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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 17:25

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A la mi-août, comme tous les mi de l’année, c’est le moment de la photo-mystère.

 

 

 fenetre-sur-cour-5.png

 

Ce décor fait partie d’un film sorti ily a tout juste soixante ans, en août 1954.  Quel est ce film ?

Réponse le mois prochain.

 

La photo-mystère de juillet  montrait Jean Vilar et Gérard Philipe en train de répéter le texte du PRINCE DE HOMBOURG    sur la scène du TNP installé à SURESNES en attendant de prendre sa place au Théâtre National de Chaillot.

La pièce sera jouée au Festival d’Avignon en juillet 1952.

 

L’anecdote :

Jean Vilar engage cette année-là le jeune compositeur Maurice Jarre qui composera plus tard  la célèbre fanfare de LORENZACCIO.

 

Au mois prochain pour une photo-mystère de rentrée…

 

Miss Comédie

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 12:27

 

 

 

Lever de rideau sur un été capricieux, soleil paresseux, orages tumultueux sur des publics courageux mais ravis. Ainsi ces trois concerts donnés avec une meteo sans bémol.

 

SAOU CHANTE MOZART A DIEULEFIT

19 juillet 2014

 

THARAUD.jpgALEXANDRE THARAUD

La salle est petite, dans le bel espace culturel de la Halle à Dieulefit.

Il a pourtant choisi de jor là,   devant un public restreint mais averti, après Aix en Provence, avant une ribambelle de villes où l’on se bat pour l’accueillir un soir.

Tharaud, l’enfant prodige qui parcourt le monde avec le même succès, sans tapage, sans éclipses, sans caprices.

Son talent  se reconnaît dans un répertoire très large, de Scarlatti à Bach, de Ravel à Schubert.

Ce soir, il ne nous a pas étonnés avec les sonates de Mozart que l’on connaît bien, mais il nous a quand même bluffés avec l’impromptu D 899 de Schubert qu’il a enlevé  avec fougue.   Réinventé.  Cet impromptu est trop connu pour ne pas lasser, parfois, sous des doigts trop académiques.  Là, Tharaud semblait inspiré par on ne sait quelle affinité avec Schubert.

Que nous dit-on de cet impromptu ? Qu’il fait partie des huit impromptus que Schubert omposa  en novembre 1827, après un voyage d’agrément à Gratz en compagnie de son ami Jenger, un an avant sa mort.

Alexandre Tharaud a choisi de jouer unr œuvre  de Schubert dans le cadre d’un festival uniquement dédié à Mozart.   A-t-il imposé ce choix pour répondre à l’invitation des responsables de Saou chante Mozart, alors qu’il ne se sent pas vraiment mozartien ?  On ne le saura pas. 

Mais peu importe : son bonheur de jouer était  visible.

   Sans  chiqué,  un sourire intérieur flottant sur  son visage, il était seul, baignant dans un silence religieux, jouant les yeux fermés ces œuvres  cent fois répétées et cent fois réinventées.

Avec son physique de premier de la classe, il provoque le même enthousiasme qu’une rock star.

Trois rappels exécutés avec le même entrain que s’il débutait son concert

Où s’en allait-il ensuite ?  Où passait-il la nuit ?   Ces artistes qui sillonnent la France au hasard des festivals sont des feux follets qui illuminent nos nuits d’été.   Malgré notre élan vers eux, il ne faut pas songer à leur dire merci autrement qu’avec nos  frénétiques bravos.

 

 FESTIVAL DE PIANO DE LA ROQUE D ‘ANTHERON

26 juillet 2014

 lugansky.jpgNICOLAî  LUGANSKY

Nuit sans nuage, une brise légère, les cigales font silence.

L’ovation s’élève dès les premiers pas de Lugansky sur la scène.

La silhouette est toujours agile, le visage s’est un peu épaissi. Il est beau comme dans mon souvenir, il y a cinq ans, sur cette même scène.

Il porte un smoking.  Non un costume noir classique, un smoking, les deux pans de la jaquette de part et d’autre du tabouret. 

Le tabouret, il est déjà réglé, il ne fait pas le cinéma fréquent des pianistes qui ne sont pas à la (bonne) hauteur.

Il ne fait pas semblant de rentrer en lui-même, il attaque tout de suite les notes claires et vibrantes du prélude de César Franck.

C’est déroutant, tout comme la sonate pour piano de Prokovfiev, mais son choix s’adresse à des mélomanes avertis, et son exécution est si brillante qu’il n’y a qu’à absorber la Musique, sans se poser de question.

Il joue sans partition, dans un enchaînement de rythmes frénétiques ou langoureux, les notes sont en lui, au bout de ses doigts.   

Il joue avec  sobriété, avec cette  élégance  naturelle, laissant la musique exprimer d’elle-même ce qu’elle a à dire.   La classe.  Une classe folle.

Le spectacle  est fantasmagorique, comme à chaque concert donné dans le Parc du Château de Florans.  Cette conque acoustique qui s’élargit d’année en année pour envoyer les sons de plus en plus loin, de plus en plus haut sur les gradins exponentiels, est comme la voûte géante d’une base de lancement spatial. 

En dessous, minuscule, le pianiste et son instrument, comme isolés du monde.

Lugansky nous fait grâce de gestes ou de mimiques qui pourraient détourner l’attention de la seule Musique.   

Après l’entracte, les treize préludes de Rachmaninov,  rarement joués,  nous emportent dans une sarabande faite de contrastes, une succession d’allégresse et de déchirements qui nous révèlent les sources lointaines de son talent.    

