Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 17:36
La scène de la cuisine dans les tontons flingueurs

LES TONTONS FLINGUEURS

LA SCENE DE LA CUISINE

 

On ne s’en lasse pas, c’est la scène culte par excellence, dans un film qui, dans l’ensemble a un peu vieilli.  Seuls les dialogues sont  restés jeunes, les dialogues vitriolés  d’un Michel Audiard en pleine forme.

On oublie volontiers que  le film est l’adaptation à l’écran du troisième volet de la trilogie d’Albert Simonin : Touchez pas au grisbi, Le Cave se rebiffe et  Grisbi or not grisbi,  intitulé pour le cinéma  Les Tontons flingueurs.

Sorti en 1963, en pleine Nouvelle Vague, il n’eut qu’un petit succès en salle et la critique le fustigea, comme Henri Chapier qui écrivit « Vous pavoisez haut mais vous visez bas… »   Il n’avait pas le don de voir l’avenir….  Georges Lautner, le réalisateur, avait peut-être visé bas, mais il avait visé juste !

La scène est tellement secouée qu’on la dirait improvisée.  Dès qu’ils sont dans la cuisine assis autour de la table et que Francis Blanche sort la fatale  bouteille de « Bizarre », tout va très vite, il faut revoir et revoir  chaque mimique, ré-entendre chaque réplique, car  une seule fois ne suffit pas. 

Ce qui est extraordinaire, et peut-être voulu par Georges Lautner, c’est la différence de tempérament comique entre les trois principaux personnages,    Ventura, Blier et Lefebvre.   J’exclus Francis Blanche qui est moins drôle car il en fait trop.  Mais les trois autres ont chacun un naturel, une intériorité  qui n’appartient qu’à chacun d’eux.  Ils sont eux-mêmes, étourdissants de drôlerie, sans forcer la note.

Ventura est lugubre, Blier est anéanti, Lefebvre est  ahuri, ils ne jouent pas sur le même registre mais leur pouvoir comique est le même.

Robert Dalban le majordome ouvre le bal : « Alors, on a sorti le vitriol ? »  La cérémonie peut commencer, la bouteille de « Bizarre » circule, on remplit les verres.   Le rythme se ralentit un peu, on prend son temps pour arriver au point culminant, l’absorption du breuvage. Gros plan sur chacun des visages en plein suspense.

On trinque,  Blier ose le premier, aussitôt suivi par les autres, il avale une gorgée, on entend le liquide passer dans le gosier Il articule, les yeux dans le vague : « Il faut reconnaître… c’est du brutal ! »   

Cette réplique-là deviendra une sorte de benedicite pour les piliers de bar et les adeptes du pousse-café.

 Jean Lefebvre   essuie une larme. 

 Ventura ébranlé  assène « j’ai connu une Polonaise qui en prenait au petit déjeuner… » tout cela ponctué par les glou-glous. Ils sont au bord de l’asphyxie.    Ensuite, évidemment, l’ambiance tombe un peu, mais reste quand même très imbibée, et je suppose que l’improvisation a pris le relais car on dit que la scène s’est prolongée jusqu’à une heure très tardive de la nuit.

On ne peut pas croire que cette bouteille de « bizarre »  ne fût pas du vrai « brutal » ni qu’elle ne fût pas entièrement vidée et suivie de quelques autres jusqu’ à la fin de la scène…

On imagine aussi l’équipe technique autour du cameraman et du réalisateur, se tenant les côtes face à ce spectacle -  mais la question est : y a-il eu plusieurs prises ? 

        Cette scène de la cuisine, Michel Audiard  voulait la supprimer, il la trouvait « inutile » !  Mais Lautner  y tenait absolument et  l’a conservée pour le bien de la postérité.

Quant à Lino Ventura, contacté après les défections successives de Jean Gabin et de Paul Meurisse, il hésita à accepter : « mon personnage  et ceux de mes partenaires sont des personnages comiques. Or moi, dans ce rôle de composition, je ne serai pas crédible. »   Il n’a pas essayé de faire le clown mais tout en restant lui-même, il était au diapason, parfaitement crédible.

Un coup de blues ?   Vite,  installez-vous devant les  Tontons flingueurs et savourez la détente.

