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RAMSES II aux Bouffes-Parisiens à Paris

Publié le par Miss Comédie

L'instant théâtre

RAMSES II  aux Bouffes-Parisiens à Paris

 

Le titre de la pièce intrigue, on se souvient vaguement que le pharaon  Ramsès II  a  édifié  la grande Pyramide pour en faire son tombeau.  On oublie peut-être qu'une malédiction  a frappé par la suite  certains de ses visiteurs curieux de son mystère.

L'auteur a--t-il voulu nous la rappeler ?

 

On commence néanmoins  par rire un bon coup, on sait que la pièce est une comédie, on ne se méfie pas.

Trois personnages sont en scène,  Berléand et Elmosnino se connaissent bien, ils viennent de tourner un film ensemble, ça doit bien fonctionner entre eux.

L’excellente Evelyne Buyle leur donne la réplique et  leur dialogue  est d'une banalité rassurante.

 Le gendre de retour d’Egypte  rend visite à ses beaux-parents, avec un cadeau (empoisonné ?)  la réplique du masque mortuaire de Ramsès II. Son épouse, leur fille, est en retard .Très vite la conversation prend un tour bizarre.

Il faut expliquer ce retard et   Eric Elmosnino  paraît quand même un peu déjanté.

Au point qu’après un moment on se pince « qu’est-ce qu’il nous fait, là ? »

Elmosnino introduit le doûte.Il y a du mystère là-dessous.

C’est là qu’il est très fort, Elmosnino. Avec un rôle à la limite de la bouffonnerie, on ne se dit  pas « il est grotesque », on se dit « qu’est-ce qu’il nous prépare ? »

 

Les parents, visiblement,  pensent exactement comme nous : « quelque chose ne tourne pas rond dans son discours. Mais quoi ?

 

Voilà.

Il y aura plusieurs visites du gendre , toujours seul, et  plusieurs versions de plus en plus alarmantes du retard de sa femme, jusqu'à ce que celle-ci  réapparaisse , chaque fois plus étonnée des visages dévastés de ses parents.

La dernière visite sera la plus cruelle, je n'en dis pas plus sur ce dénouement hallucinant qui nous remet en mémoire ce masque de Ramsès II, cadeau porteur de maléfice.

On est en plein drame et on se demande si Ramsès a rendu le gendre fou ou si le gendre a voulu rendre son beau-père fou.

Toujours est-il que la fin n'est pas drôle du tout.

Croyez-vous que la salle en sortit  éplorée ?  Que nenni, dehors les visages étaient tout sourires.

 

 

A  voir sans arrière-pensée pour la performance des comédiens et pour savourer  un moment de pur divertissement,

qu théâtre des Bouffes-Parisiens jusqu'au 31 décembre.

 

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

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Oui

 

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NINO FERRER, UN SOIR DE FÊTE

Publié le par Miss Comédie

NINO FERRER, UN SOIR DE FÊTE

NINO  FERRER,   UN SOIR DE FÊTE

 

  Mars 1965, rue du Dragon à Paris.  Chez des amis, Nino Ferrer fête le succès fracassant de MIRZA, son premier tube. Au milieu de tous ces gens euphoriques et déjà un peu partis, il est sombre, il n'a pas touché à sa coupe de champagne.Il a 31 ans, il est d’une beauté surnaturelle.

Je l’ai déjà vu souvent ici, il est le cousin de notre hôte, musicien de jazz.

 

Il vient vers moi et m'entraîne à l'écart.

"  Venez, tous ces gens sont répugnants.

" Mais enfin, ce sont vos amis…

"  Non, ils n'ont rien compris.

"  Comprendre quoi ?

Il me regarde intensément.

 

"  Vous savez bien, vous, que ce disque devait rester ignoré de tous. Son succès est une affreuse méprise.

 

Je ne dis rien.  Il est vrai que MIRZA est à des années-lumière de l’univers musical de Nino, qui n’aime que le jazz. C'est venu comme ça, un soir de fête entre copains.  Il a cédé ensuite aux avances d'Eddy  Barclay, instant d'égarement.

 

 

"  Grâce à ce succès, Nino, tu es célèbre. Tu vas pouvoir faire la musique que tu aimes. 

"  Ne me tutoyez pas.  Notre relation est au-dessus de la mêlée.

 

Je me peux m’empêcher de rire.  D'où lui vient ce côté vieille France et cette allure de dandy ?  C'est un gentilhomme égaré  chez les saltimbanques .

 

"  Ecoutez-moi. Vous savez ce qui est le plus absurde ?  C’est que personne ne sait que la musique de MIRZA  m’a été inspirée par un tube de Stevie Wonder.  Là-dessus, je mets des paroles idiotes, histoire de rigoler un peu, et paf !  ça fait un tabac…

 

Il me regarde encore, je vais me trouver mal tellement il est beau. Il me prend le bras et d'une voix sourde  :

Je viens d'écrire une chanson où j'ai mis toute mon âme, tout y est inspiré, la musique, les mots...

" De quoi parle-t-elle ?

" D'un pays qui n'existe pas.  Où règne la paix et la joie, où l'été n'a pas de fin...

"  Comme dans le sud ?

" Oui,  on dirait  le sud....  Ma plus  belle chanson.... et voilà que j’ai signé avec Barclay pour  trois autres titres aussi stupides que MIRZA  : Les Cornichons, Oh Hé Hein Bon, Gaston ya’l téléfon qui sonne"’…  

" Ils auront le même succès que MIRZA !

-  Dieu du ciel, je ne veux pas de ce succès-là !  Je regrette le temps des Dixiecats...

 

Je me souviens.   Au Vieux-Colombier, ils faisaient le plein tous les soirs.  Nino  jouait de la contrebasse,  Bill Colem venait parfois faire une jam. 

"  Pourquoi avoir arrêté ?

"   Oh, je voulais faire mes chansons à moi. C’est toujours pareil, à 20 ans on croit qu’on peut tout avoir à la fois.

 

 

On l'appelle.  Nino !  Tu es où ?  On passe à table !

Assis près de moi, son teckel sur les genoux, il est au centre d'un feu croisé de questions. Quelqu'un prend une photo.

" Nino,  tu vas faire l'Olympia avec MIRZA ?

 

Ils comprennent vite que Nino n'a pas envie de plaisanter.

Ils vont continuer à parler et à rire ensemble sans insister sur le sujet et Nino se détend peu.

Une question jaillit :

" Nino, c'est qui la femme de ta vie ?

Pris de court, il  choisit l'esquive :

" Vous la connaissez tous, c'est Mounette.

 

Mounette, sa mère, son âme soeur.

" Oui, c'est elle la femme de ma vie.  Quand elle mourra, je mourrai.

 C'est comme un pavé dans la mare mais ils savent que Nino  n'est pas spécialement un boute-en-train.  Et puis, ils ont bu, ils ont surtout envie de faire  la fête.  La soirée s'éternise dans la bonne humeur.  Et Nino,  distrait, s'immerge dans leur  amicale présence.

 

Plus tard,   L'ambiance retombe un peu. 

 il me prend la main.  Il rêve.

Il ne sait pas que cette chanson  encore  inachevée , il la lancera un jour dans l'air du temps et que LE SUD  fera le tour du monde. Elle effacera tout le reste et restera comme son testament prémonitoire.

 

"  Nino, vous vous souvenez des paroles de votre première chanson : « Ma Vie pour rien « ?

 « Moi j’ai voulu vivre ma vie- et j’ai perdu ma vie pour rien ».- Comment peut-on écrire ces mots-là, quand on a  toute la vie devant soi ?

"  Je ne sais pas."

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

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LE MYSTÈRE D'ALEXIS MICHALIK

Publié le par Miss Comédie

LE MYSTÈRE D'ALEXIS MICHALIK

 

 

Bizarrement, ce n'est pas avec ce visage d'acteur shakespearien que MICHALIK a séduit tout Paris. Mais il écrit et met en scène des histoires aussi belles que lui.

 

Depuis septembre 2016  EDMOND fait le plein au théâtre du Palais-Royal, INTRA MUROS à la Pépinière, LE PORTEUR D’HISTOIRE au théâtre des Béliers… trois créations d’Alexis Michalik, trois succès simultanés, c’est rare.

         Toutes les bonnes fées se sont penchées sur son berceau pour lui donner beauté, talent et succès, amour aussi, j’espère mais n’en doutons pas.

Il a eu déjà la reconnaissance de la critique, l’adhésion du public et aujourd’hui encore, je lis un grand article sur lui dans le JDD – (très bien écrit par Barbara Théat...- nom prédestiné ?  sauf qu'elle  lui  octroie  trois Césars à la place de trois Molières… rectifions vite !)

 

Que de louanges ! Je sais, Alexis Michalik est conscient de sa chance et  garde les yeux ouverts sur la fragilité de l’avenir. 

Maintenant qu’il s’apprête à passer derrière la caméra pour diriger la version cinéma de sa pièce EDMOND,  on ne peut s’empêcher de trembler… et si le cercle magique n’opérait plus ?

 

Alexis Michalik a beaucoup voyagé, paraît-il.  Profitant de cet instant fugitif où le temps suspend son vol, entre deux projets, entre deux amours peut-être, il a parcouru l’Indonésie, le Mexique, la Grèce, le Portugal, s’immergeant dans   la culture  des territoires inconnus, en quête  de quelque histoire invraisemblable  pour nous étonner  encore.

 

Dans ses spectacles il n'y a pas de stars. Ses comédiens sont des inconnus magnifiques qui brûlent les planches.  On en oublie les têtes d'affiche, seul compte  l'histoire et les mots qui la racontent.

 

Son secret appartient à tout le monde : garder  un  regard d’enfant émerveillé par l’inconnu, le mystère, la fusion du vrai et du faux.

 Fermer les yeux, rêvasser et partir sur les sentiers de l’imaginaire vers des régions où tout est possible.

Ce secret,  il faut être un Michalik pour savoir le  formuler et il n'y a que le théâtre pour le rendre si proche et si magique à la fois.

 

 

 

 

 

 

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EN ATTENDANT LE PARADIS

Publié le par Miss Comédie

Conversation imaginaire

EN  ATTENDANT LE  PARADIS

Mireille Darc et Jean Rochefort, assis sur la margelle d'un pont dominant le fleuve Styx, "fleuve des Morts" ,  regardent  Danielle Darrieux gravir les derniers mètres de la route escarpée qui mène vers l'Au-delà.

 

Elle est essoufflée et s'arrête un moment pour reprendre haleine.

 

"Il était temps de lever le camp, non ?   Ironise Rochefort.

Danielle Darrieux sourit et reprend sa marche.

"D'accord, cent ans c'est long mais j'en aurais bien  aligné dix de plus.

Mireille Darc  se lève et lui tend la main, elle l'aide à s'asseoir près de Jean Rochefort.

"Bien sûr, vous étiez en pleine forme... Moi j'en avais ma claque  il était temps que ça s'arrête...

 Mon seul regret, c'est  de laisser mes proches dans la peine.

Rochefort sardonique :

" Oui vous n'avez pas honte,  le samouraï est  à terre.

 

Danielle Darrieux regarde autour d'elle.

"C'est ici le terminus ?

"Pas tout à fait, dit Rochefort en se levant  et sur un ton de tragédien, c'est,  le bureau de casting  de saint Pierre, on doit patienter ici  pendant qu'il  examine  notre dossier.  C'est là qu'on  se mord les doigts de  s'être laissé aller  à certaines pratiques  pas très   catholiques... Alors que ces pratiques,  vertudieu, étaient justement  paradisiaques! 

 

Derrière eux, une porte s'ouvre dans un grincement.

Un homme en robe blanche en sort et demande :

"Mademoiselle Darrieux !

" C'est moi !

"Bon, vous êtes là enfin, ne bougez pas jusqu'à ce que je vous appelle !

Il disparait à l'intérieur et referme la porte derrière lui.

 

"Et voilà !   s'indigne   Rochefort,  On nous prend pour des poneys de cirque !  Cela me rappelle un certain tournage où don Luis Bunuel m'avait relégué dans une loge sordide  avec deux actrices de second plan , avec l'ordre d'attendre que l'assistant m'appelle pour tourner ma scène ! J'ajoute que j'étais déjà une tête d'affiche   Une forte tête d'affiche ! Une telle désinvolture m'avait terrassé. Et voilà que ça recommence.

"Mais il va peut-être t'annoncer que tu vas au paradis ?   suggéra Mireille Dar de sa voix douce.

"Permets moi d'en douter, ma grande. Ma vie ne fut qu'un défilé  d'histoires  salaces, pas un brin de charité chrétienne !

" Tu es sévère, Jean... proteste Danielle Darrieux,  Tu étais capable de  tendresse...

'"Oui,   envers les chevaux, seules créatures dignes de respect sur terre...

Danielle Darrieux paraissait inquiète.

"Mais quels sont les critères de jugement ?  Il y entre peut-être le talent ?

Rochefort éclata de son rire inégalable.

"Ah ah ah !  Le talent !  Mais c'est un critère diabolique !  Un facteur d'inégalité condamné par nos sociologues bien pensants !

"Pourtant, le talent contribue à donner du bonheur aux gens !

"Ouais.  Mais c'est très subjectif, le talent. Plein de gens pensent que Bartabas a du talent.  Moi je pense que c'est une truffe.

Mireille Darc s'insurge  gentiment :

"C'est parce  que tu es jaloux de ses chevaux !

 

La porte s'ouvrit à nouveau.

"Mademoiselle Mireille Darc, veuillez entrer par ici, s'il vous plait. Vous êtes admise dans le cercle des élus pour partager la félicité éternelle .

Elle se tourna vers ses deux compagnons et leur envoya un baiser léger.

 "Peut-être à tout à l'heure !

Et la lourde porte se referma sur elle, laissant filtrer des chants mélodieux sur des musiques célestes.

 

Les deux grands acteurs se regardèrent,  pas rassurés.

"Vous, Danielle, vous allez la rejoindre.

Mais la porte s'ouvrit à nouveau :

"Monsieur Jean Rochefort ?  Venez par ici, votre amour des bêtes vous ouvre les portes du paradis. Votre admission s'est jouée à une voix près, celle de Bartabas, qui vous accuse d'égoïsme  car vous ne possédiez qu'un seul cheval.

 

Danielle Darrieux se retrouve  seule.  Elle   contemple le flot tumultueux du Styx en contrebas et  murmure :

 "Quand  même,  saint Pierre a fait entrer Rochefort au Paradis... Moi, avec mes  quatre mariages il va me jeter en enfer !   Mais peut-être se souviendra-t-il que j'étais la vedette du Bon Dieu sans confession ?"

 

Miss Comédie

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INTRA MUROS au théâtre de la P&pinière

Publié le par Miss Comédie

L'instant théâtre

INTRA  MUROS  au théâtre de la P&pinière

Pour Télérama,  cette pièce n’est « pas du théâtre d’art, mais au moins  d’ excellent artisanat ».

Je sais bien que l’artisanat a acquis depuis longtemps ses lettres de noblesse, mais quand même, excusez-moi du peu, c’est drôlement  réducteur pour qualifier   INTRA MUROS.

Moi je dis qu’Alexis Michalik a l’Art de raconter  des histoires vraies en les nimbant d’imaginaire, qu’il a l’Art de plonger dans les tréfonds de l’âme humaine sans se prendre pour  Freud, l’Art de faire se côtoyer le réel et l’inventé, le vrai et le faux  sans que cela trahisse la moindre stratégie,  l’Art de nous faire  passer  du rire aux larmes en une réplique, l’Art de faire  oublier sa mise en scène , c’est la vie même qui se joue sur le plateau.

Bon, vous avez compris que j’ai aimé INTRA MUROS.

 

Après EDMOND, what else ?  Et bien, du Michalik pur jus.   Mais chaque fois la surprise.

 

Ce soir, on s'attend à tout.  Pas très ludique, le décor.  Une prison, mieux, une « centrale », le mot est bien carcéral.

Il existe des gens de théâtre à l’âme généreuse  qui se produisent dans les hôpitaux, les prisons.  Ils donnent du bonheur aux malheureux isolés du monde.

Ici, le metteur en scène se retrouve avec deux, seulement deux prisonniers intéressés par le truc théâtral. 

L’un est un anar extraverti fort en gueule, l’autre est muet.

On va les faire raconter leur vie, c’est une forme d’improvisation, exercice pratiqué par les apprentis comédiens pour apprendre à s’extérioriser.  Cela tourne souvent  au psycho-drame.

C’est ce qui va se passer devant nous.

Deux mondes vont surgir, deux destins aussi cruels l’un que l’autre.  Deux histoires qui n'ont qu'un point commun, la prison.

Sinistre ?  Pas du tout.  C'est haletant comme un polar. On les écoute.  On comprend que ces deux-là qui sont venus tâter du théâtre, ont improvisé sur le thème de leur vie ratée et que ça les soulage de se raconter.

 

Et voilà comment le théâtre peut devenir une thérapie quand  tout a été tenté et que rien n’a réussi.

Les deux acteurs sont follement réels dans leur détresse.

 

Voilà comment, avec un sujet pas vraiment folichon, un décor assez glauque et des comédiens inconnus qui  brûlent les planches, on peut faire un théâtre d’Art,  pétri d'humanité.

 

Miss Comédie

 

Au théâtre de la Pépinière à Paris jusqu'au 16 décembre 2017

 

 

 

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Happy birthday

Publié le par Miss Comédie

9 ans ça en fait des articles !

J'ai un peu touché à tout , passant du théâtre au cinéma me payant quelques réflexions perso avec en coulisses l'équipe de Overblog toujours complice pour expédier mes articles sur la toile .

j'ai dépassé l'age de raison mais je suis encore loin de la majorité que j'espère atteindre un jour avec vous mes lecteurs all around the world !