Quatre rappels très simplement acceptés et le bel exilé s’échappe, emportant avec  lui  les secrets d’une  âme slave intacte.

 

 

1er Aout

 

 capucon_angelich.jpgNICOLAS ANGELICH et RENAUD CAPçON

 

Toujours le même charme d’un lieu magique, et le délicieux préambule d’un pique-nique sur la pelouse avant le concert, entourés des 365 platanes et de la haute garde des séquoïas centenaires.

Tout cela fait partie d’un plaisir renouvelé, intact, chaque année depuis vingt ans avec la découverte de pianistes venus du monde entier, parmi les plus talentueux.

Aujourd’hui, l’immense Angelich, avec le petit Capuçon.  Lorsqu’ils arrivent main dans la main, au milieu des acclamations, on a envie de rire : Angelich est-il anormalement grand ou Capuçon anormalement petit ?

Question talent, ils se donnent la main  Nicolas Angelich est célèbre depuis des années, il a partagé la scène avec les plus grands après avoir donné son premier concert à 7 ans.

C’était en 1977 et le piano est devenu son alter ego, son double.

Renaud Capuçon, lui, a intégré le conservatoire de Musique de Chambéry à 4 ans… et n’a plus quitté cette route musicale qui l’a menée au sein d’orchestres fameux en tant que premier violon.

Ce soir il joue sur ce violon mythique de 1733 ayant appartenu à Isaac Stern, sur lequel il a joué dans le court-métrage de Simon Lelouch « 7,57 am-pm » dans le métro parisien, dans l’indifférence générale…   

Entre eux deux  la complicité est évidente, dès le premier morceau.  Ils ont choisi un programme entier consacré à Brahms, après plusieurs disques dédiés à ce compositeur enregistrés ensemble.  L’exécution en est  acrobatique et  ne permet pas le moindre écart de synchronisation. Bluffant.

Ils ont sensiblement la même approche de cette musique toute en surprises, d’allégresse en méditation, on ne sait trop quels sentiments l’ont inspirée. 

Il faut « aimer Brahms », sans se poser de question.

Première partie assez  rasoir, sans élans d’aucune passion, juste la prouesse technique.  Il faut quand même admirer la cohésion du duo qui, lui, semble parfaitement emballé par cette musique.

Après l’entracte, l’orage commence à gronder au-dessus des gradins. Des roulements de tonnerre qui n’annoncent rien de bon.  On voit sortir les capuches, le public s’agite.

Mais les deux musiciens imperturbables, attaquent la 3ème sonate et soudain le charme opère : oui, Brahms peut nous émouvoir, en tout cas nous captiver.

Quelques gouttes de pluie tentent de nous distraire de cette écoute mais renoncent : le public les ignore.

Les deux interprètes achèvent le concert sous un déluge… de vivats et d’applaudissements frénétiques.  Quatre rappels, toujours de Brahms, ils adorent.  Nous aussi, finalement.

 

Il y a eu aussi du théâtre, un Dom Juan  de Molière adapté et interprété par une jeune troupe pleine de fougue et de talent.

Le metteur en scène, Clément de Dadelsen, a joué la carte du  respect de l’époque et a dirigé ses jeunes comédiens dans ce sens, le rythme de la langue de Molière restituant tour à tour la drôlerie et l’émotion pure.

La magie du spectacle opérait d’autant plus qu’il se déroulait dans le décor champêtre et charmant de la cour du « Petit Belvédère », propriété de Martine et Fabien Limonta, instigateurs de soirées littéraires ou théâtrales réutées chaque été dans la région de St Paul Trois chateaux, Drôme Provençale.  Un vrai bonheur !

 

 

J’aurais voulu vous parler du Lucrèce Borgia de Victor Hugo qui se donnait dans la cour du cha^teau de Grignan, cadre merveilleux pour de grands textes du répertoire.  Malheureusement, là, le temps n’a pas voulu se mettre en scène. Le spectacle a été annulé à cause de la pluie.  Dommage.

 

Miss Comédie -  Août 2014

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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 14:31

 

 

 

  _Dessin.jpgLa Brune et la Blonde se retrouvent à la terrasse du Flore pour regarder passer les touristes en buvant une blonde et une brune.

 

LA BRUNE

Hier soir j’ai vu JULES ET JIM  qui repasse  à la Pagode.

LA BLONDE

Quel chef-d’œuvre !

LA BRUNE

Ah, tu trouves ?   jules-et-jim-affiche_69977_6027.jpg

LA BLONDE

Pas toi ?

LA BRUNE

Je déteste ce film.

LA BLONDE

Ah.  Voyons. Tu détestes quoi, dans ce film ?

LA BRUNE

Je déteste l’image qu’il donne de la femme,  une image méprisable, abominable.

LA BLONDE, (riant)

C’est tout ce que tu as vu dans ce film ?

LA BRUNE

J’ai vu des scènes de camaraderie à trois surjouées, comme leur course folle ridicule. J’ai aussi vu l’histoire d’une amitié magnifique détruite par les manœuvres perverses d’une femme.

LA BLONDE

C’est un sujet de tragédie antique, comme….

LA BRUNE

Sauf que ça se passe aujourd’hui et que cette femme est le prototype actuel d’une vraie  salope.

LA BLONDE

Salope ?

LA BRUNE

Difficile de trouver mieux comme salope.

LA BLONDE

Tu y vas fort. Elle n’est peut-être qu’ insatisfaite.

LA BRUNE

Elle se les fait tous les deux et elle est insatisfaite ? Pourquoi elle va pas voir ailleurs, alors ?  Pourquoi elle s’acharne  à tourner en rond entre les deux ?

