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10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 16:27

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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 16:00
PIERRE LE TAN, BREVE RENCONTRE  IMAGINAIRE

Place Saint-Sulpice à Paris, c’est la nuit, une nuit de fin d’été, rafraîchie par  la fine pluie qui  a détrempé la terre battue autour de la fontaine.

  Un homme marche, mains dans les poches, le long de la rue Bonaparte qui borde la place.

Il est grand,  cheveux gris,  la démarche souple d’un marcheur.  Ses pas glissent sur le pavé encore luisant de pluie.

Il marche dans ce quartier  dont chaque rue lui évoque un souvenir.  Mais  aujourd’hui ses pas résonnent comme le rappel d’un flot de souvenirs  qu’il ne partagera plus.

 

Memory Lane.   Soixante-dix pages comme un catalogue de portraits choisis dans un passé déjà lointain et restitués par la grâce des dessins a de son ami Pierre Le Tan. 

Il se prend à monologuer à mi-voix.

«Memory Lane.  C’était en 1980.  J’avais trente-cinq ans, lui trente.

Nous étions deux orphelins, avec des parents hors du temps, fantômes d’une autre époque...   Memory Lane. C’est étrange, nous étions amis depuis si longtemps et nous n’avons travaillé ensemble que si tard ...»

 

Il  contemple l’imposante bâtisse de la basilique qui  lui évoque ce « rappel à Dieu », ce réconfort illusoire  des croyants.  Il se  surprend à espérer pour son ami cette paix éternelle qui le prive, lui, de la paix de chacun des jours à venir.

 

Le voici qui débouche dans cette rue de Vaugirard où son ami résida longtemps. Il s’arrête, la rue est déserte, les grilles du jardin du Luxembourg sont fermées.  Pourtant, une silhouette assise sur le muret qui longe le jardin attire son attention.

« Patrick ?

Il connait cette voix. Il s’approche. L’ombre se lève et vient vers lui.

« Oui, c’est moi, je suis près de chez moi, tu vois...

Nullement étonné, Modiano est pourtant ému jusqu’aux larmes.

« Pourquoi es-tu parti, Pierre ? Je suis seul avec nos souvenirs.

« Tu t’y attendais, non ?  Je souffrais, tu le savais. Il fallait partir.

« Que vont devenir tes précieuses  collections ?  Tes filles n’ont aucun goût pour les morceaux de porcelaine brisée !

« Ca m’est égal.  Ce sont des jouets pour les vivants.

« Et pour ceux d’en haut, qu’y a t-il ?

« Les souvenirs,  des collections  de souvenirs, c’est le tissu de notre vie !

Ils se sont mis à marcher côte à côte vers le Palais du Luxembourg.

« Dis-donc, tu es retourné au Saint Gothard ?

« Non, jamais.  Je  fréquente rarement Montmartre, c’est trop pentu pour mon âge.  Par contre j’adore rêvasser cité Bergère, devant la boutique de chaussures.

« Il y a toujours la plante grimpante dans la vitrine ?

Ils éclatent de rire.

 

«Le dessin que tu en as fait dans Memory Lane est très beau... mais on ne voit pas les mocassins de Paul Contour qui attendent d’être ressemelés !

Ils sont hilares à l’évocation des années soixante, qu’ils ont savourées ensemble près de quarante ans auparavant.

«  Ce petit livre nous a rendus indissociables, finalement.

Ta plume et mon crayon, le cercle parfait.

« Notre premier succès en librairie...

« Pas vraiment suivi pour Poupée Blonde !

Justement  les  voilà derrière l’Odéon, et tous deux revoient ce qui fut leur petit théâtre imaginaire de Poupée Blonde.

Ils s’assoient sur le muret  adossé aux grilles du Jardin du Luxembourg et contemplent la terrasse du Petit Suisse

Déserte.

Et soudain ils ont la même idée.  D’un bond ils s’élancent à travers la place en direction du café  et prennent place à l’une des tables ruisselantes de pluie, s’installent face à face dans un mouvement  théâtral et prennent la pose.

« Paris de ma jeunesse !  s’exclame Pierre Le Tan.  Et Patrick Modiano d’enchaîner :

« Mon dernier livre aura ce titre-là, comme le tien, Pierre.