A bientôt pour de nouvelles histoires réelles ou inventées toujours à la frontière entre rêve et réalité .

Miss comédie

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CONFIDENCES au Rive Gauche

Publié le par Miss Comédie

L'instant théâtre

CONFIDENCES au Rive Gauche

Etre infidèle est un facteur génétique de la personne humaine. Après tout, nous ne sommes que la forme évoluée des grands chimpanzés qui pratiquaient allègrement les échanges sexuels sans le moindre sentiment de culpabilité .

 

Depuis, s’est instauré le dogme sacro-saint du Couple et là, c’était

fini la liberté, nous devions  rester fidèles.

 

L’humanité chrétienne s’est acquittée tant bien que mal de ce devoir,   et  les défaillances  ont  donné matière à une infinité de situations  cocasses, affligeantes, rocambolesques, sinistres ou  édifiantes qui ont  inspiré les écrivains et les auteurs dramatiques.

 

 L’auteur de CONFIDENCES, New-Yorkais pur jus, a trouvé le ton juste pour le  public américain qui  rejette toute forme de mensonge : le rire est l’arme fatale contre l’adultère.

   Sa pièce a fait un tabac à Broadway.

 

Eric-Emmanuel Schmidt  a adapté la pièce  avec les  subtilités d’écriture qui régalent  les spectateurs français : comique, d’accord, mais nous voulons aussi une part de drame pour créer l’émotion.

 

Alors, cette histoire d’un jeune père qui se détourne de sa femme devenue mère pour retrouver  l’érotisme dans les bras d’une prof de gym canon, c’est  le point de départ d’une situation banale qui va prendre du piquant lorsqu’il se confie à son père

 

 Là, on rit beaucoup. Le conflit des générations réjouit toujours petits et grands. Nous sommes encore dans la comédie mais chacun se sent concerné , on se dit « ça pourrait très bien m’arriver », à moins que cela ne soit un déjà-vécu, bref on attend que quelque chose se passe, un choc.

 

Cela ne tarde pas.  

Lorsque  la mère du jeune homme se met en tête de sauver le jeune couple du naufrage avec une révélation qui  fait l’effet d’une bombe, la pièce a basculé dans l’émotion.

 

  Jean-Luc Moreau coordonne tout cela avec une rigueur discrète :  pas d’ambigüité, dans sa mise en scène qui

 affiche d’emblée la couleur. Pas de faux-semblant, la situation est claire, les personnages endossent leur rôle sans détour ils nous épargnent les effets comiques ou les larmes. Tout est dans le texte.

 

Eric-Emmanuel Schmidt  a le génie  du coup de théâtre, on le sait. Ici, la révélation finale qui répond à la confidence, c’est encore un clin d’œil qui n’appartient qu’à lui.

 

Au théâtre Rive Gauche à Paris, jusqu'à fin octobre.

 

Miss Comédie

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PEACE AND LOVE

Publié le par Miss Comédie

Conversation imaginaire

PEACE AND LOVE

Vous êtes nombreux à avoir reconnu Mark Zuckerberg sur la photo mystère.  Cela m’a donné  l’idée d’une conversation imaginaire entre lui, le fondateur de Facebook, et Bill Gates le père de Microsoft.

Cela pourrait se passer au cours d’une rencontre amicale au Golf  Club Mallone, l’un des meilleurs parcours de golf de  l’état  de New-York.

 

Les deux plus grosses fortunes de la planète  sont aussi mauvais joueurs l’un que l’autre, c’est pourquoi ils aiment jouer ensemble. Sur le green, au moins, tous les coups sont permis.

  L’aîné, Bill Gates, considère d’ailleurs le jeune Zuckerberg comme un sur-doué dont la réussite est un  coup du hasard et il le traite avec une affectueuse bonhomie.

Pas vraiment concentrés sur leur swing, ils parlent de tout et de rien en savourant  les charmes de la nature.

Mais soudain, alors que Bill Gates venait de frapper parfaitement sa balle avec son driver,le dialogue prend une autre tournure.

 

« Lorsque je serai président des Etats-Unis,  ça te plairait d’être président de la Cour Suprême ?

Zuckerberg aborde un  sujet qui sort des sentiers battus.

Il compte bien sur un effet tétanisant, une bombe !

 

Bill  Gates observait le trajet de sa balle qui filait vers le trou numéro 4 et mit quelques secondes avant de répondre calmement :

« Non, car ce sera moi, le nouveau  Président des Etats-Unis.

 

Un partout.  Zuckerberg est pris de court.

La balle finit sa trajectoire  et s’arrêta à dix centimètres du trou.

« Pas de chance ! soupira Bill Gates, à toi de jouer !

La balle de Zuckerberg était au milieu du rough. il se mit à l’adresse mais il n’était pas pressé de jouer, visiblement secoué.

« Tu as l’intention de te présenter à l’élection présidentielle ?

Bill Gates sourit.

« Evidemment !  Tu vois qui, pour succéder à Trump ?

Zuckerberg s’appuya sur son club comme pour amorcer une longue discussion.

« En tant que républicain ?

« Non, bien sûr, je reprend le flambeau des  démocrates….

Ils se regardent un moment sans rien dire.  Zuckerberg joue sa balle. Elle s’envole et oblique vers la lisière du bois.

« Raté.

Fair play, Bill Gates s’abstient de tout commentaire.

 

  Ils marchent  maintenant vers le trou 4, déçus l’un et l’autre par leur coup.  L’ambiance s’en ressent.

Zuckerberg  est sur les dents.

« OK.  Admettons que tu aies suffisamment de voix pour être candidat .  Je pense en avoir autant de mon côté.  Nous pourrions nous retrouver au coude à coude, toi démocrate, moi républicain.

Bill éclate  de rire. 

«    Trop drôle !   Mais impossible !

« Pourquoi impossible ?

« Parce que ce sera moi le finaliste, avec une majorité écrasante !

 

 

Ils sont arrivés  devant le trou 4. Bill Gates enlève prestement le drapeau  et d’un coup sec envoie sa balle à l’intérieur du trou.

Zuckerberg  ronge son frein.   Bill Gates, lui, est hilare.

Il remet le drapeau en place et ils avancent ensemble  vers le trou suivant en pressant le pas car ils ont pris du retard.  Un joueur les talonne de loin.

 

 « Je suis meilleur au bridge, avoue  Bill Gates, je joue très rarement au golf et je ne suis pas doué.

« Moi non plus, à vrai dire.  Je manque de temps, mais j’adore ces longues marches dans des parcours  tellement hygiéniques !  (Il affiche une gaîté factice.-)

« Respirons ! renchérit Bill – et comme deux enfants, ils prennent une longue bouffée de l’air frais du main.

 

Ils ont encore une centaine de mètres avant le départ du 5.  Bill Gates sifflote.  Soudain, Zuckerberg :

« Bill, je te connais bien, nous partageons les mêmes idées sur l’économie et les valeurs sociales.  D’accord, ta Fondation fait beaucoup pour ton image de bienfaiteur. Mais moi, je donne de moi-même et ça se sait.  Pourquoi crois tu que j’ai entrepris de visiter chacun des 50 états afin de constater par moi-même  leurs attentes et leurs espoirs ?  J’ai déjà passé des journées entières au Dakota, et dans les réserves indiennes du Montana et j’ai mis sur Facebook  mes réflexions avec photos à l’appui.

 

« C’est bien, ça ! approuve Bill Gates.  Et alors ?

« Alors, le monde entier  découvre  que j’ai un rôle à jouer dans la  nouvelle société américaine.  En plus, j’œuvre pour le rapprochement entre les peuples . Facebook est tout-puissant, tu le sais. J’ai toutes les chances d’être élu au premier tour.

 

Bill Gates sourit.  Il se baissa pour ramasser une balle perdue. Il la mit dans sa poche. Ils arrivaient au départ du  trou 5 et s’arrêtèrent.

« C’est à toi de commencer, dit-il à  Mark, tu as deux points d’avance.

Celui-ci ne bougea pas, il fixa son ami d’un regard investigateur.

«   Est-ce que tu  réalises ce que représente Facebook, le réseau social le plus puissant du monde ?  Les humains connectés à volonté tout autour de la planète ?

 

 

Bill regardait au loin, comme absorbé par la distance à parcourir d’un coup de son fer 7.  Il articula d’une voix douce :

« Mon ami pour se connecter, les hommes ont besoin d’internet et des fonctionnalités de leur smartphone.  Avec mes partenaires je gère le matériel, les logiciels et l’avenir du digital. – il fixa Zuckerberg -  Tu vois ce que je veux dire ?

Mark  resta immobile, attendant la suite.

« Sans Microsoft, Facebook n’est rien – il fit claquer deux doigts dans l’air -  peanuts.

 

Mark  tenta un dernier argument :

«  Crois-tu que les Américains soient impressionnés par ton empire ?   Ils choisiront un président à taille humaine qui privilégiera  l’homme à la machine.

Il y eut un silence, on entendit un merle siffler dans le bosquet voisin.

Alors  Bill s’avança vers Mark et lui tendit la main :

 

« Ce n’est pas à nous à décider. Tant de  choses peuvent changer d’ici 2020 !  Restons partenaires et amis, nous avons tout pour nous entendre et surtout… l’épatante médiocrité de notre jeu au golf !

Ils éclatèrent d’un rire tonitruant qui fit fuir le merle et leur poignée de mains sembla interminable au joueur solitaire qui les avait rejoint.

 

Miss Comédie

 

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LA PHOTO MYSTÈRE

Publié le par Miss Comédie

LA PHOTO MYSTÈRE

Cette photo date d’il y a trois ans.  L’homme est  infiniment sympathique.  Il est d’ailleurs à l’origine d’une immense empathie universelle.

C’est le mari idéal, le gendre idéal, le frère idéal, le fils idéal… le père idéal.    Ses enfants lui écrivent d’un bout à l’autre de la planète.

Il a choisi la couleur bleue  pour sa maison-mère, mais il n’est pas impossible qu’il  opte  bientôt pour  une maison blanche.

 

Qui est-ce ?

 

 

Réponse dans le prochain post.

 

 

Miss Comédie

           

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AUTOUR DE LA PYRAMIDE (SUITE)

Publié le par Miss Comédie

AUTOUR DE LA PYRAMIDE (SUITE)

Pourquoi une pyramide ? Continuons à chercher.

Je ne veux pas remonter jusqu’à la nuit des temps mais imaginons cette cour Napoléon où se dresse aujourd’hui la pyramide de Pei,  quand elle n’était qu’une grande étendue vide – comme l’est encore la cour Carrée (photo).

Une belle page blanche pour un dessinateur en quête d’innovation architecturale.

Pei avait le champ libre pour donner libre cours à son inspiration.

Ce fut donc une pyramide et puisque  apparemment  Mitterrand n’était pas dans le coup, il faut continuer les recherches sur le pourquoi  de  la pyramide .

 

Une foule d’explications a été avancée, elles ont toutes des bases solides ,  un bien-fondé historique  ou symbolique - aussi je vais m’en tenir à celle qui me semble la plus logique,  la plus proche des motivations artistiques et professionnelles de l’architecte chinois.

« La pyramide est la forme la mieux apte à faire entrer la lumière »     Il fallait ajouter « de verre »… mais c’était si évident !   

  Cette profession de foi, il l’avait déjà formulée en proposant un projet en forme de pyramide pour la JF.Kennedy Presidential Library and Museum à Boston dans les années 70 mais le projet fut abandonné pour un autre.  Toujours est-il que  la pyramide lui trottait dans la tête !

 

La cour du Louvre était l’endroit idéal pour aller au bout de cette idée lumineuse, et ainsi naquit la pyramide. Pei lui donna même sa réplique intérieure avec la Pyramide inversée qui inonde de lumière le sous-sol .

 

Le hasard a voulu que dans cette cour Napoléon s’instaure un étonnant  face à face avec l’obélisque de la place de la Concorde,   à quelques encablures de là, comme un vœu de l’Empereur enfin accompli.

Le hasard ?  On me dit que le hasard n’existe pas.  Alors quoi ?

 

Le mystère reste entier, j’abandonne.

 

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

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AUTOUR DE LA PYRAMIDE

Publié le par Miss Comédie

AUTOUR DE LA PYRAMIDE

Un de ces jours de canicule où l’on reste au frais dans l’ombre d’une chambre aux volets clos, à la recherche de quelque curiosité, je suis tombée  sur une photo représentant la cour  du Louvre, avant sa dernière rénovation.

Vide.  Un désert  entouré par les prestigieux bâtiments du Palais du Louvre.  Une immense piste aux étoiles.

Sur une photo plus ancienne, un bouquet d’arbres occupait le centre de ce désert.

L’ensemble semblait figé dans une éternelle solennité, comme le château de la belle au bois dormant avant le fameux baiser.

Le prince charmant qui réveilla ce décor endormi, ce fut François Mitterrand et la cour fut envahie de marteaux-piqueurs.

Un fameux chahut.

 

 

Maintenant que tout le monde s’accorde pour reconnaître que la pyramide du Louvre est un pur chef-d’œuvre, je me pose une question, qui me paraît fondamentale : pourquoi une  pyramide ?

 

Pourquoi pas  un cube, transparent ou pas, une sphère, un  octogone, un cheval ou un aquarium ?

Ce fut donc une pyramide et  tout de suite, tout le monde a pensé : bien sûr, ça rappelle la Grande Pyramide de  Kéops.  

Le parallèle s’impose :  quelques siècles seulement séparent  Kéops,  deuxième pharaon de la IV ème dynastie de l’Egypte antique,  concepteur de la Grande Pyramide  – et François Mitterrand, président de  Ia Vème république française,  commanditaire de la pyramide du Louvre.

Mitterrand aurait donc demandé à l’architecte Yeoh Ming Pei de lui édifier une pyramide ?  Pour rappeler à la postérité qu’il fut le pharaon des années quatre-vingt ?

 

Vraisemblable mais faux.

Le hasard a pourtant bien servi le président  lorsqu’il engagea Yeoh Ming Pei parmi les architectes les plus doués de l’époque pour orchestrer  la rénovation de la cour du Louvre.

L’architecte lui soumit alors le projet d’une pyramide de verre et là, peut-être bien que Mitterrand eut un battement de cœur : lui, grand amoureux de l’Egypte, allait pouvoir s’offrir une relique du monument le plus cher à son coeur.

Coup de chance.

AUTOUR DE LA PYRAMIDE

 

Voilà, le doute est levé pour ce qui est de François Mitterrand. Pas d’arrière-pensée pharaonique  dans son désir de  rénovation du musée du Louvre.

Mais si l’on se tourne vers l’architecte chinois, on  se pose la même question :   la pyramide de Kéops l’a-t-elle influencé pour concevoir une réplique,   transparente, d’accord, mais géométriquement symbolique ?

Et bien pas du tout.

Si l’on se plonge dans la biographie de l’architecte,  rien ne rappelle l’Egypte dans son parcours, pas un cycle d’études consacrées à l’art antique, pas un voyage au bord du Nil, pas même un penchant pour les fouilles archéologiques.

Et pas une seule réalisation sur le sol égyptien.

Superbement indifférent aux symboles et ornements de l’art antique, son œuvre ne compte que des édifices inspirés par le minimalisme et la modernité.

Chinois, oui, mais américain d’abord.  Fasciné par Frank Lloyd Wright après avoir été fan de Le Corbusier durant ses études à Boston.

Son idée de  la perfection dans l’architecture contemporaine :  rigueur et pureté des lignes..  Sa priorité : faire entrer la lumière à l’intérieur de l’espace habité.

 

« La pyramide est la forme la mieux apte à diffuser la lumière », disait-il.

Evident.  Surtout lorsque ses parois sont faites de losanges et de triangles de verre dont l’aspect vulnérable est trompeur : chaque élément est autonome.  Seule une bombe pourrait détruire l’ensemble, tout comme un édifice de pierre ou de béton.

 

Une œuvre « libre ».   Aucune influence, aucune école derrière cette abstraction très concrète.

Plus tard, peut-être s’est-il rendu compte que la pyramide engageait soudain le dialogue avec l’obélisque de la place de la Concorde, de l’autre côté des Tuileries…

Il s’est peut-être gratté la tête :  tiens, l’Egypte, décidément !

 

 

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KISSIN A LA ROQUE D'ANTHÉRON

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La scène du jour

KISSIN  A  LA ROQUE D'ANTHÉRON

 

 

  La Roque d’Anthéron, 22 juillet 2017

 

 

Kissin.  Ce nom, déjà.  Il nous met l’eau à la bouche…

On l’attend.  La nuit tombe sur les gradins pleins à craquer.   Son public trépigne.

 Il entre. Grand, tout de blanc vêtu, son visage  donne une idée de ses tourments  intérieurs.  Je constate avec stupeur qu’il ressemble à Beethoven comme un frère.

Il attaque sans une seconde de concentration cette sonate opus 29 de Beethoven si souvent jouée.

Comment parler  pertinemment de l’interprétation prodigieuse de Kissin ?   Je suis mélomane mais pas musicologue.  Mes mots vont peut-être paraître naïfs ou impropres aux initiés.  

Cette sonate me semblait familière mais très vite, je me suis  dit que je ne la connaissais  pas vraiment.   Je découvre un nouveau ravissement.  Chacun de ses quatre mouvements font  jaillir des doigts de Kissin tous les élans de son âme.   Nous entendons quelque chose qui ressemble à la sonate opus 29 mais surdimensionnée, réinventée, une sonate « vécue ».

Il va falloir jeter tous les enregistrements précédents.

 

 

Cette sonate  emplit la première partie du récital. Trois quarts  d’heure de silence absolu dans l’immense espace du parc de Florans.

  Les cigales, fidèles accompagnatrices de tous les concerts  donnés dans ce parc,  se sont tues.