LA BLONDE

Tu  n’essaies même pas d’entrer en profondeur dans le thème du film. Tu  ne vois que la partie émergée de l’iceberg. 

LA BRUNE

Quel iceberg ?  Moi je vois ce que Truffaut nous montre. 

LA BLONDE

Mais c’est justement ce qu’il ne montre pas qui est important pour comprendre le film !  Tu n’as pas saisi le drame intérieur de ce personnage . Truffaut l’a pourtant expliqué dans Télérama,  c’est son incapacité à choisir qui sème la discorde entre les deux hommes et il démontre par là l’impossibilité de toute combinaison amoureuse en dehors du couple.

 

La brune écoute la blonde avec un petit sourire.

 

LA BRUNE

Tu l’as appris par cœur, l’article  ?    Alors si  ce qui compte dans un film c’est ce qu’on ne voit pas,  pourquoi il a pris  une caméra ?

  truffaut.jpgLA BLONDE

Truffaut  nous demande de saisir sa pensée  intime sous l’apparence légère et gaie – ou bien morbide de ses images.

LA BRUNE

Mais dis donc, tu fais une thèse sur Truffaut ?...  En attendant pour un « homme qui aimait les femmes », dans JULES ET JIM  il nous arrange bien  !

LA BLONDE

C’est  l’histoire d’un personnage, c’est pas ton histoire !

LA BRUNE, troublée

Ouais… là, tu dis un truc sensé.   Mais ça ne sauve pas le film. Moi je trouve que c’est un mauvais film.

LA BLONDE

C’est ton avis mais tu ne m’as pas convaincue. Tu n’as aucun argument-massue.  Tu viens ?  Je vais prendre le bus, je suis en retard.

 

Elles se lèvent après avoir payé l’addition.

 

LA BRUNE

Attend,  tu veux un argument-massue ?  Et bien le voilà, c’est la fin !

LA BLONDE

La fin de quoi ?

LA BRUNE

La fin du film ! C’est du grand-guignol !  Le coup de massue ! Un suicide aussi inattendu que grotesque, le plongeon, quoi !  Tu sors de là anéantie.   Pauvre Jim. C’était mon préféré, Jim.

(Elle se tourne vers la blonde)    Et toi, lequel tu préfères, Jules ou Jim ?

LA BLONDE

Je ne sais pas, je n’ai pas vu le film.caf_de_flore.jpg

 

Miss Comédie-  31 juillet 2014

(Attention, le dialogue peut très bien inverser les rôles, pas de parti pris de ma part il s’agit de distinguer la chevelure et rien d’autre !

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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 18:02

 

 

 

 

 LA-COUR.jpg AVIGNON, juillet 1956

Il pleut des cordes sur la cour d’honneur du Palais des Papes.

Sur la scène au plancher détrempé, on a retiré les tapis et les éléments de décor. Au fond, appuyé contre un portant, Jean Vilar fait grise mine.  La première du Prince de Hombourg a dû être annulée et il ne sait pas si les spectateurs pourront être remboursés, les caisses sont vides.

 

TRISTE-jean-vilar-au-festival-d-avignon-M89687-copie-1.jpgGérard Philipe et Jeanne Moreau, les deux acteurs principaux, ont proposé d’abandonner leur cachet mais si le mauvais temps persiste, c’est toutes les représentations qui devront être annulées, une catastrophe.

Il est midi et le ciel est noir comme à la tombée de la nuit.

Franchissant le rideau de pluie,  la  silhouette d’un écclésiastique  se profile, venant à la rencontre de Jean Vilar, qui s’insurge :

« Attendez monsieur l’abbé, la chapelle est derrière vous et elle est fermée !  Vous êtes sur le plateau, là !

 ARRIVEE.jpgSoulevant sa barrette dégoulinante de pluie, l’homme d’église dévoile son visage, faisant sursauter Jean Vilar.

«  Quoi ?  C’est vous, monsieur Fernandel ?  Mais… je n’étais pas prévenu malheureusement nous ne jouons pas  ce soir !

Fernandel arbore son célèbre sourire, plus que large.

« Chut ! monsieur Vilar, c’est bien moi don Camillo en personne.

Depuis que je suis dans le clergé, je fréquente un peu la Papauté alors le Palais des Papes, vous comprenez.. et en plus, le Prince de Hombourg, madone, c’était une bénédiction.

«   Je comprends bien, mais je regrette,  tout est annulé !

«  Justement, monsieur Vilar.  Dans la débâcle il faut réagir. Pour les Papes, c’est raté, mais pour votre pièce, il m’est venu une idée inspirée par le Seigneur.

« Venez dans ma loge, vous m’expliquerez ça.

Ils s’enfoncent dans les tréfonds des coulisses et s’engouffrent dans la loge de Jean Vilar.

 

Assis devant une anisette, Fernandel prend  un air de conspirateur pour annoncer :

«  Je suis votre sauveur, monsieur Vilar.

Jean Vilar contemple avec stupeur un Fernandel savourant  à l’avance  on ne sait quelle victoire.  Il attend la suite, mais l’autre fait durer le plaisir.

« Vous êtes dans le pétrin mon pôvre.

Jean Vilar attend, le front plissé, au bord de la crise de nerf.

« Moi, don Camillo, je suis le curé qui fait des miracles. (Large sourire)

Jean Vilar pose son verre d’eau et   explose   :

«  C’est bon, c’est bon,  où voulez-vous en venir, monsieur Fernandel ? Vous voulez changer mon eau en anisette ?

