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conversations imaginaires

STEPHEN HAWKINS FACE A GAINSBOURG

Publié le par Miss Comédie

``Conversation imaginaire...

STEPHEN  HAWKINS  FACE  A  GAINSBOURG

Stephen Hawkins monte péniblement le raidillon qui mène à la porte du Paradis. La porte, monumentale, est fermée.

Le chemin surplombe une prairie plantée  d’arbustes sauvages et de fleurs des champs, le long d’une rivière tumultueuse.

Assis sur le parapet, un homme vêtu d’un jean et d’une chemise blanche, chaussé de cyclistes Repetto, fume une  cigarette, le regard perdu dans  le vide. C’est Serge Gainsbourg.

 Le bruit des pas le sort de sa rêverie, il se retourne et regarde arriver le nouveau venu avec intérêt.

Il attend que celui-ci  s’arrête, essoufflé, pour lui lancer :

« Vous marchez maintenant ?

L’autre le toise et réplique :

« Et vous, vous êtes encore là ?

Le dialogue s’annonce pas terrible.

 

« Voyez-vous, Mr Hawkins, le purgatoire, ça peut se faire dans un fauteuil roulant ou bien dans une prairie le long du Styx. 

Il jette sa cigarette par-dessus le mur.

 

Stephen Hawkins se redresse, respire,répond avec un sourire ironique.

 

« Le purgatoire.  C’est quoi, ça ?  Un de vos fantasmes chrétiens ?

Gainsbourg  allume une autre  cigarette.  Il est toujours assis sur le mur.

« Moi j’aime les fantasmes.  C’est plus marrant que les logorythmes.

Stephen Hawkins regarde autour de lui sans répondre. Il est mal assuré sur ses jambes et  se rapproche du mur.

« On va me laisser là combien de temps ? Je suis fatigué.

Gainsbourg soupire :

« Ah mon vieux, vous avez proclamé  au monde entier  que Dieu n’existait pas, ça risque d’être  long.... Il va vous le faire payer

«  Payer quoi  ?   Ma foi dans la relativité ?  Ma théorie sur  le  big bang ?

 

Gainsbourg   hausse les épaules et sanctionne :

 

« Il insiste. (il montre la grande porte fermée) Là derrière, on en a rien à faire du big bang si  t’as été un mécréant  tu restes là  ad vitam.

 

Stephen Hawkins s’est hissé péniblement sur le parapet du mur. Il jette sur Gainsbourg un regard froid.

« Vous, le chanteur, vous croyez en Dieu ?

« Ca me regarde.Top secret. En tout cas, moi je croyais plus en Crac boum hue  qu’en  Big bang  bong !   

« L’amour, vous voulez dire  ?

« Affirmatif. J’étais un mécréant de l’amour.

« Il y a pire, comme mécréant. Ils ont été durs avec vous.

« C’est  ma chanson « Dieu est un fumeur de cigare » qui lui déplu !

(et comme Hawkins levait les yeux au ciel )  si, si... il est très susceptible.  »  

          

 

Dans un grincement lugubre, la porte s’ouvre et saint Pierre apparaît :

« Gainsbourg, vous pouvez entrer ! L’amour vous a sauvé.

Il regarde Stephen Hawkins sévèrement.

« Quant à vous, le  scientifique renégat, je vous envoie saint Thomas, vous discuterez avec lui de votre temps d’attente."

 

Miss Comédie

 

 

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PEACE AND LOVE

Publié le par Miss Comédie

Conversation imaginaire

PEACE AND LOVE

Vous êtes nombreux à avoir reconnu Mark Zuckerberg sur la photo mystère.  Cela m’a donné  l’idée d’une conversation imaginaire entre lui, le fondateur de Facebook, et Bill Gates le père de Microsoft.

Cela pourrait se passer au cours d’une rencontre amicale au Golf  Club Mallone, l’un des meilleurs parcours de golf de  l’état  de New-York.

 

Les deux plus grosses fortunes de la planète  sont aussi mauvais joueurs l’un que l’autre, c’est pourquoi ils aiment jouer ensemble. Sur le green, au moins, tous les coups sont permis.

  L’aîné, Bill Gates, considère d’ailleurs le jeune Zuckerberg comme un sur-doué dont la réussite est un  coup du hasard et il le traite avec une affectueuse bonhomie.

Pas vraiment concentrés sur leur swing, ils parlent de tout et de rien en savourant  les charmes de la nature.

Mais soudain, alors que Bill Gates venait de frapper parfaitement sa balle avec son driver,le dialogue prend une autre tournure.

 

« Lorsque je serai président des Etats-Unis,  ça te plairait d’être président de la Cour Suprême ?

Zuckerberg aborde un  sujet qui sort des sentiers battus.

Il compte bien sur un effet tétanisant, une bombe !

 

Bill  Gates observait le trajet de sa balle qui filait vers le trou numéro 4 et mit quelques secondes avant de répondre calmement :

« Non, car ce sera moi, le nouveau  Président des Etats-Unis.

 

Un partout.  Zuckerberg est pris de court.

La balle finit sa trajectoire  et s’arrêta à dix centimètres du trou.

« Pas de chance ! soupira Bill Gates, à toi de jouer !

La balle de Zuckerberg était au milieu du rough. il se mit à l’adresse mais il n’était pas pressé de jouer, visiblement secoué.

« Tu as l’intention de te présenter à l’élection présidentielle ?

Bill Gates sourit.

« Evidemment !  Tu vois qui, pour succéder à Trump ?

Zuckerberg s’appuya sur son club comme pour amorcer une longue discussion.

« En tant que républicain ?

« Non, bien sûr, je reprend le flambeau des  démocrates….

Ils se regardent un moment sans rien dire.  Zuckerberg joue sa balle. Elle s’envole et oblique vers la lisière du bois.

« Raté.

Fair play, Bill Gates s’abstient de tout commentaire.

 

  Ils marchent  maintenant vers le trou 4, déçus l’un et l’autre par leur coup.  L’ambiance s’en ressent.

Zuckerberg  est sur les dents.

« OK.  Admettons que tu aies suffisamment de voix pour être candidat .  Je pense en avoir autant de mon côté.  Nous pourrions nous retrouver au coude à coude, toi démocrate, moi républicain.

Bill éclate  de rire. 

«    Trop drôle !   Mais impossible !

« Pourquoi impossible ?

« Parce que ce sera moi le finaliste, avec une majorité écrasante !

 

 

Ils sont arrivés  devant le trou 4. Bill Gates enlève prestement le drapeau  et d’un coup sec envoie sa balle à l’intérieur du trou.

Zuckerberg  ronge son frein.   Bill Gates, lui, est hilare.

Il remet le drapeau en place et ils avancent ensemble  vers le trou suivant en pressant le pas car ils ont pris du retard.  Un joueur les talonne de loin.

 

 « Je suis meilleur au bridge, avoue  Bill Gates, je joue très rarement au golf et je ne suis pas doué.

« Moi non plus, à vrai dire.  Je manque de temps, mais j’adore ces longues marches dans des parcours  tellement hygiéniques !  (Il affiche une gaîté factice.-)

« Respirons ! renchérit Bill – et comme deux enfants, ils prennent une longue bouffée de l’air frais du main.

 

Ils ont encore une centaine de mètres avant le départ du 5.  Bill Gates sifflote.  Soudain, Zuckerberg :

« Bill, je te connais bien, nous partageons les mêmes idées sur l’économie et les valeurs sociales.  D’accord, ta Fondation fait beaucoup pour ton image de bienfaiteur. Mais moi, je donne de moi-même et ça se sait.  Pourquoi crois tu que j’ai entrepris de visiter chacun des 50 états afin de constater par moi-même  leurs attentes et leurs espoirs ?  J’ai déjà passé des journées entières au Dakota, et dans les réserves indiennes du Montana et j’ai mis sur Facebook  mes réflexions avec photos à l’appui.

 

« C’est bien, ça ! approuve Bill Gates.  Et alors ?

« Alors, le monde entier  découvre  que j’ai un rôle à jouer dans la  nouvelle société américaine.  En plus, j’œuvre pour le rapprochement entre les peuples . Facebook est tout-puissant, tu le sais. J’ai toutes les chances d’être élu au premier tour.

 

Bill Gates sourit.  Il se baissa pour ramasser une balle perdue. Il la mit dans sa poche. Ils arrivaient au départ du  trou 5 et s’arrêtèrent.

« C’est à toi de commencer, dit-il à  Mark, tu as deux points d’avance.

Celui-ci ne bougea pas, il fixa son ami d’un regard investigateur.

«   Est-ce que tu  réalises ce que représente Facebook, le réseau social le plus puissant du monde ?  Les humains connectés à volonté tout autour de la planète ?

 

 

Bill regardait au loin, comme absorbé par la distance à parcourir d’un coup de son fer 7.  Il articula d’une voix douce :

« Mon ami pour se connecter, les hommes ont besoin d’internet et des fonctionnalités de leur smartphone.  Avec mes partenaires je gère le matériel, les logiciels et l’avenir du digital. – il fixa Zuckerberg -  Tu vois ce que je veux dire ?

Mark  resta immobile, attendant la suite.

« Sans Microsoft, Facebook n’est rien – il fit claquer deux doigts dans l’air -  peanuts.

 

Mark  tenta un dernier argument :

«  Crois-tu que les Américains soient impressionnés par ton empire ?   Ils choisiront un président à taille humaine qui privilégiera  l’homme à la machine.

Il y eut un silence, on entendit un merle siffler dans le bosquet voisin.

Alors  Bill s’avança vers Mark et lui tendit la main :

 

« Ce n’est pas à nous à décider. Tant de  choses peuvent changer d’ici 2020 !  Restons partenaires et amis, nous avons tout pour nous entendre et surtout… l’épatante médiocrité de notre jeu au golf !

Ils éclatèrent d’un rire tonitruant qui fit fuir le merle et leur poignée de mains sembla interminable au joueur solitaire qui les avait rejoint.

 

Miss Comédie

 

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LARTIGUE-DOISNEAU, DE L'ART OU DE LA MAGIE ?

Publié le par Miss Comédie

Conversation imaginaire

Sur la plage de la Garoupe, à Antibes.

Jacques-Henri Lartigue et Robert Doisneau sont assis à la terrasse de la buvette qui surplombe la plage. Ils sirotent chacun un Claquesin, la boisson à la mode. Ils ont chacun leur appareil photo autour du cou. Ils savourent le calme de cette matinée où l’on n’entend que le clapotis des vagues. Nous sommes en avril et les promeneurs sont rares.

Sans interrompre leur conversation, Lartigue saisit son appareil et prend une photo.

LARTIGUE-DOISNEAU, DE L'ART OU DE LA MAGIE ?

 

Doisneau, occupé à cadrer un enfant attablé avec sa mère non loin de leur table, questionne :

« Qu’est-ce que tu as pris ?

Lartigue laisse retomber l’appareil-photo sur sa poitrine.

« Oh, juste une photo de la plage vide – ou presque.

Doisneau s’esclaffe :

« Etonnant ! Il n’y a même pas une naïade à moitié nue !

Lartigue ricane :

« Plus maintenant, non ! Mais on peut faire un petit chef-d’œuvre avec une plage presque vide !

 

« Qu’est-ce que tu appelles « presque vide » ? demande Doisneau qui se saisit de son appareil et vise la plage à son tour. On entend le déclic.

Lartigue commente :

« Alors là, il y a du monde !

Deuxième déclic.

« Je la double. Comme toi je viens d’avoir une plage presque vide.

LARTIGUE-DOISNEAU, DE L'ART OU DE LA MAGIE ?

 

Lartigue regarde la plage.

 

« Mais moi, j’ai pris une femme sortant de l’eau avec son chien. C’est plus intéressante que tes clampins qui marchent.

  • C’est à voir. Tu oublies le parasol. Moi j’aime beaucoup le parasol. C’est ce parasol qui fait tout l’intérêt de la photo.

« Je comprend. Moi, c’est le chien. Sans le chien, la photo ne vaut rien.

 

Ils vident leurs verres et restent silencieux un long moment. Devant eux, défilent sur le rivage des marcheurs solitaires ou des groupes plus ou moins denses, des animaux, des oiseaux, mais jamais la plage ne reste entièrement déserte.

Doisneau met ses lunettes de soleil, signe qu’il va en rester là.

 

« Tout le monde croit qu’il suffit d’appuyer sur le déclencheur devant une scène quelconque de la vie pour faire une belle photo.

Lartigue opine en riant :

« A quoi servirions-nous, alors ?

« Pourquoi certaines photos provoquent-t-elles une émotion inexplicable alors que d’autres nous laissent froids ?

 

Lartigue a un geste fataliste.

Ben c'est une histoire de chien et de parasol !

Doisneau s’insurge.

« Pas seulement ! Roland Barthes a écrit des choses très pertinentes sur le sujet.

 

Lartigue hausse les épaules.

« Oh, Robert, si tu entres en chaire de philosophie… Mais dis toujours, ça m’intéresse.

Doisneau se concentre.

« Je me souviens de cette phrase qui élève le débat :

« la photographie n’est pas une copie du réel ; c’est une émanation d’un réel passé. C’est une magie, ce n’est pas un art. »

Lartigue joue les mortifiés :

« Merci, monsieur Barthes ! Peut-être que toutes les beautés que j’ai photographiées dans ma vie ont succombé à mon charme de magicien plutôt qu’à mon talent d’artiste !

« Et moi, quand je shootais les amoureux sur le pont des Arts, ils ne me voyaient même pas ! La magie, toujours !

 

Les deux photographes se lèvent et quittent la terrasse qui commence à se remplir.

« En tout cas, nous venons de faire, toi et moi, presque la même photo ! La postérité jugera si c’est de l’art ou de la magie, mais… pourquoi ont-elles été prises sur des plages différentes, et dans des années différentes ?

Ils éclatent de rire et s’évanouissent dans l’air marin, heureux de cette brêve re-création dans le monde des vivants.

 

 

 

 

 

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SOUDAIN, L'ETE DERNIER... A CHACUN SA VERITE

Publié le par Miss Comédie

SOUDAIN, L'ETE DERNIER...   A CHACUN SA VERITE

CONVERSATION   IMAGINAIRE

A l’Odéon théâtre de l’Europe, Paris.

C’est la dernière représentation de SOUDAIN L’ETE DERNIER de Tennessee Williams, dans la mise en scène de Stéphane Braunschweig.

Un homme se détache de la foule des spectateurs qui se répandent sur le parvis et se dirige d’un pas pressé vers la rue Racine, en direction du boulevard Saint-Michel.

Le dos vouté, le col relevé, il va se mêler au flux de passants qui hantent le quartier Latin, de jour comme de nuit. Il fuit les lumières et les voix qui animent encore le théâtre.

Revoir sa pièce lui a fait l’effet de revivre un cauchemar récurrent, comme ceux qui vous poursuivent, nuit après nuit, avec une peur, un remords, un espoir déçu, un être cher perdu à jamais.

Dans les phrases déchirantes clamées par la jeune comédienne pour décrire l’horreur, il a cru entendre la voix de sa sœur adorée, Rose, lui décrivant ses fantasmes, sans pudeur.

  1. son trouble vient d’ailleurs. Il a soudain pris conscience de ce qui se cachait derrière l’affrontement qu’il a voulu entre les deux femmes, plus fort encore que le souvenir vénéneux de sa sœur, plus fort que le drame qui les faisait s’affronter. Il y avait autre chose dans sa pièce : la recherche de la vérité.

Qui était vraiment l’homme dont elles parlaient ? La version de l’une démentait absolument celle de l’autre, d’un côté un ange de vertu, de l’autre un perverti dissolu.

Où était la vérité ?

Il avait écrit cette pièce et se trouvait, aujourd’hui, incapable de répondre.

Il marche vite, il veut trouver un bar et boire un bourbon, vite, évacuer ce problème métaphysique qui l’ennuie.

 

« Chacun sa vérité !

Cette voix derrière lui le fait tressaillir. Qui pouvait bien être entré dans ses pensées ?

L’autre se rapproche, vient à sa hauteur.

« Tennessee, vous vous faites du mal, comme je me suis fait du mal en assistant à votre pièce !

« Qui êtes-vous ?

  • Je suis Luigi Pirandello. Ma pièce, Chacun sa Vérité est étrangement proche de la vôtre.

 

Tennessee Williams s’arrêta et se tourna vers Pirandello.

Autour d’eux, les passants du boul’mich prenaient le temps de vivre, insouciants, aveugles.

 

« Je me souviens. – il lui prit le bras – oui, ce personnage… J’ai lu votre pièce il y a longtemps, mais oui, il y a cette femme qui devient folle, son internement…

« Comme vous, c’était… disons… du « vécu » ! ajouta Pirandello avec un petit rire.

« Là aussi, on se demandait qui du gendre ou de la belle-mère, était fou ?

« Je ne donnais pas la réponse dans la pièce. A chacun sa vérité.

 

Un groupe d’étudiants les bouscule, ils se remettent à marcher en silence, puis :

« Voulez-vous que l’on boive un verre quelque part ?

« Volontiers.

Accoudés devant deux scotches, la Question revient sur le tapis.

« Alors, la vérité ?

« OUI… La vérité, où est-elle, ici-bas ?

« Nulle part, mon pote. Elle est là où on veut la voir, c’est ce que je pense.

« D’accord, mais tout de même, il y a bien une Vérité vraie, la même pour tout le monde ?

Le regard perdu, le verre à la main, ils restent un moment silencieux.

« Vous connaissez l’énigme de Kaspar Hauser ? demande Pirandello.

« Yes. So what ?

« Et bien, la réponse, que personne ne trouve, entre parenthèses, est bien la Vérité, en l’occurrence, la bonne route.

« C’est vrai. Mais pour la trouver, il a fallu le concours de l’homme qui ment ! La bonne route, chacun la voit où il veut !

Ils éclatent de rire et commandent deux autres scotches.

 

Miss Comédie

 

Sur la photo, le magnifique décor de Stéphane Braunschweig pour SOUDAIN L’ETE DERNIER qui s’est donné à l’Odeon - Théâtre de l'Europe à Paris

 

 

 

 

 

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LA RENCONTRE DE PROUST AVEC VERMEER

Publié le par Miss Comédie

LA RENCONTRE DE PROUST AVEC VERMEER

Mars 1921.

Proust vient de découvrir dans la salle du Jeu de Paume le tableau de Vermeer « Vue de Delft ». Cette découverte le bouleverse et il écrit alors dans le 5ème tome de « A la recherche du temps perdu », quelques lignes qu’il attribue à son personnage Bergotte. Comme une profession de foi, comme une illumination dans l’inspiration de l’écrivain.

 

Mars 2017

Le jour  pointe sur l'immense cour où  la Pyramide de Pei renvoie les premières  lueurs du soleil levant.

Dans l'ombre, deux hommes se rencontrent se saluent.

« Vous attendez l’ouverture ?

« Oui, comme vous, je suppose ?

« Oui, avant l’affluence…

« Vous venez pour quel tableau ?

« La Jeune Fille à la Perle. Et vous ?

«"Vue de Delft". Je ne suis pas sûr que cette toile figure parmi les douze prêtées au Louvre. Mais j’aimerais tellement revoir cette Vue de Delft...

« Pourquoi ?

« Oh, ce tableau occupe ma pensée et inspire mon travail depuis des années, presque un siècle.

Intrigué, l’autre fixe intensément le jeune homme qui lui parle. Ce qu’il dit l’étonne et le touche, cet inconnu est envoyé par le hasard.

Il insiste :

« Pourquoi ce tableau-là ?

« Comment vous dire… J’y ai découvert le secret de la couleur, d’une touche de couleur qui peut animer un paysage comme un texte, lui donner vie.

« Qui êtes-vous ?

Ils se regardent.

« Je m’appelle Marcel Proust.

« Je suis Johannès Vermeer. Vos paroles m’émeuvent infiniment.

 

Ils se taisent un instant, saisis par la magie de ce  moment. Et Proust  questionne à son tour :

« Mais vous, que cherchez vous à revoir dans La Jeune Fille à la Perle ?

« Je peux vous l’avouer, je veux retrouver dans son regard le regard de ma fille chérie, Margharita, qui a posé pour ce tableau et qui est qui nous a quittés  trop tôt, hélas.

LA RENCONTRE DE PROUST AVEC VERMEER

« Il a été dit que l’une de vos servantes avait posé pour vous…

Vermeer eut un geste d’impatience.

« Je sais. La rumeur est née d’un livre, un roman de fiction qui a alimenté les ragots. Et comme l’homme aime le scandale, il y a eu ensuite un film et maintenant, tout le monde croit que j’ai eu une aventure avec ma servante, alors que… (il a comme un sanglot).

Personne n’est à l’abri de l’imagination perverse des foules.

 

Marcel Proust prend le bras de Vermeer.

« Allons-y, maintenant. Les lumières s’allument. Entrons avant la foule. Vous allez me raconter comment la couleur vous est venue dans la main alors que vous regardiez votre ville.

« Et vous, vous m’expliquerez ce que vous avez ressenti en découvrant le tableau. Je ne pouvais rêver d’un tel cadeau.

 

Ils s’arrêtent alors et dans la lumière  nacrée de l'aub, Proust récite les quelques lignes qui ont marqué sa nouvelle approche de l’écriture devant la "Vue de Delft" de Vermeer :

« Il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu’il veut saisir, au précieux petit pan de mur. – c’est ainsi que j’aurais dû écrire, se disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse comme ce petit pan de mur jaune. »

 

Vermeer a écouté, concentré, cette lecture faite d’une voix frémissante.

Alors il murmure  :

« Je ne me souvenais pas de ce pan de mur… Mais ces quelques phrases m'ont donné envie d'aller à la recherche de votre temps perdu... "

 

Conversation imaginaire par

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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PEOPLE IN THE SUN (Edward Hopper)

Publié le par Miss Comédie

 

 

hopper.jpg« Quel temps magnifique !
 « Oui, mais on supporte bien  nos vêtements, il y a ce petit vent… 
«  Ils ont une belle vue, mais un peu…

« … Plate ?

« Oui,  rien à l’horizon… C’est un peu inquiétant…

«  Nos hôtes ont disparu.

« Et puis ils nous laissent seuls,  là, qu’est-ce qu’ils font, tous les deux ?

« Il l’aide à préparer les apéritifs,  je crois.

« Bon, on n’est pas mal, on prend le soleil…

…………..

« Vous voyez, cette perspective, là, devant nous ?

« Oui ?

«  Et bien, avec nous en  face, c’est les Etres  et le Néant.

«  Bien dit !

Ils rient tous ensemble. Puis dressent  l’oreille.

« Vous entendez ?

«  Oui… quelqu’un joue du piano.

« Qui cela peut-il être ?

«  Un de leurs enfants ?

«  Oui, parce que  qui préparerait le dîner ?

« C’est la Sonate au Clair de Lune.

« C’est vrai que si ça continue, nous serons encore là au clair de lune.

« Mais enfin, qu’est-ce qu’ils font !

« Attendez, c’est peut-être un diner trois étoiles…

(Rires)

 

« Vous savez, elle,  c’est un vrai cordon bleu, on m’a dit.

« Mais vous avez vu une table dressée, vous ?

« Non, ils nous ont fait passer par le jardin.

« Vous croyez qu’il n’y aura pas de dîner ?

« « Ils nous ont peut-être conviés à un concert ?

« Regardez, le soleil est prêt à passer derrière la colline.

« On est bien, on se détend, vous ne trouvez pas ?

« Et bien moi, je commence à avoir faim...

« Tiens, la musique s’est arrêtée.

On entend un cri horrible dans la maison puis des pas précipités et une voix leur parvient  sur un ton brutal :

«  Ne bougez pas, vous autres ou vous êtes morts !

Tétanisés, ils restent figés, immobiles.  Ils ne se retournent pas.

L’un d’eux chuchote :

« Je vous l’avais dit, ce paysage avait quelque chose d’inquiétant.

 

4 mars 2015

Miss Comédie "Conversations imaginaires"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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PRESLEY ET FANGIO RACONTENT

Publié le par Miss Comédie

 

elvis-presley-2.jpgDans un au-delà sans concerts de rock ni circuits de Formule 1, Elvis Presley et Juan Manuel Fangio s’ennuient.

Elvis pleure. C’est aujourd’hui le 8 janvier sur la Terre, le jour anniversaire de sa naissance.  Il peut voir la foule se presser dans le Jardin de la Méditation à Graceland, où sa tombe disparaît sous les gerbes de fleurs.

Perdu dans ses pensées, il ne voit pas arriver un bolide casqué qui fonce sur lui et s’arrête pile avant de le percuter.

 

« Hola mec, y a de la place ailleurs  !

 

 

 FANGIOL’homme, confus, retire son casque et formule des excuses d’une voix fluette qui contraste avec son visage taillé au couteau.

Elvis reconnaît Fangio le pilote fétiche d’Enzo Ferrari.

« Pardon, pardon, justement y a trop de place ici. Sur les circuits on est sur des rails  Mais   dis-moi le King, t’as un problème ? Pourquoi tu pleures ?

Elvis désigne la planète Terre, au-dessous d’eux.

 

« Tu les vois, en bas, se prosterner sur ma tombe ?  C’est mon anniversaire et je voudrais être avec eux.

«  Tu te sens seul, ici ?

« Oui, très seul. J’ai envie de me chanter « Are you lonesome tonight » mais là j’aurai pas le fou rire comme à Las Vegas !

 Comme Fangio le regarde sans comprendre Elvis explique.

 

«Il y a une anecdote autour de cette chanson. Tu la connais ?

«  Non,  raconte !

 

«  C’était pendant un gala à Las Vegas,  je chantais cette chanson avec un ton éploré comme il se doit, quand brusquement j’ai été pris d’un fou rire impossible à retenir.

 

Fangio attend la suite, intrigué.

«  Tu te demandes pourquoi, hein ? Voilà. Avant le concert ils avaient engagé une nouvelle choriste qui venait d’un orchestre philarmonique et elle s’est mise à faire des vocalises à la Maria Callas, tu vois le genre, moi j’étais pas au courant, quand j’ai entendu ça j’ai pas pu m’en empêcher, j’ai éclaté… et plus je voulais arrêter de rire, plus sa voix était infernale, j’ai ri comme ça pendant toute la  chanson. images.jpg

 

« Et alors ?

«  Alors, le public a cru que c’était une variante que j’improvisais, et  toute la salle s’est mise à rire en chœur  !

«  Et alors ?

«  Alors les organisateurs ont cru  que j’étais ivre, ils ont voulu me virer !…

Elvis éclate de rire à ce souvenir, imité par Fangio qui trouve l’anecdote poilante.

«  Après ça, l’enregistrement « fou rire » s’est mieux vendu que le premier qui était carrément fleur bleue…

 

Fangio soupire.  « Un grand chanteur ne sait pas seulement chanter, il sait aussi  improviser avec le hasard.

Puis il enchaîne :

 

 

«  Ca me rappelle une anecdote qui m’est arrivée pendant une course à Monaco, en 1950. J’étais en tête, sur mon Alfa Romeo, et devant moi il y a eu un terrible accrochage, 10 voitures se sont rentrées dedans au virage du bureau de tabac.   Je ne pouvais pas les voir, j’arrivais à toute berzingue dans le virage, j’allais gagner, et pourtant… j’ai ralenti, ralenti, inexplicablement  j’ai levé le pied  et quand je suis arrivé sur eux  j’ai pu éviter de les percuter.

 

Elvis le regarde, ébahi. Dans ses yeux il y a une question.

 

« A l’arrivée, ils se sont tous précipités sur moi :  « Fangio, pourquoi tu as ralenti ? »

Ma réponse les a tous bluffés, et l’histoire a fait le tour du monde, et pourtant, c’est tout simple :  j’ai ralenti parce que juste avant d’arriver au virage, j’ai vu la foule qui ne me regardait pas, moi le gagnant, mais qui regardait quelque chose devant moi, et j’ai compris qu’il devait y avoir du grabuge.

Elvis soupire.   « Un grand pilote ne sait pas seulement piloter, il a aussi un sixième sens.fangio_monaco_1950.jpg

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GLENN GOULD : COMMENT JOUER BACH ?

Publié le par Miss Comédie

 

 

  GlennGould2.jpg

 

 

Il n’est pas impossible que Gould ait eu un jour ce dialogue imaginaire avec Jean Sébastien Bach.  Ils se sont même certainement parlé plusieurs fois.  Car Gould joue Bach comme s’il avait lui-même composé sa musique.  Les autres,  Beethoven, Chopin, Brahms, Berg, il les joue comme tous les autres interprètes, à sa manière, mais on ne peut dire qu’il les domine.

La musique de Bach est SA musique.  Il sait ce qu’elle contient, il comprend ce qu’elle veut dire et il nous transmet l’inspiration même du compositeur.  Bach seul a pu lui livrer ses secrets.  Qui d’autre ?

    Jeune Gould Glenn Gould est au piano.  Il travaille l’adagio du concerto n° 5 qu’il doit jouer en concert à Toronto, sa ville natale . Il a vingt ans et  sa carrière s’annonce bril

Bach est son compositeur de prédilection.  Sa manière d’aborder son œuvre est révolutionnaire pour l’époque, son style clair et dépouillé séduit les mélomanes.

Mais le jeune Glenn Gould est un perfectionniste.

Aujourd’hui le doute s’est installé en lui et  il reprend inlassablement le même passage,  penché sur le clavier, son visage reflètant  une extrême concentration, presque de la douleur.

 

Gienn Gould s’est arrêté de jouer,  découragé.

Il s’éloigne du piano et se laisse tomber dans le fauteuil qu’il appelle son « reposoir »,  caressant au passage le dos de Nicky son setter qui se couche à ses pieds.

En face  de jui, accroché au mur, un  portrait de Jean-Sébastien Bach peint par un inconnu, le regarde.

Ce portrait est pour Glenn Gould source d’apaisement et d’inspiration, il lui confie ses doutes comme l’on prie une image sainte.

 

Les yeux fixés sur le visage empreint de sérénité de son idole, il murmure

« Je n’y arrive pas.   Comment jouer ce morceau en apparence si facile ?   Comment lui donner une valeur ajoutée ?

  Johann Sebastian BachLa voix qui lui répond le fait sursauter.  Face à lui, le portrait s’est animé et Bach lui parle.

« Qu’appelles-tu une valeur ajoutée, Glenn ?

 

Bien sûr, cela devait arriver, après tant de dialogues muets entretenus avec le portrait, un jour ou l’autre, Bach allait lui parler.

 Très ému, il répond :

«  Et bien… ma touche personnelle, mon inspiration à moi, un éclat qui illuminerait chaque note pour la rendre unique, prolongée, un…

« Mais pourquoi vouloir ajouter tout cela ?   Joues les notes telles qu’elles sont écrites, toute la beauté du morceau est au bout de tes doigts.

« Comme  chez tous les autres pianistes…

«  Non non, tu te trompes, chaque pianiste transmets à ses doigts la profondeur de sa pensée, le trouble de son âme,  le bonheur de jouer, et tout cela est différent selon l’interprète

«  Maitre, je vais devoir accompagner Yehudi Menuhin, un violoniste unique, incomparable… et moi, je trouve mon toucher trop sec, trop impersonnel.

«  Moi je le trouve parfaitement fidèle à  l’arithmétique de ma composition.  Je ne  veux pas d’une interprétation sentimentale, je veux une musique qui s’adresse à l’âme plutôt qu’aux sens.

«  Vous voulez dire… dépouillée de tout artifice ?

« Exactement.  Ce que tu appelles la « valeur ajoutée » n’est que fioritures, chichis et détourne de l’essentiel.

« Maître,  je sais bien que je suis sur la bonne voie… Mais comment puis-je me perfectionner ?

«  En dépouillant encore et encore, jusqu’à ce que le morceau devienne comme  un squelette, une ellipse.  C’est ce que fait Menuhin, remarque-le !  Son violon est un souffle pur, inspiré du divin. 

Glenn Gould se lève et se rapproche du tableau, tend la main pour toucher ce qu’il croit être la  main du musicien mais il ne renc ontre que la surface glacée de la vitre.

 

glenngould.jpeg.size.xxlarge.letterboxRassuré il se rassied sur sa chaise pliante,  le visage au ras du clavier, et se remet à jouer.  

C’est fou ce que son exécution paraît facile.  Un enfant pourrait jouer cet adagio, semble-t-il.

Que cache cette apparente clarté, ce déroulement  de chaque note comme une évidence ?  

Une recherche inlassable, un immense amour sont derrière la perfection du jeu de Glenn Gould.

 

Improvisé par Miss Comédie - Sept. 2014



 

 

 

« 

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FERNANDEL AU PALAIS DES PAPES

Publié le par Miss Comédie

 

 

 

 

 LA-COUR.jpg AVIGNON, juillet 1956

Il pleut des cordes sur la cour d’honneur du Palais des Papes.

Sur la scène au plancher détrempé, on a retiré les tapis et les éléments de décor. Au fond, appuyé contre un portant, Jean Vilar fait grise mine.  La première du Prince de Hombourg a dû être annulée et il ne sait pas si les spectateurs pourront être remboursés, les caisses sont vides.

 

TRISTE-jean-vilar-au-festival-d-avignon-M89687-copie-1.jpgGérard Philipe et Jeanne Moreau, les deux acteurs principaux, ont proposé d’abandonner leur cachet mais si le mauvais temps persiste, c’est toutes les représentations qui devront être annulées, une catastrophe.

Il est midi et le ciel est noir comme à la tombée de la nuit.

Franchissant le rideau de pluie,  la  silhouette d’un écclésiastique  se profile, venant à la rencontre de Jean Vilar, qui s’insurge :

« Attendez monsieur l’abbé, la chapelle est derrière vous et elle est fermée !  Vous êtes sur le plateau, là !

 ARRIVEE.jpgSoulevant sa barrette dégoulinante de pluie, l’homme d’église dévoile son visage, faisant sursauter Jean Vilar.

«  Quoi ?  C’est vous, monsieur Fernandel ?  Mais… je n’étais pas prévenu malheureusement nous ne jouons pas  ce soir !

Fernandel arbore son célèbre sourire, plus que large.

« Chut ! monsieur Vilar, c’est bien moi don Camillo en personne.

