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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 17:32

Conversation imaginaire

PEACE AND LOVE

Vous êtes nombreux à avoir reconnu Mark Zuckerberg sur la photo mystère.  Cela m’a donné  l’idée d’une conversation imaginaire entre lui, le fondateur de Facebook, et Bill Gates le père de Microsoft.

Cela pourrait se passer au cours d’une rencontre amicale au Golf  Club Mallone, l’un des meilleurs parcours de golf de  l’état  de New-York.

 

Les deux plus grosses fortunes de la planète  sont aussi mauvais joueurs l’un que l’autre, c’est pourquoi ils aiment jouer ensemble. Sur le green, au moins, tous les coups sont permis.

  L’aîné, Bill Gates, considère d’ailleurs le jeune Zuckerberg comme un sur-doué dont la réussite est un  coup du hasard et il le traite avec une affectueuse bonhomie.

Pas vraiment concentrés sur leur swing, ils parlent de tout et de rien en savourant  les charmes de la nature.

Mais soudain, alors que Bill Gates venait de frapper parfaitement sa balle avec son driver,le dialogue prend une autre tournure.

 

« Lorsque je serai président des Etats-Unis,  ça te plairait d’être président de la Cour Suprême ?

Zuckerberg aborde un  sujet qui sort des sentiers battus.

Il compte bien sur un effet tétanisant, une bombe !

 

Bill  Gates observait le trajet de sa balle qui filait vers le trou numéro 4 et mit quelques secondes avant de répondre calmement :

« Non, car ce sera moi, le nouveau  Président des Etats-Unis.

 

Un partout.  Zuckerberg est pris de court.

La balle finit sa trajectoire  et s’arrêta à dix centimètres du trou.

« Pas de chance ! soupira Bill Gates, à toi de jouer !

La balle de Zuckerberg était au milieu du rough. il se mit à l’adresse mais il n’était pas pressé de jouer, visiblement secoué.

« Tu as l’intention de te présenter à l’élection présidentielle ?

Bill Gates sourit.

« Evidemment !  Tu vois qui, pour succéder à Trump ?

Zuckerberg s’appuya sur son club comme pour amorcer une longue discussion.

« En tant que républicain ?

« Non, bien sûr, je reprend le flambeau des  démocrates….

Ils se regardent un moment sans rien dire.  Zuckerberg joue sa balle. Elle s’envole et oblique vers la lisière du bois.

« Raté.

Fair play, Bill Gates s’abstient de tout commentaire.

 

  Ils marchent  maintenant vers le trou 4, déçus l’un et l’autre par leur coup.  L’ambiance s’en ressent.

Zuckerberg  est sur les dents.

« OK.  Admettons que tu aies suffisamment de voix pour être candidat .  Je pense en avoir autant de mon côté.  Nous pourrions nous retrouver au coude à coude, toi démocrate, moi républicain.

Bill éclate  de rire. 

«    Trop drôle !   Mais impossible !

« Pourquoi impossible ?

« Parce que ce sera moi le finaliste, avec une majorité écrasante !

 

 

Ils sont arrivés  devant le trou 4. Bill Gates enlève prestement le drapeau  et d’un coup sec envoie sa balle à l’intérieur du trou.

Zuckerberg  ronge son frein.   Bill Gates, lui, est hilare.

Il remet le drapeau en place et ils avancent ensemble  vers le trou suivant en pressant le pas car ils ont pris du retard.  Un joueur les talonne de loin.

 

 « Je suis meilleur au bridge, avoue  Bill Gates, je joue très rarement au golf et je ne suis pas doué.

« Moi non plus, à vrai dire.  Je manque de temps, mais j’adore ces longues marches dans des parcours  tellement hygiéniques !  (Il affiche une gaîté factice.-)

« Respirons ! renchérit Bill – et comme deux enfants, ils prennent une longue bouffée de l’air frais du main.