Fernandel prend le temps de siroter une gorgée d’anisette avant de répondre posément  :

 

« Dès que le beau temps reviendra, vous allez reprendre la pièce et là…  tenez-vous bien, vous allez faire un tabac. IL-BOIT.jpg

«  Un tabac ?

«   Tè, un tabac, peuchère, avec la salle bourrée, diffusion télé mondiale, articles dans la presse, et surtout… surtout, monsieur Vilar !…

« Surtout quoi, à la fin ?

«  Les propositions d’adaptation au cinéma,, par les plus grands réalisateurs !  Et ça,  vous voyez ce que ça veut dire…

«  Oui ?

«  La poule aux œufs d’or ! Le pactole ! Les caisses pleines !

 

Jean Vilar se lève et vient se planter devant Fernandel.

« Mais qu’est-ce que vous me racontez ?  Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?  Par quel miracle…

« … le miracle de don Camillo, je vous dis !   Je vous explique.

«   Oui, expliquez-moi, c’est burlesque.

 

Il se rassied et Fernandel tourne sa chaise face à lui pour lui parler bugne à bugne.

«  Votre pièce, ce sera la même pièce, tout pareil, sauf un petit détail dans la distribution.

«  Ah oui, et quel détail, s’il vous plait ?

« Et ben voilà, le Grand Electeur ne s’appellera plus Grand Electeur mais Grand Archevêque.

Jean Vilar ouvre des yeux ronds.

« Et alors ?

«  Et alors,  c’est moi qui jouerai le rôle : Fernandel alias don Camillo, le curé promu Archevêque !

Jean Vilar est tétanisé.  Fernandel exulte :

« Alors ?  Qu’est-ce que vous en dites ?

 

Jean Vilar se lève, furieux, et le menace du poing : 

«  Vous savez que je fais de la boxe ?

«  Magnifique, vous explosez le box-office !  Fernandel en tête d’affiche,  et la promo « Don Camillo Archevêque »  Je vois d’ici la queue aux guichets… Moi seul peut accomplir ce miracle !

 

Il se lève à son tour, solennel.

«  Je ne demande aucun cachet. Simplement, vous paierez  la soutane violette brodée d’or, et le bonnet, enfin la tiare de l’Archevêque.  Pour moi, juste le denier du culte, un petit  pourcentage sur les recettes du film.  Tout le reste est pour vous et votre troupe, cher Jean Vilar.

A ce moment-là un rayon de soleil s’infiltre par la fenêtre de la loge et vient caresser les pieds de Jean Vilar qui sort précipitamment et court sur le plateau.  On l’entend crier :

Miracle !  Le soleil est revenu ! On peut jouer ce soir !

 

Il se tourne vers Fernandel   qui l ‘a suivi, incrédule, bénissait le ciel de ce coup de bol.

«  Fernandel,  je vous fais Archevêque. Mais je veux être sûr : le miracle, ça marche  à tous les coups en cas d’annulation  ?

«  Ah, ça, monsieur Vilar, je ne garantis rien !  Parce que voyez-vous , mes miracles  je ne les contrôle pas !

«  Ah bon ?

«  Hé non !   Il y en a qui veulent rien savoir ! Ce sont les intermittents du miracle !CROSSE.jpgMiss Comédie - Juillet 2014


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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 18:11

 

 

 hommage-a-jean-vilar-au-festival-d-avignon-M89695.jpgQUI ?  OÙ ?  QUAND ?

Réponse avec la photo-mystère du mois de Septembre.

 

Le mois dernier, on était en plein Mondial, j’ai eu beaucoup (trop)

de réponses justes… C'était Zidane et Pelé, bien sûr.

A bientôt !

 

Miss Comédie

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 20:32

 

 

 

 FORMULE-FORD.jpgElle est plantée là, sur le paddock, ne sachant où se poser. Autour d’elle c’est l’effervescence mais on l’ignore totalement.   Son mari  l’a abandonnée, après avoir tant insisté pour qu’elle l’accompagne à cette course .  Elle déteste le bruit et la violence des circuits.  Mais enfin, il fallait bien un jour aller le voir courir. Tout le monde dit que c’est un grand pilote.   En plus, elle a peur, horriblement peur qu’aujourd’hui, justement, il lui arrive quelque chose.  Elle cherche où elle va bien pouvoir se cacher pour ne pas assister à la course. 

Très vite il lui a tourné le dos pour aller rejoindre les autres pilotes.  Elle le voit de loin, il est dans sa bulle. Elle n’existe plus,  il est hors du monde réel.

Elle se souvient d’avoir vécu ça, elle comprend.  Le théâtre, le cirque, le show, c’est pareil. On s’extrait du monde réel.

Elle s’est appuyée au mur, entre deux piles de pneus. Elle essaie de ne pas se faire remarquer.

Dans les hauts-parleurs, le speaker s’auto-électrise sur les concurrents qui occupent la piste. Les voitures font un bruit d’enfer. Elle se demande  dans combien de temps ce sera le tour des Formule Ford.

Autour d’elle, les mécaniciens s’activent sur les monoplaces. Elle revoit les plateaux de cinéma qu’elle fréquentait autrefois. Là aussi, les  mécaniciens… mais aussi les habilleuses, maquilleuses, assistants tout ce monde dans une bulle.

 

 

 PalmyrPaddock04.jpgLes formules Ford -  les stars  -  attendent, désarticulées, déshabillées.  Elles poussent parfois un cri rauque et prolongé qui la fait sursauter. Ce sont vraiment des bêtes fauves.  Chacune représente le Danger.

