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25 juillet 2017 2 25 /07 /juillet /2017 15:41

La scène du jour

KISSIN  A  LA ROQUE D'ANTHÉRON

 

 

  La Roque d’Anthéron, 22 juillet 2017

 

 

Kissin.  Ce nom, déjà.  Il nous met l’eau à la bouche…

On l’attend.  La nuit tombe sur les gradins pleins à craquer.   Son public trépigne.

 Il entre. Grand, tout de blanc vêtu, son visage  donne une idée de ses tourments  intérieurs.  Je constate avec stupeur qu’il ressemble à Beethoven comme un frère.

Il attaque sans une seconde de concentration cette sonate opus 29 de Beethoven si souvent jouée.

Comment parler  pertinemment de l’interprétation prodigieuse de Kissin ?   Je suis mélomane mais pas musicologue.  Mes mots vont peut-être paraître naïfs ou impropres aux initiés.  

Cette sonate me semblait familière mais très vite, je me suis  dit que je ne la connaissais  pas vraiment.   Je découvre un nouveau ravissement.  Chacun de ses quatre mouvements font  jaillir des doigts de Kissin tous les élans de son âme.   Nous entendons quelque chose qui ressemble à la sonate opus 29 mais surdimensionnée, réinventée, une sonate « vécue ».

Il va falloir jeter tous les enregistrements précédents.

 

 

Cette sonate  emplit la première partie du récital. Trois quarts  d’heure de silence absolu dans l’immense espace du parc de Florans.

  Les cigales, fidèles accompagnatrices de tous les concerts  donnés dans ce parc,  se sont tues.

Il est seul.  Son regard flotte au-dessus du piano. Il n’a pas besoin de partition, la musique est en lui.  Beethoven a pris possession de lui, ses doigts obéissent au compositeur lui même.

Nous perdons toute notion du temps présent.  Nous subissons le pouvoir émotionnel des notes -  ceci n’est pas une fleur de rhétorique mais un phénomène qui  se produit  très rarement, quoi qu’on pense.

 

La deuxième partie, consacrée aux préludes de Rachmaninov, nous procure la même sensation de prodige.  Le piano projette autour de lui des flots de passion slave.  C’est du brutal.  Moins d’émotion peut-être, mais le diable au corps.  Le déchaînement spasmodique de la musique de Rachmaninov semble décupler l’énergie de Kissin.  Il est chez lui dans cet  univers tourmenté, cyclothymique.

Nous le suivons, fascinés.  Le temps passe trop vite.  

 

C’est fini.  Une seconde tête penchée vers le clavier  il écoute mourir la dernière vibration du dernier accord.

L’explosion de reconnaissance qui s’élève alors le réveille, il se lève, salue et sort, tel un somnambule.

Nous ne nous calmerons qu’après le troisième rappel qu’il donne presque joyeusement.

 Un  sourire maladroit  juste avant de nous quitter  et Kissin  disparait.

Je retombe sur terre.  Je n’ai pas envie de parler. Dans la foule qui s’écoule hors du parc de Florans, je veux rester seule avec Evgénie- Kissin.

 

Miss Comédie

 

 

 

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 20:39

L'instant théâtre

LORENZACCIO DANSE  A  GRIGNAN

  Cette  pièce reste  dans les esprits comme un joyau du Festival d’Avignon alors  sous la houlette de Jean Vilar.  Gérard Philipe en était, lui le metteur en scène en même temps qu’un inégalable Lorenzo de Médicis.

Il était entouré de Daniel Ivernel, Charles Denner, Jean Paul Moulinot, Jean-Pierre Jorris – excusez-moi du peu.  La marquise Cibo  était jouée par Monique Mélinand alors que Jeanne Moreau n’était qu’une « 2ème bourgeoise »…

 

La musique de Michel Jarre traversait  le drame florentin avec grâce. 

Les temps ont changé.

 

Aujourd’hui le texte de Musset reste inébranlable  comme un  phare au milieu de la tempête. Privé de quelques scènes mais toujours d’une âpreté  magistrale. Mais il n’est plus seul. La danse alliée à la musique  le galvanise, l’électrise, le  rajeunit.