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Miss Comédie - dans Zoom sur ma scène culte
commenter cet article
21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 17:11
La Dolce Vita et la fontaine de Trévi

 

LA DOLCE VITA    ET LA FONTAINE DE TREVI

 

Ce film, sorti en 1960,  inaugure bien la décennie la plus f oldingue, la plus poétique et la plus novatrice depuis les années trente.

C’est une fresque insensée qui décrit notre monde en douze tableaux évoluant sur la via Veneto. Un monde où les plaisirs ont la part belle au milieu des interrogations mystiques, des préoccupations de l’esprit, de la douloureuse  fuite du temps, thèmes graves dominés par la présence charnelle de la Femme, instigatrice de tous les maux.

Tout cela est quand même très subversif, pessimiste et légèrement pornographique.

Lors de la première projection  du film à Milan, le 5 février 1960,  Fellini et Mastroianni ont été agressés par la foule et à deux doigts d’être  lynchés. 

N’empêche, au Festival de Cannes qui a suivi,  le film  reçut la Palme d’Or.    Les foules sont versatiles.

Au milieu d’une distribution pléthorique, en majorité italienne, Marcello Mastroianni se promène en  Candide  tour à tour émerveillé, perverti ou meurtri en compagnie de partenaires féminines à la beauté pulpeuse – le type féminin de prédilection de Fellini.  Dans la scène qui nous occupe, celle ô combien légendaire de la fontaine de Trevi, Anita Eckberg les surpasse toutes.  Elle est fantastique.

C’est la nuit, la nuit romaine porteuse de tous les envoûtements, obscure et bruissante d’appels, de murmures.

Anita Ekberg erre dans les rues à la recherche de Marcello qui a pu  obtenir un rendez-vous nocturne.    Il est tombé sous le charme de cette star américaine venue en visite à Rome.   Il lui a donné une vague adresse et elle le cherche dans les rues désertes.   Elle a entre les mains  tout contre son cou, un tout petit chat qui miaule de toutes ses forces, elle lui parle doucement tout en criant le nom de Marcello et sa voix résonne sur les murs des ruelles.

Elle sait qu’elle finira par le retrouver, elle savoure les minutes qui passent, sûre de son pouvoir, grisée par la douceur de la nuit romaine.

Lui, à quelques mètres de là, doit éprouver la même sensation.  Peut-être qu’il la voit de loin,  il s’amuse à la suivre sans bruit.

Elle débouche tout à coup sur la place de Trevi, face à la fontaine jaillissante, assourdissante, fantasmagorique.  « Oh my Goodness ! ».

Immobile un instant, elle contemple.    Elle s’avance, le chaton sur la tête, et vacille devant le spectacle.

Elle n’y tient plus,  libère le chaton  qui s’enfuit, marche, vers le bassin et dans un dernier appel à Marcello, s’immerge jusqu’aux cuisses. 

Le visage levé, les yeux fermés, elle se laisse asperger par la cascade et c’est cette image-la que la caméra de Fellini fixa pour l’éternité.

C’est aussi cette image là que contemple Marcello.  On imagine son désarroi.  Mais quoi, elle l’attend, il faut y aller.

Du banc de pierre où il s’est assis, il se dit qu’après tout, la situation n’est pas dénuée de charme.

Au moment où Marcello rejoint Anita en extase au milieu du bassin, voilà que soudain… la fontaine se tait, les eaux cessent de jaillir, c’est le silence.

Ils sont face à face et… et bien, encore une scène qui finit par un baiser, je ne le fais pas exprès mais c’est courant dans  des situations comme celle-ci, même dans la vie.

De nos jours la vision de cette scène nous fait sourire « bien trouvé, le coup de la fontaine… » ou « qu’est-ce qu’elle était  belle Anita Ekberg ! »,

Cette scène est certes d’une grande poésie, mais finalement très chaste.  Pas de quoi lyncher ce pauvre Fellini, encore moins Mastroianni qui n’a fait que faire semblant ! (en tout cas sur le plateau…)

Enfin, quoi qu’il en soit,  il nous reste cette image magnifique, digne du plafond de la Sixtine ! Et une musique, celle de Nino Rota, bien sûr.   Le complément direct de l’image fellinienne.

 

A voir et revoir sur YouTube

 

Miss Comédie

La Dolce Vita et la fontaine de Trévi

L

Repost 0
Published by Miss Comédie - dans Zoom sur ma scène culte
commenter cet article
7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 20:24
DEMONS au Rond-Point : j'aime, moi non plus.