Depuis que je suis dans le clergé, je fréquente un peu la Papauté alors le Palais des Papes, vous comprenez.. et en plus, le Prince de Hombourg, madone, c’était une bénédiction.

«   Je comprends bien, mais je regrette,  tout est annulé !

«  Justement, monsieur Vilar.  Dans la débâcle il faut réagir. Pour les Papes, c’est raté, mais pour votre pièce, il m’est venu une idée inspirée par le Seigneur.

« Venez dans ma loge, vous m’expliquerez ça.

Ils s’enfoncent dans les tréfonds des coulisses et s’engouffrent dans la loge de Jean Vilar.

 

Assis devant une anisette, Fernandel prend  un air de conspirateur pour annoncer :

«  Je suis votre sauveur, monsieur Vilar.

Jean Vilar contemple avec stupeur un Fernandel savourant  à l’avance  on ne sait quelle victoire.  Il attend la suite, mais l’autre fait durer le plaisir.

« Vous êtes dans le pétrin mon pôvre.

Jean Vilar attend, le front plissé, au bord de la crise de nerf.

« Moi, don Camillo, je suis le curé qui fait des miracles. (Large sourire)

Jean Vilar pose son verre d’eau et   explose   :

«  C’est bon, c’est bon,  où voulez-vous en venir, monsieur Fernandel ? Vous voulez changer mon eau en anisette ?

Fernandel prend le temps de siroter une gorgée d’anisette avant de répondre posément  :

 

« Dès que le beau temps reviendra, vous allez reprendre la pièce et là…  tenez-vous bien, vous allez faire un tabac. IL-BOIT.jpg

«  Un tabac ?

«   Tè, un tabac, peuchère, avec la salle bourrée, diffusion télé mondiale, articles dans la presse, et surtout… surtout, monsieur Vilar !…

« Surtout quoi, à la fin ?

«  Les propositions d’adaptation au cinéma,, par les plus grands réalisateurs !  Et ça,  vous voyez ce que ça veut dire…

«  Oui ?

«  La poule aux œufs d’or ! Le pactole ! Les caisses pleines !

 

Jean Vilar se lève et vient se planter devant Fernandel.

« Mais qu’est-ce que vous me racontez ?  Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?  Par quel miracle…

« … le miracle de don Camillo, je vous dis !   Je vous explique.

«   Oui, expliquez-moi, c’est burlesque.

 

Il se rassied et Fernandel tourne sa chaise face à lui pour lui parler bugne à bugne.

«  Votre pièce, ce sera la même pièce, tout pareil, sauf un petit détail dans la distribution.

«  Ah oui, et quel détail, s’il vous plait ?

« Et ben voilà, le Grand Electeur ne s’appellera plus Grand Electeur mais Grand Archevêque.

Jean Vilar ouvre des yeux ronds.

« Et alors ?

«  Et alors,  c’est moi qui jouerai le rôle : Fernandel alias don Camillo, le curé promu Archevêque !

Jean Vilar est tétanisé.  Fernandel exulte :

« Alors ?  Qu’est-ce que vous en dites ?

 

Jean Vilar se lève, furieux, et le menace du poing : 

«  Vous savez que je fais de la boxe ?

«  Magnifique, vous explosez le box-office !  Fernandel en tête d’affiche,  et la promo « Don Camillo Archevêque »  Je vois d’ici la queue aux guichets… Moi seul peut accomplir ce miracle !

 

Il se lève à son tour, solennel.

«  Je ne demande aucun cachet. Simplement, vous paierez  la soutane violette brodée d’or, et le bonnet, enfin la tiare de l’Archevêque.  Pour moi, juste le denier du culte, un petit  pourcentage sur les recettes du film.  Tout le reste est pour vous et votre troupe, cher Jean Vilar.

A ce moment-là un rayon de soleil s’infiltre par la fenêtre de la loge et vient caresser les pieds de Jean Vilar qui sort précipitamment et court sur le plateau.  On l’entend crier :

Miracle !  Le soleil est revenu ! On peut jouer ce soir !

 

Il se tourne vers Fernandel   qui l ‘a suivi, incrédule, bénissait le ciel de ce coup de bol.

«  Fernandel,  je vous fais Archevêque. Mais je veux être sûr : le miracle, ça marche  à tous les coups en cas d’annulation  ?

«  Ah, ça, monsieur Vilar, je ne garantis rien !  Parce que voyez-vous , mes miracles  je ne les contrôle pas !

«  Ah bon ?

«  Hé non !   Il y en a qui veulent rien savoir ! Ce sont les intermittents du miracle !CROSSE.jpgMiss Comédie - Juillet 2014


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RONALDO DOPÉ PAR NEYMAR

Publié le par Miss Comédie

 

Je reviens !  Après cette petite interruption due à un malaise de mon Mac, replongeons au cœur de l’actualité avec la rencontre IMAGINAIRE de deux stars du football mondial.

 


 
 ronaldoandneymar.jpgPlage de Copacabana, juin 2014.  Sur la terrasse du Copacabana Palace, deux jeunes hommes boivent des guaranas en   contemplant la vue prodigieuse qui s’étend sous leurs yeux.
 Ils sont aussi beaux l’un que l’autre : la plus parfaite expression du type latin, cheveux d’un noir brillant pour l’un, crête multicolore pour l’autre,  mais  mêmes yeux noirs au regard  prêt à tirer, sourire  ravageur mais rare, gestes félins. Les muscles sont là, au repos.

Christiano Ronaldo et Neymar Jr se  sont retrouvés entre deux matchs  pour partager leurs émotions loin de l’hystérie collective.

 

« C’est le plus bel endroit du monde, constate Ronaldo.

«  L’œuvre de Dieu pour les peuples amérindiens, et qui durera jusqu’à la fin du monde   Un symbole de paix indestructible.

«  Je devrais venir m’installer ici,  après tout c’est le pays de mes ancêtres.

«  Christiano, Madrid t’a acheté assez cher, tu es leur otage. 

-       il boit une gorgée et remarque vivement : «  un otage pas trop mal traité, non ? Logé à La Finca, le quartier chic de Madrid, avec tes coéquipiers .
  Oui, oui, d’accord mais je suis exilé. Ici je me sens autant chez moi qu’à Madère.
-        Alors, pourquoi tu tires la gueule depuis le début ?   
Neymar  plaisante mais Ronaldo lui saisit le bras en le regardant dans les yeux :
-       Tu  trouves que j’ai des raisons de danser la samba ?

-       Il y a un silence.   Neymar pose son verre et poursuit d’une voix douce :

-       Christiano.  Tu es le plus grand joueur de football du monde, avant Messi, avant moi !! …   -

 Ronaldo le coupe :

  neymar-sera-t-il-la-star-de-ce-mondial.jpg-       Ah non ! Tu es meilleur dribbler que moi. Et ici, tu as joué mieux que moi ! Tu as sauvé l’équipe du Brésil  dans son match d’ouverture, tu as massacré le Cameroun, et tout ça avec une maîtrise, une facilité ! Tu es déjà l’idole des Brésiliens, et tu ne vas pas arrêter de monter, Neymar !  Alors que moi…

-        Quoi  toi ?   Tu ne vas pas baisser la tête alors que tu as pris la tête de ton équipe et que, à toi tout seul,  blessé, tu l’as fait gagner contre le Ghana !

-        Ha !  Un but dérisoire, qui n’a servi à rien. Je suis un has been.

-       Tu es un héros !

Ils  vident ensemble leur verre.

 

Ronaldo agite nerveusement son pied droit contre un ballon invisible.   Son genou  gauche bandé le fait souffrir. Son front est barré de deux traits de fatigue mais son regard est plein d’une ardeur guerrière.  Alors qu’il se souvient :

 - Contre le Ghana  j’étais seul.    Mon genou blessé je m’en foutais, je ne sentais pas la douleur. Mais j’enrageais de voir les autres galèrer, et ces colosses black frais comme des gardons, infatigables, et ce butteur surdoué  !

J’ai eu la même sensation contre le Cameroun.  Mais moi, j’avais toute ma forme physique.

 

-       Neymar, tu es plus jeune que moi, tu n’as pas eu la moitié des coups que j’ai reçus sur la tête.

-       Quels coups ?  Ton histoire de viol ? Ca s’est bien terminé, no ?

Ronaldo hausse les épaules.

-       Ca, c’est du passé… Non, par moments je  me dis que je pourrais faire mieux ailleurs…

-       Ailleurs qu’au Real Madrid ?

-       No, ailleurs dans la vie…  - il hésite -  j’ai envie d’être acteur, Neymar.

Neymar soupire :

-       Jesus Maria !  C’est le métier le plus dangereux ! Tu abandonnes ton âme pour devenir un être multiple tu ne sais plus qui tu es !

 

Ronaldo sourit :

-       Quand j’ai tourné pour Nike, chaque fois je me suis retrouvé, et j’étais heureux !  Même quand ils m’ont transformé en mannequin de vitrine  dans The Last Game !

 

Ils s’esclaffent.

 

«-N’empêche,  c’est un putain de foutu beau film !  T’as vu le score de visiteurs sur toute la planète ? Un record historique !!  C’est un coup mortel pour la concurrence.    Et en plus  leurs  équipements sont topissimes !

 

 

 1.-copacabana.jpgSur la plage au-dessous d’eux, une foule de supporters ou de touristes, on ne sait  plus, font une fête insensée tandis que le soleil descend lentement, prêt à s’engloutir dans la mer.  Ce soir, ils auront tous une raison de s’éclater, au nom de leur équipe favorite, s’identifiant aux héros, oubliant leurs misères quotidiennes.  Le footabll est un grand euphorisant pour ceux qui le vivent en spectateurs.  Pour les acteurs de ce jeu plus guerrier qu’on ne le croit, c’est une autre histoire.

Neymar se lève et s’accoude à  la balustrade.

«  J’avais quatorze ans quand les Stones ont donné leur concert sur cette plage, en 2006.  il y avait … je ne sais plus, quelque chose comme sept millions de spectateurs en délire !   J’aurais voulu que la fin du monde arrive là, pendant leur concert !

Derrière lui,  Ronaldo est la cible d’un groupe de touristes qui le mitraillent en riant.   Furieux, il s’élance :

«  Go away !  Leave him alone !  Assassino ! Ronaldo-copie-1.jpg

Ronaldo n’a pas fait un geste.

-       Ils auront la dernière photo de CR7 au Mondial 2014…  La première Coupe du Monde où  Dieu n’était pas avec moi.

-       Tu dois te dire une chose, amigo : tu as  pris tous les risques. C’est l’essentiel au football.  Risk everything !  C’est ça ta victoire, elle est au fond de toi-même.

 

Ronaldo enregistre. Il reste un moment tête baissée, concentré sur ce qu’il vient d’entendre.  Puis il se lève et va vers Neymar, le prend dans ses bras pour un abrazo  fraternel.

« Tu as raison, Neym…  Tu es plus jeune mais tu as la sagesse des anciens.  Je déteste perdre, tu le sais.  Cette épreuve sera une grande leçon pour moi.  Je sais que certains parient sur ma retraite.  Mais je continuerai. I take the risk. »ballon-de-foot.jpg

 

26 juin 2014

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FRANCIS SCOTT FITZGERALD COURTISE GROUCHO MARX

Publié le par Miss Comédie

 

 

  la-soupe-au-canard.jpgLincoln center     150 W65th St  New York City  un jour d’octobre 1937, une rétrospective des films des Marx Brothers attire chaque jour un public hétéroclite.

Aujourd’hui on  projette  La Soupe au canard, sorti quatre ans plus tôt, considéré comme l’un des meilleurs de leur filmographie.

 

 

   AVT_Francis-Scott-Fitzgerald_8118.jpgDans la salle, un jeune homme très élégant, assis au dernier rang, prend des notes.  Il a vu entrer Groucho et deux de ses frères, qui ont pris place dans le carré VIP,  au premier rang.

 

Les rires ont fusé tout au long de la projection.  Non, le film n’a pas vieilli, au contraire, les gags sont toujours aussi percutants, les effets comiques de Groucho, Harpo et Chico font mouche à tous les coups.  

A la fin de la projection,  les trois frères sont immédiatement entourés d’un groupe de fans en quête d’autographes ou de bons mots.   Au dernier rang, l’homme attend le moment propice pour s’approcher à son tour.

 

 « Hello Mr Marx, can I talk to you ?groucho

Groucho se retourne, il croyait en avoir fini.

« Encore !  Je n’y suis plus pour personne ! – dit-il avec humeur, avant de marquer un temps d’arrêt.  Il croit reconnaître l’homme qui s’adresse à lui et qui se présente :

«  Excuse-me, my name is Francis Scott Fitzgerald.

 

Charmé, Groucho s’incline.

«  Je salue l’un de nos plus talentueux scénaristes…

Chico intervient :

« … et l’auteur du génial   Tendre est la Nuit !

Harpo sort une lyre de son manteau et se met à en jouer.

 

 

« Accepteriez-vous de prendre un verre avec moi au bar ?

«  J’en serais très honoré, Mr. Fitzgerald, let’s go !

 

 

 

Ils s’installent dans le lounge feutré qui jouxte la salle de cinéma et commandent une bouteille de scotch.  Groucho allume son dix-huitième cigare et Harpo,  armé de ses grands ciseaux, entreprend de découper le velours de son fauteuil.

Après la première gorgée amicale, Fitzgerald entre dans le vif du sujet.

« Mr. Marx,  en revoyant La Soupe au Canard, je viens de confirmer une opinion que j’avais déjà sur votre talent.

 

  Groucho-MarxGroucho roule des yeux réjouis.

«  Il faut que vous sachiez que je suis en train d’écrire un nouveau roman dont le titre sera « Le Dernier Nabab ».

« Excellent !  Excellent !  approuve  Groucho.

« Ce roman, un ami producteur veut en faire un film.

«  Il  a raison !  Good idea, Mr Fitzgerald !  

Chico  empoigne Fitzgerald par le revers de son veston et  claironne  :

« Il vous faut un nabab !

 

Fitzgerald se dégage, il n’apprécie pas mais passe outre.

« Exactement.  Et je viens de le trouver.

Harpo se rapproche et tend l’oreille, ainsi que Chico et Groucho qui simulent l’indifférence.

L’écrivain rectifie la tenue de son veston et prend son temps pour annoncer :

« Cher Groucho, j’aimerais que vous soyez mon dernier nabab.

 

Groucho tire une bouffée de son cigare et fait la moue.

« Je préfèrerais être le premier nabab.

Fitzgerald fait mine de trouver ça très drôle. 

« Bien sûr, bien sûr, vous serez le premier et le dernier, Mr Marx.


 

  harpo.jpgHarpo tire une trompette de sa poche et souffle dedans trois fois.  Chico fait la gueule.

Après une minute de silence, Groucho s’exprime.

«  Cette proposition me glorifie hautement,  Francis – je peux vous appeler Francis ? -  mais il est indispensable que je sache quel genre d’homme est ce premier nabab…

« Dernier, Mr Marx, dernier.  C’est un désir  légitime  C’est bien ce que j’allais vous exposer.  Voilà.   Monroe Stahr, le personnage en question, est producteur de cinéma.

«  Ca me va.  Je connais la question.   Est-ce qu’il fume le cigare ?

 

« Naturellement.

« Est-ce qu’il attire les jolies femmes ? C’est très important pour un producteur de cinéma.

 

Fitzgerald, un peu agacé, se contient. Il souligne cependant :

 

«Ecoutez,   ne nous noyons pas dans les détails.  L’essentiel est que cet homme  exerce son pouvoir dans la plus grande solitude.

Groucho lève un doigt.

« Mes frères seront là pour me distraire.  Marx-Bros-marx-brothers-23446521-443-379.jpg

Fitzgerald se raidit.

« Je regrette, Groucho,  vos frères n’ont pas de rôles dans ce film.  Mais il vous est bien arrivé de tourner seul, si j’ai bonne mémoire ?

« Oui, c’est vrai, mais je ne veux pas recommencer, sans eux je m’ennuie copieusement sur un plateau et je suis mauvais.

 

  Fitzgerald se rapproche de Groucho et se fait insistant :

«  Ce que vous apporterez au personnage, vous, Groucho, c’est une sorte de sentiment d’invulnérabilité… on ne croira pas une minute que vous puissiez vous tromper, vous êtes le super Boss des studios, tout le monde vous respecte !

«  Exactement.  Vous me connaissez bien.

« … mais vous accumulez bourde sur bourde, votre empire va s’écrouler !

«  Là, vous vous trompez lourdement !

«  Mon héros est tout-puissant.  Pourtant, il lui arrive pas mal d’ennuis.

« Quel genre d’ennuis, par exemple ?

« Et bien, il mise sur un scénario qui fera un flop.

«  Je m’arrangerai pour que ça soit un succès.

 

Fitzgerald tape sur la table.

«  Dans mon livre, c’est un flop, et ça DOIT  être un flop, vous comprenez ?

« Mais est-ce qu’il est amoureux ?

«  Oui, justement, mais sa fiancée le trompe.

«  Ah,  ça ne va pas du tout !  Un nabab ne peut pas être cocu voyons !

Il faudra modifier ce passage-là.

 

Fitzgerald sort une pochette de soie et s’éponge le front.  Il ne croyait pas que ce serait si difficile.   Mais  l’entretien tourne à la catastrophe :  Harpo a retiré la doublure du fauteuil et en drape Fitzgerald qui   le repousse brutalement. 

Chico,  vexé de n’avoir pas de rôle dans le film, vide la bouteille de scotch dans les verres qui débordent.

 

Fitzgerald  contemple  maintenant   le fauteuil dont Harpo s’acharne à extraire le rembourrage pour en remplir les poches de Groucho. s aec04 - cm - harpo marx - 1 - 64

Dans un dernier effort pour recentrer le débat, il précise d’une voix éteinte :

 

« Bref c’est un homme qui … un homme que…   le déclin de l’empire du cinéma  Hollywoodien…  (il a un sanglot)  la déroute d’un magnat qui veut ignorer sa perte… (autre sanglot)  et qui continue à vouloir désosser ce pauvre fauteuil mais vous ne pouvez pas l’arrêter de faire ça ?

  


 

 

Les deux frères trouvent ça très drôle mais Fitzgerald arrête les frais et se lève.

 

«  Cher Groucho Marx, je soupçonne que toutes les conditions ne sont pas requises pour conclure un accord et…

« Mais comment !  Ce Monroe me ressemble comme un quatrième frère !

Je veux bien renoncer à avoir comme partenaires Chico etHarpo ici présents, bien que bourrés de talent, mais si vous n’en voulez pas, je n’insiste pas.

Donc, maintenant, nous pouvons parler sérieusement, cher Francis ! 

«  C’est à dire ?

« Et bien, passons aux choses  sérieuses  !

C’est à dire ?

Groucho se penche vers lui et sur un ton de conspirateur :

«   Alors combien ? dollars


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LINO VENTURA ET JEAN LEFEBVRE, PAUSE CAFÉ

Publié le par Miss Comédie

 

 

 

 

10.jpg29 avril  1963.   Ruel-Malmaison.  Dans une maison bourgeoise du XIXe louée par la Gaumont, Georges Lautner tourne une scène des  Tontons Flingueurs. 
Changement de décor dans une très longue scène qui se déroule dans le salon et dans la cuisine.   Les acteurs quittent le plateau, ils ont une heure de pause.
La nuit tombe. Dehors, sur la place du village, un bar reste ouvert la nuit pour les besoins du tournage. Deux silhouettes  sortent  en titubant de la maison et se dirigent vers le bar.

 

LINO seulLino Ventura et Jean Lefebvre s’installent côte à côte sur la banquette en moleskine rapée, près  du bar.  Ils sont seuls.  Josette, la patronne, a mis un disque de Cole Porter, « Let’s do It », un sommet de mélancolie.

 

A voir les visages des deux hommes, on les croirait de retour de l’enterrement de leur meilleur ami.  Pourtant, ils viennent de tourner l’une des scènes les plus drôles du film, et même du cinéma français.

Et ils en tiennent une bonne.

Leurs partenaires sont restés dans la loge de Francis Blanche à taper le carton, c’est une manie qui leur coûte cher mais c’est leur affaire.

 

 «  Cette petite marche m’a fait du bien,  articule Lino Ventura.

«  Le froid, ça dessoûle, ajoute Jean Lefebvre, l’œil en berne.  images.jpg

 

Josette fait son apparition derrière le bar puis, d’une démarche chaloupée, elle va vers eux.  Josette est une belle fille brune, toute en rondeurs.

 

« Qu’est-ce que je vous sers ?

Ensemble :  « Un scotch. »

« Ca fait deux scotches ?

« Ca se peut, dit Lino.

«   Y aura peut-être une suite, ajoute Jean.

«  Sec ou avec glaçons ?

«  SECS !  hurlent-ils en chœur.

«  Et  attention !  Lino élève la voix et fixe Josette d’un œil menaçant - –

on veut pas de la bibine pour flamber les  homards, tu piges ? On veut du brutal.

 Josette rigole en se balançant d’un pied sur l’autre.

«  Ces messieurs sont connaisseurs !  Chez moi, y a les deux : la bibine et le hors  d’âge. Donc, deux hors d’âge pour les jeunes, ça marche !

 

Elle disparaît derrière le bar.  Les deux compères  allument une cigarette  et commentent la scène qu’ils viennent de tourner.

 

. «  Moi je vais te dire, affirme Lino posément, cette scène à la cuisine, elle fera rire personne.

«  Oh, tu crois ?

«  Je sais pas, je doute ! Il faut voir !  On se retrouve dans cette cuisine, le Raoul et moi, avec nos sbires, on devrait s’écharper, et au lieu de ça on se bourre la gueule et on se rappelle les vieux souvenirs !  C’est invraisemblable, moi je te le dis.

«  C’est pour voir nos tronches en gros plan !

«  Ah ça, les gros plans, on y a tous eu droit, pas de jaloux !  Y avait intérêt à jouer juste !

«  Ca pour jouer juste !  C’est qui, qui a remplacé le jus de pomme par du vitriol ?

«  J’sais pas mais personne  n’a fait la fine bouche !

 

Ils s’esclaffent ensemble.

« … et Lautner, tu crois qu’il s’en est rendu compte ?

«  Forcément !  C’était gros comme le nez au milieu de la figure  qu’on s' envoyait de la gnole  !  

« On pouvait plus parler … enfin, moi !  sanglote  lefebvre.

  BLIER.jpg Entre nous, Blier il avait  la réplique qui porte , un cadeau !  et il l’a bousillée comme un malpropre.

«  Normal, y a eu dix prises de faites, il était plus dans l’humeur !

 

Lino Ventura tape du poing sur la table .

«  Tu dis ça parce que c’était ton patron dans le film, mais une réplique d’Audiard, ça s’bousille pas !  

«  Comment tu l’aurais dit, toi, « c’est du brutal «  ?

«  Mieux que ça !  tonne Lino qui commence à s’énerver -  alors, Josette, elle dort ?

Ils posent les mains à plat sur la table,   observant Josette qui s’active derrière le bar.

 

« Elle te plait, Jeannot ?

«  Trop vieille pour moi, répond Jean Lefebvre laconique.

«  Ah d’accord ! ironise Lino, T’as quel âge ?

« Le même que toi, pardi, quarante-quatre.

«  Tu rigoles, on  dirait mon père !

Jean Lefebvre se soulève et surplombe Lino avec une molle agressivité lorsque Josette arrive avec les verres.

 

«  Voilà, mes loulous. Vous allez boire ce que vous allez boire ! Je suis allée la chercher dans la Réserve !

« Voyons voir ça !  dit Lino.

Ils hument le breuvage et ensemble, vident leur verre cul sec.  Claquent la langue.  Se regardent en hôchant la tête.

« Ca fouette !  fait Lino.

«  T’as raison… Maintenant qu’on a goûté, Josette, on veut bien  un autre verre !

«  C’est de la bonne soupe, non ? dit Josette.

« C’est correct, concède Lino,  allez, on la double !

 

Josette repart derrière le bar et s’accoude au bastingage, les yeux dans le vague.

«  Moi, cette musique, ça me fout le blues, les gars.  Y en a pas un qui me ferait danser ?

 

Lino  éructe  un rire qui ressemble à un sanglot  tandis que Jean arbore une expression  interrogative, sa spécialité.

 

Résignée Josette verse deux autres verres de whisky  et les leur apporte.

Ils  posent sur elle un regard soudain concerné.

«  Tu devrais t’épiler les sourcils, suggère Lino.

Jean  Lefebvre ne voit pas quoi améliorer, il ne dit rien.

 

«  S’il n’y a que ça qui te chiffonne,  on peut s’arranger ? dit Josette en s’asseyant sur le coin de la table.

 

La porte s’ouvre violemment et entre Marcel, le mari de Josette.

 

«  Salut les gars !  -  il s’avance vers Josette  qui a rectifié la position,  et lui met  une claque sur les fesses puis la prend par le bras – tu leur fais du gringue ? Je vais t’apprendre !

 

Elle se dégage et le regarde langoureusement.

« Fais-moi danser, Marcel !

Il l’enlace et ils se mettent à danser sur la musique de Cole Porter, un slow très lent, très triste.

Lino Ventura et Jean Lefebvre les contemplent sans mot  dire, buvant de temps en temps une gorgée de scotch.

 

« On se croirait dans un film de Carné,  dit  Lino.

Jean Lefebvre est très entamé.  Il ne répond pas mais il acquiesce les yeux fermés.

Au bout d’une minute il corrige, le doigt en l’air :

«  Chez Carné  y aurait de l’accordéon !

  Puis il s’affale sur la table et commence à s’assoupir..

Lino le secoue :

«    Allez ! Tu sais qu’on a encore une scène à tourner !   Avec les jeunes !

Quand on les fout dehors !  Va falloir de l’énergie, Jeannot !

 

La musique s’est arrêtée.  Les deux époux se séparent et vont vers l’arrière cuisine où on les entend se chamailler.

Et là-dessus, la porte s’ouvre sur l’assistant de Lautner qui lance :

«  On tourne dans quinze minutes !  On vous attend sur le plateau !

Et referme la porte sans autre commentaire.

Lino se lève et contemple son pote aux abonnés absents : :

«  On aurait dû te donner le rôle de Louis le Mexicain !   Moribond ou ivre mort, à l’écran on n’y voit que du feu ! 

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AVA GARDNER; L'INOUBLIABLE

Publié le par Miss Comédie

Pour finir l’année en beauté, une star née le 24 décembre, et quelle star !    Interview imaginaire…

 

 

   Annex - Gardner, Ava  film-la-comtesse-aux-pieds-nus17.jpgJuillet 1955.  La Moraleja, superbe propriété près de Madrid.

Ava Gardner vient de s’y installer après le succès planétaire de  La Comtesse aux pieds nus, , une histoire qui lui ressemble.

Elle a 33 ans.  Elle n’a jamais été aussi belle.  Avec Luis Miguel Dominguin son amant du jour, elle forme un couple éblouissant. 

C’est le soir. Dans sa chambre, elle essaie des robes pour la soirée donnée au Palacio Real  où elle rencontrera Picasso, Hemingway et Otto Preminger, un trio d’aficionados de tauromachie qu’elle veut séduire au bras de Dominguin.

 

 

 

«   Etes-vous définitivement séparée de Frank Sinatra ?

* Non, malheureusement non.  Nous avons pris -  comment dire …Ava+Gardner+Frank+Sinatra+03

   une respiration… un an ou deux… après nous verrons.  Nous ne pouvons pas vivre en harmonie ensemble.

*  Vous n’avez trouvé l’harmonie avec aucun de vos maris, il semble ?

 

Elle émerge d’un flot de taffetas rouge qui pourrait mettre le feu au Palacio si elle apparaissait ainsi vêtue ce soir.

 

*  L’harmonie, jamais. Ni avec Mickey Rooney, ni avec Artie Shaw, ni avec Frankie.  Mais j’ai toujours gardé leur amitié.  Celle de  mes amants aussi.  J’aime toujours Howard Hughes, qui me harcèle encore, j’aime Robert Taylor, j’aime Clark Gable, je suis un vrai coeur d’artichaut !… Et en ce moment, je suis folle de Luis Miguel Dominguin… vous l’avez vu toréer ?  Il est impérial.

*  Mais quel caractère de cochon !images.jpg

 

Elle rit et enfile un fourreau en satin blanc.  On croit rêver.  Le plus beau félin de la création.  Elle ondule devant la glace sans la moindre forfanterie, exactement comme un animal.

 

*  Oui, il est déroutant.  Mais pas avec moi. Il se conduit comme un vrai hidalgo avec les femmes… 

* On ne peut pas parler tauromachie avec lui :  si vous n’êtes pas espagnol vous n’y connaissez rien.

*  C’est vrai.  Picasso l’a bien remis à sa place un jour.  Mais c’est cet orgueil de madrilène.  Manolete était plus modeste, mais il est mort.

* A cause de Dominguin !

 

Elle se retourne, prête à griffer.

 

* Non, pas « à cause ».   Luis Miguel lui a lancé un défi, et le combat a mal tourné pour Manolete.  C’est le Destin.

 

Je change de sujet.

* Il n’y a pas une seule robe noire dans tout ça ?

*  Non, je n’aime pas le noir.  Vous ne me verrez jamais en noir, sauf dans un film évidemment.  Marilyn non plus, ne porte jamais de noir. Il n’y a que les Françaises pour porter cette couleur funèbre.

*  *  De toute façon, quelle que soit la couleur, vous forcez l’admiration.  Une telle perfection, c’est rare.

 

Elle éclate de rire.    jeune-ava-gardner.jpg

 

* Vous n’auriez pas dit ça si vous m’aviez connue à mes débuts !  J’avais un terrible handicap : mon accent de Caroline du Sud.  Longtemps on ne m’a donné que des rôles muets, lorsque j’ouvrais la bouche tout le monde riait.  Il m’a fallu prendre des années de cours de diction pour décrocher de vrais rôles !

 

Son rire s’est arrêté net.

 

*  Rendez-vous compte : j’ai tourné jusqu’à ce jour 44 films. Dans les 40 premiers je suis passée inaperçue.  Je viens seulement d’obtenir le succès, avec les 4 derniers que j’ai tourné…

*  Oui : Les Neiges du Kilimandjaro,  Les Chevaliers de la Table Ronde (tiens ! dans ce film vous portiez du noir !), Mogambo et La Comtesse aux Pieds Nus !  Et avec quels réalisateurs prestigieux !

*  Les  40 premiers aussi !  Mais les rôles qu’ils me donnaient étaient uniquement des rôles de potiche sexy  !   Quatre personnages de premier plan, ça fait une carrière bien mince !   A dix ans, Shirley Temple en avait tourné le double  !

*   Votre carrière ne fait que commencer mais elle sera immense.

 

 

Elle  a finalement choisi la robe rouge.   Dans un bruissement soyeux elle va à la fenêtre  et soupire :

 

*  C’est ma sœur et mon beau-frère qui doivent être fiers, ce sont eux qui ont tout déclenché…  Je n’ai plus le temps d’aller les voir.

Le succès rend ingrat, vous savez ?

 

La pièce est soudain plongée dans l’obscurité.  Le soleil a dû plonger derrière les collines.  Je rejoins AVA près de la baie vitrée mais elle n’est plus là.

Dehors, les lampadaires du parc se sont allumés.  Le ciel a pris des nuances violet sombre au-dessus du halo rouge qui surplombe Madrid.

 

 

 

oupee.jpgAva Gardner tournera encore une vingtaine de films, terminant sa carrière sur des séries B, des peplums ou des soap.

Elle était née un 24 décembre 1922, elle mourut le 25 janvier 1990 d’une pneumonie, chez elle à Londres.  Elle  venait de terminer ses Mémoires.

 Elle aurait aujourd’hui juste 90 ans…

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AVA GARDNER, L'INOUBLIABLE

Publié le par Miss Comédie

V

Pour finir l’année en beauté, une star née le 24 décembre, et quelle star !    Interview imaginaire…

 


 

 

 Annex---Gardner--Ava-.jpgJuillet 1955.  La Moraleja, superbe propriété près de Madrid.

Ava Gardner vient de s’y installer après le succès planétaire de  La Comtesse aux pieds nus, , une histoire qui lui ressemble.

Elle a 33 ans.  Elle n’a jamais été aussi belle.  Avec Luis Miguel Dominguin son amant du jour, elle forme un couple éblouissant. 

C’est le soir. Dans sa chambre, elle essaie des robes pour la soirée donnée au Palacio Real  où elle rencontrera Picasso, Hemingway et Otto Preminge, un trio d’aficionados de tauromachie qu’elle veut séduire au bras de Dominguin.

 

 

 

«   Etes-vous définitivement séparée de Frank Sinatra ?

* Non, malheureusement non.  Nous avons pris -  comment dire …Ava-Gardner-Frank-Sinatra-03.jpg

   une respiration… un an ou deux… après nous verrons.  Nous ne

   pouvons pas vivre en harmonie ensemble.

*  Vous n’avez trouvé l’harmonie avec aucun de vos maris, il semble ?

 

Elle émerge d’un flot de taffetas rouge qui pourrait mettre le feu au Palacio si elle apparaissait ainsi vêtue ce soir.

 

*  L’harmonie, jamais. Ni avec Mickey Rooney, ni avec Artie Shaw, ni avec Frankie.  Mais j’ai toujours gardé leur amitié.  Celle de  mes amants aussi.  J’aime toujours Howard Hughes, qui me harcèle encore, j’aime Robert Taylor, j’aime Clark Gable, je suis un vrai coeur d’artichaut !… Et en ce moment, je suis folle de Luis Miguel Dominguin… vous l’avez vu toréer ?  Il est impérial.

*  Mais quel caractère de cochon !

 

Elle rit et enfile un fourreau en satin blanc.  On croit rêver.  Le plus beau félin de la création.  Elle ondule devant la glace sans la moindre forfanterie, exactement comme un animal.

 

*  Oui, il est déroutant.  Mais pas avec moi. Il se conduit comme un vrai hidalgo avec les femmes… 

* On ne peut pas parler automachie avec lui :  si vous n’êtes pas espagnol vous n’y connaissez rien.