 

Ils ont encore une centaine de mètres avant le départ du 5.  Bill Gates sifflote.  Soudain, Zuckerberg :

« Bill, je te connais bien, nous partageons les mêmes idées sur l’économie et les valeurs sociales.  D’accord, ta Fondation fait beaucoup pour ton image de bienfaiteur. Mais moi, je donne de moi-même et ça se sait.  Pourquoi crois tu que j’ai entrepris de visiter chacun des 50 états afin de constater par moi-même  leurs attentes et leurs espoirs ?  J’ai déjà passé des journées entières au Dakota, et dans les réserves indiennes du Montana et j’ai mis sur Facebook  mes réflexions avec photos à l’appui.

 

« C’est bien, ça ! approuve Bill Gates.  Et alors ?

« Alors, le monde entier  découvre  que j’ai un rôle à jouer dans la  nouvelle société américaine.  En plus, j’œuvre pour le rapprochement entre les peuples . Facebook est tout-puissant, tu le sais. J’ai toutes les chances d’être élu au premier tour.

 

Bill Gates sourit.  Il se baissa pour ramasser une balle perdue. Il la mit dans sa poche. Ils arrivaient au départ du  trou 5 et s’arrêtèrent.

« C’est à toi de commencer, dit-il à  Mark, tu as deux points d’avance.

Celui-ci ne bougea pas, il fixa son ami d’un regard investigateur.

«   Est-ce que tu  réalises ce que représente Facebook, le réseau social le plus puissant du monde ?  Les humains connectés à volonté tout autour de la planète ?

 

 

Bill regardait au loin, comme absorbé par la distance à parcourir d’un coup de son fer 7.  Il articula d’une voix douce :

« Mon ami pour se connecter, les hommes ont besoin d’internet et des fonctionnalités de leur smartphone.  Avec mes partenaires je gère le matériel, les logiciels et l’avenir du digital. – il fixa Zuckerberg -  Tu vois ce que je veux dire ?

Mark  resta immobile, attendant la suite.

« Sans Microsoft, Facebook n’est rien – il fit claquer deux doigts dans l’air -  peanuts.

 

Mark  tenta un dernier argument :

«  Crois-tu que les Américains soient impressionnés par ton empire ?   Ils choisiront un président à taille humaine qui privilégiera  l’homme à la machine.

Il y eut un silence, on entendit un merle siffler dans le bosquet voisin.

Alors  Bill s’avança vers Mark et lui tendit la main :

 

« Ce n’est pas à nous à décider. Tant de  choses peuvent changer d’ici 2020 !  Restons partenaires et amis, nous avons tout pour nous entendre et surtout… l’épatante médiocrité de notre jeu au golf !

Ils éclatèrent d’un rire tonitruant qui fit fuir le merle et leur poignée de mains sembla interminable au joueur solitaire qui les avait rejoint.

 

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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 14:26
LA PHOTO MYSTÈRE

Cette photo date d’il y a trois ans.  L’homme est  infiniment sympathique.  Il est d’ailleurs à l’origine d’une immense empathie universelle.

C’est le mari idéal, le gendre idéal, le frère idéal, le fils idéal… le père idéal.    Ses enfants lui écrivent d’un bout à l’autre de la planète.

Il a choisi la couleur bleue  pour sa maison-mère, mais il n’est pas impossible qu’il  opte  bientôt pour  une maison blanche.

 

Qui est-ce ?

 

 

Réponse dans le prochain post.

 

 

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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 16:54
AUTOUR DE LA PYRAMIDE (SUITE)

Pourquoi une pyramide ? Continuons à chercher.

Je ne veux pas remonter jusqu’à la nuit des temps mais imaginons cette cour Napoléon où se dresse aujourd’hui la pyramide de Pei,  quand elle n’était qu’une grande étendue vide – comme l’est encore la cour Carrée (photo).

Une belle page blanche pour un dessinateur en quête d’innovation architecturale.

Pei avait le champ libre pour donner libre cours à son inspiration.

Ce fut donc une pyramide et puisque  apparemment  Mitterrand n’était pas dans le coup, il faut continuer les recherches sur le pourquoi  de  la pyramide .