Il est seul.  Son regard flotte au-dessus du piano. Il n’a pas besoin de partition, la musique est en lui.  Beethoven a pris possession de lui, ses doigts obéissent au compositeur lui même.

Nous perdons toute notion du temps présent.  Nous subissons le pouvoir émotionnel des notes -  ceci n’est pas une fleur de rhétorique mais un phénomène qui  se produit  très rarement, quoi qu’on pense.

 

La deuxième partie, consacrée aux préludes de Rachmaninov, nous procure la même sensation de prodige.  Le piano projette autour de lui des flots de passion slave.  C’est du brutal.  Moins d’émotion peut-être, mais le diable au corps.  Le déchaînement spasmodique de la musique de Rachmaninov semble décupler l’énergie de Kissin.  Il est chez lui dans cet  univers tourmenté, cyclothymique.

Nous le suivons, fascinés.  Le temps passe trop vite.  

 

C’est fini.  Une seconde tête penchée vers le clavier  il écoute mourir la dernière vibration du dernier accord.

L’explosion de reconnaissance qui s’élève alors le réveille, il se lève, salue et sort, tel un somnambule.

Nous ne nous calmerons qu’après le troisième rappel qu’il donne presque joyeusement.

 Un  sourire maladroit  juste avant de nous quitter  et Kissin  disparait.

Je retombe sur terre.  Je n’ai pas envie de parler. Dans la foule qui s’écoule hors du parc de Florans, je veux rester seule avec Evgénie- Kissin.

 

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LORENZACCIO DANSE A GRIGNAN

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L'instant théâtre

LORENZACCIO DANSE  A  GRIGNAN
  Cette  pièce reste  dans les esprits comme un joyau du Festival d’Avignon alors  sous la houlette de Jean Vilar.  Gérard Philipe en était, lui le metteur en scène en même temps qu’un inégalable Lorenzo de Médicis.
Il était entouré de Daniel Ivernel, Charles Denner, Jean Paul Moulinot, Jean-Pierre Jorris – excusez-moi du peu.  La marquise Cibo  était jouée par Monique Mélinand alors que Jeanne Moreau n’était qu’une « 2ème bourgeoise »…

 

La musique de Michel Jarre traversait  le drame florentin avec grâce. 

Les temps ont changé.

 

Aujourd’hui le texte de Musset reste inébranlable  comme un  phare au milieu de la tempête. Privé de quelques scènes mais toujours d’une âpreté  magistrale. Mais il n’est plus seul. La danse alliée à la musique  le galvanise, l’électrise, le  rajeunit.

 

Les acteurs ?  Disparus.  Remplacés par des créatures polymorphes qui envahissent le plateau sur des rythmes follement modernes.

 

Marie-Claude Pietragalla  et Julien  Derouault  ont pris la chose en mains. Sous le regard  de Daniel Mesguich ils  ressuscitent  ce héros de la Renaissance en  lui insufflant un sang neuf.

 

Lorenzaccio danse  tout en disant  le texte avec une précision d’horloge. Son corps et sa voix sont un seul et même personnage,  plus Lorenzo de Médicis que jamais, fourbe, idéaliste, débauché, cruel à la fois bourreau et victime. Provocant, émouvant d’un bout à l’autre, jusqu’à ce cri  qu’il lance, visage levé vers le ciel,  avec une force étonnante,  cri de douleur presque animal, interminable. Nous sommes sous le choc.

Sacré comédien, Julien  Derouault.

Le Duc aussi, danse et joue le texte, comme les autres protagonistes de cette conjuration qui va aller jusqu’à la mort. Ils dansent et ils jouent, à la perfection. Comment faut-il les féliciter pour leur travail ?  Bravo le danseur, bravo l’acteur ? Mais la danse reste l’attraction principale de ce spectacle, avec une troupe homogène qui s’infiltre entre les scènes sur une musique tonitruante.
   Cela donne une succession de  tableaux vivants,  parfois dérangeants, montrant le vice, la  trahison, la rivalité et la violence  évoqués par le texte.
Leurs évolutions sont parcourues par des flots de lumières changeantes  projetés sur la façade sublime du château de Grignan. Visions magiques.  Et la musique est là, au diapason, frissons garantis.
Extraordinaire performance que celle de ces danseurs comédiens dont la voix, la diction, l’engagement, sont aussi aboutis que leur chorégraphie.
 Au milieu d’eux évolue, majestueuse, Marie-Claude Pietragalla.  Elle fait  de  la marquise Cibo, personnage secondaire  de ce drame une  pièce maîtresse de ce jeu pervers .  Costumée d’un jupon de gaze blanche qu’elle fait virevolter au gré de ses jeux de jambes (sublimes), ou bien nue ou presque dans les moments de séduction, elle s’arrange pour être le centre d’attraction malgré la modeste épaisseur de son rôle.
Elle est la maîtresse de cérémonie d’un spectacle magnifique dont elle  est la star. 
 
Au château de Grignan jusqu’au 19 août 2017-07-20

 

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LE SAMOURAI

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LE SAMOURAI

« Il n’est  pas de plus grande solitude que celle du samouraï, sauf peut- être celle du tigre dans la jungle ».

 

J’ai revu ce film hier soir. J’avais envie de revoir Alain Delon, il me manque.  Ce film est un standard, comme on dit dans le monde de la musique.  Le premier que Melville tourne avec Delon.

J’ai encore été scotchée.

 

Alain Delon est  ce samouraï   -  et il l’est resté.  Seul rescapé d’un monde où  les stars faisaient rêver les foules.

Dans ce film  sorti en 1967, Alain Delon a déjà le visage d’une icône, murée dans  quelque forteresse intérieure où nul ne peut pénétrer.

Lui, qui a le cœur tendre et la larme facile, il est Jeff Costello,  le tueur qui est devenu l’homme à abattre. Personne ne peut l’aider et il ne veut l’aide de personne. 

Seul, il lutte pour survivre à travers les rues de Paris sans  précipitation, sans crainte  apparente. Impénétrable.

Où est-il allé chercher ce suprême détachement ?  On l’a vu plus frémissant, plus agressif, plus convulsif.   Voilà qu’il est de marbre. C’est un acteur illimité.

 

Le film est un chef-d’œuvre d’esthétique, de mesure, d’efficacité.  Pur et dur, dépouillé de toute violence complaisante, avare de dialogues.

Quelle scène choisir pour l’éternité ?

Celle où Jeff Costello ajuste sur sa tête le chapeau qui est son insigne, sa rosette, son  panache blanc ? (Cette marque de reconnaissance il la gardera durant toute sa traque,  provocation ultime.)

Celle où , debout sur l’estrade dans la file des suspects, il enlève son chapeau et répond laconiquement aux questions du commissaire ?

Celle de l’adieu à sa fiancée ?  – si belle Nathalie son épouse  dans la vie – où la concision  du dialogue nous serre la gorge « Que puis-je faire pour toi ? » « Rien. J’ai tout arrangé. »   Il sait que ses minutes sont comptées. C’est fini.   Un simple geste : sa tête contre la tête de Nathalie, rapidement,  on a compris qu’il l’aimait.

Non, la scène-clé, la voilà :

 

LE SAMOURAI

Devant le flingue, il ne bronche pas, bien sûr. L’autre lui parle il le regarde sans répondre.  On lui propose un nouveau contrat.

On sent quelque chose derrière son regard transparent.

« Vous ne dites rien ?

« Je ne parle jamais à quelqu’un qui a un revolver dans la main.

Touché. L’autre baisse son arme. A peine une demi-seconde, d’un bond Jeff Costello l’a mis à terre.  La balle est dans son camp.

Il va quitter les lieux  sans hâte,    sans un regard pour l’homme qui a voulu le tuer.

La scène dure à peine trois minutes.

C’est une décharge d’adrénaline dans les veines des spectateurs.

 

En vérité, LE  SAMOURAI est  l’ un des  films les plus impressionnants  de Jean-Pierre Melville.  Mais que serait ce film sans la présence d’Alain Delon ?  Un polar, juste un polar comme les autres.

 

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CAMUS TOUJOURS

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C'était hier

CAMUS TOUJOURS

J'ai retrouvé cet article paru dans l'Express en  1948 et il m'a frappée par son actualité et sa clairvoyance, avec en  filigrane  ce charisme qui faisait le charme d'Albert  Camus.

Son texte ne parle pas  encore de théâtre, mais il n'a pas tardé à en devenir un possédé !.

Il faut de bons yeux pour le lire, mais ça vaut le coup.

 

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VOLTAIRE ET ROUSSEAU SUR SCÈNE A PARIS

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L 'instant théâtre

VOLTAIRE ET ROUSSEAU SUR SCÈNE A PARIS

 

Nous avons là les deux figures emblématiques des deux courants de pensée qui divisent le monde occidental. Leurs adeptes se livrent à une guerre sans merci à travers les medias, chacun se proclamant détenteur de la vérité. A notre époque vulgarisatrice on les appelle tout simplement les intellos et les écolos.

Mais nous sommes ici au siècle des lumières et les deux protagonistes de cette pièce ont une manière plus distinguée de se lancer des vacheries. Lequel aura le mot de la fin ?

Voltaire, ami des arts et des lettres, des nobles et des nantis, familier de la Cour, brillant causeur et écrivain à succès.

Rousseau, le rêveur solitaire, nostalgique de l’âge de pierre, ami de la Nature protectrice, ennemi de la société qui crée les inégalités et du progrès qui asservit les hommes.

Ils s’écrivent des lettres incendiaires, se provoquent à coups de publications belliqueuses qui deviendront pour la postérité les bases philosophiques de leurs futures émules.

Jusqu’à ce pamphlet qui les occupe aujourd’hui, point culminant de leur querelle, et qui va nous captiver d’un bout à l’autre de la pièce.

Publié sous un nom inconnu ce texte accable Rousseau l’accusant des pires méfaits, forfaits, trahisons, le condamnant pour finir à être brûlé vif.

Qui peut bien être l’auteur de ce pamphlet assassin  ?

Dans le cercle fermé des intellectuels, un style épistolaire est immédiatement reconnaissable et l’auteur percé à jour.

Rousseau s’invite donc chez Voltaire pour lui faire cracher sa félonie – mais pas tout de suite ! Il feint le doute, accumule les questions insidieuses, les fausses pistes, clame son indignation contre l’auteur inconnu.

Voltaire, lui, jubile visiblement. Il finasse, joue le parfait candide.

Il est sur son terrain favori. Il assène ses coups comme pour justifier un affront anonyme.

Les deux acteurs sont d’égale pugnacité, l’un dans l’éloge d’une société fidèle à la tradition, l’autre dans son refus d’un monde compromis par le pouvoir et par l’argent.

Jean-Paul Farré plaide pour le raffinement et la frivolité avec brio et son éloquence laisse subsister le doute. Est-il vraiment l’auteur du pamphlet ?

Jean-Luc Moreau nous perturbe avec la vision rétrograde d’un Rousseau anarchiste. Mais comment ne pas applaudir sa diatribe contre les comédiens, qu’il projette avec une telle conviction, lui qui a dédié sa vie au théâtre ?

C’est fabuleux de les voir s’écharper avec des arguments qui nous font chanceler dans nos propres convictions.

Où est la vérité ?

L’homme nait-il vraiment bon ?

Le progrès ne fait-il que pervertir l’homme ?

Peut on mettre fin aux inégalités ?

Questions de bac-philo ! Chacun remettra sa copie avec sa vérité.

Pour nous spectateurs, l’affrontement devient jubilatoire car il y a aussi une belle dose d’humour sous-jacent dans ces joutes où les coups d’épée font mouche à chaque envoi.

On ne peut s’empêcher de penser, en sortant, que décidément l’histoire est un éternel recommencement.

 

Miss Comédie

Au théâtre de Poche-Montparnasse jusqu’au 1er juillet 2017

Une pièce de Jean-François Prévand mise en scène par Jean-Luc Moreau, avec Jean-Paul Farré et en alternance Jean-Luc Moreau et Jean-Jacques Moreau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LARTIGUE-DOISNEAU, DE L'ART OU DE LA MAGIE ?

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Conversation imaginaire

Sur la plage de la Garoupe, à Antibes.

Jacques-Henri Lartigue et Robert Doisneau sont assis à la terrasse de la buvette qui surplombe la plage. Ils sirotent chacun un Claquesin, la boisson à la mode. Ils ont chacun leur appareil photo autour du cou. Ils savourent le calme de cette matinée où l’on n’entend que le clapotis des vagues. Nous sommes en avril et les promeneurs sont rares.

Sans interrompre leur conversation, Lartigue saisit son appareil et prend une photo.

LARTIGUE-DOISNEAU, DE L'ART OU DE LA MAGIE ?

 

Doisneau, occupé à cadrer un enfant attablé avec sa mère non loin de leur table, questionne :

« Qu’est-ce que tu as pris ?

Lartigue laisse retomber l’appareil-photo sur sa poitrine.

« Oh, juste une photo de la plage vide – ou presque.

Doisneau s’esclaffe :

« Etonnant ! Il n’y a même pas une naïade à moitié nue !

Lartigue ricane :

« Plus maintenant, non ! Mais on peut faire un petit chef-d’œuvre avec une plage presque vide !

 

« Qu’est-ce que tu appelles « presque vide » ? demande Doisneau qui se saisit de son appareil et vise la plage à son tour. On entend le déclic.

Lartigue commente :

« Alors là, il y a du monde !

Deuxième déclic.

« Je la double. Comme toi je viens d’avoir une plage presque vide.

LARTIGUE-DOISNEAU, DE L'ART OU DE LA MAGIE ?

 

Lartigue regarde la plage.

 

« Mais moi, j’ai pris une femme sortant de l’eau avec son chien. C’est plus intéressante que tes clampins qui marchent.

  • C’est à voir. Tu oublies le parasol. Moi j’aime beaucoup le parasol. C’est ce parasol qui fait tout l’intérêt de la photo.

« Je comprend. Moi, c’est le chien. Sans le chien, la photo ne vaut rien.

 

Ils vident leurs verres et restent silencieux un long moment. Devant eux, défilent sur le rivage des marcheurs solitaires ou des groupes plus ou moins denses, des animaux, des oiseaux, mais jamais la plage ne reste entièrement déserte.

Doisneau met ses lunettes de soleil, signe qu’il va en rester là.

 

« Tout le monde croit qu’il suffit d’appuyer sur le déclencheur devant une scène quelconque de la vie pour faire une belle photo.

Lartigue opine en riant :

« A quoi servirions-nous, alors ?

« Pourquoi certaines photos provoquent-t-elles une émotion inexplicable alors que d’autres nous laissent froids ?

 

Lartigue a un geste fataliste.

Ben c'est une histoire de chien et de parasol !

Doisneau s’insurge.

« Pas seulement ! Roland Barthes a écrit des choses très pertinentes sur le sujet.

 

Lartigue hausse les épaules.

« Oh, Robert, si tu entres en chaire de philosophie… Mais dis toujours, ça m’intéresse.

Doisneau se concentre.

« Je me souviens de cette phrase qui élève le débat :

« la photographie n’est pas une copie du réel ; c’est une émanation d’un réel passé. C’est une magie, ce n’est pas un art. »

Lartigue joue les mortifiés :

« Merci, monsieur Barthes ! Peut-être que toutes les beautés que j’ai photographiées dans ma vie ont succombé à mon charme de magicien plutôt qu’à mon talent d’artiste !

« Et moi, quand je shootais les amoureux sur le pont des Arts, ils ne me voyaient même pas ! La magie, toujours !

 

Les deux photographes se lèvent et quittent la terrasse qui commence à se remplir.

« En tout cas, nous venons de faire, toi et moi, presque la même photo ! La postérité jugera si c’est de l’art ou de la magie, mais… pourquoi ont-elles été prises sur des plages différentes, et dans des années différentes ?

Ils éclatent de rire et s’évanouissent dans l’air marin, heureux de cette brêve re-création dans le monde des vivants.

 

 

 

 

 

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LE PASSÉ SIMPLE DE VICTOR LANOUX

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C'était hier...

LE  PASSÉ  SIMPLE  DE  VICTOR  LANOUX

Ce matin, il a décidé de tout oublier et de partir pour l’éternité sans bagage encombrant. Les souvenirs, bons ou mauvais, n’ont rien à faire dans l’au-delà.

On se souvient de quelques-uns de ses rôles dans des films-cultes et plus tard dans LOUIS LA BROCANTE à la télé.

On ne se souvient pas de lui dans LE PASSÉ SIMPLE.

Mais pour lui, Victor Lanoux, quel souvenir !

Ce film de Michel Drach fut le décor de sa flambée de passion pour sa partenaire, Marie-Josée Nat. Coup de foudre partagé, affiché, qu’ils ont vécu avec un oubli total du reste du monde, pendant le tournage, sous les yeux du réalisateur.

Les amoureux sont seuls au monde, on le sait.   Ils ignoraient le calvaire de Michel Drach, témoin durant quatre semaines de l’idylle de sa femme avec Victor Lanoux.

 

 

 

 

LE  PASSÉ  SIMPLE  DE  VICTOR  LANOUX

Mais que se passait-il de si voluptueux dans ce film, qui pût agiter  la libido des interprètes ?  Que contenait le scénario qui les poussât à jouer "vrai" ?

Et bien, non, justement.

Ca commence par un terrible accident de voiture où Cécile (Marie-Josée Nat-) est gravement blessée à la tête. François son mari (Victor Lanoux) la retrouve à l’hôpital, à peine sortie du coma, ayant perdu la mémoire.

Il la  ramène à la maison, lui explique tout, elle ne reconnaît pas cet appartement, ni rien.  Il est très patient, lui raconte leur vie, tente de ranimer ses souvenirs, rien n’y fait. Pourtant, elle reconnaît sa petite fille… par quel mystère ?