 

Les acteurs ?  Disparus.  Remplacés par des créatures polymorphes qui envahissent le plateau sur des rythmes follement modernes.

 

Marie-Claude Pietragalla  et Julien  Derouault  ont pris la chose en mains. Sous le regard  de Daniel Mesguich ils  ressuscitent  ce héros de la Renaissance en  lui insufflant un sang neuf.

 

Lorenzaccio danse  tout en disant  le texte avec une précision d’horloge. Son corps et sa voix sont un seul et même personnage,  plus Lorenzo de Médicis que jamais, fourbe, idéaliste, débauché, cruel à la fois bourreau et victime. Provocant, émouvant d’un bout à l’autre, jusqu’à ce cri  qu’il lance, visage levé vers le ciel,  avec une force étonnante,  cri de douleur presque animal, interminable. Nous sommes sous le choc.

Sacré comédien, Julien  Derouault.

Le Duc aussi, danse et joue le texte, comme les autres protagonistes de cette conjuration qui va aller jusqu’à la mort. Ils dansent et ils jouent, à la perfection. Comment faut-il les féliciter pour leur travail ?  Bravo le danseur, bravo l’acteur ? Mais la danse reste l’attraction principale de ce spectacle, avec une troupe homogène qui s’infiltre entre les scènes sur une musique tonitruante.

   Cela donne une succession de  tableaux vivants,  parfois dérangeants, montrant le vice, la  trahison, la rivalité et la violence  évoqués par le texte.

Leurs évolutions sont parcourues par des flots de lumières changeantes  projetés sur la façade sublime du château de Grignan. Visions magiques.  Et la musique est là, au diapason, frissons garantis.

Extraordinaire performance que celle de ces danseurs comédiens dont la voix, la diction, l’engagement, sont aussi aboutis que leur chorégraphie.

 Au milieu d’eux évolue, majestueuse, Marie-Claude Pietragalla.  Elle fait  de  la marquise Cibo, personnage secondaire  de ce drame une  pièce maîtresse de ce jeu pervers .  Costumée d’un jupon de gaze blanche qu’elle fait virevolter au gré de ses jeux de jambes (sublimes), ou bien nue ou presque dans les moments de séduction, elle s’arrange pour être le centre d’attraction malgré la modeste épaisseur de son rôle.

Elle est la maîtresse de cérémonie d’un spectacle magnifique dont elle  est la star. 

 

Au château de Grignan jusqu’au 19 août 2017-07-20

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 19:28
LE SAMOURAI

« Il n’est  pas de plus grande solitude que celle du samouraï, sauf peut- être celle du tigre dans la jungle ».

 

J’ai revu ce film hier soir. J’avais envie de revoir Alain Delon, il me manque.  Ce film est un standard, comme on dit dans le monde de la musique.  Le premier que Melville tourne avec Delon.

J’ai encore été scotchée.

 

Alain Delon est  ce samouraï   -  et il l’est resté.  Seul rescapé d’un monde où  les stars faisaient rêver les foules.

Dans ce film  sorti en 1967, Alain Delon a déjà le visage d’une icône, murée dans  quelque forteresse intérieure où nul ne peut pénétrer.

Lui, qui a le cœur tendre et la larme facile, il est Jeff Costello,  le tueur qui est devenu l’homme à abattre. Personne ne peut l’aider et il ne veut l’aide de personne. 

Seul, il lutte pour survivre à travers les rues de Paris sans  précipitation, sans crainte  apparente. Impénétrable.

Où est-il allé chercher ce suprême détachement ?  On l’a vu plus frémissant, plus agressif, plus convulsif.   Voilà qu’il est de marbre. C’est un acteur illimité.

 

Le film est un chef-d’œuvre d’esthétique, de mesure, d’efficacité.  Pur et dur, dépouillé de toute violence complaisante, avare de dialogues.

Quelle scène choisir pour l’éternité ?

