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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 17:38

 

 

  KARL-NOW.jpgKARL LAGERFELD,   ENFIN SEUL

 

Karl Lagerfeld m’a donné rendez-vous au Jardin des Tuileries,  en face de la statue de Coustou « Apollon pousuivant Daphné. C’est un endroit tranquille et

charmant, où le couturier vient volontiers chercher l’inspiration.

Tout près de son atelier de la rue Cambon, il vient en voisin, tout comme Coco Chanel qui calmait ses nerfs au sein  de cette enclave bucolique.

Il est 18h pile, Karl Lagerfeld toujours ponctuel arrive, figure emblématique,

immuable depuis sa cure d’amincissement : costume noir, col montant comme une minerve, lunettes noires.  Majestueux mais souriant, distant mais affable.

 

¨     Karl Lagerfeld, ne vous sentez-vous pas un peu seul, depuis la mort

d’Yves Saint-Laurent ?

¨     Non, pas du tout, pourquoi me sentirais-je seul ?  J’ai attendu ce moment pendant des années…

¨     Vous étiez pourtant deux amis très proches ?

¨     Au début, oui, il y a si longtemps…  Mais sa gloire nous a séparés très vite.

¨     Elle l’a tué, et vous êtes vivant…

¨     Oui, je dois m’estimer le plus heureux des deux…

¨     Vous donnez aujourd’hui l’image d’un homme accompli, sérieux et … rangé.  En a-t-il toujours été ainsi ?

¨     Sérieux, je l’ai toujours été.  Rangé… c’est une autre histoire. Dans ma jeuKARLnesse j’étais entouré d’une bande de fous qui semaient le scandale autour de moi, et cela m’amusait.

¨     Les Américains ?

¨     Oui, les Américains, la bande à Andy Wharol, tout ça… J'étais jeune 


¨     Saint-Laurent faisait-il partie de cette joyeuse bande ?

¨     Ah non !  Pas du tout !  Lui, il avait la sienne.  On se croisait parfois au Sept ou à la Coupole, ça créait des tensions sous-jacentes  presque shakespeariennes… Il y avait des jeux de provocation, des trahisons…

 

Soudain il semble rêveur à l’évocation de cette époque lointaine. Il poursuit :

¨     Au fond, s’il n’y avait pas eu cette faune libertine autour de nous, Yves et moi aurions pu rester complices, rire de nos destins si dissemblables… relativiser…

Il fait une pause, puis reprend sur un ton amer :

¨     Pourtant il m’a trahi.

¨     Trahi ?   Professionnellement ?

¨     Non. 

Il fit un geste de la main, pour écarter le sujet.     Karl001.jpg

¨     Avez-vous un « bon ange » ?

¨     (Il sourit)  Vous voulez dire : « un Pierre Bergé » ? Non, non, je suis seul, tout seul à travailler. Mon bon ange n’est plus de ce monde, c’est Mademoiselle Chanel.

¨     Elle vous inspire ?

¨     On peut dire ça comme ça. En réalité, je ne fais que la copier.

¨     N’avez-vous pas envie d’avoir une maison de couture à votre nom ?

¨     Je crois que cette époque est révolue.   Voyez les créateurs qui marchent : Galliano, Mark Jacob, Nicolas Ghesquière… ils s’effacent.  Leur mode appartient à une maison qui ne leur appartient pas.

¨     Quel est votre bien le plus précieux ?

¨     Ma curiosité.

¨     Quelle est votre raison de vivre ?

¨     L’argent.

¨     Et l’amour ?

¨     Je suis l’homme d’un seul amour.  Il est mort et depuis je n’aime plus.

Il se lève.  Le soleil sur son visage a fait couler un peu de fond de teint sur ses tempes.  Il s’éponge avec un mouchoir de soie blanche.

Son regard très lointain, qu’il s’obstine à cacher,  m’a lancé un éclair d’acier.

 

¨     Je dois rentrer.

 Il  s’éloigne, droit comme un i, d’un pas  dansant sur ses hauts  talons.  Il a soixante-dix-sept ans.