Elle  le soupçonne de lui mentir sur leur vie conjugale.

Mais lui, François, aimerait connaître les circonstances de l’accident : où allait-elle ? Etait-elle seule ? Aucun indice.  Chacun est sur la défensive. Lequel ment à l’autre ?

Bref, c’est comme dans toutes ces histoires d’amnésie, c’est très fertile en mystères en tous genres.

La fin est très morale, ils finissent par s’entendre et reprennent la vie commune. Un peu décevant , comme fin, mais bon.

Donc,  pas  de scène torride, pas de baisers fougueux, rien qui incite à la faute. Un coup de foudre spontané, imprévu, brutal et irrépressible. Ca arrive.

Entre les prises, ils jouaient au gin dans un coin du décor. On les voyait piquer des fou-rires, rien de suspect, en somme, mais Michel Drach, lui, avait tout compris. Il se sentait trahi et devait jouer le jeu, lui aussi, un jeu de vaudeville.

Pourtant c’était de l’amour fou et pas seulement une passade, les deux amoureux ont poursuivi leur  romance  longtemps après la fin du  tournage, elle a délaissé le charmant loft sous les toits de la rue Royale,  elle voulait jouer un autre rôle dans "la vraie vie".

Victor Lanoux et Marie-Josée Nat se sont quittés quelques années plus tard, gardant en mémoire le souvenir de ces séquences très sages où ils jouaient les époux alors qu’ils ne rêvaient que d’être amants.  Ils avaient l'un et l'autre d'autres rôles à jouer, les acteurs sont doués pour l'éphémère.

Victor Lanoux aimait la vie, les femmes, les copains qui iront tous au paradis, comme lui. 

Disparu, Victor Lanoux.  Tout fout le camp.

 

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VU DU PONT d'IVO VAN HOVE, AU-DESSUS DE LA MÊLÉE

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linstant théâtre.

VU   DU  PONT  d'IVO VAN HOVE,  AU-DESSUS DE LA MÊLÉE

j’avais mon idée sur cette pièce d’Arthur Miller pour avoir découvert dans un Avant-Scène daté de décembre 1958 tout ce qu’il fallait savoir sur le texte et la distribution avec photos à l’appui. La mise en scène était signée Peter Brook, un débutant déjà célèbre à New-York et à Londres.

Eddie Carbone, c’était Raf Vallone. Un monument, baraqué comme un vrai docker, convaincant comme un vrai major du cinéma italien.

Lorsque j’ai vu que Charles Berling reprenait ce rôle de brute sentimentale, j’ai pensé « erreur de casting ». Mais j’ai voulu voir. La pièce est dure, le rôle casse-gueule. Mais quand on s’appelle Berling, on ne prend pas ce genre de risque sans réfléchir.

Et puis, l’accueil avait été enthousiaste.

Et puis, je soupçonnais qu’Ivo van Hove allait me surprendre.

La pièce était à Lyon en tournée, accueillie par le Radiant-Bellevue, belle salle partenaire du théâtre des Célestins.

Dans mon fauteuil, j’ai peu à peu perdu toute notion de ce que devait être, aurait dû être, Eddie Carbone, le héros d’Arthur Miller.

Pendant quelques minutes j’ai douté, je ne reconnaissais pas Charles Berling. Pourtant c’était bien lui, cette carrure, cette démarche pesante, cette voix sourde pleine de menaces.  Face à la jeune Pauline Cheviller, plus vraie que nature, une révélation, il nous persuade que ce qui va se passer sous nos yeux est juste le reflet de la vraie vie.

Autour de lui, un quarteron de comédiens de la même trempe, soudés par leur implication dans ce fait divers tragique. Chacun d’eux donne sa vérité propre comme s’il était là non par la magie d’un texte mais par la volonté de Dieu.

C’est là que l’on devine la main de maître du metteur en scène.

C’est vrai, on l’oublie trop souvent : qui est capable de dialyser, de surmultiplier le talent d’un acteur, de lui donner le don d’ubiquité, de le rendre étranger à lui-même ? C’est le metteur en scène, mais tous n’ont pas ce pouvoir. 

Cette  histoire est à la fois d’une banalité terrible et d’un abîme de profondeur, un fait divers navrant et une tragédie grecque. L’absence de décor accentue encore cette vision intemporelle, une place nue devant la maison, éclairée par le sol dont la blancheur éclatante se teintera de rouge pour la scène finale.

J'étais frappée par le silence qui a régné dans cette salle pleine à craquer, tout le long de la pièce jusqu’à l’explosion des applaudissements.

Tout s’assemble, dans ce spectacle, comme dans une mosaïque parfaite. Mais le plus épatant est encore la cohésion totale des acteurs entre eux, comme s’il ne devait pas y avoir de fin à cette rencontre fusionnelle.

C’est rare.

C’est magique, le théâtre, vu d’en haut, vu du pont de Brooklyn, par exemple.

 

Miss Comédie

 

www.radiant-bellevue.fr

 

 

 

 

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SOUDAIN, L'ETE DERNIER... A CHACUN SA VERITE

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SOUDAIN, L'ETE DERNIER...   A CHACUN SA VERITE

CONVERSATION   IMAGINAIRE

A l’Odéon théâtre de l’Europe, Paris.

C’est la dernière représentation de SOUDAIN L’ETE DERNIER de Tennessee Williams, dans la mise en scène de Stéphane Braunschweig.

Un homme se détache de la foule des spectateurs qui se répandent sur le parvis et se dirige d’un pas pressé vers la rue Racine, en direction du boulevard Saint-Michel.

Le dos vouté, le col relevé, il va se mêler au flux de passants qui hantent le quartier Latin, de jour comme de nuit. Il fuit les lumières et les voix qui animent encore le théâtre.

Revoir sa pièce lui a fait l’effet de revivre un cauchemar récurrent, comme ceux qui vous poursuivent, nuit après nuit, avec une peur, un remords, un espoir déçu, un être cher perdu à jamais.

Dans les phrases déchirantes clamées par la jeune comédienne pour décrire l’horreur, il a cru entendre la voix de sa sœur adorée, Rose, lui décrivant ses fantasmes, sans pudeur.

  1. son trouble vient d’ailleurs. Il a soudain pris conscience de ce qui se cachait derrière l’affrontement qu’il a voulu entre les deux femmes, plus fort encore que le souvenir vénéneux de sa sœur, plus fort que le drame qui les faisait s’affronter. Il y avait autre chose dans sa pièce : la recherche de la vérité.

Qui était vraiment l’homme dont elles parlaient ? La version de l’une démentait absolument celle de l’autre, d’un côté un ange de vertu, de l’autre un perverti dissolu.

Où était la vérité ?

Il avait écrit cette pièce et se trouvait, aujourd’hui, incapable de répondre.

Il marche vite, il veut trouver un bar et boire un bourbon, vite, évacuer ce problème métaphysique qui l’ennuie.

 

« Chacun sa vérité !

Cette voix derrière lui le fait tressaillir. Qui pouvait bien être entré dans ses pensées ?

L’autre se rapproche, vient à sa hauteur.

« Tennessee, vous vous faites du mal, comme je me suis fait du mal en assistant à votre pièce !

« Qui êtes-vous ?

  • Je suis Luigi Pirandello. Ma pièce, Chacun sa Vérité est étrangement proche de la vôtre.

 

Tennessee Williams s’arrêta et se tourna vers Pirandello.

Autour d’eux, les passants du boul’mich prenaient le temps de vivre, insouciants, aveugles.

 

« Je me souviens. – il lui prit le bras – oui, ce personnage… J’ai lu votre pièce il y a longtemps, mais oui, il y a cette femme qui devient folle, son internement…

« Comme vous, c’était… disons… du « vécu » ! ajouta Pirandello avec un petit rire.

« Là aussi, on se demandait qui du gendre ou de la belle-mère, était fou ?

« Je ne donnais pas la réponse dans la pièce. A chacun sa vérité.

 

Un groupe d’étudiants les bouscule, ils se remettent à marcher en silence, puis :

« Voulez-vous que l’on boive un verre quelque part ?

« Volontiers.

Accoudés devant deux scotches, la Question revient sur le tapis.

« Alors, la vérité ?

« OUI… La vérité, où est-elle, ici-bas ?

« Nulle part, mon pote. Elle est là où on veut la voir, c’est ce que je pense.

« D’accord, mais tout de même, il y a bien une Vérité vraie, la même pour tout le monde ?

Le regard perdu, le verre à la main, ils restent un moment silencieux.

« Vous connaissez l’énigme de Kaspar Hauser ? demande Pirandello.

« Yes. So what ?

« Et bien, la réponse, que personne ne trouve, entre parenthèses, est bien la Vérité, en l’occurrence, la bonne route.

« C’est vrai. Mais pour la trouver, il a fallu le concours de l’homme qui ment ! La bonne route, chacun la voit où il veut !

Ils éclatent de rire et commandent deux autres scotches.

 

Miss Comédie

 

Sur la photo, le magnifique décor de Stéphane Braunschweig pour SOUDAIN L’ETE DERNIER qui s’est donné à l’Odeon - Théâtre de l'Europe à Paris

 

 

 

 

 

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CHACUN SA VIE, CHACUN SON AVIS

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CHACUN  SA  VIE,  CHACUN  SON  AVIS

Avant de donner mon avis, « mon intime conviction » sur ce film qui est un pur Lelouch, je voudrais, et ce n’est pas mon habitude, souligner l’esprit mauvais qui souffle sur les critiques du journal Le Monde.

Leur critique est un rejet du respect que l’on doit aux artistes et à leur travail.

Leur vocabulaire ampoulé pour tourner en dérision ce film qui a eu l’adhésion d’une armada d’acteurs de renom heureux d’y apporter leur concours, même pour une seule scène.

Leur style follement prétentieux pour massacrer une oeuvre sans prétention  ( je cite : « une faillite dramaturgique ») non, je rêve...

Une telle volonté de passer sous silence les points forts du film pour ironiser sur ses faiblesses.

Le plus difficile, pour un critique, c’est de rester juste.

Tout comme trop d’impôt tue l’impôt, trop de critique tue la critique.

 

CHACUN  SA  VIE,  CHACUN  SON  AVIS

Coup  de coeur -

CHACUN SA VIE  est un pur Lelouch, je l’ai dit. On le retrouve, comme on retrouve certains réalisateurs ancrés dans leur univers et n’en démordant jamais, à ses thèmes récurrents, toujours les mêmes, la vie, l’amour, le destin, le hasard… Avec toujours la même petite musique qui danse avec le jazz. Et aussi à sa prédilection pour les films à sketches où il donne la parole à ses acteurs fétiches. Il aime tellement les acteurs, Lelouch. Et ils le lui rendent bien.

Ici, ils sont si nombreux que l’on s’y perd, c’est vrai. Mais les scènes qui défilent sont toutes chargées d’émotion, d’humour, d’amour et les acteurs sont tous remarquables, on les sent tous immergés dans leur histoire, chacun son histoire, chacun sa vie.

Il y a un nouveau venu dans la bande à Lelouch, l’avocat-star Eric Dupont-Moretti, rendu célèbre parmi les ténors du barreau pour son score d’acquittements, au point qu’on le surnomme « l’acquittador » !

Cet homme peu séduisant , qui n’inspire pas la sympathie, tient un rôle important dans le film et se révèle être un très bon comédien – mais un bon avocat ne doit-il pas être aussi un bon comédien ?

Tout ce petit monde nous entraîne au travers d’un festival de jazz avec des passages musicaux dont la prestation emballante de Johnny Hallyday en concert, encore un de ces moments lelouchiens, hors contexte, prétexte à rencontres insolites qui n’ont rien à voir avec l’intrigue. Décousu ? Oui, décousu, ce film, si vous voulez. Comme la vie, quoi.

Voilà.  C'est Lelouch. On aime ou on n'aime pas.

On a le droit de ne pas aimer un film. Mais essayer d’en dégoûter les autres, c’est moche.

 

Miss Comédie

 

 

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LA RENCONTRE DE PROUST AVEC VERMEER

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LA RENCONTRE DE PROUST AVEC VERMEER

Mars 1921.

Proust vient de découvrir dans la salle du Jeu de Paume le tableau de Vermeer « Vue de Delft ». Cette découverte le bouleverse et il écrit alors dans le 5ème tome de « A la recherche du temps perdu », quelques lignes qu’il attribue à son personnage Bergotte. Comme une profession de foi, comme une illumination dans l’inspiration de l’écrivain.

 

Mars 2017

Le jour  pointe sur l'immense cour où  la Pyramide de Pei renvoie les premières  lueurs du soleil levant.

Dans l'ombre, deux hommes se rencontrent se saluent.

« Vous attendez l’ouverture ?

« Oui, comme vous, je suppose ?

« Oui, avant l’affluence…

« Vous venez pour quel tableau ?

« La Jeune Fille à la Perle. Et vous ?

«"Vue de Delft". Je ne suis pas sûr que cette toile figure parmi les douze prêtées au Louvre. Mais j’aimerais tellement revoir cette Vue de Delft...

« Pourquoi ?

« Oh, ce tableau occupe ma pensée et inspire mon travail depuis des années, presque un siècle.

Intrigué, l’autre fixe intensément le jeune homme qui lui parle. Ce qu’il dit l’étonne et le touche, cet inconnu est envoyé par le hasard.

Il insiste :

« Pourquoi ce tableau-là ?

« Comment vous dire… J’y ai découvert le secret de la couleur, d’une touche de couleur qui peut animer un paysage comme un texte, lui donner vie.

« Qui êtes-vous ?

Ils se regardent.

« Je m’appelle Marcel Proust.

« Je suis Johannès Vermeer. Vos paroles m’émeuvent infiniment.

 

Ils se taisent un instant, saisis par la magie de ce  moment. Et Proust  questionne à son tour :

« Mais vous, que cherchez vous à revoir dans La Jeune Fille à la Perle ?

« Je peux vous l’avouer, je veux retrouver dans son regard le regard de ma fille chérie, Margharita, qui a posé pour ce tableau et qui est qui nous a quittés  trop tôt, hélas.

LA RENCONTRE DE PROUST AVEC VERMEER

« Il a été dit que l’une de vos servantes avait posé pour vous…

Vermeer eut un geste d’impatience.

« Je sais. La rumeur est née d’un livre, un roman de fiction qui a alimenté les ragots. Et comme l’homme aime le scandale, il y a eu ensuite un film et maintenant, tout le monde croit que j’ai eu une aventure avec ma servante, alors que… (il a comme un sanglot).

Personne n’est à l’abri de l’imagination perverse des foules.

 

Marcel Proust prend le bras de Vermeer.

« Allons-y, maintenant. Les lumières s’allument. Entrons avant la foule. Vous allez me raconter comment la couleur vous est venue dans la main alors que vous regardiez votre ville.

« Et vous, vous m’expliquerez ce que vous avez ressenti en découvrant le tableau. Je ne pouvais rêver d’un tel cadeau.

 

Ils s’arrêtent alors et dans la lumière  nacrée de l'aub, Proust récite les quelques lignes qui ont marqué sa nouvelle approche de l’écriture devant la "Vue de Delft" de Vermeer :

« Il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu’il veut saisir, au précieux petit pan de mur. – c’est ainsi que j’aurais dû écrire, se disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse comme ce petit pan de mur jaune. »

 

Vermeer a écouté, concentré, cette lecture faite d’une voix frémissante.

Alors il murmure  :

« Je ne me souvenais pas de ce pan de mur… Mais ces quelques phrases m'ont donné envie d'aller à la recherche de votre temps perdu... "

 

Conversation imaginaire par

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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EDMOND OU RIEN !

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EDMOND OU RIEN !

J’arrive un peu tard pour parler d’EDMOND. Tout Paris a vu cette pièce d’Alexis Michalik, toute la presse l’a encensée. C’est « la pièce de l’année », c’est un triomphe, totalement inattendu.

Comment ne pas faire le parallèle avec l’accueil fait à CYRANO DE BERGERAC, la pièce mythique d’Edmond Rostand, dont la première représentation, le 28 décembre 1897, fut un succès fracassant et totalement inattendu ?

A croire que le personnage emblématique de Cyrano possède un pouvoir secret. Il porte aux nues celui qui entreprend de lui redonner vie. C’est ce qui est arrivé à Alexis Michalik, amateur d’illusion et porteur d’histoires fantastiques.

 

J’aurais tant aimé être à la première d’EDMOND, ce 15 septembre 2016, pour assister à ce phénomène : la même surprise, le même émerveillement mais cette fois devant douze inconnus qui réinventent la folle aventure de Cyrano avec tant de liberté, d’enthousiasme, avec une technique de ténors du théâtre français et une grâce infinie.

Ont-ils eu droit, comme à la première de CYRANO à la Porte Saint-Martin ce 28 décembre 1897, à vingt minutes ininterrompues d’applaudissements et à 40 rappels ?

 

Pour nous, quatre mois plus tard dans ce bijou de théâtre qu’est le Palais Royal, nous ne savions plus qui applaudir, Rostand ou Michalik dans cet amalgame de rêve et de réalité tissé autour d’un personnage devenu une icone.

  1. tout le génie d’Alexis Michalik est d’avoir laissé dans l’ombre le mythe pour mettre en lumière toute une époque avec ses musiques, ses décors et ses personnages hauts en couleur : Sarah Bernhard, Ravel, Labiche, Feydeau, Coquelin. Ils ont tous leur rôle à jouer dans la vie d’Edmond, le vrai et celui de Michalik.

Nous savions tout de Cyrano, l’amoureux au grand cœur, nous ne savions rien des tâtonnements, des doutes et des hasards qui lui ont donné naissance. Ici le héros c’est Edmond, le poète dédaigné qui en un jour connaît la gloire éternelle.