 

Une foule d’explications a été avancée, elles ont toutes des bases solides ,  un bien-fondé historique  ou symbolique - aussi je vais m’en tenir à celle qui me semble la plus logique,  la plus proche des motivations artistiques et professionnelles de l’architecte chinois.

« La pyramide est la forme la mieux apte à faire entrer la lumière »     Il fallait ajouter « de verre »… mais c’était si évident !   

  Cette profession de foi, il l’avait déjà formulée en proposant un projet en forme de pyramide pour la JF.Kennedy Presidential Library and Museum à Boston dans les années 70 mais le projet fut abandonné pour un autre.  Toujours est-il que  la pyramide lui trottait dans la tête !

 

La cour du Louvre était l’endroit idéal pour aller au bout de cette idée lumineuse, et ainsi naquit la pyramide. Pei lui donna même sa réplique intérieure avec la Pyramide inversée qui inonde de lumière le sous-sol .

 

Le hasard a voulu que dans cette cour Napoléon s’instaure un étonnant  face à face avec l’obélisque de la place de la Concorde,   à quelques encablures de là, comme un vœu de l’Empereur enfin accompli.

Le hasard ?  On me dit que le hasard n’existe pas.  Alors quoi ?

 

Le mystère reste entier, j’abandonne.

 

 

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2 septembre 2017 6 02 /09 /septembre /2017 13:39
AUTOUR DE LA PYRAMIDE

Un de ces jours de canicule où l’on reste au frais dans l’ombre d’une chambre aux volets clos, à la recherche de quelque curiosité, je suis tombée  sur une photo représentant la cour  du Louvre, avant sa dernière rénovation.

Vide.  Un désert  entouré par les prestigieux bâtiments du Palais du Louvre.  Une immense piste aux étoiles.

Sur une photo plus ancienne, un bouquet d’arbres occupait le centre de ce désert.

L’ensemble semblait figé dans une éternelle solennité, comme le château de la belle au bois dormant avant le fameux baiser.

Le prince charmant qui réveilla ce décor endormi, ce fut François Mitterrand et la cour fut envahie de marteaux-piqueurs.

Un fameux chahut.

 

 

Maintenant que tout le monde s’accorde pour reconnaître que la pyramide du Louvre est un pur chef-d’œuvre, je me pose une question, qui me paraît fondamentale : pourquoi une  pyramide ?

 

Pourquoi pas  un cube, transparent ou pas, une sphère, un  octogone, un cheval ou un aquarium ?

Ce fut donc une pyramide et  tout de suite, tout le monde a pensé : bien sûr, ça rappelle la Grande Pyramide de  Kéops.  

Le parallèle s’impose :  quelques siècles seulement séparent  Kéops,  deuxième pharaon de la IV ème dynastie de l’Egypte antique,  concepteur de la Grande Pyramide  – et François Mitterrand, président de  Ia Vème république française,  commanditaire de la pyramide du Louvre.

Mitterrand aurait donc demandé à l’architecte Yeoh Ming Pei de lui édifier une pyramide ?  Pour rappeler à la postérité qu’il fut le pharaon des années quatre-vingt ?

 

Vraisemblable mais faux.

Le hasard a pourtant bien servi le président  lorsqu’il engagea Yeoh Ming Pei parmi les architectes les plus doués de l’époque pour orchestrer  la rénovation de la cour du Louvre.

L’architecte lui soumit alors le projet d’une pyramide de verre et là, peut-être bien que Mitterrand eut un battement de cœur : lui, grand amoureux de l’Egypte, allait pouvoir s’offrir une relique du monument le plus cher à son coeur.

Coup de chance.

AUTOUR DE LA PYRAMIDE

 

Voilà, le doute est levé pour ce qui est de François Mitterrand. Pas d’arrière-pensée pharaonique  dans son désir de  rénovation du musée du Louvre.