Celle où Jeff Costello ajuste sur sa tête le chapeau qui est son insigne, sa rosette, son  panache blanc ? (Cette marque de reconnaissance il la gardera durant toute sa traque,  provocation ultime.)

Celle où , debout sur l’estrade dans la file des suspects, il enlève son chapeau et répond laconiquement aux questions du commissaire ?

Celle de l’adieu à sa fiancée ?  – si belle Nathalie son épouse  dans la vie – où la concision  du dialogue nous serre la gorge « Que puis-je faire pour toi ? » « Rien. J’ai tout arrangé. »   Il sait que ses minutes sont comptées. C’est fini.   Un simple geste : sa tête contre la tête de Nathalie, rapidement,  on a compris qu’il l’aimait.

Non, la scène-clé, la voilà :

 

LE SAMOURAI

Devant le flingue, il ne bronche pas, bien sûr. L’autre lui parle il le regarde sans répondre.  On lui propose un nouveau contrat.

On sent quelque chose derrière son regard transparent.

« Vous ne dites rien ?

« Je ne parle jamais à quelqu’un qui a un revolver dans la main.

Touché. L’autre baisse son arme. A peine une demi-seconde, d’un bond Jeff Costello l’a mis à terre.  La balle est dans son camp.

Il va quitter les lieux  sans hâte,    sans un regard pour l’homme qui a voulu le tuer.

La scène dure à peine trois minutes.

C’est une décharge d’adrénaline dans les veines des spectateurs.

 

En vérité, LE  SAMOURAI est  l’ un des  films les plus impressionnants  de Jean-Pierre Melville.  Mais que serait ce film sans la présence d’Alain Delon ?  Un polar, juste un polar comme les autres.

 

Miss Comédie

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 18:28

C'était hier

CAMUS TOUJOURS

J'ai retrouvé cet article paru dans l'Express en  1948 et il m'a frappée par son actualité et sa clairvoyance, avec en  filigrane  ce charisme qui faisait le charme d'Albert  Camus.

Son texte ne parle pas  encore de théâtre, mais il n'a pas tardé à en devenir un possédé !.

Il faut de bons yeux pour le lire, mais ça vaut le coup.

 

Miss Comédie

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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 18:54

L 'instant théâtre

VOLTAIRE ET ROUSSEAU SUR SCÈNE A PARIS

 

Nous avons là les deux figures emblématiques des deux courants de pensée qui divisent le monde occidental. Leurs adeptes se livrent à une guerre sans merci à travers les medias, chacun se proclamant détenteur de la vérité. A notre époque vulgarisatrice on les appelle tout simplement les intellos et les écolos.

Mais nous sommes ici au siècle des lumières et les deux protagonistes de cette pièce ont une manière plus distinguée de se lancer des vacheries. Lequel aura le mot de la fin ?

Voltaire, ami des arts et des lettres, des nobles et des nantis, familier de la Cour, brillant causeur et écrivain à succès.

Rousseau, le rêveur solitaire, nostalgique de l’âge de pierre, ami de la Nature protectrice, ennemi de la société qui crée les inégalités et du progrès qui asservit les hommes.

Ils s’écrivent des lettres incendiaires, se provoquent à coups de publications belliqueuses qui deviendront pour la postérité les bases philosophiques de leurs futures émules.

Jusqu’à ce pamphlet qui les occupe aujourd’hui, point culminant de leur querelle, et qui va nous captiver d’un bout à l’autre de la pièce.

Publié sous un nom inconnu ce texte accable Rousseau l’accusant des pires méfaits, forfaits, trahisons, le condamnant pour finir à être brûlé vif.

Qui peut bien être l’auteur de ce pamphlet assassin  ?

Dans le cercle fermé des intellectuels, un style épistolaire est immédiatement reconnaissable et l’auteur percé à jour.

Rousseau s’invite donc chez Voltaire pour lui faire cracher sa félonie – mais pas tout de suite ! Il feint le doute, accumule les questions insidieuses, les fausses pistes, clame son indignation contre l’auteur inconnu.

