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19 novembre 2019 2 19 /11 /novembre /2019 11:31
LES FILMS DE LEGENDE : GILDA (1946)

 

Quand on regarde cette photo et la séquence toute entière tirée de ce film GILDA, on se dit que la Beauté, comme l’Art, est un mot creux et versatile, comme la Mode.

Aujourd’hui, je regarde  la Joconde et je me dis que Rita Hayworth est mille fois plus belle.

C’est normal, les temps changent,  elles avaient chacune ce qu’il fallait pour coller aux standards de l’époque.

 

La Joconde  a fasciné  les foules avec son petit  sourire, qui pour moi, n’évoque pas un mystère insondable , mais plutôt la lassitude du modèle qui trouve le temps long.

Plus tard elle est entrée au musée mais là il n’était plus question de Beauté, mais de mythe culturel.

 

 Rita Hayworth avec  sa gestuelle, son sourire, son regard pétillant,  n’a pas sa place au musée. A  part  pour  quelques rats de bibliothèque encore sous le charme, sa Beauté est franchement dépassée.

Quelle trentenaire branchée voudrait lui ressembler ?

 

En 1946, après le succès foudroyant de GiLDA, Rita Hayworth est surnommée La Déesse de l’Amour. Ha ha !

 

Qui pourrait porter ce titre en 2020 ?

On attend donc la relève. Or, j’ai beau chercher, de nos jours, point de relève.

La Beauté a pris un tournant inquiétant.  En fait, le Laid a acquis des lettres de noblesse, à la suite d’on ne sait trop  quel renversement des critères.

 

 

Mais parlons de GILDA, ce film de Charles Vidor qui a fait de la petite danseuse une étoile fulgurante dans le ciel déjà bien étoilé d’Hollywood.

Le film, lui, n’a été qu’un piédestal pour la star.

Un « film noir » cent fois remanié, rafistolé, pour aboutir à une histoire abracadabran animée par un duo de choc :  Glenn Ford et... Rita Hayworth.

Un film sauvé par ses acteurs, c’est courant mais alors là !  GILDA est sauvé par une seule séquence explosive, la scène du gant.    A l’époque, les spectateurs  ne pouvaient qu’enchaîner les séances pour revivre ces sept minutes torrides  - enfin,,," torrides" pour l’époque l'adjectif est déplacé....

sur YouTube on a déjà dépassé les limites du torride.

 

 

 

  

 

 

 

LES FILMS DE LEGENDE : GILDA (1946)

Est-elle  doublée pour cette chanson humoristique qui lui va

« comme un gant » ? Put the blame on Mame...

  ( Mame étant le compositeur de la mélodie, on ne peut que le blâmer d’avoir inspiré à Rita  cette danse fatale .....)

 

 Doublée ou pas doublée, peu importe la voix, c’est son corps  voluptueux, sa grâce, son sourire, et surtout  ce coup de génie de retirer son long gant noir le long de son bras blanc, lentement, un seul gant, un geste qui dévoile plus qu’un vulgaire  streep-tease.

 

Après ça, on comprend que toutes les majors se soient battues pour l’avoir au générique, que Fred Astaire ait suggéré que « l’amour vient en dansant »  (avec elle...), que Orson Welles lui ait passé la bague au doigt, suivi par le prince Ali Khan  et trois autres infortunés moins connus.

Tous ces mariages ont mal fini, comme sa vie hélas, qui sombra dans le drame après une si belle jeunesse...

Elle nous laisse le souvenir éblouissant  de ces femmes des années d’après-guerre qui rêvaient avant tout – quelle idée ! - de plaire aux hommes.

 

Miss Comédie

 

 Gilda sur Youtube ---> https://www.youtube.com/watch?v=LZn86sSWtEQ

Gilda et Fred Astaire ---> https://www.youtube.com/watch?v=qyYiO51peVc

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5 novembre 2019 2 05 /11 /novembre /2019 19:12

LA VOIE LACTEE _ LUIS BUNUEL  1969

C'ETAIT HIER . LES FILMS DE LEGENDE

LA VOIE LACTEE, On l’appelle aussi « le chemin de saint Jacques de Compostelle ».  Pourquoi ?