Tous ceux qui jouent avec le Danger ont leur manière de l’approcher, un rite  spectaculaire qui donne à chaque événement un côté sacramentel.

Tout à l’heure, elle verra les monoplaces rangées deux par deux, moteur éteint, attendant le signal du départ, les pilotes sanglés, raidis , concentrés.  La Peur est là, enfouie.

Pour le toréador dans l’arène, seul face à sa bête fauve, le Danger est vivant.   Avant de l’affronter les toreros font leur marche en fanfare,  costumes d’opérette,   gestes solennels sous la Tribune de leurs belles, « la fleur que tu m’avais jetée »,  fanfarons mais  concentrés.   La Peur est là aussi.

Au football, on les voit arriver sur le terrain, le front barré d’un trait d’angoisse  ils marchent vers  la pelouse en rang serré.   Une clameur les accueille mais le danger les attend.    C’est l’équipe adverse, mais surtout le   public, les « supporters » . des milliers de bêtes fauves déchaînées.

Et encore, au départ d’un slalom géant, la tension du concurrent prêt à s’élancer, cette sourde angoisse qui serre le cœur, est palpable sous la visière du casque.

L’acteur qui se cache derrière un portant avant d’entrer en scène, le front moite déjà, essayant de dominer le trac qui va disparaître aussitôt face au public, mais qui le tenaille là,  avec l’angoisse de n’être pas à la hauteur.  Comme le metteur en scène qui porte une œuvre à bout de bras et qui risque l’échec.   C’est aussi une corde raide, comme l’équilibriste, comme le trapéziste, le dompteur, le navigateur…

Les images se bousculent dans sa tête.

Le risque est là, extérieur à tous les enjeux économiques qui font monter la pression.  Le sport de haut niveau est porté aux nues par le danger.  

 

L ‘attente est longue, aussi longue que sur un plateau de cinéma.  Son mari fait de temps en temps une apparition, il lui demande si tout va bien, il a rajeuni, il est gai. Il va vers sa monoplace, tourne autour,  l’air recueilli,  dit quelques mots au mécano. Puis il lui fait signe d’approcher, il lui présente son auto, elle l’admire, pose un doigt sur le capot comme pour l’exorciser.  Elle considère l’habitacle, ce tout petit espace où il va se glisser tout à l’heure, à peine la place de bouger, les bras devant lui, les mains sur le volant, rien d’autre n’est possible. 

L’heure du départ approche.  Les mécanos se redressent, les autos sont rhabillées, chacune pousse un feulement de défi

.

 

 scan-3.jpg Les pilotes sont partis se changer.  Soudain, l’air devient irrespirable, chargé de stress.  Elle est prise d’un trac fou,  elle a envie de fuir.  Elle sort du paddock et elle voit venir vers elle un pilote en combinaison rouge, ganté, son casque posé sur son bras. C’est lui.  C’est  son mari.

  Il sourit. Il est singulièrement svelte, juvénile. Et calme.

  Ce n’est plus l’homme qu’elle a connu.  Ce n’est même plus un homme de chair et d’os. C’est une image, une abstraction.

 

L’uniforme du Danger est souvent rouge, armé, doublé, ignifugé, rembourré et accessoirement orné de dorures, de pampilles ou bien  de noms des grandes marques sponsors.   Sur un circuit, dans l’arène, sur une scène de théâtre ou une piste de cirque, le héros est souvent vêtu de rouge pour trancher sur la grisaille du commun des mortels.

Maintenant tout se précipite. Il y a des annonces  dans  les hauts-parleurs, le speaker halète d’excitation. Les pilotes s’engouffrent dans leurs autos.  Elle voit son mari enfiler sa cagoule anti-feu puis  son casque et prendre soudain une apparence invulnérable. Il lui fait un signe de la main et s’approche de sa voiture, se glisse dans le cokpit.  On lui dit qu’elle peut l’accompagner en pré-grille,  assister au rite de la préparation au départ.

Les hauts-parleurs l’assourdissent, elle a l’impression d’un danger imminent. Elle voudrait rentrer chez elle.  La foule   FormuleZetec10.jpgautour d’elle est aux anges, les femmes, les parents des pilotes se pressent autour de leur idole.  Elle, ne sait pas où est passé son mari,  elle ne voit que des casques rutilants,  identiques.

Les voitures sont maintenant dans l’ordre de départ, alignées deux par deux .  Les moteurs sont éteints.  Comment les pilotes peuvent-ils se concentrer, avec tout ce monde autour d’eux ?    Mais bientôt les commissaires dispersent  la foule,  elle  remonte la file des concurrents et  soudain elle l’aperçoit. 

Elle n’ose s’approcher car elle ne connaît pas cet homme.  Il a maintenant en tête le circuit, la moindre courbe, la ligne droite propice au dépassement, il a en mémoire la trajectoire idéale et la faute à éviter.  Et quoi d’autre ?  N’a-t-il pas trop serré le lacet de son chausson droit ?  Ce qu’il pense, à cet instant, personne ne le saura.  Il est seul.

 

C’est peut-être  là, à cette minute précise, juste avant le départ,  avant le risque, puisque même minime, malgré tout il y a toujours un risque, sans quoi où serait le spectacle, où serait la gloire ? à cette minute plus qu’à tout autre instant dans sa vie, il comprend qu’il est seul et que personne ne peut rien pour lui sur cette terre.  Et tout-à-coup cette pensée le remplit d’un calme insensé, une indifférence à son propre sort, une confiance immense en lui-même.

