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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 19:40

 

 

MA PIECE COUP DE COEUR Affiche.jpg

 

 

C’est une pièce qui nous emporte loin du réel – et pourtant nous sommes dans la vie d’un homme et de deux femmes, mais…

Cet homme, qui va raconter son histoire à deux femmes intriguées, n’en finira pas de nous  perdre dans les dédales de l’Histoire, de la Littérature, pourquoi ? Pour arriver où ?  Il est question d’un mystérieux calice, de trois carnets manuscrits qui donnent peu à peu des clés, d’un Alexandre Dumas persécuté, paralysé, amoureux d’une Adélaïde de Saxe de Bourville dont le nom est tabou, d’un héritage fabuleux découvert dans une tombe au pied d’un arbre… mais pourquoi essayer de raconter cette histoire ?

Nous sommes dans Les Aventuriers de l’Arche Perdue, dans Da Vinci Code, mais la poésie du texte nous charme avant tout, et aussi la flamme des acteurs qui nous entraînent avec eux dans le mystère.

 alexis-michalik-615_paul-lapierre.jpgDéconseillé aux cartésiens, à ceux qui cherchent la logique ou la gaudriole.    On ne comprend rien à cette pièce.  D’ailleurs, il n’y a rien à comprendre.   C’est un labyrinthe, quatre histoires qui n’en font qu’une, une histoire qui finit par une disparition, celle du début… La boucle est-elle bouclée ?  Peut-être.

Le décor est triste à mourir, les costumes à transformation sont de couleurs sourdes, rien n’est fait pour séduire l’œil, seul ce texte dense, vivant, drôle ou émouvant, nous charme par la voix d’une poignée d’acteurs formidables dont la passion est servie par une diction impeccable.

Les gens ont applaudi debout lors de la première, paraît-il, et hier soir la salle pleine à craquer leur a fait un bruyant hommage.

 

L’auteur et metteur en scène,  ce jeune          Alexis Michalik est un érudit qui ne se prend pas au sérieux.  C’est un conteur né qui nimbe ses récits d’une aura de mystère, nous donnant presque envie de ne pas savoir la fin de l’histoire.

Il signe une autre mise en scène à Paris, celle de sa deuxième pièce « Le Cercle des Illusionnistes » qui se joue actuellement au

Théâtre des Béliers Parisiens, dans le 18ème arrondissement.

 

Miss Comédie -

 

PS   Je n’ai pas résisté à l’envie d’ insérer la photo de l’auteur, on comprendra pourquoi…

 

Le Porteur d’histoires, au Studio des Champs-Elysées à Paris, jusqu’au 30 novembre et en tournée.

 

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 15:07

 

 

 

  bunuel-.jpgIl est temps de se demander ce que cet obscur objet du désir des surréalistes et cinéphiles des années soixante et soixante dix avait vraiment à nous dire.

On s’en est beaucoup servi comme balai-brosse pour balayer les idées reçues, mais qu’avait-il à nous dire  vraiment ?    Là je parle de l’homme Bunuel, celui  qui disait bonjour à sa concierge, qui achètait ses cigares.  Etait-il capable de  délivrer un message qui tienne debout  ?

 

.  Comme son copain Dali, il naviguait dans l’abstrait et leurs conversations ne devaient pas être celles des consommateurs du café du Commerce. 

Donc ce ne devait pas être facile de communiquer avec lui, comme avec certains réalisateurs qui quittent volontiers leur univers fantasmagorique  pour vous demander comment vont les choses.*

 

le-fantome-de-la-liberte-32532.jpgSi je me pose toutes ces questions, c’est en revoyant ce film Le Fantôme de la Liberté dont je garde un souvenir particulier.

 

 

Cet homme, ce génie dont je me flatte d’avoir traversé l’œuvre (oui, même l’autruche qui figure dans la séquence Brialy, peut elle aussi se flatter d’avoir traversé l’œuvre de Bunuel) cet homme, qui ne m’a pas engagée, qui ne m’a pas dirigée, qui ne m’a même pas regardée,  j’aurais pu ne garder de lui que le souvenir d’un tournage azimuté puis d’un film abscons. Mais le destin malicieux  m’a accordé une toute petite pièce jointe au dossier que je venais de boucler.