Voltaire, lui, jubile visiblement. Il finasse, joue le parfait candide.

Il est sur son terrain favori. Il assène ses coups comme pour justifier un affront anonyme.

Les deux acteurs sont d’égale pugnacité, l’un dans l’éloge d’une société fidèle à la tradition, l’autre dans son refus d’un monde compromis par le pouvoir et par l’argent.

Jean-Paul Farré plaide pour le raffinement et la frivolité avec brio et son éloquence laisse subsister le doute. Est-il vraiment l’auteur du pamphlet ?

Jean-Luc Moreau nous perturbe avec la vision rétrograde d’un Rousseau anarchiste. Mais comment ne pas applaudir sa diatribe contre les comédiens, qu’il projette avec une telle conviction, lui qui a dédié sa vie au théâtre ?

C’est fabuleux de les voir s’écharper avec des arguments qui nous font chanceler dans nos propres convictions.

Où est la vérité ?

L’homme nait-il vraiment bon ?

Le progrès ne fait-il que pervertir l’homme ?

Peut on mettre fin aux inégalités ?

Questions de bac-philo ! Chacun remettra sa copie avec sa vérité.

Pour nous spectateurs, l’affrontement devient jubilatoire car il y a aussi une belle dose d’humour sous-jacent dans ces joutes où les coups d’épée font mouche à chaque envoi.

On ne peut s’empêcher de penser, en sortant, que décidément l’histoire est un éternel recommencement.

 

Miss Comédie

Au théâtre de Poche-Montparnasse jusqu’au 1er juillet 2017

Une pièce de Jean-François Prévand mise en scène par Jean-Luc Moreau, avec Jean-Paul Farré et en alternance Jean-Luc Moreau et Jean-Jacques Moreau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 20:51

Conversation imaginaire

Sur la plage de la Garoupe, à Antibes.

Jacques-Henri Lartigue et Robert Doisneau sont assis à la terrasse de la buvette qui surplombe la plage. Ils sirotent chacun un Claquesin, la boisson à la mode. Ils ont chacun leur appareil photo autour du cou. Ils savourent le calme de cette matinée où l’on n’entend que le clapotis des vagues. Nous sommes en avril et les promeneurs sont rares.

Sans interrompre leur conversation, Lartigue saisit son appareil et prend une photo.

LARTIGUE-DOISNEAU, DE L'ART OU DE LA MAGIE ?

 

Doisneau, occupé à cadrer un enfant attablé avec sa mère non loin de leur table, questionne :

« Qu’est-ce que tu as pris ?

Lartigue laisse retomber l’appareil-photo sur sa poitrine.

« Oh, juste une photo de la plage vide – ou presque.

Doisneau s’esclaffe :

« Etonnant ! Il n’y a même pas une naïade à moitié nue !

Lartigue ricane :

« Plus maintenant, non ! Mais on peut faire un petit chef-d’œuvre avec une plage presque vide !

 

« Qu’est-ce que tu appelles « presque vide » ? demande Doisneau qui se saisit de son appareil et vise la plage à son tour. On entend le déclic.

Lartigue commente :

« Alors là, il y a du monde !

Deuxième déclic.

« Je la double. Comme toi je viens d’avoir une plage presque vide.

LARTIGUE-DOISNEAU, DE L'ART OU DE LA MAGIE ?

 

Lartigue regarde la plage.

 

« Mais moi, j’ai pris une femme sortant de l’eau avec son chien. C’est plus intéressante que tes clampins qui marchent.

  • C’est à voir. Tu oublies le parasol. Moi j’aime beaucoup le parasol. C’est ce parasol qui fait tout l’intérêt de la photo.

« Je comprend. Moi, c’est le chien. Sans le chien, la photo ne vaut rien.

 

Ils vident leurs verres et restent silencieux un long moment. Devant eux, défilent sur le rivage des marcheurs solitaires ou des groupes plus ou moins denses, des animaux, des oiseaux, mais jamais la plage ne reste entièrement déserte.