 Le soir-même, je reverrai Karl Lagerfeld bien après minuit, à sa table du Flore, seul.  Il boit du Coca.   Derrière ses lunettes noire son regard est fixé sur la porte d’entrée.  Il guette chaque   nouvel arrivant il guette celui qui ne viendra plus.

 La Jaguar bleue est devant la porte, moteur tournant.  Bientôf  les passants le verront sortir sans hâte et s’engouffrer à l’intérieur.

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 21:46

  belle-Diana.jpgLADY  DIANA  SPENCER  ou  L'AMOUR PUNI

 

 

31 août 1997.  Le bar Hemingway de l’hôtel Ritz à Paris.

Lady Di attend, assise dans l’un des fauteuils proches du bar.  Elle est seule.

Elle est rayonnante, bronzée dans un tailleur bleu ciel.

Elle refuse l’interview mais accepte le questionnaire de Proust, cela l’amuse.

Elle prévient : « Je serai obligée d’interrompre l’entretien dès que Dodi al

Fayed  viendra me chercher… Sorry ! »   Sourire.  Un sourire d’ange.

 

--  Quelle qualité préférez-vous chez un homme  ?prince-charles.jpg

  • L’humour, je crois.

 

 

  • Et chez une femme ?
  • L’indulgence.
  • Chez vos amis ?
  • Oh mes amis ?  Ils sont si différents... Leur qualité commune,
  • c'est justement le don de l'amitié !
  • Quel est votre principal défaut ?
  • Pendant des années, ce fut une timidité maladive.  Aujourd’hui j’ai le

défaut  de  me rebeller  trop souvent.

  • Quel est votre rêve de bonheur ?
  • (Elle sourit)   Vivre l’instant présent.  Celui que je vis en ce moment,

par exemple.

  • Quel serait votre plus grand malheur ?
  • Mourir avant d’avoir vu les enfants de mes fils.
  • Quel est le plus grand personnage que vous ayez rencontré ?diana_aids.jpg
  • Mère Teresa, et pourtant elle m’arrivait à la taille ! 

  • Vous souvenez-vous de votre acte le plus courageux ? 
  • Oui… lorsque j’ai serré  la main d’un malade du sida. C'était en 1985 et à cette époquepersonne n'osait les toucher, on disait que c'était transmissible par le contact...

 

 

  • Quel est votre souhait pour l’humanité ?
  • Que l’amour règne entre les hommes… ça n’arrivera jamais !
  • Quel don de la nature regrettez-vous de ne pas avoir ?
  • L’anonymat.
  • A quel moment avez-vous éprouvé une pure « joie de vivre » ?John_Travolta_and_PrincTravolta.jpg

 

  • (Elle sourit, rêveuse)  Lorsque j’ai dansé avec John Travolta, à la Maison  Blanche, il y a plus de dix ans… Quel danseur électrisant !

 

 

  •  Comment aimeriez-vous mourir ?
  • (Elle éclate de rire)  Oh my god… dans les bras de mon amant !

 

 

Momhammed Al Fayed entra à ce moment dans le bar.  Elle ramassa son sac et alla vers lui, pleine d’une sérénité prémonitoire.

vol de l'ange

  • La Mercedes est  là, dut-il,  come on my dear. 

 

 

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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 22:07

 

ALBERT  CAMUS,  LE DON JUAN HUMANISTE.CAMUS.jpg

 

Affiche4  février  1959.  Le foyer du Théâtre Antoine à Paris, durant l’un des deux entractes de la pièce LES POSSÉDÉS d’Albert Camus,  qui dure trois heures vingt-cinq

.

 

- Albert Camus, la salle est pleine et le public applaudit beaucoup.  Votre pièce LES POSSEDES est en train de faire un tabac. Que ressentez-vous ?

 

-  Je ne me fais pas d’illusion.  Nous sommes au tout début, la curiosité remplit la salle. Mais la pièce est trop longue, je le sais.  Les critiques sont très partagés.    On est loin du « tabac ».

