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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 18:33

 

 

   SAGAN.jpgqui a si bien écrit sur l’amoralité des jeunes filles.   

 

BONJOUR   TRISTESSE

 

 

Le couple enlacé remonte de la plage par le petit escalier  de bois qui débouche  directement dans le parc.

On les voit marcher en zig-zag dans l’allée de gravier, arriver sur l’esplanade de la villa.  Ils font une pause pour un baiser prolongé avant de pénétrer dans l’immense hall dallé de marbre.

Pieds nus ils se glissent sans bruit le long des couloirs pour arriver plus vite dans la chambre et tomber enfin sur le lit.

La porte est entr’ouverte.  Ils font encore une halte pour un baiser rapide avant d’entrer, histoire de retarder le plaisir.

 

 

Ils entrent en même temps, un seul et même corps pressé de laisser déborder leur désir, ils titubent encore en riant , ils vont entrer dans la chambre de Caroline.

 

Arnaud est allongé sur le lit, il a laissé tomber le livre qu’il lisait et il les a considérés à travers sa mèche blonde.

L’image se fige en plan fixe, le temps s’arrête net.

 

Caroline a réalisé en quelques secondes. Arnaud était venu la rejoindre, sans la prévenir, comme un grand enfant idiot qui ne se méfie de rien.

C’était un immense gâchis qu’elle entrevoyait déjà, avant même qu’un mot fût prononcé.   Les conséquences défilèrent à toute vitesse dans sa tête, imparables : fiançailles rompues, scandale dans la famille.

Elle était découragée.  Tout ça pour une petite amourette avec un garçon de passage qu’elle allait oublier très vite.

 

Elle parla la première.  Elle entendit sa propre voix, ridiculement naturelle.

-  C’est toi ?

Il ne crut pas nécessaire de répondre.  Elle enchaîna :

-  Tu es arrivé quand ?

-  Par le bateau de dix heures.  (Il se leva et entreprit de ramasser quelques affaires)  Je suis désolé, j’aurais dû prévenir… Je vais aller dormir à l’auberge sur la place, j’attendrai le premier bateau demain matin et...

Elle eut un sursaut, un élan.

-  Non... oh, écoute, non... Ah, tu aurais dû me dire....(elle cacha son visage dans ses mains et puis très vite se redressa)  mais tu sais, ce n’est  rien, je t’expliquerai...

 

Elle sentit ce que ces mots avaient de trivial  et s’arrêta net. Elle redescendait de son nuage en chute libre, elle retrouvait brutalement le contact avec la terre. Elle se dit qu’elle était en train de vivre une situation de vaudeville, qu’ils étaient grotesques tous les trois, et en même temps elle avait la conscience de l’irréparable.

Elle avait perdu la confiance d’Arnaud, l’homme qu’elle aimait.

Elle essaya de réfléchir à une solution possible, entre mensonge et arrangement à l’amiable, mais rien ne vint

L’arrêt sur image prit fin lorsqu’elle entendit la voix de l’homme de la plage, sur le pas de la porte :

« Salut ! Je vous laisse.  Tout ça n’est pas bien grave.

Elle le vit s’éloigner dans le couloir, sa serviette enroulée autour de la taille.  Elle le trouva vulgaire et le détesta soudain.

Dérouté, Arnaud s’était immobilisé. A nouveau, la scène se figea en plan fixe. L’incertitude les tenait en haleine.

Qu’allait-il se passer maintenant ?COEUR.jpg

 

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 20:07

 

(Il avait les yeux bleux...)

 

 

  Pierre-Vaneck001.jpgQUI ?

Un grand acteur français disparu en 2010.

Vous l’avez peut-être vu dans          ART, la pièce de Yasmina Reza : il faisait partie de la première distribution avec Fabrice Luchini et Pierre  Arditi au théâtre des Champs-Elysées.

Vous ne l’avez probablement pas vu dans LES POSSÉDÉS de Dostoievski adapté et mis en scène  par Albert Camus au théâtre Antoine en 1959.

Sur cette photo il avait 28 ans.

 

QUAND ?

En novembre 1959 la même année que Les Possédés.

 

 

OU ?

Au théâtre Heberto à Paris

 

DANS QUOI ?