C’est ce qu’il lui a confié un jour.  Aujourd’hui,  sur le point de le voir s’élancer sur le circuit, elle voit cela comme une évidence.  Des noms défilent dans sa tête. De Angelis, Cevert, Senna… Elle a un frisson.  Le Danger  est quelquefois  le plus fort.

Elle  tourne les talons. Il ne faudrait pas qu’il l’aperçoive et perde soudain ce détachement suprême.

 

Miss Comédie  Juillet 2014

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 16:19

 

Je reviens !  Après cette petite interruption due à un malaise de mon Mac, replongeons au cœur de l’actualité avec la rencontre IMAGINAIRE de deux stars du football mondial.

 


 

 ronaldoandneymar.jpgPlage de Copacabana, juin 2014.  Sur la terrasse du Copacabana Palace, deux jeunes hommes boivent des guaranas en   contemplant la vue prodigieuse qui s’étend sous leurs yeux.

 Ils sont aussi beaux l’un que l’autre : la plus parfaite expression du type latin, cheveux d’un noir brillant pour l’un, crête multicolore pour l’autre,  mais  mêmes yeux noirs au regard  prêt à tirer, sourire  ravageur mais rare, gestes félins. Les muscles sont là, au repos.

Christiano Ronaldo et Neymar Jr se  sont retrouvés entre deux matchs  pour partager leurs émotions loin de l’hystérie collective.

 

« C’est le plus bel endroit du monde, constate Ronaldo.

«  L’œuvre de Dieu pour les peuples amérindiens, et qui durera jusqu’à la fin du monde   Un symbole de paix indestructible.

«  Je devrais venir m’installer ici,  après tout c’est le pays de mes ancêtres.

«  Christiano, Madrid t’a acheté assez cher, tu es leur otage. 

-       il boit une gorgée et remarque vivement : «  un otage pas trop mal traité, non ? Logé à La Finca, le quartier chic de Madrid, avec tes coéquipiers .

  Oui, oui, d’accord mais je suis exilé. Ici je me sens autant chez moi qu’à Madère.

-        Alors, pourquoi tu tires la gueule depuis le début ?   

Neymar  plaisante mais Ronaldo lui saisit le bras en le regardant dans les yeux :

-       Tu  trouves que j’ai des raisons de danser la samba ?

-       Il y a un silence.   Neymar pose son verre et poursuit d’une voix douce :

-       Christiano.  Tu es le plus grand joueur de football du monde, avant Messi, avant moi !! …   -

 Ronaldo le coupe :

  neymar-sera-t-il-la-star-de-ce-mondial.jpg-       Ah non ! Tu es meilleur dribbler que moi. Et ici, tu as joué mieux que moi ! Tu as sauvé l’équipe du Brésil  dans son match d’ouverture, tu as massacré le Cameroun, et tout ça avec une maîtrise, une facilité ! Tu es déjà l’idole des Brésiliens, et tu ne vas pas arrêter de monter, Neymar !  Alors que moi…

-        Quoi  toi ?   Tu ne vas pas baisser la tête alors que tu as pris la tête de ton équipe et que, à toi tout seul,  blessé, tu l’as fait gagner contre le Ghana !

-        Ha !  Un but dérisoire, qui n’a servi à rien. Je suis un has been.

-       Tu es un héros !

Ils  vident ensemble leur verre.

 

Ronaldo agite nerveusement son pied droit contre un ballon invisible.   Son genou  gauche bandé le fait souffrir. Son front est barré de deux traits de fatigue mais son regard est plein d’une ardeur guerrière.  Alors qu’il se souvient :

 - Contre le Ghana  j’étais seul.    Mon genou blessé je m’en foutais, je ne sentais pas la douleur. Mais j’enrageais de voir les autres galèrer, et ces colosses black frais comme des gardons, infatigables, et ce butteur surdoué  !

J’ai eu la même sensation contre le Cameroun.  Mais moi, j’avais toute ma forme physique.

 

-       Neymar, tu es plus jeune que moi, tu n’as pas eu la moitié des coups que j’ai reçus sur la tête.

-       Quels coups ?  Ton histoire de viol ? Ca s’est bien terminé, no ?

Ronaldo hausse les épaules.

-       Ca, c’est du passé… Non, par moments je  me dis que je pourrais faire mieux ailleurs…

-       Ailleurs qu’au Real Madrid ?

-       No, ailleurs dans la vie…  - il hésite -  j’ai envie d’être acteur, Neymar.

Neymar soupire :

-       Jesus Maria !  C’est le métier le plus dangereux ! Tu abandonnes ton âme pour devenir un être multiple tu ne sais plus qui tu es !

 

Ronaldo sourit :

-       Quand j’ai tourné pour Nike, chaque fois je me suis retrouvé, et j’étais heureux !  Même quand ils m’ont transformé en mannequin de vitrine  dans The Last Game !

 

Ils s’esclaffent.

 

«-N’empêche,  c’est un putain de foutu beau film !  T’as vu le score de visiteurs sur toute la planète ? Un record historique !!  C’est un coup mortel pour la concurrence.    Et en plus  leurs  équipements sont topissimes !

 

 

 1.-copacabana.jpgSur la plage au-dessous d’eux, une foule de supporters ou de touristes, on ne sait  plus, font une fête insensée tandis que le soleil descend lentement, prêt à s’engloutir dans la mer.  Ce soir, ils auront tous une raison de s’éclater, au nom de leur équipe favorite, s’identifiant aux héros, oubliant leurs misères quotidiennes.  Le footabll est un grand euphorisant pour ceux qui le vivent en spectateurs.  Pour les acteurs de ce jeu plus guerrier qu’on ne le croit, c’est une autre histoire.

