’hémoglobine qui finit par amuser tant cette violence est caricaturale.

On n’en est pas là dans Pulp Fiction.   Les dialogues sont très chiadés, c’est du Michel Audiard à l’américaine, c’est vulgaire et incisif.  Travolta est là pour donner de l’humour et de la distance à son personnage de truand. Quant à Uma Turman, elle est d’une beauté violente, renversante.

Les autres, Bruce Willis compris, sont de simples gangsters.

 

Pulp Fiction est devenu un film culte.

 

Sorti en 1994, deux ans après Reservoir Dogs, c’est le deuxième film de Tarentino et il lui apporte son statut de star.

Il faut croire que le monde du cinéma comme le public n’attendaient que lui pour les bousculer dans leur fauteuil.  

Pulp Fiction a eu un succès phénoménal.

Palme d’Or au Festival de Cannes, Oscar du meilleur scénario, et catalogué comme l’un des meilleurs films de gangsters du cinéma américain.

Comme dans  Reservoir Dogs, le scénario se déroule  en plusieurs épisodes non reliés entre eux mais où l’on retrouve les mêmes personnages.

Toujours  des gangsters, inspirés  par des modèles du genre dans ses films préférés :  aussi bien  Le Bon, la Brute et le Truand, que Taxi Driver ou La Grande Evasion.  Ses gangsters à lui ont de la culture, ils causent beaucoup et connaissent leurs classiques, citations à l'appui...

 

 

 

 

PULP FICTION de Quentin Tarentino, la scène du concours de twist

ZOOM SUR UNE SCENE CULTE

LLe concours de twist

Nous sommes dans un restaurant de Los Angeles, style années cinquante. Vincent (Travolta) accompagne Mia (Uma Thurman) que lui a confié son époux, le truand Wallace, et ils dinent tranquillement.

Au cours de la soirée  est organisé un concours de twist pour lequel on demande des volontaires.  Mia lève la main, elle veut participer malgré la désapprobation de Vincent.

Il la suit néammoins  sur la piste, les organisateurs les présentent au public, et la musique commence.

On est attentif, on sent qu’il va se passer quelque chose.

En fait, il ne se passera rien, que le spectacle fascinant de ces deux acteurs concentrés sur les figures improvisées de leur danse, donnant au twist, la danse la plus niaise qui soit, une fantaisie hyper sexy.

Elle est ravissante dans un chemisier blanc sur un pantalon noir, chaussée  de ballerines, face à Vincent un peu gauche, qui a quitté ses pompes pour danser en chaussettes.

Elle se dandine un peu pour s’échauffer, puis prend le rythme et se donne à fond, tandis que lui cherche  ses marques et ne fait encore qu’imiter la gestuelle de Mia.  Il est inénarrable.

Le morceau, « You can never tell » de Chuck Berry, est

un sommet de dancing music, il réveillerait un mort.

Il faut absolument voir la video de cette scène, car ma photo est loin de suggérer le dixième de la  folie  de la scène.

Elle est visiblement en transes, ignorant son partenaire qui se met progressivement dans le rythme, ils sont chacun dans leur bulle, même si Vincent garde un œil sur Mia pour imiter ses mouvements, ce qui donne parfois l’impression d’un numéro bien répété.

La caméra va et vient sur eux, cadrant chaque visage avec son expression : elle, absente, habitée, lui tendu, appliqué, puis descendant jusqu’à leurs pieds qui glissent en saccade dans le swing du twist, sans jamais décoller du sol.

Ils vont remporter le concours, bien sûr.  Nous les retrouverons dans l’appartement de Mia pour une scène aux antipodes de celle-ci, une horreur à la Tarentino.

 

Le concours de twist est sur youtube en tapant « Pulp Fiction – dancing scene ». Repulpez-vous

 

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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 18:42
LA MER d'Edward Bond à la Comédie Française

 

Le rideau à peine levé, nous sommes saisis d’effroi.