Avant de me lancer dans une analyse assez difficile (car qui suis-je pour juger une pièce  choisie par un metteur en scène aussi original et talentueux que Marcial di Fonzo Bo  et qui semble séduire un public très large ?)  je vous livre un extrait savoureux  de la critique du magazine ELLE : « pour mettre en bouche ces dialogues sèchement fouettés, un casting XXXL inédit. » Ouah !  Plus loin, on parle de la mise en scène : « infusé à Alfredo Arias, avant d’essorer son univers au contact de Claude Régy. »   J’ai apprécié le vocabulaire. C’est presque du Audiard (Michel). Il donne des complexes à qui veut écrire quelque chose de fort sur un spectacle. Mais enfin, pas trace de jugement de valeur, juste une description et je vais tenter d’aller plus loin.

 

Au début je me suis crue dans une pièce mineure  de Tennessee Williams. Un couple qui se livre à une sorte de combat rituel que l’on devine fréquent, provocations perverses, reproches lancés en rafale, bref la vraie scène de ménage vue et revue, pas un mot nouveau qui éveille l’attention, pas une réplique canon, mais on écoute et on regarde car les deux acteurs sont prodigieux, Romain Duris en Casanova élégant, Marina Foïs belle et féline, on pense à une Elisabeth Taylor de trente ans dans La Chatte sur un toit Brûlant. Plus la pièce avance, plus elle est  impressionnante.

Mais ça dure, ça dure. On s’ennuie. Tant de violence va mener où ?

Et bien justement, au bout d’une petite heure  arrive le couple de voisins du dessus (ou du dessous ?) également prodigieux dans des seconds rôles qu’ils vont vite survolter : Gaspard Ulliel, surprenant  en époux modèle d’une femme obsédée par sa maternité, une Anaïs Demoustier très mignonne.

Le face à face n’est pas tout de suite évident. L’entreprise de séduction est ardue. Un moment fort, Romain Duris en démon tentateur face à Gaspard Ulliel à peine réticent.  

Mais la scène ne vaut que par leur présence et leur talent.

Le texte est plat, démodé, sans surprise, mais les intentions sont là et les acteurs les font passer avec un naturel étonnant.  Ils sont habités, convaincants, menés par une direction d’acteur « infusée » à la Claude Regy.   Bref, ils sauvent la pièce.

C’est ce que j’ai ressenti, c’est ce qui rend difficile l’analyse : on est bluffé par le jeu des comédiens, on oublie la pièce.

 

Finalement, je me suis mouillée un peu plus que la journaliste de ELLE, quitte à me faire des détracteurs mais j’assume.

 

Miss Comédie

DEMONS, au théâtre du Rond-Point jusqu’au 11 octobre.

 

 

.

Repost 0
Published by Miss Comédie
commenter cet article
27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 13:25
JEREMY  CHARBONNEL, LE RETOUR

 

l’HOMME MODERNE, c’est lui

 

Après un an, le revoilà dans sa ville natale. Il n’a pas changé heureusement !  Toujours joli garçon, sourire charmeur, cabot à mort mais sans se prendre au sérieux – si, c’est possible !

Son public l’attendait, à l’Espace Gerson plein à craquer.

Sa force,  on le savait, c’est d’avoir d’emblée trouvé son positionnement : le jeune homme bien élevé,   Quoi ? Pas marrant  comme type de personnage ?  Détrompez-vous !   On n’imagine pas ce qu’un jeune homme bien élevé peut receler comme turpitudes.

Il se moque de tout avec une élégante cruauté.   De caricature en caricature, il se transforme en « jeune » dépenaillé, en rom vautré, en blonde demeurée, en grand-père gaga, en DRH obsédée sexuelle, c’est inénarrable.

 

Ce qui frappe, c’est sa volonté de traiter le public en partenaire, d’en faire un complice.

A l’inverse de beaucoup de ses confrères qui font leur numéro en solitaires, centrés sur eux-mêmes, Jeremy Charbonnel ne nous quitte pas des yeux, nous prend à témoin, nous interpelle, et c’est un bonheur de lui donner la réplique avec quelques onomatopées sur lesquelles il rebondit allègrement.