Mais si l’on se tourne vers l’architecte chinois, on  se pose la même question :   la pyramide de Kéops l’a-t-elle influencé pour concevoir une réplique,   transparente, d’accord, mais géométriquement symbolique ?

Et bien pas du tout.

Si l’on se plonge dans la biographie de l’architecte,  rien ne rappelle l’Egypte dans son parcours, pas un cycle d’études consacrées à l’art antique, pas un voyage au bord du Nil, pas même un penchant pour les fouilles archéologiques.

Et pas une seule réalisation sur le sol égyptien.

Superbement indifférent aux symboles et ornements de l’art antique, son œuvre ne compte que des édifices inspirés par le minimalisme et la modernité.

Chinois, oui, mais américain d’abord.  Fasciné par Frank Lloyd Wright après avoir été fan de Le Corbusier durant ses études à Boston.

Son idée de  la perfection dans l’architecture contemporaine :  rigueur et pureté des lignes..  Sa priorité : faire entrer la lumière à l’intérieur de l’espace habité.

 

« La pyramide est la forme la mieux apte à diffuser la lumière », disait-il.

Evident.  Surtout lorsque ses parois sont faites de losanges et de triangles de verre dont l’aspect vulnérable est trompeur : chaque élément est autonome.  Seule une bombe pourrait détruire l’ensemble, tout comme un édifice de pierre ou de béton.

 

Une œuvre « libre ».   Aucune influence, aucune école derrière cette abstraction très concrète.

Plus tard, peut-être s’est-il rendu compte que la pyramide engageait soudain le dialogue avec l’obélisque de la place de la Concorde, de l’autre côté des Tuileries…

Il s’est peut-être gratté la tête :  tiens, l’Egypte, décidément !

 

 

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25 juillet 2017 2 25 /07 /juillet /2017 15:41

La scène du jour

KISSIN  A  LA ROQUE D'ANTHÉRON

 

 

  La Roque d’Anthéron, 22 juillet 2017

 

 

Kissin.  Ce nom, déjà.  Il nous met l’eau à la bouche…

On l’attend.  La nuit tombe sur les gradins pleins à craquer.   Son public trépigne.

 Il entre. Grand, tout de blanc vêtu, son visage  donne une idée de ses tourments  intérieurs.  Je constate avec stupeur qu’il ressemble à Beethoven comme un frère.

Il attaque sans une seconde de concentration cette sonate opus 29 de Beethoven si souvent jouée.

Comment parler  pertinemment de l’interprétation prodigieuse de Kissin ?   Je suis mélomane mais pas musicologue.  Mes mots vont peut-être paraître naïfs ou impropres aux initiés.  

Cette sonate me semblait familière mais très vite, je me suis  dit que je ne la connaissais  pas vraiment.   Je découvre un nouveau ravissement.  Chacun de ses quatre mouvements font  jaillir des doigts de Kissin tous les élans de son âme.   Nous entendons quelque chose qui ressemble à la sonate opus 29 mais surdimensionnée, réinventée, une sonate « vécue ».

Il va falloir jeter tous les enregistrements précédents.

 

 

Cette sonate  emplit la première partie du récital. Trois quarts  d’heure de silence absolu dans l’immense espace du parc de Florans.

  Les cigales, fidèles accompagnatrices de tous les concerts  donnés dans ce parc,  se sont tues.

Il est seul.  Son regard flotte au-dessus du piano. Il n’a pas besoin de partition, la musique est en lui.  Beethoven a pris possession de lui, ses doigts obéissent au compositeur lui même.

Nous perdons toute notion du temps présent.  Nous subissons le pouvoir émotionnel des notes -  ceci n’est pas une fleur de rhétorique mais un phénomène qui  se produit  très rarement, quoi qu’on pense.

 

La deuxième partie, consacrée aux préludes de Rachmaninov, nous procure la même sensation de prodige.  Le piano projette autour de lui des flots de passion slave.  C’est du brutal.  Moins d’émotion peut-être, mais le diable au corps.  Le déchaînement spasmodique de la musique de Rachmaninov semble décupler l’énergie de Kissin.  Il est chez lui dans cet  univers tourmenté, cyclothymique.