Doisneau met ses lunettes de soleil, signe qu’il va en rester là.

 

« Tout le monde croit qu’il suffit d’appuyer sur le déclencheur devant une scène quelconque de la vie pour faire une belle photo.

Lartigue opine en riant :

« A quoi servirions-nous, alors ?

« Pourquoi certaines photos provoquent-t-elles une émotion inexplicable alors que d’autres nous laissent froids ?

 

Lartigue a un geste fataliste.

Ben c'est une histoire de chien et de parasol !

Doisneau s’insurge.

« Pas seulement ! Roland Barthes a écrit des choses très pertinentes sur le sujet.

 

Lartigue hausse les épaules.

« Oh, Robert, si tu entres en chaire de philosophie… Mais dis toujours, ça m’intéresse.

Doisneau se concentre.

« Je me souviens de cette phrase qui élève le débat :

« la photographie n’est pas une copie du réel ; c’est une émanation d’un réel passé. C’est une magie, ce n’est pas un art. »

Lartigue joue les mortifiés :

« Merci, monsieur Barthes ! Peut-être que toutes les beautés que j’ai photographiées dans ma vie ont succombé à mon charme de magicien plutôt qu’à mon talent d’artiste !

« Et moi, quand je shootais les amoureux sur le pont des Arts, ils ne me voyaient même pas ! La magie, toujours !

 

Les deux photographes se lèvent et quittent la terrasse qui commence à se remplir.

« En tout cas, nous venons de faire, toi et moi, presque la même photo ! La postérité jugera si c’est de l’art ou de la magie, mais… pourquoi ont-elles été prises sur des plages différentes, et dans des années différentes ?

Ils éclatent de rire et s’évanouissent dans l’air marin, heureux de cette brêve re-création dans le monde des vivants.

 

 

 

 

 

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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 16:17

C'était hier...

LE  PASSÉ  SIMPLE  DE  VICTOR  LANOUX

Ce matin, il a décidé de tout oublier et de partir pour l’éternité sans bagage encombrant. Les souvenirs, bons ou mauvais, n’ont rien à faire dans l’au-delà.

On se souvient de quelques-uns de ses rôles dans des films-cultes et plus tard dans LOUIS LA BROCANTE à la télé.

On ne se souvient pas de lui dans LE PASSÉ SIMPLE.

Mais pour lui, Victor Lanoux, quel souvenir !

Ce film de Michel Drach fut le décor de sa flambée de passion pour sa partenaire, Marie-Josée Nat. Coup de foudre partagé, affiché, qu’ils ont vécu avec un oubli total du reste du monde, pendant le tournage, sous les yeux du réalisateur.

Les amoureux sont seuls au monde, on le sait.   Ils ignoraient le calvaire de Michel Drach, témoin durant quatre semaines de l’idylle de sa femme avec Victor Lanoux.

 

 

 

 

LE  PASSÉ  SIMPLE  DE  VICTOR  LANOUX

Mais que se passait-il de si voluptueux dans ce film, qui pût agiter  la libido des interprètes ?  Que contenait le scénario qui les poussât à jouer "vrai" ?

Et bien, non, justement.

Ca commence par un terrible accident de voiture où Cécile (Marie-Josée Nat-) est gravement blessée à la tête. François son mari (Victor Lanoux) la retrouve à l’hôpital, à peine sortie du coma, ayant perdu la mémoire.

Il la  ramène à la maison, lui explique tout, elle ne reconnaît pas cet appartement, ni rien.  Il est très patient, lui raconte leur vie, tente de ranimer ses souvenirs, rien n’y fait. Pourtant, elle reconnaît sa petite fille… par quel mystère ?

Elle  le soupçonne de lui mentir sur leur vie conjugale.

Mais lui, François, aimerait connaître les circonstances de l’accident : où allait-elle ? Etait-elle seule ? Aucun indice.  Chacun est sur la défensive. Lequel ment à l’autre ?

Bref, c’est comme dans toutes ces histoires d’amnésie, c’est très fertile en mystères en tous genres.