A la fois très préparé et structuré, son one-man show  laisse la part belle à l’improvisation et souvent, c’est succulent , ces petites parenthèses entre deux tableaux prémédités.

Un spectacle mené à un train d’enfer. On le sent en pleine possession de ses moyens, sa voix va de la basse à l’alto au gré des vicissitudes de ses personnages.

Son jeu est libre, instinctif et en même temps parfaitement maîtrisé. Surtout, il aime son public et ça se voit.

.

Le public, lui,  en redemandait.  Il nous a offert en rappel quelques improvisations comme celle sur  Steve Jobs (très irrévérencieuse !)

Sous les bravos, redevenu lui-même c’est-à-dire simplement séduisant, il prolongeait le spectacle à plaisir,  et quelques-unes des jeunes spectatrices se préparaient probablement à l’attendre la sortie pour lui proposer un dernier rappel en privé…

Beau, bien élevé et foldingue à la fois, c’est pas donné à tous les fils à papa  -  ni à tous les humoristes…

 

A L’Espace Gerson du 1er au 3 octobre et à suivre sur son site :

ww. jeremycharbonnel.com

 

Miss Comédie

 

 

 

Repost 0
Published by Miss Comédie
commenter cet article
17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 16:44
ZOOM  SUR  LES  SCÈNES  QUE  J'AIME

L’AFFAIRE THOMAS CROWN : LA PARTIE D’ÉCHECS  

Changement de registre.

Après la partie de cartes drôlatique, voici la partie d’échecs érotique. Restons calme.

Le film,  réalisé par Norman Jewison est sorti en 1968.   En `France cette année-là on découvrait  sous les pavés  la plage.  Les spectateurs du film, eux, découvrent sous l’échiquier, l’orage.

Cet  échiquier est la plaque tournante du film, le « pré » où vont s’affronter un homme et une femme en combat singulier.

L’éternelle guerre des sexes, en somme.

Nous avons ici la victoire de l’homme dans une fin très machiste, c’est pourquoi une deuxième version a été tournée par un John Mc Tiernan qui inversait les rôles en 1999.

 

 

Les acteurs sont deux stars en pleine gloire :

Steve Mc Queen s’empare du rôle que Sean Connery venait de refuser. Il dira plus tard que ce fut son r ôle favori. Evidemment, une scène comme la partie d’échecs ne se retrouve pas souvent dans une carrière…   A la lecture du scénario, il a dû immédiatement flairer la scène d’anthologie, même s’il a sauté la partie elle-même pour ne s’intéresser qu’à la fin.

 Il avait 38 ans et  jouait son rôle de séducteur à la ville comme à l’écran.

Faye Dunaway, elle aussi, se vit offrir le rôle de Vicky Anderson après le refus d’ Anouk Aimée et de…  Brigitte Bardot.  Elle avait le vent en poupe après son succès dans Bonnie and clyde.

Cette année-là, elle débutait une love affair avec Marcello Mastroianni – double  échec pour Thomas Crown !

Regardons maintenant cette scène.

Les amateurs d’échecs, tout à l’observation de la stratégie de chacun des coups,   ne seront sûrement pas   insensibles à la  bouffée d’érotisme qui s’en dégage, et pourtant, à première vue il ne se passe rien. 

Ils sont dans la pénombre, leur visage est impassible.  Ils sont visiblement concentrés sur… l’issue de la partie.

Front plissé pour Thomas Crown, il  évalue, anticipe,  et joue.  Geste précis, regard froidement satisfait de son coup.

Elle, en fait un peu plus.  Elle réfléchit, cela se voit, mais tout en passant négligemment  la main sous le tissu de son décolleté,  geste innocent qui veut dire « voyez, je fais n’importe quoi, sans y penser vraiment » et elle jette un regard rapide sur l’adversaire, et elle prend une pièce noire et elle joue.

Attente. Non, il ne se passe rien, on se dit « mais non, c’est moi qui pense toujours au… » et la caméra tourne autour d’eux, fait des plans impossibles, on voit le feu de cheminée qui brûle, lui, ouvertement, on revient sur les deux adversaires qui se mesurent.

On entend deux mots, murmurés au sujet de la partie ? On ne comprend pas bien ce qu’ils disent.