-  Cette mise en scène vous a-t-elle enthousiasmé ou dépassé ?

 

-  Les deux. Les répétitions m’ont épuisé : depuis novembre 58, à  tâtonner sans cesse… Mais le travail des acteurs m’a émerveillé.  D’ailleurs, à la  fin, je ne les dirigeais plus, ils faisaient ce qu’ils  voulaient et c’était prodigieux.

 

-  Quel est votre endroit favori pour écrire ?

 

-  Mon bureau aux Editions Gallimard, où j’entends chanter les oiseaux dans

   la cour.  Et aussi, parfois, le salon de l’hôtel Montalembert, à deux enjambées.  On m’y laisse une paix royale.

 

-  Que répondez-vous lorsqu’on vous traite de  séducteur ?

 

-  Je remercie pour le compliment.

 

-   Quel est, pour vous, le mot qui définit le mieux notre société ?

 

-  Absurde.

 

-  Et  celui qui vous définit le mieux ?Casares.jpg

 

-  Révolté.

 

-  Révolté et séducteur, c’est un peu contradictoire, non ?

 

-  -  L’homme est fait de contradictions.  Non ?

 

-  Parmi toutes les femmes qui vous entourent, laquelle est pour vous la plus belle ?

-  Maria Casarès.

 

-  La plus touchante ?

-  Catherine Sellers qui joue Maria Lebiadkine dans la pièce.

 

-  La  plus indispensable ?

-  Micheline Rozan, mon agent très spécial.rozan-2-1.jpg

 

 

-  La    plus admirable ?

 

Francine.jpg

- Ma femme Francine.  Mais n’allez-vous me questionner que sur les femmes ?

 

Albert Camus allume une cigarette.  On fume encore dans le foyer des théâtres, en 1959.  Il ne s’impatiente pas, il sourit.

 

-  Quel est selon vous  l’homme - ou la femme ! -  qui a fait le plus pour l’humanité ?

 

-  Jésus.   Il a tenté de répandre  l’amour sur notre planète.  Hélas, il a échoué.

 

-  Votre prix Nobel vous a-t-il donné l’impression d’être utile à l’humanité ?

 

-  Non.  Mon prix Nobel n’a fait de moi qu’un écrivain  jalousé.

 

-  Vous êtes pessimiste ?

 

-  Non, réaliste.  Mais je ne perds jamais espoir.

 

-   Qu’y a -t-il de  beau en l’homme ?

 

-  La jeunesse. 

 

Les réponses arrivent, nettes, instantanément.  Autour de nous les spectateurs vont et viennent, impatients de regagner leur place.  On entend la sonnerie de fin d’entracte.   Camus éteint sa cigarette et me regarde.

 

- Vous êtes jeune, que vous importent  toutes ces vérités éphémères ?

 

-  Je les retrouverai plus tard, et je les lirai en pensant à vous.  Une dernière question : Albert Camus, comment aimeriez-vous mourir ?

 

-  Dans un accident de voiture, sur le coup, sans m'y attendre.

 

 

 

Il s’éloigna, je rangeai mes notes et revins lentement m’asseoir à l’orchestre.

Un an plus tard jour pour jour, il allait être exaucé.

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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 18:21

 

 

KLAUS NOMI,  LE MUTANT.klaus-nomi-2.jpg

 

 

 

New-York,  juillet 1983, Klaus Nomi est trop faible pour accorder une interview.   Il accepte cependant de répondre  au Questionnaire de Proust que lui soumet un ami.

 

--  Quelle qualité préférez-vous chez un homme  ?

--  Je répondrai comme Proust : qu’il ait des charmes féminins.

 

--  Et chez une femme ?

--  Qu’elle ne soit qu’amour…

klaus nomi 1

 

--  Chez  vos amis ?

--  Qu’ils  tolèrent  ma différence.

 

-- Quel est votre principal défaut ?  

--  La folie.

--  Et votre principale qualité ?

--  La folie.