La fin est très morale, ils finissent par s’entendre et reprennent la vie commune. Un peu décevant , comme fin, mais bon.

Donc,  pas  de scène torride, pas de baisers fougueux, rien qui incite à la faute. Un coup de foudre spontané, imprévu, brutal et irrépressible. Ca arrive.

Entre les prises, ils jouaient au gin dans un coin du décor. On les voyait piquer des fou-rires, rien de suspect, en somme, mais Michel Drach, lui, avait tout compris. Il se sentait trahi et devait jouer le jeu, lui aussi, un jeu de vaudeville.

Pourtant c’était de l’amour fou et pas seulement une passade, les deux amoureux ont poursuivi leur  romance  longtemps après la fin du  tournage, elle a délaissé le charmant loft sous les toits de la rue Royale,  elle voulait jouer un autre rôle dans "la vraie vie".

Victor Lanoux et Marie-Josée Nat se sont quittés quelques années plus tard, gardant en mémoire le souvenir de ces séquences très sages où ils jouaient les époux alors qu’ils ne rêvaient que d’être amants.  Ils avaient l'un et l'autre d'autres rôles à jouer, les acteurs sont doués pour l'éphémère.

Victor Lanoux aimait la vie, les femmes, les copains qui iront tous au paradis, comme lui. 

Disparu, Victor Lanoux.  Tout fout le camp.

 

Miss Comédie

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 19:49

linstant théâtre.

VU   DU  PONT  d'IVO VAN HOVE,  AU-DESSUS DE LA MÊLÉE

j’avais mon idée sur cette pièce d’Arthur Miller pour avoir découvert dans un Avant-Scène daté de décembre 1958 tout ce qu’il fallait savoir sur le texte et la distribution avec photos à l’appui. La mise en scène était signée Peter Brook, un débutant déjà célèbre à New-York et à Londres.

Eddie Carbone, c’était Raf Vallone. Un monument, baraqué comme un vrai docker, convaincant comme un vrai major du cinéma italien.

Lorsque j’ai vu que Charles Berling reprenait ce rôle de brute sentimentale, j’ai pensé « erreur de casting ». Mais j’ai voulu voir. La pièce est dure, le rôle casse-gueule. Mais quand on s’appelle Berling, on ne prend pas ce genre de risque sans réfléchir.

Et puis, l’accueil avait été enthousiaste.

Et puis, je soupçonnais qu’Ivo van Hove allait me surprendre.

La pièce était à Lyon en tournée, accueillie par le Radiant-Bellevue, belle salle partenaire du théâtre des Célestins.

Dans mon fauteuil, j’ai peu à peu perdu toute notion de ce que devait être, aurait dû être, Eddie Carbone, le héros d’Arthur Miller.

Pendant quelques minutes j’ai douté, je ne reconnaissais pas Charles Berling. Pourtant c’était bien lui, cette carrure, cette démarche pesante, cette voix sourde pleine de menaces.  Face à la jeune Pauline Cheviller, plus vraie que nature, une révélation, il nous persuade que ce qui va se passer sous nos yeux est juste le reflet de la vraie vie.

Autour de lui, un quarteron de comédiens de la même trempe, soudés par leur implication dans ce fait divers tragique. Chacun d’eux donne sa vérité propre comme s’il était là non par la magie d’un texte mais par la volonté de Dieu.

C’est là que l’on devine la main de maître du metteur en scène.

C’est vrai, on l’oublie trop souvent : qui est capable de dialyser, de surmultiplier le talent d’un acteur, de lui donner le don d’ubiquité, de le rendre étranger à lui-même ? C’est le metteur en scène, mais tous n’ont pas ce pouvoir. 

Cette  histoire est à la fois d’une banalité terrible et d’un abîme de profondeur, un fait divers navrant et une tragédie grecque. L’absence de décor accentue encore cette vision intemporelle, une place nue devant la maison, éclairée par le sol dont la blancheur éclatante se teintera de rouge pour la scène finale.