C’est au XIIe siècle qu’un ermite fut guidé par un « champ d’étoiles » vers ce village de  Galice où il découvrit le tombeau de l’apôtre Jacques venu évangéliser l’Espagne en son temps.

La cathédrale édifiée depuis à Compostelle  qui contient les reliques est devenue le but de pèlerins du monde entier venus marcher pour leur salut ou pour honorer la mémoire du saint apôtre.

C'ETAIT HIER . LES FILMS DE LEGENDE

 

C’est ainsi que Luis Bunuel imagina le voyage de Pierre (Paul Frankeur) et Jean (Laurent Terzieff), deux clochards parisiens quittant  les ponts de Paris pour prendre le chemin de  Saint-Jacques-de-Compostelle, où ils espèrent croiser des passants plus généreux.

 En réalité, ils rencontrent successivement Satan (Pierre Clémenti),  Jésus (Bernard Verley ), une Vierge Marie (Edith Scob) pas très aimable avec son fils ,un jésuite (Georges Marchal) et un janséniste, un curé fou (Julien Guiomar) évadé d'un asile,  une prostituée (Delphine Seyrig),  le marquis de Sade (Michel Piccoli) etc...

 

Multitude de rencontres qui bousculent les hérésies

 et démolissent les certitudes... incarnées par une multitude d’acteurs connus, tout le gratin des agents d’artistes se retrouve à l’affiche et par miracle,  ils étaient tous libres pour le tournage ! En 1969 il est vrai , la plupart  faisaient leurs débuts dans le box-office...

C'ETAIT HIER . LES FILMS DE LEGENDE

 

Jean-Claude Carrière, alors âgé de 38 ans, apporte au scénario et aux dialogues la pointe de piment érotique que l’on retrouve dans tous les films de Bunuel.

 

C’est  tour à tour réjouissant, burlesque, effrayant et surréaliste, bien sûr, mais en fin de compte, on finit par se poser les questions essentielles : Dieu existe-t-il ? Son enseignement charismatique n’a-t-il pas été déformé au fil du temps pour arriver à ce que le mal prenne le pas sur le bien ?

 

C’est que tout est symbole dans ce film, où chaque séquence, pour insolite ou surprenante qu’elle puisse être, vient illustrer une position théologique. Un carton vient d’ailleurs rappeler, avant le générique final, que les idées brassées dans le film viennent toutes, ou bien des Écritures, ou bien de telle ou telle position hérétique mais historique. Si Buñuel, dans sa narration, innove sans cesse, en revanche, sur le point théologique, il sélectionne des thèmes, mais il n’invente rien.

Pourquoi ce film n’est-il  revenu en mémoire ?  C’est en écoutant sur France Inter une interview de Jean-Claude Carrière qui en parlait fort bien avec le recul, certain que ce fillm était devenu intemporel.

 

Miss  Comédie

 

 

 

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24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 14:53
C'ETAIT HIER :  ET  AUJOURD'HUI   ?

C’ETAIT HIER pièce de Harold Pinter

 

APPEL A CANDIDATURE : QUI LA REMETTRA A L’AFFICHE ?

 

 

 L’évocation des souvenirs est un exercice périlleux, en littérature comme au théâtre. Chacun a sa manière de remuer ses souvenirs.

L’envie de revoir C’était hier,  pièce mythique de  Pinter m’est venue naturellement en lisant le  dernier livre de Modiano, celui qu’il a appelé L’Encre Sympathique et  qui  est un envoûtant retour vers un passé quelque peu imaginaire.

Ici, le lecteur est seul avec lui-même, plongé dans un univers onirique qui n’appartient qu’à Modiano, petite musique intimiste difficile à partager.

Au théâtre, c’est une autre histoire.