Encore deux ou trois coups, les pièces avancent vers la fin.  La tension monte. (car après tout, le jeu est passionnant, et puis il faut gagner, ce n’est pas le moment de penser à autre chose…)

Le front de plus en plus plissé, beau à tomber, Thomas Crown a un regard féroce et elle l’ignore, avec un doigt  posé sur sa bouche, qui lisse la pulpe des lèvres. Elle est vraiment garce.  Surtout qu’elle prend son Roi et le place, échec et mat.

A  ce moment du film, la Femme est la plus forte. Mais…ça va changer.

Ils restent un moment immobiles.   Il se lève, fait le tour de la table, l’arrache à son siège et… fin de la bouffée d’érotisme.  On est dans l’acte enfin, et si longtemps retenu le désir est d’une douce violence.  Le baiser aussi restera dans la mémoire collective.

Dans ce genre de scène, la première prise est la bonne, ou alors on tombe dans le film porno.  On imagine donc Mr Jewison après avoir dit « coupez ! », s’avancer vers ses deux acteurs pour leur serrer la main. « Wonderful ! Thank you very much ! ».

C’est marrant, le métier d’acteur...

 

Miss Comédie

 

ZOOM  SUR  LES  SCÈNES  QUE  J'AIME
Repost 0
Published by Miss Comédie
commenter cet article
8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 15:03
ZOOM  SUR  LES  SCÈNES  QU'  ON  AIME

 

 En ces temps instables,  nous sommes tous à la recherche des valeurs sûres – au fait, c’est quoi  au juste, les valeurs sûres ?  des idées, des marques de voitures,  des denrées alimentaires, des personnages  célèbres ?  on peut  en tout cas trouver des valeurs sûres au théâtre et au cinéma. Et en particulier dans certaines scènes mythiques qu’on ne se lasse pas de revoir.

Au théâtre, Gérard Philipe fut une valeur sûre, ô combien. Et puis pfffuit ! Disparu.  Personne ne peut plus revoir  Lorenzaccio avec lui dans le rôle titre, puisqu’il est mort.   Les scènes mythiques du théâtre  restent dans nos mémoires, c’est à chacun de restituer dans son souvenir la magie de ce que l’on ne reverra jamais.

Mais au cinéma, les valeurs sûres laissent des traces. Et certaines scènes  ont encore un succès d’enfer sur les grands et petits écrans.

Par quel miracle ?

J ai revu quelques-unes de ces scènes  et après mon instant d’extase j’ai eu envie d’en savoir plus sur leur histoire.   Et c’est  passionnant de voir à quel point l’impact de ces scènes  était imprévisible !  C’est juste le résultat d’une équation réussie entre le savoir-faire et le naturel, l’humeur fusionnelle des acteurs entre eux.

Au fond d’eux-mêmes ils  auraient dû le savoir, au moment où ils la tournaient, que la scène allait faire un tabac.  Mais on n’est sûr de rien et en tout cas le réalisateur, lui,  tout satisfait qu’il put être de la prise, ne se doutait pas qu’elle était plus que parfaite.

Voilà le mystère de ces scènes mythiques qui restent des valeurs sûres à travers le temps.

On  commence par la plus célèbre,  honneur aux anciens : depuis 1931 elle n’a pas pris une ride.

 

LA PARTIE DE CARTES  dans MARIUS

 

LE FILM

Réalisé par Alexandre Korda (1931) mais supervisé par Marcel Pagnol, MARIUS est le premier volet de la « Trilogie Marseillaise » de Pagnol, MARIUS, FANNY et CÉSAR.

Tourné en extérieurs sur le Vieux Port de Marseille, le film est une adaptation de la pièce de Pagnol qui fit un trimphe deux ans plus tôt

S au théâtre de Paris avec Raimu et Orane Demazis.

Sorti en 1931, c’est l’un des premiers films parlants où Raimu put se faire un nom grâce à sa voix tonitruante… et à son accent méridional.

LES ACTEURS

Qui joue quoi dans cette scène ?

César :   Raimu

Panisse :  Fernand Charpin

Escartefigue : Paul Dulac

Monsieur Brun : Robert Vattier 

LA SCENE 

Ils sont quatre autour de la table pour une partie de manille , dans ce  bar de la Marine que dirige César avec sa tonitruante hospitalité.