J'étais frappée par le silence qui a régné dans cette salle pleine à craquer, tout le long de la pièce jusqu’à l’explosion des applaudissements.

Tout s’assemble, dans ce spectacle, comme dans une mosaïque parfaite. Mais le plus épatant est encore la cohésion totale des acteurs entre eux, comme s’il ne devait pas y avoir de fin à cette rencontre fusionnelle.

C’est rare.

C’est magique, le théâtre, vu d’en haut, vu du pont de Brooklyn, par exemple.

 

Miss Comédie

 

www.radiant-bellevue.fr

 

 

 

 

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 20:50
SOUDAIN, L'ETE DERNIER...   A CHACUN SA VERITE

CONVERSATION   IMAGINAIRE

A l’Odéon théâtre de l’Europe, Paris.

C’est la dernière représentation de SOUDAIN L’ETE DERNIER de Tennessee Williams, dans la mise en scène de Stéphane Braunschweig.

Un homme se détache de la foule des spectateurs qui se répandent sur le parvis et se dirige d’un pas pressé vers la rue Racine, en direction du boulevard Saint-Michel.

Le dos vouté, le col relevé, il va se mêler au flux de passants qui hantent le quartier Latin, de jour comme de nuit. Il fuit les lumières et les voix qui animent encore le théâtre.

Revoir sa pièce lui a fait l’effet de revivre un cauchemar récurrent, comme ceux qui vous poursuivent, nuit après nuit, avec une peur, un remords, un espoir déçu, un être cher perdu à jamais.

Dans les phrases déchirantes clamées par la jeune comédienne pour décrire l’horreur, il a cru entendre la voix de sa sœur adorée, Rose, lui décrivant ses fantasmes, sans pudeur.

  1. son trouble vient d’ailleurs. Il a soudain pris conscience de ce qui se cachait derrière l’affrontement qu’il a voulu entre les deux femmes, plus fort encore que le souvenir vénéneux de sa sœur, plus fort que le drame qui les faisait s’affronter. Il y avait autre chose dans sa pièce : la recherche de la vérité.

Qui était vraiment l’homme dont elles parlaient ? La version de l’une démentait absolument celle de l’autre, d’un côté un ange de vertu, de l’autre un perverti dissolu.

Où était la vérité ?

Il avait écrit cette pièce et se trouvait, aujourd’hui, incapable de répondre.

Il marche vite, il veut trouver un bar et boire un bourbon, vite, évacuer ce problème métaphysique qui l’ennuie.

 

« Chacun sa vérité !

Cette voix derrière lui le fait tressaillir. Qui pouvait bien être entré dans ses pensées ?

L’autre se rapproche, vient à sa hauteur.

« Tennessee, vous vous faites du mal, comme je me suis fait du mal en assistant à votre pièce !

« Qui êtes-vous ?

  • Je suis Luigi Pirandello. Ma pièce, Chacun sa Vérité est étrangement proche de la vôtre.

 

Tennessee Williams s’arrêta et se tourna vers Pirandello.

Autour d’eux, les passants du boul’mich prenaient le temps de vivre, insouciants, aveugles.

 

« Je me souviens. – il lui prit le bras – oui, ce personnage… J’ai lu votre pièce il y a longtemps, mais oui, il y a cette femme qui devient folle, son internement…

« Comme vous, c’était… disons… du « vécu » ! ajouta Pirandello avec un petit rire.

« Là aussi, on se demandait qui du gendre ou de la belle-mère, était fou ?

« Je ne donnais pas la réponse dans la pièce. A chacun sa vérité.

 

Un groupe d’étudiants les bouscule, ils se remettent à marcher en silence, puis :

« Voulez-vous que l’on boive un verre quelque part ?

« Volontiers.

Accoudés devant deux scotches, la Question revient sur le tapis.

« Alors, la vérité ?

« OUI… La vérité, où est-elle, ici-bas ?

« Nulle part, mon pote. Elle est là où on veut la voir, c’est ce que je pense.

« D’accord, mais tout de même, il y a bien une Vérité vraie, la même pour tout le monde ?