 

-- Quel est selon vous, le mystère le plus effrayant de l’humanité ?

--   L’apparition des maladies inconnues.

 

-- Quel est votre rêve de bonheur ?


--  Guérir.

 

-- Et quel serait votre plus grand malheur ?

--   Que mon ami David Bowie  disparaisse avant moi.kl.n.malade-1

 

-- Qu’est-ce qui vous fait pleurer ? 

--  La beauté.

 

-- L’endroit où vous vous sentez le plus en sécurité   ?

--  Sur scène, dans mon costume d’extra-terrestre.

 

--  La ville qui vous a ensorcelé ?

--  Paris, qui m’a honoré d’un disque d’Or.

 

--Quel artiste admirez-vous le plus ?

--  Elvis Presley.

 

--Le don de la nature que vous aimeriez avoir ? 

--  Le don d’ubiqiuité. 


 

--  Comment aimeriez-vous mourir ?sida   

--  Pas tout de suite….

 

Klaus Nomi   laissa une trace qui lui ressemble,  un chant étrange et magnifique où il déploie toutes les ressources de sa tessiture unique.  « THE COLD SONG »  fit le tour du monde.  Il mourut le 6 août 1983  d’une maladie dont il ne savait rien encore, comme d’une injustice divine.

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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 13:47

 

   NORMA JEAN AU BOUT DE LA ROUTE. Marilyn-en-noir.jpg

 

5th Helena Drive, Brentwood, fin  juin 1962.

La gouvernante Eunice Murray  nous introduit dans la chambre de Marilyn. « Ten minutes, no more ! » nous dit-elle avant de se retirer.

Marilyn  est en plein tournage de « Something’s got to give », qui ne se passe pas très bien.  Elle a pris une journée de repos.  Allongée sur son lit, elle semble dormir.

Nous sommes, la photographe et moi,  pétrifiées d’émotion à la vue de la star dépourvue de tout artifice, d’une beauté  angélique, presque immatérielle.

 

 

«  Miss Monroë, merci de nous accorder un peu de temps…

 

Marilyn  ouvre les yeux.  Sa main droite pend dans le vide, blanche et potelée. Elle a déjà quelques tâches brunes, annonciatrices de la vieillesse qu’elle ne connaîtra pas.  Impossible de distinguer les lignes de sa paume, qui forment, paraît-il, un M dans chaque main.

 

-  Je ne veux pas parler de ce tournage, s’il  vous plait…

Elle parle d’une voix enfantine  qui donne le frisson.

 

-  Nous voudrions vous parler des DÉSAXÉS, votre dernier film.

-  Que voulez-vous savoir ?  tous les journaux ont déjà tout dit.

-   Vous avez dû éprouver un grand chagrin en apprenant la mort de votre partenaire, Clark Gable ?Duo.jpg

 

Elle soupira,  se souleva  et saisit un verre d’eau posé sur sa table de nuit. Elle but une gorgée, puis  se laissa  retomber.

-  Vous savez ce qu’on dit ?  Que c’est moi qui l’ai tué.  Pourquoi les gens sont-ils si méchants ? 

J’adorais Clark, il était comme mon père. 

-  Mais il ne supportait pas vos absences répétées, vos retards…

- Il avait le coeur malade….  Le tournage était éprouvant pour lui.  Il ne ù’a jamais fait un reproche. 

-  On a dit aussi que vous aviez  essayé de le séduire ?  

-  Il était mon amant dans le film,  nous avions des scènes très hot, cela ne veut pas dire que…

-  Et Montgoméry Clift ? 

-  Il ne m’adressait pas la parole en dehors du plateau.  Son accident de voiture l’a défiguré, physiquement et moralement.  Il s’est refugié en lui-même… Avant, il était très sexy.

-   Etes-vous très proche du Président John Kennedy ?

 

Elle sourit vaguement, presque amèrement.