Nous le suivons, fascinés.  Le temps passe trop vite.  

 

C’est fini.  Une seconde tête penchée vers le clavier  il écoute mourir la dernière vibration du dernier accord.

L’explosion de reconnaissance qui s’élève alors le réveille, il se lève, salue et sort, tel un somnambule.

Nous ne nous calmerons qu’après le troisième rappel qu’il donne presque joyeusement.

 Un  sourire maladroit  juste avant de nous quitter  et Kissin  disparait.

Je retombe sur terre.  Je n’ai pas envie de parler. Dans la foule qui s’écoule hors du parc de Florans, je veux rester seule avec Evgénie- Kissin.

 

Miss Comédie

 

 

 

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 20:39

L'instant théâtre

LORENZACCIO DANSE  A  GRIGNAN

  Cette  pièce reste  dans les esprits comme un joyau du Festival d’Avignon alors  sous la houlette de Jean Vilar.  Gérard Philipe en était, lui le metteur en scène en même temps qu’un inégalable Lorenzo de Médicis.

Il était entouré de Daniel Ivernel, Charles Denner, Jean Paul Moulinot, Jean-Pierre Jorris – excusez-moi du peu.  La marquise Cibo  était jouée par Monique Mélinand alors que Jeanne Moreau n’était qu’une « 2ème bourgeoise »…

 

La musique de Michel Jarre traversait  le drame florentin avec grâce. 

Les temps ont changé.

 

Aujourd’hui le texte de Musset reste inébranlable  comme un  phare au milieu de la tempête. Privé de quelques scènes mais toujours d’une âpreté  magistrale. Mais il n’est plus seul. La danse alliée à la musique  le galvanise, l’électrise, le  rajeunit.

 

Les acteurs ?  Disparus.  Remplacés par des créatures polymorphes qui envahissent le plateau sur des rythmes follement modernes.

 

Marie-Claude Pietragalla  et Julien  Derouault  ont pris la chose en mains. Sous le regard  de Daniel Mesguich ils  ressuscitent  ce héros de la Renaissance en  lui insufflant un sang neuf.

 

Lorenzaccio danse  tout en disant  le texte avec une précision d’horloge. Son corps et sa voix sont un seul et même personnage,  plus Lorenzo de Médicis que jamais, fourbe, idéaliste, débauché, cruel à la fois bourreau et victime. Provocant, émouvant d’un bout à l’autre, jusqu’à ce cri  qu’il lance, visage levé vers le ciel,  avec une force étonnante,  cri de douleur presque animal, interminable. Nous sommes sous le choc.

Sacré comédien, Julien  Derouault.

Le Duc aussi, danse et joue le texte, comme les autres protagonistes de cette conjuration qui va aller jusqu’à la mort. Ils dansent et ils jouent, à la perfection. Comment faut-il les féliciter pour leur travail ?  Bravo le danseur, bravo l’acteur ? Mais la danse reste l’attraction principale de ce spectacle, avec une troupe homogène qui s’infiltre entre les scènes sur une musique tonitruante.

   Cela donne une succession de  tableaux vivants,  parfois dérangeants, montrant le vice, la  trahison, la rivalité et la violence  évoqués par le texte.

Leurs évolutions sont parcourues par des flots de lumières changeantes  projetés sur la façade sublime du château de Grignan. Visions magiques.  Et la musique est là, au diapason, frissons garantis.

Extraordinaire performance que celle de ces danseurs comédiens dont la voix, la diction, l’engagement, sont aussi aboutis que leur chorégraphie.

 Au milieu d’eux évolue, majestueuse, Marie-Claude Pietragalla.  Elle fait  de  la marquise Cibo, personnage secondaire  de ce drame une  pièce maîtresse de ce jeu pervers .  Costumée d’un jupon de gaze blanche qu’elle fait virevolter au gré de ses jeux de jambes (sublimes), ou bien nue ou presque dans les moments de séduction, elle s’arrange pour être le centre d’attraction malgré la modeste épaisseur de son rôle.

