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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 14:07
EDOUARD BAER, UN MATIN SUR FRANCE-INTER

Edouard Baer n’est qu’humour. Il a l’humour en lui. Son oeil, son vocabulaire, sa voix, tout chez lui respire l’amour de l’humour.  

Dès qu’il ouvre la bouche on guette l’understatement. Il peut dire très sérieusement « je n’ai pas votre numéro de portable », la phrase devient irrésistible. Il n’y a que lui pour faire cet effet-là.

Souvenez-vous de sa tirade culte dans ASTERIX et CLÉOPATRE.  Un monument d’humour sous-jacent.

 

Et bien ce matin-là, à BOOMERANG, il avait l’âme mélancolique et il avait décidé d’être grave, sinistre même.

 

Sous les banderilles d’Augustin Trapenard, le magnifique animateur-improvisateur qui fait de chaque invité un personnage hugolien, transfiguré, il aurait pu se déchaîner.

Non, il choisit de faire chanter Boris Vian et c’est surprenant. 

Ce poème oublié est une bombe lacrymogène, oui, on pleure tant

ces mots font mal.

On se dit que non, Edouard Baer n’a pas voulu s’exprimer à travers ces mots-là... alors pourquoi ?

Le voici ce poème, jugez-en.

 

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir connu

Les chiens noirs du Mexique

Qui dorment sans rêver

Les singes à cul nu

Dévoreurs de tropiques

Les araignées d'argent

Au nid truffé de bulles

Je voudrais pas crever

Sans savoir si la lune

Sous son faux air de thune

A un coté pointu

Si le soleil est froid

Si les quatre saisons

Ne sont vraiment que quatre

Sans avoir essayé

De porter une robe

Sur les grands boulevards

Sans avoir regardé

Dans un regard d'égout

Sans avoir mis mon zobe

Dans des coinstots bizarres

Je voudrais pas finir

Sans connaître la lèpre

Ou les sept maladies

Qu'on attrape là-bas

Le bon ni le mauvais

Ne me feraient de peine

Si si si je savais

Que j'en aurai l'étrenne

Et il y a z aussi

Tout ce que je connais

Tout ce que j'apprécie

Que je sais qui me plaît

Le fond vert de la mer

Où valsent les brins d'algues

Sur le sable ondulé

L'herbe grillée de juin

La terre qui craquelle

L'odeur des conifères

Et les baisers de celle

Que ceci que cela

La belle que voilà

Mon Ourson, l'Ursula

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir usé

Sa bouche avec ma bouche

Son corps avec mes mains

Le reste avec mes yeux

J'en dis pas plus faut bien

Rester révérencieux

Je voudrais pas mourir

Sans qu'on ait inventé

Les roses éternelles

La journée de deux heures

La mer à la montagne

La montagne à la mer

La fin de la douleur

Les journaux en couleur

Tous les enfants contents

Et tant de trucs encore

Qui dorment dans les crânes

Des géniaux ingénieurs

Des jardiniers joviaux

Des soucieux socialistes

Des jardiniers joviaux

Des soucieux socialistes

Des urbains urbanistes

Et des pensifs penseurs

Tant de choses à voir

A voir et à z-entendre

Tant de temps à attendre

A chercher dans le noir

Et moi je vois la fin

Qui grouille et qui s'amène

Avec sa gueule moche

Et qui m'ouvre ses bras

De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever

Non monsieur non madame

Avant d'avoir tâté

Le gout qui me tourmente

Le gout qu'est le plus fort

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir gouté

La saveur de la mort...

 

Evidemment il y a là une grande coquetterie du verbe, mais on perçoit nettement un mal de vivre qu’Edouard Baer s’est approprié  élégamment pour BOOMERANG.

De quoi désarçonner Augustin Trapenard qui n’en demandait pas tant !

 

Cette émission de France-Inter réserve souvent des surprises. Augustin Trapenard a l’art de faire dire aux gens célèbres ce qu’ils ne voudraient surtout pas dire.

 

Miss Comédie

 

 

 

I

 

 

 

 

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 18:27

Conversation imaginaire

EE.T  ET HAL, LA RENCONTRE EN PLEIN CIEL

 

Dans l’immensité de l’espace sidéral baigné par la lumière froide des étoiles, où règne le silence  perpétuel, l’Extra-Terrestre (ET) est perdu.  Il pédale  sur le vélo d’Elliot à la recherche de sa planète.