« LONG VOYAGE VERS LA NUIT » de Eugène O’Neil, mise en scène de Marcelle Tassencourt.

 

AVEC QUI ?

Gaby Morlay, Jean Davy, Michel Ruhl, Christiane Muller.

 

QUOI D’AUTRE ?

Il était marié avec Sophie Becker, la fille de  jacques Becker et la soeur de Jean Becker.

Deux de ses petits-enfants sont à l’affiche de « Plus Belle la vie » mais là, j’en dis trop !

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5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 10:48

Dark_passage_trailer_bogart_bacall.JPG

 

DÉDIÉ  À  LAUREN  BACALL ET  HUMPHREY  BOGART, qui savaient si bien jouer la comédie…

 

 RENCONTRE A MANHATTAN

 

 Le Chumley’s café, Bedford Street, Greenwich Village.A l’intérieur de ce café mythique il n’y a plus grand-monde à cette heure matinale.

  Au fond de la salle, sur la banquette, une jeune femme lit un journal en buvant un expresso.  Elle est d’une beauté étrange, un type slave avec des yeux étirés aux paupières lourdes et de hautes pommettes pâles.  Ses cheveux d’un blond cendré sont tirés en arrière et attachés par un ruban.  Elle ne prête aucune  attention aux mouvements de la salle, au va-et-vient du serveur, aux clients assis autour d’elle.

Un homme vient s’asseoir sur la banquette, à la table voisine. Lui aussi a un journal à la main,  le New York Times,  et commence à le déplier, tout en guettant le serveur à qui il  commande un café.

Il est  mince, brun aux tempes grisonnantes. Il a de l’allure, une sorte d’élégance naturelle dans son veston à chevrons élimé.

 

Ces deux personnages sont absorbés chacun dans leur lecture et sirotent leur café sans se presser, en gardant les yeux fixés sur leur journal. 

Au bout de quelques minutes, l’homme dans son geste pour passer à la page suivante, bataille avec le grand format qui refuse de se plier, tente de discipliner les feuillets qui s’obstinent à lui échapper des mains, et dont l’un se détache pour faire un vol plané jusqu’à la table voisine où il atterrit sur la tasse de café.

Consternation, balbutiements, congratulations.   Chacun manifeste la plus parfaite civilité, lui se confondant en excuses, elle affichant le plus gracieux des sourires.

LUI

Garçon, un autre café, s’il vous plait !

ELLE

Mais non, voyons, j’avais fini !

LUI

Et bien vous en boirez un deuxième et je vous accompagnerai, si vous le permettez !

Elle ne répond pas à cette invite mais baisse les yeux et re plie son journal.

LUI

Ah, vous lisez le Figaro…  vous lisez le  Français ? …

ELLE

Mal, mais je m’entraîne…

 

Il se rassied à sa table, vide sa tasse de café et fait signe au serveur de lui en apporter une autre  En attendant, il la regarde.  Elle le sent, lève les yeux et lui sourit.

LUI

Vous êtes très belle.

Elle éclate de rire, rougit un peu et boit une gorgée de son deuxième  l’expresso, se brûle, repose la tasse, rougit carrément.

 

 

 

 Le client assis à la table contre la vitrine, près de la porte, et qui a assisté à la scène, ne les quitte plus des yeux, fasciné par la scène : deux étrangers soudain réunis par un incident mineur et qui peut-être vont vivre une folle  histoire d’amour…

 

Il n’a pas besoin d’entendre ce qu’ils se disent, il comprend qu’il la drague et qu’elle se laisse draguer. Les regards, les sourires, et maintenant leurs mains qui s’enlacent. Le client est ému à la pensée qu’il pourrait, lui aussi, vivre un instant pareil, il suffit de le vouloir, non ?  Repérer une jolie femme, renverser sa tasse de café, et hop !l’affaire est dans le sac. Les jolies femmes ne manquent pas dans les cafés de Manhattan.  Le coup du journal finit bien par marcher.

 

L’homme et la femme se lèvent, ils vont partir ensemble. Ils passent devant le client qui  détourne les yeux mais  tend l’oreille.

ELLE

Et en partant ce matin, je parie que tu as laissé la fenêtre de la chambre des enfants ouverte ?