Nous  serons indissociables jusqu’au bout

 

 

Miss Comédie

 

PS -    Une nouvelle édition de Paris de ma jeunesse  préfacé par Patrick Modiano   paraîtra chez Stock  le 6 novembre 2019

 

 

 

 

 

 

PIERRE LE TAN, BREVE RENCONTRE  IMAGINAIRE

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1 septembre 2019 7 01 /09 /septembre /2019 14:38
SONGS IN MY HEART :  YESTERDAY  (suite et fin)

YESTERDAY  par Paul Mc Cartney 1965

 

Yesterday, all my troubles seemed so far away
Now it looks as though they're here to stay
Oh, I believe in yesterday

Suddenly, I'm not half the man I used to be
There's a shadow hanging over me
Oh, yesterday came suddenly

Why she had to go I don't know she wouldn't say
I said something wrong, now I long for yesterday

Yesterday, love was such an easy game to play
Now I need a place to hide away
Oh, I believe in yesterday…

 

 

Eternelle, universelle, c’est une grande chanson parmi les plus grandes.

 

Quelqu’un a dit que les Beatles étaient des bienfaiteurs de l’humanité.  Pas faux, si l’on songe aux amours qui ont dû naître sous le charme de leur musique…

Une vague déferlante qui recouvre l’univers musical du 20ème siècle.

Cette chanson-là, Paul  Mc Cartney la chante seul, accompagné de sa guitare acoustique et d’un quatuor à cordes classique.

C’est SA chanson à lui, la mélodie et les paroles sont de lui et c’est le premier morceau de toute l’œuvre des Beatles a avoir été créé et chanté par l’un des membres du groupe, seul.

Sortie au Royaume Uni en août 1965 sur l’album Help, puis  quelques mois plus tard il sort en single aux US et arrive illico au top du Billboard Top 10. C’est le début de son odyssée de l’espace.

 

D'après le magazine Rolling Stones, YESTERDAY  est la chanson la plus reprise de l'histoire de l'industrie musicale.

Le Livre Guiness des records recense plus de trois mille versions enregistrées.

  

C'est aussi la chanson la plus diffusée de l'histoire internationale de la radio :  aux alentours de 7 millions de fois, de 1965 à 2000, selon BMI

Un prodige que l’on a presque du mal à justifier... et qui doit l’étonner lui-même, Paul Mc Cartney, lorsqu’il lui arrive d’entendre aujourd’hui ce YESTERDAY, venu de si loin, comme l’écho d’une vie antérieure.

 

Miss Comédie

 

Ecouter ici

 

 

 

 

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10 août 2019 6 10 /08 /août /2019 13:41
SONGS ON MY HEART :  GEORGIA

 

GEORGIA ON  MY MIND, la chanson que l’on écoute les yeux fermés.

En  1960 Ray Charles reprend à son compte   Georgia on my mind, une chanson composée en 1930 par un certain Hoagy Carmichaël, et en fait le mega-tube de l’époque. 

Pas vraiment un hasard : il est né en 1930 en Georgie…

Son interprétation est déchirante, on est complètement chaviré, d’abord parce que l’on sait qu’il est aveugle, bien sûr, et puis, cette Georgia, c’est peut-être aussi une femme qu’il a aimée et qui porte le même prénom que son pays natal… 

Il faut le voir se dandiner sur son clavier, en virtuose exalté, il en fait des tonnes mais lui, c’est pas pour la galerie, il ne voit que du feu -  au fait, que voyait-il  vraiment, Ray Charles ? 

Il a eu douze enfants de dix femmes différentes, les avait-il choisies pour leur parfum, la douceur de leur peau, leur voix,  ou bien savait-il parfaitement que Georgia était belle, aussi belle que sa terre natale ?  

 

 

 

Georgia, Georgia
The whole day through
Just an old sweet song
Keeps Georgia on my mind (Georgia on my mind)

I said Georgia
Georgia
A song of you
Comes as sweet and clear
As moonlight through the pines

Other arms reach out to me
Other eyes smile tenderly
Still in peaceful dreams I see
The road leads back to you

I said Georgia
Ooh Georgia, no peace I find
Just an old sweet song
Keeps Georgia on my mind (Georgia on my mind)

Other arms reach out to me
Other eyes…

Whoa, Georgia
Georgia
No peace, no peace I find
Just this old, sweet song
Keeps Georgia on my mind

I said just an old sweet song
Keeps Georgia on my mind…

 

 

Cette complainte, Ray Charles n’a pas cessé de la chanter, de concert en concert, d’album en album, tout au long de sa longue carrière.    