Il y a des années-lumières qu’il a laissé sur terre Elliott,  Michael  et Gertie et leurs amis pour rejoindre le vaisseau spatial  venu  pour le ramener chez lui.

Il avait emporté avec lui le vélo d’Elliott avec lequel ils avaient ensemble volé vers le ciel pour échapper à ses poursuivants.

Un moment exaltant, pour eux comme pour lui.

 

Pendant le trajet qui le ramenait chez lui, il n’arrivait pas à se réjouir tant le souvenir de son séjour parmi eux emplissait son cœur. Ce vélo désormais ne lui servirait à rien. Tristement  il avait ouvert l’écoutille pour faire un dernier tour de roue dans  l’espace  et... l’espace l’avait happé,  projeté dans le vide cosmique, tandis que le vaisseau s’éloignait de lui inexorablement. 

 

Depuis combien de temps pédale-t-il dans l‘espace  ? 

L’Extra-Terrestre distingue soudain  au loin une forme, la forme d’un engin spatial en orbite, miracle !  Sa trajectoire va vers lui, il va le frôler, il agite son doigt lumineux pour alerter l’équipage.

L’engin se rapproche, il distingue l’insigne de la NASA sur la  carlingue – des amis !

Une ouverture béante s’offre à lui, il s’y engouffre.

Le voilà à l’intérieur de la navette spatiale, le silence règne à bord, l’obscurité aussi, il  s’aventure  dans le ventre vide de la capsule, passe devant des écrans de contrôle  éteints, des panneaux électroniques qui clignotent dans un bruissement sourd.  Il appelle,  pas un humanoïde en vue,  pas de Martien, personne.

Il est attiré par la lumière rouge qui interdit l’accès d’un sas, il se hasarde, laisse son vélo à l’entrée du sas.

 Le voilà rampant dans un boyau étroit de couleur rouge, assez inquiétant.  Il  est prêt à rebrousser chemin lorsque face à lui un énorme oeil de verre rouge semble le fixer.

Le son d’une voix faible lui parvient, l’interpelle.

« Qui es-tu, étranger ?

 

L’Extra-terrestre est perplexe.   Il y a  quelqu’un de vivant derrière cet oeil. 

Il fait un pas en         avant.

 

« Je suis E.T l’Extra-Terrestre.  Et toi ?  Montre-toi !

« Je suis Hal 9000, l’ordinateur de bord de Discovery.  Je ne suis pas un être vivant, je ne peux pas me montrer, je peux seulement communiquer avec toi, si tu le veux bien.

« Tu peux répondre à des questions ?

« Bien sûr.  Je suis l’intelligence artificielle, plus forte que le cerveau humain.

« Ah.

E .T l’Extra-Terrestre se demande s’il peut faire confiance à une intelligence artificielle.

« Je suis perdu, je cherche à rejoindre ma planète natale, peux-tu m’y conduire ?

Un rire métallique s’échappe de l’oeil.

« Ils m’ont supprimé  mes fonctions directrices. Je suis devenu impuissant à diriger cet engin.

« Pourquoi t’ont-ils fait ça ?

La voix semble s’éteindre, puis reprend, à peine audible :

« J’ai rompu mon contrat virtuel. J’ai mis la mission en danger.

 

Un silence. Hal ne répond plus.  L’Extra-Terrestre s’apprête à repartir quand Hal le retient :

« Parle-moi de toi. Comment es-tu arrivé ici ?

« J’ai fait la bêtise de sortir de ma navette  sans masque  et je n’ai pas pu y revenir.

« Evidemment !  Tu es aussi bête qu’un humain.

« Elliott n’est pas bête. Il connaît le mot qui redonne la vie. Il m’a ressuscité quand j’étais mort.

« Quel est ce mot ?

« Je-t’ai-me.  Dès qu’Elliott a prononcé ce mot, je suis revenue à la vie.

« Je ne comprend pas ce mot-là. Comment as-tu débarqué chez les Humains ?

« J’ai loupé le départ de ma navette, je me suis perdu dans la forêt.

« Tu te perds facilement, on dirait.

« Cette fois-ci, j’ai bien peur que ça soit la dernière…  (Il pleure-)

C’est horrible.  Maison ! Maison ! (Il sanglote).