Un violent coup de tonnerre déchire nos tympans, suivi du vacarme d’une mer déchaînée que nous devinons dans l’obscurité zébrée d’éclairs aveuglants.

Les spectateurs des premiers rangs sont durement touchés.    Soudain des cris  s’élèvent dans la tempête, les hurlements d’un homme appelant à l’aide.  Sur la plage, une ombre passe, portant une lanterne. L’homme répond aux appels par des injures.

L’appel se répète, longues plaintes diminuant d’intensité pour se perdre dans le bruit des vagues. Puis c’est  le silence.

L’homme à la lanterne est rentré dans sa cahute, c’est le garde-côte, on se demande pourquoi ce refus d’assistance.

Le rideau retombe.

Nous sommes tétanisés.  La pièce promet d’être shakespearienne (la tempête…)

 

Mais le rideau se lève à nouveau sur une scène digne du Bourgeois Gentilhomme.  Un marchand de tissus volubile s’évertue à vendre ses coupons à une madame Ratti réticente, exigeante, tonitruante (Cécile Brune, épatante) qui n’en voudra pas.

Cela va durer encore dix minutes où nous entendons ce drapier égrener des récriminations  belliqueuses  contre les méfaits des extra-terrestre sur les océans, selon lui à l’origine de tous les naufrages, puis il diverge  sur les difficultés de vivre de son métier.

Sortie impatientée  de madame Ratti.  Rideau.

Surpris, le public est encore dans l’attente d’une montée du suspense.

Mais  la  pièce ne sera  qu’une succession de tableaux alternant l’humour  et le drame, retraçant  l’histoire très banale d’un village vivant au rythme monotone des vagues de la mer du Nord, pour qui ce naufrage est un événement fauteur de troubles.

Je ne suis pas un critique mais une spectatrice naïve qui ne demande qu’à s’émerveiller.  

Mais après ces premières dix minutes étourdissantes, et bien… voilà. On peut appeler cela un pétard mouillé.

 

Les comédiens Français sont à la hauteur de leur réputation. Ils se donnent à fond, ils sont formidables, on reconnaît le style de la Maison à la diction impeccable, à la vérité du jeu où tous les effets sont parfaitement maîtrisés.  Ils sont à la fois détachés et habités, ils ne jouent pas un personnage, ils incarnent le personnage.  Pas seulement les têtes d’affiche, mais jusqu’aux plus petits rôles, ils sont formatés « Comédien Français ».

 

Or, dans LA MER, nous avons vu de la fougue, de l’humour, de la cruauté, de la lâcheté, du chagrin, de l’amour, tout cela parfaitement fidèle au texte d’Edward Bond.

Alors pourquoi rien ne s’est-il passé  dans nos rangs ?

L’émotion n’a pas passé la rampe.   

Cette histoire nous a  laissés  complètement indifférents.

Cela s’est senti à la politesse des saluts, au petit nombre de rappels.

On dit parfois que « les acteurs ont sauvé la pièce ».  Mais on ajoute aussi qu’il « faut leur donner quelque chose à manger », très vulgairement.   Ici  les acteurs, comme Alain Françon le metteur en scène, ont fait un travail magnifique.  Ont-ils sauvé la pièce ?  Les avis divergeront peut-être.

 

Le théâtre est un univers énigmatique.  Chaque représentation est porteuse d’ondes positives ou négatives qui vont de la scène à la salle sans rime ni raison.   Un vrai mystère   transcendental, dirait  Salvador Dali. 

 

C’est à la Comédie Française, salle Richelieu, jusqu’au 15 juin.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 16:24
LA PHOTO MYSTÈRE DE MAI

LA PHOTO MYSTÈRE DE MAI

Elle a joué dans « Nelly et monsieur Arnaud » de Sautet, il n'y a pas si longtemps.

Ici, elle joue le rôle principal dans un film de 1963, tourné par un

réalisateur-romancier sulfureux mort en 2008.