  1. héros c’est Edmond, oui, mais le metteur en scène n’a pas dit son dernier mot : la pièce touche à sa fin et voilà que Cyrano reprend le flambeau et nous offre cette dernière scène « contre l’arbre », la confession ultime et la mort.

Une fin digne de Molière, une apothéose théâtrale.

Coup de maître car à la fin de l’envoi, il touche…. !

 

Au théâtre du Palais-Royal jusqu’au 30 juin 2017

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LA MAGIE DES 400 COUPS

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LA MAGIE DES 400 COUPS

Au bout de sa course interminable, au bout de sa fuite, il y a la mer, qu’il rêvait de voir un jour. C’est la dernière image du film avant ce mot FIN masquant son beau visage d’enfant. Triste fin, qui n’en est pas une. On a du mal à imaginer la suite.

 

 

C’est pourtant un film culte. Mais son étoile a pâli, les années passant, devant la profusion des nouvelles vagues.

Celle de Truffaut commence avec LES 400 COUPS, son premier film, un chef-d’œuvre.

Saisie, médusée, j’ai découvert tardivement ces images magnifiques d’un Paris oublié, ces pulsions enfantines violentes, cette façon de les filmer si simplement qu’elles en deviennent bouleversantes.  Quelques jours dans la vie d’un simple petit cancre qui va lentement tomber dans la délinquance, à force de petits larcins, à force de solitude.

Truffaut-Léaud. Il lui a transmis ses révoltes, il lui a inventé sa solitude familiale, il lui a infiltré sa détresse, celle qu’on a tous à l’âge où tout est possible mais où s’élèvent toutes les barrières.

 

Jean-Pierre Léaud se prend vite pour Antoine Doisnel, c’est facile, il lui ressemble comme un frère. Mais en plus, il est déjà acteur dans l’âme. L’acteur sans passé, sans artifices, sans ego.

Plus jamais il n'aura cette dimension-là.

 

Sur le tournage  il volait, insultait, provoquait les passants, créant des incidents que l’équipe assumait avec indulgence. Léaud ne jouait pas Doisnel, il était Doisnel.

Truffaut-Léaud, leur premier film, le plus emblématique.

Il y a dans le film une scène qui tue, qui m’a rappelé la scène de LA FILLE SUR LE PONT de Patrice Leconte, où Vanessa Paradis se confesse en gros plan devant la caméra. Un exercice de haute voltige où sans la sincérité, c’est le plongeon. Le plan, en tout début du film, dure de longues minutes où elle est prodigieuse.

 

LA MAGIE DES 400 COUPS

Ici nous voyons Antoine Doisnel répondre qux questions d’ une psychologue. Ses parents l’ont mis pensionnaire dans un centre d’observation pour mineurs délinquants et les questions sont celles d’un interrogatoire.

« Vous avez volé 10000 francs à votre grand-mère : par besoin ou par méchanceté ?

« « Il paraît que vous mentez sans cesse ?

« Vous dites que votre mère ne vous aimait pas. Pourquoi ?

« Avez-vous déjà couché avec une fille ?

Le ton est hostile mais les réponses d’Antoine sont spontanées, claires, visiblement sincères. Il raconte ce qu’il ressent, ce qu’il a dans la tête et dans le cœur, il ne triche pas, il n’est pas mal à l’aise, il se défoule avec tous les détails possibles, on sent que cela lui fait du bien, il regarde la femme droit dans les yeux, ses mains triturent des papiers devant lui mais ce n’est pas le trac, c’est la fébrilité d’un gosse qui veut montrer sa bonne volonté, son désir de se justifier, de se réhabiliter.

Tout cela n’est pas descriptible, il faut voir le visage confiant, entendre les phrases hésitantes cherchant le mot juste, il croit que cette conversation va lui ouvrir les portes de l’internat, il y croit, cela se voit. La scène est filmée sans interruption, en direct, c’est la seule scène du film qui n’a pas été post-synchronisée.

C’est dire si Truffaut croyait en son acteur, il savait ce qu’il allait offrir à la caméra.

Et nous, à peine remis de cette contemplation, nous allons suivre le petit, en cavale, durant une séquence interminable où on le voit courir, à toutes jambes, sans une halte, les paysages défilent au rythme de sa course ininterrompue. On traverse des champs, on longe une rivière, on rencontre des hameaux, des arbres, on entend les oiseaux chanter. C’est d’une beauté inouïe.

Son cœur est prêt à éclater, le nôtre aussi lorsqu’il atteint la fin des terres et contemple devant lui ce qu’il rêvait de connaître un jour : la mer. Ses pieds vont à la rencontre des vagues bienveillantes, et son enfance s’arrête là. Son dernier regard à la caméra ne nous apprend rien. A nous de lui donner un sens.

 

Miss Comédie

 

 

 

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JEANNE D'ARC AU BÛCHER À L'OPERA DE LYON

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L’INSTANT THÉÂTRE SOUS HAUTE TENSION

 

Faut-il aller voir JEANNE D’ARC AU BÛCHER à l’Opéra de Lyon ?

 

Si la question se pose, (enfin, si je la pose) c’est qu’il faut s’attendre à quelque chose de détonant, et peut-être de dérangeant pour les âmes sensibles.

Tout porte à croire que ce spectacle sera un défi à l’aimable, au courtois, à la culture bio, au principe de précaution, au grivois, à la décence, et surtout à la négation du divin.

Qu’est-ce qui me fait dire ça ?

JEANNE D'ARC AU BÛCHER À L'OPERA DE LYON

Il suffit de savoir que le célèbre oratorio d’Arthur Honegger avec son texte de Paul Claudel, a été pensé, mûri, ressenti et mis en scène par Romeo Castellucci, homme de théâtre italien très avant-gardiste. Les sujets brûlants l’inspirent et il les traite en profondeur. Le conformisme, ce n’est pas son truc. En 2011 sa pièce « Sur le concept du visage du Fils de Dieu » avait fait scandale au Festival d’Avignon et au théâtre de la Ville à Paris. Pourtant, malgré les polémiques qu’il suscite, on lui reconnaît un talent magistral, au-dessus de la mêlée.

Mais que va-t-il faire de cette histoire déjà empreinte d’une sauvagerie mystique qui fait peur ?

 

La musique de Honegger n’est pas forcément mélodieuse. L’ambiance qu’elle va créer ne viendra pas adoucir la cruauté du sujet.

La poésie de Claudel n’a rien de celle de Jacques Prévert. Son univers favori trouvera là ses accents les plus déchirants.

 

Le  sujet de l’oratorio, à lui seul peut donner envie d’ oublier cet épisode, l’un des plus douloureux mais aussi les plus mystérieux de notre histoire de France. Et là, devant nos yeux, les derniers moments de Jeanne d’Arc sur le bûcher, revivant chaque moment de sa courte vie en onze tableaux, depuis son enfance insouciante jusqu’au tribunal ignoble qui la condamna....  Quelle tension !

Sur scène, il y aura Audrey Bonnet de la Comédie Française, qui incarnera Jeanne d’Arc.

Près d’elle, un autre comédien du Français et pas des moindres, Denis Podalydes sera le moine frère Dominique, au pied du bûcher. Dans une interview, il dit : « chaque spectateur sera projeté dans le corps de Jeanne, dans son esprit, dans sa souffrance et son incrédulité face à la haine des hommes. »

 

Oui évidemment c’est un spectacle qui va nous emmener très loin du quotidien, du confort, du rire.  Mais  un moment de pure beauté.   Or,  Romeo Castellucci l’a dit, après Aristote : « la Beauté a quelque chose d’effrayant. » Nous sommes prévenus.

 

Miss Comédie

A l’opéra de Lyon du 21 janvier au 3 février-)

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LES RESTOS DU COEUR

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LES RESTOS DU COEUR

LA SCENE DU JOUR

 

J’adore ce petit film télé pour les Restos du cœur, un bijou.

Deux enfants qui discutent entre eux, six-sept ans à peine, mignons comme tout.

La petite fille, une beurette à la tignasse bouclée, voudrait accompagner son copain au Resto du cœur.

Lui, un blondinet adorable, refuse.

« Mais pourquoi je peux pas aller avec toi ?

« Je te dis que c’est un secret !

« Tu as pas confiance ou quoi ?

« Mes parents m’ont dit de pas en parler, d’accord ?

La petite fille insiste. Elle voudrait savoir ce que son ami fait « la-bas » ? Il lui explique qu’il peut s’amuser avec des jouets pendant que sa mère « fait ses devoirs ».

« Mais elle est plus à l’école, ta mère ! – et là, le sourire coquin de la gamine est à tomber.

Le petit garçon explique que c’est une dame qui aide sa mère et on comprend qu’elle doit l’aider à faire son CV « pour le travail ».

Et puis, la dernière phrase donne le frisson, il ajoute :

« Mon père, il vient surtout pour les repas…

Et là, son visage devient grave, fermé, prêt à pleurer.

Comme nous.

Ca m’a donné envie de répondre tout de suite à l’appel des dons pour les Restos du cœur.

Bravo à leur agence de com.

 

 

Miss Comédie

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BIZARRE, BIZARRE...

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BIZARRE, BIZARRE...

Ce n’est pas la photo-mystère, c’est la faute au mystère !

Oui, pourquoi mes vœux de bonne année postés le 1er janvier, sont-ils apparus en noir sur gris ?

Est ce pour préfigurer une année noire ? Loin de moi ce noir desseine.

Est-ce par un clic maladroit sur une mauvaise icône ?

Mystère.

Je sais que l’informatique est bourrée de chausse-trappes, aussi je me renseigne auprès de mon administration.

Mais peut-être que depuis, tout est rentré dans l’ordre ?

Suspense.

En tout cas, ce vilain texte sombre est, paraît-il, lisible pour les yeux de lynx, alors…

A bientôt en blanc sur noir, j’espère !

 

Miss Comédie

 

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LA NOUVELLE DU JOUR

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LA NOUVELLE DU JOUR

BONNE ANNEE 2017 !

Ily a de l’espoir: les quatre chiffres de 2017 additionnés donnent le chiffre 1. Le premier, le départ, le renouveau. Notre monde part vers une nouvelle ère. Cela n’est pas forcément réjouissant. Depuis quelque temps nous assistons avec nostalgie à l’écroulement des bastions rassurants qui jalonnaient notre vie quotidienne. Bizarrement, ils se transforment tous en interdits.

Les engins du digital s’installent et prennent le pouvoir.

Les vieilles dames ne savent plus comment déclarer leurs revenus. Mais il n’y a plus de recours, il faut s’y faire.

La conquête du virtuel s’annonce avec un grand marché aux puces : chaque fœtus en est désormais pourvu pour une nouvelle génération formatée aux mystères de la Toile.

 

Oui, on le sent bien, le monde est en train de changer.

Mais soyons optimistes, l’Amour circulera aussi bien sur le web que sur les cartes routières.

En tout cas, l’année qui commence ne peut pas être pire que celle qui vient de s’achever.

 

 

LA NOUVELLE DU JOUR

CONVERSATION IMAGINAIRE autour des TEMPS MODERNES

film de Charlie Chaplin.Nous sommes en 1936, pas encore la deuxième guerre mondiale mais la Grande Dépression et les méfaits de l’ère industrielle, dévastatrice. Le travail à la chaîne ruine l’artisanat, le chômage s’installe et les populations tremblent pour l’avenir.

Chaplin donne là son dernier film muet, en pleine ascension du parlant, pour garder à son personnage Charlot son mystère et son romantisme avant de le faire disparaître de sa filmographie.

La dernière image du film montre Charlot et sa compagne marchant main dans la main sur une route lugubre, face à leur destin. Que se disent-ils ? On peut tout imaginer, et même divaguer…

 

« ELLE

Ou allons-nous ?

LUI

Je ne sais pas encore. C’est l’inconnu.

ELLE

Tu crois que ce sera mieux qu’avant ?

LUI

Ce sera mieux pour les uns, moins bien pour les autres. De toute façon ce sera toujours les temps modernes

ELLE

Donc ce sera toujours pareil ?

LUI

Non, tous les temps sont des temps modernes mais leur modernité change tout le temps, elle est de plus en plus moderne et nous nous sentons complètement dépassés, submergés.

ELLE

Il nous reste encore quelques bonnes choses… Moi je ne me sens pas vraiment submergée.

LUI

Lorsque tu regardes l’océan, jusqu’au bout de l’horizon il te paraît si calme, juste agité de quelques vagues menaçantes qui ne te font pas peur, mais tu n’imagines pas à quelle vitesse incroyable ces vagues vont te submerger si tu restes trop longtemps sur la plage !

ELLE

Nos savants peuvent tout prévoir à l’avance, les marées, les typhons, les météorites…

LUI

Oui, tous ces phénomènes font partie de la Nature dont les caprices sont récurrents depuis des millions d’années. Tout cela, on connaît ! C’est l’inconnu qui fait peur.

ELLE

C’est quoi l’inconnu ?

LUI

L`inconnu c’est l`Homme et sa créature, le Robot, sur leur nouveau domaine de conquête, la Toile, qui est aussi leur arme secrète, prête à les détruire ainsi que l’humanité toute entière.

ELLE

Mais tu es sinistre ! On est en plein STAR WAR ! Le monde n’est pas encore prêt à de tels bouleversements !

LUI

Détrompe-toi.Tout va très vite, très très vite, de plus en plus vite. J’ai même bien peur que nous ne soyons bientôt dépassés par le Progrès !

Derrière eux un bruit de roulement se fit de plus en plus assourdissant et une énorme pomme verte les dépassé dans un nuage de poussière.

 

Ils s’arrêtent et ils se regardent. Elle se fige, stupéfaite.

 

LUI

Tu es soudain toute ridée et tes cheveux ont blanchi, et moi je me sens essoufflé, mes jambes ne me portent plus…

 

ELLE, la voix tremblante

Tu avais raison, nous avons été dépassés par le Progrès ! »

 

Evidemment, si Chaplin avait écrit ce dialogue, il n’aurait pas fait mention de la Pomme mais nous sommes bien d’accord : il s’agit d’une conversation imaginaire…

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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A PROPOS DE CALIGULA

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A PROPOS DE CALIGULA

 

Albert Camus  aurait eu 103 ans  le 7 novembre dernier.

Entre autres belles paroles, il avait dit : « Je ne connais qu’un devoir, celui d’aimer ».

Parole chrétienne mais plus que cela.  Parole de sage, toutes religions confondues.

 

A PROPOS DE CALIGULA

CONVERSATION IMAGINAIRE

Sur la scène du théâtre Hébertot à Paris. 

 La première lecture de  CALIGULA vient de s’achever.  Traumatisés, les comédiens se sont retirés un à un après avoir brièvement salué Albert Camus et Paul Oettly   le metteur en scène, qui s’éclipse à son tour.

Gérard Philipe, lui, est resté assis, le front baissé.  Camus s’approche de lui.

« Gérard, qu’est-ce qui ne va pas ?

Gérard Philipe relève la tête, visiblement très remonté.

« Albert, je veux comprendre.  Pourquoi m’avoir choisi moi, avec ma figure d’ange, pour incarner Caligula, ce monstre démoniaque ?

Croyez-vous que je sois crédible  dans ce rôle ?

Albert Camus s’assied face à son acteur, prêt au combat.

« Tu le seras car ce monstre est en toi, comme en chacun de nous.

Caligula n’est pas mort, il sommeille en tout homme  investi du pouvoir.

Si je t’ai choisi c’est justement pour montrer que l’être le plus doux, le plus angélique qui soit, dès qu’on lui donne le  pouvoir, devient  un tyran  totalitaire, oubliant toute mesure.

«  Vous allez être déçu, je ne me sens aucun signe, même dissimulé au plus profond de moi, de ces penchants odieux.

« Tu n’auras qu’à dire le texte et ton personnage entrera en toi, les mots  réveilleront le monstre qui est en toi, tu deviendras Caligula.

« Mais je hais ce personnage !

« Tant mieux,  si tu l’aimais tu ne pourrais pas l’incarner.

« Je crains que Caligula  ne soit une figure dépassée, un symbole du pouvoir devenu risible.

«  Tu te trompes,  Caligula est omniprésent dans notre monde, toutes les époques ont eu leur Caligula et nous devons être prêts à le voir ressurgir là où nous l’attendons le moins.

Notre époque se meurt de croire que les choses peuvent cesser d’être absurdes.

Gérard Philipe se tait, écrasé par cette vérité. 

Puis, comme un reproche :

« Je n’ai que 23 ans, je ne connais pas la haine, je ne puis l’envisager, ni la simuler.  Croyez-moi, je serai un très mauvais Caligula.

Albert Camus sourit :

« Tu as l’âge du rôle !  Caius Caesar avait 27 ans lorsqu’il succéda à Tibère.   Il n’a pas été odieux tout de suite, il fut un empereur très populaire au début de son règne.

« Et alors ? Qu’est-ce qui lui a pris ?

« Le  pouvoir, le pouvoir…

« Est-ce qu’il était obligé de coucher avec sa sœur ?

« Ah, ça, c’était une pratique courante dans l’Antiquité !

Il y a un silence.  Puis Camus se lève, un peu las de cette discussion sans issue.

« Bon, Gérard, tu doutes, c’est normal, c’est même de bon augure, mais avant de rompre…

Gérard Philipe l’interrompt, se levant à son tour :

« Je ne reviendrai pas sur ma parole .  Mais après « Une grande fille toute simple », avouez que je change de registre…un peu brutalement !

« Ce rôle  va te rendre célèbre, je le sais.

Face à face, Camus pose  sa main sur l’épaule de Gérard Philipe, comme Scipion pose la sienne sur l’épaule de Caligula dans une scène émouvante de la pièce.  Et comme dans la pièce, Gérard Philipe recouvre de la sienne la main de Camus.