Car en dépit des dégâts causés par son amie l’héroïne, puis, une fois désintoxiqué, par ceux de l’alcool, il continua à courir le monde, les yeux fermés, jusqu’en 2004, à 74 ans.

Le grand Ray Charles est mort...

Grand émoi dans le monde musical même si Ronald Reagan lui vola la vedette avec ses funérailles nationales le lendemain.

Georgia on my mind  devint l’hymne de la Georgie, bien sûr.

Une statue et un musée dans sa ville natale, Albany, sont là pour perpétuer sa mémoire au cas où le vinyle  ferait défaut…  Mais la chanson a pris son envol pour d'autres années-lumière.

 

Miss Comédie

.

 

  

 

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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 17:50
SONGS IN MY HEART / L'AME des POETES

CHARLES  TRENET

 

Les chansons de Charles Trenet ont une vie parallèle, complètement dissociées de celle de celui qui les chante, comme si celui-ci avait un double écrivant dans l’ombre,   invisible,  sensible et tendre, inspiré par les trésors de la mémoire, les beautés de la nature ou les mirages  de l’imaginaire .

Dans la lumière, un Charles Trenet triomphant, insolent,  ouvertement gai au mépris de toutes les censures -  ce qui ne l’empêcha pas d’être applaudi sur toutes les scènes du monde par des fans de tous âges et sexes confondus.

C’est en lisant les paroles de ses chansons  que l’on découvre l’âme du poète.

 

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues
La foule les chante un peu distraite
En ignorant le nom de l'auteur
Sans savoir pour qui battait son coeur
Parfois on change un mot, une phrase
Et quand on est à court d'idées
On fait la la la la la la
La la la la la lé

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues
Un jour, peut-être, bien après moi
Un jour on chantera
Cet air pour bercer un chagrin
Ou quelqu'heureux destin
Fera-t-il vivre un vieux mendiant
Ou dormir un enfant
Tournera-t-il au bord de l'eau
Au printemps sur un phono

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leur âme légère, c'est leurs chansons
Qui rendent gais, qui rendent tristes
Filles et garçons
Bourgeois, artistes
Ou vagabonds. 

Présomptueux ?  Peut-être, car il semble quand même ne pas douter être parmi les élus dont les chansons vont courir les rues...

Mais l’avenir ne lui a-t-il pas donné raison ?

 

Miss Comédie

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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 15:11
SONGS IN MY HEART - LE SUD

Pour moi, cette chanson est un mystère. Dès les premières notes elle vous plonge dans un état d’hypnose, une  évocation rêveuse de souvenirs d’enfance  de paysages familiers dans un éternel été,  tout cela dans l’attente d’une fin inéluctable.

Magie de quelques mots simples qui en disent long,  portés par une musique  intemporelle elle aussi.

 

« C’est un endroit qui ressemble à la louisiane

A l’italie,

Il y a du linge étendu sur la terrasse

Et c’est joli,

On dirait le sud,

Le temps dure longtemps

Et la vie sûrement

Plus d’un million d’années

Et toujours en été...

 

Y a plein d’enfants qui se roulent sur la pelouse,

Y a plein de chiens,

Y a même un chat, une tortue des poissons rouges,

Il ne manque rien,

 

On dirait le sud,

Le temps dure longtemps et la vie sûrement

Plus d’un million d’années,

Et toujours en été...

 

 

Dididilim didilim...(la voix de nino qui s’envole,  devient lointaine, chante en sourdine, relayée par le piano et les basses)

 

Un jour ou l’autre il faudra qu’il y ait la guerre,

On le sait bien,

On n’aime pas ça mais on ne sait pas quoi faire,

On dit c’est le destin...

Tant pis pour le sud,

C’était pourtant bien...

On aurait pu vivre plus d’un million d’années...

Et toujours en été... »

 

C’est tout, la voix s’évanouit, la musique s’éteint.  On reste là, pensif,  n’osant rompre ce charme triste qui nous a envahi .

 

Le sud fut le dernier et plus grand succès de nino ferrer,  dix ans après mirza, qui le révéla au grand public.