Le regard perdu, le verre à la main, ils restent un moment silencieux.

« Vous connaissez l’énigme de Kaspar Hauser ? demande Pirandello.

« Yes. So what ?

« Et bien, la réponse, que personne ne trouve, entre parenthèses, est bien la Vérité, en l’occurrence, la bonne route.

« C’est vrai. Mais pour la trouver, il a fallu le concours de l’homme qui ment ! La bonne route, chacun la voit où il veut !

Ils éclatent de rire et commandent deux autres scotches.

 

Miss Comédie

 

Sur la photo, le magnifique décor de Stéphane Braunschweig pour SOUDAIN L’ETE DERNIER qui s’est donné à l’Odeon - Théâtre de l'Europe à Paris

 

 

 

 

 

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 18:11
CHACUN  SA  VIE,  CHACUN  SON  AVIS

Avant de donner mon avis, « mon intime conviction » sur ce film qui est un pur Lelouch, je voudrais, et ce n’est pas mon habitude, souligner l’esprit mauvais qui souffle sur les critiques du journal Le Monde.

Leur critique est un rejet du respect que l’on doit aux artistes et à leur travail.

Leur vocabulaire ampoulé pour tourner en dérision ce film qui a eu l’adhésion d’une armada d’acteurs de renom heureux d’y apporter leur concours, même pour une seule scène.

Leur style follement prétentieux pour massacrer une oeuvre sans prétention  ( je cite : « une faillite dramaturgique ») non, je rêve...

Une telle volonté de passer sous silence les points forts du film pour ironiser sur ses faiblesses.

Le plus difficile, pour un critique, c’est de rester juste.

Tout comme trop d’impôt tue l’impôt, trop de critique tue la critique.

 

CHACUN  SA  VIE,  CHACUN  SON  AVIS

Coup  de coeur -

CHACUN SA VIE  est un pur Lelouch, je l’ai dit. On le retrouve, comme on retrouve certains réalisateurs ancrés dans leur univers et n’en démordant jamais, à ses thèmes récurrents, toujours les mêmes, la vie, l’amour, le destin, le hasard… Avec toujours la même petite musique qui danse avec le jazz. Et aussi à sa prédilection pour les films à sketches où il donne la parole à ses acteurs fétiches. Il aime tellement les acteurs, Lelouch. Et ils le lui rendent bien.

Ici, ils sont si nombreux que l’on s’y perd, c’est vrai. Mais les scènes qui défilent sont toutes chargées d’émotion, d’humour, d’amour et les acteurs sont tous remarquables, on les sent tous immergés dans leur histoire, chacun son histoire, chacun sa vie.

Il y a un nouveau venu dans la bande à Lelouch, l’avocat-star Eric Dupont-Moretti, rendu célèbre parmi les ténors du barreau pour son score d’acquittements, au point qu’on le surnomme « l’acquittador » !

Cet homme peu séduisant , qui n’inspire pas la sympathie, tient un rôle important dans le film et se révèle être un très bon comédien – mais un bon avocat ne doit-il pas être aussi un bon comédien ?

Tout ce petit monde nous entraîne au travers d’un festival de jazz avec des passages musicaux dont la prestation emballante de Johnny Hallyday en concert, encore un de ces moments lelouchiens, hors contexte, prétexte à rencontres insolites qui n’ont rien à voir avec l’intrigue. Décousu ? Oui, décousu, ce film, si vous voulez. Comme la vie, quoi.

Voilà.  C'est Lelouch. On aime ou on n'aime pas.

On a le droit de ne pas aimer un film. Mais essayer d’en dégoûter les autres, c’est moche.

 

Miss Comédie

 

 

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Published by Miss Comédie - dans Coup de coeur
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  • Miss Comédie
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. 
Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer.  De comédienne- auteur dramatique,  je suis devenue  blogueuse, ça élargit considérablement la cible.
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer. De comédienne- auteur dramatique, je suis devenue blogueuse, ça élargit considérablement la cible.

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