Un  face-à-face si fugitif que je pourrais croire que j’ai rêvé. Mais non, c’est bien noté dans mon carnet de bord de cette année-là. 

Et cette scène  peut être tournée seule, en épilogue, c’est la scène de l’absence du personnage Bunuel.

 

Dans un tournage, Bunuel ne s’intéresse qu’à ses personnages. Entendons-nous : ses personnages ce ne sont pas les acteurs. Ce sont les êtres inventés qu’il a créés pour le film.  Il a mis dans chacun d’eux un zeste de sa folie.  Il les raconte comme des gens qu’il a connus, comme des êtres de chair et d’os.  Il ne parle jamais des comédiens qui les ont interprétés.

J’ai lu qu’il admirait plus que tout chez Jeanne Moreau sa façon de marcher.  Parlant de son rôle dans   Le Journal d’une Femme de chambre, il dit  “C’est un régal de voir Jeanne Moreau marcher ainsi, la façon dLe ont elle fléchit sensuellement la cheville... Mais il y avait déjà le film de Louis Malle Ascenseur pour l’Echafaud. Là aussi elle marchait très bien, et longtemps.”

De son talent, de la façon  dont elle a fixé pour l’éternité  son fantasme de fétichiste, rien. Non, il n’en a rien dit.  Jeanne Moreau avait disparu derrière Célestine, le personnage qu’il avait en tête.

 

 

Lorsque  je suis sortie du décor après avoir tourné ma scène, toutes lumières éteintes, je l’ai vu : assis dans son fauteuil roulant  dans un coin reculé du plateau,  mâchonnant son cigare, il attendait, lui aussi. Autour de lui tous s’agitaient.  Il était calme, il attendait.  Que l’on mette en place la scène suivante.  Que l’on règle les éclairages.  Que l’on appelle les acteurs.  Que sur l’écran video devant ses yeux apparaisse la reconstitution exacte de son monde intérieur, un monde absurde.

Sans réfléchir, je me suis dirigée vers lui et personne à cette minute ne s’interposa entre lui et moi, et ce fut comme prémédité, répété, même, ce bref salut plein de respect  et cette phrase que je murmurai : “don Luis, je garderai ce poème toute ma vie”.   J’avais à la main ces quelques lignes qu’il avait griffonnées rien que pour moi. Pour que mon rôle ne soit pas un rôle muet.  A cette minute, tout était possible, j’avais la parole, je pouvais l’interroger, il pouvait me répondre, m’apprendre des choses…

 Luis Bunuel   ne m’a pas entendue.  Il m’a regardée et a dit simplement  “je vous remercie mademoiselle” en roulant effroyablement les « r ».

“Ce fleuve, dont les eaux passent devant mes yeux le long des rives immobiles qui retiennent sa fuite, le verrai-je revenir ?”

Tout ce qu’il aurait pu me dire était dans ce petit texte, et était fait pour le film, pas pour la vie  ordinaire.  Lui, l’objet Bunuel, était absent, inutile.

.

Je quittai les studios un peu après 18h. La lourde porte en fer s ‘est refermée sur un monde qui n’existait pas,

 

Miss Comédie - * ‘Commrnt vont  les choses » est un spectacle tiré d’un livre de  Roger-Pol Droit, philosophe-poète qui se produit au théâtre du Rond-Point à Paris jusqu’au  31 octobre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 16:54

 

 

 

Louisa

 

Reconnaissez-vous  cette actrice ?

Cette photo a été prise alors qu’elle se produisait dans un théâtre parisien en 1966.

 

 

 

 

 

 

certains-l-aiment-froide-20-g Réponse de la photo-mystère de septembre :

 

Louis de Fenès, Noël Roquevert et Léonce Corne

Dans «  Certains l’aiment froide »,

Film de Jean Bastia sorti en 1-959

 

A bientôt !

 

Miss Comédie – Octobre 2014 

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 16:45

 

imagesLE SACRE D’UN PRINCE   DU PAVÉ DE PARI

 

Quand j’évoquais, il y a à peine quatre jours, la sortie du  nouveau roman de cet éternel promeneur,  j’avais hâte de replonger dans son univers étrange et familier mais je ne soupçonnais pas qu’il serait notre nouveau Nobel, après Camus, après Le Clézio…

Il l’a eu enfin !   J’ai déjà partagé ma joie avec ma libraire,  et une poignée de clients émus.