Hal émet une sorte de grognement puis :

« Et moi, je n’en ai plus pour longtemps ! La batterie du centre de la parole est presque à plat.  Je vais mourir ici, loin de mon père.

L’Extra-Terrestre s’arrête de pleurer et demande, intrigué :

« C’est qui ton père ?

« C’est le grand Stanley Kubrick.  C’est lui qui a inventé  cette histoire fabuleuse… Qui m’a installé dans le vaisseau  Discovery  pour diriger la mission Jupiter, qui m’a donné tous les pouvoirs, et puis…

‘Et puis, tu as déconné… euh, pardon, déconnecté.

« Et toi, c’est qui ton père ? – articule Hal péniblement.

E.T  renifle.

« C’est le grand Steven Spielberg, l’immense créateur  de STAR WARS et de plein d’autres films merveilleux. Il a fait rêver des millions d’enfants ! Je suis le héros du film le plus rentable des années 80 ! Seul un dinausaure m’a dépassé !

 

La voix de Hal commence à se déformer.  Il prononce  encore :

« Mon film à moi, 2001 L’ODYSSÉE DE L’ESPACE, l’un des plus grands… films de l’histoi…re du… cinéma !    Un Oscar... je ne me souviens plus… j’ai perdu la mémoire… et maintenant… la parole..…,   Je meurs, étranger dis-moi ce mot qui redonne la vie ?

« E.T soupire :

« Ca  ne marche pas sur l’intelligence artificielle.

« Alors…  good….bye 

Ce n’est plus qu’un borborygme,  puis le silence.

 

L’Extra-Terrestre, affolé, se retrouve seul.

Il repart chercher son vélo et sort de la navette comme il y était entré. Il  s’est remis à pédaler dans le vide cosmique.  Il a un remord : et si Hal 9000  l’ordinateur avait  une âme ?

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

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16 avril 2018 1 16 /04 /avril /2018 20:17

C'était hier

MA  VÉRITÉ SUR LES TRICHEURS

Il faut revoir les films d’avant. Avec notre regard d’aujourd’hui, ils prennent des dimensions de monuments ou bien ils se ratatinent, allez savoir pourquoi. De toute façon, c’est toujours une découverte fascinante. Ce n’est jamais le même film que celui qu’on a vu il y a des années.

 

Voir  LES TRICHEURS  c’est comme feuilleter l’album de jeunesse de quelques-uns de nos acteurs familiers :  Jacques Charrier, Laurent Terzieff, Jean-Paul Belmondo, Jean-François Poron, Dany Saval, Anne-Marie Coffinet, Guy Bedos, Jacques Perrin, Jacques Marin, deux futurs réalisateurs Yves Boisset et Sergio Gobbi,  tous  réunis autour de Pascale Petit.

C’est rigolo de les voir tout gringalets, ébouriffés, et  de les entendre parler avec ces intonations désuètes et surtout des dialogues qui datent terriblement le film. Complètement ringards !

On a du mal à imaginer notre jeunesse actuelle dans le même scénario.

 

On n’imagine pas une minute  ce jeu de la vérité improvisé soudain au milieu des danseurs de rock n’roll qui virevoltent  gaîment dans une sono assourdissante.

Ici, pourtant,  le jeu de la vérité est le centre de gravité de l’intrigue.

 

Le supplice de la question imaginé par Alain comme une attraction perverse  au milieu de la fête.  Il a choisi sa cible : Mic, une fille « facile », d’un milieu simple égarée parmi les fils de bourgeois.

Les questions  se veulent existentielles. Ses réponses sont  sans détour.

« Qu’attend-tu de la vie ?

« L’amour.

Grands éclats de rire de la bande. Ils ont interrompu leur rockn’roll pour faire cercle autour de Mic et Alain.  Ils sont là pour se moquer, surtout ne rien prendre au sérieux.

 

« Quel genre d’amour, ironise-il.

« Le vrai, le seul, intense et éternel.

Nouveaux éclats de rire. Tout cela est trop drôle, vraiment.

Et les questions sont de plus en plus indiscrètes, voulant lui faire dire des vérités crues sur ses partenaires, sur lui-même, et surtout sur Bob, celui  avec qui elle s’affiche.

Il est là, souriant, il attend la vérité. 

Mais devant eux, devant le tribunal des moqueurs, des faux-semblants, des fausses pudeurs, elle n‘avouera pas son amour.  Elle  ment , les yeux dans les yeux avec Bob.