Qui est cette actrice ?  Et de quel film s’agit il ?

Réponse au mois de juin.

 

)Pour la photo mystère du mois d’avril, il s’agissait de Ava Gardner et Humphrey Bogart  dans « La Comtesse aux pieds nus », film réalisé par Joseph Mankievicz en 1954.

Vous avez tous reconnu les acteurs, mais seuls quelques-uns ont cité le titre du film et le nom du réalisateur.  Google n’est pas l’ami de tout le monde semble-t-il ?

 

A bientôt !

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 15:21
CYRANO DE BERGERAC, le film

Non, ce n’est pas celui de Podalydes, pas celui de Claude Barma surtout pas celui de Pitoizet, mais celui de Rappeneau, avec son Depardieu inégalable.

 Ah, c’est un rôle difficile, Cyrano, tout en contradictions, il faut posséder tous les emplois  à la fois :  comique, tragédien, valet, jeune premier. Mais il faut avoir des bleus à l’âme et des balafres au cœur, savoir manier l’épée aussi bien que la plume. . Il faut avoir du sang de mousquetaire dans les veines. (Brave et voyou à la fois).

On ne peut pas composer le rôle de Cyrano.

 

Et dans quelle langue !  Les alexandrins non plus, ne supportent pas la mécanique.

Monter Cyrano de Bergerac au cinéma en 1990 dans le contexte historique est un vrai  défi.  L’entreprise est téméraire.  Le travail sur le texte est complexe, Jean-Claude Carrière  doit  ramener la durée du film à deux heures et demie, la pièce de Rostand en comptait quatre…

Pari réussi sur toute la ligne, un casting éblouissant, décors et costumes «césarosés »,  il croûle sous les récompenses.

Gérard Depardieu est couronné meilleur acteur de sa génération, avec Cyrano il porte à l’apothéose son talent protéiforme.

Le film, qui a reçu le César du meilleur film,  est un régal pour les yeux, tourné dans des décors naturels ou des lieux historiques et les images de  Pierre Lhomme sont magnifiques.

 Quant à,Cyrano, il  prend souvent l’aspect d’un gnome hieux, chauve, affublé d’un nez monstrueux qui le défigure  – cela n’enlève rien à leur talent, mais…  Depardieu, lui, porte son nez si fièrement qu’on arrive à l’oublier pour ne voir que son regard enflammé et sa chevelure héroïque.

La tirade du nez est une scène d’anthologie, c’est celle que j’ai choisie aujourd’hui.  Mais la scène finale du film ; la mort de Cyrano, est un monument d’émotion.   Les alexandrins ont rarement tiré des larmes dans le répertoire classique. Ici, on sanglote.

 

 

CYRANO DE BERGERAC, le film

ZOOM SIR MA SC!NE CULTE

La tirade du nez

Nous sommes au théâtre, on attend que Cyrano se produise sur scène mais il refuse tant que sa bête noire Montfleury s’y trouve. Il vient de l’apostropher vertement, d’ailleurs, et s’attire les foudres du public.

Dans le brouhaha, on le chahute, quelqu’un l’énerve en lui reprochant de faire scandale. Cyrano se retourne contre lui : « Et dites moi pourquoi vous regardez mon nez ? »   Il voit rouge, s’emporte, tandis que la foule commence à se lasser.

 Le vicomte de Valvert prend l’initiative de la révolte  : « Il commence à nous fatiguer. Je vais lui lancer un de ces traits ! » et voilà le jeune coq qui s’avance vers Cyrano : « Vous ! Vous avez un nez… (Cyrano l’attend de pied ferme)… très … grand ! »

Le HA ! »   de Cyrano n’augure rien de bon.

« C’est tout ?

« Oui.

Valvert n’en mène pas large. Sa boutade, au lieu de le calmer, attise le feu.  Cyrano affûte sa riposte.

« Ah non !  C’est un peu court, jeune homme !