Une rafale de vent venue des coulisses parcours alors le plateau, faisant voler les feuilles des manuscrits sur la table, faisant vaciller les deux hommes.  Camus alors s’écrie :

« C’est l’esprit du théâtre qui s’insuffle en toi.  Le jour de la première il viendra t’aider à  te démultiplier.  Tu seras Caligula pour le temps que durera la pièce. »

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

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ABRACADABRUNCH à LYON

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ABRACADABRUNCH à LYON

L(INSTANT THÉATRE

ABRAADABRUNCH  de Iliel Vardar

Vous avez certainement vu, revu, entendu parler du « cultissime » CLAN DES DIVORCÉS  qui cartonne encore  à Paris et en province.

Voici sa 4ème pièce, tout aussi  déconnante, mais épicée d’un zeste de magie. Dommage que le titre soit si peu envoûtant.

Nous avons là un célibataire endurci, monstre d’égoïsme, au langage percutant comme un tir aux pigeons, les pigeons c’est nous, les fans de Michel Bernini qui fait mouche à chaque réplique.  Que dis-je à chaque mot, à chaque haussement de sourcils.

 

Vont  se succéder pour gâcher son petit déjeûner deux filles qui font le poids, (il faut du  culot pour se mesurer à un tel  partenaire.)

  Côté  comique elles ont de quoi l’inquiéter, côté mensurations elles ont de quoi l’émouvoir.  

Il y a d’abord  l’envoyée du « Grand », le dieu de la Centrale EDF, qui dégage un courant bleu électrique dès qu’on la touche.  Elle est là pour lui pourrir la vie et lui trouver une femme.   C’est ELLE, oui c’est comme ça qu’elle s’appelle et ça lui va bien, forcément.

 

Il ne  veut pas de femme  mais cette extra-terrestre  ne lui est pas indifférente,   du style bombe glacée,  mais capable d’émettre de petits cris et soupirs orgasmiques  très convaincants.

  .Il est prêt à craquer et à partager sa biscotte beurrée.

Pas de chance, elle s’évapore, disparaît sans crier gare.

Camille Durand incarne avec élégance et brio cette beauté pleine de mystère.

 

 

Arrive alors un personnage inénarrable, une sorte de marionnette  désarticulée, échevelée , vêtue en Galliano première époque, venue prendre possession de ce cœur à prendre. 

Eglantine, c’est son nom, ne recule devant aucune chorégraphie improvisée pour séduire le récalcitrant.

C’est Carole Benamhou bien connue des familiers de LULU SUR LA COLLINE, excellente dans tous ses rôles à transformation, virtuose de la sensualité comme de l’humour noir.   Là, elle est étonnante, débridée, follement drôle.

 

ABRACADABRUNCH (oh ce titre !) est une pièce impitoyable, d’un bout à l’autre les gens sortent  les mouchoirs car les larmes coulent tant le rire est compulsif.

 

 

Les rôles  sont joués en alternance par :

- pour ELLE :

Camille Durand, Virginie Mouchtouris.

- pour Eglantine : Carole Benhamou, Laurence Bonnet-Blanchet.

-   pour  François : Michel Bernini, Ilyes Harouni.

La pièce se joue jusqu’à fin décembre, avec deux soirées exceptionnelles les 24 et 31 décembre.

Au théâtre LULU SUR LA COLLINE

60, rue Victor-Lagrange   69007 Lyon 

Tél :  04 72  98 36 28    et  wwwtheatre-de-lulu.fr

 

Miss Comédie

 

        

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ERRATA ---

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ERRATA ---

 

 

Ceci est la photo correspondant à l’article «PETITS CRIMES CONJUGAUX, d’Eric-Emmanuel Schmitt,  mise en scène par Jean-Luc Moreau  avec Fanny Cottençon et Sam Karmann.

Avec toutes mes excuses,

 

Miss Comédie

 

 

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PETITS CRIMES CONJUGAUX d'Eric-Emmanuel Schmitt

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PETITS CRIMES CONJUGAUX d'Eric-Emmanuel Schmitt

L'INSTANT  THÉATRE

PETITS CRIMES CONJUGAUX, D'Eric-Emmanuel Schmit

 

Le titre est trompeur. On s’attend à  voir encore une de ces comédies légères sur les  petites tromperies  du couple.

Erreur.

Cette pièce est un électrochoc  qui  secoue joliment.

Oh, pas tout de suite.

Ca démarre comme un polar d’Hitchock,  on se doute qu’il y a un mystère mais les dialogues sont encore alertes, presque drôles, il y a des rires dans la salle.

Un mari amnésique qui revient chez lui et qui cherche à savoir quel genre d’homme  il était avant l’accident, quoi de plus savoureux ?

 Il questionne, elle répond.   Il s’agit de retrouvailles émues,  juste un peu tendues. 

Nous sommes encore dans l’expectative, sans méfiance.  La suite va nous aiguiser l’attention.

L’écriture d’Eric Emmanuel Schmitt, somptueuse, foisonnante, impitoyable,  prend peu à peu des accents  à la Tennessee Williams pour dévoiler les ressentiments cachés de ce couple usé qui ne sait plus faire la différence entre l’amour et la haine.

Les aveux qui s’échappent, d’une violence libératrice, deviennent des mobiles de crime.

Nous ne rions plus, le silence se fait ,  nous sommes sous tension.

Construite comme une énigme policière, la pièce garde son mystère jusqu’à la fin.  Lequel des deux a voulu tuer l’autre ?

 

Sam Karmann et Fanny Cottençon nous obligent à nous identifier à leurs  personnages, tant ils y croient eux-mêmes. Le problème de leur  couple devient un problème universel.

   On se dit qu’on y réfléchira plus tard.  Pour l’instant, on veut savoir la fin.

Jean-Luc Moreau  a guidé ses acteurs vers une intériorité qui déclenche l’émotion.   Mise en scène pleine d’humanité,   si délicate qu’on  ne la sent pas,  on ne se doute pas qu’un sujet pareil doit être tenu serré,  sans l’ombre d’effets faciles.

Petits crimes conjugaux  n’est pas une pièce anodine. Elle nous laisse un goût amer, comme certaines pièces dont  la  profondeur  surprend, émervreille, dérange et nous poursuit longtemps.

Miss Comédie

 

Au théâtre Rive Gauche à Paris jusqu’au 16 décembre, prolongation possible

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COLLISIONS D'ETOILES, VITE !

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COLLISIONS D'ETOILES,  VITE !

Sergio Leone aux pieds de Maria Callas, Fausto Coppi apprenant à pédaler à Jacques Tati, Picasso furieux contre Woody Allen,  Gainsbourg critiquant son biopic, Delphine Seyrig face à Steve Mc Queen…Steve Job au paradis de la pomme… Bon, j’arrête, il y en a cinquante…

Ces rencontres improbables mais tellement affriolantes, ces conversations secrètes entre terre et ciel, ces  interviews impensables, je les ai réunies dans un ouvrage qui vient de paraître, aux Editions Le Manuscrit.

Vous pouvez le trouver en librairie ou  sur commande sur le site

Manuscrit.com.

 

Un extrait ?

CONVERSATION IMAGINAIRE

<<< Au Crazy Horse Saloon à Paris.  Le Trio à l’imperméable, Albert Camus, Humphrey Bogart et Peter Falke fument une cigarette à l’entracte.  Ils discutent, ignorant totalement la présence d’une journaliste venue les interviewer.

  Bogart  dégrafe sa ceinture et fait un pas en arrière, la journaliste s’apprête à l’aborder enfin mais Camus  intervient :

«  Une gabardine, ça doit rester fermée,  reproche-t-il.

«  C’est pas une gabardine, c’est un trench, rétorque Bogart.

«  Ah, fait Colombo, et c’est quoi la différence ?

Bogart  fait passer sa cigarette entre le pouce et l’index et fait un pas en avant.   La journaliste recule.

« La différence, c’est que le trench a obligatoirement les pattes des poignets, les pattes d’épaules et le bavolet.

Camus  s’insurge.

«  Ah, mais la gabardine aussi !  Moi, je porte une gabardine.  Tu vois bien que j’ai les pattes des poignets, les pattes d’épaules et le bavolet.   Sauf que moi, c’est une Burberry’s, le fin du fin.

Bogart  jette sa cigarette par terre et l’écrase du pied.

« Camus, tu es snob.  C’est l’air de Paris qui fait ça.  Moi, mon trench je l’ai acheté chez Abercrombie quand j’ai reçu mon Oscar du Meilleur Acteur, en 1951.  Tu le trouves démodé ?

Camus l’inspecte et hoche la tête.« Non, pas vraiment, mais tu mets trop les mains dans tes poches, ça les déforme.

La journaliste regarde sa montre et fait un demi-pas en avant.

Colombo  éteint sa cigarette à demi consumée et la met dans sa poche.

« Et moi, à votre avis, mon imper, c’est une gabardine ou un trench ?

Bogart et Camus éclatent de rire. Effrayée, la journaliste recule.

« Pas de ceinture, pas de pattes, pas de bavolet, trop court et une  odeur de commissariat… C’est pas du Burberry’s ni du Abercrombie, mais ça pourrait bien être du Galliano de la grande époque  !

……………..ls se ruent vers la sortie, la journaliste sur les talons.  Mais sur le trottoir de l’avenue George V, il n’y a plus personne.>>>

 

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ACTUALITÉS - L'ANNIVERSAIRE

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ACTUALITÉS  -  L'ANNIVERSAIRE

Quoi ? Mon blog a huit ans aujourd’hui ?

C’est l’équipe d’Overblog qui me souhaite cet anniversaire-surprise comme le feraient des amis très intimes !

Le temps passe vite au fil des articles sur le théâtre, le cinéma et la littérature, prodigieuses sources d’inspiration qui font qu’on en oublie de comptabiliser …

 

Voilà, c’est donc reparti pour quelques années encore, au gré des spectacles emballants, des scènes cultes dans des films de légende ou des écrits lus ou relus avec gourmandise.

Merci à toute l’équipe d’Overblog et à bientôt sur mon blog, le blog du théâtre, du cinéma et de la littérature à Paris et à Lyon : <<>>

 

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L'INSTANT T THEÂTRE

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L'INSTANT T THEÂTRE

TOUT CE QUE VOUS VOULEZ

Au théâtre Edouard VII

 

Cette pièce est comme le chapeau d’un prestidigitateur.  Vide au début, bien vide, et puis après quelques manipulations, gesticulations, jeux de scène et entourloupettes, à la fin on voit sortir du chapeau un beau lapin blanc, c’est magique, le tour de passe-passe est fortiche.

Ici c’est un peu pareil. Ca commence comme un épisode de « Nos chers voisins », je n’en dirai pas plus.

Il est question d’un dégât des eaux, l’inondé vient se plaindre à la responsable à l’étage au-dessus, il tombe sur une jolie dramaturge qui est à cran car elle cherche un sujet de pièce et ne le trouve pas.  Il se fait virer, il revient, le dialogue est une passe d’armes entrecoupée de sanglots et de confidences éplorées.

A ce stade j’étais très énervée car pour moi,   la panne d’inspiration n’est pas un truc qui se règle en tapant du pied, c’est très douloureux et très intime, il faut au contraire se concentrer, rêver, faire le vide, bref cette fille hystérique  m’horripilait.  (J’oubliais totalement que j’assistais à une comédie.)

Mais… mais,  heureusement, il y avait Stéphane de Groodt.  Lui, tout auréolé de sa gloire d’humoriste très médiatique, était prodigieusement calme, sobre, intériorisé.  On sentait qu’il était vraiment habité par son personnage car il ne fit aucun jeu de mots.

Pour lui j’avais envie de m’accrocher. 

Bérénice Béjot, elle aussi auréolée de sa gloire d’actrice déjà un peu chevronnée, se donnait un mal fou pour exister.  Premier rôle au théâtre, peut-être, mal dirigée probablement et pourtant, Bernard Murat… mais enfin. 

Donc, je me demandais  quel trait de génie allait faire basculer la pièce  même si j’avais bien compris que le dégât des eaux allait se régler tôt ou tard par un débordement sentimental.

. Mais entre temps ?

Entre temps, et bien,   l’intrigue a pris corps insensiblement,  l’affaire de la panne devenait un souci majeur,  le voisin s’intéressait davantage à l’inspiration de sa voisine du dessus plutôt qu’à ses mensurations,  le suspense s’installait, et  puis il y avait ce mari, là, qu’on ne voit jamais mais dont elle parlait beaucoup, n’allait-il pas changer la donne ?

On commence à  dresser l’oreille.   Cette page blanche,   le charmant voisin s’ingéniait à  la remplir  envers et contre le gré de l’auteur, mais voilà, elle s’est laissée prendre au jeu et  nous assistons, amusés, aux répétitions d’une pièce dans la pièce où l’on retrouve les mêmes personnages… 

La ruse, c’est cette pièce enfin écrite qui se joue devant nous « in blue light » et qui fait un tabac (les applaudissement enregistrés sont communicatifs-) et puis le retour sur terre, et c’est là que la pièce bascule dans l’émotion devant l’étrange trouble de ce  voisin  qui devient soudain acteur de la pièce qu’il a aidé à écrire.   C’est compliqué ? Ben oui, il faut aller voir la pièce.

La scène finale est  effrontément happy end,  avec ce baiser très attendu provocant   une tempête d’applaudissements  bien réelle cette fois dans la salle.

Le public est trop sentimental.  Moi j’aurais fait une fin plus inattendue, une rencontre sous le signe de l‘ écriture, une entente dans les sphères de l’esprit, plus platonique que charnelle, beaucoup plus intéressante qu’un banal corps à corps.  Mais aurais-je récolté cinq rappels et les cris de joie de ce soir ?

Avec « Le Prénom » et « Le diner d’adieu » Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patellière sont  devenus des locomotives dans le convoi des auteurs dramatiques contemporains.  Ce duo-là a tout pour les faire rester en tête. Non ?  Vous pariez ?

 

TOUT CE QUE VOUS VOULEZ,  mise en scène de Bernard Murat, au théâtre Edouard VII à ¨Paris.

 

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THE BIG LEBOWSKI, BIG FILM

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THE BIG LEBOWSKI,  BIG FILM

Il faut revoir ce film pour réveiller le cinéphile qui somnole en chacun de nous.

Après Fargo, les frères Cohen donnent  dans le délire avec deux acteurs méconnaissables.

 

Jeff Bridges a pris dix kilos, il est hallucinant dans un rôle de demi clochard poursuivi par un destin contrariant.

John Goodman est énorme en anar caractériel qui pique des crises à tout bout de champ, hurlant sur tout ce qui bouge.

John Turturro est surprenant dans un  rôle secondaire qui se paie une scène culte.

 

Il y a du Cervantes, du Chandler, du Hellzapoppin dans le scénario qui pratique l’humour subliminal dans une intrigue de film noir..

 

 

Ils se sont trompé de Lebowski et ils ont pissé sur mon tapis…

 

Non, il faut voir Jeffrey Lebovwski alias Le Duc encaisser les coups  sans une égratignure, toujours aussi déglingué, résigné, obsédé par son tapis souillé, essayant vainement  de traquer les bandits et tombant à chaque fois dans un traquenard,  accompagné par son ami Walter survolté.

Toutes ces images catapultées, burlesques ou violentes, oniriques ou surréalistes dans une histoire à dormir debout émaillée  d’anecdotes intempestives  et de personnages en transit, font un film qui ne ressemble à aucun autre,  comme un tableau de Jérôme Bosch. 

 

Sorti en 1998, le fim n’a pas fait exploser le box-office tout de suite, la critique a été tiède, l’accueil du public mitigé. Et puis… quand même, d’année en année, son prestige a grandi jusqu’à devenir un culte à travers le monde  et il est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque du Congrès -  malgré la profusion de mots orduriers que profèrent les personnages…

THE BIG LEBOWSKI,  BIG FILM

ZOOM SUR UNE SCENE CULTE

Le Duc adore le bowling – on ne le voit jamais jouer dans le film, mais il passe beaucoup de temps dans la grande salle où s’entraînent les joueurs.

Il est donc assis là,  je dirai même « affalé », avec son ami Walter aussi affalé que lui,  devant les pistes, et échangent quelques répliques salées, leur langage habituel.  Entre eux est assis, de dos, Donnie le partenaire du Duc au bowling, personnage effacé et peu loquace mais qui se fait clouer le bec chaque fois qu’il l’ouvre par Walter : « Shut up fuck up ! »

Quelques plans sur des mains ajustant une chaussure de compétition, puis caressant les cordes d’une guitare, et déboule soudain Jésus, c’est John Turturro le magnifique, dégaine de matador moulé dans sa combine violette, cheveux noirs laqués.  Il toise les trois compères et leur annonce qu’il va leur mettre une peignée à eux joueurs minables.

Puis il se place devant une piste et entreprend d’exorciser  sa boule. Il la lèche -  sa langue mesure bien vingt centimètres, la caresse et se concentre avant le tir.

Sa prestation va durer à peine dix minutes, le temps d’un lancer fulgurant qui fait place nette, puis d’une danse sur un « California » revu flamenco, qu’il exécute avec  un déhanchement  de torero.

Le trio l’a regardé faire sans piper.

Même pas un lever de sourcils.

La caméra se  prélasse sur l’absence d’expression de chacun des deux acolytes rivalisant d’indifférence.

L’ensemble vaut son pesant d’or.

La scène est courte, mais elle reste dans les mémoires comme le clou du spectacle, alors qu’elle est complètement anecdotique dans l’intrigue

Il paraît que Turturro, qui trouvait son rôle un peu fluet, a tout fait pour lui donner de l’embonpoint.  Pari gagné .