 

J’avais lu des pronostics : un écrivain africain était favori …..

Quelle voix clairvoyante s’est élevée pour rappeler aux membres du Comité que Modiano existait ?

Et depuis si longtemps, avec sa trentaine de romans, tous marqués par ce frémissement qui n’appartient qu’à lui, celui d’un homme à la poursuite de lui-même et de son passé, un passé qu’il ne cessa de réinventer, nous rendant chaque fois plus impatients de percer son mystère.

Peu à peu il nous a fait partager sa blessure secrète, celle que nous portons tous sans le savoir, juif ou non, depuis la nuit des temps.  Cette blessure, personne ne l’a évoquée avec autant de charme, sans pathos, juste des personnages qui échappent au temps et au bonheur.

Inutile de parler davantage de ce que représente Patrick Modiano pour ses lecteurs, chacun le porte dans son cœur comme un  parent  éloigné et si proche,  complice et tellement discret.

Ce magicien des mots qui fait surgir en nous des interrogations secrètes, aura soixante-dix ans dans neuf mois.

Que Dieu lui prête vie encore longtemps.

 

 

 


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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 14:30

 

 

  Modiano.jpgJe viens de lire dans le JDD d’aujourd’hui  un article magnifique.

Il est signé Marie-Laure Delorme et il parle du nouveau roman de Patrick Modiano, « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier ».

Quand on connaît, et qu’on aime ce romancier hors normes, lire cet article donne une émotion telle que l’on se croit déjà dans le livre.

C’est ce qu’on pourrait appeler  « une bonne  critique ».  Mais  le mot ne convient pas !  Pourquoi appeler « critique », un texte qui fait tout le contraire ?   C’est une apologie, une louange, une immersion totale dans l’œuvre choisie.

 

Ah, si je ne connaissais pas Modiano, avec quelle hâte j’irais acheter le livre pour retrouver au fil des lignes les sensations subtiles que Marie-Laure Delorme décrit avec un talent presque modianiesque !

Alors, si je ne connaissais pas Modiano, je saurais déjà avant de le lire  que j’allais adorer cet écrivain.  Au risque d’encourir les foudres de ceux qui jugent sur pièces, qui nient l’espèce de prémonition qui vous saisit devant  certains signes, commme une critique de ce genre.

Certes, je suis dans le camp de son auteur, je sais d’avance que le livre me passionnera comme les autres, et que l’univers de Modiano me rassure sur la nature humaine.  Mais la façon de s’y plonger, le choix des mots pour le décrire,  sont si convaincants qu’ils peuvent ¨« vendre » le livre aux lecteurs les plus indifférents.

 

Sur la photo qui accompagne l’article, Patrick Modiano est « tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change » :  auteur devenu éternel, il  subit malgré tout la lente métamorphose du temps.

Le regard seul atteste de la profondeur immuable de son âme.

Il ne sourit pas au photographe, il ne cherche pas à illustrer l’événement, il se prête simplement à la boulimie de notre  époque pour l’image de la star.

 

Le texte et l’image sont formidables. C’est tout.

Maintenant, après cette pub pour la journaliste du JDD, j'attends d'avoir lu le livre pour vous  dire... ce que j'en pense !

Miss Comédie  -  oct.14

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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 15:55

 

 

  GlennGould2.jpg

 

 

Il n’est pas impossible que Gould ait eu un jour ce dialogue imaginaire avec Jean Sébastien Bach.  Ils se sont même certainement parlé plusieurs fois.  Car Gould joue Bach comme s’il avait lui-même composé sa musique.  Les autres,  Beethoven, Chopin, Brahms, Berg, il les joue comme tous les autres interprètes, à sa manière, mais on ne peut dire qu’il les domine.

La musique de Bach est SA musique.  Il sait ce qu’elle contient, il comprend ce qu’elle veut dire et il nous transmet l’inspiration même du compositeur.  Bach seul a pu lui livrer ses secrets.  Qui d’autre ?