Valvert tourne les talons mais Cyrano le poursuit, lançant ses banderilles.  Chacun de ses traits sera porté face à son jeune écervelé qui n’arrive pas à s’y soustraire (excellent Philippe Volter dans ce rôle ingrat).  

Et c’est parti.

 Les alexandrins s’envolent, les images sont hilarantes, poétiques, truculentes, naïves, tendres, insolentes, où diable Rostand est-il allé puiser ces définitions géniales d’un nez surdimensionné ?.

 

 

 Rappeneau a filmé cette scène comme  un grand mouvement d’ensemble, dans le rythme même de la tirade, chaque trait trouvant son écho dans les rires ou les protestations de la foule, Cyrano donnant le ton, ouvrant la marche toute en élans ponctués par le face à face avec Valvert.

Dans cette scène, on reste confondu par cette somme de talents : Rostand d’abord, Rappeneau ensuite, et Depardieu, tudieu.  Et tous les autres, bien sûr, et ils sont nombreux !

 

 

 

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 14:32
LA PHOTO MYSTÈRE D'AVRIL

Vous reconnaissez certainement ces deux acteurs.  Mais la photo a été prise dans quel film ?

Ce n'est pas un poisson d'avril et vous trouverez la réponse le mois prochain, joli mois de mai.

 

LA PHOTO MYSTÈRE D'AVRIL

REPONSE DE LA PHOTO MYSTÈRE DE MARS

Vous avez été nombreux à deviner qu’il s’agissait de François Truffaut, moins nombreux à citer LA NUIT AMÉRICAINE, encore moins nombreux à identifier Jean-François Stévenin et Nathalie Baye…,En regardant bien, on aperçoit aussi Jacqueline Bisset, la toute belle, et Jean-Pierre Léaud……

u mois  prochain  pour une nouvelle photo-mystère !

 

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 14:00
BOHRINGER, LE RETOUR

L'INSTANT THÉÂTRE

TRAINE PAS TROP SOUS LA PLUIE

 

Au théâtre de l’Atelier, j’ai vu hier soir Richard Bohringer ressuscité.  Un autre Bohringer… Mais qu’a-t-il de changé ? 

 

On le sait, le sale gosse a reçu une grosse baffe qui l’a mis par terre. Mais il s’est relevé en disant « même pas mal ! ».  C’est tout lui, cette hargne.

N’empêche que ça lui a fait mal. Très très mal.

Aujourd’hui, il raconte.

La performance vaut le détour.  Un comédien de cinéma,  mais aussi de théâtre, très très connu, qui vient, seul sur scène dans une absence de décor qui le montre tel qu’il est.  Il ne bombe pas le torse, il ne redresse pas les épaules, il ne cache pas qu’il a encaissé sévère.  Mais ce soir  il est là, il tourne en rond, il ne tient pas en place.

Il dit « pourquoi je suis là ?  Pour recommencer à vivre. »

 

  Il fallait un  texte, il se l’est écrit tout seul, il ne savait pas au juste ce qu’il voulait dire, il voulait simplement montrer qu’il était vivant, qu’il avait des souvenirs, qu’il se rappelait parfaitement certains épisodes de sa vie.

 Ecrire, il l’a déjà fait,  et avec quel talent !  Mais là… c’était comme  se mettre à nu.

Là, ses mots balancés comme ça, murmurés souvent, à peine audibles, comme s’il s’en voulait de se dévoiler ainsi, ses mots sont magnifiques.

Poète, il l’est sans artifice, sans recherche, sans chichis, le poète de la rue, de la ville si belle la nuit, pas un poète de salon.  Mais son art  est difficile car il évite les pièges de la vulgarité, du facile, du lieu commun.

Dans ces histoires qu’il raconte, à bâtons rompus, il y a  ses personnages favoris, pris sur le vif.  Sa grand-mère, sa fille, son chat, un boxeur, un acteur  disparu,  et ses anecdotes sont tantôt burlesques, tantôt déchirantes.