Elle est la maîtresse de cérémonie d’un spectacle magnifique dont elle  est la star. 

 

Au château de Grignan jusqu’au 19 août 2017-07-20

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 19:28
LE SAMOURAI

« Il n’est  pas de plus grande solitude que celle du samouraï, sauf peut- être celle du tigre dans la jungle ».

 

J’ai revu ce film hier soir. J’avais envie de revoir Alain Delon, il me manque.  Ce film est un standard, comme on dit dans le monde de la musique.  Le premier que Melville tourne avec Delon.

J’ai encore été scotchée.

 

Alain Delon est  ce samouraï   -  et il l’est resté.  Seul rescapé d’un monde où  les stars faisaient rêver les foules.

Dans ce film  sorti en 1967, Alain Delon a déjà le visage d’une icône, murée dans  quelque forteresse intérieure où nul ne peut pénétrer.

Lui, qui a le cœur tendre et la larme facile, il est Jeff Costello,  le tueur qui est devenu l’homme à abattre. Personne ne peut l’aider et il ne veut l’aide de personne. 

Seul, il lutte pour survivre à travers les rues de Paris sans  précipitation, sans crainte  apparente. Impénétrable.

Où est-il allé chercher ce suprême détachement ?  On l’a vu plus frémissant, plus agressif, plus convulsif.   Voilà qu’il est de marbre. C’est un acteur illimité.

 

Le film est un chef-d’œuvre d’esthétique, de mesure, d’efficacité.  Pur et dur, dépouillé de toute violence complaisante, avare de dialogues.

Quelle scène choisir pour l’éternité ?

Celle où Jeff Costello ajuste sur sa tête le chapeau qui est son insigne, sa rosette, son  panache blanc ? (Cette marque de reconnaissance il la gardera durant toute sa traque,  provocation ultime.)

Celle où , debout sur l’estrade dans la file des suspects, il enlève son chapeau et répond laconiquement aux questions du commissaire ?

Celle de l’adieu à sa fiancée ?  – si belle Nathalie son épouse  dans la vie – où la concision  du dialogue nous serre la gorge « Que puis-je faire pour toi ? » « Rien. J’ai tout arrangé. »   Il sait que ses minutes sont comptées. C’est fini.   Un simple geste : sa tête contre la tête de Nathalie, rapidement,  on a compris qu’il l’aimait.

Non, la scène-clé, la voilà :

 

LE SAMOURAI

Devant le flingue, il ne bronche pas, bien sûr. L’autre lui parle il le regarde sans répondre.  On lui propose un nouveau contrat.

On sent quelque chose derrière son regard transparent.

« Vous ne dites rien ?

« Je ne parle jamais à quelqu’un qui a un revolver dans la main.

Touché. L’autre baisse son arme. A peine une demi-seconde, d’un bond Jeff Costello l’a mis à terre.  La balle est dans son camp.

Il va quitter les lieux  sans hâte,    sans un regard pour l’homme qui a voulu le tuer.

La scène dure à peine trois minutes.

C’est une décharge d’adrénaline dans les veines des spectateurs.

 

En vérité, LE  SAMOURAI est  l’ un des  films les plus impressionnants  de Jean-Pierre Melville.  Mais que serait ce film sans la présence d’Alain Delon ?  Un polar, juste un polar comme les autres.

 

Miss Comédie

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 18:28

C'était hier

CAMUS TOUJOURS

J'ai retrouvé cet article paru dans l'Express en  1948 et il m'a frappée par son actualité et sa clairvoyance, avec en  filigrane  ce charisme qui faisait le charme d'Albert  Camus.

Son texte ne parle pas  encore de théâtre, mais il n'a pas tardé à en devenir un possédé !.

Il faut de bons yeux pour le lire, mais ça vaut le coup.