    Jeune Gould Glenn Gould est au piano.  Il travaille l’adagio du concerto n° 5 qu’il doit jouer en concert à Toronto, sa ville natale . Il a vingt ans et  sa carrière s’annonce bril

Bach est son compositeur de prédilection.  Sa manière d’aborder son œuvre est révolutionnaire pour l’époque, son style clair et dépouillé séduit les mélomanes.

Mais le jeune Glenn Gould est un perfectionniste.

Aujourd’hui le doute s’est installé en lui et  il reprend inlassablement le même passage,  penché sur le clavier, son visage reflètant  une extrême concentration, presque de la douleur.

 

Gienn Gould s’est arrêté de jouer,  découragé.

Il s’éloigne du piano et se laisse tomber dans le fauteuil qu’il appelle son « reposoir »,  caressant au passage le dos de Nicky son setter qui se couche à ses pieds.

En face  de jui, accroché au mur, un  portrait de Jean-Sébastien Bach peint par un inconnu, le regarde.

Ce portrait est pour Glenn Gould source d’apaisement et d’inspiration, il lui confie ses doutes comme l’on prie une image sainte.

 

Les yeux fixés sur le visage empreint de sérénité de son idole, il murmure

« Je n’y arrive pas.   Comment jouer ce morceau en apparence si facile ?   Comment lui donner une valeur ajoutée ?

  Johann Sebastian BachLa voix qui lui répond le fait sursauter.  Face à lui, le portrait s’est animé et Bach lui parle.

« Qu’appelles-tu une valeur ajoutée, Glenn ?

 

Bien sûr, cela devait arriver, après tant de dialogues muets entretenus avec le portrait, un jour ou l’autre, Bach allait lui parler.

 Très ému, il répond :

«  Et bien… ma touche personnelle, mon inspiration à moi, un éclat qui illuminerait chaque note pour la rendre unique, prolongée, un…

« Mais pourquoi vouloir ajouter tout cela ?   Joues les notes telles qu’elles sont écrites, toute la beauté du morceau est au bout de tes doigts.

« Comme  chez tous les autres pianistes…

«  Non non, tu te trompes, chaque pianiste transmets à ses doigts la profondeur de sa pensée, le trouble de son âme,  le bonheur de jouer, et tout cela est différent selon l’interprète

«  Maitre, je vais devoir accompagner Yehudi Menuhin, un violoniste unique, incomparable… et moi, je trouve mon toucher trop sec, trop impersonnel.

«  Moi je le trouve parfaitement fidèle à  l’arithmétique de ma composition.  Je ne  veux pas d’une interprétation sentimentale, je veux une musique qui s’adresse à l’âme plutôt qu’aux sens.

«  Vous voulez dire… dépouillée de tout artifice ?

« Exactement.  Ce que tu appelles la « valeur ajoutée » n’est que fioritures, chichis et détourne de l’essentiel.

« Maître,  je sais bien que je suis sur la bonne voie… Mais comment puis-je me perfectionner ?

«  En dépouillant encore et encore, jusqu’à ce que le morceau devienne comme  un squelette, une ellipse.  C’est ce que fait Menuhin, remarque-le !  Son violon est un souffle pur, inspiré du divin. 

Glenn Gould se lève et se rapproche du tableau, tend la main pour toucher ce qu’il croit être la  main du musicien mais il ne renc ontre que la surface glacée de la vitre.

 

glenngould.jpeg.size.xxlarge.letterboxRassuré il se rassied sur sa chaise pliante,  le visage au ras du clavier, et se remet à jouer.  

C’est fou ce que son exécution paraît facile.  Un enfant pourrait jouer cet adagio, semble-t-il.

Que cache cette apparente clarté, ce déroulement  de chaque note comme une évidence ?  

Une recherche inlassable, un immense amour sont derrière la perfection du jeu de Glenn Gould.

 

Improvisé par Miss Comédie - Sept. 2014



 

 

 

« 

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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 15:54

 

 

 

 

 un-diner-d-adieu_1000x486.jpgComment mettre fin à une amitié de trente ans devenue encombrante ?  En l’invitant à un dernier dîner, sans qu’il soupçonne que c’est un dîner d’adieu.

C’est le sujet insolite de cette pièce de Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patelière, qui avaient déjà œuvré ensemble pour LE PRENOM.  Belle référence.

Ici l’on quitte, ouf, le boulevard du libre échange et des turpitudes conjugales pour naviguer dans les méandres nébuleuses  de l’amitié.