*  C’est vrai.  Picasso l’a bien remis à sa place un jour.  Mais c’est cet orgueil de madrilène.  Manolete était plus modeste, mais il est mort.

* A cause de Dominguin !

 

Elle se retourne, prête à griffer.

 

* Non, pas « à cause ».   Luis Miguel lui a lancé un défi, et le combat a mal tourné pour Manolete.  C’est le Destin.

 

Je change de sujet.

* Il n’y a pas une seule robe noire dans tout ça ?

*  Non, je n’aime pas le noir.  Vous ne me verrez jamais en noir, sauf dans un film évidemment.  Marilyn non plus, ne porte jamais de noir. Il n’y a que les Françaises pour porter cette couleur funèbre.

*  *  De toute façon, quelle que soit la couleur, vous forcez l’admiration.  Une telle perfection, c’est rare.

 

Elle éclate de rire.

 

* Vous n’auriez pas dit ça si vous m’aviez connue à mes débuts !  J’avais un terrible handicap : mon accent de Caroline du Sud.  Longtemps on ne m’a donné que des rôles muets, lorsque j’ouvrais la bouche tout le monde riait.  Il m’a fallu prendre des années de cours de diction pour décrocher de vrais rôles !

 

Son rire s’est arrêté net.

 

*  Rendez-vous compte : j’ai tourné jusqu’à ce jour 44 films. Dans les 40 premiers je suis passée inaperçue.  Je viens seulement d’obtenir le succès, avec les 4 derniers que j’ai tourné…

*  Oui : Les Neiges du Kilimandjaro,  Les Chevaliers de la Table Ronde (tiens ! dans ce film vous portiez du noir !), Mogambo et La Comtesse aux Pieds Nus !  Et avec quels réalisateurs prestigieux !

*  Les  40 premiers aussi !  Mais les rôles qu’ils me donnaient étaient uniquement des rôles de potiche sexy  !   Quatre personnages de premier plan, ça fait une carrière bien mince !   A dix ans, Shirley Temple en avait tourné le double  !

*   Votre carrière ne fait que commencer mais elle sera immense.

 

 

Elle  a finalement choisi la robe rouge.   Dans un bruissement soyeux elle va à la fenêtre  et soupire :

 

*  C’est ma sœur et mon beau-frère qui doivent être fiers, ce sont eux qui ont tout déclenché…  Je n’ai plus le temps d’aller les voir.

Le succès rend ingrat, vous savez ?

 

La pièce est soudain plongée dans l’obscurité.  Le soleil a dû plonger derrière les collines.  Je rejoins AVA près de la baie vitrée mais elle n’est plus là.

Dehors, les lampadaires du parc se sont allumés.  Le ciel a pris des nuances violet sombre au-dessus du halo rouge qui surplombe Madrid.

 

Ava Gardner tournera encore une vingtaine de films, terminant sa carrière sur des séries B, des peplums ou des soap.

Elle était née un 24 décembre 1922, elle mourut le 25 janvier 1990 d’une pneumonie, chez elle à Londres.  Elle  venait de terminer ses Mémoires.

 Elle aurait aujourd’hui juste 90 ans…

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QUAND LISZT JOUAIT CHOPIN

Publié le par Miss Comédie

V


 

 

 

  opera_facade.jpgDans la foule  des specta  t eurs qui s’écoule de l’Opéra de Paris, deux silhouettes se font remarquer par leur élégance et leur beauté.  Et puis, ils sont célèbres, ces deux jeunes musiciens que l’on s’arrache dans les salons.

Frédéric CHOPIN et Franz LISZT au coude à coude, ne perçoivent pas les murmures et les regards tant ils sont enthousiasmés par ce qu’ils viennent de découvrir : L’Italienne à Alger de ROSSINI, un opéra qui a fait la tournée des capitales avec le même succès qu’à sa création à Milan, deux ans plus tôt.


 

 Chopin_280-3ffc2.jpgNous sommes en 1832.   CHOPIN a 22 ans, un an de plus que LISZT.

  Ils viennent d’émigrer à Paris après des débuts prometteurs l’un à Varsovie, l’autre à Weimar. Ils ont rejoint le groupe des Romantiques, musiciens, poètes ou peintres,  la nouvelle génération de la vie artistique européenne.

« Fantastique !  s’exclame CHOPIN, cet Italien a du génie et son Italienne est magnifique !

« Les Italiens sont en train de nous donner des leçons, renchérit LISZT, j’ai été subjugué par un concert de PAGANINI l’an dernier, la virtuosité absolue  !

Ils sont sur l’esplanade de l’Opéra et s’apprêtent à héler un fiacre.

« Oû allons-nous ? demande LISZT.

«  Allons chez moi, je n’ai pas envie de me retrouver à Montmartre dans le bruit,Franz+Liszt+scan00012 d’ailleurs il est tard, nos amis doivent être déjà couchés ou aux quatre coins de Paris !

« Volontiers, je jouerai, si tu le permets, ta 4ème Etude que je n’arrive pas à maîtriser…

« Tais-toi, tu joues mes Etudes comme un dieu…

 

Les voilà au 27 boulevard Poissonnière, dans le petit appartement que CHOPIN a loué en arrivant à Paris. Peu de meubles, mais un piano sur lequel il passe le plus clair de son temps.

LISZT s’y installe tandis que CHOPIN remplit deux verres de cherry.  

 

Il écoute ses Etudes jouées comme personne, pas même lui, ne les joue, avec précision et brio à la fois.  LISZT a une véritable passion pour ces Etudes, au point que CHOPIN les lui a dédiées.

Sur le piano trône un portrait de Franz LISZT, comme un témoignage affiché de leur amitié.

Frédéric tend un verre à Franz, qui s’arrête de jouer et quitte le piano pour se laisser tomber dans un fauteuil.

 

« Alors, comment vont tes amours avec ma muse ? demande CHOPIN avec une pointe d’ironie.

LISZT commence par boire une petite gorgée de sherry puis répond avec indolence :

« La comtesse Platen ?  (il rit)  non, je préfère finalement la jolie Adèle de la Prunarède,… mais…

« Mais ?

« Je viens tout juste de rencontrer une femme mariée qui m’a chaviré le coeur. 

Intéressé, CHOPIN pose son verre.

« Qui est-ce ?

«  Elle s’appelle Marie d’Agout. Elle est froide et somptueuse.marie-d-agoult.gif

CHOPIN éclate de rire.

« Tu es un séducteur !  Cela va te mener sur le pré, méfie-toi !

« Non, les hommes de cette société sont très flattés que les artistes s’intéressent à leurs épouses.

«  Où l’as-tu rencontrée ? C’est bizarre, nous sommes souvent ensemble dans les salons, toi et moi, mais je ne me souviens pas de Marie d’Agout.

«  C’est qu’elle ne pratique pas la coquetterie mais lorsqu’elle s’intéresse à toi, elle sait te le faire savoir !

 

CHOPIN n’a pas encore l’intérêt de son ami pour les femmes, lui ne s’intéresse qu’à la musique.  Les minutes passent et il veut savourer encore le jeu de LISZT pour une fois sans sa cour, pour lui tout seul.

 

« Joue-moi la onzième, Vent d’hiver, veux-tu ? je ne me lasse pas de l’entendre. C’est comme si quelqu’un d’autre l’avait composée, un divin archange musicien…

 

  Bechstein_576_Grand_piano_-Franz_Liszt-_-_Wooden_frame.jpgFranz s’exécute et joue cette Etude qui glisse comme un souffle dans la pièce, ses sonorités cristallines naissent sous ses doigts comme s’il improvisait.

Tout en jouant, LISZT murmure :

« C’est toi, l’archange musicien.  Tu n’as qu’un an de plus que moi et tu as déjà composé deux concertos, aussi beaux l’un que l’autre, et  dont la difficulté d’exécution en décourage plus d’un…

« Arrête de parler en jouant, Franz, tu massacres mon Etude !

 

CHOPIN tend remplit le verre de LISZT et les deux musiciens trinquent joyeusement.

« Un jour je composerai, je le sais.  Mais je dois gagner ma vie en donnant des leçons… Je  fais travailler BACH à mes élèves et je me dis que jamais je ne pourrai égaler ce musicien de génie…

« Mais Franz, ne sois pas velléitaire !  Personne ne pourra jamais égaler Jean Sébastien BACH, il est inspiré par Dieu !  Attend ton heure et pense à tes amours…

 

Il vide son verre et son visage s’assombrit soudain.

« Moi, ce qui m’inspire aujourd’hui, c’est la douleur de savoir que je ne reverrai jamais mon pays, la Pologne…

« Tu  regrettes d’être venu à Paris ?

«  Paris ou Rome… c’est ailleurs.  Je suis né à Varsovie. Je n’y remettrai plus les pieds.

«  Qu’en sais-tu ?

« La Révolution a fait de moi un paria.  Mais je ne regrette pas d’avoir choisi Paris.  On y rencontre des artistes extraordinaires.  Non ?

 

Franz est allé à la fenêtre, on entend des cris dans le boulevard, il l’ouvre et se penche.

« Des émeutiers, on ne sait trop à qui ils s’en prennent… Les Parisiens s’enflamment pour des broutilles…

« C’est vrai.  J’ai été stupéfait de la sauvagerie des spectateurs lors de la première d’HERNANI au Théâtre Français !

« Tu y étais ?

« Oui, avec mon ami DELACROIX.  Lui aussi était très choqué. Nous avons quitté un théâtre en plein chaos pour aller boire un verre chez Ruc, et là aussi, il y avait les pour et les contre, qui se bagarraient, complètement exaltés.

«  Et toi ? Qu’en as-tu pensé ?

« Que c’est une œuvre magnifique ! Un souffle nouveau sur le théâtre !  Le jeune Victor HUGO a toute mon admiration car il était là, debout sur la scène, à exhorter les gens au calme ! 

« Tu vois, tu quittes Varsovie en pleine révolution et à Paris les Anciens se battent contre les Modernes pour des motifs de dramaturgie !

 

Ils rient ensemble et finissent leur troisième verre.  Cette fois, CHOPIN se met au piano et improvise, cherchant la note bleue.

 

 

« Je ne la trouverai pas.  Il faut l’ambiance feutrée, érotique, d’un salon plein d’élégantes qui t’admirent…  Ici ; c’est tellement monacal !

 

Accoudé au piano, Franz considère le beau visage  du jeune CHOPIN.   Son teint pâle et le rose de ses pomettes révèlent déjà la maladie qui l’emportera vingt ans plus tard.  Ses mains fines aux doigts démesurément longs couvrent un tiers du clavier.

«  Tu vas  aller de conquêtes en conquêtes, mon cher Frédéric.  Quel est ton idéal féminin ?

 

CHOPIN s’arrête de jouer, pose ses mains sur ses genoux et son regard devient pensif.  Il finit par s’exprimer, les yeux fixés au plafond.

 

« Et bien… je rêve d’une femme énergique plutôt que belle, une sorte de garçon manqué… tu vois ?  Cela t’étonne ?  Oui, je suis las des évaporées qui battent des cils et ne cherchent que des aventures sans lendemain…

La femme que j’aimerai aura un métier, écrivain, peut-être, elle aimera la musique mais aussi tous les arts et partagera ce goût avec moi.

 

Le  clocher de l’église St Vincent de Paul sonne deux heures. La rue est calme.

Franz Liszt se lève pour prendre congé.

 

« Frédéric, je te laisse à ton rêve d’androgyne. Une dernière question : quel est le défaut que tu pardonnerais volontiers à cette femme ?

 

CHOPIN sans réfléchir, répond avec un sourire :

« Elle fumerait le cigare !

 

 

 

Ce fut quatre ans plus tard que CHOPIN rencontra celle qui fut sa compagne presque jusqu’à sa mort :  George SAND.

Leur passion connut des hauts et des bas jusqu’à leur rupture définitive en 1847.

 

Liszt, lui, filera le parfait amour avec Marie d’Agout, qui lui donnera trois filles, jusqu’à leur séparation à Venise en 1839 et l’entrée dans les ordres de Franz Liszt.

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ALDOUS HUXLEY VISITE HOUELLEBECQ

Publié le par Miss Comédie


 

houellebecq_3.jpgMichel HOUELLEBECQ  fume une cigarette, appuyé contre un rocher sur l’une des innombrables plages qui entourent le village de San José.

Il a choisi de vivre en solitaire dans le Parc naturel de Cabo de Gata en Andalousie, loin des curiosités malsaines et du harcèlement médiatique.

 

Il rêve.  Il repasse son œuvre en mémoire et soupire.  J’ai dit que La

Carte et le Territoire  serait peut-être mon dernier livre.  Pourquoi j’ai dit ça ?  Je n’ai fait que la moitié du travail.  Finalement, c’est dans L’extension du Domaine de la lutte  que j’ai le mieux parlé de la détresse humaine.    Dans Les Particules Elémentaires j’effleurais le sujet, et dans Plateforme   ça se termine dans un bain de sang,  c’était too much.

Et puis, je  m’étendais trop sur le sexe.  Les gens ont cru que ma grande préoccupation était dans mon pantalon. 

Après, dans La Carte et le Territoire, j’ai laissé tomber le sexe mais le livre démarre en catalogue corporatif et finit en  polar. Je ne peux pas rester la-dessus alors que j’ai encore beaucoup à dire sur cette foutue société.

Il faut que j’écrive un grand roman, un qui mérite mieux que le GONCOURT.  Ou qui le mérite vraiment… parce que franchement, La Carte, c’est pas un chef-d’œuvre.

 

 

Plage-de-sainte-anne-bigIl regarde passer un vol groupé de cigognes, dans une formation dont chaque oiseau ne s’écarte pas d’un centimètre de son voisin.

Elles vont vers la France, grand bien leur fasse.  La France  est dans les choux, comme l’Espagne, comme toute l’Europe d’ailleurs.  Et dans quelque temps, la planète entière sera aux abois.  Plus d’argent. Que des chômeurs et des bookmakers.  Quelques nantis blottis dans leurs palais dessinés par WILMOTTE qui ont la trouille d’en sortir  de peur de se faire zigouiller par la racaille.

  Ca me rappelle ce film…Soleil  Vert  je crois, où les gens n’avaient qu’une seule liberté, celle de choisir le moment de leur mort.  On les incinérait et leurs restes servaient à fabriquer des biscuits que l’on distribuait une fois par mois aux hordes affamées.   On leur disait que ces biscuits étaient à base d’algues !

Je ne me souviens plus de la fin.  Il y avait un type  qui  découvrait le truc, mais ça finissait comment ? ?

 

Un  nuage noir insolite passa devant le soleil et la plage fut plongée dans une pénombre cendrée d’où HOUELLEBECQ vit surgir une forme humaine irradiée de lumière.   La forme humaine parla.

 

 

aldous-huxley.jpg« Ca finit mal.  Le héros meurt  sans avoir pu révéler le terrible secret à ses compatriotes Pas de happy end dans Soleil Vert.

 

HOUELLEBECQ arrive à peine à cacher son trouble.  Dites, vous êtes qui, au juste ?

La créature eut un rire rauque.  Un homme mûr, assez beau. Il a un bandeau autour de la gorge.   Il dit : « Je suis ALDOUS  HUXLEY. Vous savez, le m…

«  Oui oui, le Meilleur des Mondes.  Je suis très honoré.  Alors vous venez me voir pourquoi ?

 

« Et bien parce que vous avez posé une question qui m’interpelle, comme on dit aujourd’hui.  Vous m’avez interpelé, je suis venu combler un trou de mémoire, c’est tout.  Je repars au paradis.

 

HOUELLEBECQ tend le bras :

 

« Attendez, . J’ai un autre trou de mémoire.

« Ah oui ? 

« Yes.  Je ne me souviens plus de la fin du Meilleur des Mondes… Ca finit comment, en fait ?

« Mal. Ca finit mal.   Comme Soylent Green.  Et pourquoi, d’après vous ?

« Aucune idée.

Parce que l’humanité n’a pas d’avenir. Elle se détruit elle-même lentement mais sûrement.   Pas si lentement, d’ailleurs. Rendez-vous compte : mon histoire se situe en 2022. A l’époque, ça paraissait des années-lumière, et voilà qu’il vous reste dix ans seulement pour y arriver…

«  Si on va par là, le 1984 de Georges ORWELL  on l’a  dépassé depuis longtemps !   Nous avons déjà  les bébés éprouvette,  la lutte des classes, l’abêtissement social, la surpopulation et l’extinction  des ressources naturelles. 

«  Vous avez la matière pour écrire votre prochain livre ! Qu’est-ce que vous attendez ? Il vous faut aussi un rebelle pour chambouler tout ça, un autre   John le Sauvage comme dans mon histoire, qui rêve de renouveau !…

«  Votre Sauvage finit par se suicider, si je me  souviens bien,

c’est sympa, comme  renouveau.

« Je sais.  J’ai reçu beaucoup de lettres de protestation contre cette fin.  Mais  je ne voyais pas comment finir autrement  !!  En 1931 quand j’ai écrit le livre j’avais déjà 37 ans et je vivais l’entre-deux-guerres avec la phobie  du progrès scientifique galopant, et la crainte du retour de la guerre.  Je voyais la société comme une juxtaposition de groupes et de sous-groupes, et j’ai mis tout cela dans Le Meilleur des Monde…

 

«  Et il n’y avait pas de fin heureuse possible ?

« Je n’en ai pas trouvé.  Je voulais rester pragmatique, ne pas écrire  un conte de fées.  L’histoire était une peinture désespérante de la société, il fallait qu’elle reste désespérante jusqu’à la fin .

 

« Et voilà, vous avez prophétisé sur notre époque.  

« Donc,  votre livre finira mal. comme le mien.   Mais si vous voulez être pris au sérieux,  oubliez les descriptions détaillées des ébats érotiques de vos personnages.

« Ah bon ?

« Oui, vos lecteurs savent tous que vous n’avez pas de problème d’érection, pas la peine d’en rajouter…

 

HOUELLEBECQ tenta une pointe d’humour :

«  Juste un livre sur le  coïtus interruptus  de l’humanité ?

 

 

La phrase tomba dans le vide.   L’apparition  s’évanouissaitt lentement. La plage retrouvait peu à peu sa clarté et  l’écrivain ferma les yeux.  

Il est venu m’apporter la bonne parole.

Appelez-moi Jeanne d’Arc, sauf que je suis pas tout-à-fait puceau.

Qui  suis-je ?  Je suis Michel HOUELLEBECQ, je dois me réveiller de ma longue sieste.

Oui, écrire un nouveau livre qui poserait plein de questions et qui n’obtiendrait  aucune réponse.  Donc, qui finirait mal.

« Pourquoi  moi qui ai réussi dois-je  redouter la lapidation  ?

« Pourquoi nous oblige-t-on à avoir peur de tout  ?

« Pourquoi  nous oblige-t-on  à   être heureux   ?

Et ainsi de suite.

 

Alors qu’il marchait vers le village, escorté d’un chien hirsute qui s’attachait à ses pas,  il pensa qu’il lui fallait maintenant faire un saut à Paris pour récupérer son Mac et son portable qu’il avait volontairement oubliés.   Ensuite, il reviendrait écrire son livre ici, dans le silence.

Et un jour, dans mille ans, il reviendrait sur terre pour combler le trou de mémoire d’un écrivaillon mal dans sa peau, mais là,  il lui faudrait le mot de passe et il ne le connaitrait pas. Chien.jpg

 

 

 

 

 

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MOTS CROISÉS : COMBAT DE CHEFS

Publié le par Miss Comédie

 

 

 

   ROBET  SCIPION VS GEORGES P ÉREC

    

  LivreLa Brasserie Le Vaudeville à Paris, un jour d’octobre 1978. 

Au fond de la salle, une table est occupée par un homme seul, plongé dans la lecture du Point, finit de déjeûner.    C’est Robert SCIPION, l’heureux auteur des mots croisés du Nouvel Observateur.  Ses grilles font le bonheur des bibliophiles érudits de la France entière.   Les fans  font des concours de vitesse pour résoudre ses définitions farfelues.  Le magazine enregistre une hausse significative de son lectorat depuis l’apparition des mots croisés signés Robert SCIPION.

Or, voici qu’il découvre dans le Point une grille qui chatouille son ego : les  définitions machiavéliques sont signées  Georges PEREC, auteur  de best-sellers dont le dernier, LA VIE MODE D’EMPLOI, fait fureur.  Son style est hors normes, un exemple de virtuosité alphabétique.

 

 

Robert SCIPION  n’a pas terminé la lecture de  LA DISPARITION, où l’auteur s’amuse à  oublier la lettre e   tout au long des 26 chapitres  (auxquels il manque le chapitre 5 car « e » est la 5ème lettre de l’alphabet qui en compte 26 ! !!!!  disparition-r.jpg

Ce procédé, qui se répète avec mille variantes d’une profusion inouïe, l’avait mis en fureur.  Indigne d’un véritable écrivain.  Il n’allait pas perdre son temps à relever toutes ses anomalies, étrangetés et autres barbarismes dans ce roman à la noix.  Lui, Robert SCIPION, écrivait de vrais romans, avec un début, une fin, un suspense et toutes les lettres de l’alphabet.

Et voilà que cet énergumène de la plume se mettait aux mots croisés.  Là, au moins, il pouvait s’en donner à coeur joie avec les manipulations de vocables.

 

Robert SCIPION allait se plonger dans la grille du Point qu’il avait en mains, lorsqu’il fut distrait par une altercation en terrasse.  Celle-ci était pleine à craquer et le serveur s’obstinait à refouler un homme barbu, hirsute et mal fagoté pour le diriger vers l’intérieur.

 

 

" Tiens !  c'est Georges PEREC.  Quel drôle de hasard.

 

La table qui lui fut attribuée faisait face à celle de SCIPION. lPerec croises couv-1

Les deux hommes se jetèrent un regard puis l’un reprit sa lecture et l’autre passa sa commande.

 

Un moment plus tard, n’y tenant plus, SCIPION s’avança vers PEREC  et l’apostropha  tout de go :

« Puis-je partager votre saumon, monsieur PEREC ?

«  Dans le sens de la longueur, je veux bien, répondit l’interpelé in petto.

 

SCIPION s’installa sur la chaise face à PEREC et le silence s’installa à son tour quelques minutes, vite meublé par le bruit du meursault coulant dans le verre à eau que tendit PEREC          à son vis-à-vis.  Les deux cruciverbistes trinquèrent sans dire un mot.   Puis Robert SCIPION entra dans le vif du sujet.

 

Scipion«  Vous me faites de l’ombre, avec vos grilles, monsieur PEREC. 


 

Georges PEREC taillait des lanières dans le saumon fumé avec beaucoup d’application.

 

Georges-Perec 4221« Pourtant, c’est à l’ombre des vôtres que j’ai attrapé ce virus… dit-il d’un ton lugubre.

«  Comment ?  Quel virus ?

«  Et bien, le virus des mots croisés.  Vos définitions ont provoqué en moi  une envie irrépressible de croiser les mots  avec vous.

« C’est un croisement dangereux, vous savez.

«  J’ai de bons freins, je ne les ronge jamais.

 

.

« Vos grilles seront de l’imitation en trois lettres !

« Du toc ?  Pas si sûr !  J’ai des lettres, plus que vous croyez !Grille 1


« Vous sauriez faire des jeux de mots sans jeu de mots en douze lettres ?

 

La question est piégeuse.  PEREC hésite.  Mais pas longtemps :

«  Oui, vous voulez dire sans dictionnaire ?   Cette définition, pardonnez-moi, est indigne de vous.  Primaire, je dirais.

 

Vexé,  Robert SCIPION feuillette le  Point et remarque :

« Vos grilles contiennent  beaucoup d’échappatoires… Je compte six cases noires dans une grille de huit par huit.  C’est trop pour un  forcené du palindrome…

grille-2.jpg«  L’idée n’est pas de faire des grilles ouvertes, il faut bien chercher la sortie comme dans un labyrinthe.  Vous aussi, vous leur mettez des cases noires.

«  Oui mais mes grilles font  au moins treize par douze et mes lecteurs sont   des  nouveaux Observateurs !

« Et alors ?

 

«   Ils  savent que mes cases noires sont des chausse-trappes.

«  Moi mes lecteurs ce sont des pointilleux.  Ils aiment avoir des points de repères.

 

Robert SCIPION   boit  la dernière gorgée de son verre de blanc et demande :

«   Votre but est-il d’imaginer des grilles insolubles ou bien de satisfaire la vanité de vos lecteurs ?

 

PEREC boit à son tour et s’essuie la barbe avant de répondre.

 

« Moi, je fais des mots croisés que je ne résoudrais pas moi-même, à moins d’y passer des nuits.  J’ai fait une grille insoluble, vous savez.


« Comment savez-vous qu’elle est insoluble ?grilleinsoluble11-copie-1.gif

 

Georgs PEREC  avait terminé le saumon fumé.  Il fit signe au serveur.

 

« Aucun des collaborateurs de la maison d’édition MAZARINE où j’ai déposé mon  recueil de mots croisés n’a su le résoudre.

Mais vous, le pourriez certainement.   Cette grille  est insoluble pour les lecteurs ordinaires du Point.  Il faut une grande érudition et aussi une certaine habitude de mes manies, pour y arriver.

« Donnez-moi un exemple…

 

 

PEREC  réfléchit.

«  <Le 1  vertical  en neuf lettres :  « une pipe mais pas une sèche ».

«  D’accord, mais il faudrait la grille entière pour trouver !  Dites toujours ?

« Narguileh.   C’est la plus facile de la grille.   Vous auriez pu la trouver en réfléchissant deux minutes.

« Il n’y a pas de quoi en faire une affaire d’Etat !

« En combien de lettres ?

« Treize.

« Fastoche !  Privatisation.Grille 1

« Et :  tube de rouge ?

 

Georges PEREC se caressa la barbe. 

« Alors là, je ne vois pas.

« Internationale.

 

PEREC  éclata de rire.

« Superbe !   Vous êtes aussi fort que moi.

«  Permettez  !  C’est vous qui êtes aussi fort que moi !

 

Le serveur apportait l’addition.   Robert SCIPION se leva, son Point sous le bras.  

«  Mon cher Georges, je  prends congé mais je ne dis pas adieu, en deux mots et huit lettres !

Il  s’éloigne en direction de la sortie et arrivé à la porte, il se retourne et sourit en entendant crier :

« Au revoir !

 

 

Georges PEREC ne publia ses grilles dans Le Point que de 1978 à 1980, deux ans avant sa mort.

Quant à Robert SCIPION il en publia tellement qu’après son décès en 2001 ses grilles  n’en finissent pas d’être rééditées dans Paris-Match, pour le plus grand bonheur des aficionados.

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MES CONVERSATIONS IMAGINAIRES : MODIANO

Publié le par Miss Comédie

PATRICK  MODIANO ET FRANçOISE HARDY

 


Modiano-Hardy.jpg 

Septembre 1969 à Paris.   Patrick MODIANO a 24 ans et Françoise HARDY en a 25.  Ils sont déjà célèbres tous les deux.

 

Elle a voulu l’inviter à déjeûner à La Grande Cascade pour célébrer leur première collaboration professionnelle : l’enregistrement de la chanson Etonnez-moi Benoit, écrite par Patrick.

 Ils ont parlé de tout et de rien, puis ils ont évoqué leur père fantomatique pour elle comme pour lui, leur enfance solitaire, leur mal de vivre, tout cela à demi-mots, entrecoupé de longs moments de silence.

Dehors, ils marchent sous les ombrages mordorés du bois de Boulogne, ils n’ont pas envie de rentrer.  Ils vont jusqu’au lac sillonné de barques, descendent sur l’embarcadère et d’un même élan, sautent dans la barque amarrée là, pour eux.

 

barques.jpgAu milieu du lac,  après les premiers fous rires, l’apprentissage des rames, l’équilibre précaire de la coque, leurs cris de joie se calment, le temps ralentit son cours.

Assis côte à côte ils se laissent envahir par le silence qui les entoure.

Gêné peut-être par cette proximité, Patrick MODIANO relance le dialogue tout en ramant énergiquement.   Il  revient  sur l’objet de leur rencontre.

 

Alors… vous êtes contente ?  Je veux dire… de… de l’enregistrement ?

 -  et il ajoute précipitamment - non, parce que cette chanson est vraiment … comment dire…stupide !

« Pas du tout, la preuve,  c’est celle que j’ai choisie parmi les six autres que me proposait Hugues de Courson !  Je la trouve pleine d’esprit, décalée, rigolote,  elle met une pointe de sel dans mon répertoire à l’eau de rose.

« C’est votre façon de la chanter qui est… qui lui donne…

« … non ! c’est la mélodie de Courson qui colle tellement  au texte… Moi je n’aime pas ma voix.

« Heureusement que le public n’est pas de votre avis… vous vendez énormément de… vous êtes célèbre depuis déjà longtemps…alors que ...vous êtes jeune, c’est ça qui…

« Oui,  c’est venu sans que je fasse rien, les choses se sont enchaînées … comme ça…

 

Patrick, essouflé, pose les rames et respire un grand coup.

« J’arrête un peu… c’est que… mes poumons… je suis un peu tuberculeux, vous savez…. mais ce n’est pas grave !  (il s’empresse de continuer à parler avant qu’elle ne s’apitoie) :

 

« Il paraît que Bob DYLAN vous a… on dit qu’il était très amoureux ?

 

 

Françoise rit.   La barque a dérivé le long de la berge,  une branche s’accroche à ses cheveux, elle les secoue et cela semble fasciner Patrick.

 

Françoise Hardy ph034« Il y a déjà six ans de ça.  C’était à son concert à l’Olympia, il a demandé à ce que j’aille dans sa loge avant le spectacle.  Je ne sais pas ce qu’il pouvait bien me trouver…

« Mais… voyons, vous êtes trop modeste !  Moi, je vous trouve…

 

 

Elle le regarde.   Elle est émue par sa fragilité. 

 

« Vous rentrez chez vous, maintenant ?

«  Oui, enfin… non, pas tout de suite, je vais passer chez Gallimard avant.


«  Vous avez recommencé à écrire ?1Gallimard2

« Oui, je…  ça avance.

« Ca s’appellera  comment ?

« Euh… je crois, peut-être… oui, finalement c’est sûr, ce sera La Ronde de Nuit…. à moins que…

«  Encore un sujet réjouissant, je parie  ?

«   Ben oui, enfin non, c’est-à-dire…pas très réjouissant… Une sorte de…

 

François se met à rire et il l’imite. Leur rire est à la fois enfantin et poignant.

 

« Avec votre premier livre, vous êtes devenu célèbre.  C’est très fort !

« C’est grâce à Raymond QUENEAU,  vous savez.

« L’écrivain ?

« Oui oui, mais il était d’abord professeur… c’était mon professeur de géométrie.  Mais aussi…   Il m’a… c’est grâce à lui que j’ai d’abord eu mon bac et puis… comment dire… le pied à l’étrier…  je veux dire chez Gallimard.

 

Une barque occupée par un couple  les double, le garçon est debout à la façon des gondoliers et il chante une canzonetta napolitaine.

 

Patrick MODIANO paraît soudain  à bout de forces.

« Vous êtes très pâle, Patrick.  Je vais vous raccompagner en voiture.

« Oh non, ce n’est pas la peine, je vais très bien.  C’est juste… le mal de mer, peut-être ?

Ils rient ensemble.

« Il suffira que je sente à nouveau le plancher des vaches… La rue… les pavés… marcheur.jpg

Je préfère marcher.

« Mais c’est loin, chez Gallimard !


« Moi je peux marcher des heures entières dans  Paris. c’est cette magie, en fait.

« Vous habitez toujours quai Conti ?

« Oh non, je suis parti, je ne pouvais plus…  Je change souvent d’endroit. En fait, je ne reste pas souvent chez moi, je sors…

« Vous marchez ?

« Oui c’est ça, je marche.

 

 

  L-EMBARCADERE-DU-LAC--site-.JPG La barque se rapproche de l’embarcadère.   Comme s’il  se rappelait soudain une question qu’il aurait oublié de poser  et tout en aidant Françoise à remonter sur le ponton, il demande, l’air de rien :

 

« Vous êtes heureuse avec votre… avec Jacques Dutronc, je veux dire, si ce n’est pas indiscret ?

 

Françoise  détourne son regard, s’écarte un peu de lui.

« Je préfère ne pas en parler, vous savez.   C’est la chanson de BRASSENS que je chante aussi : Il n’y a pas d’amour heureux.

« Pardonnez-moi.  C’est vrai, il me semble… mais qui sait ?

« Je sais que je finirai ma vie avec lui, malgré tout.  Je le sais. C’est mon destin. 

 

  Ils  sont à nouveau sur la terre ferme.   Ils marchent en silence vers  l’orée du Bois et rejoignent  l’allée de Longchamp.

 

 

« Nous allons nous séparer ici.  Pour aujourd’hui, bien sûr.  Parce que nous nous reverrons, n’est-ce pas ?   

«  Oh bien entendu, nous nous…

« Je vous emmènerai de temps en temps au restaurant…  Parce que, vous savez ?   Mireille  - vous connaissez MIREILLE,  Le Petit Conservatoire de la Chanson, c’est mon Raymond QUENEAU à moi, elle est ma marraine et mon amie avec son mari  Emmanuel BERL -  et bien ils m’ont demandé de veiller à ce que vous vous nourrissiez correctement.  

« Mais, Françoise,   je mange très bien vous savez.

« Des sandwiches au café rue de Condé !  Je connais la musique.  Nous irons marcher dans Paris et puis manger dans des restaurants secrets que je connais.

« `Si vous voulez… C’est  merveilleux… je… merci.

 

 

 

  Grande+Cascade3Ils restent un moment indécis, ne sachant s’ils doivent s’embrasser ou se serrer la main.   Finalement ils se séparent   en  marchant à reculons  avec de grands gestes de la main, 

Il la regarde courir jusqu’au parking de la Grande Cascade.

 Lorsqu’elle a disparu,  Il  reste un moment sur place, le nez en l’air, à observer le vol inexplicable des mouettes dans le ciel parisien.  Puis il se met en marche d’un pas tranquille  vers la Porte Dauphine.

Un an plus tard il épousait Dominique Zehrfüss mais son amitié pour Françoise HARDY est restée intacte.