LUI

Raté, ma chérie. J’ai même acheté du pain pour ce soir.tasse-a-cafe.jpg

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 18:53

 


 

 

 sami-frey001.jpgQUI ?.

Sous ce masque de Pierrot triste se cache un immense acteur.

QUAND ?

En décembre 1958.

OU  ?

Au théâtre Edouard VII à Paris.

POURQUOI ?

Pour la pièce L’Année du Bac, de José André Lacour, mise en

scène par Yves Robert.

AVEC QUI ?

Michelle Bardollet, André Valmy, René Lefevre,  Roger Dumas,

Yvette Etiévant, Jacques Rispal, Monique Mélinand, Jacques Perrin, Yori Bertin…

MAIS ENCORE ?

Sur cette photo l’inconnu a vingt-et-un an.

Deux ans plus tard, il tournera  un grand film français avec pour partenaire une illustre séductrice de l’époque, dont il tombera amoureux fou.

Plus tard, il  pédalera seul sur la scène du théâtre de la Madeleine, en souvenir de Georges Perec… mais là, j’en dis trop !

IL A DIT :

« Se réviller tous les matins en se disant qu’on a 75 ans, c’est impossible, irréel… »


Eh oui. ce bel adolescent triste a aujourd’hui 77 ans...

 

 

 

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 17:06

 

doc

   polanski.jpgRoman Polanski qui  connaît l’étrange pouvoir des génies de la musique...

 

l

 

L’ESPRIT D’AMADEUS  

 

 mozart_ico05-copie-1.jpg Il est minuit.  Dans le salon de la grande maison, Dolorès laisse tomber son livre et s’étire longuement dans le canapé. Le CD qu’elle avait mis pour accompagner sa lecture vient de s’achever, les dernières notes du concerto N°27 de Mozart qu’elle ne se lasse pas d’écouter en boucle.  Dehors, le vent secoue les jalousies qu’elle laisse toujours  baissées. 

Elle se lève, va à la fenêtre, cherche à percer l’obscurité profonde de cette nuit de septembre.  Pas d’étoiles.  Le vent est annonciateur d’orage.  Des éclairs commencent à illuminer le ciel mais l’orage est encore loin.

Dolorès  n’enlève pas le CD de son socle mais elle éteint le lecteur.

Elle ramasse son livre, éteint les lumières du salon et monte dans sa chambre en baillant, elle est morte de fatigue.

 

Pour rien au monde elle ne serait allé à cette soirée où elle aurait pu rencontrer « plein de gens », où sa copine Mercédes voulait absolument la traîner.  Ce soir, non. La journée a été vraiment dure à l’atelier, le théâtre attendait les costumes pour la générale, ila fallu  mettre les bouchées double.

Et puis cette maison, où elle vient d’aménager, qui est devenue son palais, qu’elle a achetée sur un coup de foudre.  En plein milieu du quartier Sol, à deux minutes de la Puerta del Sol et du kilometro cero  qui est le point de  départ de toutes les routes d’Espagne, et aussi le point de rencontre de tous les Madrilènes.

 

Le jardin qui entoure la demeure est mal entretenu et la maison n’est pas non plus dans un état parfait, mais les pièces gardent encore les vestiges d’un passé fastueux.   Dolorès est tombée amoureuse des frises peintes sur les murs, des grands miroirs baroques, des meubles et des tapis que les anciens propriétaires ont laissés là, depuis si longtemps.

Dolorès monte l’escalier et arrive dans sa chambre où le lit monumental surmonté d’un dais   est toujours ouvert.

Elle passe dans le cabinet de toilette vétuste, se déshabille promptement, fait une rapide toilette et saute avec délice dans ce lit  immense où elle a toutes ses aises.  Calée sur les oreillers, elle ouvre le livre commencé au salon et tente de poursuivre sa lecture.  Mais ses yeux se ferment, elle va s’endormir, elle s’endort

 

 

Dolorès dort depuis longtemps, deux heures ? Trois heures ?  Dans son sommeil, le concerto de Mozart  égrène les notes nostalgiques du mouvement lent.  Elle accueille ce rêve avec bonheur, d’abord, et puis lentement émerge du sommeil.  Ce n’est pas un rêve.  La musique est bien réelle, elle résonne entre les murs de la maison, elle vient du salon.