En 1971, C’était hier révéla au public parisien la vision de Pinter sur le sujet et ce fut un gros succès, grâce à deux monstres sacrés, Delphine Seyrig et jean Rochefort, et à la mise en scène inspirée de Jorge Lavelli.

Mais les temps changent.

Qui, aujourd’hui, pourrait redonner vie à ces dialogues si ambigüs, à ces évocations contradictoires qui laissent  perplexe ?

Le pari est tentant pour un homme de théâtre chevronné car la pièce est une oeuvre de haute volée et le sujet intemporel.

 

 C’était hier,  titre absolument réducteur par rapport à la foule de nos souvenirs,  ne tient que par le talent des comédiens à faire passer le faux pour du vrai – à dire leur réplique tout en pensant à autre chose.... Mais en fait, le propos  n’est-il pas seulement l’affrontement de deux femmes sur le prétexte de se souvenir ?

Apparemment, les quelques adaptations qui ont été montées en France n’ont pas convaincu.  Pourquoi ?

La très intelligente et sensible critique d’Armelle Héliot, critique de théâtre au Figaro, donne un début de réponse pour ce qui est de la dernière  en date au théâtre Montparnasse, mais elle s’attaque aussi  à  ce texte « flottant » qui ne fait qu’égarer le spectateur. 

Alors ?  Je suis sûre que les souvenirs peuvent se raconter et se jouer de manière à surprendre et à émouvoir, même s’ils sont confus – surtout s’ils sont confus !

 

 Pinter : c'était hier et aujourd'hui

Par Armelle Héliot le 3 avril 2016 10h13 | Réactions (0)

Qui connaît un peu les textes de l'écrivain britannique reconnaît aux premiers mots "C'était hier", pièce très célèbre présentée sous son titre anglais "Old times". Trois bons comédiens sont réunis par Benoît Giros : Marianne Denicourt, Adèle Haenel, Emmanuel Salinger. Une nouvelle traduction de Séverine Magois, un décor soigné et un travail de vidéo, ne réussissent pas à donner au spectacle une densité convaincante.

Tout flotte, chez Pinter. Tout a toujours flotté. On est le plus souvent incapable de dire, en sortant du spectacle de certaines de ses pièces, que l'on a vraiment compris ce qu'il voulait nous suggérer.

Old times que l'on découvre à l'Atelier est l'une de ses pièces les plus célèbres, souvent jouée en langue française.

Elle ne tient à rien, à presque rien.

Il y a un homme et une femme qui vivent en Grande-Bretagne, au bord de la mer. Il y a une femme, qui a fait le voyage depuis Taormina pour retrouver son amie de jeunesse.

 


Elles évoquent leurs souvenirs. Vingt ans. C'est très bref, vingt ans.

Elles ont la quarantaine.

Kate (Marianne Denicourt) et Deeley (Emmanuel Salinger) se sont éloignés de Londres. Kate est seule souvent puisque Deelley est souvent en voyage tout autour du monde. Anna (Adèle Haenel) est mariée, mais elle est venue seule.

Il n'est pas question d'enfants.

On la connaît cette pièce qui a été créée en France alors même qu'elle était présentée en Angleterre. Elle date de 1971. Dès l'année suivante Jorge Lavelli l'avait mise en scène au Théâtre Montparnasse. Avec, cela fait partie de la légende de Pinter en France, Delphine Seyrig, Françoise Fabian, Jean Rochefort.
On l'a revue mise en scène par Jean-Pierre Miquel, qui aimait beaucoup Pinter. Elle avait été créée par la Comédie-Française à Avignon, du temps d'Alain Crombecque. Au Cloître des Carmes, puis reprise à Paris, toujours au Montparnasse. Claire Vernet, Catherine Ferran, Alain Pralon jouaient la traduction d'Eric Kahane.
Et puis on n'a pas oublié non plus, à Hébertot, une mise en scène de Sami Frey, avec lui, entouré de Christine Boisson et Carole Bouquet.