Ses partenaires, ce sont les habituels : Panisse, maître voilier dans le Vieux Port, Escartefigue, le Capitaine du ferry-boat, et monsieur Brun, l’œil des douanes, un lyonnais pur beurre qui parle pointu.

Ca commence calme, on galège juste comme il faut, mais il y a tout de suite quelque chose qui cloche, une petite malice qui pointe et qui va très vite dégénérer. 

 César  est un tricheur, c’est notoire.  Nous avons droit à un échange de mimiques  inénarrables entre lui et Escartefigue.  Après quelques passes d’armes bien envoyées, Panisse finit par quitter la table.

Les trois autres continuent à jouer en devisant.  Il est question maintenant de Marius et de sa mystérieuse  maîtresse.

Sujet scabreux s’il en est, dont César s’empare allègrement pour faire rebondir la scène qui faisait semblant de s’endormir !

Maintenant, après le « coup » du « Panisse coupe à cœur », on entend une vérité qui fait mal.  César, l’air de rien, balance  que « c’est dans la marine qu’il y a le plus de cocus… »

Escartefigue est marin, et fier de l’être.  Il est aussi cocu et tout le monde le sait… Touché au cœur, il quitte à son tour la table non sans avoir clôt la scène par un magistral « la Marine française te dit merde ! »

Tout cela est à pleurer de rire, on ne se lasse pas d’entendre cette truculence  marseillaise débitée avec un naturel phénoménal  par des acteurs grandioses.

A voir et revoir sur YouTube.

Et à bientôt pour une autre scène de folie.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

AOOM

Repost 0
Published by Miss Comédie
commenter cet article
1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 14:48
LE CLIN D'OEIL DE LA RENTRÉE avec HOPPER

AU BUREAU LA NUIT (Office at night, Edward Hopper 1940-)

 

«  Daisy, ne me quittez pas…

«  Mais monsieur, je vais me marier ! J’arrête de travailler !

«  Comment vais-je faire sans vous ?

«  Je ne peux pas me passer de vous !

«  Je vous ai trouvé une remplaçante qui a de bonnes références.

«  Ma préférence c’est vous, Daisy.

«  C’est la secrétaire parfaite sous toutes ses formes.

«  Vos formes sont plus que parfaites, je n’en veux pas d’autres !

«   Elle tape à la machine  aussi vite que moi !

«  Vous, c’est dans l’œil que vous m’avez tapé c’est l’essentiel.

«  Elle parle trois langues !

«   La vôtre me suffit !  Bon, Daisy, je double votre salaire si vous restez.

«   Je vous ai dit que j’épousais un milliardaire !

«  Je vous emmènerai en voyage d’affaires à Paris.

« Monsieur vous me gênez, n’insistez pas, voyons !

«  Bon alors, je me vois obligé d’employer la manière forte.

«  Quoi, vous allez être brutal  ?

«  Non pas brutal, mais convaincant .   Vous n’aimeriez pas que votre futur époux sache à quoi vous occupez vos heures supplémentaires avec moi  ?

«  Monsieur…

«  Oui, je peux lui conseiller d’aller questionner le veilleur de nuit de l’hôtel Bijou, à deux pas d’ici.

«  C’est indigne de vous !

«  L’amour peut conduire à des extrémités regrettables !

«  Mais vous m’aimez  vraiment ?

«  Comme un fou, Daisy.  Alors,  je préfère passer pour un mufle que me passer de vous.

«  Ah oui ?  Et bien vous savez quoi ?   Je  ne me marie pas !

«  Ah, bien.  Je vois que mes arguments ont porté… je suis rav…

«  … non, à vrai dire, ces heures supplémentaires me font horreur.  je vais chercher un job sans heures supplémentaires.

 

Miss comédie

-        

 

 

Repost 0
Published by Miss Comédie
commenter cet article
21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 13:38
LA ROQUE D'ANTHERON, PIANO ROI 2

 

CONCERT DU 19 AOUT 2015 ;  ALEXANDRE LE BIEN-AIME

 

THARAUD est notre chouchou à tous.  Pas une place vide sur les gradins hier soir.  Ses adorateurs viennent l’écouter, avant même de connaître son programme. 

Mozart, pour commencer, avec une succession de sonates ingrates  puis cent mille fois entendues qui m’ont plongée dans l’ennui.  Tharaud joua les premières  sans entrain, pour reprendre un peu de nerf à la dernière, la trop célèbre Marche Turque.