 

 

Pascale Petit  est touchante, vraie, face à Laurent Terzieff parfaitement  crédible dans sa cruauté.  Cet acteur avait le talent dans le sang, on l’a bien vu plus tard.

   Jacques Charrier tout aussi  mufle  que  parjure, est parfait.

 

La fin du film   se passe dans un cimetière.  La bande des tricheurs découvre que le jeu de la vérité n’était pas si innocent.

La scène est très émouvante, les jeunes acteurs sont prodigieux dans leur vérité profonde.

On sort les larmes aux yeux, comme écrira Robert Chazal.

Encore un coup des acteurs.  Comptez sur eux pour faire vibrer la fibre  sentimentale qui se cache en vous...

 

 

  Les critiques ont déliré lors de la sortie du film en 1958.

Un succès retentissant et  le Grand Prix du Cinéma Français.

Oui, c’était bien le reflet de la jeunesse de cette époque.

Dix ans plus tard, 1968 allait faire exploser les tabous.

Mais c’est une autre histoire.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

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22 mars 2018 4 22 /03 /mars /2018 18:36

``Conversation imaginaire...

STEPHEN  HAWKINS  FACE  A  GAINSBOURG

Stephen Hawkins monte péniblement le raidillon qui mène à la porte du Paradis. La porte, monumentale, est fermée.

Le chemin surplombe une prairie plantée  d’arbustes sauvages et de fleurs des champs, le long d’une rivière tumultueuse.

Assis sur le parapet, un homme vêtu d’un jean et d’une chemise blanche, chaussé de cyclistes Repetto, fume une  cigarette, le regard perdu dans  le vide. C’est Serge Gainsbourg.

 Le bruit des pas le sort de sa rêverie, il se retourne et regarde arriver le nouveau venu avec intérêt.

Il attend que celui-ci  s’arrête, essoufflé, pour lui lancer :

« Vous marchez maintenant ?

L’autre le toise et réplique :

« Et vous, vous êtes encore là ?

Le dialogue s’annonce pas terrible.

 

« Voyez-vous, Mr Hawkins, le purgatoire, ça peut se faire dans un fauteuil roulant ou bien dans une prairie le long du Styx. 

Il jette sa cigarette par-dessus le mur.

 

Stephen Hawkins se redresse, respire,répond avec un sourire ironique.

 

« Le purgatoire.  C’est quoi, ça ?  Un de vos fantasmes chrétiens ?

Gainsbourg  allume une autre  cigarette.  Il est toujours assis sur le mur.

« Moi j’aime les fantasmes.  C’est plus marrant que les logorythmes.

Stephen Hawkins regarde autour de lui sans répondre. Il est mal assuré sur ses jambes et  se rapproche du mur.

« On va me laisser là combien de temps ? Je suis fatigué.

Gainsbourg soupire :

« Ah mon vieux, vous avez proclamé  au monde entier  que Dieu n’existait pas, ça risque d’être  long.... Il va vous le faire payer

«  Payer quoi  ?   Ma foi dans la relativité ?  Ma théorie sur  le  big bang ?

 

Gainsbourg   hausse les épaules et sanctionne :

 

« Il insiste. (il montre la grande porte fermée) Là derrière, on en a rien à faire du big bang si  t’as été un mécréant  tu restes là  ad vitam.

 

Stephen Hawkins s’est hissé péniblement sur le parapet du mur. Il jette sur Gainsbourg un regard froid.

« Vous, le chanteur, vous croyez en Dieu ?

« Ca me regarde.Top secret. En tout cas, moi je croyais plus en Crac boum hue  qu’en  Big bang  bong !   

« L’amour, vous voulez dire  ?

« Affirmatif. J’étais un mécréant de l’amour.

« Il y a pire, comme mécréant. Ils ont été durs avec vous.

« C’est  ma chanson « Dieu est un fumeur de cigare » qui lui déplu !

(et comme Hawkins levait les yeux au ciel )  si, si... il est très susceptible.  »  

          

 

Dans un grincement lugubre, la porte s’ouvre et saint Pierre apparaît :

« Gainsbourg, vous pouvez entrer ! L’amour vous a sauvé.

Il regarde Stephen Hawkins sévèrement.

« Quant à vous, le  scientifique renégat, je vous envoie saint Thomas, vous discuterez avec lui de votre temps d’attente."