 

«  Le 19 mai dernier j’ai chanté pour lui devant dix mille personnes, on

  entendait à peine ma voix tellement ils criaient… quoi, c’était une petite chanson, rien de plus, d’accord il y avait ma robe… un peu sexy, c’est vrai…  Mais il a eu l’air heureux…  Ca n’était pas mon idée, on m’avait demandé de chanter pour lui.  Quelle actrice ne l’aurait pas fait ? 

 

Elle ferma les yeux, tourna la tête pour cacher son visage.  A ce moment, la gouvernante, entra dans la pièce.

-  Miss Monroe, l’entretien a assez duré.    Le docteur Greenson sera là dans dix minutes.

 

Elle prit un comprimé dans un flacon et le tendit à Marilyn avec un verre d’eau.   Marilyn se redressa, son visage prit une expression de soulagement.

 

-  J’ai grand besoin de lui…

 

Elle avala son comprimé et dans un mouvement d’une grâce infinie, elle

jeta ses jambes hors du lit et sauta sur ses pieds.

 

-  Mes amies, je suis tellement désolée…

 

Elle alla vers la coiffeuse et se pencha pour étudier de près son visage.  Sans maquillage, elle avait l’air d’une toute jeune fille.   Tout en brossant ses cheveux blonds elle poursuivit comme pour elle-même :

 

« Je crains d’avoir parlé uniquement de moi… Toujours à me justifier… 

   Toujours coupable, Norma Jean…

 

 

La photographe et moi nous levâmes pour prendre congé.  Il n’y avait pas eu un seul cliché  de pris, c’était impossible, une sorte de viol.  J’osai une dernière question : avec-Jane.jpg

 

-   Miss Monroe,  quel  est votre meilleur souvenir de tournage ?  

 

Elle arrêta le geste  et la brosse à cheveux s’immobilisa en l’air. 

 

-  Oh… le meilleur souvenir ?   Mon dieu, je ne sais plus…  Les Hommes préfèrent les Blondes, peut-être… Jane Russel fut une merveilleuse partenaire, elle avait un cachet dix fois plus élevé que le mien, mais elle était sans prétention aucune, on s’amusait bien.

_  Et votre plus mauvais souvenir  ?

Elle se raidit, avec une moue de révolte.

-  Sans hésiter, Le Milliardaire !  Oui, un cauchemar, qui m’a laissée  vidée de moi-même… Je n’aimais pas mon personnage. Chaque jour était une torture

et j’arrivais de plus en plus tard sur le plateau.    La production  a monté en épingle cette histoire avec Montand, pour la promotion…  et pour me punir aussi  ! 

  - Merci, miss Monroe. 

 

Ce sourire, qu’elle nous offrit à ce moment-là, s’évanouit quelques semaines plus tard, à jamais.

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 15:09

 

piano1.jpgGLEN GOULD,  LE TÉNÉBREUX

 

C’est à Chicago, le 10 avril 1964, que Glenn GOULD donna son dernier concert en public. 

Ce soir-là, il avait  joué quelques fugues de l’Art de la Fugue, puis la partita n° 4, puis  la sonate opus 110 de Beethoven, et la troisième Sonate de Kreneg.

A quel moment y a t-t-il eu le déclic ? 

Ses doigts ont continué à jouer jusqu’au bout, mais lui n’était plus là.

Rentré à son hôtel, il prit la décision qu’il savait irrévocable, de ne plus jamais jouer en public.

 

-  Glenn Gould, vous souvenez-vous de la raison qui vous a poussé, ce soir-là, à  renoncer définitivement à jouer en concert ?     Ce soir-là le public vous

   a-t-il paru spécialement inattentif ?

 

Glenn Gould parut chercher dans sa mémoire, alors qu’il se souvenait très bien.  Il regarda la jeune fille qui attendait,  attentive, son magnéto sur les genoux.  Elle était jolie, avec un visage enfantin et paraissait totalement envoutée par son sujet.  Mais Glenn Gould était insensible à la beauté des femmes.  Il n’aimait pas le côté sexuel des rapports humains. Il détestait qu’on le touche.  Il appréciait Barbra Streisand pour son engagement humanitaire, et Petula Clark, bizarrement, pour sa voix.  Mais d’une manière générale, les femmes ne l’intéressaient pas.