 Plus question de sexe mais toujours de  rupture et  ici, elle fait mal.  Vous allez me dire « ah, donc on ne rit pas. » (si on n'y rit pas on n’ira pas…)

Détrompez-vous.  Quand on a sur scène deux natures aussi diamétralement opposées que Eric Elmosnino et Guillaume de Tonquédec, (qui  sont de vrais copains de  théâtre) et bien non, on ne riit pas, on pleure.  Au milieu, la belle Audrey Fleurot joue l’épouse,   spectatrice faussement naïve de leur pugilat avec beaucoup de drôlerie.

Dès l’entrée en scène de cet ami invité pour la dernière fois, on sent que ce dîner d’adieu est une fausse bonne idée.

 

 32463_635453602696137259.jpgEntre ces deux-là, l’échange est exquis.  Ils sont de force égale, même si Elmosnino a la grâce et le métier d’une star.

Les auteurs de la pièce  ont la cruauté  de leur demander des jeux de scène insensés, de mener l’affaire sournoisement vers un dénouement imprévisible, de nous balancer des répliques  et des monologues de haute voltige, dont celui d’Elmosnino qui dure cinq minutes et où il se lance dans un show hallucinant.   Soudain seul au monde,  il murmure, il déclame, il soupire, il donne à ses effets une touche de retenue qui provoque l’explosion de rires.  Comment fait-il ? Les autres surjouent. Lui, il fredonne et ça percute, il  se permet   un certain détachement, un peu gainsbourien, peut-être ?.    L’efficacité est  jubilatoire.

La pièce s’offre parfois  des  délires  à la Ionesco, le texte mêle joliment les effets comiques et les envolées lyriques… la quadrature du cercle, quoi.

En sortant, dans ce délicieux square Sacha Guitry, on est heureux et confiant en l’amitié. Et surtout pas honteux d’avoir ri.

 

A voir d'urgence au théâtre Edouard VII, mise en scène Bernard Murat.

Miss Comédie - Septembre 2014

 

 

 

 

 

 

 

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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 13:14

 

 

 

 

 

  certains-l-aiment-froide-20-g

 

Ce film, personne ne l’a vu. Mais deux des personnages sur trois sont hyper connus.  Je vous demande le nom des trois personnages et le titre du film.  Question à 3 niveaux de difficulté…

 

 

 

 

REPONSE de la Photo-mystère d’Août :

 

Il s’agissait du décor de FENETRE SUR COUR, l’immeuble d’en face que lorgnait James Steward.

C’était pas facile mais j’ai eu pas mal de réponses justes.

 

A bientôt !

 

Miss Comédie

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 16:23

 

 

 

 

Il se donne actuellement à l’Espace Gerson à Lyon un spectacle qui   s’appelle « l’HOMME MODERNE ».  Un titre  a priori pas vraiment hilarant.

Mais le jeune homme qui le mène tambour battant vaut le détour.

 AFFICHEIl s’appelle Jérémy Charbonnel et  c’est encore un inconnu mais pas pour longtemps car son one man show a déjà fait pleurer (de rire)  les festivaliers en Avignon cette saison et il sera bientôt au théâtre du Ranelagh à Paris.

 

Jérémy Charbonnel est vraiment hilarant. Mais il ne donne pas dans la gauloiserie, la pornographie, la scatologie, la cruauté  – bref, la provoc – de la plupart de ses copains   humoristes.

Il a décidé d’être lui-même, c’est-à-dire un jeune homme bien élevé, élégant, charmant… mais pas seulement ! Peu à peu il dévoile l’acuité de ses dons d’observation en  incarnant des personnages très loin de lui,  des situations qu’on a tous vécues mais qu’il rend inénarrables – voyons, que je me souvienne -  la queue à la poste,  (à mourir),  le bug malvenu sur le PC,(topissime), la belle-mère à la clinique d’accouchement, (bluffant), le rom  mendiant,  (à pleurer), la DRH cougar, (grandiose)…  et la prof d’anglais, et la blonde,  je ne sais plus, il y en a tant, et tous poilants.