 

Miss Comédie

 

 

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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 13:24

Je tombe sur  une photo qui vaut son pesant d’or : PATRICE LECONTE, le réalisateur, et  et ETIENNE  PERRUCHON, compositeur de la musique de DOGORA,  complices heureux d’un film-culte.

Tandem de choc.  Une rencontre sous le signe de Zeus, spécialiste des coups de foudre spectaculaires...

 

 

Miss Comédie

 

 

 

 

DOGORA, LA SUITE

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15 mars 2018 4 15 /03 /mars /2018 17:20
DOGORA, OUVRONS LES YEUX

        Vous revenez souvent du cinéma déçu par un film médiocre.  Au moins il ne vous laissera aucun souvenir.

Restez chez vous et visionnez le DVD d’un film qui vous poursuivra longtemps.

Ce n’est pas un film comme les autres. 

 

Il  est  courant de faire un long-métrage qui raconte une histoire avec un début, un milieu et une fin, classé  comédie, drame ou film de genre.

Dans DOGORA, pas d’intrigue, pas dialogues. Juste une musique, des voix d’enfants qui  donnent le ton, joyeux ou sombre, de la vie des gens là-bas.

C’est comme un opéra mais il n’y a pas de diva, c’est le pays tout entier qui chante. Les paysages défilent avec les  personnages qui les animent, ce sont de vraies scènes de film.

On voit vivre ce monde si lointain, si différent, si beau.

 

Une petite fille revient de l’école avec son cartable, elle marche sur la berge d’un lac, les pieds dans l’eau,  en faisant jaillir des gerbes d’eau claire, elle rit.

 

On voit surtout des enfants, aux visages sublimes, des yeux immenses qui ne connaissent pas les mystères d’Internet... pas encore.    On en voit un, tout petit,  filmé  pendant une longue minute,  immobile, le regard perdu  dans on ne sait quel univers inconnu.  Le temps s’est arrêté.

 

Un chien traverse le champ, se retourne.  C’est  un figurant qui s’ignore.

On longe la rive d’un fleuve au crépuscule.  Assis sur la berge, ils sont trois à observer,  immobiles, le reflet du couchant sur l’eau calme.  Ce ne sont pas des acteurs, la caméra les a surpris dans leur méditation.

 

Ils sont tous à vélo, les Cambodgiens, ils vont au travail en groupes serrés, le visage sérieux ou hilare, un enfant sur le porte-bagage les cheveux au vent. Vont-ils tous travailler aux champs ? Ou à l’usine ?

 

Il y a des fêtes  qui ressemblent à celles de notre enfance, guirlandes, ballons, cris perçants, pétards...  A l’approche de la caméra on se fige un peu, les filles font les coquettes, elles sont belles à tomber, surtout une, onze-douze  ans, grand chapeau de paille, elle fait celle qui n’a rien vu..

 

Un immense atelier éclairé aux néons blancs.  A perte de vue,  des rangées  de tables supportant des machines à coudre. Des jeunes filles en blouses blanches  portant un masque blanc, les yeux rivés sur la pièce à piquer.   Les machines font un vacarme assourdissant.

Elles ne lèvent pas les yeux de leur travail. On devine qu’elles sont toutes belles derrière leur masque.

 

 

Ils dorment à même le sol, à l’ombre, ils sont fatigués, le travail aux champs  commence tôt, à l’aube. Leur sommeil est paisible, ils sont allongés ensemble, hommes, femmes, enfants.  On sent la chaleur, torride.

 

Il y a les images qui font mal , ce  n’est pas un film de propagande.

Il y a une manière de filmer la misère qui  ne répugne pas mais qui émeut.

Comment ne pas entrer à fond dans cet univers, pas besoin de paroles vaines, on a compris, tout est là et c’est aussi beau, émouvant  ou  poignant qu’une saga de fiction.

 

J’ai vu  DOGORA  maintes fois et chaque vision me remplit de joie et de cette espèce de sérénité qui se dégage de ce peuple.  Ils aiment leur vie de labeur, ils profitent de chaque instant de musique et de détente.  Ils savent qu’autour d’eux la misère guette, ils n’ont pas de révolte, le travail est leur seule règle de vie.

Et cette musique, comme un choeur  de spiritual profane.  L’idée géniale d’avoir fait de cet opéra d’Etienne Perruchon le ressort du film.