 

Parfois, il s’adresse à nous, le public, il ne peut pas s’empêcher de franchir la ligne de fuite du comédien, cette barrière qui le sépare des spectateurs, il la refuse, il est avec nous, tout le temps.

Il nous demande  par quel miracle nous sommes  là, car l’inquiétude plane sur la ville, pourquoi nous sommes  là ?

De  la salle une voix de femme lui a répondu : « parce qu’on vous aime ! »

Surpris, il n’a  pas trouvé la réplique, il lui a envoyé un baiser.

 

C’est vrai, il est attachant, le sale gosse. Encore plus qu’avant l’Absence, une aussi longue absence, si longue et si douloureuse qu’il n’a pu s’empêcher de nous la faire partager, dernier épisode de son monologue.  Des instants si longs et si durs à revivre qu’il nous les jette en pâture avec des mots qu’il a du mal à articuler.

Mais voilà, il est là pour les dire.  De sa voix « éraillée par l’alcool, le tabac… et le chagrin », phrase qu’il a relevée dans une critique et qui le fait doucement rigoler.

 

Miss Comédie

 

 

C’est au théâtre de l’Atelier  à 19h  à partir du 8 mars pour 30 représentations exceptionnelles.

 

 

 

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 20:39
LE GUÉPARD de Luchino Visconti

Cette scène a un sens caché. Ce n’est pas seulement un couple mythique qui danse dans un décor de conte de fées.

Pour mieux la comprendre, situons-là dans le contexte du film et de l’époque où il a été tourné.

Visconti, comte de Lonate Pozzolo, avait l’âme et les goûts aristocratiques de son illustre famille.

Après avoir donné dans la mouvance gauchiste des intellectuels de son époque, avec des films poétiquement dédiés au peuple et à ses misères, il fait une reconversion vers ses origines avec ce film, Le Guépard, où il raconte l’union forcée entre l’aristocratie milanaise  désargentée et la nouvelle bourgeoisie affairiste qui s’impose alors. 

Un sujet qu’il traite avec une évidente nostalgie.

« Le Guépard ». Pourquoi ce titre ?

Dans le roman de Giuseppe Tomasi d’où est tiré le film, l’auteur décrit la  fin d’un monde « de lions et de guépards remplacé par un monde de chacals et de hyènes ».

 

Le prince Fabrizzio est le guépard.  A travers son personnage, Visconti nous donne sa vision d’un monde qui s’achemine vers la décadence. C’est  le pouvoir de l’argent contre celui de la tradition.

Il faut pactiser – et le prince pactisera, à contre-cœur mais avec élégance, comme le montre de façon éblouissante la scène du bal, la dernière demie-heure du film.

 

 

Le Guépard fut le plus grand succès de Visconti – un tournant dans sa carrière. 

Il reçut la Palme d’Or au Festival de Cannes 1963.

 Alberto Moravia s’exclame « C’est le film de Visconti le plus pur, le plus équilibré et le plus exact. »

Il aurait pu ajouter : et le plus convaincant.  Car comment ne pas être dans le camp du  prince Fabrizio Corbera di Salina ?  Sa beauté sur le déclin, son charisme, la pureté de ses convictions   prennent vie en la personne d’un Burt Lancaster sublime.

Quant à Alain Delon, son neveu dans le film, qui trahit son oncle et protecteur en se rangeant dans le camp garibaldien, il est à tomber.  

On avait oublié à quel point sa beauté était à multiples facettes, dévastatrice, redoutable. On rêve : Alain Delon, que l’on croyait indestructible, a aujourd’hui quatre-vingts ans.  Comment y croire ?

On accepte plus facilement le déclin de Claudia Cardinale. Pourquoi ?

 

 

LE GUÉPARD de Luchino Visconti

ZOOM SUR UNE SCÈNE CULTE

La scène du bal.