 

Miss Comédie

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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 18:54

L 'instant théâtre

VOLTAIRE ET ROUSSEAU SUR SCÈNE A PARIS

 

Nous avons là les deux figures emblématiques des deux courants de pensée qui divisent le monde occidental. Leurs adeptes se livrent à une guerre sans merci à travers les medias, chacun se proclamant détenteur de la vérité. A notre époque vulgarisatrice on les appelle tout simplement les intellos et les écolos.

Mais nous sommes ici au siècle des lumières et les deux protagonistes de cette pièce ont une manière plus distinguée de se lancer des vacheries. Lequel aura le mot de la fin ?

Voltaire, ami des arts et des lettres, des nobles et des nantis, familier de la Cour, brillant causeur et écrivain à succès.

Rousseau, le rêveur solitaire, nostalgique de l’âge de pierre, ami de la Nature protectrice, ennemi de la société qui crée les inégalités et du progrès qui asservit les hommes.

Ils s’écrivent des lettres incendiaires, se provoquent à coups de publications belliqueuses qui deviendront pour la postérité les bases philosophiques de leurs futures émules.

Jusqu’à ce pamphlet qui les occupe aujourd’hui, point culminant de leur querelle, et qui va nous captiver d’un bout à l’autre de la pièce.

Publié sous un nom inconnu ce texte accable Rousseau l’accusant des pires méfaits, forfaits, trahisons, le condamnant pour finir à être brûlé vif.

Qui peut bien être l’auteur de ce pamphlet assassin  ?

Dans le cercle fermé des intellectuels, un style épistolaire est immédiatement reconnaissable et l’auteur percé à jour.

Rousseau s’invite donc chez Voltaire pour lui faire cracher sa félonie – mais pas tout de suite ! Il feint le doute, accumule les questions insidieuses, les fausses pistes, clame son indignation contre l’auteur inconnu.

Voltaire, lui, jubile visiblement. Il finasse, joue le parfait candide.

Il est sur son terrain favori. Il assène ses coups comme pour justifier un affront anonyme.

Les deux acteurs sont d’égale pugnacité, l’un dans l’éloge d’une société fidèle à la tradition, l’autre dans son refus d’un monde compromis par le pouvoir et par l’argent.

Jean-Paul Farré plaide pour le raffinement et la frivolité avec brio et son éloquence laisse subsister le doute. Est-il vraiment l’auteur du pamphlet ?

Jean-Luc Moreau nous perturbe avec la vision rétrograde d’un Rousseau anarchiste. Mais comment ne pas applaudir sa diatribe contre les comédiens, qu’il projette avec une telle conviction, lui qui a dédié sa vie au théâtre ?

C’est fabuleux de les voir s’écharper avec des arguments qui nous font chanceler dans nos propres convictions.

Où est la vérité ?

L’homme nait-il vraiment bon ?

Le progrès ne fait-il que pervertir l’homme ?

Peut on mettre fin aux inégalités ?

Questions de bac-philo ! Chacun remettra sa copie avec sa vérité.

Pour nous spectateurs, l’affrontement devient jubilatoire car il y a aussi une belle dose d’humour sous-jacent dans ces joutes où les coups d’épée font mouche à chaque envoi.

On ne peut s’empêcher de penser, en sortant, que décidément l’histoire est un éternel recommencement.

 

Miss Comédie

Au théâtre de Poche-Montparnasse jusqu’au 1er juillet 2017

Une pièce de Jean-François Prévand mise en scène par Jean-Luc Moreau, avec Jean-Paul Farré et en alternance Jean-Luc Moreau et Jean-Jacques Moreau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 20:51

Conversation imaginaire

Sur la plage de la Garoupe, à Antibes.

Jacques-Henri Lartigue et Robert Doisneau sont assis à la terrasse de la buvette qui surplombe la plage. Ils sirotent chacun un Claquesin, la boisson à la mode. Ils ont chacun leur appareil photo autour du cou. Ils savourent le calme de cette matinée où l’on n’entend que le clapotis des vagues. Nous sommes en avril et les promeneurs sont rares.