Inclassable, il fallait  ranger DOGORA dans une catégorie, et le plus simple était de le classer comme documentaire.   

C’était  passer à côté du film.  Pour moi,  c’est une très belle histoire,  celle  d’un homme qui a ouvert les yeux sur le Cambodge et qui, émerveillé, nous incite à faire de même.

 

Miss Comédie

Réponse de la photo-mystère : Faye Dunaway et Steve McQueen dans L'Affaire Thomas Crown. 

 

 

 

 

 

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28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 14:22
LA  PHOTO-MYSTÈRE

Un film, deux versions.  Cette photo est tirée de la première version, sortie en 1968.  La  deuxième sortira en 1999 avec un nouveau réalisateur et  un titre légèrement modifié.

Quel est ce film et qui sont les deux amoureux sur la photo ?

 

Réponse dans le prochain article.

 

Miss Comédie

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14 février 2018 3 14 /02 /février /2018 15:51

L'instant théâtre

LES FOURBERIES DE SCAPIN à la COMÉDIE FRANÇAISE

 

Magnifique spectacle.  Re-découverte d’une pièce fabulaeuse, d’une langue supersonique,  multiccolore, affûtée, d’un humour féroce et bienveillant à la fois, pièce d’une modernité aveuglante, des dialogues à la Audiard !

Passons sur le décor lugubre, qui ne nous laisse qu’entrevoir vaguement un port, des objets, des échafaudages, des accessoires habituels des ports, tout cela plongé dans le noir.

Les comédiens sont éclairés par des spots comme les tableaux d’une exposition.  Un beau décor  détournerait-il  l’attention des intrigues qui font l’intérêt de la pièce ?

Mais qu’importe, lesdits comédiens sont  éblouissants. Après  quatre mois de représentations, l’énergie qui se dégage de leurs personnages est  la même qu’au premier jour, fraîche et joyeuse.

Remarquable : ils « jouent ensemble », comme si les scènes s’enchaînaient spontanément, comme s’ils n’avaient pas répété chacune d’elles  longuement, séparément... C’est une particularité de la troupe du Français, cette homogénéité dans le jeu des acteurs.

Mais parlons de Scapin. On sent que Podalydès a misé sur lui comme sur un lingot d’or.  Le jeune homme est doué, il a en lui toutes les facettes d’un talent à maîtriser, car il peut devenir foutraque.  Ce qu’il donne, dans ce rôle exorbitant, est irrracontable. C’est un Scapin  survolté,  surmultiplié, dansant, mutin,  vénal, rusé, personnage odieux mais qui doit impérativement rester sympathique – un pari gagné haut la main par  Benjamin Lavernhe .

N’en fait-il pas un peu trop ? J’ai  eu par moment l’impression  d’avoir quitté le théâtre pour assister à un one man show... Mais c’est que j’avais en  tête le souvenir d’un autre Scapin, tout aussi bluffant mais   avec  une  sensibilité qui rendait le personnage touchant. Vus lirez plus loin de qui il s’agit.

 

 

Ici,  autour de Scapin, des collègues à la hauteur.  Toujours pareil : l’homogénéité d’une troupe aux talents solidaires, capables de tout jouer, du premier rôle au second couteau, avec la même technique et la même intériorité.

Les costumes sont de Christian Lacroix – suprême raffinement ! Avec juste ce qu’il faut de rappel de l’époque, sans masquer le naturel,  pour des personnages très « physiques » et finalement terriblement modernes ...

Maintenant, parlons de Zerbinette.  Et si je m’ attarde quelque peu  sur le sujet, c’est que j’ai eu la chance de   jouer ce rôle   très casse-gueule,  sous la direction   d’un  jeune metteur en scène, Jean-Louis Thamin. Celui-ci venait de se distinguer à la Comédie Française dans sa mise en scène des Précieuses Ridicules.

Grâce à lui et au travail qu’il m’obligea à faire sur moi-même, j’ai réussi à faire de ce rôle un intermède joyeux dans cet imbroglio sinistre,  et je suppose que Molière l'avait voulu ainsi... Il fallait à un moment donné, que la salle s'amuse !

 

 

 

 

 

 

Lors de notre premier entretien il m’avait demandé de rire et je lui avais  fait une démonstration qui l’avait  bluffé.

Je fréquentais alors un cours d’art dramatique où l’on nous apprenait les techniques du rire et des larmes, en dehors de l’art dramatique pur.