Fut-il heureux de cette consécration, lui qui ne s’était reconnu ni dans les yéyés ni dans la variété et qui n’eut qu’une seule ambition, celle d’être un musicien de jazz ?

Eternel insatisfait, nino  abandonna la vie parisienne et le

Show-biz  pour tenter une renaissance  vers le sud...

Mais cela finit comme dans la chanson « tant pis pour le sud... C’était pourtant bien, on aurait pu vivre plus d’un million d’années... Et toujours en été... »

Il décida de partir le matin du 13 août 1998, dans un champ de blé.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

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17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 14:23

Il y a les tubes de l’été,  coups de foudre éphémères.  Plus rarement, les tubes de l’année, coups de coeur qui ont la vie dure.

Mais que faut il ajouter à une chanson pour qu’elle devienne la chanson du siècle ?    A peine quelques mots qui captent l’émotion, qui éveillent l’attention.

 

John Lennon a chanté Imagine,  la chanson qui dit si joliment que nous sommes passés à coté du bonheur.  C’est lui qui a signé  la chanson du siècle.

SONGS OF MY HEART

Imagine there’s no heaven,

It’s easy if you try,

No hell below us,

Above us only sky

Imagine all the people

Living for today

 

Imagine there’s no countries

Itisn’t hard to do

Nothing to kill or die for,

No religion too

Imagine all the people

Living life in peace

 

 

You may say I’m a dreamer

But am not the only one

I hope some days you’ll join us

And the world will live as one...

 

Imagine no possessions,

I wonder if you can,

No need for greed or hunger

A brotherhood of man

Sharing all the world...

You may say i’m a dreamer

But i’m not the only one…

 

I hope some day you’ll join us

And the world will live as one...

 

Cette chanson, nous l’avons entendue maintes fois et elle nous bouleverse sans trop savoir pourquoi.   Et puis, tôt ou tard  nous percevons le sens de  ces mots tout simples qui nous rappellent que   nous sommes sur une mauvaise pente et que l’abîme n’est pas loin...

 

Miss Comédie

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16 mai 2019 4 16 /05 /mai /2019 14:09
ANNA KARINA, JEAN-LUC GODARD, NOUVELLE VAGUE .?

Jean-Luc Godard et Anna Karina sont  encore sous le choc  après ces retrouvailles-surprise organisées par Thierry Ardisson, vingt ans après leur séparation.

C’était aux Bains-Douches, la discothèque branchée,  pour l’émission « Bain de Minuit » en 1987.

Lui, savait,   Anna Karina, elle,   ne s’attendait pas à cette rencontre. Elle ne fit face que le temps de quelques répliques, puis coupa court à l’interview et s’enfuit, visiblement bouleversée.   La régie  envoya le générique de fin et Jean-Luc Godard  eut  ce mot : « Et bien, je n’ai plus qu’à rentrer chez moi.

 

 

Que se passa-t-il le lendemain ?   Ils ne pouvaient pas en rester là.

Imaginons.

 

 

Ils se sont donné rendez-vous dans un café du Quartier Latin, ou de la Bastille, peu importe le décor pour cette rencontre de pure fiction, suite et fin d’un raté du hasard.

Il est arrivé le premier et il a commandé un café. Ses mains tremblent un peu.  Godard ému ?  Il pense qu’elle ne viendra probablement pas.  C’était stupide, cette idée de retrouvailles.

Il regarde sa montre et décide qu’il partira aussitôt son café avalé.

Lui  redoute cette confrontation, les explications, les retours sur le passé. Tout cela est inutile et malsain.

Mais elle arrive, juste à l’heure.  Elle porte le petit chapeau qu’elle arborait pour l’émission, elle est belle, à quarante ans, encore plus que lorsqu’il l’a rencontrée, il y a vingt ans.

Il se lève pour l’accueillir, ils ne s’embrassent pas.

Il crâne :

« Pourquoi es-tu partie  si vite ?   Ca ne se fait pas.

Elle s’assied près de lui sur la banquette et il doit se tourner vers elle pour l’écouter.

« C’était trop dur.

« D’accord c’était dur. Même pour moi. Mais il faut jouer le jeu. C’est le métier.

« On aurait pu me prévenir.