Sans interrompre leur conversation, Lartigue saisit son appareil et prend une photo.

LARTIGUE-DOISNEAU, DE L'ART OU DE LA MAGIE ?

 

Doisneau, occupé à cadrer un enfant attablé avec sa mère non loin de leur table, questionne :

« Qu’est-ce que tu as pris ?

Lartigue laisse retomber l’appareil-photo sur sa poitrine.

« Oh, juste une photo de la plage vide – ou presque.

Doisneau s’esclaffe :

« Etonnant ! Il n’y a même pas une naïade à moitié nue !

Lartigue ricane :

« Plus maintenant, non ! Mais on peut faire un petit chef-d’œuvre avec une plage presque vide !

 

« Qu’est-ce que tu appelles « presque vide » ? demande Doisneau qui se saisit de son appareil et vise la plage à son tour. On entend le déclic.

Lartigue commente :

« Alors là, il y a du monde !

Deuxième déclic.

« Je la double. Comme toi je viens d’avoir une plage presque vide.

LARTIGUE-DOISNEAU, DE L'ART OU DE LA MAGIE ?

 

Lartigue regarde la plage.

 

« Mais moi, j’ai pris une femme sortant de l’eau avec son chien. C’est plus intéressante que tes clampins qui marchent.

  • C’est à voir. Tu oublies le parasol. Moi j’aime beaucoup le parasol. C’est ce parasol qui fait tout l’intérêt de la photo.

« Je comprend. Moi, c’est le chien. Sans le chien, la photo ne vaut rien.

 

Ils vident leurs verres et restent silencieux un long moment. Devant eux, défilent sur le rivage des marcheurs solitaires ou des groupes plus ou moins denses, des animaux, des oiseaux, mais jamais la plage ne reste entièrement déserte.

Doisneau met ses lunettes de soleil, signe qu’il va en rester là.

 

« Tout le monde croit qu’il suffit d’appuyer sur le déclencheur devant une scène quelconque de la vie pour faire une belle photo.

Lartigue opine en riant :

« A quoi servirions-nous, alors ?

« Pourquoi certaines photos provoquent-t-elles une émotion inexplicable alors que d’autres nous laissent froids ?

 

Lartigue a un geste fataliste.

Ben c'est une histoire de chien et de parasol !

Doisneau s’insurge.

« Pas seulement ! Roland Barthes a écrit des choses très pertinentes sur le sujet.

 

Lartigue hausse les épaules.

« Oh, Robert, si tu entres en chaire de philosophie… Mais dis toujours, ça m’intéresse.

Doisneau se concentre.

« Je me souviens de cette phrase qui élève le débat :

« la photographie n’est pas une copie du réel ; c’est une émanation d’un réel passé. C’est une magie, ce n’est pas un art. »

Lartigue joue les mortifiés :

« Merci, monsieur Barthes ! Peut-être que toutes les beautés que j’ai photographiées dans ma vie ont succombé à mon charme de magicien plutôt qu’à mon talent d’artiste !

« Et moi, quand je shootais les amoureux sur le pont des Arts, ils ne me voyaient même pas ! La magie, toujours !

 

Les deux photographes se lèvent et quittent la terrasse qui commence à se remplir.

« En tout cas, nous venons de faire, toi et moi, presque la même photo ! La postérité jugera si c’est de l’art ou de la magie, mais… pourquoi ont-elles été prises sur des plages différentes, et dans des années différentes ?

Ils éclatent de rire et s’évanouissent dans l’air marin, heureux de cette brêve re-création dans le monde des vivants.

 

 

 

 

 

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Published by Miss Comédie - dans Conversations imaginaires
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  • Miss Comédie
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. 
Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer.  De comédienne- auteur dramatique,  je suis devenue  blogueuse, ça élargit considérablement la cible.
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer. De comédienne- auteur dramatique, je suis devenue blogueuse, ça élargit considérablement la cible.

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- La dictée de Bunuel

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