 

 

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CONVERSATON IMAGINAIRE

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CONVERSATON  IMAGINAIRE

Rome, Chapelle Sixtine, 1481    

 Sandro Botticelli se repose en contemplant, au-dessus de l’autel l’immense croix de bois sculpté qui domine le chœur. C’est une lourde tâche que vient de lui confier le pape Sixte IV, celle de reprendre la décoration du plafond de la chapelle.  Il a Botticelli a alors trente six ans et une belle notoriété mais l’énormité du travail qui l’attend  l’envahit de doute. 

Perdu dans sa méditation, il n’entend pas Léonard de Vinci qui s’approche doucement, les yeux levés vers la fresque que son ami vient de commencer.  Il passe sous les échafaudages, longe la table à tréteaux où sont étalées les multiples esquilles du Châtiment de Core, l’une des trois fresques commandée par le pape Sixte Ier à Botticelli.

 

« Déjà du beau travail, murmure-t-il pour lui-même.

Botticelli se retourne et va vers lui.

« C’est une épreuve de force… Mais je ne veux pas décevoir le saint Père, je dois faire vite et bien.

Ils s’assoient tous les deux sur un banc dans un rayon de soleil poudreux qui s’infiltre par l’un des vitraux.

«Ce plafond en a vu de toutes les couleurs… Tu viens après Le Perugin, et la rumeur veut que Rosselli soit sur les rangs pour prendre ta suite…

« Je sais, je sais. Je ne prétend pas faire œuvre éternelle. J’ai en tête d’autres projets, plus accessibles aux regards !- dit-il d’un ton malicieux – et ils éclatent de rire.

« Ah c’est vrai qu’il faut se tordre le cou pour admirer votre travail !  plaisante Léonard de Vinci - Mais que prépares-tu ?

Botticelli ferme les yeux.

« J’ai rencontré une jeune fille si belle, si lumineuse, si pure, que je veux en faire le portrait.

Léonard de Vinci le prend par l’épaule.

« Toi aussi ?  J’ai moi-même l’idée d’un portrait de femme que m’a inspiré une dame de mon entourage.

Ils se regardent un moment en silence. Puis Botticelli se confie :

« Je ne veux pas faire un portrait académique, je veux faire une allégorie… enfin, vois-tu, je veux que cette beauté suggère un mythe, une légende universelle… Mon modèle restera anonyme.

«Tu as là un sujet de travail passionnant !  A quelle allégorie penses-tu pour ton portrait ?

Botticelli hésite un instant.

« J’ai confiance en toi, Léo. Je te confie cela en grand secret.

Puis-je compter sur ta discrétion ?

« Sois certain que je ne trahirai pas ta confiance, Sandro.

« Leo, mon tableau sera celui de la naissance de Vénus, une jeune fille aux cheveux d’or flottant sur la mer dans une conque de cristal.

Leonard de Vinci prend le temps de visualiser, les yeux fermés,  la révélation de son ami.

Puis il se lève :« Magnifique ! Ton idée est magnifique.  Je souhaite que tu en finisses au plus vite  avec  tes trois fresques pour venir admirer la réalisation de ce rêve.

 

Botticelli se lève à son tour  et ils s’étreignent.

« Mais toi, Leo, dis-moi quel est ton modèle idéal ?

 

 

 

CONVERSATON  IMAGINAIRE

Leonard de Vinci sourit :

« Mon portrait à moi ne sera pas une allégorie, mais j’aimerais qu’il reste le symbole universel  du mystère de la femme.

« Comment feras-tu ?

Leonard de Vinci soupire.

« C’est peut-être un pari fou, mais je veux mettre tout le mystère de la femme dans un sourire.

« Un sourire ?

« Oui, un certain sourire, plein de retenue, à peine esquissé, dans un visage lisse, celui d’une femme au maintien faussement sage, une femme qui fera poser la question : est-ce une bourgeoise ? Une courtisane, une princesse ?

« Cette femme, tu la connais donc  ?

« Oui, bien sûr.  Mais je garde son nom secret. Elle sera connue du monde entier par le nom de mon tableau : la Gioconda.""

 

 

 

Ce fut ma rencontre imaginaire entre ces deux prodiges de la Renaissance italienne. 

Revenons maintenant à la réalité pour se rafraîchir la mémoire :

Les  fresques de Botticelli furent recouvertes en 1508 par celles de Michel-Ange avec ses scènes de La Genèse, qui ornent encore aujourd’hui le plafond de la chapelle Sixtine.

Botticelli acheva  La Naissance  de Vénus en 1485 et ce tableau restera son œuvre majeure, conservée au musée des Offices à Florence.

Leonard de Vinci, lui, acheva La Joconde en 1506. et son vœu fut exaucé : le sourire de Mona Lisa reste l’énigmatique symbole du mystère de la femme.

Conservée au musée du Louvre à Paris, la Joconde est l’œuvre d’art la plus visitée au monde. 

 

Botticelli (1445-1510) 

Leonard de Vinci (1452-1519)

Michel Ange  (1475-1564)

 

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LA ROQUE D'ANTHERON 2016

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LA ROQUE D'ANTHERON 2016

 

©oup de coeur : concert du 8 août 2016

 

THARAUD PUREMENT ET SIMPLEMENT

 

Pur et simple, inspiré seulement par la musique de Bach, tel  nous apparaît   Alexandre Tharaud ce soir à la Roque d’Anthéron.

Ce n’est pas la rigueur mathématique de Gould, c’est la juste restitution de la note, claire et nette, comme l’a écrite le compositeur.

 

Les Variations Golberg sont un exercice de haute voltige auquel s’attelent nombre de pianistes confirmés, chacun à sa manière.  Trente  trois morceaux dont le premier et le dernier sont identiques :   un aria pianissimo, langoureux pourrait-on dire s’il ne s’agissait pas d’une œuvre presque sacrée.

Entre les deux, chaque variation allant  de l’adagio à l’allegro nous emmènent tour à tour du calme à la tempête.

Tharaud  garde le cap dans cet océan de caprices, il ne cède à aucune tentation de dérive,  chaque note reçoit sa frappe propre, détachée des autres, pleine de son sens harmonique, sans affect ajouté -  Bach exige  une exécution spartiate.

Tharaud joue comme il respire, sans mouvements d’épaule, hochements de tête, d’effets de poignets.

    Du côté du public c’est le recueillement absolu.  Combien sommes-nous ? Six cents ? Huit cents ?  Une heure et quelques minutes passent dans un silence attentif, sans une minute d’ennui.  Cela tient à la diversité étourdissante de l’œuvre, où l’on retrouve tous les charmes mystérieux  de l’écriture de Jean Sébastien Bach, mais aussi à l’exécution envoûtante de Tharaud qui, les yeux fermés, le visage levé, nous emmène dans sa jubilation intérieure.

 

 

 

 

 

 

 

 

LA ROQUE D'ANTHERON 2016

2ème coup de coeur : Concert du 10 août 2016

 

LUGANSKY,  INTENSEMENT

Point culminant  de La Roque d’Anthéron, le flamboyant NicolaÎ Lugansky a mis ce soir  le feu aux gradins.  Pas seulement parce qu’il est beau comme Bowie, mais par son pouvoir émotionnel sur le public .

 Il aime venir jouer à la Roque d’Anthéron et pour ceux qui l’ont suivi depuis ses débuts Il est chaque année plus convaincant.  Chaque année plus étonnant.

Il parcourt le monde, de concert en concert et ses apparitions sont partout des moments de grâce.

 Il peut tout jouer, il joue tout, de Chopin à Prokofiev, Debussy, Rachmaninov – son maître, son père spirituel.

Il les aime tous, il plonge à la recherche de leur moi profond, il les ressuscite.

Ce soir, il débute par César Frank, malicieusement, l’air de ne pas y toucher, comme pour dire « voyez-vous ce soir j’ai décidé d’être sage », juste agile sur le clavier, sans trop d’impulsions.

Mais la suite nous bouleverse. Les impromptus de Schubert, on les connaît, ce sont des merveilles, bien  sûr, mais nous les entendons ici pour la première fois.

L’émotion est là, le cœur, la douleur de Schubert s’exhale sous les doigts légers de Lugansky, on se demande pourquoi  aujourd’hui  il se passe quelque chose.

Son visage est serein, il se laisse regarder, on ne s’en prive pas… Il se tient droit,  détaché du clavier d’où sort, comme par miracle, la musique la plus volupueuse comme la plus déchaînée.

 

Il a gardé pour la fin Six Moments musicaux de Rachmaninov, pleins de fougue romantique  qui ont soulevé le public d’un élan de reconnaissance frénétique.

Généreux, il nous offre cinq rappels tout aussi intenses.

On peut difficilement rester dans la sobriété lorsqu’on parle de Nicolaï Lugansky…

 

 

D’autres grands interprètes se produiront encore au festival de La Roque d’anthéron, jusqu’au 18 août .

 

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REGARDEZ, MAIS NE TOUCHEZ PAS, de Théophile Gautier, une pièce de Jean-Claude Penchenat

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REGARDEZ, MAIS NE TOUCHEZ PAS, de Théophile Gautier, une pièce de Jean-Claude Penchenat

L'INSTANT THÉÂTRE

La nuit tombe sur cette place qui domine le vieux village de Grilllon que Jean-Claude Penchenat a choisie pour y planter le décor de cette  pièce au titre mystérieux.

 La malvoyante distingue, au fond de la scène, un très haut mur de pierres percé de fenêtres qui donnent sur le vide, sur le ciel qui s’obscurcit lentement.

Le plateau est vide, lui semble-t-il.

Mais  des ombres se glissent sur scène, se mettent en place, la pièce va commencer.

Elle regarde, mais elle ne voit pas.

Elle entend la musique d’ouverture, une zarzuela martiale qui doit donner des ailes aux acteurs, , et le souffleur annonce le début de la « première journée ».

Très vite, on est au cœur de l’intrigue. Cette nuit, dans la forêt, le cheval de la Reine d’Espagne s’est emballé et la Reine aurait fait une chute fatale sans le secours d’un valeureux chevalier qui l’a recueillie dans ses bras.  

Les dames de sa suite racontent et se lamentent, car le sauveur de la Reine risque  la peine de mort, pour crime de lèse majesté : persibbe, à part le Roi, ne doit toucher à la Reine d’Espagne.

 

La malvoyante aimerait voir les échanges de regards sur les visages des actrices, surtout  sur celui de Beatrix de Astorga , qui, émue par cet acte chevaleresque, promet sa main à cet inconnu, disparu dans la nuit, promettant de tout faire pour obtenir sa grace.  Mais qui peut-il être  ?

 

Un peu plus tard,elle ne voit pas non plus  le visage du comte de san Lucar son vieil  ami, qu’elle connaît pourtant si bien, Grand Maître de Cérémonie, impitoyable gardien du protocole, mais elle se régale du dialogue ente lui et son jeune neveu, le bouillant don Melchior de Bovadilla , qui va semer la zizannie à la Cour.

 

La malvoyante oublie qu’elle ne voit pas la même chose que ses voisins.  Derrière elle, les rires la réjouissent, elle mêle son rire  à ceux du public, elle est émue comme les autres.

 

Quand surgit sur le plateau, enveloppé de sa cape, essoufflé, échevelé, galvanisé, le jeune  don Gaspard , «  chevalier de fortune » ,  qui prétend être le sauveur de la Reine, la malvoyante regrette de ne pas voir son œil qu’elle devine de brause, ni ses traits juvéniles. Est-il plus beau que don Melchior ?

Les acteurs, pour elle, sont devenus des voix, des voix dotées d’un corps plus ou moins svelte, plus ou moins gracieux.

 

Avec l’entrée de don Gaspard,  la pièce prend son second souffle.

Plus besoin de 3D pour frémir aux envolées de capes, aux croisement des épées, aux murmures de couloir, pour s’émouvoir d’une méprise dangereuse, d’un quiproquo à la Marivaux.

L’humour est omniprésent, distillé par des acteurs inspirés, portés par leur bonheur de jouer. La troupe est fusionnelle, les talents se conjuguent dans le même professionalisme.

 

Pas besoin de 3D pour découvrir la grâce d’une langue aussi pure que savoureuse, classique  mais tellement actuelle.

C’est une comédie de cape et d’épée comme on les peaufinait au XIXème chez Hugo, Dumas fils ou Rostand.

C’est un régal.

A la fin, sous les premières gouttes d’un orage que Dieu a bien voulu retarder, le public debout manifestait sa joie, indifférent à la pluie.

La malvoyante m’a regardée (sans me voir !) et m’a serrée le bras.

«  Quel bonheur ! j’ai l’impression d’avoir tout vu !..… »

A peine surprise, je lui dis simplement « Claro ! c’est la magie du théâtre ! » 

 

Grand admirateur de Victor Hugo, dont il fut l’ardent défenseur de son « Hernani », Théophile Gautier écrit cette pièce en 1847 sous le titre « Ne touchez pas à la Reine ».

Elle fut créée au théâtre de l’Odeon à Paris en février 1847 et ne fut jouée qu’une fois

 

 

 

 

 

REGARDEZ, MAIS NE TOUCHEZ PAS, de Théophile Gautier, une pièce de Jean-Claude Penchenat

Jean-Claude Penchenat nous l’a  ressuscitée et  après l’avoir créée à Paris  au Lucernaire en 2013, puis au Ranelagh en 2014,  la troupe l’emmena en tournée autour du monde pour quelques 300 représentations.   Ce soir, nous assistions à l’avant-dernière, à Grillon dans le Vaucluse, avant l’ultime adieu au public en Octobre dans le Maine-et-Loire…

Penchenat, œil malicieux, puits de culture, fervent admirateur de Balzac comme Gautier,  est une figure majeure du théâtre populaire.   Co-fondateur du Théâtre du Soleil, il a ensuite touché à tout, comédien de théâtre, acteur de cinéma, metteur en scène accompli, il est aussi bien l’homme du Bal que l’homme du Campagnol et les initiés le vénèrent.

Son grand défaut : la modestie poussée à ‘extrême.  Son nom seul est connu, pas lui.  Ce qui lui donne un attrait supplémentaire lorsqu’on découvre son sourire, sa gentillesse, son charme.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

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LES ANNÉES PUB : LYON S'AFFICHE

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LES ANNÉES PUB : LYON S'AFFICHE

 

C'était hier. A cette époque  les agences fleurissaient  à  Lyon et s’appropriaient de sacrés morceaux de budgets, régionaux et nationaux - dont celui de la Ville de Lyon !

Mais les publicitaires lyonnais ne se prenaient pas au sérieux, c’était avant tout un métier ludique même s’il rapportait gros.

Quand je pense à la manière dont j’ai été embauchée chez RSCG-Ferton-Billière, à cet entretien où je me suis présentée, les mains dans les poches mais pas rassurée quand même, car postuler dans une agence  du clan Séguéla  sur la seule recommandation d’un copain du patron, c’était pas gagné.

De la pub, je ne connaissais que le devant de la caméra de   Jacques Tati et encore, ce n’était pas vraiment un bon souvenir.

Bernard Billière me considérait derrière son bureau,  l’œil froid.  J’avais tout dit, c’est-à-dire pas grand-chose et je pensais qu’il allait me virer gentiment  quand :

« Bon, si je comprends bien, vous savez jouer la comédie, mais à part ça,  qu’et-ce que vous savez faire ?

Perdu pour perdu, j’ai répondu du tac au tac .

« Si vous allumez un cigare, je vous dirai que je sais danser le tango.

Il n’a pas mais il a enchaîné très sérieusement : « Vous allez faire un stage à la  création. Vous êtes plus à l’aise  au dessin ou à l’écriture ? »

«  Euh, à l’écriture…

« Vous commencez demain.

Je n’ai pas signé de papier, je suis arrivée le lendemain et Violaine, la rédactrice, m’a fait une place tout naturellement. Elle m’a enseigné les rudiments du métier et je suis devenue petit à petit conceptrice-rédactrice en titre.   Ca ne se passe plus tout à fait comme ça aujourd’hui. 

Nous avons déménagé de la rue de la République, au cœur de la Presqu’ile, à la rue Sully dans le 6ème arrondissement. Nous quittions le quartier commerçant  pour le quartier chic.

 

Chez RSG-Ferton-Bilière  la journée de travail commençait comme ça :

9h, arrivée de la direction, Bernard Billière et sa compagne Antillia Dufourmantelle dans une voiture discrète, je ne me souviens plus de la marque.

Bernard s’habillait chez Barbour, Antillia chez Madeleine Vergoin, un magasin de mode très select de l’avenue Foch (un nom prédestiné dans la topographie urbaine…).

Antillia était une superbe martiniquaise au port altier et au comportement arrogant, surtout  envers le petit personnel. 

 Elle occupait  le bureau mitoyen du bureau directorial avec les fonctions de directrice de clientèle Elle tutoyait les top models qui posaient pour ses campagnes.  Devernois, Le Chat, Marese étaient ses clients privilégiés.

Son ironie s’exerçait avec jubilation sur les textes de ses annonces qu’elle lisait à haute voix devant la rédactrice mortifiée.

Antillia Dufourmantelle n’était pas l’idole de l’agence.  Les commerciaux la craignaient, mais les créatifs la détestaient ouvertement. Elle trouvai ainsi collé sur la porte de son bureau un panneau affichant son nom : Antillia Dufou ‘mantelle.  C’était la belle écriture de notre DA.

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9h 30 : entrée en trombe de la Toyota du chef de fabrication, Marc Girard,  œil goguenard, moustache et tignasse rousses,éternellement vêtu en broussard.  Réactionnaire par provocation, il adorait  brancher la sono sur des chants nazis, pour écouter les réactions virulentes qui jaillissaient des étages et il se tordait de rire.