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BOB DYLAN CRYING IN THE WIND À BERCY

Publié le par Miss Comédie

 

 

 

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17 octobre 2011.  Palais des Sports de  Bercy. L’homme au stetson blanc s’échappe par la sortie de secours.  Il entend  les applaudissements, les sifflets et les cris de son public qui réclame un bis.  Il ne donnera pas de bis.  Il est fatigué.  Il n’est pas satisfait de ce concert.

Il marche le long des couloirs vers l’une des  portes  de derrière,  qui donnent sur la Seine.  Il espère ne croiser personne, aucun garde du corps, aucun fan dissimulé, il veut être seul.

 

141_photo1_1220377192.jpgA  l’extérieur enfin, il aspire une longue bouffée d’air frais et s’allonge sur le mur en pente douce recouvert de gazon qui entoure l’édifice.

Des effluves aquatiques arrivent jusqu’à lui, la Seine est à quelques enjambées.

Bob DYLAN enlève son chapeau, le pose près de lui,  sort de sa poche l’harmonica qui ne le quitte jamais et le porte à ses lèvres.  Les premières notes de Knocking at Heaven’s door s’élèvent dans la nuit. Il ferme les yeux.

 

« Tu as frappé à ma porte et me voilà, dit une voix près de lui.

Bob DYLAN se redresse, furieux.

« Go to hell !

LENNON.jpgL’homme qui lui fait face est John LENNON, il le reconnaît immédiatement.

« Non, je suis très bien au paradis. Mais j’ai quand même écouté ton concert, et je dois dire…

« Oh, stop it, je sais très bien ce que tu vas me dire. It was  bullshit !

« Bob, tu chantes tes anciennes chansons n’importe comment ! On  les reconnaît à peine ! Pourquoi fais-tu ça ?

DYLAN se lève et remet son stetson blanc.  Il s’approche de son vieil ami.

«  Je suis fatigué, John.  J’ai fêté mes soixante dix balais au mois de mai dernier. J’en peux plus.

« Pourquoi continuer les concerts ? Contente-toi des albums, tu en sors un chaque année !

« Tu sais bien que j’ai besoin de mes drogues pour survivre, la scène en est une, la plus toxique.

John LENNON  soupire.

« Et voilà comment l’homme organise   sa perte.  Nous croyons tous être éternels.

 

Ils marchent lentement le long de la berge.

 

Duo.jpg« Tu te souviens de notre première rencontre ?

« Bien sûr, que je me souviens. C’était le 28 aôut 1964 à  New York.

«  Notre première tournée aux US…  Toi, tu étais déjà un titan, la voix  d ’une génération, tes textes avaient du génie. Tu es venu à notre hôtel et nous avons communié ensemble…

« … communié, yeah !  Fumé aussi pas mal !

 

Tous les deux s’esclaffent.

 

francoisdylan.jpg

« L’époque était totalement psych&délique, on ne pouvait pas écrire une ligne sans se shooter.

« Je revenais d’une tournée en Europe où j’ étais tombé amoureux de Brigitte Bardot et  de Françoise Hardy.  C’est loin, tout ça.

 

DYLAN regarde la pâle figure  et la silhouette fluide de son compagnon de route.

 

 «  Tu connais la paix éternelle ?

« Of course, j’ai assez œuvré pour ça…J’ai essayé d’être un bon chrétien. Mais enfin j’aurais préféré attendre un peu.

 

Bob DYLAN s’arrête et ramasse un galet, qu’il jette dans le fleuve en faisant de nombreux ricochets.

« Toi et moi sommes toujours resté en contact.   Lorsque j’ai abandonné la foi judaïque pour devenir chrétien, j’ai écrit une chanson « Gotta serve someone »…

« … et je t’ai répondu avec une chanson : « Serve  Yourself ». Nous étions très mystiques, à l’époque.  

 

DYLAN se fige un instant :

«  Ecoute… tu entends ?  On m’appelle dans un mégaphone… Ils me cherchent partout.  Tell me, John, tu es d’accord que mon concert de ce soir était bloody shit ?

« Yes, really shit, Bob.  J’ai pleuré quand j’ai entendu ta plus belle chanson exécutée à la machette.

« Laquelle ?

« Blowing in the wind.  Massacrée.  J’ai eu pitié de tes fans.

 

Bob DYLAN tire son harmonica et  joue les premières notes, puis chante les paroles sublimes :  trois strophes de  trois vers, trois questions et une réponse : « blowing in the wind ».

 

John LENNON écoute religieusement. Puis il décrète :

« Don’t get around in concert anymore, my friend.  Serve yourself !

 

DYLAN ne répond pas.  Il  paraît soudain tout petit, usé, cassé. Son chapeau blanc  attire  la  lumière  et  rappelle qu’il y a là  une star immense.

 

« Pour moi,  ta plus belle chanson, John, était prémonitoire, yeah, salement prémonitoire, you know.

« Which one ?

« Come together ».  Pourquoi             avoir  mis ces  shot – shot – shot   au début de chaque couplet    ?

John réfléchit.

« Ils s’y sont mis tous seuls, believe me, Bob. It was God’s voice. Lennon-FIN.jpg

 

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MONSTRES SACRÉS

Publié le par Miss Comédie

Les-Grands-Ducs.jpg

 

Le bar du Lutétia à Paris.  L’une des tables du fond de cette salle très sombre est occupée par trois hommes ordinaires dont on entend parfois les rires tonitruants.

En s’approchant, on reconnaît trois monstres sacrés.  Jean-Pierre MARIELLE, Jean ROCHEFORT et Philippe NOIRET ont  échangé quelques plaisanteries avant d’attaquer un  sujet délicat : leur avenir professionnel.

 

« Au chômage en même temps : c’est quand même un signe, non ?  lance Philippe NOIRET avant d’avaler une gorgée de Cheval Blanc.

«  Un mauvais signe, oui ! renchérit Jean ROCHEFORT en s’envoyant une lampée de grand Chablis.

«  Quoi ?  Quel signe ? grogne Jean-Pierre MARIELLE, le nez dans sa coupe de Ruinard.

«  Un signe des temps ! Nous sommes trop vieux, voilà ! ! gémit NOIRET

« Bon, bon, on a pas l’âge de DUJARDIN mais des millions de gens préfèrent Clint EASTWOOD  à DUJARDIN !  proteste MARIELLE.

« Ah ! mais lui, mes amis, ses rôles il les écrit, les produit et les réalise tout seul !  Vous pigez la différence ? Nous autres sommes obligés d’accepter ce qu’on nous propose.  Qui se souviendra de « MEME HEURE L’ANNEE PROCHAINE, mon dernier film ?

« Personne, confirme MARIELLE  en finissant sa coupe.

Il fait signe au serveur.

« Donnez-nous la même chose, en plus grand ! Une grande coupe ! Des grands verres ! Nous avons de grandes capacités, vous savez ?

Le garçon s’éloigne et ils retombent dans leur abattement.

« Et toi, c’est quoi, ton dernier film ?. demande ROCHEFORT à MARIELLE.

 

parfun-d-yvonne-1994-04-g.jpg« Bof !  Un film italien -  parce qu’en France, on me croit  mort –

LES MILLES,  un drame affreux. Politique en plus. Ca compte pour du beurre.  Mon vrai dernier film c’est un LECONTE. Du beau travail.  LE PARFUM D’YVONNE fut mon dernier film puisque je me suicide à la fin.

ROCHEFORT soupire.

« Ah, tourner avec LECONTE .  On en redemande ! . .  Ce mec nous donne envie de baiser la caméra,  non  ?

Il  se tourne vers NOIRET :

« Et toi, alors, ton dernier film ? .

NOIRET aspire la dernière goutte de son bordeaux et répond laconique :

«  Moi c’est LE VIEUX FUSIL.

Eclat de rire général.  ROCHEFORT fulmine :

« Tu te fous de nous.  On a dit le dernier film . T’en as fait peut-être quinze depuis LE VIEUX FUSIL..

NOIRET essuie une larme.

« Non, je vous dis, c’est LE VIEUX FUSIL mon dernier film.

 

Le garçon apporte les consommations.

« Voilà messieurs, désolé, on n’a que ces verres.

« Bon, ça ira, laisse tomber distraitement MARIELLE.

Ils lèvent leurs verres.

« Buvons à nos futurs OSCARS !

Ils trinquent.

NOIRET s’exclame soudain :

« Moi,  je rêve d’un rôle où j’aurais les cheveux frisés et où je pète les pombs ! Je veux montrer que je peux être zinzin !

« Et moi je rêve d’un rôle où je serais un obsédé sexuel dit ROCHEFORT.

«  Moi, je veux jouer en tailleur rose avec des boucles d’oreille ! tonitrue MARIELLE.

Ils éclatent de rire :

« Qui oserait écrire un scénario pareil  ?

« Personne.

 

MARIELLE attrape son manteau et sort de sa poche un calepin en croco qu’il feuillette.

« En parlant de  PATRICE LECONTE, ça me rappelle que j’ai rendez-vous à son bureau mardi prochain…  merde, j’aurais pas dû vous le dire.

« Oui, surtout que moi aussi j’ai rendez-vous mardi  chez lui !

NOIRET se lève :

«  Ah ! messieurs, on ne va pas se battre, mais moi aussi j’ai rendez-vous chez LECONTE mardi, et c’est probablement pour le même film !

«  Et le même rôle !

 

Ils se regardent.

« Est-ce qu’on a le même emploi ?  Moi, je pourrais pas faire du MARIELLE, affirme ROCHEFORT, je ne maîtrise pas la grosse cavalerie !.

« Attendez ! crie MARIELLE très surexcité, c’est forcément PAS pour le même rôle, sinon on aurait rendez vous un jour différent !

 

NOIRET défait sa cravate, il étouffe un peu et suggère :

« Et si c’était pour le même film, mais trois rôles différents ?

ROCHEFORT se lève et profère d’un ton lugubre :

«  Ce serait la fête de la bière ! Le Carnaval à Rio !

MARIELLE se lève à son tour :

« La ressuscitation du docteur Meinthe sur une musique de Charlie

Parker !

 

Ensemble ils lèvent leur verre :

« La tournée des Grands Ducs !Affiche.jpg

 

 

C’est comme ça que les trois compères  se sont retrouvés dans le film le plus délirant, le plus rocambolesque, le plus chahuteur, le plus incroyablement drôle qui est superbement passé inaperçu en son temps : LES GRANDS DUCS de Patrice LECONTE.

Ils l’ont heureusement enregistré en DVD, disponible dans toutes les FNAC.

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JEAN DUJARDIN and the genuine ARTIST

Publié le par Miss Comédie

 

 

Affiche-1.jpgLOS ANGELES, janvier 2012. Cérémonie des Golden Globes.

    jean_dujardin_oss_117_reference.jpgÊchappant à la foule qui se  presse  devant le Beverly –Hilton  de Beverly Hills, Jean DUJARDIN fonce vers sa limousine, entraînant par la main sa fiancée Alexandra LAMY.    Le chauffeur referme les portières et démarre.

Dans l’habitacle, le couple  découvre  avec stupeur qu’un troisième passager est assis sur la banquette qui leur fait face.

Alexandra s’exclame : « Mais c’est ton sosie ! »

 

L’inconnu s’adresse   à DUJARDIN : «  My name is VALENTINO, Rudolph VALENTINO. »

« Pleased to meet you, répond poliment le lauréat de THE ARTIST, qui est quand même sur la défensive.

«  Je parle français, savez-vous ?  Ma mère était française. Félicitations pour votre  trophée.  Je suis fier de mon  interprète, qui s’appelle d’ailleurs George VALENTIN dans le film ! Valentino.jpg

DUJARDIN réalise :

«  Bon dieu, c’est vrai !  

«    Vous avez vu tous mes films pour composer votre personnage ?

«   Euh, non, à vrai dire…  J’ai seulement vu « Le Fils du Cheik » où vous êtes tellement maquillé que…

« Ce film  ne pouvait pas vous être  utile pour votre  rôle.  Il fallait voir  The Wonderful Chance , où  je joue un danseur malchanceux qui rencontre le succès tardivement.  Vous auriez été frappé par notre ressemblance.

 

DUJARDIN éclate de rire.

« Je ne vous ressemble pas du tout !   Je suis viril, moi !

 

  iLAMY.jpgAlexandra  LAMY  insinue :

«  Si, si, il y a quelque chose…   Mais toi, tu es un « Valentino qui rit » !

Si tu te maquillais, avec un turban, et que tu prennes un air tragique, tu pourrais tourner un remake du  Fils du Cheik !

 

DUJARDIN n’est pas d’accord.

« Ce n’est pas parce que THE ARTIST  raconte l’histoire d’un acteur du cinéma muet, qu’il faut faire l’amalgame !    VALENTINO n’a jamais tourné de film parlant. On ne sait même pas s’il parle juste. 

«  Son visage est très expressif, comme le tien !

«  Sauf qu’il ne rit jamais !   Il a peut-être les dents gâtées.

 

VALENTINO proteste :

«  Moi ?  J’ai une dentition splendide, regardez ! (il montre ses dents immaculées)  Quant à vous, monsieur DUJARDIN,  vous riez tellement  que jamais on ne vous confiera de rôles dramatiques, vous êtes un clown !

 

DUJARDIN le prend  très mal.

«  Un clown qui a un GOLDEN GLOBE ! Vous avez eu combien de Golden Globes ?

«  A mon époque il n’existait pas encore ces mascarades où l’on se congratule tout en se haïssant !

 

DUJARDIN suffoque.

« Après une cérémonie où tout le monde s’embrassait !couple.jpg

 

VALENTINO  sans ménagement :

« Oui, on embrassait les vainqueurs …  Mais cette pauvre  Bérénice BEJOT qui était votre exquise partenaire, pas une  récompense ! 

« En tant qu’épouse du réalisateur, on aurait  crié au  favoritisme …

 

Alexandra LAMY est sous le charme de Rudolph VALENTINO.  Elle lui prend la main :

«  Vous êtes mort très jeune, je crois ?

« Oui, à 31 ans.  C’était en 1926,  alors que le premier film parlant allait me donner une nouvelle  chance…     ou me condamner à l’oubli.  Et voilà que vous reprenez le flambeau.

 

DUJARDIN a son sourire éclatant :

«    Vous auriez été magnifique dans ce rôle !   

 VALENTINO soupire :

« Oui, c’était un peu mon histoire… mais moi, je n’avais pas de chien !

 

Ils éclatent de rire.    Jean DUJARDIN  ému, tend la main mais ne rencontre que le vide.

Le chauffeur stoppe devant l’hôtel, descend de voiture et ouvre les portières.

Le couple DUJARDIN descend  le  premier  et attend VALENTINO, mais le chauffeur remonte dans la limousine sans ouvrir la deuxième portière.

Il démarre avec l’ombre de Rudolph VALENTINO  restée sur la banquette arrière.limousine.jpg

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MARTIN SCORSESE : "REVOIR MÉLIES"

Publié le par Miss Comédie

 

 

  Hugo-Cabret-Affiche-1-750x1000.jpg14 décembre 2011.  Le cinéma Le Marignan  à Paris est en train de se vider de ses spectateurs après la première projection de HUGO CABRET,  le dernier   film de Martin SCORSESE.

Dans un des fauteuils du premier rang, celui-ci attend la dernière image du générique de fin pour quitter la salle.  Les lumières s’éteignent peu à peu et le dernier spectateur est sorti.

Martin SCORSESE est seul.  Il est encore sous le charme de ce film qui ne lui ressemble pas.

Soudain une silhouette se profile sur l’écran comme un prolongement du générique et  SCORSESE sursaute car  il reconnaît Georges MELIES – le vrai, pas Ben KINGSLEY qui l’incarne dans son film.

 

 -Melies.jpg« Qu’est-ce qui  vous a pris, Martin SCORSESE, de faire ce film

sur moi  ? Vous devenez passéiste  avec l’âge ?

 

Abasourdi, SCORSESE ne répond rien.   MELIES poursuit  :  Ecran.jpg

 

-  Si j’avais cherché un metteur en scène pour raconter ma vie, j’aurais pensé à plusieurs Français dont j’admire le talent, mais jamais, jamais  à  vous, l’Américain,  l’auteur de TAXI DRIVER  !

 

 SCORSESE.jpgSCORSESE  enchaîne :

-  … et de LA DERNIERE TENTATION DU CHRIST !

 

-  … et de RAGING BULL, des GANGS OF NEW YORK, et de CASINO !    Vous êtes passé maître dans l’éloge de la violence. Et, tout à coup : HUGO CABRET.   Vous avez fait une conversion tardive ?

 

SCORSESE a  maintenant accepté le prodige et trouve même normal que MELIES se manifeste ainsi, s’échappant de sa propre histoire pour lui demander des comptes.

-  Allons, Georges MELIES, vous êtes trop intelligent pour ne pas avoir décelé le vrai ressort du film !

 

-  Le ressort… qui anime l’automate ?

 

Sur l’écran, le rire de MELIES répond  à celui de SCORSESE.

 

-  L’automate,  le mystère du carnet volé, les deux enfants en pleine enquête policière, tout ça… n’est qu’un prétexte pour amener la découverte d’un génie, le vôtre, monsieur MELIES !

  -  Tout ça pour ça !!

  -   Ne faites pas le modeste.  Oui, tout ça pour arriver à replonger dans la magie de votre cinéma.

  -   Cette magie  aurait paru bien pâlotte aux spectateurs si vous ne l’aviez entourée de tous vos préliminaires fantastiques…

  -   Par exemple ?   

 

    HorlogeEt bien,l’effrayante présence des rouages, des ressorts, des mécaniques déréglées, ces escaliers sans fin, ces grilles, cette horloge géante et ce petit  garçon perdu…   Il ne manque que  Robert de Niro pour nous faire croire que Hugo est un enfant de la mafia.  Finalement, mon histoire arrive comme un cheveu sur la soupe !

  SCORSESE s’agite sur son fauteuil :

  -  Comment ?  Votre histoire sauve le film !  Sans vous il ne serait qu’un documentaire sur la vie parisienne  entre deux guerres.   En réalité, Hugo croit chercher son père et il trouve Georges MELIES, le véritable inventeur de l’automate !

 

L’image sur l’écran se voile de brume.   SCIRSESE  se lève :

 

-  Attendez !   Restez encore un peu !   Vous  savez, tous ces préliminaires fantastiques, comme vous dites, ne sont que des artifices ! Les effets spéciaux, comme on les appelle ! Des trucages qui impressionnent mais n’ont pas le quart de la poésie et de la beauté de vos films !… C’est ça que je veux montrer aux gens, c’est ça qu’ils découvrent à la fin avec émerveillement : comment vous pouviez faire rêver un public avec juste des balançoires et des statues vivantes qui s’envolaient dans le ciel…

 

 decor.jpgSur l’écran Georges MELIES s’incline.

 

- Merci, Martin SCORSESE, merci...   J’ai compris. Mais il y a  deux petites  choses qui me chiffonnent dans votre film…

  -  Ah oui  ?   lesquelles ?

  - D’abord, pourquoi m’avoir rendu si méchant au début ?  Jamais je n’aurais malmené un pauvre garçon avec cette violence  !

  -  On comprend à la fin votre impatience… et vous devenez infiniment touchant.

  -  Oui, mais un spectateur qui part avant la fin emporte de moi une opinion désastreuse…

  - Dans mes films, personne ne part avant la fin ! Et quoi d’autre ?

  -  Et bien, voilà, pourquoi avoir organisé cette première pour des spectateurs malvoyants ? Ca n’est pas une bonne publicité pour votre film !

  -  Comment ça, malvoyants ?

  -  Oui, ils portaient tous des lunettes noires !

 

A cet instant, l’écran devient noir et le  rideau rouge tombe.  Les portes de sortie claquent.  Le cinéma va fermer.

SCORSESE n’a pas eu le temps d’expliquer à MELIES le  système 3D… un  trucage  de plus qui l'aurait émerveillé, sans doute...

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SAINT - LAURENT, PRIEZ POUR NOUS !

Publié le par Miss Comédie

 

 

  YSL-priere.jpgIls sont là tous les deux, attendant leur récompense, Yves SAINT-LAURENT et Karl LAGERFELD, sur le podium du concours de stylisme organisé par le Secrétariat  International de la Laine.

Nous sommes en 1954.   Yves SAINT-LAURENT a 18 ans, Karl LAGERFELD en a 21.   Ils portent le même costume sombre, chemise blanche, cravate noire.


 concours003.jpgils sont encore modestes, loin des excentricités qui vont marquer l’ère nouvelle.

Yves SAINT-LAURENT  a remporté le 1er prix dans la catégorie « robes du soir », Karl LAGERFELD le premier prix  dans la catégorie « manteaux ».

Ils sont maintenant armés pour  affronter  la gloire, ce qui ne saurait tarder pour Yves SAINT-LAURENT.  Karl LAGERFELD, lui,  devra attendre beaucoup plus longtemps  la consécration.

Aujourd’hui, ils sont l’un comme l’autre  aussi timides, aussi effarouchés, aussi peu conscient du destin qui les attend.

 

  yves-saint-laurent-h-robe-longue-en-velours-noir-1288866397.jpg- J’aime beaucoup le fourreau noir que vous avez créé, dit Karl de sa voix saccadée aux accents germaniques.

- Merci,  répond  Yves.   Votre manteau jaune est d’une originalité folle.

- Diriez-vous qu’il est « élégant » ?

-  Le manteau est un thème qui m’est moins familier. Mais pour parler de la robe du soir, je dirai que « l’élégance  c’est une robe trop éblouissante pour oser la porter deux fois. »    ( Heureusement, il a vite élargi sa définition de l’élégance…)

Haute couture, hautes sphères. Ils se séparèrent sans état d’âme ce jour—là mais leurs  trajectoires  allaient   se côtoyer avec   panache   au coeur de ces années flamboyantes où la Mode régna sur Paris.

 

 

 

 

 

 

Defile.jpg7 mars 2011. Défilé Prêt à Porter Yves-Saint-Laurent par Stefano Pilati à l’hôtel Salomon de Rothschild.

Comme à chacun des défilés de son successeur, Yves Saint-Laurent se glisse dans l’assistance et assiste à tous les passages.  Il est debout devant le backstage, tendu, nerveux comme il l’a été à chacun de  ses défilés, pendant toute sa carrière.

Aujourd’hui, l’ambiance est électrique car la collection a un bouche-à-oreille très flatteur. Les mannequins  sont parfaites, comme il les aime : hiératiques, racées.

 

Fillesjpg.jpgA côté de lui, une voix murmure :

« Tu as eu la gloire avant moi, mais moi, je suis vivant et je vois mes défilés.

 

 

SAINT-LAURENT sait que son ami Karl l’a toujours  admiré  et  jalousé.

- Crois-moi, Karl, je suis mieux là où je suis.  J’ai  rencontré  la sérénité. Regarde, mes mains ne tremblent plus.

 

- Es-tu satisfait de ton successeur ? 

 

-  Oui. Stefano PILATI  suit mon inspiration.  Il  a tous mes dessins en tête.  Il traduit les désirs des femmes d’aujourd’hui avec mes secrets d’hier.

 

-  Il fait du SAINT-LAURENT comme moi je fais du CHANEL, éternellement.

 

-  Préfèrerais-tu faire du GALLIANO et détruire la notion même de l’élégance ?

 

-  Ah, non !  Il faudra des décennies pour refaire l’image de DIOR.

 

SAINT-LAURENT soupire.

-  Mais est-ce que les femmes souhaitent  toujours  être  élégantes ?  J’en doute.

 

-   Moi non.   J’entre parfois rue Cambon et je vois des femmes qui ne sont pas des milliardaires, les yeux brillants en enfilant une de mes vestes. 

 

-  Tu as raison.    Regarde  le succès que remporte cette collection : les clientes du premier rang sont éblouies,  alors qu’on les croyait ciblées rock n’roll  !

Karl applaudit le passage sur le podium d’un manteau spectaculaire en marabout blanc.

-  Sublime.  Tu me bats ! Pardon, Stefano me bat !   Je m’en vais, j’en ai assez vu, tu es encore très présent, Yves.

Yves SAINT-LAURENT le retient :

- Attends !   Dis-moi, est-ce que tu vas toujours dìner à la Coupole avec ta bande ?

Karl ricane.

-  Je n’ai plus de bande, et la Coupole n’est plus dans le vent.

 

SAINT-LAURENT  est parti dans ses souvenirs :  24987-yves-saint-laurent-karl-lagerfeld-copie-1.jpg

- Nous avions toi et moi notre table réservée pour douze ou quinze, nous ne nous mélangions jamais, nos bandes se détestaient  et tout ça finissait au Sept jusqu’au petit matin…

 

-  Je n’ai jamais aimé ces débordements.  Toi, la nuit, tu étais un autre homme.

 

SAINT-LAURENT sourit  :

-  J’essayais d’oublier mes angoisses.  LOULOU DE LA FALAISE me communiquait sa gaîté.    Je viens de la retrouver, c’est un bonheur.  Et toi, Karl ?  Quand viendras-tu ?

 

Karl  émet un grognement de colère et   frappe  YVES  de son gant.

-  Tais-toi !  Ce monde-ci me convient très bien !  Je ne suis pas névrosé comme toi.  Adieu !

 

Karl LAGERFELD quitte le salon d’honneur de l’hôtel alors que les applaudissements frénétiques  saluent la fin du défilé.  

Cet  homme me  fera  toujours  de l’ombre.   Même  quand il est dans les ténèbres.yvessaintlaurent.jpg

 

 

 

 

(ndlr : cette conversation imaginaire est dédiée à Jacqueline et Martin, de la Maison Saint-Laurent, qui ont gardé la mémoire du Maître.)

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TINTIN FACE À TINTIN

Publié le par Miss Comédie

 

  iaffiche.jpg

 

 

Le 22 octobre 2011 jour de l’avant-première du film de Steven SPIELBERG : LES AVENTURES DE TINTIN – LE SECRET DE LA LICORNE à Bruxelles.

 

moulinsart02.jpgDans le salon du château de MOULINSART, la demeure familiale du capitaine HADDOCK,celui-ci reçoit TINTIN, MILOU et DUPONT&DUPOND pour échanger leurs impressions  sur le film. 

Le capitaine a ouvert le meuble-bar et ouvre une bouteille.

 

« Mille sabords, ce SPIELBERG aurait fait un bon capitaine…. j’ai revu la prise de la LICORNE comme si j’y étais… Un  whisky, mes amis ?

 

« Non, capitaine, vous savez que je ne bois que de l’eau.

 

« Nous, volontiers, dit  DUPONT.

« Je dirais même mieux :  volontiers, dit DUPOND.

 

TINTIN paraît soucieux.  Il  se remet  en mémoire les images du film.

« C’est un peu brouillon, vous ne trouvez pas ?   L’écran déborde d’images qui vous sautent à la figure.

 

« Nous, nous sommes très ressemblants ! dit DUPONT.DupondDupont.JPG

« Je dirais même mieux :  très ressemblants, ajoute DUPOND.

 

« Il m’a mis des joues rebondies comme un poupon,soupire TINTIN.  Je suis plus joli dans la BD.

 

  _haddock.jpgLe capitaine HADDOCK  remplit son verre pour la deuxième fois.

« Moi je n’avais pas bu, hein, avant la projection, vous êtes témoins, tous les trois ? Et bien je n’ai pas vu les frères LOISEAU, ces salopards qui squattaient ce château dans l’album…

 

« Non, dans le film, le méchant c’est Yvan IVANOVITCH SACCHARINE… Un nouveau…

 

« Attendez ! Et TOURNESOL ?  Pas de TOURNESOL dans l’histoire, vous trouvez ça normal ?

Il vide son verre.

«  Un autre verre, mes amis ?

Les DUPONT&DUPOND tendent immédiatement leurs verres.  Le capitaine HADDOCK les remplit, se sert une nouvelle rasade et enchaîne :

 

« Et BARNABE ?    J-j-je n’ai pppas  vu  BBBARNABE, mille sabords  !

 

 

TINTIN se lève et tente de leur expliquer.

«  Ecoutez-moi.  HERGE m’avait fait part des idées de SPIELBERG.  Les scénaristes ont mélangé les personnages du CRABE AUX PINCES D’OR et du SECRET DE LA LICORNE. Ils en ont supprimé certains et ajouté d’autres.

 

« Mais enfin, tonne HADDOCK, de quel droit ?  HERGE est un crétin d’avoir laissé faire… hip !

 

« Pourquoi ?  Ca ne change pas l’histoire.   Et nous quatre, sommes plus vrais que nature !

milou.jpg

MILOU se met à aboyer frénétiquement.

« Ah, oui ! J’oubliais MILOU ! Nous cinq, sommes plus vrais que nature…

 

MILOU continue à aboyer, l’air féroce.  TINTIN se met à rire. 

« Je sais, MILOU trouve qu’il a l’air empaillé dans certaines scènes. C’est vrai, non ?

 

« Empaillé ?  Pourtant au marché aux Puces, il se gratte comme un beau diable ! 

« Oui, et je dirai même mieux : comme un beau diable !

 

TINTIN est pensif :

« C’est dans cet album, le onzième, qu’HERGE a dessiné pour la première fois le château de MOULINSART. C’est donc la première fois qu’il nous présente votre demeure ancestrale, capitaine.  Mais comment se fait-il que vous ne connaissiez pas l’existence de la deuxième cave,  derrière le mur de briques ?

 

 

Le capitaine HADDOCK s’est affalé dans un fauteuil et flotte dans un no man’s land.

« Comment ?  La cave ?  Mmmmais je connaissais la cave, c’est là que je venais ch-ch-chercher mon whiskkkky   hip !

 

 

tintin_seul.jpg« Il y a une énigme là-dessous.  Milou, nous allons visiter les sous-sols.

Il se lève, suivi de MILOU frétillant.

Les deux policiers se lèvent à leur tour.

 

« Monsieur TINTIN, nous sommes à vos ordres.

« Nous sommes comme qui dirait à vos ordres, monsieur TINTIN.

 

Ils se dirigent vers l’escalier.  Le capitaine se lève en titubant.

« Où allez-vous, gredins ?   Ma cave est fffffermée à clefs ! J’ai la clef !

 

Ils arrivent devant la porte de la cave et le capitaine HADDOCK se met en devoir d’ouvrir la grosse serrure avec un grand rire :

« Que voulez-vous boire ?  Du rhum des Antilles ? Du scotch irlandais ? J’ai tout ce qu’il vous faut !

Mais TINTIN suivi de ses acolytes s’engouffre dans la pièce humide et sombre en direction d’une porte à demi cachée par une pile de casiers à bouteilles.

 

« Là, derrière cette porte… HERGE m’a dit qu’il y avait de quoi faire capoter le film !  Capitaine, vous avez la clef de cette porte-ci ?

 

Le capitaine se précipite :

« Là aussi il doit y avoir  de l’alcool !  Voyons ça…

Il bascule tous les casiers qui s’effondrent dans un bruit épouvantable de verre cassé et finit par  trouver la bonne clef.

 

« Nous y sommes !  Entrons avant qu’ HERGE arrive, il nous supprimerait de cette planche !

 

Le groupe pénètre dans cette deuxième cave, plus petite et encombrée d’objets hétéroclites.

« De la lumière ! demande TINTIN. 

 

  MILOU saute sur une chaise bancale et aboie en direction de la lucarne  donnant sur les douves.Milou-2.jpg

 

« Là !  Une lampe à pétrole ! Vous avez un briquet, DUPONT ?

 

DUPONT sort son briquet et allume la mèche qui se met à trembloter.   Une faible lumière éclaire la pièce et dévoile la nature des objets entassés en désordre.

Des postes de télévision cabossés, un carton rempli de téléphones portables, des vieux jeans délavés,  une carcasse de MINI COOPER, des fours micro-ondes, des ordinateurs…

TINTIN avise une fusée rouge en miniature posée sur un album intitulé « ON A MARCHÉ SUR LA LUNE ». 

 

« Je sais ! s’exclame TINTIN, ce sont tous les éléments de décor interdits à SPEILBERG pour le tournage !  HERGÉ m’a dit que le réalisateur lui avait promis de garder au film son époque indéterminée.  Il a tenu sa promesse !

 

Des pas résonnent au-dessus d’eux en même temps que la lampe s’éteint.

Ils s’apprêtent à quitter la deuxième cave quand la voix d’HERGE se fait entendre :

« Ah ! Je vous y prends, sacripans !   MOULINSART a des secrets que je garde pour mes prochaines aventures !  TINTIN, tu es trop curieux ! Remontez tous ici !

 

Honteux, ils reprennent place dans le salon, et MILOU gémit doucement en signe de contrition.

« Vous avez aimé le film de SPIELBERG ?Herge.jpg

Tous en chœur :

« Oui oui, c’est bien notre histoire dans LE SECRET DE LA LICORNE !

« Et bien préparez-vous à vous revoir dans LE TRESOR DE RAKKHAM LE ROUGE qui sortira bientôt !  Mais sortez vite de MOULINSART, c’est un château fictif qui ne figurera plus dans les aventures de TINTIN.  Je vais l’effacer… mais vous, je vous garde, vous allez encore faire les quatre cents coups aux quatre coins du monde… pour le plus grand bonheur des enfants de 7 à 77 ans !images-copie-1

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bye bye LOULOU DE LA FALAISE

Publié le par Miss Comédie

 

Avec-Yves.jpg" Pourquoi tu t'en vas si vite, Loulou ?

 

« J’en avais marre de la vie, ça ne m’amusait plus de ne plus être muse !

 

« YVES  SAINT_LAURENT  te manquait ?

 

« Oui, terriblement.  Les bijoux, c’est bien joli, mais ça ne remplace pas la présence charnelle d’Yves, mon meilleur ami.  Il était en perpétuel mouvement et diffusait son énergie créatrice à tout son entourage.  Un homme pareil, quand il disparaît, il vous laisse privée de l’essentiel.

 

«  Tu avais bien encore des amis complices avec qui partager tes regrets ?