Fin de la première partie.   

Je suis triste, Tharaud m’a déçue.  Pourquoi ce choix sans audace  qui semblait l’ennuyer lui-même ?

Le public applaudit cependant, je le trouve bienveillant.

Un public plus abondant chaque année, qui se répand dans le parc à l’entracte, se presse autour du bar pour la rituelle coupe de champagne. L’ambiance est toujours magique dans un mélange coloré d’accoutrements et de dégaines, des bourgeoises en tenue chic, aux artistes un peu débraillés et aux marginaux des concerts, habillés comme au marché.  Mais l’ensemble fait le bonheur des habitués qui viennent aussi pour les rangées de séquoïas et les 365 platanes qui bordent le parc.

 

Tharaud a-t-il lui aussi avalé sa petite gorgée pétillante en coulisses ?

 

Car  la suite me rassure vite.  Passant du classique au romantique, il réveille la flamme de son regard et l’éloquence ses doigts dans la sublime Fantaisie en fa mineur de Chopin. L’euphorie renaît dans le public. On entend enfin crier « bravo » au milieu des applaudissements.

Pour la fin il a choisi Ravel, dans lequel il excelle.  La belle suite « Miroirs », toute en contrastes, nous rappelle l’étendue du talent de l’artiste et de l’interprète. La violence succède à la douceur, les frémissements de l’eau calme puis l’agitation impatiente du vent dans les arbres, toute la folie douce de Ravel dans ces courtes pièces d’inspiration bucolique.

(Pardonnez le lyrisme…)

Oui, le talent de Tharaud est intact.

Il salue, tout frêle dans son smoking noir, son éternel sourire d’enfant sage  aux lèvres.

On le rappelle, il ne se fait pas prier.  Tharaud est généreux, les rappels ne lui font pas peur, quatre fois il est revenu avec des morceaux délicieux tirés de son répertoire éclectique : Scarlatti, Chopin, Rameau et… le voluptueux « The Man I Love » de Gershwin qu’il exécute avec le tempo d’un jazzman de carrière !

Belle soirée- à propos, il  fait toujours beau à La Roque d’Anthéron, je n’ai pas subi d’orage ni même de pluie en trente-cinq ans de concerts !

Belle fin d’été en musique, donc.  Plus de festivals, plus de concerts, plus de canicule, il va falloir affronter la jungle des villes avec au cœur ces souvenirs sans importance mais tellement  bienfaiteurs.

 

Miss Comédie

Repost 0
Published by Miss Comédie
commenter cet article
15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 15:13
LA ROQUE D'ANTHERON, PIANO ROI

 

 

CONCERT DU 9 aout 2015  . LA SYMPHONIE TESTAMENT

 

ll y a eu  d’abord ce premier choc pianistique, à 18h, avec la toute jeune et frêle Béatrice Rana qui nous a  nous a entraînés dans un récital en forme de crescendo avec une dextérité et une technique infaillibles :   une partita de Bach délicatement allègre suivie d’ une sonate de Chopin où se mêlent   la fougue et la mélancolie, pour finir avec une valse de Ravel étourdissante – les trois temps d’une démonstration de virtuosité qui laissa le public pantois.  Ovation, rappels, on est là devant une  future grande concertiste.

 

 

 Beau début de soirée avant de saluer le talent confirmé d’Anne  Quéffelec, qui partage le plateau avec l’orchestre Sinfonia Varsovia.

Un concerto de Mozart, pas le plus envoûtant, mais la magie de Mozart opère toujours.  Un concerto de Beethoven, le sublime n°4 – comme un défi à Mozart

 

Et puis, Anne Quéffelec s’est retirée après trois rappels très jolis.

Et l’orchestre est resté pour cette Symphonie N° 2 de Beethoven.

Je n’aime pas les symphonies, pas plus celles de Beethoven que les autres.  Mais celle-ci était annoncée dans le programme comme étant la « symphonie- testament » du compositeur.

Comme preuve, un document rare était joint au programme, une lettre de Beethoven à ses frères, formulée comme un testament.  Déchirante.  L’ultime sanglot d’un être privé de son sens le plus précieux depuis déjà de longues années.