 

-   La raison ?  J’ai  soudain pris conscience de…  (il hésita,  sa pensée devait

   être difficile à exprimer sans  choquer.)  la présence oppressante du public. Un public est fait d’auditeurs trop   dissemblables,  je ne peux apporter à chacun ce qu’il demande.

 

-  Les réactions des spectateurs vous gênaient ?  glengould.jpg

 

Glenn Gould pointa son index vers elle.

-  Justement,  justement ! Vous avez dit « les spectateurs » !  Voilà ce que je

  ne voulais plus être : un spectacle !  Je dois être un son, une abstraction, une

  émotion pure, pas un objet de curiosité, mes mains, mon visage, ma chaise,

   mon piano, tout cela n’est pas la Musique !...

 

Il se leva, alla vers la baie vitrée qui donnait sur la mégapole de Totonto dont on devinait le bruissement derrière le double vitrage.

 

-  L’idée de concert est une ineptie, continua-t-il, le dos tourné,  rassembler des gens aussi différents qu’un médecin, un professeur de dessin, un banquier  ou un peintre, devant un homme seul, envahi par sa propre émotion,  qui doit cacher sa peur, oui, sa peur, j’ai un trac paralysant avant chaque concert, vous savez.

 

Il n’avait pas touché au plateau  que le valet de chambre de l’hôtel lui

   avait apporté au début de l’entretien.  Il  se versa une tasse de thé et but

   quelques gorgées.

 

-  Mais, monsieur Gould, lorsque vous interprétez un concerto, vous n’êtes

   pas seul sur scène !

 

 

Glenn Gould reposa brusquement sa tasse.

 

-  Ah, ne me parlez pas de concerto !   Je déteste les concertos. 

 

Il s’assit lourdement sur le canapé, comme terrassé par une douleur terrible.

 

-  Qu’y  a-t-il ?  Vous souffrez ?

-   Je   souffre de mille maux dans mon corps.

 La journaliste le regarda respirer un grand coup et se dit qu’il devait surtout souffrir de la chaleur, habillé comme il l’était, dans cette chambre d’hôtel surchauffée.  Il portait plusieurs épaisseurs sous une veste de trappeur, des bottes fourrées et les gants qu’il ne quittait jamais.  Ses cheveux noirs lui couvraient le front, on distinguait à peine ses yeux immenses et noirs.

 

-  Pourquoi détestez-vous les concertos ?

-  Parce que je déteste les conflits. Un homme seul qui doit répondre à une meute d’instruments.   J’en ai joué pourtant, souvent.  J’essayais de placer le piano au milieu de l’orchestre, de le noyer, le dissimuler et j’avais ainsi la sensation -  fausse, bien s ûr ! -  d’être des leurs.

 

-  Vous aimez la musique, mais aimez-vous toutes les musiques ?

- Ah non ! je  déteste par exemple la musique de Stravinsky, son Sacre du

Printemps avec ses éjaculations sarcastiques, mordantes, laconiques      brutales.  D’une manière générale, je n’aime que les musiques virginales,

débarrassées de toute connotation sexuelle.   La musique de Bach, celle de

Beethoven, et quelques œuvres tardives de Mozart.  Chopin  me révulse par

son désir d’être aimé, que l’on sent à travers toutes sa musique.

 

-  Aimez-vous les animaux ?

- J’ai aimé dans ma jeunesse mon chien Nikki et ma perruche Mozart… hélas ils sont morts depuis longtemps.

-  Et les femmes ?

-  Pourquoi aimerais-je particulièrement les femmes ?  Pourquoi ne me demandez-vous pas si j’aime les êtres humains ?  Je ne fais pas de distinction

entre les hommes et les femmes.

 

Il se leva,  ôta un de ses gants, fit jouer ses articulation.