 

« Ah, des amis…          oui, quelques-uns…  Marianne FAITHFULL, la sublime… les anciens rockers, mais plus tellement dans la mode.  D’ailleurs, leur vue me terrifiait.  Les voir se ratatiner peu à peu alors que je les avais connus si beaux…

 

« Tu avais encore de belles années devant toi…loulou-de-la-falaise-637x0-2.jpg

 

«  Ah, tu trouves ?   Mes plus belles années sont derrière moi, avec Yves et toute la Mode, quand PARIS était flamboyant et joyeux, plein de femmes étincelantes, d’artistes inspirés et de musiques géniales.   Aujourd’hui les Français s’habillent de gris, tout le monde se ressemble, on ne fait que repasser les mêmes musiques, qu’admirer les mêmes tableaux, et tous les plaisirs sont interdits, on ne fume plus, on ne roule plus des mécaniques sur les autoroutes, on a honte d’être riche, on cache sa Rolls dans son garage, on ne met plus sa fourrure qu’en Suisse….

Je fuis cette époque de prohibition, ah, je ne regrette rien, je n’ai plus ma place ici.  

 

« C’st affreux de t’entendre, LOULOU,  ce monde a encore quelques beaux restes…

 

« Oui, peut-être.          pour ceux qui n’ont pas connu les années glorieuses d’avant Mai 68 !   Nous autres, les vieux hippies, sommes dépassés par votre progrès abrutissant, votre INTERNET. votre FACEBOOK, votre téléphone tactile, tout ça…    Je pars en plein marsme, la crise est partout, vous n’aurez bientôt plus un kopek à mettre en banque d’ailleurs, toutes les banques auront fait faillite, alors ciao !

 

Partie dans son réquisitoire plutôt goguenard, elle s’arrête net, son beau visage pâlit soudain et elle ajoute tristement :

«  Et surtout… surtout !… lorsque votre corps vous échappe, pris en main par le PARASITE UNIVERSEL,  cette saloperie de crabe qui vous enlève peu à peu à l’attraction terrestre…

 

Et je la vois toute entière évanescente, lumineuse, s’élever dans le ciel au-dessus de sa maison, de son jardin,  se fondre dans la lumière crépusculaire de ce samedi de novembre, un bon mois pour mourir, assurément.

Demain j’irai dans sa boutique rue Cambon m’acheter un de ses bijoux,  fleurs de pierres multicolores, un souvenir qui lui ressemblera.images.jpg

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STEVE JOBS, L'INVITÉ DE DIEU

Publié le par Miss Comédie

 

 

pommier.jpgUn jour Dieu le  Père eut l’idée d’aller faire un tour dans le jardin d’Eden qu’il n’avait pas visité depuis longtemps. Quel endroit merveilleux, pensa-t-il, où les hommes auraient pu couler des jours heureux. 

Arrivé devant l’arbre de la science du Bien et du Mal, un magnifique pommier doté de quarante pommes éternellement mûres, il s’aperçut qu’il n’y en avait plus que trente-six.  Il regarda autour de lui et vit, dissimulés dans les bosquets, cinq personnages qui avaient pu se glisser par les grilles ouvertes.

Dieu leur fit signe d’approcher.

« Ce jardin est interdit aux hommes, vous devez le savoir. Mais je suis d’humeur clémente. J’ai une question à vous poser. Chacun de vous devra me donner sa réponse, et méritera peut-être de demeurer ici pour l’éternité.  Ma question est : « Qu’avez-vous fait de la pomme ? »

 

 

adam_eve_xir155365_hi.jpgUn couple se détacha du groupe et s’avança, se tenant par la main, l’air contrit . L’homme prit la parole :

« Seigneur, nous ne sommes pas dignes de revenir dans ce jardin. Nous avons croqué la Pomme.  Mais nous avons largement payé notre  faute et nous espérions…

Dieu l’arrêta :

« Mon pauvre Adam, ton épouse s’est laissé convaincre par Satan

et votre faute a rejailli sur l’humanité jusqu’à la fin des temps. La Pomme a été pour vous le symbole du Mal. Votre place n’est pas dans ce jardin.

 

tell-ch.jpgLe deuxième homme  s’approche :

« Seigneur, si j’aime passionnément la Pomme, c’est qu’elle m’a permis d’épargner la vie de mon enfant.

 

Dieu réfléchit un instant puis déclare :

« Guillaume TELL, t u as eu le courage de viser la pomme si près de la tête de ton fils.  Mais tu as dissimulé sous ta chemise une deuxième flèche que tu destinais au bailli au cas où tu aurais touché l’enfant.  Est-ce vrai ?

-  Oui, Seigneur.  Quel père n’eût pas eu la même idée ?

-  La Pomme t’a a inspiré des idées de revanche et de meurtre. Elle n’a donc pas servi à faire progresser l’humanité.  Je ne peux te permettre de  rester au jardin d’Eden.

 

newton-exps.jpgLe troisième homme prit la parole :

« Seigneur, la Pomme m’est tombée sur la tête et j’ai alors compris le mystère de l’attraction universelle.  J’ai passé ma vie à ouvrir aux hommes de nouveaux horizons.

Dieu posa  sa main sur son épaule :

« Cher  Newton, je te félicite, tu as fait de la Pomme le symbole de la Connaissance.  Reste ici, t u feras encore d’immenses découvertes car tout est mystère sur cette terre.

 

 

 

steve-jobs.jpgLe dernier arrivé au Paradis s’inclina devant Dieu sans mot dire.

« Et toi, STEVE JOBS, qu’as-tu fait de la Pomme ?

Steve JOBS répondit modestement :

« Je n’en ai fait qu’un signe de ralliement. Celui d’un monde nouveau.   Sera-t-il le symbole du Bien ou du Mal ?  Je ne peux pas le dire, Seigneur.

« Et pourquoi l’image de la pomme croquée ?

STEVE  JOBS eut un sourire malicieux.

macbook-air-apple.jpg« Sur chaque capot de mes ordinateurs, il y a un pied de nez à votre sentence, Seigneur.  Adam et Eve ont eu beau croquer la Pomme,  l’homme continuera à évoluer, car la Pomme est faite pour être croquée !

Dieu le Père éclate de rire.

« Tu as raison, Steve.  Et tu as superbement contribué à cette évolution.  Voilà une façon de croquer la Pomme qui fait du bien à tout le monde !

il fait signe à Isaac NEWTON         .

« Restez ensemble dans ce Jardin, autant que vous le désirez.

Vous observerez  la suite des évènements… et je peux vous dire que vous n’êtes pas à l’abri des surprises !

Il s’éloigna tout pensif : décidément, croquer la Pomme, ça peut aider !  Ca m’avait échappé. J’ai peut-être été trop dur avec Adam et Eve…

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PROCOL HARUM BLUFFE ALEXANDRE THARAUD

Publié le par Miss Comédie

 

 

 

 

 

Procol jeunesCette photo, c'était hier. Aujourd'hui nous sommes à Copenhague, le 15 janvier 2011.  La Falkoner Salen est pleine à craquer. Ce soir le groupe PROCOL HARUM  chantera SALTY DOG, GRAND HOTEL, CONQUISTADOR, et… WHITER SHADE OF PALE.

Sur scène, il y aura Gary BROOKER, bien sûr, le fondateur et chanteur du groupe, entouré de quelques-uns des musiciens de la première époque.

On les reconnaîtra facilement : ils sont vieux, entourés  de jeunes recrues qui pourraient être leurs petits-fils .

 

 

Procol harum current 600Gary BROOKER, à la voix inchangée, cette voix qui a donné la chair de poule à des millions de fans depuis 1967, est un monsieur corpulent à cheveux blancs, au visage empâté, et ça fait mal de le voir chanter A WHITER SHADE OF PALE,  le tube de nos vingt ans.

A Copenhague, le public s’en fout, bluffé par le mélange de musiciens classiques et rock dans une symphonie toujours aussi planante.

Ils ont gardé pour la fin ce morceau emblématique d’une époque psychédélique.  La salle les accompagne de leurs mains levées, de leurs chants, toujours les mêmes salles, le même triomphe depuis 44 ans.   Même avec leurs cheveux blancs,  la magie opère de génération en  génération.

 

.

 

   

110115_christian-zwainz.jpgGary BROOKER se fraye un passage dans le bar à vins proche de la salle de concert. Il est entouré de ses proches musiciens.  Leurs visages sont luisants de fatigue mais rayonnants de joie intérieure. La taverne entière leur fait un baroud d’honneur.  

 

 

  tharaud« I must talk to you.

Un jeune homme aux yeux  clairs  barre la route au leader de PROCOL HARUM..  Ses amis sont déjà sur le qui-vive, mais Gary BROOKER  a croisé  le regard du  type qui l’interpelle.

« I know you, Alexandre THARAUD.  Come with me.

Il se détache de son groupe et s’assied à une table à l’écart, invitant l’autre à lui faire face.

 

Ils se regardent.

« Vous avez pillé Jean-Sébastien BACH.

« Disons qu’il m’a inspiré. 

« J’adore ce que vous avez fait de  sa cantate 140, de son 1er prélude, de son aria, dans ce morceau sublime.

« Vous ne l’aviez jamais entendu  ?

« J’avais un an quand il est sorti.  Il y a quelque temps je l’ai entendu un soir dans une fête privée.  Les gens dansaient le slow dessus.  On m’a dit que ça s’appelait A WHITER SHADE OF PALE.  Ce titre m’a intrigué. C’est comme votre nom : PROCOL HARUM, ça vient d’où ?

« On n’est plus sûrs du tout.  Les uns disent que ça vient du latin « au-delà des choses », les autres que c’est le nom du chat d’un de nos copains…

« L’un n’empêche pas l’autre…

« Exact. Ce chat pouvait très bien être un chat philosophe…

« En tout cas aujourd’hui, je comprends votre succès planétaire !

 

L’Anglais hausse les épaules.

« Ce succès planétaire s’arrête à un seul morceau !  Ne nous enviez pas !  Vous êtes, vous, un immense pianiste à la renommée internationale. Vous aurez le même triomphe  à chacun de vos concerts, pour des œuvres différentes, vous pouvez jouer tout le répertoire classique, vous serez ovationné !

Sa voix devient rauque, va-t-il se mettre à pleurer ?gary brooker veux

« Nous, c’est A WHITER SHADE OF PALE, qu’ils demandent, et rien d’autre !  Nous avons essayé de le supprimer de nos concerts, les gens hurlaient ce titre maudit, le reste ne les intéressait pas !

 

 

Alexandre THARAUD  découvre cet aspect de la question : la réussite peut aussi être un sacré boulet. Il est embêté pour Gary mais il ne peut pas vraiment le plaindre.

« C’est quand même agréable, une salle comme ce soir, non ?

Soupir.

« Yeah…Au Danemark ils ne sont pas difficiles, tous les morceaux font un tabac, ici.

« Et en France ?  Pourquoi ne vous produisez-vous pas en France ?

« Nous sommes venus en 2010 mais vous ne l’avez pas su, nous n’avons fait aucune promotion.

« Vous êtes venus ?  Mais où…

« Dans une petite chapelle du Quercy, à l’ABBAYE NOUVELLE de LEOBARD, c’est dans le Lot, près de Gourdon.  Nous n’étions que cinq musiciens, et nous avons joué ça  très moderato.

Alexandre THARAUD sursaute.

« C’est très très étrange, que vous ayez joué là,  quelle coïncidence…

« Quelle coïncidence ?

«  Oui, vous étiez à deux pas de Montcuq, le village où Nino FERRER a vécu ses derniers jours…

« Et alors ?

  nino ferrer« Ben Nino FERRER et PROCOL HARUM, même combat !  Une carrière qui ne laisse qu’un souvenir : LE SUD pour lui, A WHITER SHADE OF PALE pour vous.

« Pas du tout !  Quand nous avons sorti A WHITER  SHADE OF PALE en 67, il était au top avec MIRZA et il chantait LE TELEFON avec le même succès !

« Bien sûr, mais il en était malade !   Il avait fait de très beaux enregistrements qui ne marchaient pas du tout  !  Comme quoi on n’est jamais content du succès que l'on  a.

L’Anglais  fait signe au serveur :

« Give me a Guiness, please.  And for you ?

THARAUD  hésite , il ne boit jamais d’alcool.

« Euh, la même chose.

Ils ont du mal à s’entendre tant la salle est bruyante.  Ils se taisent jusqu’à l’arrivée du serveur avec les deux Guiness débordantes de mousse.

Ils trinquent fraternellement, puis Alexandre THARAUD avoue :

« Je suis incapable de boire ça… Je vous laisse la finir avec vos musiciens, je vous ai un peu trop accaparé.

Il se lève, serre la main de Gary BROOKER.

« Vous savez, vous n’auriez pas dû prendre le nom d’un chat… C’était sûrement un chat noir !  chat noir

 

  (La version que vous entendez est une version récente enregistrée avec l'Orchestre National et 

les choeurs du Danemark.  La voix est à peine changée... quoique.)

 

 

 

 

 

 

 

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JOHNNY HALLYDAY, MARLON BRANDO ET TENNESSEE WILLIAMS

Publié le par Miss Comédie

 

250px-Johnny 1 Cannes

 

 

 

Affiche-Paris.jpgSeptembre 2011.  Dans sa loge du théâtre Edouard VII, Johnny HALLYDAY tremble.  Le fauve n’est pas dans son élément. Seul espoir, que « TENNESSEE » lui porte chance, comme sur la scène du Zénith.

Il va falloir parler, et non chanter.   Johnny éteint la lumière et s’étend sur le canapé. Exercices de relaxation, il connaît.

On frappe à la porte.  Qui a pu franchir les barrages  interdisant l’accès à la loge ?  Johnny se redresse, furieux .

La porte s’ouvre, une ombre se glisse dans l’ombre, vient s’asseoir sur le fauteuil  devant la table de maquillage.

« Qui êtes-vous ?

« Take it easy, boy.  I am Marlon BRANDO. I juste come to talk to you.

« Pourquoi ?  Dégage.

« Okay, tu vas jouer Tennessee ?

« Ouais. Et alors ?

«  Ecoute-moi deux minutes. Je suis monté sur scène pour la première fois  à Broadway en 1947.  C’était pour jouer quelque chose de Tennessee WILLIAMS.Brando-Tramway.jpg

 

Johnny se lève, marche vers cette forme massive, assise dans son fauteuil.

 

« Bon alors, comme ça, tu ES Marlon BRANDO  ou tu te fous de ma gueule ?

« I AM Marlon BRANDO, you stupid ass, je me dérange pas souvent pour venir me mêler à vos conneries, mais là… A cause de Tennessee, j’ai voulu voir comment tu allais t’en sortir. 

« Tu jouais quoi ?

« UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR.  Comme toi, trois personnages, une ambiance de folie sur le plateau.  Et le public, en plein orgasme.

Johnny  s’agite.

« N’allume pas la lumière. Ecoute-moi, be good, Johnny.  I love you singing TENNESSEE.   It’s glorious.  But playing TENNESSEE is another fucky  thing.

 

Johnny  s’allonge à nouveau sur le canapé, les coudes derrière la tête.

« Vas-y, partner.  Dis-moi comment il faut faire.  Je meurs deJohnny-trac.jpg trac.

 

Marlon BRANDO éclate d’un rire tonitruant.

 

« Moi aussi, je mourais de trac.  Je ne connaissais rien au théâtre. J’avais fait savoir à Elia KAZAN, le metteur en scène, qui me voulait absolument, que je refusais le rôle.  Il m’a fait signer quand même.

« Et comment ça s’est passé ?

« J’ai joué au feeling.  Tu es chanteur, tu connais la recette pour « avoir » ton public. C’est un atout énorme.  Prends ton public à bras le corps, ne le fuis pas.  Un spectateur de théâtre est aussi sentimental qu’un spectateur de concert. Tu as beaucoup de texte, c’est sûr, chez Tennessee on n’arrête pas de jacter… tu l’as bien en tête ?

« En tête, en tête, ouais et non, je sais pas moi, je l’ai répété des nuits entières, mais voilà, je suis pas à l’abri d’un trou !

«

« Rien à foutre, un trou !  Tu reprends vite pied. Tes partenaires t’aideront.

Moi, j’en ai eu quatre ou cinq, de trousj  j’improvisais, et Jessica TANDY qui jouait Blanche me renvoyait la balle.   Sutout, n’essaie pas de chercher les mots du texte, remplace-les par d’autres, les tiens !  Ton metteur en scène n’est pas trop à cheval  ?

«  Non, Bernard MURAT ça va, mais le public ?  je ne veux pas décevoir mon public . 

 

« Tu ne peux pas le décevoir.  Le public adore les types  qui ont du culot. Tout d’un coup, il va voir un nouveau Johnny HALLYDAY. Ca, ça leur plait. Ils en redemandent.  Fais-leur ton numéro d’acteur !

 

Ils se taisent un moment.  Le haut-parleur annonce : lever de rideau dans quinze minutes…

« Johnny, je vais te laisser.  Je serai dans les coulisses, comme Elia KAZAN était pour moi, à Broadway.  On a eu la victoire, un succès énorme !

Johnny HALLYDAY crie :

« Brando, tu avais 23 ans ! Toute la vie pour te remettre d’un bide ! Moi j’ai soixante balais !

Brando répond sur le même ton :

« Tu as l’âge du rôle, non ?  Tu es  un géant, Johnny, exactement le type que TENNESSEE WILLIAMS réclame pour ses pièces.

 

Johnny HALLYDAY se lève.

  

 « Je suis prêt.  Merci pour les conseils, Parrain.

 

Il rallume la lumière.  Dans le fauteuil, Marlon BRANDO a laissé une fleur de tiaré.

 

 

 

 

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LAURENCE OLIVIER, VIVIEN LEIGH et....

Publié le par Miss Comédie

 

 

ETRE OU NE PAS ÊTRE HAMLET

 

 

 

hamlet.jpgJuillet  2011.  La cour d’honneur du château de GRIGNAN dans la Drôme.  La nuit est claire mais le mistral souffle et les spectateurs frissonnent autant de froid que de terreur devant le spectacle de la folie d’HAMLET que joue Philippe TORRETON.

Deux spectateurs non autorisés arpentent les terrasses qui dominent la cour, leurs voix se perdent  dans le vent du nord.

 

chateau.jpgLaurence OLIVIER se souvient du décor de l’Old VIC Theater à Londres  où il joua HAMLET pour la première fois en 1938.

« Un vieux théâtre délabré près de la gare de Waterloo, un quartier mal famé où l’on n’osait pas entrer dans un pub pour boire une bière après le spectacle…. Ici, c’est un paradis pour les acteurs !

« Oui, enfin, s’il n’y avait pas ce foutu vent !  gémit   Vivien LEIGH.

« Toujours à te plaindre…Tu ne changeras jamais. Regarde donc le spectacle !

 

Les deux amants se penchent dangereusement par-dessus les épaisses murailles.

« Ils ont rempli la cour à ras bord !  Look, il y a des gens qui n’ont pas pu entrer, ils sont des centaines dans la petite rue… 

«  L’affiche est barrée : c’est complet jusqu’à la fin.

« Il doit y avoir des amoureux de Shakespeare frustrés…

« C’est la loi des grands nombres !  Et dans ce petit espace, ne peuvent être admis que ceux qui ont réservé dès les premiers jours…

« … et certains privilégiés…

« Ca donne ça :  « Allo ? Je voudrais réserver… On vous coupe : « c’est complet, madame ! » Elle insiste « mais c’est pour fin Août… C’est complet jusqu’à la fin. Au revoir madame.  Elle n’a pas donné son nom, c’est une inconnue, on ne lui vendra pas les places disponibles du premier rang.

« 0n a peine à imaginer que dans quelques jours le village de GRIGNAN retombera dans le silence et les ruelles seront désertes.

 

Ils sont sur le toit de la Collégiale.  La vue s’étend jusqu’aux monts de la Lance, la plaine est tranquille, un parfum de lavale couple 1nde monte jusqu’à eux.

On entend les bribes d’une réplique d’OPHELIE qui s’effiloche dans le vent.  Elle est minuscule, face à HAMLET qui l’invective.  La voix puissante de TORRETON domine le bruit des rafales.

Ils se serrent l'un contre l'autre. Laurence OLIVIER murmure :

"Te souviens-tu, mon Ophélie, comme nous nous sommes déchirés dans cette scène ?

"Oui, mon Hamlet, tout ça a très mal fini.


 

 

 

 

 

Et puis, à quelques mètres du couple, dans l’ombre de la terrasse, une autre voix s’élève :

«  Bel organe, le TORRETON, tu ne trouves pas, Gad ?

C’est  Edouard  BAER.  Avec son compère Gad ELMALEH ils s’amusent à lancer des cocottes en papier sur la scène.  Avec le vent, certaines atterrissent sur la tête des spectateurs  interloqués.

 

« Ils croient que c’est dans la mise en scène ! s’esclaffe Edouard.

« Ah !   HAMLET en a reçu une dans le cou ! Il pipe pas, le bougre !

« Comment va-t-il se sortir de to be or not to be ?  Ecoute bien, Gad !

 

Laurence OLIVIER s’approche :

« Vous aussi vous avez joué HAMLET ?

Gad ELMALEH désigne Edouard BAER :

« C’est lui. Il a joué HAMLETaux Bouffes du Nord, qui est un peu l’équivalent parisien du Old Vic Theater, n’est-ce pas ? Et ce soir…

Edouard s’interpose :

s aec04 - cm - - edouard baer - 1 - 048« Ce soir je suis la doublure de Philippe TORRETON. A la moindre défaillance, je saute sur le plateau.  Et là, vous verrez un HAMLET …grandiose, unique, irremplaçable.

« Mais pourquoi vous lancez des…

« C’est censé être les âmes de tous ces morts qu’il va y avoir sur scène :

Polonius 

 , Claudius, Laerte, et finalement Hamlet.  Mais… vous êtes Laurence OLIVIER ?

« Yes I am.

«  Pleased to meet you.  My name is BAER, Edward BAER THE FIRST.

Ils se serrent la main.

gad web p« Et lui c’est  Coco, mon partenaire chouchou. Son nom est ELMALEH, Gad ELMALEH.

« Enchanté.

« Alors, vous, illustrissime Mr OLIVIER, vous avez traité le monologue to be or not to be sur quel mode ?

« Well… au théâtre je l’ai traité sur le mode  furioso, et dans mon film HAMLET, je l’ai joué pianissimo.  Et vous ?

« Et bien, moi j’ai choisi de mélanger les deux. Un mot très très fort, le mot suivant inaudible. Cela maintient l’attention des spectateurs, car cette tirade est un peu lassante, vous êtes d’accord ?

Pas de réponse. Une rafale plus forte que les autres soulève un nuage de poussière sur les dalles de la terrasse. Ils sont seuls.Chateau-de-Grignan_carrousel_gallery.jpg

 

 

 

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STANLEY KUBRICK & ORSON WELLES, rencontre

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kubrick80.jpgOctobre 1978.  Childwickbury House (Hertfirdsgure) au sud de Londres. Dans son manoir entouré de bois et protégé comme une forteresse, Stanley KUBRICK travaille sur le montage de son prochain film SHINING.  Il est de mauvais poil. Stephen KING, l’auteur du roman qui a inspiré le film, vient de lui renvoyer  le scénario : il ne l’aime pas.  Il ne retrouve plus rien de son roman, à part les personnages principaux et l’hôtel hanté. Il lui a fait savoir qu’il refusait de figurer au générique du film. La tuile, car Stephen KING est un écrivain phare aux US.

 

 

200px-20050613-007-childwickbury.jpgDans la salle de montage installée dans les écuries du manoir, KUBRICK est assis dans l’ombre et repasse en boucle la scène  où Wendy et son fils Dannys s’engouffrent dans le labyyrinthe.

 

labyrinthe.jpg« Il n’y a pas assez de menace dans ce labyrinthe !  On les croit à la fête foraine…

KUBRICK se retourne.

« Si tu t’occupais de ta  promo de FILMING OTHELLO et me laisses avec mon labyrinthe…

« Stanley, ne le prend pas mal,  mais question labyrinthes, je m’y connais ! Tu te souviens peut-être de mon film LA DAME DE SHANGAÏ ?

 

miroirs.jpg« Ah oui ! La tuerie dans le labyrinthe de miroirs…

« Avoue que c’était un autre traquenard  que tes couloirs en feuillages.

« Mais enfin, on n’est pas dans le même univers, Orson ! Je fais un film d’horreur où l’horreur ne doit pas se voir, mais se deviner, se faire attendre jusqu’à l’insupportable, je ne veux pas d’effets visuels qui casseraient la tension nerveuse !

« OK. Mais ton labyrinthe est quand même très accueillant !

« Stephen KING ne le trouve pas accueillant, il le trouve inepte ainsi que l’ensemble de mon scénario, et il est furieux que j’aie changé la fin.

« Je le comprends un peu !

«  Dans son livre Jack meurt dans l’incendie de l’hôtel, et moi je le fais mourir gelé dans le labyrinthe.

Orson WELLES éclate de rire.

« Oui, c’est carrément l’esprit de contradiction !

« Je le fais comme je le sens.

« Tu enchaînes des films qui n’ont aucun point commun. Après BARRY LYNDON, tu passes au film d’horreur…

« Ne me parle pas de BARRY LYNDON, le plus beau bide de ma carrière. Tu n’as

jamais connu ça, toi.

« Moi ?  Et mon DON QUICOTTE qui n’a jamais vu le jour, c’est pire !  Moi, après CITIZEN KANE, j’ai cru que le monde m’appartenait. J’ai pris un ego de pharaon.  Fais gaffe :  si tu fais un succès mondial, tu ne seras plus jamais satisfait.   Tu seras condamné au succès.  Tu passeras le restant de ta vie suspendu au box-office. C’est ce qui m’est arrivé.   Après CITIZEN KANE je n’ai fait que descendre.   Et ça ne tient pas à la qualité du film ! Non, c’est seulement que le hasard est maître du jeu.

 

citizen-kane.jpgKUBRICK hoche la tête.

« Je sais. Moi, j’attend mon CITIZEN KANE, film après film mais chacun d’eux est un remède à mes tourments.  Ca me suffit.  Je méprise la profession et ses honneurs.

« Tu dis ça mais tu aimerais bien présider le jury des Césars ou du Festival de Cannes ! Je t’assure que c’est assez plaisant !

 

KUBRICK hausse les épaules.  Il débranche la table de montage et prend Orson WELLES par le bras.

 

« Allez, on rentre. J’ai un bourbon d’Ecosse hors d’âge.  Toi et moi, nous avons renoncé à la silhouette Beau Brummel, tu pèses combien ?

« J’ai dépassé les cent kilos mais je mesure quelques inches Avec-Rita.jpgde plus que toi !

« J’avais dix ans quand tu as affolé les Etats-Unis avec ton canular radiophonique Les Martiens arrivent sur terre ! A l’époque tu étais beau comme un jeune premier, et un peu plus tard quand tu filais le parfait amour avec Rita HAYWORTH, je t’enviais  beaucoup.  Moi j’ai toujours été laid.

«  Veinard, tu ne t’es pas vu vieillir. Et tu as gardé ta femme. Moi, elles m’ont toutes quitté, même Jeanne MOREAU !

 

 

Sortant de la salle de montage,  ils marchent dans le parc éclairé par la lune, entourés d’un monde végétal envahissant et protecteur à la fois. Le monde de KUBRICK  Après un moment d’un silence fraternel, Orson demande :

« Tu as quel âge, Stanley ?

« Cinquante ans.

« J’ai 13 ans de plus que toi et je suis au bout du rouleau.  J’ai tourné mon dernier film il y a trois ans. C’est fini. J’arrête.  Plus envie.

 

Dans le fumoir, KUBRICK sert un verre de bourbon à Orson WELLES qui allume son dixième cigare de la journée.

 

« Orson, tu feras d’autres films.  F COMME FAKE n’est pas une conclusion.

 

vérités et mansonges

« Mais si ! Justement ! VERITÉS ET MENSONGES le titre français, le dit bien ! Je suis un prestidigitateur et je raconte l’histoire du plus grand faussaire de tous les temps Elmyr DE HORY, dont les copies de grands maîtres ont trompé les experts du monde entier.  Tout ici-bas n’est que mensonge mais l’illusion est universelle.

 KUBRICK l’a  écouté attentivement.

« Je te rejoins complètement. Mon dernier film sera semblable au tien. Je l’appellerai EYES WIDE SHUT et personne n’y comprendra rien.

Orson WELLES lève son verre , il lance un défi à KUBRICK :

« Je te parie que tu n’oseras pas terminer le film sur un mot-clé qui sera ta conclusion claire et nette !

« Quel mot, Orson ?

« FUCK !

 

Ils trinquent en riant et boivent leur whisky cul sec. Le pari a été tenu. Eyes-wide-shut.jpg

 

 

 

 

 

.

 

 

 

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ALFRED HITCHCOCK IN THE BACKSTAGE

Publié le par Miss Comédie

 

 

Hitchcock-1.jpgVendredi 1er Juillet 2011.  La Tour Sainte-Marie, en haut du Rocher de Monaco. C’est la tour où flotte l’étendard indiquant la présence du Souverain dans le Palais.

La silhouette d’un petit homme obèse tout vêtu de noir se détache sur les pierres blanches de la tour. Il scrute  le fabuleux décor de la Principauté avec ses constructions vertigineuses derrière le petit port hérissé de mâts.

 

Tour-SteMarie.jpg« C’est  le souvenir de VERTIGO, qui vous a conduit jusqu’ici, Mr. HITCHCOCK ?

 

il se retourne, nullement étonné.

« Sûrement, oui, mais aussi cette vue d’ensemble.  Je cherche à apercevoir la limousine de Grace KELLY arrivant au mariage d’ALBERT.

albert-.jpg« Mais qui vous dit qu’elle  doit y assister  ?

« C’est la mère du marié, que je sache !  Elle sera là, soyez-en sûre.  Et moi, j’assisterai à ce mariage comme j’ai assisté à son union avec le Prince RAINIER en 1956.

«  Vous veniez de tourner ensemble LA MAIN AU COLLET…Grace-Kelly.jpg

« Oui… ce fut son dernier tournage. 

« Ce film avait pour décor la RIVIERA, une sorte de présage…

« Oui, et la course  poursuite…sur la Moyenne Corniche,  présageait  la fin tragique de ma petite  Grace… il y a de la sorcellerie là-dessous, je l’ai toujours pensé !

« Elle aurait dû épouser le comte Oleg CASSINI…

« Ce vieux chnoque ?  Non, non.  Elle aurait dû rester actrice.

 

HITCHCOCK sort un mouchoir et s’éponge le front. 

« C’est une fournaise, ici !  Je vais redescendre. Vous venez, nous allons boire quelque chose à l’hôtel de Paris, je la verrai mieux arriver.

« D’accord,   je vous  attend  en bas.

 

Je le précède dans l’étroit escalier qu’il entreprend de descendre laborieusement.    Cet exercice l’a épuisé,  Il  renonce à traverser la ville.

 

« Vous m’excuserez, je vais disparaître juste le temps du trajet jusqu’à la place du Casino.   Mon esprit est plus léger que l’air, sorti de mon corps  !

 

Quelques instants plus tard, installés dans un coin du bar devant deux coca-whiskies.

 

« C’est insensé, Albert ne veut pas se marier dans la cathédrale, comme ses parents !

«  Trop petite…

« Ridiculous… En 56 il y avait dedans la moitié de la planète de têtes couronnées… Seulement  voilà, , il veut que le PEUPLE monégasque entier  assiste au mariage !  Insensé…  Il aurait pu y avoir un magnifique lâcher d’oiseaux qui auraient envahi  la nef et semé la terreur, cela aurait fait un mariage inoubliable !  Vous imaginez ?

« Assez bien, oui… mais Grace n’aurait pas apprécié…

 

oiseaux.jpgHITCHCOCK  s’enflamme en imaginant la scène.

« Je regrette de n’avoir pas tourné une scène des OISEAUX dans une cathédrale… Avec les cris des oiseaux qui se mêlent aux grandes orgues, et la panique des fidèles, et le prêtre qui invoque le Seigneur, et… ah, vraiment, je regrette.

« Vous avez d’autres regrets, Mr. HITCHCOCK ?

«  Oui, j’aurais voulu faire revenir des personnages célèbres dans un de mes films, comme l’a fait Woody ALLEN dans MIDNIGHT IN PARIS !  Mais moi, j’aurais mis un meurtre, là-dedans !

« Et qui auriez-vous fait revenir ?

« Oh…  Shakespeare, mon idôle, et tous les poètes de ma jeunesse universitaire à Londres : COLERIDGE, Lord BYRON, et mon inspiratrice Agatha CHRISTIE, disparue quatre ans avant moi ! 

« On dit que si vous n’êtes pas attiré par les femmes c’est parce que vous n’avez pas de nombril !

« Qui vous a dit ça ?   J’ai un nombril comme tout le monde, mais il a été recousu après une opération. Quant à ne pas être attiré par les femmes, c’est tout à fait faux ! Je n’aime pas les femmes qui s’affichent, c’est tout.

« Vous avez refusé de tourner avec Marilyn  MONROE ?

« Oui.  Miss MONROE was too sexy.  Cela enlève tout le mystère d’une intrigue.

« Et cela peut faire naître des tentations…

« No no, no temptation for me !  J’ai une femme que j’aime, Alma, c’est la seule qui compte.   j’ai eu un petit faible pour votre Claude JADE, en 68 ie démon de minuit, I suppose ?

« Pourquoi cette fascination pour les films de’épouvante ?

« J’ai fait le premier par hasard, et comme il a marché, j’ai continué…

« Moi, celui qui m’a le plus marquée, c’est VERTIGO.  Est-ce que c’est la même actrice qui joue Madeleine et Judy ?

« Mais évidemment, pauvre sotte ! Vous n’avez pas reconnu Kim NOVAK ?

« Oui, mais…  alors, on ne voit jamais la vraie femme de Ferguson ?

« Oh my God, vous n’avez rien compris au film !   Comment pouvez-vous l’apprécier ?

« C’est justement parce que je n’y ai rien compris.

 

HITCHCOCK se lève et se précipite vers la sortie :

« Elle arrive !  Elle est là !   Je vais la retrouver, vous voulez bien payer ma consommation ?

Je le vois sortir de l’hôtel, descendre les marches péniblement en soufflant.