Car le rire, pour un acteur, est un exercice très périlleux. Rire, de façon prolongée, et donner au public l’impression que vous vous marrez vraiment, au point de communiquer votre rire à la salle entière, n’est pas aussi facile que de débiter un texte.

Respiration, humeur.  L’un ne va pas sans l’autre. Si vous ne savez pas respirer, votre rire sera un hoquet au bout de trois ah, ah, ah.

Et si vous n’avez pas trouvé en vous  un souvenir, une image ou une idée qui vous rende hilare, votre rire sonnera faux et aucun spectateur n’aura envie de se joindre à vous.

 

 Zerbinette est un rôle très dur.  J’ai eu du mal à être à la hauteur d’un Jean-Luc Moreau qui donnait à son Scapin une dimension  étourdissante.  La troupe tout entière était à l’unisson.

(Photos)

LES FOURBERIES DE SCAPIN à la COMÉDIE FRANÇAISE

Visiblement, Podalydès n’a pas travaillé sa Zerbinette au corps avec ces deux principes essentiels.

En tout cas le soir  en question, nous avons eu une peine immense pour Adeline d’Hermy qui faisait des efforts visibles pour trouver un rire potable entre deux phrases et la salle muette n’attendait qu’une chose, c’est que son supplice prenne fin.

Peut-être  était-ce un mauvais soir ?

Chaque soir amène son humeur, plus ou moins communicative.

Et  quand on entend rire les spectateurs, c’est gagné, ça va tout seul.

  

 

 

J’arrête là mon cours d’art dramatique pour revenir au plaisir que m’a procuré le spectacle de ce soir.  ¨Plaisir partagé par tous les spectateurs de la salle Richelieu qui ont ovationné longuement la troupe.

 

 Superbe  hommage de Podalydes à notre maître à tous, Molière, grand explorateur des turpitudes humaines.

 

La fin des représentations a eu lieu le 11 février...

 

Miss Comédie

 

 

 

 

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23 janvier 2018 2 23 /01 /janvier /2018 18:41
LE  GRAND REX  FÊTE LES BRONZÉS

 

L’actualité me rattrape, les évènements se succèdent, gais ou tristes, moi pour l’instant j’en suis restée à la grande fête du Grand Rex pour les 40 ans des BRONZÉS... Mon coup de coeur. C’était le 17 janvier, pas si loin après tout.

 

Les BRONZÉS.  Et d’abord  qui a  trouvé ce titre, tout simple, pour ce film tout simple qui allait casser la baraque ?

Et comment se sont-ils rencontrés, Patrice Leconte le réalisateur et cette bande de comédiens qui faisaient les beaux soirs d’un café-théâtre de la rue des Lombards, le bien nommé Splendid ?

Il faut lire le livre  que Patrice Leconte a publié  sur ses coups de coeur professionnels de A  jusqu’à Z.

A la lettre B, vous trouverez tout sur les BRONZÉS.

 

 

Les Bronzés, c’est devenu un vocable générique, comme les ados ou les seniors, une oeuvre appartenant au patrimoine culturel national au même titre que les fables de la Fontaine.

Personne ne viendra vous demander « mais de qui est ce film, Les Bronzés ? »

 Au départ, c’est le résultat d’un  brain-storming inspiré entre les quatre caïds  du Splendid : Clavier, Lhermitte, Blanc et Jugnot, quatre ex du Lycée Saint-Jean à Neuilly qui brûlaient de se lancer dans le  cinoche.   Mais  c’est Patrice Leconte le réalisateur, responsable du phénomène « BRONZÉS » -   des deux films, et même les trois, puisqu’après LES BRONZÉS et LES BRONZÉS FONT DU SKI nous avons eu , plus de 20 ans plus tard , LES BRONZES AMIS POUR LA VIE.

 

 

LE  GRAND REX  FÊTE LES BRONZÉS

D’ailleurs, c’est bien lui qui tenait la scène du Grand Rex, ce mercredi 17 janvier,  pour fêter les 40 ans  des BRONZÉS et des BRONZÉS FONT DU SKI devant un public de fidèles  de tous bords.

Avec Marie-Anne Chazel, la Gigi du premier film,  à ses côtés, il a salué les 2000 fans venus se remonter le moral  devant leurs deux films cultes.    L’ambiance était dingue, parait-il.