 

Dans cette scène sont réunis tous les protagonistes de  cette société hétéroclite :  aristocrates et bourgeois vont danser sur la même piste, sur la même musique.

On aperçoit  entre autres Paolo Stoppa qui joue le nouveau maire du village de Sicile où se trouve la résidence d’été du prince Fabrizio. 

Il  représente le nouveau pouvoir du peuple.  Il est aussi le père de la belle Angelica, jouée par Claudia Cardinale, un nouveau riche arrogant qui vient d’accorder la main de sa fille au bel aristo  Tancrède Falconeri.  (C’est presque du Molière, le bourgeois gentilhomme est intemporel !)

 

Tout autour de la piste de danse se pressent, entre battements d’éventails et  commentaires aigres-doux, nobles et bourgeois dans une nouvelle fraternité.

Lorsque le prince s’avance vers le jeune couple Angelica-Tancrède et s’incline devant la jeune fille pour l’inviter à cette première valse, chacun comprend que c’est le signe d’une ère nouvelle pour la Sicile – et l’Italie toute entière. 

Le visage de Tancrède  est impénétrable. Sa fine moustache frémit mais l’accord est donné tacitement.  Il ne les quittera pas du regard durant tout le temps de leur danse.

Les premiers accords de la valse de Nino Rota résonnent, et le couple magique, face à face, après un balancement très court,  ( j’adore ce balancement, comme une hésitation, ou une certitude, un avant-goût du plaisir), s’élance sur la piste.

D’autres couples de danseurs  les entourent, les regards furtifs se croisent.

Ils tournent, leurs pas s’accordent avec élégance, la valse les entraîne dans sa mélodie, ils ont l’air heureux  mais ne se parlent pas pendant de longues minutes. 

Gros plan sur Tancrède, qui les fixe toujours d’un œil vaguement inquiet.

 Il faut dire que le prince, malgré son âge, est un sacré rival  pour le jeune homme,  il se dégage de  sa personne un charme dévastateur.

 

Angelica rompt le silence.  Elle  dit qu’elle est heureuse et fière d’être là, elle le remercie car elle lui doit tout, et surtout elle lui doit Tancrède…

Il lui répond que non, « vous devez tout à vous-même », belle phrase socratienne qu’il prolonge par un compliment énorme :

« Belle comme vous êtes…vous pourriez avoir tous les hommes.

Bref, ils se draguent innocemment.

Tout autour, les danseurs peu à peu ont déserté la piste et leur couple évolue  seul, comme suspendu dans l’espace quand la valse s’achève.

 

De retour auprès de Tancrède, ils échangent encore quelques courtoisies tandis que Claudia pose tendrement sa tête sur l’épaule de son fiancé.  Une manière de se faire pardonner… quoi, au juste ?

Tout a été dit dans cette scène, le mélange des genres, le mariage  arrangé,  le cynisme d’un neveu pourtant chéri, l’attrait sexuel à peine ébauché, la jalousie, l’amertume, tout cela dans  un décor fastueux qui évoque les derniers vestiges d’une époque révolue.

¨Plus qu’une scène culte, c’est  un symbole.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 19:11
UNE JOURNÉE POUR LA FEMME ?

 

MON COUP DE COEUR

 

C’est la petite phrase de mon mari à  la boulangère qui lui rappelait qu’aujourd’hui c’est la Journée de la Femme :

« Et bien profitez-en bien, puisque le reste du temps, c’est  tous les jours la Journée de l’Homme !

C’est vrai, si l »on y réfléchit, pour respecter vraiment la PARITÉ, il faudrait soit établir une Journée de l’Homme, soit supprimer la Journée de la Femme.

 

Il n’y a pas de logique, dans nos institutions.

 

Miss Comédie

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  • Miss Comédie
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. 
Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer.  De comédienne- auteur dramatique,  je suis devenue  blogueuse, ça élargit considérablement la cible.
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer. De comédienne- auteur dramatique, je suis devenue blogueuse, ça élargit considérablement la cible.

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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