Un tulle, des projections,
images des rêves de Kate que l'on aperçoit allongée sur un canapé, au fond.
Le tulle disparaît. Au fond, un grand paysage maritime. C'est très élégant. Kate est en pantalon, fine et chic. Marianne Denicourt avec ses cheveux noirs, ses yeux saisissants, sa voix bien placée, a beaucoup de charme. Une beauté qui frappe.
Etrangement, Anna est fagotée dans une petite robe chemisier bleue qui ressemble plus à une blouse d'écolière d'autrefois qu'à une jolie robe. Drôle de décision. Elle ne donne pas le sentiment de la vérité du personnage et souvent Adèle Haenel ne sait pas quoi faire de ses bras, de ses mains. C'est une comédienne excellente au théâtre aussi et l'on se souvient comme elle était bien, la saison dernière, dirigée par Maïa Sandoz dans Le Moche, notamment. Là, la mise en scène efface le personnage alors qu'au contraire elle doit être impressionnante et mystérieuse, telle que l'a écrite Pinter et telle qu'elle pourrait la jouer notamment avec d'autres vêtements...Mais la présence, la grâce d'Adèle Haenel, sa jeune intelligence, séduisent.

On ne sait à quoi cela tient mais tout flotte trop encore. Comme si le metteur en scène n'arrivait pas à décider fermement d'une tension.

Emmanuel Salinger ne s'impose pas assez. La pièce est un peu ainsi. Il y a peu d'hommes qui sanglotent, qui ont sangloté dans la littérature. C'est un personnage difficile à incarner.

Mais n'exagérons pas : c'est bien C'était hier, la pièce telle que nous connaissons. Pourquoi n'avoir pas repris ce titre de légende ? Marketing ? Et il y a des moments, notamment lors d'une grande tirade d'Anna, ou on a bien du mal avec les temps du passé. Question de traduction ?

Bref, autant de petites scories qui empêchent, pour le moment, le spectacle bref, deux actes de 40 minutes, de "prendre" et de toucher le public. »

 

 

Toucher le public.  Là est le vrai mystère du théâtre. C’est aussi un défi, pour ceux qui en veulent.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

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15 octobre 2019 2 15 /10 /octobre /2019 13:27
FRANCOISE SAGAN &  FILS

 

Le voici, le révélateur  de  ce roman inédit qui a fait l’évènement choc de la rentrée littéraire.

Denis Whesthoff vient de ressusciter le mythe Sagan que l’on croyait mort et enterré.

 

 Ultime  cadeau que Sagan avait  caché  parmi  la montagne de paperasses qu’elle laissait à son fis – un fardeau qu’il a porté avec amour recueillement avant d’y découvrir ce manuscrit inachevé.

Bien sûr,  la surprise était de taille et la tentation de se taire était forte.

Mais maman tenait à faire valoir son cadeau. Elle fit le coup de l’apparition une nuit que son fils avait une insomnie.

 

 

«  Denis, tu as trouvé Les quatre coins du coeur ?

«  Oui maman, c’est très beau mais c’est un brouillon !

«  Comment, un brouillon, c’est  juste un premier jet en deux parties à corriger, tu es capable de t’en charger, non ?

« Mais... pourquoi faire ?

« Pour le faire publier, pardi.

« Non, mais tu rêves, maman !

« Pourquoi je rêve ?

« Tu oublies que tu es morte, maman  (il se tape le front) et depuis quinze ans, et je n’en suis pas encore remis, moi, tu comprends ?

« Et bien tu vas le publier à ma place. Je te lègue mes droits d’auteur, en compensation de toutes mes dettes.

Denis Whesthoff sauta hors de son lit se versa un verre d’eau.

« Maman je t’adore, j’ai infiniment de respect pour ton oeuvre, mais personne ne voudra lire le roman d’un fantôme ! (il  parcourt la chambre des yeux) et d’abord, où es-tu ? Tu me fais faire un cauchemar, là.  Laisse-moi dormir !