« C’était une surprise. Il croyait que ça te ferait plaisir.

« Ah, oui ! (elle a un petit rire) un plaisir...

 

Le garçon s’approche.

« Vous désirez boire quelque chose ?

Anna Karina le regarde de ses splendides yeux de biche.

« Quelle heure est-il ?  Un café, s’il vous plait.

 

Derrière ses lunettes, Godard l’observe comme s’il la découvrait aujourd’hui.  Elle explose soudain :

« Toi aussi, tu croyais me faire plaisir ?

Surpris, il murmure :

« Ben... oui !

Les yeux d’Anna lancent des éclairs.

« Parce que toi, tu étais au courant, non ?  Tu as accepté de jouer à ce jeu pervers, par curiosité, comme ça, pour voir ce qui allait se passer, hein ?

Il baisse la tête.

 

« Tu me détestes, Anna ?

 

Elle respire profondément.

« Non.

« Pourquoi as-tu quitté le plateau, alors ? 

  

Le garçon dépose un  café sur la table et ne se décide pas à s’éloigner, il la boit des yeux.

 

Elle se redresse et sa voix  devient plaintive :

« Tu n’as rien compris ?   J’étais si émue que ça devenait impudique.

« Impudique ?

« Oui, oui, bien sûr, tout me revenait...  Tous ces souvenirs...  Tu as tout oublié, n’est-ce pas ?

Il a un geste de lassitude.

« Non, bien sûr que non. Je n’ai rien oublié,  ce n’est pas par curiosité que j’ai accepté cette émission... j’avais... (il hésite) c’était un désir fou de te revoir.

 

Ils se taisent, un courant électrique passe entre eux tout à coup.   Ce moment est de ceux qui peuvent faire basculer une vie.   Mais le temps perdu ne se rattrape jamais, comme dit la chanson.

«  Finalement tu as eu raison, dit Godard. Tout cela doit rester entre nous.

 

Un  ange passe.  Et puis comme pour revenir à la réalité :

« Tu es heureuse ?

Elle a un sursaut et articule sur un ton monocorde :

« Oui, je travaille beaucoup, je tourne film sur film, je n’ai pas à me plaindre, tu sais, je viens de tourner avec André Delvaux un très beau long-métrage...

Il rit, de son rire aigrelet.

« Non, je veux dire : heureuse ?

Elle  tourne son visage vers lui et le fixe intensément.   :

« Je ne sais pas ce que tu veux  dire .

« Oui, à quoi bon, soupire Godard.  De toute façon, cela ne me regarde plus.  (Puis, brusquement :)  Oh, Anna, redis-moi encore une fois « J’sais pas quoi faire ! Qu’est-ce que je vais faire ? »

 

 Ils éclatent de rire tous les deux et Anna se prend au jeu. Elle débite la rengaine de Pierrot le Fou avec une mimique irrésistible.

 

Dans un même élan, ils s’étreignent en riant, comme soulagés, car la glace est rompue.

« Tu es toujours aussi bonne, dit Godard en  se levant pour aller payer au comptoir.

Ils sortent enlacés comme deux vieux copains, et le garçon qui a tout entendu se dit que pour ces deux-là, « ça va continuer »...

 

 

 

La scène est imaginaire et le dialogue complètement  improbable, mais  cette fameuse émission sur la Cinq a bien eu lieu.

Le mystère reste entier sur l’effet qu’elle a eu sur la relation entre Godard et son ex-épouse et interprète.

Le garçon de café a-t-il vu juste ?   Moi je suis pour l’amour toujours.

 

 

Miss Comédie

 

 

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25 avril 2019 4 25 /04 /avril /2019 20:14
JEAN-PIERRE MARIELLE ET LE FANTÔME DE GROUCHO MARX

Juillet 2008 : un  moment dans la vie de JP Marielle..

Festival de la correspondance de Grignan.

 

Une foule de fans de tous âges remontent lentement la ruelle qui mène à l’esplanade de la Collégiale transformée en espace de lecture.

Une certaine excitation se devine dans les rangs de ceux qui ont pu réserver leur place pour cette soirée  exceptionnelle.

Un spectacle de gourmets : Patrice Leconte met « en espace » la correspondance de Groucho Marx, lue par Jean-Pierre Marielle.

Autre chose que les lettres de mon moulin.  Ca promet d’être plutôt drôle.