Après avoir lu cette lettre, on est prêt à entrer dans cette symphonie avec émotion.  On imagine Beethoven devant sa partition, écrivant chaque note avec le souvenir de cette note, sans pouvoir l ‘ entendre sur le clavier. Comment est-ce possible ?  Il  faut se laisser guider par l’instinct de la Musique, sa main guidée par une force mystérieuse comme l’ écriture automatique des médiums.

Bizarrement, je n’ai pas trouvé poignante l’écoute de cette symphonie. Au contraire, elle contient de nombreux passages empreints d’allégresse au point que l’on se demande si l’écriture du Testament de Helligenstaadt,adressé à ses frères, ne l’a pas  soulagé d’un poids trop longtemps contenu et  ne lui a pas inspiré une œuvre pleine d’espoir.

 

Comme dans un nouvel élan, Beethoven écrivit encore huit symphonies et ce n’est que 25 ans après sa lettre-testament qu’il rendit le dernier soupir, à l’âge de 56 ans.

 

 

 

Il écrit  : « Après ma mort, ne m’oubliez pas… » et il ne se doutait pas que 125 ans  plus tard son œuvre allai lui survivre et résonner sous les séquoIas du Parc de Florans à La Roque d’Anthéron.

 

 

 

 

 

LA ROQUE D'ANTHERON, PIANO ROI
Repost 0
Published by Miss Comédie
commenter cet article
22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 20:01
SAOU CHANTE MOZART A GRIGNAN

 

 

NEMANJA  RADULOVIC et LES TRILLES DU DIABLE

 

Grignan est un lieu unique dont la magie change de visage avec les saisons.

L’hiver, c’est un village hanté par la seule mémoire de la Marquise, ruelles désertes où s’engouffre le mistral, dominées par la stature presque immatérielle du Château.

L’été, Grignan fourmille d’une faune cosmopolite venue des quatre coins du monde pour assister au Festival de la Correspondance puis aux spectacles donnés dans la cour du Château.

Cette année, outre les trois pièces de Feydeau dont ma petite complice vous a déjà parlé dans ce blog, la cour a offert son acoustique extraordinaire à un groupe de musiciens placés sous l’égide de SAOU CHANTE MOZART.

Trois violons, un violoncelle et une contrebasse, menés, entraînés, dopés, électrisés par leur chef, le violon solo Nemanja Radulovic.   

Les filles ont un hoquet en le voyant  bondir sur scène.   Grand ; longiligne, son visage d’ange rieur est doté d’une chevelure à la Caravage – chevelure qu’il agite autant que son archet pour mettre le feu à la salle.

Dès le premier morceau, on est soulevé par la frénésie de l’ensemble.

Le Magnifique est en première ligne, son violon s’envole en même temps que ses cheveux .  Il frappe du pied, à la tzigane, lorsque la note atteint le paroxysme du « molto ardente ».

Il ne fait pas cavalier seul, il nous tourne le dos pour accompagner avec un sourire complice  chacun de ses compères, pas fier, en plus.

On sent bien que son style, c’est le violon tzigane, ou les exercices de style  de Paganini, mais il nous a donné de la sensibilité très maîtrisée avec son adagio de Mozart et sa chaconne de Bach.

Son programme était un peu hétéroclite.  Officiellement dédié à Mozart, le festival SAOU CHANTE MOZART est éclectique et ses têtes d’affiche ont le feu vert pour interpréter d’autres compositeurs.

Nemanja et les Trilles du Diable ont fait un tabac.   Normal, ils ont la technique mais aussi l’inspiration et la flamme qui emballent les spectateurs ; Ne parlons pas du glamour de leur chef, bête de scène dont le bonheur de jouer est si évident que sa virtuosité semble un don du ciel. 

Le public ne voulait pas les laisser partir, indifférent à la sueur qui inondait leur visage et leurs vêtements -  la température était celle d’une salle chauffée à blanc.   Ils l’avaient bien cherché, non ?

 

Miss Comédie

 

 

Repost 0
Published by Miss Comédie
commenter cet article

  • Miss Comédie
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. 
Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer.  De comédienne- auteur dramatique,  je suis devenue  blogueuse, ça élargit considérablement la cible.
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer. De comédienne- auteur dramatique, je suis devenue blogueuse, ça élargit considérablement la cible.

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

Recherche