« Je suis sûre d’avoir éteint le lecteur… »

Dolorès saute hors du lit et dévale l’escalier. « Qui a pu entrer pendant mon sommeil ? »

Le salon est plongé dans l’obscurité. La petite lumière verte du lecteur est allumée  et le son  est au maximum, trop fort, mon dieu, trop fort ! 

Elle allume en tremblant  mais le salon est vide. 

 Aucune fenêtre n’a été fracturée, la porte est verrouillée.

Elle se précipite alors sur le lecteur de CD et l’arrête.

Comme une voix qui se tait, la musique s’évanouit.  

« Un esprit… c’est un esprit.  J’ai acheté une maison hantée… »

Un violent coup de tonnerre la fait sursauter.  Elle croit entendre le vent siffler quelques mots qu’elle perçoit avec terreur  :  « l’esprit d'Amadeus  est là ! ».piano_500x400.jpg

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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 17:07

 

 

AVT Agatha-Christie 5032AGATHA  CHRISTIE

 

 

Elle   en a écrit d’aussi machiavéliques...

 

 

 

 

IUN CRIME PRESQUE PARFAIT

 

La pièce allait s’achever sur le meurtre de son rival.  Ils avaient échangé leurs répliques avec ce qu’il fallait de  froideur pour ménager l’effet de surprise.

C’était deux comédiens de talent, ils se mesuraient pour la première fois sur les planches.  Dans la vie aussi  ils étaient  rivaux puisque Mathieu avait épousé l’ex-femme  de Robert, lequel ne s’en était pas remis.

Pour l’instant, Robert pensait surtout qu’il devait être crédible dans cette scène du meurtre qui, au théâtre, devient facilement du Grand Guignol.

Sa haine devait être à la fois visible et invisible.   Un sentiment qui devait venir de l’intérieur, sans aucun effet de jeu.

« Tu es foutu, Montgoméry.  J’ai  dans ma poche de quoi te faire coffrer. »

« Vraiment ? »

Robert (ou plutôt Montgomery) ouvrit le tiroir de son bureau et dans un seul geste, saisit le revolver et tira.

Mathieu s’écroula en même temps que le rideau tombait sur la fin du premier acte.

On entendit le brouhaha du public qui se levait pour l’entracte.

Derrière le rideau, c’était l’effervescence.  Mathieu ne se relevait pas et un filet de sang s’écoulait de sa poitrine.  Robert, interdit, assistait à la disparition de son rival sans faire un geste, le revolver encore à la main.

Les comédiens faisaient un cercle autour du corps allongé sur le sol, sans un mot.  Le metteur en scène surgit.

« D’où vient ce revolver ?

- Du tiroir, articule Robert toujours immobile derrière son bureau.

-  Qui a pu remplacer l’arme factice par ça ? 

Le metteur en scène  arrache le revolver de la main de Robert.


  revolver-argent.jpg« Mais c’est un revolver de femme !    il prend les autres à témoin : regardez la taille de l’arme  et la crosse en nacre…   Qu’est-ce que c’est que ce bordel… »

Le visage de Robert prit soudain une couleur de cire.   « C’est le revolver d’Irène… »    Son ex-femme ne sortait jamais sans cet objet dans son sac.  Une manie qui le faisait sourire.  Tout son corps  se mit à trembler.  Il y eut un instant de silence.

Il va y avoir une enquête…  C’est forcément un meurtre.  Mais qui est l’assassin, et pourquoi ?

Tous les yeux se tournent vers Robert.

« Je ne pouvais pas savoir que …

-  Naturellement, Robert, tu n’es pas en cause, c’est clair.

On entendait la sonnerie de fin de l’entracte.

-  Bon dieu, il faut faire une annonce !  Le spectacle ne reprendra pas.

Je reviens. 

Le metteur en scène écarta le rideau et prononça les mots qui firent courir un murmure d’horreur dans la salle qui se vida lentement.

Il y eut les formalités, l’enlèvement du corps, la déclaration à la police, l’arrivée des enquêteurs.  Tout cela dura jusqu’au petit jour.