«  J’ai des fourmis dans les phalanges, je ne sens plus mes doigts…

Demain il me faudra faire une immersion plus longue que d’habitude dans l’eau chaude, juste avant d'aller au studio.

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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 13:13

 

On se souvient tous de la scène dans 2001 L’ODYSSÉE DE L’ESPACE, où

            HAL, l’ordinateur espion, est déconnecté par David HOWMAN l’astronaute ? 

Sa voix s’éteint peu à peu malgré ses supplications. Une scène assez poignante,

je me souviens.

Et bien, mon blog est aujourd’hui dans la situation de HAL… sa voix n’est plus

qu’un murmure.

Mon blog s’éteint peu à peu.

Faute d’inspiration ?  Faute de nouvelles directives ? 

Il faut trouver autre chose.

Je cherche.

Peut-être l’éclair de l’idée géniale viendra-t-il ranimer tout ça.

Peut-être pas.

C’est une sorte de suspense, que j’installe là, mais vraiment, vraiment  involontaire.

J’aimais beaucoup écrire ce blog.  S’il s’arrête, il me manquera beaucoup.

C’est comme un carnet intime qui est arrivé à la dernière page : le marchand

est en rupture de stock de carnets vierges. 

QUAND Y AURA-T-IL DE NOUVEAUX CARNETS ?  Il ne sait pas.

En attendant, j’ai le blues...

 


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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 14:03

 

 

Soso001.jpg

Ca s’est passé samedi dernier au théâtre LULU SUR LA COLLINE à Lyon.

Qu’est-ce qui s’est passé ?

Sophie ma très belle sœur, fêtait son « INDEPENDANCE DAY » en grande

pompe.

Qui y avait ?

 Toutes les pointures  : les clients, les amis, la famille, les jeunes, les seniors,  (sauf les vieux), les amoureux, les ex, et les ratons laveurs.

Dress code ?

Free clothing, c’est-à-dire un amalgame de toutes les tendances de la création dans un joyeux méli-mélo d’étoffes et de couleurs.

L'ambiance était comment ?

In the mood for love !

 

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 13:52

UNE  FILLE  EN  ORdior.jpg

Sophie avait prévu le coup : comme tout le monde allait se bousculer pour l’approcher, elle devait être facile à trouver, alors elle  avait choisi de revêtir une robe étincelante, miroitante,  la robe couleur de soleil de Peau d’Ane.

Elle était superbe, notre Soso, qui savourait le bonheur d’avoir autour d’elle tous les satellites de sa trajectoire fulgurante.

 

UNE PIÈCE DÉMONTÉELulu.jpg

 

La pièce que nous ont offert  les acteurs de la troupe de LULU SUR LA COLLINE a joué un rôle prépondérant dans l’allégresse collective qui a régné sur cette soirée.    L’annonce faite avant le lever de rideau nous enjoignait précisément à « poser nos cerveaux à côté de nous », c’était un précieux avertissement.

LE CLAN DES DIVORCÉES, trois femmes dont une jouée par un homme, à la recherche du mâle idéal, ne donne pas dans la dentelle et apparemment, personne n’avait envie de dentelle car le vacarme des rires n’a pas eu un seul temps mort.  Ca, c’est du talent,  voyez-vous,   se composer un personnage à la comédia dell’arte,  parfaitement caricatural, et tenir une salle de deux cent personnes à coup de répliques coups de fouet.  Chapeau !

 

DES AMIS KADOHermes.jpg

 

Ce fut peut-être le clou de la soirée : Soso appelée sur scène pour recevoir son cadeau.     Elle a escaladé le plateau avec grâce, s’est retrouvée face au public sans la moindre  timidité apparente, et puis on a fait le noir et quand la lumière s’est rallumée on a vu sortir d’un gros gâteau son neveu et sa nièce Louis et Valentine, arborant un gros paquet-cadeau.

L’emballage orange était parfaitement reconnaissable, le cadeau était vraiment un Gros Cadeau !

Ca n’était pas  vraiment une surprise, Soso a déballé le sac HERMÈS et  l’a mis à l’épaule pour faire quelques pas devant la salle hystérique.