La voix de Sagan se fait plus lointaine :

« Je suis à ton bureau, mon chéri.  J’ai les deux  manuscrits sous les yeux. Viens un peu, là, je vais te montrer ce que tu dois faire.

 

Denis  Whesthoff marche vers son bureau et s’assied à sa table de travail.

«Maman, j’ai 57 ans, tu ne vas pas me faire faire mes devoirs, chose que tu n’as jamais faite, d’ailleurs...

« Regarde.  Tu dois déjà ramener les deux manuscrits à un seul. Facile ! Tout est noté.

 

Les pages  défilent  une à une.  Chacune d’elles  porte des annotations   à l’encre rouge.

Interloqué, Denis  contemple l’ouvrage corrigé par la main de l’auteur.  Quelques lignes terminent le récit inachevé, écrites à l’encre rouge, et cette fin qu’il n’aurait pas imaginée, le bouleverse.

« Maman...

La voix de Françoise Sagan, cette voix fluette, reconnaissable entre toutes, se fait tendre et ferme à la fois :

« Mon enfant, tu es le prolongement de moi-même, je sais que tu feras éditer ce livre et qu’il aura un grand succès.  Grâce à toi.

Tu vois, c’est facile, tu n’as pas grand-chose à ajouter, tu suivras les conseils de l’éditeur.  Le plus dur, pour toi, sera d’ameuter la colonie des medias, les vautours de la culture. Mais cette histoire les fera pavoiser, avant même de lire le roman ils en feront des gorges chaudes !  Tu vas devenir célèbre mon fils, le temps d’un top des ventes !

« Je m’en fous d’être célèbre , Maman, mais si cela te fais dormir en paix...

« Tu feras éditer Les quatre coins du coeur » ?

« Ecoute, je trouve ce titre assez idiot mais c’est ton oeuvre, je la ferai éditer, je te le promets.

 

Il sentit une pression sur son épaule et se retourna, mais le bureau était vide. Il éteignit la lampe au-dessus du manuscrit et se dirigea vers son lit.  Une forte odeur de marijuana flottait dans la chambre.

Il sourit et se blottit entre les draps.

 

Il pensa  à  sa fille Joyce,  qui vénérait sa grand-mère.  Du haut de ses douze ans,  elle allait le regarder comme un nouvel auteur à succès.

En quelques minutes il venait de retrouver l’envie irrésistible de l’aventure,  et le  moyen idéal  de redonner un sens à sa vie.

 

 

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 16:27

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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 16:00
PIERRE LE TAN, BREVE RENCONTRE  IMAGINAIRE

Place Saint-Sulpice à Paris, c’est la nuit, une nuit de fin d’été, rafraîchie par  la fine pluie qui  a détrempé la terre battue autour de la fontaine.

  Un homme marche, mains dans les poches, le long de la rue Bonaparte qui borde la place.

Il est grand,  cheveux gris,  la démarche souple d’un marcheur.  Ses pas glissent sur le pavé encore luisant de pluie.

Il marche dans ce quartier  dont chaque rue lui évoque un souvenir.  Mais  aujourd’hui ses pas résonnent comme le rappel d’un flot de souvenirs  qu’il ne partagera plus.

 

Memory Lane.   Soixante-dix pages comme un catalogue de portraits choisis dans un passé déjà lointain et restitués par la grâce des dessins a de son ami Pierre Le Tan. 

Il se prend à monologuer à mi-voix.

«Memory Lane.  C’était en 1980.  J’avais trente-cinq ans, lui trente.

Nous étions deux orphelins, avec des parents hors du temps, fantômes d’une autre époque...   Memory Lane. C’est étrange, nous étions amis depuis si longtemps et nous n’avons travaillé ensemble que si tard ...»

 

Il  contemple l’imposante bâtisse de la basilique qui  lui évoque ce « rappel à Dieu », ce réconfort illusoire  des croyants.  Il se  surprend à espérer pour son ami cette paix éternelle qui le prive, lui, de la paix de chacun des jours à venir.