La portière d’une  limo  blanche s’ouvre, comme une invite.  Il s’y engouffre et la voiture s’éloigne lentement en direction du Palais.

Palais.jpg

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DALI, GÉNIE SINUSOÏDAL

Publié le par Miss Comédie

 

 

 

Dali-1.jpgNous sommes toujours dans la suite 116 de l’hôtel Martinez à Cannes, après la présentation de MIDNIGHT IN PARIS. 

Woody ALLEN est toujours enfermé dans la salle de bains après son règlement de comptes avec PICASSO. (voir Interview Imaginaire précédente).

N’entendant plus aucun bruit, espérant que DALI a suivi PICASSO dans les limbes, il  risque un œil par la porte entrouverte et constate que le salon est vide.

Soulagé mais la gorge sèche,il sort de la salle de bains et va se resservir un verre d’eau minérale qu’il avale d’un trait.  Un courant d’air le surprend : la baie vitrée est ouverte. Un homme est accoudé au balcon et écoute le bruit des vagues.

A l’approche de Woody ALLEN, il  se retourne, c’est DALI.

 

« Eh, hombre ! vous m’avez fait peur !  Qu’est-ce que vous faites là ?

« Excuse-me but  you are in MY room, you know ?

« Ah, si, senor ALLEN  !  Nous avons à parler, tous les deux. Rentrons, por favor.

Woody ALLEN se passe la main sur le front et va en soupirant s’asseoir dans son fauteuil, le même où il a subi l’interrogatoire de PICASSO.woody_allen_1.jpg

« Well, OK, OK, je vous écoute mais soyez bref, je suis épuisé, je tombe de sommeil et demain j’ai un avion à…

« Si, si, ça sera ttrès vite fait, je voulais vous dire que je suis très très déçu.

« I know.

« Vous savez ? Vous avez la double-vue  que j’appelle la paranoïa critique ?

«  Euh, not really, but… allez droit au but !

« Si vous avez la cognition supra-sensorielle, Mr. ALLEN, alors vous devinez la douleur de l’artiste qui entend le mot « rhinocéros » articulé de manière à ridiculiser l’animal et l’objet d’art ?

« …

Rhinoceros.jpg« Vous extrapolez  la profanation que cela représente, le mot « rhinocéros » beuglé comme le ferait le bœuf Apis, par un acteur caricatural, gesticulant, et pitoyable à qui vous avez donné le nom du génial Salvador  Dali de Pubol ?

« …..

« Vous vouliez peut-être faire de la pub subliminale !  No ? (il déclame ) « Je suis fou du chocolat Lanvin, je suis fou du Rhinocéros cosmique », je le répète, je le beugle et tout le monde voudra savoir où est cet animal mythique, le toucher, le voler !  Oui ? Mr. ALLEN ? 

« Euh no, no…

« Mon grand ami PICASSO s’est prosterné devant cette esculture géniale. Mais le grand DALI ne se résume pas à une esculture !!!

Votre pingouin d’acteur aurait pu  beugler « Crucifixion » !    Ou ,  « Portrait de Bunuel » ! pobre Bunuel que vous avez  crétinisé comme moi, ou « Hallucination partielle » !  ou « Portrait de Gala avec deux côtelettes d’agneau sur l’épaule »   No ?   Et si vous aviez planté votre caméra dans l’enceinte du Teatro-Museo de Figueras, là vous aviez   de quoi faire un chef-d’œuvre ! Au lieu de cette galerie de portraits   débiles…

 

Là,  d’un coup, Woody ALLEN en a ras la casquette. Il se lève et fonce vers DALI, rouge de colère.

 

« Now, shut up you stupid genius of my ass !

 

DALI  s’étrangle.  Mais Woody ne le laisse pas parler. Il continue sur un ton de bouledogue :

« J’ai fait plus de films que vous n’avez fait de rhinocéros et je n’

ai pas de leçon à recevoir de vous ni de personne !  

Est-ce que je vais critiquer  les visages au carré de votre ami PICASSO ?   

Et est-ce que je me fend la pêche devant vos montres qui coulent  ? 

 

250px-JuanGris.Portrait of Picassodalimontremolle.jpg« Doucement, Mr. ALLEN.  Je vais vous apprendre la méthode tri-dimensionnelle cosmique…  y tambien…

« Foutaise !  Retournez à votre cinquième dimension comique, ou j’appelle le service de dératisation !

« Alors, tournez un autre film pour rétablir la vérité !

« Et vous voyez qui,  pour jouer votre rôle ?

« Nicolas SARKOZY.  Je ferais le portrait de CARLA nue…

 

 

 

 

 

 

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PICASSO et woody ALLEN

Publié le par Miss Comédie

 

 

 Autoportrait_1907.jpgCannes, vendredi 13 mai 2011.  Deux heures du matin. Woody ALLEN  arrive dans sa suite de l’hôtel Martinez. Il est exténué, la présentation de MIDNIGHT IN PARIS  a été un succès, suivie de mille salamalecs. Il est rôdé, c’est sûr, mais il a 75 ans.

 woody-hotel.jpgIl allume la lumière du salon. Dans l’un des fauteuils est assis un homme.

Woody a un sursaut. Qui est-ce ? Comment est-il entré ?

L’homme n’a pas l’air agressif. Woody  le reconnaît soudain. Il se croit revenu dans son film. Voilà ce que c’est que de jouer avec les voyages dans le  temps.

 

« Mais… vous êtes PICASSO ?

 

L’homme décroise les jambes et se cale un peu mieux dans son fauteuil.

« Claro que si.  Yo soy Pablo PICASSO.   Vous me reconnaissez ?

« Oui, je vous reconnais… mais vous mais je… how do you do ?

« Alors pourquoi les gens ne me reconnaissent pas dans votre film ?

« Euh, well I think they do, but you know it’s difficult to appreciate …

« Vous m’avez donné les traits d’un fantoche.

« Mais Marcial di FONZIO BO est un immense acteur  !

« Caramba !   Il n’a pas ma carrure, mon charisme, mon regard !

 

Woody est anéanti.

I am sorry, sincerely, I believed…Picasso.jpg

« Un film qui doit diffuser mon image physique à des millions de spectateurs… Mes œuvres parlent toutes seules, le monde entier les reconnaît entre mille, mais moi, moi, l’homme PICASSO, croyez-vous que ce ne soit qu’une marionnette ?  J’étais beau, je tombais plus de femmes que vous et je ne me taisais pas, moi !

 

Woody ALLEN  a l’œil qui s’allume. Il récupère vite ce genre de situation.

 

« Oui, oui bien sûr, vous étiez beau. D’ailleurs, combien de femmes avez-vous séduites ?  Je veux dire…  combien,  à peu près ?

PICASSO se frappe le front.

« Séduit ?  Mille, peut-être.  Seulement trois ont compté pour moi. Et celle de votre film, Adriana, nada. Fausse information.

« Oh ? Sorry I read it in a book…

« Tout a été écrit sur moi. Sauf la vérité.  C’est ce qui arrive à tous les mythes.

 

Woody pense à présent à enlever sa veste de smoking, et à ouvrir le mini-bar pour en sortir une bouteille d’eau minérale.

« Vous voulez de l’alcool ?

« Les fantômes ne boivent pas.

 

 

WOODY   avale une gorgée de Badoit et prend un ton de conspirateur.

 

« Listen, Mr. PICASSO, oh, may I call you  Pablo ? Thanks Pablo, il y a quelque chose que je voudrais vraiment savoir …

« … sur le sexe ?

«  No no…

WOODY   cherche ses mots, comme d’habitude.woody-1.jpg

 

« Pablo, j’ai fait beaucoup de films.  Beaucoup moins que vous avez peint des tableaux, beaucoup moins.  Mais quand je les passe en revue dans ma mémoire, maintenant, je me dis…  Lequel  garderais-je si tous les autres devaient disparaître dans la nuit des temps ? 

«   C’est très abstrait comme démarche … et alors  ?  Lequel ?

Woody prend l’air affligé.

«  Aucun !   J’ai l’impression d’avoir perdu mon temps.  Je n’ai rien fait d’important.

 

PICASSO  fixe  WOODY ALLEN de ses yeux noirs de jais.

« Important.  Ce qui est important pour les uns est poussière pour d’autres.

 

WOODY  suit son idée et s’anime :

 

« Alors voilà, ma question est :  Pablo ?  Si vous ne deviez garder qu’une seule toile sur 8000, laquelle garderiez-vous ?   C’est ça ma question, voilà, je vous la pose…  Laquelle ?

 

PICASSO ferme les yeux et prononce un seul mot :

« GUERNICA.

 

 guernica.jpgWoody reste muet.  Il a compris, bien sûr. Pour lui, la vraie question est là, sur l’utilité de l’art et tout ça, mais elle est si complexe  qu’il n’a jamais su par quel bout la prendre.

PICASSO, lui, en une seule toile, a exprimé toute l’horreur de la guerre, de toutes les guerres.

« Cette toile, dit PICASSO, n’était pas faite pour décorer un appartement. C’est une arme de guerre.  Une réponse à Franco qui a pactisé avec les nazis pour bombarder GUERNICA et faire 3000 victimes innocentes.

 

 picasso-mains.jpgWoody ALLEN se recroqueville sur lui-même, dans un état de profond abattement.  PICASSO poursuit  :

«  Ce tableau en a fait blêmir plus d’un, croyez-moi.  Et le premier, Otto Abetz, ambassadeur du régime nazi à Paris, lorsqu’il est venu me visiter dans mon atelier, à la vue d’une reproduction de GUERNICA, saisi d’horreur, après l’avoir minutieusement étudiée, m’a demandé : « C’est vous qui avez fait ça ? » et que j’ai répondu froidement : « Non, c’est vous ! »

 

« Magnifique !  J’aurais voulu écrire ça… magnifique !   WOODY exulte.

 

De glace, PICASSO centinue :

«  Son visage est devenu  blanc de cire et j’ai eu le sentiment d’avoir fait quelque chose pour l’humanité.

 

PICASSO se lève.

« Mr. ALLEN, je pars. Je vous laisse savourer le succès de MIDNIGHT IN PARIS.  Mais vous n’êtes pas couché !   Mon ami  Salvador DALI  ne va pas tarder.  Il est furieux contre vous.

 

WOODY lève les yeux au ciel.dali.jpg

«  Il n’est pas ressemblant ?

«  Il dit que vous en faites un pitre capable de dire un seul mot : rhinocéros ! 

D’ailleurs, le voilà, je me sauve.

Entre DALI, flamboyant dans un costume de satin noir.  PICASSO et lui se tombent dans les bras et s’embrassent.

WOODY ALLEN   en profite pour aller s'enfermer

dans la salle de bains.

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MARGUERITE DURAS, l'art de la démesure

Publié le par Miss Comédie

 

 

 

durasecrireLa discothèque Le Bilboquet, rue Saint-Benoît à Paris. Trois heures du matin.

La piste est encore envahie de danseurs dans une obscurité trouée d’étincelles brillantes et par instant, de lumière noire qui donne un aspect fantasmagorique aux visages et aux vêtements de couleur blanche.

 

Dans un coin reculé de ce sous-sol archi-comble, tout contre le bar, la vieille dame est assise.  Elle est très vieille, son visage est sillonné de rides profondes.

 Elle a les yeux fermés. Elle souffre. Elle boit, souvent, de longues gorgées d’alcool.  DURAS, c’est son nom.  Marguerite DURAS.  C’est elle.

Souvent on peut la voir assise, là.   Revivre, dit-elle.

 

 

 

Piste-danse.jpg« Pourquoi revenir ici, Marguerite Duras ? 

 

Ses yeux fermés, cheveux gris, mains tremblantes.  Bien sûr elle m’a entendue.  Elle n’ouvre pas les yeux. Elle soupire. Elle parle, elle a la voix d’une alcoolique, rauque, elle répond :

 


« Ici  je suis venue si souvent.  Je n’avais qu’à descendre mes troiyann.jpgs étages, là, à côté.  Il y avait toujours à boire.  Ils savaient.  Ils m’ont remontée chez moi, le dern ier jour. Avec Yann. J’ai dit adieu au monde.  C’était trop tôt. 

«  Vous vouliez rester vivante ? Mais vous étiez  détruite  dans l’alcool…

«  Et alors ?  Yann m’aimait ainsi, défigurée.  Je lui disais d’écrire à ma place. Il le faisait. 

«  Il ne vient pas vous tenir compagnie ?

«  Il ne sait pas que je suis là.  Personne ne veut le lui dire. Je l’attend.

 

 

Elle boit.  Elle ferme les yeux.  Elle boit encore.

Avec-sa-mere.jpg

 

« Quel  livre de vous préférez-vous ?

 

Elle se tait.  J’attends longtemps sa réponse.

 

« Il y en a deux. Le premier, BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE, l’ode à ma mère adorée.  Ma mère, le courage. Je l’aimais plus que tout. Et puis  L’AMANT , bien sûr.  J’ai été trahie par le cinéma, honteusement trahie. Mais le roman est à moi, c’est ma vie.  Mon souvenir le plus vrai, le moins faux.

 

« Sur qui, sur quoi écririez-vous aujourd’hui ?

«  J’écrirais la vie d’AlexeÏ STAKKHANOV, le sublime mineur russe.

 

Ses paupières palpitent, elle les ouvre.  Elle est éblouie par le noir mouvant de la piste de danse.

 

« Regardez-les gesticuler. Où est la douce langueur des danses d’INDIA SONG ?    La passion de l’amour, qui connaît encore ce pléonasme racinien ?  Les jeunes s’accouplent comme font les chiens. Sans passion.   Les jeunes ne connaissent plus la passion.  C’est leur nouvelle liberté.   « trop cool », ils disent. Cool.  Le mot de la fin. Rien de trop. Service minimum.  Demandez à STAKHANOV ce qu’il pense du service minimum.  102 tonnes de charbon en six heures, extraites de ses mains..  Il l’a fait.

 

 

« Vous portez des jugements.  Vous condamnez ou vous louez avec excès. Cette pauvre Christine VILLEMIN…

« Par amour j’ai accusé Christine V.  Pour la beauté de son geste sublime.

« Vous déraillez complètement.

« Dérailler, dites-vous.  C’est la priorité.     Pas d’écriture sans dérailler.

Pas de chefs-d’œuvre sans dérailler.

 

Touchée.  Je cherche un point faible.

 

« Des livres comme L’APRÈS-MIDI DE M. ANDESMAS, par exemple ?

 

Experte en moquerie, elle encaisse bien.

 

« Ce n’est pas parce que   M. Etienne de MONTETY  a osé  recopier mon roman en changeant le titre et le nom des personnages, et qu’il a a été refusé par des éditeurs, que le livre était mauvais.

« Pourquoi le même roman signé de vous  avait-il été accepté ?

« Et qui vous dit qu’ils n’ont pas flairé la supercherie ?

 

Auriez-vous écrit différemment si vous n’aviez pas été alcoolique ?

« Non. J’aurais déraillé tout aussi magnifiquement.

 

 

Belle.jpg«   Avez-vous regretté de n’être pas belle ?

«    J’étais belle ! Taisez-vous !  J’étais belle.  Personne ne m’a connue quand j’étais belle.  La célébrité est venue trop tard, avec l’alcool. J’ai perdu mon visage d’enfant.   Mais Yann me trouvait belle.  (Elle se dresse, fixe un point dans le noir)  Ce garçon, là… n’est-ce pas Lui ?

 

 

Marguerite DURAS se lève, chancelle, avance d’un pas et va vers la piste de danse.  Elle mêle sa silhouette improbable aux corps vivants qui l’entourent  Pris dans le  faisceau de  lumière noire    son visage  seul émerge, étrangement dissocié de son corps, il flotte un moment avant de replonger dans l’obscurité éternelle.

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SOPHIA LOREN, bellissima

Publié le par Miss Comédie

 

 

   Sophia_Loren_1.jpgPalme-d-or.jpgMai 2011- Cannes, Festival International du Film.

Où se cache-t-elle ?  Elle ne peut pas ne pas être là,  c’est à Cannes que sa carrière a explosé avec son prix d’interprétation  pour LA CIOCCIARA en 1961.

Attention, elle a 77 ans, n’allons pas chercher du côté de la plage du Martinez où Canal + tient chapelle entouré de starlettes.

Je la trouve au bar du Carlton, pas sur la terrasse bien sûr, mais à l’intérieur , dans une longue robe blanche, cachée derrière d’immenses lunettes noires.

Elle boit un verre de chianti, agite distraitement son éventail. Elle s’ennuie. Pas de journalistes, pas de fans,  elle est seule.  A Cannes, haut lieu des gloires ephémères, on a oublié Sophia LOREN.  Je m’assied près d’elle, elle me sourit.

 

 

« Ca doit faire drôle, de se trouver ici sans avoir  à affronter le bain de foule ?

 

Un peu salaud, comme question, mais quoi, on va pas jouer les autruches.  Elle le sait bien.  Elle agite son éventail avec un petit rire et elle ne s’amuse pas à me détromper.

« Si si, ça fait drôle, enfin drôle, vous dites comme ça quand c’est dramatique ?   Je me dis que je suis bien plus tranquille, que je l’ai tellement souhaité !sophia001.jpg

« A quand remonte votre dernière visite en tant qu’invitée ?


« Moi, je ne rappelle que ma merveilleuse aventure de La CIOCCIARA, en 1961, avec votre BELMONDO !  Un prix d’interprétation, c’était  incroyable !

Mais la dernière fois c’était en 2002 avec mon fils Edoardo, nous avons monté les marches ensemble, quel bonheur ! Nous présentions son film Cœurs Inconnus dans lequel je jouais le rôle principal…   C’est déjà loin…

 

Elle pousse un profond soupir qui soulève son opulente poitrine.

 

« Pourquoi revenir à Cannes ?

«  J’ai besoin de revoir cette ville qui appartient au cinéma, c’est comme si j’allais à  la piazza san Pietro à Rome, je me recueille,  je vois de grrrands acteurs, de grrands réalisateurs, ils me font le baise-main, c’est romantique !

« Quels sont les réalisateurs qui vous ont le plus marquée ?

 

Elle s’anime en  passant en revue les monstres sacrés qui l’ont filmée.

 

«  Mamma mia,   Il y a eu tous les Américains !  HATAWWAY, KRAMER, Georges CUKOR ..  (elle rit en ajoutant :)  les mêmes que MARILYN !  Mais c’est le grrrand Vittorio de Sica qui m’a offert La CIOCCIARA, mon plus beau rôle  !

« Et parmi vos partenaires masculins, vous aviez un favori ?

 

Elle sourit et là, on revoit le sourire de La Loren, irrésistible au milieu des rides.

 

«  Marcello Mastroianni  !  Douze films, on a tournés  ensemble !   Je l’adorais et Carlo aussi, l’adorait, c’était notre meilleur ami. 

 

 

Elle se lève, s’étire. Sa robe flotte autour d’elle, on devine  sa corpulence mais elle se tient très droite, avec un joli port de tête. On voit qu’elle n’a rien d’autre à faire la journée que  bronzer, sa peau   est  couleur Banania.  Tout ça est bien triste.  Elle fait un signe au barman et enchaîne :

 

« J’ai vu Dustin HOFMAN, hier. il était entouré d’une foule de photographes, mais vous savez il est à peine plus jeune que moi !  Pour les hommes c’est plus facile de rester une star…

«  C’est parce qu’il présente un film en compétition, KUNG FU PANDA !

« Mais on ne le voit même pas, on n’entend que sa voix !

« Ca suffit pour monter les marches !

 

Coup d’éventail sur le bras du fauteuil où elle se laisse tomber.

«  J’ai été sacrée plus belle femme du monde,  ça suffit pas pour monter les marches ?  Je reste détentrice du titre….

«   Et d’après vous, quelle actrice, aujourd’hui, pourrait revendiquer ce titre ?

«  Oh, il y en a quelques-unes…

«  Parmi celles que vous avez vues ici à Cannes ?

«  Pour moi la plus belle, et de loin, c’est Uma THURMAN, bien sûr.  Une déesse.

 

Le barman lui apporte un nouveau verre de chianti. pirelli2007.jpg

« Il  faut laisser la place aux Américaines, elles ont pris le pouvoir de puis que les Italiennes n’ont plus de films à défendre…  Finalement, même si j’étais encore jeune et belle, je n’aurais plus aucun rôle en Italie.  Je préfère rester chez moi avec le souvenir de mon cher Carlo.

« Carlo PONTI  aurait apprécié que vous posiez pour le calendrier PIR ELLI… à 74 ans ?

 

Elle se cache derrière son éventail.

« Vous savez, on ne voyait rien !  Je n’étais pas nue ! Seulement mon décolleté…

 

 

 

 

Un homme entre dans le bar et vient vers nous,  le visage de Sophia s’illumine..

« Edoardo,  amore mio  ! 

Avec son fils

 Edoardo PONTI se penche pour embrasser sa mère.  Elle demande :

« Tu as vu Bernardo, poverello ?

«  Non, pas si poverello, il a reçu la Palme d’honneur.  L’année prochaine, qui sait, ce sera peut-être pour toi ?

 

SOPHIA  sourit malicieusement :

« Le prix de consolation avant l’éloge funèbre ? Non merci, je me conterai de mes royalties… c’est plus réjouissant !

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FRANCOIS TRUFFAUT, le fétichiste

Publié le par Miss Comédie

 

 

  Truffaut-1.jpgEst-ce parce que ce magasin se situait rue de la Pompe à Paris, que Truffaut en a fait le magasin de chaussures de M. Tabard dans son film  BAISERS VOLES ?  Dans ce magasin Antoine Doinel tombait sous le charme de Mme Tabard, alias Delphine Seyrig. et ça donnait des  scènes d’anthologie que l’on se repasse sur YouTube.

 Seyrig.jpg

chaussure-wolferCe magasin s’appelait MARALEX et il existe toujours.  François TRUFFAUT y fait quelques apparitions, au hasard des clientes de  passage…

Il se cache derrière la glace sans tain où celles-ci font des effets d’escarpins.  Je joue l’apprentie vendeuse.

 

« Vous êtes vraiment l’homme qui aimait les femmes, vDenner.jpg ous !

« Oui, je peux le dire maintenant.  J’aimais tellement les femmes que j’ai fait jouer mon rôle à Charles DENNER et voyez, il en est mort..

« Vous aimiez toutes les femmes ?

« Toutes.  Enfin, les attirantes.  Comme celle-ci, regardez, n’a-t-elle pas le même regard clair que Claude JADE ?

 

-Avec-Claude-Jade.jpg« Vous avez été amoureux de Claude JADE ?

« Evidemment ! J’ai même failli l’épouser, je me suis ressaisi  à temps.

« Vous n’étiez pas fidèle à un type de femme ?

« Oh non, non toutes m’allaient, voyez un peu la différence entre une Claude JADE, angélique, et Fanny ARDANT à la beauté luciférienne… Non je n’étais pas fidèle, loin de là. je tombais amoureux de de toutes mes actrices, systématiquement.

« Toutes ?

« Oui, toutes. Ca a commencé très tôt, avec l’AMOUR A VINGT ANS. J’ai été fou amoureux de Marie-France PISIER, Dieu ait son âme…marie-france-pisier-a-ete-reperee-par-francois-truffaut-qua.jpg

« Mais vous ne pouviez pas être amoureux en même temps de Claude JADE  et de Delphine SEYRIG ?

« Si, quand on aime les femmes on les aime toutes mais pas au même moment, vous voyez ?  Delphine c’était spécial, elle était aussi féministe que moi !

« Vous les engagiez parce que vous étiez amoureux d’elles,  ou l’inverse ?

« Ca dépendait.  Isabelle          ADJANI, par exemple, j’ai eu le choc de ma vie lorsque je l’ai vue au théâtre dans L’ECOLE DES FEMMES.  Elle disait « « le petit chat est mort » avec un ton Adjani.jpgunique, bouleversant. J’ai cherché une histoire pour elle et j’ai écrit « ADELE H. »

« Elle ne vous a pas déçu ?

« Absolument non ! Au montage, je repassais en boucle ses gros plans et je pleurais d’émotion.

« Bon, il y en a sûrement une ou deux qui ont eu moins de pouvoir sur vous ?

« Je ne m’en souviens plus.  Nathalie BAYE, peut-être…  Et Jeanne jeanne-moreau-472046.jpgMOREAU : elle m’effrayait. Mais quelle actrice !

 

« Pourquoi revenez-vous ici ?

« Parce que je retrouve des fétichistes comme moi.  Les femmes ont une relation obsessionnelle avec leurs chaussures.

 

On voyait se succéder dans le miroir des paires de jambes de tous gabarits dans une chorégraphie  pleine d’imprévus.

 

« Vous aimiez aussi les acteurs, quand même ?  Jean-Pierre LEAUD, par exemple…Avec-JP-Leaud.jpg

« Ah, lui, c’était pas pareil, c’était moi.  C’était moi petit, puis moi jeune homme.  Il m’a absolument bluffé dans son imitation involontaire, juste sur quelques indications.  En fait, il me ressemblait vraiment.

« Vous suivez sa carrière ? 

«  Oui… (il ferme les yeux et paraît tout-à-coup triste)  Mais je ne supporte pas de le voir vieillir.  Je trouve inacceptable qu’il vieillisse alors que je suis mort.  Il n’a pas le droit…

 

Tout à coup il semble distrait de sa contemplation, plongé dans la mélancolie, absent.  Je crains qu’il ne m’échappe et je relance : 

 

«  Vous allez faire un tour à Cannes, dans dix jours ?

         « Peut-être, si Godard y va, je veux voir comment un ex-Nouvelle Vague devenu vieux chnoque se comporte devant la nouvelle génération de cinéastes…

« Vous avez saboté ensemble le Festival de Cannes en 68 !

 

Avec-Godard.jpg« Oui mais lui, il avait déjà fait Le MEPRIS et PIERROT LE FOU, il pouvait tout se permettre.  Moi, je suivais. Je l’admirais,   il était beaucoup plus intellectuel que moi.

Moi je faisais des petits films romantiques. Lui, il a détruit toutes les règles du cinéma.  Ce n’est pas moi qui le dis.

le-mepris.jpg

Il reste songeur. 

 

« J’aurais voulu faire Le MEPRIS. 

« Vous seriez peut-être encore avec Brigitte BARDOT ?

 

Là, il revient sur terre et éclate de son petit rire grêle.  Je suis attirée par la vue de deux jambes fines gaînées de noir perchées sur des  talons vertigineux, qui esquisse un pas de danse.  Celle-là va lui taper dans l’œil.  Je me retourne, il n’est plus là. Dommage, il a raté la plus belle cliente de MARALEX.

 

 

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QUI EST SUPERTRAMP ?

Publié le par Miss Comédie

 

 

 

Supertramp_Tour2010-1.jpg

Madison Square Gardens, New-York, 31 mai 1979.  Le public attend SUPERTRAMP dans une ambiance survoltée. Ils sont déjà chauds, très chauds … Avec BREAKFAST IN AMERICA son dernier album, le groupe  SUPERTRAMP s’est propulsé au top de tous les charts.

  Les deux leaders, Rick DAVIES et Roger HODGSON font chavirer les fouless avec leurs voix d’enfants et leur dégaine :  post-hippie pour Hodgson, petit veston pour Rick Davies.roger-young.jpg

rick-young.jpgRick a 35 ans, Roger 29.   Cheveux longs,  beaux visages allumés, ils prennent le relais des groupes mythiques des années soixante, Pink Floyd, Procol Harum et autres Beach Boys.  Sur scène, ils ont tous les talents : ils chantent et ils jouent chacun d’au moins trois instruments.

 

 

Ils sont si beaux et leur musique si planétaire qu’on ne peut pas imaginer qu’ils deviendront un jour de petits vieux derrière leurs claviers, , répétant inlassablement les mêmes sons stridents, les mêmes musiques usées et pourtant si belles qu’elles deviennent des cantates pour leurs fidèles envoùtés.  supertr

 

 

pochette.jpg Pour l’instant ils sont  déjà un peu en transes, leur manager leur rappelle  les points forts du spectacle. Ils n’écoutent pas, il se disent des petits mots incompréhensibles qui les font marrer.  Là-haut, le groupe occupe déjà le terrain et envoie les premiers accords, déchaînant l’impatience.

Je peux les retenir encore trois minutes, le temps d’une chanson.

 

« Comment voyez-vous l’avenir ?

Ils se regardent, éclatent de rire.  C’est Rick qui parle le premier.

« First, mylady, nous partons en tournée all over the world.   Jusqu’à la fin de l’année.

« Et après ?

« Après, repos ! dit Roger qui a un regard bleu pas fatigué du tout.

«  Nous allons nous arrêter un peu de bouger, dit Rick, nous achevons une tournée et repartons pour une autre, nos musiciens en ont marre d’être loin de leur famille.  On va rester un peu ici, à Los Angeles.

« Mais vous êtes anglais, ?

« Oui, bieen sûr, mais c’est ici qu’on est devenus célèbres, alors on reste là !

« Moi, dit Roger, je me verrais bien vers Nevada City, par exemple, avec mon propre studio d’enregistrement…

«  Vous vous séparez ?Both-in-the-dark.JPG

« Non ! Qui parle de rupture ?  Tout le monde en parle, c’est idiot.

Rick et moi c’est à la vie à la mort  !  Hein, Rick ? 

Ils se tapent dans la main.

« Vous aviez parié avec votre producteur que Breakfast In America serait un bide ?

Rick bondit :

« Oh, j’allais oublier …

Il  va ouvrir une mallette sur sa table de maquillage et en sort un sous-verre contenant un billet de 100 dollars.

« Je vais le lui remettre sur scène, à la fin du concert.   Il m’avait parié 100 dollars que l’album serait numéro un des ventes aux US… Il a gagné, le salaud !

Et il mit le sous-verre dans sa poche.

« Bon, il faut qu’on y aille, dit Rogers, sous pression.

« Encore une question !   Vous êtes pour une retraite anticipée, en pleine gloire, ou bien pour une carrière de vieux rockers ?

 

Ils se regardent, un peu désarçonnés.  Seront-ils d’accord ?

 

Rick-old.jpg« Je  continuerai à chanter jusqu’à ma mort, dit Rick, buté.  Je me fous d’être vieux et moche,  si les gens continuent à venir m’écouter, c’est que  Supertramp sera toujours Supertramp.

« Et vous ?

« Moi aussi… ! vous connaissez des rockers qui s’arrêtent en pleine gloire pour se regarder le nombril ?  Je serai un très joli petit vieux Supertramp !Byblos.jpg

« Et vous pourrez toujours pousser votre cri d’enfant dans Logical Song ?

« Mais oui !  La voix ne s’use pas quand on s’en sert !  Le cri Supertramp ne vieillira jamais !

« Il faut donc que vous restiez ensemble

Rick prit Roger par l’épaule

« Je resterai avec toi si tu arrêtes l’acide.  Je ne veux pas d’un camé dans le groupe. Tu sais, je ne plaisante pas.

Ils m’avaient déjà oubliée. Ils montèrent ensemble l’escalier qui menait au backstage et restèrent un moment à écouter la foule qui les appelait, avant de bondir en scène comme des jeunes félins, soulevés de terre par l’enthousiasme du public.

Il faut les avoir vus alors, dans cet absolu état de grâce, pour refuser l’idée de leur décrépitude.

Il reste un groupe bancal qui s’attribue encore les succès de Roger Hodgson   et les fait chanter par un autre...

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ELLA FITZGERALD, FIRST LADY OF SONG

Publié le par Miss Comédie

 

 

 

ella-en-scene-1.jpgJuin 1993. Le jardin de la maison de Beverly Hills où Ella FITZGERALD passe le plus clair de son temps.

« I just want to smell the air, listen to the birds and hear Alice laugh » dit-elle à ses visiteurs.

Elle est dans un fauteuil roulant, les deux jambes amputées, elle est aveugle. Responsable : le diabète.  Elle a dit adieu à la scène.

Un éblouissant parcours s’achève dans la douleur et la sérénité, elle a 76 ans, elle a encore  trois ans à vivre.

 

Alice, c’est sa petite-fille, son bonheur. Ella-grosse.jpg

Alice questionne sa grand-mère :

* Omah , tell me… un jour tu étais belle ?

*  Oh, no, no, darling, je n’ai jamais été belle !  J’étais si grosse.

Mais  sur tes photos, tu as un beau visage, plus beau que celui

  de Billie Hollyday !

Ella éclate de rire.

*  Billie et moi, quand nous avons enregistré l’album ensemble,

   on s’appelait en douce « les Ugly Sisters » et ça nous faisait Ella-Fitzgerald-Billie-Holiday.jpgmarrer !

Mais,  Omah, ça  te donnait pas des complexes, sur scène ?

 

Elle se concentre.

*  C’était très dur avant de monter sur scène.  Tu sais, j’étais horriblement timide et complexée.  J’avais peur qu’ils me chassent… Et puis… « Once up there, I felt the acceptance and love from my audience ». Ma voix était plus belle que moi. Je n’avais plus peur.  Je voyais que je les rendais heureux, ils criaient, ils applaudissaient, c’était merveilleux.

 

La petite fille prend la main d’Ella.

 

« Omah, tu as été plus souvent heureuse ou malheureuse ?

*  Darling, maintenant je ne vois plus que le bonheur.  J’ai perdu comme tout le monde des êtres chers… J’ai cru que je n’y survivrais pas… Et puis Dieu m’a consolée avec des bonheurs fous !  Chanter, entrer en communion avec l’orchestre et le public… Ca n’est pas donné à tout le monde, believe me.

 

* J’ai vu une photo de Marilyn Monroe dans ta chambre… Tu l’aimais bien ?

*  Ah, Marilyn !…. Un ange du ciel, my goodness… Tu veux savoir pourquoi je l’aime ?  Dans les années 50 il y avait un nightclub hyoer branché, le MOCAMBO, et ils me snobaient.  Marilyn m’avait entendue chanter à l’APOLLO, et elle aimait ma voix.  Elle est allée trouver le directeur, et lui a dit que s’il m’engageait, elle réservait une table in front of scene tous les soirs.  Il l’a fait, et elle est venue, la superstar, avec ses amis, tous les soirs, et la presse s’’est déchaînée, on refusait du monde au MOCAMBO…  Après ça, je n’ai plus jamais, tu entends ? plus jamais chanté dans un nightclub de deuxième zone…  thanks Marilyn,  good lord.