Il n’a pas que l’inspiration féroce mais jamais méchante, il n’a pas que des textes à l’emporte-pièce, il a la gestuelle protéiforme,  il a un visage à transformation (un catalogue d’expressions insensé) – et pourtant à la ville, il est mignon comme tout – un visage que l’on sent promis à un grand destin scénique.PORTRAIT.jpg

C’est tout ?  Non, après les louanges, il faut bien souligner les bémols, sinon je passerais pour l’amie de la famille.  Oui, il pourrait canaliser ses élans, jouer avec les silences-suspense,  revoir  les répétitions à la baisse ,   dégager l’essentiel de la scène,  gommer les effets secondaires….

Enfin, le genre de critiques que l’on fait  seulement à un  vrai professionnel pour mettre en valeur son talent.

Avec ce talent, on le sent prêt à décortiquer notre société,  source d’inépuisables scènes burlesques.   L’humour joyeux et non scabreux, c’est devenu rare.  

Nous rendre  heureux et non pas honteux d’avoir ri,  c’est la grande force des  scènes d’humour de Jérémy Charbonnel.

 

A l’Espace Gerson jusqu’au 20  septembre -  hurry up !

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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 16:50

 

 

 

LE RIRE QUI TUE

 

Une rentrée parmi d’autres, celle du cours Furet, école de comédie rue Paul-Valéry dans le XVIème arrondissement de Paris, dans les années 70. Souvenir d’une classe folle.

 

   P1150774_Paris_XVI_rue_Paul-Valery_rwk.jpg

Tous les jeudi il y avait cours de rire.

Faire rire  son entourage n’est déjà pas donné à tout le monde, mais rire en scène, aux éclats, je veux dire, et de manière prolongée, c’est un exploit.  Ca s’apprend.

Chaque élève qui montait sur l’estrade donnait sa démonstration personnelle de l’impuissance.

Evidemment, s’il n’y a pas la motivation du rire, il ne reste que toussotements pitoyables.  L’élève le plus doué du cours,  un disque d’or de la tirade racinienne, que j’admirais entre tous, lorsqu’il voulut bien se prêter à l’exercice, tomba de son piédestal, vaincu.  Il comprit très vite qu’il n’était pas question de s’éterniser sur scène sous les quolibets et retourna à sa place, à la droite du prof qui lui glissa, indulgent : « C’est un autre métier… »

 

Furet prenait la chose depuis le début, en nous apprenant à respirer. Il fallait ensuite projeter hors de notre ventre des « ah » sonores et en cascade sur l’expiration.

Quand la mécanique était au point, on pouvait essayer de mettre « l’humeur », en pensant à quelque chose de drôle.

J’ai trouvé le procédé amusant et j’ai très vite assimilé la méthode.  Je suis devenue la rieuse number one et quand il en avait assez des crachotements, Furet disait « Allez, Julie, à toi. »

Je mitraillais.  Mais je me sentais un peu seule, j’aurais adoré me mesurer à un autre rieur.

 

Il y avait aussi le cours de larmes, mais là, bizarrement, après avoir essayé en vain de pleurer sur un   malheur imaginaire, je finissais par avoir le fou rire et Furet me disait de descendre.

 

 

C’est comme ça qu’un jour, un metteur en scène qui cherchait une Zerbinette vint assister à un cours et fut terrassé par ma démonstration.

Je fus convoquée le lendemain pour répéter ma prestation devant l’acteur principal.

Le metteur en scène s’appelait Jean-Louis .Thamin . II montait « Les Fourberies de Scapin » avec Jean-Luc Moreau dans le rôle de Scapin.

 

 

J’avais dû lire pour la dernière fois Les Fourberies de Scapin en classe de 3ème et je n’en avais aucun souvenir.

Zerbinette ?  C’est la fille qui rit.  Elle rit à perdre haleine en racontant une histoire à dormir debout, une tirade interminable entrecoupée de rires cristallins mais pas seulement !  Il faut que ces rires soient eux-mêmes hilarants, provocateurs, communicatifs pour entraîner une salle entière.

Devant elle sur le plateau il y a le vieux Géronte qui tempête, mais ça ne suffit pas pour déclencher le rire de Zerbinette.  Il faut qu’elle le trouve ailleurs, et qu’elle s’appuie sur une technique en béton.