 

Le voici qui débouche dans cette rue de Vaugirard où son ami résida longtemps. Il s’arrête, la rue est déserte, les grilles du jardin du Luxembourg sont fermées.  Pourtant, une silhouette assise sur le muret qui longe le jardin attire son attention.

« Patrick ?

Il connait cette voix. Il s’approche. L’ombre se lève et vient vers lui.

« Oui, c’est moi, je suis près de chez moi, tu vois...

Nullement étonné, Modiano est pourtant ému jusqu’aux larmes.

« Pourquoi es-tu parti, Pierre ? Je suis seul avec nos souvenirs.

« Tu t’y attendais, non ?  Je souffrais, tu le savais. Il fallait partir.

« Que vont devenir tes précieuses  collections ?  Tes filles n’ont aucun goût pour les morceaux de porcelaine brisée !

« Ca m’est égal.  Ce sont des jouets pour les vivants.

« Et pour ceux d’en haut, qu’y a t-il ?

« Les souvenirs,  des collections  de souvenirs, c’est le tissu de notre vie !

Ils se sont mis à marcher côte à côte vers le Palais du Luxembourg.

« Dis-donc, tu es retourné au Saint Gothard ?

« Non, jamais.  Je  fréquente rarement Montmartre, c’est trop pentu pour mon âge.  Par contre j’adore rêvasser cité Bergère, devant la boutique de chaussures.

« Il y a toujours la plante grimpante dans la vitrine ?

Ils éclatent de rire.

 

«Le dessin que tu en as fait dans Memory Lane est très beau... mais on ne voit pas les mocassins de Paul Contour qui attendent d’être ressemelés !

Ils sont hilares à l’évocation des années soixante, qu’ils ont savourées ensemble près de quarante ans auparavant.

«  Ce petit livre nous a rendus indissociables, finalement.

Ta plume et mon crayon, le cercle parfait.

« Notre premier succès en librairie...

« Pas vraiment suivi pour Poupée Blonde !

Justement  les  voilà derrière l’Odéon, et tous deux revoient ce qui fut leur petit théâtre imaginaire de Poupée Blonde.

Ils s’assoient sur le muret  adossé aux grilles du Jardin du Luxembourg et contemplent la terrasse du Petit Suisse

Déserte.

Et soudain ils ont la même idée.  D’un bond ils s’élancent à travers la place en direction du café  et prennent place à l’une des tables ruisselantes de pluie, s’installent face à face dans un mouvement  théâtral et prennent la pose.

« Paris de ma jeunesse !  s’exclame Pierre Le Tan.  Et Patrick Modiano d’enchaîner :

« Mon dernier livre aura ce titre-là, comme le tien, Pierre.

Nous  serons indissociables jusqu’au bout

 

 

Miss Comédie

 

PS -    Une nouvelle édition de Paris de ma jeunesse  préfacé par Patrick Modiano   paraîtra chez Stock  le 6 novembre 2019

 

 

 

 

 

 

PIERRE LE TAN, BREVE RENCONTRE  IMAGINAIRE

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1 septembre 2019 7 01 /09 /septembre /2019 14:38
SONGS IN MY HEART :  YESTERDAY  (suite et fin)

YESTERDAY  par Paul Mc Cartney 1965

 

Yesterday, all my troubles seemed so far away
Now it looks as though they're here to stay
Oh, I believe in yesterday

Suddenly, I'm not half the man I used to be
There's a shadow hanging over me
Oh, yesterday came suddenly

Why she had to go I don't know she wouldn't say
I said something wrong, now I long for yesterday

Yesterday, love was such an easy game to play
Now I need a place to hide away
Oh, I believe in yesterday…

 

 

Eternelle, universelle, c’est une grande chanson parmi les plus grandes.

 

Quelqu’un a dit que les Beatles étaient des bienfaiteurs de l’humanité.  Pas faux, si l’on songe aux amours qui ont dû naître sous le charme de leur musique…

Une vague déferlante qui recouvre l’univers musical du 20ème siècle.