 

Alice rêve.

«  Et l’amour, Omah ?

 

Elle éclate de son rire interminable.

 

*  Hey,  hussy, tu connais l’amour ? Moi j’ai eu le béguin pour une superstar, ton grand-père Ray Brownle grand Ray BROWN,  mais hélas, on a dû se séparer…  too much work… trop souvent éloignés… C’était en 1952, nous avons pleuré tous les deux.   On n’a jamais cessé de s’aimer. L’amour, avec lui, avait été un moment d’éternité.

 

 

 

* Tu as beaucoup chanté avec Louis          ARMSTRONG, je me demande si vous n’étiez pas un peu amoureux ? 

*  oh, Louis… mon grand copain Louis ! Il n’avait pas de sexe, comme les anges !  Il ne Ella-Fitzgerald--Louis-Armstrong.jpgvivait que pour chanter, avec sa voix cassée !…  On s’est éclatés ensemble, sur scène et en studio, mais nous n’avons jamais pu faire ça, on était trop laids, tous les deux !

Et c’est tellement mieux, dont’you think . you wicked little girl !

 

«  Comment tu faisais, pour chanter en faisant plein de petits bruits comme des instruments ?


 

Ella, les yeux refermés sur son secret, répond doucement :

« C’est que tu vois, Alice, Dieu m’a donné un corps de femme mais il a mis plein d’instruments dans ma voix, comme ça…

 

« Omah, tu as le blues, maintenant ?Ella-triste.jpg

 

Elle secoue la tête, les mains posées à plat sur ses genoux.

 

*  No, I don’t have the blues, j’ai eu une si belle existence. Ca ne pouvait pas durer toujours.

Alors, Omah, chante-moi une chanson !

 

Ella se tait un moment, puis elle lève la tête vers le ciel et commence à chanter.  Le jardin autour d’elle en frémit et les oiseaux se taisent. Sa voix est la même, intacte et pure.


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CRAZY INTERVIEW

Publié le par Miss Comédie

 

 

 

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Trois hommes en  imperméable, debout dans le fond de la salle du Crazy Horse Saloon à Paris.  Devant eux, les spectateurs attablés se gobergent devant le show chaud des filles super gaulées.Filles


Le trio improbable se retrouve là entre deux galaxies : Humphrey BOGART, Albert CAMUS et Peter FALK sont en goguette.

 

Derrière eux, une journaliste   joue à pile ou face  celui qu’elle va prendre pour cible. 

 

A l’entracte  les trois comp ères   sortent dans le hall.  Humphrey BOGART et Albert CAMUS allument une cigarette.

Peter FALK   sort un mégot de sa poche et s’adresse aux deux autres :

« Vous auriez du feu, par hasard ? »

BOGART fait la moue.

« Colombo tu ferais mieux de te mettre au cigare, avec tous tes trophées….

Albert CAMUS tend son paquet de Gauloises à COLOMBO.

« Jette ça, c’est nocif.

COLOMBO se sert et hausse les épaules :

« Ta Gauloise elle est pas nocive ?    Un prix Nobel ça fume plus, ça chique.

CAMUS soupire : « Profitons-en, dans dix ans ce sera inter dit partout.

 

Les trois tirent une bouffée.  BOGART dégrafe sa ceinture et fait un pas en arrière, la journaliste se tient prête à l’aborder enfin mais CAMUS intervient :

 

«  Une gabardine, ça doit rester fermée,  reproche-t-il.

«  C’est pas une gabardine, c’est un trench, rétorque BOGART.

«  Ah, fait COLOMBO, et c’est quoi la différence ?

 

BOGART fait passer sa cigarette entre le pouce et l’index et fait un pas en avant.

 

« La différence, c’est que le trench a obligatoirement les pattes des poignets, les pattes d’épaules et le bavolet.

CAMUS s’insurge.burberry.jpg

«  Ah, mais la gabardine aussi !  Moi, je porte une gabardine.  Tu vois bien que j’ai les pattes des poignets, les pattes d’épaules et le bavolet.   Sauf que moi, c’est une BURBERRY’S.

 

 

BOGART jette sa cigarette par terre et l’écrase du pied.

« CAMUS, tu es snob.  C’est l’air de Paris qui fait ça.  Moi, mon trench je l’ai acheté chez ABERCOMBIE quand j’ai reçu mon Oscar du Meilleur Acteur, en 1951.  Tu le trouves démodé ?  Abercombie.jpg

CAMUS l’inspecte et hoche la tête.

« Non, pas vraiment, mais tu mets trop les mains dans tes poches, ça les déforme.

 

COLOMBO éteint sa cigarette à demi consumée et la met dans sa poche.

« Et moi, à votre avis, mon imper, c’est une gabardine ou un trench ?

 

BOGART et CAMUS le considèrent du haut en bas avec  dédain.

« Pas de ceinture, pas de pattes, pas de bavolet, trop court et une  odeur de commissariat… C’est pas du BURBERRYS ni du ABERCOMBIE, ni même du GALLIANO !

CAMUS renchérit :

« Avec tes trois milliards de téléspectateurs tous pays confondus, tu aurais pu t’offrir un vêtement  à la hauteur...

« C’est ma femme qui m’a offert mon imper, et je le porterai pour l’éte rnité.

 

La sonnette de reprise du spectacle retentit et les spectateurs autour d’eux se pressent pour rentrer dans la salle.

Les trois hommes restent en arrière et hésitent à entrer.  La journaliste se jette sur BOGART qui la repousse distraitement  pour lancer aux deux autres :

« Elles sont pas mal, ces filles, mais je préfèrais Lauren BACALL ; 

CAMUS :

« Et moi  Maria CASARES.imper.jpg

COLOMBO :

« Comme d’hab, moi j’ai eu droit qu’à des actrices de complément.

BOGART et CAMUS ensemble :

« C’est à cause de l’imper ! 

Ils  s’esclaffent  et vont reprendre leur place au fond de la salle.

La journaliste reste en plan, son interview est à l’eau à c ause  de cette histoire d’imperméable. 

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ROBERT MITCHUM, PAS MORT !

Publié le par Miss Comédie

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Robert_Mitchum.jpgJanvier 1954. Otto PREMINGER  tourne la dernière scène de RIVIERE SANS RETOUR.  C’est le moment crucial où Matt (Robert MITCHUM)  va à la rencontre de Harry  Rory CALHOUN)  pour s’expliquer. 


Rory CalhounKay (Marilyn MONROE) et le  petit  Mark, le fils de Matt ont tenté en vain de le calmer mais Harry a décroché son fusil et semble  bien décidé à tuer Matt.

Les deux hommes marchent l’un vers l’autre, dans le petit jour, le long de la rive, devant la maison de Harry. 

Robert MITCHUM marche, désarmé,  de son pas élastique il glisse sur le sol avec sa nonchalance légendaire.  Son visage affiche la même tranquillité  teintée d’ironie que l’on retrouve dans tous ses  rôles.  Il crève l’écran.  Face à lui, Rory CALHOUN qui est un sacré beau gosse, n’existe pas. 

A cinquante mètres de Matt, Harry  s’arrête et met en joue, puis s’écroule avant d’avoir tiré.   Derrière lui le petit Mark  l’a devancé d’une balle dans le dos, sauvant la vie de son père.   Fin de la séquence.

 

 

Robert MITCHUM  sort une flasque de son blouson, dont il boit une gorgée.  Puis il va s’asseoir dans le fauteuil marqué à son nom, près de la caravane des accessoiristes.  Marilyn MONROE est prise en mains par son habilleuse et va s’enfermer dans sa caravane.

La jeune  journaliste s’approche de MITCHUM qui a allumé une cigarette et qui se détend,  jambes allongées, le chapeau rabattu sur les yeux.

 

Mr. Mitchum, j’ai droit à combien de questions ?

Une question idiote et dix questions intelligentes.

Je commence  donc par la question idiote : vous vous entendez bien avec Marilyn Monroe ?

Il relève le bord de son chapeau et regarde la jeune fille.


*  Question de journaliste à scandale. Vous attendez que je vous dise combien de fois je l’ai sautée ?  Je ne répond pas à cette question.   Miss Monroe est mariée à un joueur de base-ball et je ne prends aucun risque.  Question suivante ?

Vous finissez bien le film dans les bras l’un de l’autre ?

*  Don’t bother me with this. Next question !

Avez-vous des projets, après ce film ?

Il sort à nouveau sa flasque de whisky et en vide un trait au goulot. Puis il rabat son chapeau sur ses yeux tout en marmonnant :

 

*  Cette fille est une gourde.  (Fort :) Question idiote. Si je n’avais pas de projets, je serais mort. Donc, oui, j’ai des projets. L’année prochaine je vais tourner mon plus beau rôle dans LA NUIT DU CHASSEUR de Charles LAUGHTON. Un film qui restera dans les mémoires, I can tell you.  Next ?

Est-ce qu’il y a un rôle que vous auriez aimé jouer, dans un film récent ?

 

 

Il se redresse et soulève son chapeau.

*  Ah !  Enfin !  Voilà une question intelligente, honey.   Let me see :  oui, bien sûr, j’étais vert de jalousie quand j’ai vu ce crétin de Humphrey BOGART dans

LE GRAND SOMMEIL.   Ce rôle sublime du Privé mythique, Philip Marlowe, joué par un nabot ! Et avec quelle partenaire !   Mon idéal féminin… ne me parlez pas de cette petite saucisse de Monroe, à côté de la grande, l’immense Lauren Bacall !Le-gd-sommeil.jpg

 

Il se carre dans son fauteuil :

*  Listen to me, my girl, one day I will BE Philip Marlowe.  I will play the part. Et vous verrez que mon GRAND SOMMEIL plongera dans l’oubli celui de Bogart.

Comment vous définissez-vous en tant qu’acteur ?

*  Flegmatique, instinctif, cynique.

*Et en tant qu’homme ?

*   Cynique, instinctif, flegmatique.

Vous êtes satisfait de vous-même ?Chapeau

* Assez, oui.

Vous avez bien une face cachée, comme la Lune ?

Ah ah.  Jekyll and Hyde…  Mon côté fleur bleue… Je chante.  Des ballades très douces, des calypsos…   Avec mon ukulélé, je me transforme en crooner. Voilà. J’ai envie d’enregistrer un disque.

*   Qu’est-ce qui vous énerve ?

Qu’on me prenne pour le symbole du cinéma hoollywoodien.  Un jour vous verrez, on tournera un film qui s’intitulera « ROBERT MITCHUM EST MORT »…

*   Pourquoi on ferait ça ?

 

*  Pour montrer aux gens que le western américain est foutu, ringard, has been.  Et c’est moi qui porterai le chapeau.

 

Un peu plus loin, la porte de la caravane de Marilyn s’ouvre et la star en descend, drapée dans un peignoir rose.  Elle vient vers Robert MITCHUM, de son pas chaloupé,  un manuscrit à la main, et lui lance :

*  Hey Bob, I have some little things to show you in the script !avec marilyn

*  What sort of things ?

*  Well… you should be a litlle more tender with me, you know ?

Il ne bouge pas d’un millimètre, son chapeau toujours enfoncé sur les yeux.

*   Otto Preminger didn’t tell me that.  I play just like he wants me to play.  OK ?

 

Marilyn s’approche de lui et lui enlève son chapeau, qu’elle envoie faire un vol plané jusqu’à la rivière.

 

La jeune journaliste ramasse ses affaires et vide les lieux prestement.

Elle n’aura pas le fin mot de l’histoire :  love affair ou non  ?

 

             

 

 

 

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VANESSA PARADIS, LA GRÂCE

Publié le par Miss Comédie

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« J’ en ai marre… Je vais sauter.  J’ose pas regarder en bas.  Oh mon dieu c’est très loin, en bas… Ca brille… J’ai froid, je grelotte… Bon, je ferme les yeux et je saute. A trois… non, à cinq… oh putain j’ai la trouille… Mais j’en ai trop marre, ça suffit cette vie de galère… Un… deux… »le-PONT.jpg

Sur les derniers mots de son soliloque, la caméra la quitte pour cadrer la silhouette d’un homme qui s’est approché et qui l’observe en fumant une cigarette.

 

- Vous avez l’air d’une fille qui va faire une connerie.

- Non non, merci, ça va.

-  Vous avez l’air désespérée…

-  Pensez-vous.

-  Alors vous jouez à quoi ?  A pile ou face ? Vous voulez épater qui ?sur-le-pont.jpg

- J’ai jamais épaté personne, c’est pas aujourd’hui que je vais commencer…

-  Alors qu’est-ce que vous attendez ?

-  Il me manque juste un petit peu de cran parce qu’ai peur qu’elle soit glacée…

- Ben évidemment, qu’elle est glacée ! Qu’est-ce que vous croyez ? Qu’ils la chauffent ?

 

« Coupez i »

 

Le décor est brusquement plongé dans le noir.  Vanessa enjambe le parapet factice et allume une cigarette.  Elle grelotte vraiment, c’est vrai que ça caille sur le pont Bir-Hakeim.  Pendant que les techniciens s’affairent autour Du réalisateur  Patrice LECONTE, je m’approche de Vanessa.

« Vous allez vraiment sauter ?

-  Tout à l’heure, oui.  Mais pas du haut du pont… N’empêche, j’aimerais bien qu’il n’y ait qu’une prise !

 

-  C’est un rôle à risque, on dirait ! Après la noyade, vous allez être la cible d’un lancer de couteaux !

Elle rit.  Son rire, comme sa voix, est une grappe de groseilles acides.

- Oui, mais je l’adore.  Le rôle, je veux dire.  Cette scène du pont, je l’ai vraiment vécue, j’ai vraiment voulu me suicider au début.

- Au début de quoi ?

-  A mes débuts, dans la chanson.  Les gens ne m’ont pas fait de cadeau… j’en ai bavé des ronds de chapeaux, je me suis fait  traiter de pute…

-  Mais pourquoi ? 

-  Monter sur scène trop jeune, ça fait mauvais genre, vous comprenez. 

 

Sur le pont, le vent souffle par rafales.  Elle relève le col de son manteau.

- Ca n’a pas duré longtemps… Après votre trophée aux Victoires de la Musique en 1990, Gainsbourg vous a offert ses derniers couplets…juste avant de disparaître.

-  Oui, pour mon 2ème album Variation sur le même t’aime.  Il m’a porté bonheur, Serge.  C’était un ami de Jean-Paul GOUDE, et c’est comme ça que je suis devenue COCO !

-  L’oiseau en cage de CHANEL…coco_chanel_vanessa_paradis.jpg

-  Oh, c’était beau, ce film, j’ai adoré tourner cette pub, l’ambiance était géniale,

-  Vous voyez, heureusement que vous n’avez pas sauté…

Elle rit en grelottant.   Un peu plus loin, AUTEUIL plaisante avec Patrice LECONTE, on sent que là aussi, l’ambiance est bonne. Mais l’œil du réalisateur ne la quitte pas. La scène suivante est bientôt en place.

-  Vous êtes plus heureuse sur scène ou sur un plateau de cinéma ?

-  Tourner avec Patrice est aussi emballant que chanter au Zénith, sauf qP.-Leconte-copie-1.jpgue c’est beaucoup plus cool !!!  C’est pas pareil, pas du tout. On peut pas comparer. Avant de monter sur scène je pète de trouille, avec Patrice je n’ai jamais peur, j’ai confiance.

- C’est votre second film avec lui ?

-  Oui et je repart pour le suivant, quand il veut !

- Ca va vous  coûter, de vous couper les cheveux très court comme il le demande  ?

- Un peu…  Mais le rôle en vaut la peine.

 

 

 

  -  Quelle est votre actrice préférée, votre modèle ?

-  Marilyn MONROE. C’est elle qui m’a donné envie de faire du cinéma.  Et puis Jeanne MOREAU.  J’adorerais chanter avec elle.

Où aimerez-vous vivre, plus tard ? 

-  Dans plein d’endroits, à Los Angeles avec Johnny, à Paris, et aussi en Provence, bien cachée…

- Quel est votre rêve de bonheur ?

-  Me marier avec Johnny et avoir deux enfants, une fille et un garçon.

.-   Vous avez piqué Johnny DEPP à Kate MOSS et apparemment ça lui réussit, il n’est plus interdit de séjour dans les hôtels…vec-Johnny-Depp.jpg

-  Je l’ai pas piqué à Kate MOSS, c’est elle qui l’a quitté pour un rocker.  Johnny et moi c’est LA rencontre d’une vie.

- Alors,vous devez rêver de tourner ensemble ?

-  Oui… Comme il a d’abord été mon amant américain,  on aimerait tourner l’histoire de l’amant américain de Simone de Beauvoir…

-  Tiens donc… et vous joueriez qui, à-dedans ?

-  Ben, Simone de Beauvoir !

-  Non.

-  Si si !  Je peux me transformer, vous savez !

 

Elle se précipite sur Patrice LECONTE  :

« Dis-lui, toi, que je peux avoir l’air d’une prof de philo, si je veux !

 

Patrice la retient alors qu’elle revenait vers moi :

«  Non, tu restes là.  On va tourner la scène du plongeon. Dis au revoir à la dame.

 

Alors la voilà qui  devient soudain très calme, très grave. Elle regarde le décor où doit se tourner la scène du plongeon, on la sent un peu tendue.

Elle ne grelotte plus.  Elle ne me voit plus.  Elle est ADÈLE, qui va noyer sa peine dans les eaux de la Seine.

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ELIZABETH TAYLOR, LA COLLECTIONNEUSE

Publié le par Miss Comédie

 

 

Liz TaylorLa salle de projection de la propriété de Liz TAYLOR à Beverly Hills. C’est la nuit.  Richard BURTON et Liz TAYLOR sont assis dans les profonds fauteuils face à l’écran géant où la NBC  retransmet « QUI A PEUR DE VIRGINIA WOOLF ».

A leurs pieds, deux verres et une bouteille de scotch.Woolf


 

-  Tu avais vraiment un rire hystérique.

- Forcément, je jouais une hystérique.

-  Tu en fais des tonnes, on sent les cours de l’Actor’s Studio, c’est  surfait, surjoué, inécoutable  !

-  Et regarde-toi donc : un pantin articulé qui pue l’alcool !  Ton rire est encore plus artificiel que le mien !  Tu joues faux, archi-faux !

- Cette pièce est écrite par un fou furieux, pour des acteurs déglingués.


On n’aurait jamais dû tourner ça.

-  MiKe Nichols est un BIG, very BIG director.

-  Ah oui, ton Mike NICHOLS.  Tu te l’es fait sans hésiter, et sous mon nez, encore !  Tu étais une pute à l’époque.

-  You bloody monster, tu confonds avec ZEFFIRELLI.

- Enfin, on voit bien dans ce film que tu me détestais déjà.

-  Tu n’y connais rien.  Je t’aimais plus que tout.  C’est l’année où je t’ai aimé le plus.

-  Oh non, l’année où tu m’as le plus aimé est 1972, quand tu as eu 40 ans et que tu as compris que tu n’étais plus qu’une fucky  old  bitch.

-  Fuck you sale menteur  ! Je n’ai jamais été aussi belle qu’à 40 ans !  Et d’ailleurs, tu étais fou amoureux,  regarde !

 

Elle lui brandit sous le nez sa main droite où étincelle un diamant de 68 carats.

 

-  Tiens, tu le portes encore, même morte ?

-  Oui, les bijoux are a girl’s best friends.

-  Bon on peut couper cette connerie où on est grotesques ?

 

Elle coupe le son et ils se dirigent vers le bar avec leurs verres. BURTON les remplit de scotch. Ils trinquent  et boivent chacun leur verre cul sec.  Elle lui caresse la joue.

 

- ¨Pourquoi tu es parti si vite ?

-  Dis-donc, tu m’avais quitté  la première pour épouser ton sénateur WARNER.

-  Mais après lui, tu as refusé de m’épouser une troisième fois.Burton.jpg

-  Entretemps, tu t’étais  envoyé la moitié des stuios de Hollywood.

-  Il y en a deux que j’ai aimés sans espoir…

-  Tiens ! Tu n’étais pas irrésistible ?

-  Pas pour Montgomery CLIFT, pas pour Michael JACKSON…

-  Le premier n’aimait que les mecs,  pour le second tu aurais pu être sa grand-mère !

-   Merci.  Dis-moi, avec le recul,  parmi les films que nous avons tourné ensemble, quel est celui que tu préfères ?

- Tu as d’autres bouteilles, quelque part ?

-   Don’t worry.   Finissons d’abord celle-ci.

 

Il remplit les deux verres qu’ils boivent à nouveau cul sec.

 

- Qu’est-ce qu’on a pu descendre, à nous deux, hein ?  (ils éclatent de rire et s’enlacent tendrement)     Alors, ton film préféré ?

cleopatre.jpg-  Let me see.., je crois bien que c’est CLEOPATRE.  C’était des personnages fascinants. Je me sentais impérial en Marc-Antoine, je me sentais dans sa peau, vraiment réincarné… Nous étions les rois du monde.  C’était un film immense, géant, magnifique.

-  Mais surtout, c’est dans ce film que nous nous sommes tombés dans les bras !..  Souviens-toi, nous étions tous les deux mariés et la presse criait au scandale !  Mankievicz a dû faire courir le bruit qu’il était amoureux de toi !

. Le problème c’est que tu  étais tout le temps  malade !  Le tournage n’arrêtait pas d’être interrompu.  On n’en voyait pas la fin.

-  J’ai  gagné une fortune pour ce rôle :  un million de dollars et 10%  des recettes…

-  Ces années-là tu étais l’actrice la mieux payée du monde.

- J’ai tout donné à ma Fondation pour le SIDA.

-  Et aux marchands d’alcool.

-  Tu m’aidais bien pour ça.  Tiens, sous le bar, tu vas trouver une caisse de scotch.

 

 BURTON débouche une nouvelle bouteille.  Ils se servent chacun un verre, qui sera suivi de beaucoup d’autres, entrecoupés de rires et d’injures.

 

Derrière eux, sur l’écran,  Martha et Georges continuent leur jeu de massacre sous les yeux du jeune couple qui va bientôt les imiter.

 

-  Tu es  encore belle, malgré tes kilos…  Tu devrais maigrir.

-  Il faudrait que j’arrête de boire.

- Ne change rien. Nous sommes deux alcooliques et c’est comme ça qu’on s’aime.

-  Tu sais, ce que je crois ?

- Non, my love.

-   Si nous nous sommes tant chamaillés, c’est à force de tourner des scènes de ménage. Ca nous a fait du mal, finalement.  Parce qu’au fond, tu étais l’homme de ma vie.baisers.jpg

 

Il pose son verre, la prend dans ses bras et l’embrasse fougueusement.   

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SERGE GAINSBOURG, l'AMORAL

Publié le par Miss Comédie

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chemise blanche 

23 février 2011.  Le studio de Radio Classique où Gilles VERLANT, le biographe de Serge GAINSBOURG, est l’invité en direct de Olivier BELLAMY.

Assis dans l’ombre, Serge écoute ça sans piper.    On le sent très malheureux de ne pas pouvoir fumer.  Il porte un costume noir sur une chemine blanche ouverte et il est chaussé de ses éternelles  cycliste Repetto.  Il  a de belles mains fines de pianiste.

 

-  C’est vrai, tout ce qu’il raconte  sur vous, ce biographe ?

-  Affirmatif.  Son livre fait de moi un héros, mais c’est un peu tard.

- Il paraît que vous lui avez accordé plus d’une centaine d’heures d’interview.

  Vous prépariez votre postérité, en somme ?

-  Postérité je m’en tape  je le recevais sur sa demande, vu ?  Il m’a harcelé pendant des années.  C’est tout bénef pour lui, aujourd’hui  il est che-ri, VERLANT ( il rit tout seul du bon mot)

-  Et ce film, GAINSBOURG vie héroïque, vous l’avez vu ?Affiche.jpg

-  Of course. 

-  Et alors ? votre impression ?

-   Un :  le sous-titre est ridicule, à moins de le prendre au  51ème degré, comme le  Pastis.  Deux :  je ne savais pas que j’avais un jumeau aussi vilain que moi.  Avoir déniché ce mec-là,  Eric ELMOSNINO, c’est fortiche.   Trois : pour ce qui est des nanas…  les pauvres.   Passons.  La CASTA  s’en sort  pas mal mais à côté de BARDOT c’est une poupée gonflable.  Cela dit, je l’aurais connue à l’époque, j’aurais bien fait un duo de musique de chambre avec elle.

 

- Avec quel artiste aimeriez-vous qu’on vous compare ?

-  Avec Boris VIAN.  Si vous prononcez le nom de Léo FERRE, je me barre.

-  Qu’avez-vous de commun avec Boris VIAN ?

- On nous a craché dessus, faute de cracher sur nos tombes.

-  Poètes maudits ?

-  Maudits mais pas marginaux, attention !  Moi en tout cas, j’aimais le luxe et je ne me privais de rien.  

-  Vous avez souffert de votre célébrité ?

 

Il éclate de rire.

 

-  Ah ! Elle est bien bonne.  Je suis célèbre depuis le 2 mars 1991,  jour où j’ai cassé ma pipe. 

-  Enfin quand même !  Vos chansons pour GRÉCO, François HARDY, France GALL   Jane BIRKIN, Catherine DENEUVE…ont été des tubes !

-  Pour  les chanteuses, pas pour  les chansons.

-   Vous avez un tableau de chasse impressionnant. Pour un homme qui se dit laid !

-  J’ai ma botte secrète, vous savez. (sourire en coin)

- Votre favorite ?  BARDOT ou BIRKIN ?

 -  Domaine privé. No comment.Avec-BB.jpg

 

 

On entend à ce moment-là le 1er mouvement de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvoràk.

Serge chantonne « INITIALS B.B »

-  Une œuvre magistrale !

-  Elle le valait bien…

-  Vous avez été un grand prédateur de musiques classiques, non  ?

-   J’aime la grande musique.  Moi je fais de la petite musique.

 De la musiquette.  Un art mineur.  Donc, j’emprunte.

-  Vous empruntez aussi aux poètes, comme Verlaine,  pour « JE SUIS VENU TE DIRE QUE JE M’EN VAIS… Etes-vous tellement à court d’inspiration ?

-  Pour dire la souffrance,  me sens très en-dessous.  J’ai besoin qu’on me souffle les mots.  Je suis  minable.

-  Quelqu’un a dit « le plus grand signe d’orgueil c’est de se mépriser soi-même ».  Pourquoi, à votre avis, le public vous a-t-il   porté aux nues ?

- Parce que… (il susurre) j’étais très porté sur  les nues !… Non, parce que  j’étais alcoolique, provocateur, érotomane.   Ma chanson « JE T’AIME, MOI NON PLUS » m’a fait faire un bond au hit parade.  Là, j’ai fait fort : faire un scandale avec un prélude de CHOPIN !   (il se marre).

-  Il ne s’agissait donc pas de talent ?

-   Pas de talent musical, en tout cas. 


-  Avez-vous gagné beaucoup d’argent ?

- Pas mal.  Mais le fisc prenait tout. Quand j’ai brûlé ce billet de 500 francs à la télé, en 1984, c’était pour dénoncer le racket fiscal.

 

Il écoute le morceau suivant : le 4ème mouvement de la sonate pour piano N°1 de Beethoven.  Il chantonne «  Je suis une poupée de cire, poupée de son… »

je le regarde.  Même assis de guingois sur sa chaise, il  impressionne par son élégance naturelle.   Une élégance que l’on retrouve dans tous ses textes, même les plus grivois. Son visage  creusé au regard mélancolique est  celui d’un homme revenu de tout.  Il est finalement très séduisant.

 

-  Vous avez dit une phrase  historique : « Le grand avantage de la laideur, c’est qu’elle dure. »  Et bien, je ne suis pas d’accord.

- Ah non ?

-  Non, quand je vous regarde, je vous trouve beaucoup plus beau qu’à vingt ans.

 

Il a un sourire tordu pour masquer sa joie.  Au fond, il n’est pas si désabusé que ça.  A l’antenne, Olivier BELLAMY et Gilles VERLANT  n’en finissent pas de chanter ses louanges.

 

Il pousse un soupir et se lève brusquement.

 

 Cigarette-  J’en peux plus, j’ai besoin d’une cigarette.  Et d’un 102.  Je vais voir où je peux trouver ça.

 


Il sort du studio sur la pointe des pieds.  J'ai attendu le temps d'une cigarette.

Mais il n'est pas revenu.

 

 

 

 

 

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MICHAEL JACKSON; L'EXTRA-TERRESTRE

Publié le par Miss Comédie

 

 

Prince.jpgCap Kennedy, Floride, le 26 juillet 1971.  Le jour  n’est pas levé. A la cantine du  Space Center, l’équipage de la mission APOLLO 15 prend son petit déjeuner avant de partir pour l’aire de lancement.

Là, après un dernier contrôle médical, les trois pilotes de la mission, avec à leur tête le commandant David L. Scott, enfilent leur combinaison et prennent place à bord du  module de command/service. Ils ne sont pas seuls : derrière eux, un pilote suppléant et un passager inattendu, muni d’une autorisation spéciale de Washington : Michaël JACKSON.

 Il a à peine 13 ans et c’est déjà une star.  avec les Jackson Five. Dans ses écouteurs, il entend ma voix qui lui parvient de la salle de  contrôle au sol.Enfant.jpg

 

-       Michaêl, ça va ?  Le lancement est imminent. Comment vous sentez-vous ?

-       I’m fine !  Regardez les deux mecs devant moi. Ils sont cool.

-       Oui, mais eux, ils sont préparés…

-       Mais moi, figurez-vous, je suis fait pour ce genre de voyage.

-       Vous avez eu une autorisation spéciale…

-       Top secret.

-       Vous allez revenir sur terre ?

-       Oui, je n’ai accompli qu’une partie de ma mission.

-       Quelle mission ?

-       Rassembler les hommes autour de la Musique.

-       Vous êtes déjà, avec vos frères, au top du succès.

-       Je veux accomplir ma mission SEUL.

-       Qu’allez-vous faire sur la Lune ?

-       Blanchir ma peau.  J’ai payé mon tribut à ma race originelle,

-       il faut maintenant que le reste du monde me reconnaisse.

 

Il est 13h 34.  Le premier étage de la fusée Saturn est propulsé dans un bruit épouvantable en haute atmosphère, puis le second étage, et pendant quelques minutes il fut impossible de se parler.Fusee.jpg

 

-  Allo Michaël, tout va bien ?

- Ah, je respire.  L’atmosphère terrestre m’étouffe. C’est plein de microbes chez vous, it makes me sick.

-La Terre est la planète la plus polluée ?

- Chaque planète a sa pollution. Le tout est de s’y adapter.

-Vous êtes né sur Terre, vous avez eu le temps de vous adapter !

- Je venais d’ailleurs, j’ai eu du mal. J’ai eu une enfance douloureuse, un martyre.   Les hommes me faisaient peur.

-Pourquoi  ?

-  Les hommes sont comme les loups. Quand je redescendrai sur Terre, je chercherai la compagnie des enfants, comme le Christ.

- On vous accusera de pédophilie…

- Je sais. I don’t care.  Avec les enfants il ne sera pas question de sexe, mais d’amour. 

Les enfants n’ont pas encore perdu l’innocence. Je chanterai pour eux.  Je leur apprendrai le moonfoot et je mettrai le beat dans leur corps, pour qu’ils dansent comme moi.


_ La mission APOLLO, pour vous, c’est des vacances ?

- Yeah !  Ces trois mecs vont marcher sur la Lune, ça me fait bien rire, tous les Terriens vont  crier au miracle ! Moi, je n’ai pas besoin de scaphandre,  je peux  débronzer en paix.

-       Pour vous, Michaël, le bonheur c’est quoi ?

-       Hapiness is dangerous.smiling-2.jpg

-       Pensez-vous déjà à l’amour ?

-       Love is a Thriller

-       Etes-vous bon ou méchant ?

-       I am Bad.

-       Votre prénom préféré ?

-       Billie Jean.

-       Quel est le point fort de la planète Terre ?

-       History.

-       Votre point fort ?

-       Invincible.

La liaison s’interrompt.  Puis Michaël reprend  la parole :

 

 -n Nous sommes à 310km d’altitude.  Les instruments de bords ont une défaillance. Le commandant Scott n’est pas inquiet, ça va se réparer.  De toute façon, je sais que je reviendrai sur Terre sain et sauf.    En répondant à vos petites questions, je vous ai énuméré  les titres de mes fururs  albums, de 1982 à 2003.  Ils vont tous cartonner, all over the world. .  Mais je ne connaîtrai pas le bonheur pour autant.Implorant.jpg

-       Comment le savez-vous ?

-       Je sais que je ne pourrai plus  revenir sur la Lune avant ma mort. Les missions Apollo seront abandonnées.  Blanchir ma peau va devenir un supplice. Je ne pourrai plus me montrer en public.

-        Mais pour les concerts…

-        -  Chapeau noir, lunettes noires, gants blancs, maquillage. Ils me reconnaitront à ma voix et à mon swing.   Il y aura des sosies de moi partout …

-       Vous pouvez influencer votre destin !

-        Non, je dois jouer le jeu jusqu’au bout. J’ai choisi une mission humaine, je dois accepter mon destin d’homme.

-       Vous aurez bien des instants de bonheur ?

-       Smiling.jpgOh yes, on stage,  sur scène entouré de mes musiciens, tout mon corps envahi d’ondes rythmiques, et devant moi une foule hypnotisée, délirante, soulevée de terre, oubliant le MAL par la force de la Musique.  That is happiness.

-       Et la fin, comment la voyez-vous ?

-       Je suis devenu un fabuleux trésor !  Ils veulent tous leur part du trésor !  Un ultime concert qui  cartonnera all over the world !  Ils vendent des tickets et des tickets, ils ne rentreront pas tous, mais qu’importe, le blé rentre, lui, et ça fait un méga pacson à se partager !  Moi je regarde ça et je laisse faire.  Je suis dépassé.  Je fais le mort,  je les laisse me shooter, me droguer, me déglinguer. Ils veulent ma peau because Assurances, you know  ? C’est bon, ça. C’est ce que je voulais.  Je laisse derrière moi la preuve que je suis Invincible : ce film qui montre que deux semaines avant le début du concert à Londres, j’étais en pleine forme !  Il sera vendu à des millions d’exemplaires… et…

 

Sa voix devient inaudible.