En rentrant chez lui,  Robert alla comme tous les soirs sur la pointe des pieds jusqu’à la chambre de son fils.  C’était son bonheur, contempler le sommeil de l’enfant de sept ans qui était désormais son seul compagnon.   Il en ferait un acteur comme lui, déjà le gamin était un habitué des coulisses, il apprenait des bouts de rôles de son père et les lui récitait comme des poésies. Parfois il pleurait dans son lit en appelant sa mère, c’est la nounou qui avait prévenu Robert, « ces soirs-là, on le sent tellement malheureux. »   Robert haïssait Mathieu doublement : il lui avait pris sa femme et la mère de son enfant.

Ce soir son trouble était si grand qu’il heurta le coffre à jouets. La lumière s’alluma dans la chambre de la nounou qui laissait la porte de communication ouverte.

« C’est vous, Robert ?

-  Oui, c’est moi,  souffla-t-il à mi-voix, vous pouvez éteindre.

Son fils bougea, émit une petite plainte, mais ne se réveilla pas.

Robert   se pencha pour caresser  son front moite.

« Dors, mon ange. Tout va bien. 

Il remonta la couverture sur laquelle était posé un objet noir et luisant, qu’il reconnut aussitôt.   L’enfer allait commencer.

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 14:24

 

 

 

                                             S

irideau-rouge.jpgEnfin  une année nouvelle !    Un plateau de théâtre encore vide, des personnages en quête d’auteur, un auteur en quête d’inspiration devant cette grande page blanche.

Après les fameuses  Rencontres Imaginairese  en  2013,

voici JE M'AMUSE AVEC MES MUSES, dédiés chacun à une grande figure disparue.

 

Vous retrouverez ensuite une nouvelle série de Rencontres Imaginaires car je ne me lasse pas de faire dialoguer ces gens qui n’auraient jamais dû se rencontrer.

L’imaginaire,  ah, l’imaginaire ! Que de crimes on peut commettre en son nom !

Vous verrez peut-être aussi  se faufiler entre deux shorts, une photo insolite qui m’aura touchée au coeur et que je vous commenterai à ma manière.

 

Bref, en route pour 2014 avec Miss Comédie et ses bizarreries imaginaires.

 

clap.jpg

 

 

 

ie m'amuse avec mes muses

Une histoire  inspirée par  YEHUDI  MENUHIN :

  violon1.jpg MELODIE EN SOUS-SOL

 

 

Sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées, le grand violoniste salue son public.  La standing  ovation est interminable.

Ce soir encore il fit un triomphe.  Son violon semblait flotter dans ses mains et l’archet s’envolait, tirant des sons archangéliques de l’instrument.

L’après-concert avait traîné  en longueur.   Les gens n’en finissaient plus de frapper à la porte de sa loge, à la fin la porte resta ouverte et ils venaient lui dire leur joie, les admirateurs anonymes, les confrères, les amis, , le chef et les musiciens de l’orchestre,

 

Ce fut une belle prestation, oui il le sentait, il avait été inspiré, il y a des soirs comme ça où la musique s’empare de votre corps tout entier et c’est ensuite si facile de la restituer aux autres, de déverser ce trop-plein de sons parfaitement agencés par la technique.  Il trouvait souvent cette sensation de plénitude dans le répertoire de Ravel, son ami.

Il réussit enfin à se soustraire à ses admirateurs et à gagner la sortie.  Toute cette agitation lui pesait, toutes ces louanges le gênaient.   Seul, il voulait être seul à présent.

 

Sur le trottoir de l’avenue Montaigne, il respira un grand coup.

A son chauffeur qui l’attendait, il dit de rentrer, il avait envie de marcher. La nuit était douce et  du Théâtre des Champs-Elysées il n’avait que l’avenue Marceau à remonter pour se retrouver dans sa petite rue tranquille.

Il était plein d’un épuisement bienfaisant, son esprit  menait l’équipage de ses membres las.  Il marcha d’abord d’un pas rapide,  finissant d’écouler l’énergie accumulée pour le concert.  Peu à peu son allure prit un rythme plus lent. A chaque pas il laissait derrière lui le bruit, l’effort, la parade, le côté  factice  de cette journée.  Il prit une longue inspiration et se sentit plus léger et aussi plus seul.  Les parures dont la société vous affuble  sont les rubans et les clochettes accrochées aux sapins de Noël.  Une illusion de gloire.