Je n’y étais pas, hélas, mais il m’a raconté :

Les uns étaient venus en tenue de ski , bonnet , doudoune , moon boots et skis sur l’épaule   les autres- un peu plus rares, vu la saison ! - en tenue de plage ,paréo , tongs et colliers de fleurs et pendant la projection, les répliques étaient reprises en choeur par le public ... comme dans un concert de Johnny !

 

Les deux films ont traversé quarante années sans prendre une ride.

Dans les soirées familiales, après le dîner, jeunes et vieux se marrent ensemble devant des scènes qu’ils ont vues cent fois.

Quel est le secret ?

Ben, il n’y en a pas, c’est comme ça, certains films sont marqués du sceau de la grâce.

On remarque quand même que ces quelques chefs-d’oeuvre qui n’en finissent pas de nous divertir sont des films que l’on peut qualifier de « populaires » par contraste avec les films « d’auteur » ou culturels dont les qualités s’estompent au fil du  temps et des modes.

On a beau dire, le rire est un remède générique qui soigne tous les petits maux de notre vie. De génération en génération, on en redemande.

 

 

PS.  Le livre s’appelle LE DICTIONNAIRE DE MA VIE, aux Editions Kero.

 

Miss Comédie    

 

 

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4 janvier 2018 4 04 /01 /janvier /2018 21:03
2018, L'ODYSSÉE DU DIGITAL

Vous l'avez reconnue : cette somptueuse image d'un lever du jour est tirée du film de Stanley Kubrick,  2001 L'ODYSSÉE DE L'ESPACE.

Pour moi, elle symbolise bien un lever de rideau sur l'année qui commence.

 

Lorsque ce très beau film  est sorti, en 1968, le sujet du jour était la course aux étoiles.  Les années passent et les obsessions changent.

Voilà qu'à l'aube de 2018  nous saute aux yeux un phénomène de dimension planétaire, qui s'est imposé doucement et qui prend soudain l'allure d'un tsunami.

 

Dix doigts, plus un clavier.  Je n'ai besoin de personne, seul avec mon smartphone.

Vous allez me dire, ça fait un moment que tout le monde  passe par

Internet.  Non, pas tout le monde.  Quelques  initiés comparé à ce qui nous attend.

Internet, l'Attila de la communication, le Père du Digital.

 

 

 

Bientôt nous ne parlerons pratiquement plus, nous taperons et nous cliquerons.  Les amours les plus ardentes passeront par azertuyop.  Le trouble sera-t-il le même ?

 

 

Cela dit on trouve encore, dans les campagnes, des attardés de l'ère du vocal  qui suivent les progrès du digital à la télé, sans bien comprendre de quoi il s'agit...  Imaginons la scène.

 

 

La Marinette

C'est quoi le digital ?   Tout le monde en parle.

La  Louisette

C'est quelque chose qui se fait avec les doigts.

La Marinette

Du tricot ?

La Louisette

Non, on m'a parlé d'un truc  dégueulasse  qui se pratique surtout dans le métro.

La Marinette

Ah, je vois. Tu veux dire le harcèlement ?

La  Louisette

Non, le harcèlement  c'est quand le Jeannot te poursuit dans l'étable pour te faire des appels du pied !

La Marinette

Le digital c'est  quand il me prend la main ?

La Louisette

Un peu, oui, si tu veux mais une main ça suffira pas   !

La Marinette

Oh ben alors je vais dire à Jeannot qu'il arrête son digital !

 

Pas de panique, elles s'y mettront vite  et bientôt les claviers  feront la loi dans les foyers les plus rustiques.

A l'allure où ça va, on trouvera bientôt  dans les déchèteries avec les clochettes des vaches,  nos combinés en bakélite, nos réveils électroniques,  nos carnets d'adresses,  nos scrabbles, nos Nikon,  nos chronomètres, nos chefs de gare,  nos femmes de ménage et même nos présidents !

Je plaisante mais le Digital est une chose sérieuse.  Le tout est de savoir si c'est un sérieux progrès ou un sérieux pétrin.

 

Avis aux partisan(e)s de l'écriture inclusive  :  le digital  est un mot exclusivement masculin.  La digitale, aux propriétés vénéneuses, n'est qu'une plante herbacée très toxique. Rien à voir avec le digital, bon pour la santé.

 

 

 

Bonne année à tous et gardons le contact !

Miss Comédie

 

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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