Cette chanson-là, Paul  Mc Cartney la chante seul, accompagné de sa guitare acoustique et d’un quatuor à cordes classique.

C’est SA chanson à lui, la mélodie et les paroles sont de lui et c’est le premier morceau de toute l’œuvre des Beatles a avoir été créé et chanté par l’un des membres du groupe, seul.

Sortie au Royaume Uni en août 1965 sur l’album Help, puis  quelques mois plus tard il sort en single aux US et arrive illico au top du Billboard Top 10. C’est le début de son odyssée de l’espace.

 

D'après le magazine Rolling Stones, YESTERDAY  est la chanson la plus reprise de l'histoire de l'industrie musicale.

Le Livre Guiness des records recense plus de trois mille versions enregistrées.

  

C'est aussi la chanson la plus diffusée de l'histoire internationale de la radio :  aux alentours de 7 millions de fois, de 1965 à 2000, selon BMI

Un prodige que l’on a presque du mal à justifier... et qui doit l’étonner lui-même, Paul Mc Cartney, lorsqu’il lui arrive d’entendre aujourd’hui ce YESTERDAY, venu de si loin, comme l’écho d’une vie antérieure.

 

Miss Comédie

 

Ecouter ici

 

 

 

 

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10 août 2019 6 10 /08 /août /2019 13:41
SONGS ON MY HEART :  GEORGIA

 

GEORGIA ON  MY MIND, la chanson que l’on écoute les yeux fermés.

En  1960 Ray Charles reprend à son compte   Georgia on my mind, une chanson composée en 1930 par un certain Hoagy Carmichaël, et en fait le mega-tube de l’époque. 

Pas vraiment un hasard : il est né en 1930 en Georgie…

Son interprétation est déchirante, on est complètement chaviré, d’abord parce que l’on sait qu’il est aveugle, bien sûr, et puis, cette Georgia, c’est peut-être aussi une femme qu’il a aimée et qui porte le même prénom que son pays natal… 

Il faut le voir se dandiner sur son clavier, en virtuose exalté, il en fait des tonnes mais lui, c’est pas pour la galerie, il ne voit que du feu -  au fait, que voyait-il  vraiment, Ray Charles ? 

Il a eu douze enfants de dix femmes différentes, les avait-il choisies pour leur parfum, la douceur de leur peau, leur voix,  ou bien savait-il parfaitement que Georgia était belle, aussi belle que sa terre natale ?  

 

 

 

Georgia, Georgia
The whole day through
Just an old sweet song
Keeps Georgia on my mind (Georgia on my mind)

I said Georgia
Georgia
A song of you
Comes as sweet and clear
As moonlight through the pines

Other arms reach out to me
Other eyes smile tenderly
Still in peaceful dreams I see
The road leads back to you

I said Georgia
Ooh Georgia, no peace I find
Just an old sweet song
Keeps Georgia on my mind (Georgia on my mind)

Other arms reach out to me
Other eyes…

Whoa, Georgia
Georgia
No peace, no peace I find
Just this old, sweet song
Keeps Georgia on my mind

I said just an old sweet song
Keeps Georgia on my mind…

 

 

Cette complainte, Ray Charles n’a pas cessé de la chanter, de concert en concert, d’album en album, tout au long de sa longue carrière.    

Car en dépit des dégâts causés par son amie l’héroïne, puis, une fois désintoxiqué, par ceux de l’alcool, il continua à courir le monde, les yeux fermés, jusqu’en 2004, à 74 ans.

Le grand Ray Charles est mort...

Grand émoi dans le monde musical même si Ronald Reagan lui vola la vedette avec ses funérailles nationales le lendemain.

Georgia on my mind  devint l’hymne de la Georgie, bien sûr.

Une statue et un musée dans sa ville natale, Albany, sont là pour perpétuer sa mémoire au cas où le vinyle  ferait défaut…  Mais la chanson a pris son envol pour d'autres années-lumière.

 

Miss Comédie

.