Neymar se lève et s’accoude à  la balustrade.

«  J’avais quatorze ans quand les Stones ont donné leur concert sur cette plage, en 2006.  il y avait … je ne sais plus, quelque chose comme sept millions de spectateurs en délire !   J’aurais voulu que la fin du monde arrive là, pendant leur concert !

Derrière lui,  Ronaldo est la cible d’un groupe de touristes qui le mitraillent en riant.   Furieux, il s’élance :

«  Go away !  Leave him alone !  Assassino ! Ronaldo-copie-1.jpg

Ronaldo n’a pas fait un geste.

-       Ils auront la dernière photo de CR7 au Mondial 2014…  La première Coupe du Monde où  Dieu n’était pas avec moi.

-       Tu dois te dire une chose, amigo : tu as  pris tous les risques. C’est l’essentiel au football.  Risk everything !  C’est ça ta victoire, elle est au fond de toi-même.

 

Ronaldo enregistre. Il reste un moment tête baissée, concentré sur ce qu’il vient d’entendre.  Puis il se lève et va vers Neymar, le prend dans ses bras pour un abrazo  fraternel.

« Tu as raison, Neym…  Tu es plus jeune mais tu as la sagesse des anciens.  Je déteste perdre, tu le sais.  Cette épreuve sera une grande leçon pour moi.  Je sais que certains parient sur ma retraite.  Mais je continuerai. I take the risk. »ballon-de-foot.jpg

 

26 juin 2014

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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 16:26

V

 

 

  ZIdane-et-Pele_full_diapos_large.jpgQui sont ces deux hommes ? A quelle occasion sont-ils réunis ?

Je ne peux pas vous dire grand-chose, c’est déjà très facile pour la plupart d’entre vous.   Mais ce qui est facile pour les uns, n’est pas du tout évident pour les autres.

 

sachez seulement que ce sont deux immenses stars.

Alors, j’attends vos réponses !

 

 

La photo de mai était paraît-il tellement facile qu’en lisant la réponse j’imaginais le haussement d’épaule !

Il s’agissait de Blow Up, évidemment.  Le film d’Antonioni a-t-il fait à ce point salles combles ?

A bientôt, pour une photo vraiment mystérieuse.

 

Miss Comédie

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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 17:25

 


 

C’est l’histoire étonnante  d’un homme qui a perdu son chien.  Il a suffi d’une minute d’inattention, le temps d’entrer au drugstore acheter un paquet de clopes et le chien n’était plus assis devant  la porte, à l’attendre, comme il le faisait toujours, inquiet mais patient. L’homme  part à sa recherche dans les rues de New-York. 

 

drigstore.jpgIl marche dans un froid terrible, grelottant dans son petit manteau. Il sait qu'il n'a pas beaucoup de chances d'apercevoir son chien dans la foule qui arpente les trottoirs, il se dit que s'il y avait une justice, ce serait son chien qui partirait à sa recherche, mais non, il se trouve que les rôles sont renversés et tout en marchant il se demande pourquoi son chien l'a quitté. Il cherche à se souvenir, mais qu'ai-je donc fait, quelle maladresse, quel mauvais traitement,  à ce petit animal qui n'était que douceur, fidélité et bonté. Pourquoi es-tu parti ? murmure-t-il, les larmes aux yeux.  Son chien était sa seule possession, son unique compagnon de solitude. 

Dans sa longue marche, il rencontre des chiens, certains accompagnant leur maître, d'autres lâchés en liberté, les narines frémissantes, peut-être en quête de nourriture, ils ne lui prêtent aucune attention.

Plus tard il est assis derrière la vitre d'un snack-bar, il mange un hot-dog. Il regarde dans la rue et il voit encore passer toutes sortes de chiens. La plupart sont grands, massifs, beaucoup plus impressionnants que son chien à lui, qui est frêle et craintif.  Il est pris de terreur à la pensée qu'un de ces molosses puisse s'attaquer à son petit chien.

 

 

 new-york--chinatown--rue-163865.jpgIl reprend sa route et traverse des quartiers entiers, bientôt le jour baisse et le froid devient intense, il est maintenant très loin de chez lui.  La fatigue s'abat sur lui en même temps que le froid et il est pris de panique.  Quel fou je suis pense-t-il, je suis perdu.  Où suis-je ?  Il  distingue l'entrée d'une bouche de métro et s'y engouffre, reprend le chemin de chez lui, il lui faut changer plusieurs fois, les gens le regardent curieusement, il se demande pourquoi.

Enfin il arrive dans son quartier, dans sa rue. Il fait nuit noire. Il est affamé, transi, désespéré de n'avoir pas retrouvé son chien. Il n'aspire plus qu'à rentrer chez lui, se verser un verre de bourbon, se coucher et dormir. Ce sera sa première nuit sans son chien, absolument seul.

Il relève le col de son manteau et s'apprête à faire les cent derniers mètres entre le métro et la porte de son immeuble.

 

 

 DUMBO-brooklyn-nuit.JPGSoudain, il le voit.

Le chien court d'une foulée légère, droit devant lui, son poil  blanc étincelant par instant, lorsqu'il passe sous un réverbère. 

L'homme dévie sa trajectoire, file derrière l'animal qui ne l'a pas vu.  Où va-tu ?  Il s'empêche de siffler, il veut voir ce que poursuit son chien, quelle proie inaccessible, quel idéal de vie de chien, quel maître plus intelligent.