La générosité de ses amis montre bien à quel point Soso est populaire !

Personne ne peut s’étonner de cette largesse, tant Sophie est capable elle aussi de générosité et de don de soi.     Dans la famille, on est tous d’accord : elle aurait fait une épouse idéale.  Où est-il, le mec qui mériterait une telle femme ?   Peut-être pas loin, finalement.   Soso garde son mystère.

 

  ON THE DANCE FLOOR

 

    boule On ne lésine pas avec la sonorisation de la piste de danse.

  Soso avait mis en place l’équipe de choc.  Ils ont su augmenter le son au fur et à mesure des déhanchements qui envahissaient  le terrain.

Bientôt, le brassage des générations s’est opéré en synergie avec les tubes inébranlables du moment (les mêmes depuis vingt ans)  Moi, j’ai eu le déclic seulement à l’arrivée de BILLIE JEAN et après quoi  je ne me serais plus arrêtée.   La musique a atteint son niveau sonore le plus élevé vers 2h du mat et là c’est comme une drogue, l’être humain devient un électron libre lancé dans le cosmos et perd son identité.

 

 

FILLE DE PUB

 

Sophie et moi on était collègues chez RSCG-Ferton Billères.  Grande époque.

Elle faisait un métier d’hommes (la fabrication) et petit à petit elle a acquis une autorité en la matière qui l’a fait respecter dans les milieux de l’imprimerie, comme on respecte un homme de l’art.  Respecter et redouter, car il ne fallait pas plaisanter avec les prix et les délais.  Sophie sait très bien argumenter ses revendications et ne cède pas un pouce de terrain lorsqu’elle est dans son bon droit.

C’est comme ça qu’elle a pu un jour s’évader des prisons d’agences pour exercer son métier en toute liberté…  et nous offrir cette grandiose Soso’s Night !

 

ENFANT DE LA BALLEtennis.jpg

Le tennis, moi je ne peux pas juger.  Mais je vois bien qu’au  TCL (qui ne veut pas dire Transports en Commun Lyonnais mais : TENNIS CLUB LYONNAIS), elle règne en égérie.

Quand elle m’invite à déjeuner dans le jardin, l’été, au Tennis Club, on ne peut pas manger tranquille. Tout le monde a quelque chose à lui dire.  Elle est environnée de copines avec qui elle fait équipe.   Les copines du tennis ne sont pas les mêmes que les copines de pub, ni que les copines de bateau, ni que les copines de fêtes (ça, c’est son côté « quai de Saône » non partagé par la famille).  

Est-ce qu’elle est une bonne joueuse de tennis ?  Incapable de vous le dire.

 

QUE RESTE-T-IL DE SOSO’S NIGHT ?  UN BLOG !

 

Voilà.  Moi, comme j’ai  un blog, j’ai pu en mettre plus que les autres sur cette soirée mémorable.   Ce sera pour Soso l’occasion de venir me visiter !!!!

Bravo  ma Soso, je t’adore et je te souhaite de rester longtemps au centre de cette galaxie d’amour que tu as créée pour un soir et pour la joie de tous.

 

Miss Comédie

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 17:21

 

 

rideau_rouge.jpg LE RIDEAU TOMBE

 

La pièce est finie, l’acteur a donné tout de lui-même, il n’est pas fatigué,

l ne demande qu’à cntinuer, le public l’applaudit, mais le rideau tombe et

son rôle est terminé.

C’est comme ça que se retrouve le chef d’entreprise, le médecin hospitalier,

le professeur agrégé, tout ces gens qu’on pousse dehors parce qu’ils ont

atteint l’âge… de la retraite.

Où se situe l’âge de la retraite ?  Parfois à trente ans, parfois jamais.

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  • Miss Comédie
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. 
Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer.  De comédienne- auteur dramatique,  je suis devenue  blogueuse, ça élargit considérablement la cible.
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer. De comédienne- auteur dramatique, je suis devenue blogueuse, ça élargit considérablement la cible.

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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