 

Dans la sacristie de la chapelle Collégiale qui donne sur l’esplanade, face aux gradins installés pour le festival, Jean-Pierre Marielle jette un oeil sur le ciel menaçant.  L’orage n’est pas loin.

Il se retourne vers Groucho Marx, assis dans une stalle monastique, le cigare au bec.

« Tu vas voir que ça va nous tomber dessus.

«   No problem  ! Tu mets un chapeau et tu lis, okay ?   Tu as signé pour toutes les lettres et moi j’ai la permission de minuit et je retourne au paradis, vu ?

« Et s’il y a plus un seul clampin ?

« Well you  go on reading.  Just for me, darling et Pierre... mais il est pas là, ton ami Pierre Vernier ?

T’inquiète, il est toujours à l’heure. Bon, laisse-moi me concentrer. Par quelle lettre on commence ? Hé ho, Patrice, aide-moi.  Groucho me détraque le ciboulot.  Tu as vu  mon manuscrit quelque part ?  Je l’ai paumé, bordel !  Et mes musiciens, tu les as vus ?  Il me faut du jazz, moi.

 

Patrice Leconte  a l’oeil à tout.  Il attrape la brochure et la tend à Marielle.  Il n’a pas vu, et c’est normal, le fantôme de Groucho Marx qui, pour rien au monde, n’aurait loupé ce prétexte pour revenir sur terre.

 

 

 

 

 

JEAN-PIERRE MARIELLE ET LE FANTÔME DE GROUCHO MARX

 Groucho Marx  n’était pas avare de sa prose.  Ses lettres, souvent de plusieurs pages, adressées aussi bien à la Warner Bros qu’à son éditeur, son jardinier ou sa fille, débordent  de son humour dévergondé.  Truculentes, mordantes ou hilarantes sur le papier, elles se doublent de l’énorme puissance comique du phrasé de Jean-Pierre Marielle.

Sur les gradins on  tire  les mouchoirs, les larmes coulent. 

Pierre Vernier qui figure les destinataires muets, a du mal à garder son sérieux.

La lecture s’est déroulée avec, au-dessus de l’assistance, un incessant roulement sourd.   Mais Marielle  se foutait pas mal de la pluie qui menaçait.  Son texte le remplissait d’extase.  Il en faisait des tonnes.  Le public en redemandait.

Groucho tenait l’orage à distance par ses pouvoirs désormais surnaturels et, la dernière formule de politesse envoyée dans un déluge... d’applaudissements, ce fut l’averse, monstre, dans une salve de coups de tonnerre, le tout illuminé par des éclairs sans chocolat.

Marielle s’est retrouvé dans la ruelle, mêlé à la foule ruisselante, et ses invectives contre le ciel, la terre, Groucho et le métier d’acteur dominaient le vacarme de la pluie.

Groucho suivait, hilare, son interprète et l’accompagna jusqu’à l’hôtel de la Plume le bien nommé où il disparut de ce monde comme il était venu.

Dans le brouhaha de la salle en pleine ébullition, encore sous le coup de ce moment de résurrection, Jean-Pierre Marielle eut ce mot : «  Mais où est passé Groucho ? »

Seule, Agathe Natanson, son  épouse, l’entendit et sourit.

Lui, dans la fumée de sa cigarette, s’était replongé dans son « ailleurs ». C’était très important pour lui, « l’ailleurs ». 

Et la légèreté. Et la Musique.

 

Les mots, très rarement. Seuls les mots qui venaient d’ailleurs.

Les silences de Jean-Pierre Marielle, en interview,  avaient une profondeur vertigineuse.  Il pouvait se livrer entièrement, sans parler.  Un talent très rare. Unique.

Il est parti, et d’écouter son entretien avec Olivier Bellamy, un jour de 2010,  mes larmes coulent. 

 

 

Miss Comédie

 

 

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17 avril 2019 3 17 /04 /avril /2019 20:30
NOTRE-DAME, ÂME DE PARIS

« ....c’est que l’amour est comme un arbre, qui  pousse de lui-même

et jette ses racines profondément dans notre être et continue souvent de verdoyer dans un coeur en ruine. »

 

 

Extrait de « Notre Dame de Paris – 1482 » - Victor-Hugo

 

Miss Comédie

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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