Le chien poursuit sa route d'une allure régulière. Il ne s'arrête ni pour flairer une trace, ni pour lever la patte, ni pour chercher son chemin. 

C'est lui, c'est bien lui, son collier de cuir rouge autour du cou, ses deux taches noires, l'une  en forme de béret sur la moitié du crâne et une oreille,  l'autre en forme de chaussette sur sa patte gauche.   L'homme doit courir pour garder la distance, mais il ne sent plus la fatigue, ni le froid.

Le chien ralentit enfin, et le voilà qui s'arrête devant la porte d'un hôtel. 

Cet hôtel, l'homme le connaît bien, il n'est pas à plus de cinq cents mètres de chez lui, il y a quelquefois rencontré des prostituées, et ces soirs-là il laissait son chien seul à la maison, la mort dans l'âme. Il savait que jusqu'à son retour le chien pleurerait, couché sur le seuil de la porte.

L'homme s'est arrêté lui aussi, et regarde. C'est un petit hôtel très modeste, la porte est fermée la nuit, on distingue les lettres lumineuses de l'enseigne  "Hôtel Bijou".

Le chien, assis sur ses pattes de derrière, pousse un léger aboiement, puis un second, puis un troisième, pas plus.

La porte de l'hôtel s'entrouvre, on aperçoit un  fond de lumière.  Le chien s'élance à l'intérieur.  La porte se referme.

Lentement, l'homme rentre chez lui. Il sait qu'il ne reverra jamais son chien.chien-a.jpg

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 16:12

 

 

 

28fenetreslanuitUne fois n’est pas coutume.   Aujourd’hui je ne signe pas mon article.  Cette réponse à ma question « et vous, que voyez-vous ? » m’a cloué le bec. Alors, la voici :

 

LA VISION D’UN DE MES LECTEURS

 

«  …et bin c'que j'vois j'vais t'le dir:

L'immeuble représenté sur ce superbe tableau de Hopper est le même que celui de "fenêtre sur cour", célèbre film de Hitch. mais côté rue et non côté cour. Quelques années plus tôt en 1928 année de création de ce tableau «Night Window», il s'est passé un évènement particulièrement étrange, affreux, toujours non élucidé dans cet immeuble, en fait un hôtel, son nom le "Manhattan", c'est l'été, un été chaud comme NY peut en connaître, caniculaire. C'est la fin d'après midi à la limite de la tombée du jour, le genre de soirée où les esprits surchauffés ne savent plus à quel saint se vouer. Le rideau qui volette nous indique que toutes les fenêtres sont ouvertes, la moindre petite brise, le plus petit courant d'air sont recherchés, une jeune femme, Louise vient d'enlever sa robe tachée de sang, elle baigne dans le lavabo de la salle de bains avec du savon Pears'Soap. Elle n'est pas certaine Louise de faire disparaître toutes les taches de sang, si je n'y arrive pas, la première poubelle sera la bienvenue. Elle est calme Louise, ce n’est pas le genre de fille à s’affoler pour une peccadille. Louise est accroupie, elle boucle ses valises, une très grande et deux plus petites, elle a réservé au terminal Greyhound de la 8th Avenue une place pour un bled paumé de l’Ontario. Elle arrive au Toronto coach terminal au petit matin, après quelques recherches elle trouve un paysan dans son pick-up Trucks, qui accepte après de longues tractations, le physique de Louise n’y est pas pour rien de l’emmener avec ses bagages, dans ce bled paumé Cordova Mines où elle vécut de sept à dix sept ans hébergée par  ses grands parents. Elle retrouve facilement la maison depuis longtemps à l’abandon, sous la pierre de l’entrée, la clef rouillée est toujours là, tremblante elle s’approche de la porte la serrure rechigne un peu, mais c’est comme dans son souvenir, elle n’a jamais été très coopérative cette porte, son grand père piquait des colères mémorables, en général cela se terminait par un grand coup de pied dans le battant. Avec un petit sourire en coin, Louise osa le coup de pied et la porte s’ouvrit, heureuse d’être à nouveau sollicitée. L’intérieur de la maison n’a pas changé, elle rentre ses lourdes valises qu’elle dépose derrière dans le jardin. elle repart au drugstore faire quelques courses, sans oublier le quotidien du jour. En rentrant, Louise creuse un immense trou au fond du jardin, la terre est meuble et facile à travailler, la grosse valise emplie parfaitement l’espace creusé. Epuisée par ces travaux de terrassement et ce voyage pénible Louise sans ouvrir le journal s’endort dans le fauteuil défoncé et poussiéreux du grand père. Réveillée par la température un peu fraiche de la nuit, Louise se lève va chercher du bois, fait une flambée dans le vieux poêle, qui aussitôt enfume la copieusement pièce, elle retrouve les bonnes odeurs de son enfance, elle se fait cuire des œufs, boit un verre de lait et ouvre le journal, un vague article en troisième page sur une disparition inexpliquée à New-York, d’une jeune femme, la petite amie d’un escroc et dangereux personnage, truand notoire, qui dirigeait quelques Speakeasies et bordels de Chicago pour le compte de Capone. Plus personne n’entendit jamais parler de ce fameux Tony, ni de Louise.  "

Michel T.  Art director, Lyon

 

Pas mal, non ? Cette fenêtre  favorise les courants d'art.

Miss Comédie.

 

 

 

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  • Miss Comédie
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. 
Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer.  De comédienne- auteur dramatique,  je suis devenue  blogueuse, ça élargit considérablement la cible.
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer. De comédienne- auteur dramatique, je suis devenue blogueuse, ça élargit considérablement la cible.

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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