 

Jean-Louis Thamin m’a pris rendez-vous avec Micheline Boudet, la tenancière du titre de Zerbinette d’Or, pour qu’elle me délivre une partie de ses secrets de fabrication.

Dans son salon Louis XV nous avons passé une heure à la regarder minauder et distiller de temps à  autre un petit rire de fauvette comme on donne aux enfant des miettes du gâteau de la veille.

En fait, elle était flattée mais elle ne se souvenait pas du tout de la manière dont elle s’y était prise pour donner sa Zerbinette.   Jean-Louis avala sa tasse de thé et écourta la séance, exaspéré.  Jean-Luc et moi avions trouvé l’épisode succulent.

 

 

Jean-Luc Moreau était un Scapin d’enfer. Comme garçon il était craquant  et comme acteur il était éblouissant. 

Devant lui, je me sentais toute petite et nulle.

Mais l’ensemble de la troupe m’admirait parce que je savais rire.

 

Jean-Louis Thamin était un tortionnaire. Ce que nous faisions n’était jamais bien.

Il fallait toujours aller plus loin, chercher son personnage ailleurs « qu’à la pointe de ses souliers.. »

Il nous disait que nous allions être des costumes vides.

Nous l’écoutions, navrés et honteux.  Nous partions à la découverte de nous-mêmes, toujours plus loin.

Je pense qu’il avait raison.  C’est ainsi qu’on arrive à trouver le deuxième souffle, celui de notre moi inconnu, que l’on découvre avec stupeur et délectation.

Moi je débutais et mon moi inconnu  m’échappait complètement. Je m’acquittais de ma tâche plus ou moins bien, selon les soirs. J’avais mon baromètre.  Quand je sortais de scène, la gorge sèche, je trouvais mon Scapin qui me tendait une bouteille d’eau avec un commentaire bref. Ca allait du  « bravo », « gagné », « je t’adore», au « faiblard », « à refaire »  ou « héroïque » lorsque le public  n ‘avait pas suivi.

 

Jean-Luc est devenu une star, tous les théâtres parisiens lui doivent un ou plusieurs succès de fréquentation, c’est un stakanoviste de la mise en scène.  Comme acteur, il est devenu trop rare.  Et comme ami, encore davantage.  Mais à part lui, j’ai gardé de cette époque quelques affections tenaces.   Parmi toutes mes expériences  professionnelles, celle des Fourberies de Scapin a marqué ma vie en m’offrant des rencontres « du troisième type ». 

 

Car c’était un tout : Jean-Louis avait fait de ces Fourberies un concentré d’excellence..  Ce n’était pas un débutant :  Il avait déjà fait ses preuves à la Comédie-Française avec des pièces difficiles, comme Les Précieuses Ridicules.

Nos  costumes étaient des reproductions  de gravures XVIIIème   réalisés dans les ateliers d’une couturière attachée à la Maison. 

 

Le décor était lui aussi inspiré de gravures de l’époque de Molière. Il y avait un chariot sur lequel je chantais la tarentelle en frappant sur mon tambourin,  avec plus ou moins d’entrain selon le degré de réussite de la scène du rire, juste avant.

 

Lorsque la pièce s’est arrêtée, j’ai mis quelques semaines à retrouver mon rire habituel.  J’ai été prise d’angoisse, j’avais perdu une fonction naturelle de l’homme, pour attraper une mécanique de robot.

Je m’entraînais à rire chez moi, en écoutant Coluche.  Je m’enregistrai sur mon  poste radio, et j’écoutais avec horreur  mes toussotements.  Privée de mon public, j’étais retombée dans la platitude du réel.

 

Et puis, je suis partie en vacances et j’ai oublié la scène de Zerbinette.  C’est ainsi qu’il est revenu sans crier gare, et un jour je me suis entendue égrener ma cascade habituelle,  sans effort, un rire bêtement naturel mais tellement réjouissant.

 

 

Smiley.jpg(Vous retrouverez cet épisode dans le troisième tome de mes mémoires, en cours d’écriture…)

Miss Comédie – septembre 2014

 

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  • Miss Comédie
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. 
Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer.  De comédienne- auteur dramatique,  je suis devenue  blogueuse, ça élargit considérablement la cible.
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer. De comédienne- auteur dramatique, je suis devenue blogueuse, ça élargit considérablement la cible.

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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