Je suis un sapin de Noël, pensa-t-il.

En lui même, une petite voix chuchota : «   ces parures ne sont que la consécration de  ton talent,  ne l’oublie pas ! »

 

Il marche, il traîne un peu la patte, et soudain voilà qu’il s’arrête net.  Un son qu’il connaît bien, très faible mais il connaît si bien ce son-là, un son très pur, loin dans une rue, le fait dresser l’oreille.

   Le son, intermittent, devient peu à peu perceptible.  C’est du violon.

 

Le  grand violoniste cherche à localiser cette musique solitaire, il oriente ses pas dans sa direction.

Au détour d’une rue, il le voit.

L’homme est debout   sur le trottoir à l’entrée  d’une petite rue fréquentée par  les habitués d’un bar d’hôtel.

Il joue les yeux fermés une sonate  de Liszt. Personne ne l’écoute.

La star du violon  s’approche et regarde le visage du musicien anonyme, une expression de profond bien-être.  Ce n’est pas un amateur, son archet est mû par un talent consommé.  Devant lui il y a une soucoupe avec quelques pièces.

Comment quantifier mon bonheur de jouer par rapport au  sien ?  C’est le même !  Le même bonheur.  Moi j’ai droit aux bravos, aux articles de presse, et lui à une pièce jaune.  Moi je suis lié par contrat, mon emploi du temps est bouclé. Lui est libre d’aller jouer sur le  quai de la Tournelle, par beau temps, pour donner du bonheur aux amoureux fauchés.

Le musicien n’ouvre pas les yeux lorsque le Maître lance une pièce dans la soucoupe.  Cela augmente encore son amertume.  Un moment il reste là, figé,  cherchant à deviner si cette liberté avait été voulue, ou seulement subie par les aléas de la vie. Il eut envie de lui parler.  Mais le violoniste était  derrière un écran infranchissable.

 

Puis il tourna les talons.  Il rentra chez lui d’un pas nerveux.

 

Son chauffleur l’avait suivi,  au ralenti,  habitué aux volte-face de son maître.  Il assista à cette halte insolite devant un pair, il imagina le désarroi, l’étonnement et peut-être aussi  la compassion.

Il ne comprit pas son licenciement, un mois plus tard, pas plus que l’annulation de tous les concerts du Maître « pour raisons de santé » ainsi que l’annonce d’une retraite prématurée,  en pleine gloire.  Mais il ne chercha pas à savoir, ni à garder le contact avec son ancien employeur.

 

Pourtant  un jour, longeant l’un des couloirs interminables de la station Châtelet, il entendit de loin  un son familier qui le fit tressaillir.

Bientôt il fut devant lui : le grand violoniste, debout, les yeux fermés, jouant de son violon avec une expression de bonheur intime.

Devant lui, une soucoupe d’argent avec quelques pièces jaunes.

Pas plus que le violoniste anonyme de la rue de Bassano le Maître n’ouvrit les yeux lorsque la pièce tomba dans la soucoupe.

Et pas plus que lui, le chauffeur n’osa lui adresser la parole.

 

 

 

 

 

 

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 17:16

rideau.jpg  

 

                                           Bonjour à tous !

                                    En réalité ceci est plutôt un tomber de rideau sur l’année

                                    2013 !

                                    Pour des raisons d’état (sans majuscule bien sûr) je zappe

                                    cette fin d’année et me ressource en vue d’une prochaine

                                    reprise de mes articles au début de l’année prochaine.

 

                                    Surtout n’effacez pas <<<unesceneparjour.com>>> de

                                    vos sites favoris car je vous réserve encore bien des

                                    surprises !  Vous pouvez aussi aller à la recherche  de

                                    certains articles anciens qui vous auraient échappé, il y a

                                    de quoi lire dans mon blog !

                                    Passez de bonnes fêtes dans la bonne humeur et

                                    rendez-vous en 2014 !

 

 

 

 

 

                                    Miss Comédie branche-de-houx

 


 

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 14:55

 


  James-Bond-Logo-Poster-C10053467.jpgC’est le titre de l’édito de Madame Figaro de cette semaine.