 

  

 

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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 17:50
SONGS IN MY HEART / L'AME des POETES

CHARLES  TRENET

 

Les chansons de Charles Trenet ont une vie parallèle, complètement dissociées de celle de celui qui les chante, comme si celui-ci avait un double écrivant dans l’ombre,   invisible,  sensible et tendre, inspiré par les trésors de la mémoire, les beautés de la nature ou les mirages  de l’imaginaire .

Dans la lumière, un Charles Trenet triomphant, insolent,  ouvertement gai au mépris de toutes les censures -  ce qui ne l’empêcha pas d’être applaudi sur toutes les scènes du monde par des fans de tous âges et sexes confondus.

C’est en lisant les paroles de ses chansons  que l’on découvre l’âme du poète.

 

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues
La foule les chante un peu distraite
En ignorant le nom de l'auteur
Sans savoir pour qui battait son coeur
Parfois on change un mot, une phrase
Et quand on est à court d'idées
On fait la la la la la la
La la la la la lé

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues
Un jour, peut-être, bien après moi
Un jour on chantera
Cet air pour bercer un chagrin
Ou quelqu'heureux destin
Fera-t-il vivre un vieux mendiant
Ou dormir un enfant
Tournera-t-il au bord de l'eau
Au printemps sur un phono

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leur âme légère, c'est leurs chansons
Qui rendent gais, qui rendent tristes
Filles et garçons
Bourgeois, artistes
Ou vagabonds. 

Présomptueux ?  Peut-être, car il semble quand même ne pas douter être parmi les élus dont les chansons vont courir les rues...

Mais l’avenir ne lui a-t-il pas donné raison ?

 

Miss Comédie

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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 15:11
SONGS IN MY HEART - LE SUD

Pour moi, cette chanson est un mystère. Dès les premières notes elle vous plonge dans un état d’hypnose, une  évocation rêveuse de souvenirs d’enfance  de paysages familiers dans un éternel été,  tout cela dans l’attente d’une fin inéluctable.

Magie de quelques mots simples qui en disent long,  portés par une musique  intemporelle elle aussi.

 

« C’est un endroit qui ressemble à la louisiane

A l’italie,

Il y a du linge étendu sur la terrasse

Et c’est joli,

On dirait le sud,

Le temps dure longtemps

Et la vie sûrement

Plus d’un million d’années

Et toujours en été...

 

Y a plein d’enfants qui se roulent sur la pelouse,

Y a plein de chiens,

Y a même un chat, une tortue des poissons rouges,

Il ne manque rien,

 

On dirait le sud,

Le temps dure longtemps et la vie sûrement

Plus d’un million d’années,

Et toujours en été...

 

 

Dididilim didilim...(la voix de nino qui s’envole,  devient lointaine, chante en sourdine, relayée par le piano et les basses)

 

Un jour ou l’autre il faudra qu’il y ait la guerre,

On le sait bien,

On n’aime pas ça mais on ne sait pas quoi faire,

On dit c’est le destin...

Tant pis pour le sud,

C’était pourtant bien...

On aurait pu vivre plus d’un million d’années...

Et toujours en été... »

 

C’est tout, la voix s’évanouit, la musique s’éteint.  On reste là, pensif,  n’osant rompre ce charme triste qui nous a envahi .

 

Le sud fut le dernier et plus grand succès de nino ferrer,  dix ans après mirza, qui le révéla au grand public.

Fut-il heureux de cette consécration, lui qui ne s’était reconnu ni dans les yéyés ni dans la variété et qui n’eut qu’une seule ambition, celle d’être un musicien de jazz ?

Eternel insatisfait, nino  abandonna la vie parisienne et le

Show-biz  pour tenter une renaissance  vers le sud...

Mais cela finit comme dans la chanson « tant pis pour le sud... C’était pourtant bien, on aurait pu vivre plus d’un million d’années... Et toujours en été... »

Il décida de partir le matin du 13 août 1998, dans un champ de blé.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

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  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

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- La dictée de Bunuel

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