 

-       Allo ?  Michaël ? Allo ?  Comment s’appelle ce film ?sur-la-Lune.jpg

-       … THIS IS IT .

 

Et ce fut tout.

 

 

… 

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MARILYN MONROE

Publié le par Miss Comédie

 

MARILYN  MONROE,   la Blonde sans filtremarilyn 1

 

5th Helena Drive, Brentwood, fin  juin 1962.

La gouvernante Eunice Murray  nous introduit dans la chambre de Marilyn. « Ten minutes, no more ! » nous dit-elle avant de se retirer.

Marilyn  est en plein tournage de « SOMETHING’S GOT TO GIVE», qui ne se passe pas très bien.  Elle a pris une journée de repos.  Allongée sur son lit, elle semble dormir.

Nous sommes, la photographe et moi,  pétrifiées d’émotion à la vue de la star dépourvue de tout artifice, d’une beauté  angélique, presque immatérielle.

 

 

«  Miss Monroë, merci de nous accorder un peu de temps…

 

Marilyn  ouvre les yeux.  Sa main droite pend dans le vide, blanche et potelée. Elle a déjà quelques tâches brunes, annonciatrices de la vieillesse qu’elle ne connaîtra pas.  Il paraît que  les lignes de ses paumes forment  un M dans chaque main.

 

-  Je ne veux pas parler de ce tournage, s’il  vous plait…Something

Elle parle d’une voix enfantine  qui donne le frisson.

 

-  Nous voudrions vous parler des MISFITS, votre dernier film.

-  Que voulez-vous savoir ?  tous les journaux ont déjà tout dit.

-   Vous avez dû éprouver un grand chagrin en apprenant la mort de votre

    partenaire, Clark Gable ?

Elle soupire,  se souleve  et saisit un verre d’eau posé sur sa table de nuit. Elle but une gorgée, puis  se laissa  retomber.

 

-  Vous savez ce qu’on dit ?  Que c’est moi qui l’ai tué.  Pourquoi les gens sont-

    ils si méchants ?  J’adorais Clark, il était comme mon père. 

-  Mais il ne supportait pas vos absences répétées, vos retards…

- Il avait le coeur malade….  Le tournage était éprouvant pour lui.  Il ne m’a jamais fait un reproche. 

-  On a dit aussi que vous aviez  essayé de le séduire ?Avec Clark Gable

-  Il était mon amant dans le film,  nous avions des scènes très hot, cela ne veut pas dire que…

-  Et Montgoméry Clift ? 

-  Il ne m’adressait pas la parole en dehors du plateau.  Son accident de voiture l’a défiguré, physiquement et moralement.  Il s’est refugié en lui-même… Avant, il était très sexy.

-   Etes-vous très proche du Président John Kennedy ?

 

Elle sourit vaguement, presque amèrement.

 

«  Le 19 mai dernier j’ai chanté pour lui devant dix mille personnes, on

  entendait à peine ma voix tellement ils criaient… quoi, c’était une petite chanson, rien de plus,  ma robe était très sexy, c’est vrai…  Mais le Président a été touché, je l’ai vu, il a eu l’air heureux…  Ca n’était pas mon idée, on m’avait demandé de chanter pour lui.  Quelle actrice ne l’aurait pas fait ? 

 

Elle ferma les yeux, tourna la tête pour cacher son visage.  A ce moment, la gouvernante, entra dans la pièce.

-  Miss Monroe, l’entretien a assez duré.    Le docteur Greenson sera là dans dix minutes.

 

Elle prit un comprimé dans un flacon et le tendit à Marilyn avec un verre d’eau.   Marilyn se redressa, son visage prit une expression de soulagement.

 

-  J’ai grand besoin de lui… ce cher Dr Greenson.

 

Elle avala son comprimé et dans un mouvement d’une grâce infinie, elle

jeta ses jambes hors du lit et se mit péniblement debout.

 

-  Mes amies, je suis tellement désolée…

 

Elle alla vers la coiffeuse et se pencha pour étudier de près son visage.  Sans maquillage, elle avait l’air d’une toute jeune fille.   Tout en brossant ses cheveux  elle poursuivit comme pour elle-même :

 

« Je n’ai pas été très coopérative … toujours à me justifier…  Toujours coupable, Norma Jean…

 

 

La photographe et moi nous levâmes pour prendre congé.  Il n’y avait pas eu un seul cliché  de pris, c’était impossible, une sorte de viol.  J’osai une dernière question :

 

-   Miss Monroe,  quel  est votre meilleur souvenir de tournage ? 

 

Elle arrêta le geste  et la brosse à cheveux s’immobilisa en l’air.Men prefer Blondes

 

  

-  Oh… le meilleur souvenir ?   Mon dieu, je ne sais plus…  MEN PREFER BLONDES, peut-être… Jane Russel fut une merveilleuse partenaire, elle avait un cachet dix fois plus élevé que le mien, mais elle était sans prétention aucune, on s’amusait bien.


_  Et votre plus mauvais souvenir  ?

-  Sans hésiter, LE MILLIARDAIRE  !  Oui, un cauchemar, qui m’a laissée  vidée de moi-même… Je n’aimais pas mon personnage. Chaque jour était une torture et j’arrivais de plus en plus tard sur le plateau.    La production  a monté en  épingle cette histoire avec Montand, pour la promotion…  et pour me punir aussi  !   Personne n’y a cru, j’espère !!

 

  DeboutElle eut un sourire gamin et nous l’avons quittée sur cette image juvénile.

 

Ce sourire, qui s’évanouit quelques semaines plus tard, à jamais.  Elle avait 36 ans.

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RENDEZ-VOUS AVEC GLENN GOULD

Publié le par Miss Comédie

 

 

GLENN GOULD,  LE TÉNÉBREUXGould 1

 

C’est à Chicago, le 10 avril 1964, que Glenn GOULD donna son dernier concert en public. 

Ce soir-là, il avait  joué quelques fugues de l’Art de la Fugue, puis la partita n° 4, puis  la sonate opus 110 de Beethoven, et la troisième Sonate de Kreneg.

A quel moment y a t-t-il eu le déclic ? 

Ses doigts ont continué à jouer jusqu’au bout, mais lui n’était plus là.

Rentré à son hôtel, il prit la décision qu’il savait irrévocable, de ne plus jamais jouer en public.

 

 

 

 

-  Glenn Gould, vous souvenez-vous de la raison qui vous a poussé, ce soir-là, à  renoncer définitivement à jouer en concert ?     Ce soir-là le public vous

   a-t-il paru spécialement inattentif ?

 

Glenn Gould parut chercher dans sa mémoire, alors qu’il se souvenait très bien.  Il regarda la jeune fille qui attendait,  attentive, son magnéto sur les genoux.  Elle était jolie, avec un visage enfantin et paraissait totalement envoutée par son sujet.  Mais Glenn Gould était insensible à la beauté des femmes.  Il n’aimait pas le côté sexuel des rapports humains. Il détestait qu’on le touche.  Il appréciait Barbra Streisand pour son engagement humanitaire, et Petula Clark, bizarrement, pour sa voix.  Mais d’une manière générale, les femmes ne l’intéressaient pas.   Pour lui, un  dialogue avec une femme était une torture.

 

-   La raison ?  J’ai  soudain pris conscience de… ( Il hésita.   Sa pensée devait être difficile à exprimer sans  choquer).   Cette présence oppressante du public. Un public est fait d’auditeurs trop   dissemblables,  je ne peux apporter à chacun ce qu’il  attend, ils me...

 

-  Les réactions des spectateurs vous gênaient ?La-chaise.jpg

 

Glenn Gould pointa son index vers elle. 

-  Justement,  justement ! Vous avez dit « les spectateurs » !  Voilà ce que je

  ne voulais plus être : un spectacle !  Je dois être un son, une abstraction, une émotion pure, pas un objet de curiosité, mes mains, mon visage, ma chaise,

   mon piano, tout cela n’est pas la Musique !...

 

Il se leva, alla vers la baie vitrée qui surplombait  Lexington Avenue.  Le double vitrage n’empêchait pas de percevoir  l’effervescence nocturne  de Broadway, 26 étages plus bas.   

 

-  L’idée de concert est une ineptie, continua-t-il, le dos tourné,  rassembler des gens aussi différents qu’un médecin, un professeur de dessin, un banquier  ou un peintre, devant un homme seul, envahi par sa propre émotion,  qui doit cacher sa peur, oui, sa peur, j’ai un trac paralysant avant chaque concert, vous savez.

 

Il n’avait pas touché au plateau  que le valet de chambre de l’hôtel lui

   avait apporté au début de l’entretien.  Il  se versa  une tasse de thé et but

   quelques gorgées.

 

-  Mais, lorsque vous interprétez un concerto, vous n’êtes

   pas seul sur scène !

Glenn Gould reposa brusquement sa tasse.

 

-  Ah, ne me parlez pas de concerto !   Je déteste les concertos. 

 

Il se laissa tomber dans  le canapé, comme terrassé par une douleur terrible.

 

-  Qu’y  a-t-il ?  Vous souffrez ?

-   Je   souffre de mille maux dans mon corps.

 

 La journaliste le regarda respirer un grand coup et se dit qu’il devait surtout souffrir de la chaleur, habillé comme il l’était, dans cette chambre d’hôtel surchauffée.  Il portait plusieurs épaisseurs sous une veste de trappeur, des bottes fourrées et les gants qu’il ne quittait jamais.  Une mèche de cheveux noirs lui couvrait le front, on distinguait à peine ses yeux immenses et noirs.Avec-ses-gants.jpg

 

-  Pourquoi détestez-vous les concertos ?

-  Parce que je déteste les conflits. Un homme seul qui doit répondre à une meute d’instruments.   J’en ai joué pourtant, souvent.  J’essayais de placer le piano au milieu de l’orchestre, de le noyer, le dissimuler et j’avais ainsi la sensation -  fausse, bien sûr ! -  d’être des leurs.

 

-  Vous aimez la musique, mais aimez-vous toutes les musiques ?

- Ah non ! je  déteste  la musique de Stravinsky, son Sacre du

Printemps avec ses éjaculations sarcastiques, mordantes, laconiques      brutales.  D’une manière générale, je n’aime que les musiques virginales,

débarrassées de toute connotation sexuelle.   La musique de Bach, celle de

Beethoven, et quelques œuvres  de Mozart.  Chopin  me révulse par

son désir d’être aimé, que l’on sent à travers toutes sa musique.

 

-  Aimez-vous les animaux ?

- J’ai aimé dans ma jeunesse mon chien Nikki et ma perruche Mozart… hélas ils sont morts depuis longtemps.

 

-  Et les femmes ?  (elle lança la phrase sans réfléchir)

-  Pourquoi aimerais-je particulièrement les femmes ?  Pourquoi ne me demandez-vous pas si j’aime les êtres humains ?  Je ne fais pas de distinction

entre les hommes et les femmes.

 

Elle ne savait plus quel sujet aborder. Il y eut  un silence.

Il se leva,  ôta un de ses gants, fit jouer ses articulation. last-recording.jpg

«  J’ai des fourmis dans les phalanges, je ne sens plus mes doigts…

Excusez-moi, mais… je dois faire mon immersion d’eau chaude avant l’enregistrement de ce soir.  Pardonnez-moi.

 

La journaliste arrêta le magnéto, se leva pour partir.  Il s’était déjà enfermé dans la salle de bains.   

Le  soir-même il enregistrait son dernier disque, la sonate op 3 N° 1 de Strauss (et non les Variations Goldberg comme on le croit souvent) au Studio A de RCA Records à New-York. C’était en septembre 1982.  La photo ci-contre fut prise ce jour-là.

Et un mois plus tard, il tirait sa révérence, à cinquante ans.

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MES INTERVIEWS IMAGINAIRES : AVA GARDNER

Publié le par Miss Comédie

 

AVA  GARDNER, la grâce.Ava-gardner-1.jpg

 

 

Juillet 1955.  La Moraleja, superbe propriété près de Madrid.

Ava Gardner vient de s’y installer après le succès planétaire de LA COMTESSE AUX PIEDS NUS, une histoire qui lui ressemble.

Elle a 33 ans.  Elle n’a jamais été aussi belle.  Avec Luis Miguel Dominguin elle forme un couple pharaonesque. 

C’est le soir. Dans sa chambre, elle essaie des robes pour la soirée donnée au Palacio Real  où elle rencontrera Picasso, Hemingway et son future réalisateur Darryl F. Zanuck qui prépare  le film « Le Soleil se Lève aussi ».

 

*  Etes-vous définitivement séparée de Frank Sinatra ?

* Non, malheureusement non.  Nous avons pris comment dire …

   une respiration… un an ou deux… après nous verrons.  Nous ne

   pouvons pas vivre en harmonie ensemble.

*  Vous n’avez trouvé l’harmonie avec aucun de vos maris, il semble ?

avec miroir

 

Elle émerge d’un flot de taffetas rouge qui pourrait mettre le feu au Palacio si elle apparaissait ainsi vêtue ce soir.

 

*  L’harmonie, jamais. Ni avec Mickey Rooney, ni avec Artie Shaw, ni avec Frankie.  Mais j’ai toujours gardé leur amitié.  Même avec mes amants.  J’aime toujours Howard Hughes, qui me harcèle encore, j’aime Robert Taylor, j’aime Clark Gable, je suis un vrai coeur d’artichaut !… Et en ce moment, je suis folle de Luis Miguel Dominguin… vous l’avez vu toréer ?  Il est impérial.

*  Mais quel caractère de cochon !

 

Elle rit et enfile un fourreau en satin blanc.  On croit rêver.  Le plus beau félin de la création.  Elle ondule devant la glace sans la moindre forfanterie, exactement comme un animal.

 

*  Oui, il est déroutant.  Mais pas avec moi. Il se conduit comme un vrai hidalgo avec les femmes… 

* On ne peut pas parler tauromachie avec lui :  si vous n’êtes pas espagnol vous n’y connaissez rien.

*  C’est vrai.  Picasso l’a bien remis à sa place un jour.  Mais c’est cet orgueil de madrilène.  Manolete était plus modeste, mais il est mort.

* A cause de Dominguin !

 

Elle se retourne, prête à griffer.

 

* Non, pas « à cause ».   Luis Miguel lui a lancé un défi, et le combat a mal tourné pour Manolete.  C’est le Destin.

 

Je change de sujet.

* Il n’y a pas une seule robe noire dans tout ça ?jambes.jpg

*  Non, je n’aime pas le noir.  Vous ne me verrez jamais en noir, sauf dans un film évidemment.  Marilyn non plus, ne porte jamais de noir. Il n’y a que les Françaises pour porter cette couleur funèbre.

*  *  De toute façon, quelle que soit la couleur, vous forcez l’admiration.  Une telle absence de handicap, c’est rare.

 

Elle éclate de rire.

 

* Vous n’auriez pas dit ça si vous m’aviez connue à mes débuts !  J’avais un terrible handicap : mon accent de Caroline du Sud.  Longtemps on ne m’a donné que des rôles muets, lorsque j’ouvrais la bouche tout le monde riait.  Il m’a fallu prendre des années de cours de diction pour décrocher de vrais rôles !

 

Son rire s’est arrêté net.

 

*  Rendez-vous compte : j’ai tourné jusqu’à ce jour 44 films. Dans les 40 premiers je suis passée inaperçue.  Je viens seulement d’obtenir le succès, avec les 4 derniers que j’ai tourné…

*  Oui : Les Neiges du Kilimandjaro,  Les Chevaliers de la Table Ronde (tiens ! dans ce film vous portiez du noir !), Mogambo et La Comtesse aux Pieds Nus !  Et avec quels réalisateurs prestigieux !

*  Les  40 premiers aussi !  Mais les rôles qu’ils me donnaient étaient uniquement des rôles de potiche sexy  !   Quatre personnages de premier plan, ça fait une carrière bien mince !   A dix ans, Shirley Temple en avait tourné le double  !

*   Votre carrière ne fait que commencer mais elle sera immense.Gardner-3.jpg

 

Elle ferme les yeux.

 

*  Quelqu’un m’a dit cela, un jour. J’avais dix-sept  ans.  J’étais sténo-dactylo dans mon bled en Caroline du Nord et j’allais voir ma sœur à New-York le week-end, pour respirer un peu.  Son mari était photographe et faisait des tas de photos de moi qu’il mettait dans la vitrine de son studio.  Un jour, un mec de la MGM a flashé sur mes photos.  Il m’a fait faire un bout d’essai.  Ca les a emballés et ils m’ont fait signer un contrat de sept ans à 50 dollars par semaine…  Ce garçon s’appelait Barney Duhan.  Il ne m’a pas touchée. Il m’a seulement dit : « Honey, you’ll be the greatest but it will take time… »  Je l’ai perdu de vue…

*  Il doit être très fier, aujourd’hui !

 

Elle se lève, va à la fenêtre et soupire :

 

*  C’est ma sœur et mon beau-frère qui doivent être fiers, ce sont eux qui ont tout déclenché…  Je n’ai plus le temps d’aller les voir.  Le succès rend ingrat, vous savez ?

 

La pièce est soudain plongée dans l’obscurité.  Je rejoins AVA près de la baie vitrée mais elle n’est plus là.

Dehors, les lampadaires du parc se sont éteints.  Le ciel a pris des nuances violet sombre au-dessus du halo rouge qui surplombe Madrid.

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MES INTERVIEWS IMAGINAIRES : PAUL NEWMAN

Publié le par Miss Comédie

 

 

  Paul-Newman-1-copie-1.jpgPAUL  NEWMAN, Grand Prix d’excellence


 

 

Mars 2005,  la piscine de l’Holliday Inn de Daytona Beach.  Allongé à même le deck, Paul Newman semble dormir.  En caleçon de bain hawaïen, bronzé et mince, il ne paraît pas ses 80 balais.

Il se repose pendant que ses deux co-équipiers, Sébastien Bourdavec-lunettes.jpgais et Bruno Junquera sont en piste pour les 24h de Daytona.  Dans une heure, il prendra le relais.

Je m’approche et mon ombre sur son visage lui fait ouvrir les yeux. Quels yeux ! Le bleu du ciel.  Il se souleve sur un coude, attrape ses lunettes de soleil et les met sur son nez.  Je sais, il déteste qu’on lui fasse des compliments sur ses yeux. S’abstenir, donc. 

 

Puis il s’assied en tailleur et m’invite à en faire autant.

 

-  Posture yoga, vous tiendrez le coup ?

 

Il me montre.  Souple, le vieillard.  Le sport automobile ça demande une condition physique draconienne.

 

-  Vous avez vu un peu de la course ?iEn-pilote.jpg

-  Heu, non, je suis venue direct, j’avais hâte…de vous voir.

 

Il rigole pendant que je branche le magneto.

 

-  Hâte de voir un vétéran hors d’âge ?

- Hors d’âge mais pas hors course !  Vous faites équipe avec des jeunots pour ces 24h…

-  L’endurance, c’est moins fatigant que la monoplace à mon âge.

-  Et ça peut faire une 2ème place, comme aux 24h du Mans en 79 !

- Mais dites-moi vous en connaissez un rayon sur la course automobile ?

-  Non, sur la carrière de Paul Newman.

 

Il se lève, s’étire, regarde les nageurs dans la piscine, regarde sa montre.

 

- Je crois que je vais piquer une tête, ça va me réveiller.

- Mais attendez ! Je n’ai pas encore commencé ! …

-  Just  a minute,  I’ll soon be back !

 

Et le voilà qui part en boîtant (il s’est foulé la cheville en faisant du ski dans les Rocky Mountains) et  plonge la tête la première, comme les enfants.  Quelques brasses crawlées, et il est de retour, entortillé dans sa serviette.  Je le regarde s’allonger sur ladite serviette. Il a gardé ses lunettes noires pour nager.  Bon, il a des poils gris sur la poitrine, mais les muscles tiennent bon, pas un brin de bide, juste la peau un peu flasque, que faire. 

 

-  Ok, what do you want to know ?  Il nous reste une petite demie-heure.

 

Il n’a aucun complexe, il se laisse regarder, comme ça, sans bouger.  Il se fout pas mal que je voie ses poils blancs et sa peau flasque.

 

-  Vous vous sentez plutôt acteur ou plutôt pilote ?

-  Easy to answer :  je me sens acteur quand je joue, je me sens pilote quand je pilote. Funny, isn’t it ?

-  Dans votre immense carrière, citez-moi trois films que vous marqueriez d’une pierre blanche, trois films plus importants pour vous que les autres.

 

Il réfléchit.  Retire ses lunettes, les mordille.  On sent qu’il prête l’oreille au bruit lointain des moteurs sur le circuit.   Ses yeux sont plus bleus que bleu.  Mais je ne dis rien.iL'arnaque

 

- Voyons… et bien d’abord LES FEUX DE L’ÉTÉ, en 58 ; car c’est sur ce tournage que j’ai rencontré la femme de ma vie, Joanne WOODWARD… Ensuit e  

 L ’ARNAQUE, où j’ai eu l’Oscar du meilleur acteur… le problème ce fut de faire avaler la pilule à REDFORD, qui avait un rôle équivalent au mien, il fallait voir sa tête !  (Il se marre-)

 

 

 

 

 

- Vous détenez le record de longévité du couple ?  45 ans deJoanne-woodward.jpg  m a riage !

-  Yeah..,ce  n’est pas du tout héroïque de notre part… On s’enten d  bien, voilà tout, et ça dure.  On ne s’ennuie pas ensemble.

Je suis persuadé que l’origine de la plupart des divorces, c’est l’ennui. 

 

 

-  Et le troisième film  ?

-  Le troisième, ce film que j’ai réalisé moi-même  sur les méfaits du tabac, RACHEL, RACHEL et pour lequel j’ai été récompensé  aux Golden Globes… Je me suis beaucoup battu pour cette cause-là.

 

- Est-ce que vous avez un regret dans la vie ?

 

Il ouvre les yeux et le ciel l’éblouit. Il remet ses lunettes noires pour répondre.

 

- Yes I have one regret… J’ai déçu mon père dans ses vieux jours. Il voulait que je reprenne sa suite dans son magasin d’articles de sport… Je l’ai laissé tomber pour faire l’acteur.

Mais je lui ai prouvé mon amour d’une autre façon. Mon père était Juif et ma mère catholique. J’ai très vite choisi la religion de mon père, comme un défi.

 

Là-dessus il regarde sa montre et se lève prestement.

 

- Je dois encore m’habiller et aller au spee dway…  Sorry my dear… J’étais heureux de vous rencontrer.  Are you okay with you quizz ?

  

-  J’ai ce qu’il me faut, thank you mister Newman… 

 

Je débranche le magnéto. Je relève la tête.  Il a disparu.

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MES INTERVIEWS IMAGINAIRES : DELPHINE SEYRIG

Publié le par Miss Comédie

 

 

DELPHINE  SEYRIG,  L’ENSORCELEUSE220px-Delphine_Seyrig.jpg

 

 

 

Mars 1975. Le Château Rothschild à Boulogne-Billancourt où se tourne INDIA SONG, le film de Marguerite Duras.

Delphine Seyrig est recroquevillée dans un fauteuil, entre deux  prises elle a demandé qu’on lui apporte un thé au rhum pour se réchauffer un peu.

Le vent souffle violemment contre la haute fenêtre de la petite pièce qui lui sert de loge. Seule source de chaleur, un petit radiateur électrique. 

Lorsque l’assistant m’a introduite dans la pièce, Delphine a laissé tomber le script dans lequel elle revoyait son texte et m’a gratifiée d’un sourire charmeur.

Les sourires de Delphine Seyrig sont toujours charmeurs, qu’ils soient le reflet d’une joie sincère ou bien le signe d’une désapprobation totale.

 

 

 India-song.jpg- Bonjour !  Asseyez-vous, vous avez préparé  vos questions ?  Parce que vous savez, je n’ai pas beaucoup de temps… (re-sourire charmeur )

- Oh, ce sera très rapide, j’avais prévu de vous soumettre au questionnaire de Proust, si vous êtes d’accord ?

-  Ah oui, c’est très amusant le questionnaire de Proust !

 

Visiblement elle s’en fout.  Cette interview est une purge mais  sa bonne éducation lui permet de faire illusion.   Elle répondra à chaque question sans hésiter, très sérieusement, prenant de temps en temps une gorgée de son thé au rhum.

 

-  Quelle est votre qualité préférée chez un homme ?

-  Le mystère.

-  Et chez une femme ?Fee.jpg

-   La détermination.

-  Et chez vos amis ?

-  La légèreté.

-  Quel est votre principal défaut ?

-  Le perfectionnisme.

-  Quelle est votre occupation préférée ?

-  Le dédoublement.

-  Votre rêve de bonheur ?

-  L’égalité entre les hommes et les femmes.  Je m’emploie de mon mieux à aider ceux et celles qui militent pour cette cause, vous le savez (sourire charmeur)…

-  Quel serait votre plus grand malheur ?

-  Celui d’être incomprise dans ma volonté d’égalité.  Que mon engagement soit réduit à un vulgaire geste d’auto-promotion… alors que c’est le but de ma vie.

-  Quelle est  l’action récente dont vous êtes le plus fière  ?

-   Avoir défilé en tête de la manifestation MLF de mai 1968.

 

Subitement, le questionnaire de Proust me rase. J’ai envie d’aborder des domaines plus personnels.  Je tente le coup :.

 

-  Il nous reste un quart d’heure.   Acceptez-vous de répondre à des questions plus indiscrètes ?

 

Elle me regarde, soupçonneuse. Mais elle joue le jeu. D.Serryg-1.jpg

 

-  Allez-y.  Je verrai bien…

-  Curieusement, le nom de Sami Frey n’apparaît jamais dans vos interviews…

-  Pourquoi « curieusement » ?  Notre relation intime ne regarde personne.

 

Un coup pour rien. Je  change de sujet.

-

-   En 1968  vous avez refusé de faire des essais dans le Midi pour un film avec Alain Delon, sous prétexte qu’il comportait des scènes en maillot de bain.

 

Elle ne sourit plus, elle cherche dans sa mémoire.

 

-  Oui… en effet.  J’ai refusé. Cela ne m’intéressait pas de me mettre à poil pour M. Deray.

-  Mais un an plus tard, vous avez tourné des scènes très dénudées dans « Mr. FREEDOM », de William Klein …

-  Oui… (elle hésite)  Le réalisateur était un ami.Mr-Freedom.jpg

-  Vous ne pensez pas que vous avez fait une erreur ? 

-  Non, pourquoi ?

-   « LA PISCINE » a été un succès mondial, alors que « Mr. FREEDOM » est passé inaperçu !

 

Là, elle se redresse et me lance  un regard  dur, démenti  par un sourire extra-charmeur.

 

-  Justement, ma chère.  Je considère que j’ai  fait le bon choix.  Et je n’ai pas besoin, j’espère, de vous expliquer pourquoi.  Là  réside mon soi-disant mystère.  Dans l’ambigüité de mes choix.

 

Un peu ébranlée, je déplace le sujet.

  Et ce film que vous tournez en ce moment-même, INDIA  SONG, est pour vous à la hauteur de vos exigences ?

Elle se détend et détourne son regard en soupirant.   Chacun de ses mouvements est empreint d’une grâce infinie.

 

-  Oui, absolument.  Je suis en parfaite osmose avec Marguerite Duras.

 

 Avec Duras- Comme avec Alain Resnais pour l’ANNÉE DERNIÈRE À MARIENBAD ?

-  Bien sûr. C’est le même univers.

-  Y a-t-il une image de MARIENBAD qui vous reste et qui pourrait résumer le film ?

Elle la trouve tout de suite, elle la décrit.

 

-  Cet homme qui joue, inlassablement, et qui gagne toujours… Le film évolue dans cet univers du jeu et du hasard.  Un univers onirique, intemporel.

 

Je voudrais qu’elle n’arrête jamais de parler.  Sa voix a un pouvoir d’hypnose.

Elle continue.

 

-  Oui, à quatorze ans de distance, je retrouve  ce même bonheur, je retrouve Michael Lonsdale, un château en ruines, des couloirs  où l’on danse… Tout ce que j’aime !

 

  Elle semble planer au-dessus de notre monde   

de brutes  comme un extra-terrestre invulnérable.  Marienbad   

 

-  Qu’est-ce qui vous fait peur dans ce monde-ci ?

-  Vieillir.  V oir les  rides envahir mon visage, sentir mes forces me trahir, mes jambes se dérober, devenir dépendante… Et ne plus séduire.  Cela est le vrai purgatoire avant la mort.

 

Elle ne connaîtra pas ce purgatoire-là.  Delphine Seyrig nous quitte dans le bel éclat de son automne, le 15 octobre 1990, à 58 ans.

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MES INTERVIEWS IMAGINAIRES : NINO FERRER

Publié le par Miss Comédie

 

 

 NINO  FERRER,  L’insatisfaitNINO 1

 

 

 

  Décembre 1965, rue du Dragon à Paris.   Chez des amis, Nino Ferrer fête le succès de MIRZA, son premier tube. Au milieu de tous ces gens euphoriques et déjà un peu partis, il est sobre, mélancolique, d’une beauté surnaturelle. Son teckel ne le quitte pas d'une patte.

Je l’ai déjà vu souvent ici, il est le cousin de notre hôte, musicien de jazz.

Il vient vers moi.  Notre conversation  a tout d’une INTERVIEW IMAGINAIRE.

Il m’entraîne à l’écart.            …

 

- Venez, tous ces gens sont répugnants.

-  Mais enfin, ce sont vos amis…

-  Non.  Ils se réjouissent, ils  ne comprennent pas.

-  Comprendre quoi ?

Il me regarde intensément.

-  Vous savez bien, vous, que ce disque… je l’abomine, je le renie, son succès m’avilit.

Je ne dis rien.  Il est vrai que MIRZA est à des années-lumière de l’univers musical de Nino, qui n’aime que le jazz.

 

 

-  Grâce à ce succès, Nino, tu es célèbre. Tu vas pouvoir faire la musique que tu aimes. 

-  Ne me tutoyez pas.  Notre relation est au-dessus de la mêlée.

 

Je ne peux m’empêcher de rire.  Il a ce côté vieille France qui  étonne de la part d’un chanteur de variétés mais qui colle bien avec son allure de dandy.

 

-  Ecoutez-moi. Vous savez ce qui est le plus absurde ?  C’est que personne ne sait que la musique de MIRZA  m’a été inspirée par un tube de Stevie Wonder.  Là-dessus, je mets des paroles idiotes, histoire de rigoler un peu, et paf !  ça fait un tabac…

 

Il me regarde encore, je vais me trouver mal tellement il est beau.

 

-  … et j’ai signé avec Barclay pour  trois autres titres aussi stupides  : Les Cornichons, Oh Hé Hein Bon, Gaston ya’l téléfon qui sons’…    


-  Ils auront le même succès que MIRZA !Dicie Cats


-  Dieu du ciel, je ne veux pas de ce succès-là !  Je regrette le temps des Dixiecats,

là je faisais du vrai jazz, je jouais de la contrebasse, notre hôte Stéphane Guérault de la clarinette, et avec les autres on accompagnait Bill Coleman, c’était du délire, le Vieux Colombier était plein chaque soir !

-  Pourquoi avoir arrêté ?

-  Oh, je voulais faire mes chansons à moi. C’est toujours pareil, à 20 ans on croit qu’on peut  avoir tous les talents à la fois.

 

On passe à table. Il est à côté de moi.  Il me glisse sur le ton de la confidence  :

Nino-et-moi-003.jpg

-  J’ai le projet d’une très belle chanson qui, j’en ai peur, n’intéressera personne…

-  De quoi parle-t-elle ?

-  C’est une chanson qui parle d’un pays de cocagne, où tout le monde est heureux, où le soleil brille toute l’année… comme au paradis…

-  On dirait  le Sud…

-   C’est ça.  On dirait  le Sud.  Vous avez trouvé le titre !

Il me prend la main.

 

 

LE SUD-  Cette chanson  fera le tour du monde. Elle effacera tout le reste, elle sera la seule empreinte de mon passage sur terre...

-   Mais non ! Vos premières chansons resteront, tout le monde les aime, l’une d’elle   figure même dans le film d’Almodovar « Talons Aiguilles », non ?

-  « Un An d’Amour », oui, en Espagnol, hum…

 

 

 

Nino  répond à des hôtes qui l’interpellent de l’autre bout de la table.

 

-  Nino, tu es venu seul ?   Qui est la femme de ta vie en ce moment ?

-  Vous voulez le savoir ? C’est Brigitte Bardot !

Tout le monde s’esclaffe.   Et pourtant, un an plus tard, BB répondait à son appel.

Il se tourne vers moi. 

-  La femme de ma vie, je ne le dis qu’à vous, c’est ma mère, merveilleuse

Mounette.  Un jour ou l’autre, je repartirai pour l’Italie avec elle, nous habiterons à nouveau piazza Navona à Rome, comme dans mon enfance.Nino-Ferreet-sa-mere001.jpg

-  Elle est votre premiere fan ?

-  Pas toujours.  Elle n’aime pas MIRZA.  Pour elle il n’y a que le jazz ou la canzonetta !  Quand j’ai rencontré Armstrong, elle aurait préféré  que je fasse partie de son orchestre,  plutôt  que j’écrive « je veux être Noir », elle a trouvé ça très choquant…

Il rêve.

-  Ma mère a toujours raison.  Tant qu’elle est près de moi, il ne peut rien m’arriver de mal.  Le plus grand malheur qui pourrait m’arriver, c’est qu’elle parte avant moi.

- Où ?

-  Au ciel.  Quand elle mourra, je mourrai.

-  Nino, vous vous souvenez des paroles de votre première chanson : « Ma Vie pour rien « ?

- « Moi j’ai voulu vivre ma vie- et j’ai perdu ma vie pour rien ».

- Comment peut-on écrire ces mots-là, quand on a  toute la vie devant soi ?

-  Je ne sais pas.

 

 

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