Le numéro est consacré aux hommes.  Mais quand on le feuillette, on s’aperçoit que les hommes en question sont des homos, tous cités pour leur talent, photographiés pour leur beauté, leur élégance.  Rien à dire.  Juste un petit pincement au coeur.

Et puis,  avant de refermer le magazine, on lit à tout hasard l’édito.

Tiens, il est signé Eric Neuhoff.  Non, pas lui ! Va-t-il  lui aussi entonner l’hymne à l’homo ?

 

Ligne après ligne, on respire. On reprend confiance.

Il se décrit, lui qui « n’en est pas », avec ses petites  manies, ses dadas, ses faiblesses, ses lassitudes, sa virilité qui date d’Adam  et son amour des femmes qui date d’Eve et qui n’est pas prês de disparaître de cette planète.

Ses mots sont simplement  sincères, touchants. Il ne proclame rien, il ne revendique rien.

Mais enfin, ouf, il nous rassure.  Car ce n’est pas un blaireau, Eric Neuhoff. On peut lui faire confiance, il ne fera jamais l’apologie du plouc, du beauf, du tocard.  Et  il signe des critiques, des livres, des éditos qui font référence.

Son  self-portrait est magnifique ! 

Non,  notre humanité n’est pas encore unisexe.

Nous on a besoin de séducteurs et de machos, là.

D’accord,  certaines femmes décrètent qu’elles s’en passent très bien.  Ouais.

N’empêche, je voudrais bien savoir combien d’entre elles n’ont pas eu la larme à l’œil  en lisant cet édito.

Ecce homo, c’est une parole d’évangile.  Voici l’homme et ça montrait  Jésus, le fils de Dieu.   Il nous reste l’homme, le vrai.

 

Petite  précision : je n’ai rien contre les homosexuels et j’ai  parmi eux  quelques amis très chers qui se passeraient bien de cette surenchère médiatique. 

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 17:45

LA CHATTE SUR UN TOIT BRULANT    

Tennessee  Williams

A GRIGNAN, Août 2013

Au Théâtre des Célestins  Saison 2013/2014

 

 

   CHATEAU.jpg A Grignan, dans la cour du Château, par une douce soirée de ce mois d’Août,  le décor, adossé aux murs de pierres brûlantes, elles aussi, donnait vie à une histoire tellement banale et tellement sordide,  comme on en voit tous les jours dans les familles, une histoire sans aucun attrait visuel ni sentimental, une histoire à oubler très vite.  Et  même, à fuir instantanément.

Oui, mais il y avait sur scène ces personnages parfaitement odieux qui se lançaient au visage des injures insoutenables, qui arboraient leur haine comme un étendard, qui nous transformaient en voyeurs subjugués.

La petite Laure Marsac, comment imaginer qu’elle put incarner une telle boule de nerfs et d’amour, qu’elle eut en elle une telle réserve d’énergie ressentie ?   En quelques minutes on avait oublié LA Taylor.

 

 MARSAC.jpgOn avait oublié aussi la pauvreté du décor, comment faire figurer ensemble un salon où l’on s’apostrophe, une chambre aux murs indiscrets, un bar investi par un mari en désespoir, tous leurs vices étaient concentrés autour de quelques meubles disposés ça et là.

Chacun des personnages prenait à son compte la violence du dialogue, on pourrait croire que c’est facile, de lancer des horreurs à son partenaire, pas besoin de se concentrer, ça doit sortir tout seul, non ?  Et forcément, on y croit !  Non, non, les acteurs ajoutent quelque chose qui donne du poids aux mots, une sorte de hauteur.  J’ai été bluffée par Alain Pralon,  le sociétaire du Français qui, là, faisait du Serrault salace  avant de nous montrer sa peur de la mort.

Ah, ça, il faut aimer Tennessee Williams, ou tout au plus l’accepter avec ses obsessions morbides du mensonge, de la trahison et du couple infernal.  Mais comment ne pas admirer ceux qui le servent si bien ?

La pièce se joue maintenant au théâtre des Célestins à Lyon jusqu’au 20 octobre 2013, toujours dans la mise en scène de Claudia Stavisky.

J’aime ses mises en scène : elles  restituent au plus près l’esprit de l’œuvre sans prétendre la réinventer, comme font tant d’autres.

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

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- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

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Aux éditions le Manuscrit.

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