Il régnait sur l’étage de la création  en compagnie d’Alain Herry  le chef de studio. Graphistes, maquettistes, tous les auteurs des visuels qui sortiraient de l’Agence, leur obéissaient au doigt et à l’œil.  Nous, les DA et rédactrices, avions un bureau à part.

 

10h : arrivée d’une Cadillac blanche décapotable, intérieur cuir rouge, d’où l’on voyait descendre  une santiag puis  une autre, puis un jean très serré, chemise immaculée, écharpe noire ou blanche selon l’humeur, blouson en jean ou perfecto selon la saison, c’est Michel Trichelieu le  directeur de la Création. Sous lui, il y a les directeurs artistiques (AD)  qui lui soumettent leurs idées géniales.

« Trich »  n’abuse pas de son pouvoir, d’ailleurs il participe à la gestation des campagnes, c’est lui qui a eu l’idée d’engager Serge Gainsbourg pour la marque Bayard, avec l’accroche « Un Bayard, ça vous change un homme, n’est ce pas, monsieur Gainsbourg ? »

Pur produit du star-system prôné par Séguéla, l’affiche a fait un tabac et  Trichelieu enchaîna avec Birkin, un beau doublé pour Trich et pour l'agence.

 

 

LES ANNÉES PUB : LYON S'AFFICHE

Michel Trichelieu était l’âme de l’Agence avec Béatrice  Patrat, la briseuse de coeurs .  Deux stars de la création lyonnaise avec qui j’ai adoré travailler.  

10h30 :  arrivée d’une Jaguar  bleu navy qui se gare dans la dernière place libre de la cour. En descend la conceptrice-rédactrice Barbara Laurent, probablement en Dorothée Bis.

La Jaguar n’était pas forcément au rendez-vous, elle servait aussi à JMO   son compagnon et auteur du piston de la première heure…

La cour ne contenait pas plus de cinq voitures, il fallait laisser une place pour le client éventuel.  Les autres employés venaient à pieds.

Commençait alors une journée travail pleine de rebondissements, ponctuée  de rires ou d’engueulades.

La réunion planning du lundi matin donnait le coup d’envoi. Toute la semaine se construisait là, chacun percevait la notion d’urgence. Tout était toujours en retard.  Les commerciaux déversaient sur les créatifs leurs récriminations et chacun remontait à son étage courbé sous le poids de l’urgence.  Mais  le grand art des artisans de la communication était de ne se mettre à l’ouvrage qu’à la dernière extrémité.

 

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ROMEO ET JULIETTE, de Franco ZEFFIRELLI

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ROMEO  ET  JULIETTE, de Franco ZEFFIRELLI

ZOOM SUR UNE SCENE CULTE

La scène du balcon

C’est plus qu’une scène culte, c’est un monument dédié à l’amour que l’on visite encore, des cars entiers de touristes déversent les fidèles dans cette ruelle tranquille  de Vérone, ils pénètrent dans la petite cour, émus, lèvent la tête vers ce balcon où s’est  échangé le fameux baiser  -  mais…

Non, tout cela est du rêve, il n’y a jamais eu de Romeo ni de Juliette dans cette maison, Shakespeare a tout inventé ! D’ailleurs le balcon du film de Zéffirelli n’a rien à voir avec ce petit balcon que les Véronais ont choisi  d’immortaliser.

La demeure des Capulet est une forteresse et le balcon de Juliette domine une haute muraille de pierres cachée  derrière un bosquet d’arbres touffus.

 

Non, rien n’est vrai dans cette histoire  d’amour.

Mais  ces deux adolescents se sont incarnés dans nos esprits comme des créatures d’un autre siècle. 

Donc  Romeo a bien escaladé ce mur de pierre pour arriver au balcon où Juliette se morfondait d’amour en pensant à lui, et ils se sont rejoints dans un élan passionné.  Elan décuplé par l’interdit, l’urgence, le risque,  grands  stimulateurs du désir.

Olivia Hussey et Leonard Whiting sont évidemment d’une beauté archangélique, surtout elle, et leurs épanchements, aussi tumultueux qu’ils soient, paraissent étonnamment chastes.

Ils se sont rencontrés au sortir de l’enfance dans un bal donné par la Maison Capulet, où s’est introduit Romeo l’indésirable fils des Montaigu.  Leurs regards se sont croisés,  quelques mots échangés  et le premier baiser a suivi   tout de suite, déjà incendiaire.

« Qui est cette merveilleuse ? demande Romeo à une servante.

Qui est ce charmant jeune homme ? demande Juliette à sa nourrice.

Ils apprennent alors que leur amour est interdit.

D’où, cette scène du balcon, dangereuse, affolante.

On entend  la voix de la nourrice appelant Juliette mais Romeo n’arrive pas à se décider. Plusieurs fois ils se séparent, pour se ruer à nouveau l’un vers l’autre.

Ils ne savent pas encore que leurs jours sont comptés.

Demain, sur la place de Vérone, les Capulet et les Montaigu vont s’affronter, comme n’importe quelle bande de jeunes, comme dansWestside story, mais avec une haine ancestrale qui va les pousser au crime.

ROMEO  ET  JULIETTE, de Franco ZEFFIRELLI

Zeffirelli a choisi ses acteurs principaux parmi les plus beaux specimens du théâtre anglais.  Mercutio (John McEnery)  l’ami de Romeo, Tybald (Michael York), le cousin de Juliette, un Capulet pur et dur. Ils ont tous l’épée au côté et dégainent à la moindre bravade.   Ca commence avec quelques plaisanteries, provocations qui virent vite à l’affront, et Mercutio est la première victime, sous les coups de Tybald.  Fou de rage Romeo va le venger pour son malheur.

Cette scène est magnifiquement filmée, haletante. C’est le point culminant du film.

La belle histoire bascule alors dans l’horreur.

Les larmes effacent les baisers. Les deux amants deviennent ennemis malgré eux.

Tout le monde connaît cette histoire, bien sûr.

Jusqu’à la fin cruelle, stupide malentendu, le grain de sable qui enraye le stratagème salvateur. L’intrigue est celle d’un polar, avec sa chûte fatale.

ROMEO  ET  JULIETTE, de Franco ZEFFIRELLI

 

UN FILM SUBLIME

Sorti en 1968, c'est l’un des meilleurs films de Franco Zeffirelli, et son plus grand succès.

Tourné en Italie et en décors naturels à Vérone, dont le réalisateur a fait reconstruire la place principale où se déroule le combat, les décors  sont d’une telle opulence qu’on lui a reproché de minimiser le texte… Quelle erreur !  Une si belle langue  ne pouvait être mieux servie que par des images grandioses.

Et l’on retrouve dans les dialogues certains accents shakespeariens au lyrisme  suranné mais tellement  émouvant.

Et la musique ?  On pourrait s’attendre à Monteverdi, mais c’est Nino Rota qui plonge le film dans une atmosphère intemporelle.

 

ZEFFIRELLI, L’ORPHELIN

Enfant de l’amour, peut-être,  le petit Franco fut confié à l’Assistance par sa mère sous le nom de Zeffiretti, un aria de Mozart qu’elle chérissait.

Mais  par une erreur de calligraphie, son nom devint Zeffirelli pour la vie.  Comme toujours, son destin est marqué par des rencontres décisives, celle d’une Anglaise vivant à Florence qui l’adopte, l’instruit et lui inculque l’amour de Shakespeare. 

Ensuite, c’est Luchino Visconti qui l’engage comme assistant et lui communique son goût du raffinement dans des images somptueuses en toiles de fond de tous ses films.  Zeffirelli devient son  disciple,  ils ont les mêmes goûts, ils s’aiment.

Mais… les histoires d’amour finissent mal, en général et  la jalousie s’installe lorsque Zeffirelli s’affirme comme un rival dangereux.    C’est la fin d’une relation  castratrice.

C’est dabord l’opéra qui l’attire puis irrésistiblement,  Shakespeare.    Il monte La Mégère apprivoisée avec Elisabeth Taylor et Richard Burton – gros succès, (qui s’en souvient encore ?

Et puis, en 1968, ce Romeo et Juliette d’anthologie qui lui vaudra deux Oscars.  Il a alors 45 ans.

Sur la demande du pape Paul Vi, il tourne une vie de Jésus, Jésus de Nazareth,  pour la télévision.  Dix ans plus tard il s’oppose violemment à Martin Scorsese qui sort La Dernière Tentation du Christ … Deux artistes italiens, deux visions différentes  de la Foi chrétienne.

 

Son dernier film, Callas forever, avec Fanny Ardant, beau succès pour l’actrice, était sans doute un rappel émouvant pour lui qui avait dirigé la diva dans un opéra à la Scala de Milan…  C’était en 2002.

. Et puis plus rien.  Mais le temps a passé, il a aujourd’hui 93 ans.

 

 

 

 

La scène du balcon est sur YouTube, et le film, incontournable, dans toutes les FNAC ;

 

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LES ANNÉES PUB : JACQUES SEGUELA ET LE STAR-SYSTEM

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LES ANNÉES PUB : JACQUES SEGUELA ET LE STAR-SYSTEM

 

PETIT LEVER DE RIDEAU SUR LE ROI DES ANNÉES PUB

Il a aujourd’hui 80 ans – est-ce possible ?   Il a l’âge de ses campagnes, qui affichent encore une insolente jeunesse.

 Il fonde l’Agence RSCG (Roux-Seguéla-Cayzac et Goudard) en 1970.

Pour moi, avec Bleustein-Blanchet, c’est la figure emblématique des années pub.    Il faut dire que je l’ai bien connu, j’ai travaillé pour lui,          nous étions quelques-uns à le prendre pour un nouveau Copernic.

Je regarde sa photo de maintenant, tout rabougri.  A-t-il gardé cette pêche qui a traversé le monde de la communication   pendant une décennie  ?

Pourquoi ne parle-t-on plus jamais de lui dans les médias ?

Mais n’a-t-il pas raison de se retirer en beauté au lieu de continuer à émettre des messages que l’on jugerait ringards  ?  Il n’est plus dans l’air du temps.

Pourrait-on aujourd’hui faire du  bonheur l’idée-force d’une campagne ?   Celle du Club Med, dans un spot réalisé par Patrice Leconte, nous fait aujourd’hui rêver mais aucune agence de com ne pourrait la revendiquer !

 

LES ANNÉES PUB : JACQUES SEGUELA ET LE STAR-SYSTEM

 

La Com a chassé la Pub, elle a mis Séguéla au placard.

Et pourtant, lorsqu’on revoit ses campagnes, on rêve devant  leur efficacité.   Bon, vous allez me dire, montrer des fesses pour donner envie d’aller au Club Med, c’est un peu facile !

Oui, mais quelles fesses ! Et quelle classe !  Culottée, mais pas vulgaire.  

 

Séguéla adorait les  stars.  L’idée force de sa stratégie publicitaire était Le Star-System.

Mais Séguéla était  lui-même une star.   A l’époque, on le voyait partout. Oh, il n’était pas beau, non !   Il attirait les foules par  ce je ne sais quoi qu’on appelle le charisme.

Il  donnait l’impression d’avoir l’intelligence communicative. Il s’arrangeait pour que son interlocuteur le plus primaire se sente intelligent.

Lorsqu’il venait visiter son agence de Lyon, tous les publicitaires de la ville se pressaient pour l’écouter, le questionner, sous le charme.

Mon tout nouveau compagnon qui s’occupait de la revue Lyon Poche, magazine de loisirs lyonnais, avait déjeûné avec lui et disait à qui voulait l’entendre que si Séguéla lui avait demandé de tout quitter pour le suivre dans la publicité, il l’aurait suivi. C’est le danger des hommes charismatiques, ajoutait-il.

Et puis surtout, il aimait rire.  L’humour débordait de ses créations et donnait envie d’y adhérer illico.   La joie est le premier ingrédient de la réussite, personne n’a envie d’acheter un produit qui donne envie de pleurer.  Un exemple de cet humour complètement déjanté, sa campagne pour la Citroën CX GTI, l’une de ses marques fétiches

LES ANNÉES PUB : JACQUES SEGUELA ET LE STAR-SYSTEM

Encore un coup de Jean-Paul Goude qui photographiait  souvent Grace Jones en état d’hyper activité.

 

En 1979 il publie :  « Ne dites pas à ma mère que je suis dans la publicité… elle me croit pianiste dans un bordel. »

Le livre était sur les bureaux de tous les membres de l’Agence, dédicacé par l’auteur.   Je me suis empressée de l’acheter, mais jamais je n’ai  trouvé un moment propice pour le lui faire signer.

J’avoue qu’en le relisant aujourd’hui, je lui trouve beaucoup moins de saveur qu’à l’époque.   Tout en voulant faire un portrait satirique de la pub, il se met en scène avec complaisance dans un style de potache.

(Je me suis beaucoup plus régalée avec le « 99 francs » de Frédéric B eigbeder écrit vingt ans plus tard)

A chaque époque ses porte-drapeaux !   Séguéla n’est plus à la mode ?

Traitons-le comme Michael Jackson : le roi de la pub vaut bien  le roi de la pop.

 

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LES ANNÉES PUB; C'ÉTAIT FOU !

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LES ANNÉES PUB; C'ÉTAIT FOU !

Fou comme Perrier, l’une des marques  emblématiques de ces années-là,  celle qui a osé les campagnes les plus insolentes, les plus drôles aussi.  Et d’abord, en 1970, ce slogan impérissable : PERRIER C’EST FOU !

 Lancé  par Jean Davray, le publicitaire  de la marque qui n’avait pas froid aux yeux, ce slogan magique a ouvert la route à toute une génération de créatifs galvanisés par le succès de ce nouveau genre de discours. Cela a donné des campagnes choc, libérées de tous les tabous.  Et les clients  suivaient !

Nous avons vu des pubs insensées, en forme de BD, de contes de fées, de science-fiction,  de comédies musicales,  on allait au cinéma pour voir la Pub !  Les magazines doublaient de volume, boostés par la pub !

C’était une époque où les annonceurs ne se souciaient pas encore de marketing, tout ce qu’ils voulaient c’était que leur marque ait du panache et crève les écrans.

C’est d’ailleurs ce que leur ont reproché leurs héritiers : ils valorisaient la marque mais ne faisaient pas vendre les produits.

La Com a chassé la Pub pour reprendre les rènes de la Rentabilité.

Dommage pour le spectateur.  Le consommateur, lui, s’y retrouve-t-il ?

Faut  voir…

N’empêche, nous nous souvenons tous de Perrier et de ses campagnes mythiques, comme LE LION où La Belle fauche la bouteille au nez de la Bête  en rugissant aussi fort qu’elle , ou La Tour Eiffel qui se penche tendrement vers le goulot pour boire un coup.

Il y avait une vraie surenchère dans l’humour, les agences s’arrachaient les talents créatifs comme les clubs s’arrachent les joueurs fétiches.

Souvenez-vous :  « Ajax vitres ? Quelles vitres ? » ou « Il y a moins bien mais c’est plus cher », ou «C’est doux, c’est neuf ? » ou bien sûr : « Just do it ! »  ou encore « What else ? »

A vous d’en rajouter, il y en a plein d’autres… Quand on se met à les revoir, on regrette cette époque d’insouciance.

Mais celle qui dame le pion à toutes les autres, c’est encore Perrier qui l’a trouvée, c’est toujours fou fou fou, et ce sera la scène du jour.

 

La photo que vous allez voir n'est que vaguement évocatrice de l'esprit pervers de son concepteur et réalisateur, en l'occurrence Serge Gainsbourg.  Mais vous devez avoir un peu d'imagination !

Heureusement il y a YouTube (cela ne vous rappelle pas un slogan célèbre de ses années là, justement ?)

 

 

 

 

 

LA SCENE DU JOUR

PERRIER C'EST FOU !

Campagne "La main".

 

 

 

 

 

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LES ANNÉES PUB; C'ÉTAIT FOU !

 

Dommage, vous ne voyez là que le début. Je vous raconte :

 

Cette main fine et élégante va commencer à caresser la bouteille, légèrement, en prenant son temps, de bas en haut, pendant qu’une voix de soprano module une mélodie langoureuse.

Nous voyons la bouteille grossir, (mais oui !) frémir, tandis que la main continue  son manège, toujours lentement, toujours légèrement… jusqu’à ce que le bouchon se dévisse peu à peu, libérant tout d’un coup un jaillissement de liquide pétillant, joyeux, plein d’une énergie virile longtemps contenue.

C’est une très belle image, filmée par… Serge Gainsbourg.  Un sujet de choix pour ce grand libertin.   Mais qui d’autre eût pu réaliser une telle pub sans tomber dans la vulgarité ?

Le film est délicat, élégant, esthétique, magnifique.

Pourtant,il fut censuré dès sa diffusion à la télévision en 1976, et interdit dans tous les autres medias.  Certains téléspectateurs avaient violemment réagi contre le message sexuel qu’il contenait « à une heure de grande écoute, c’est inadmissible, les enfants regardent la télé !… »

 

Et bien, ces enfants, s’ils ont perçu le message sexuel, c’est qu’ils ont l’esprit bien mal tourné !

 

Je vous reparlerai des années Pub.   En attendant, allez sur YouTube pour voir LA MAIN dans son intégralité.  Tapez <<<Perrier c’est fou LA MAIN>>>

 

Miss Comédie

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PULP FICTION de Quentin Tarentino, la scène du concours de twist

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PULP FICTION de Quentin Tarentino, la scène du concours de twist

 

Isolée du film, cette scène est réjouissante, drôle, sans danger pour les moins de douze ans.

Ce n’est pas le cas du film. Tout Tarentino est déjà là,  c’est un réalisateur dont on reconnaît tout de suite le style.  La violence, d’abord, c’est son dada. Mais il la filme de façon emblématique, ce qui la rend à peu près supportable pour les âmes sensibles.

Ce n’est pas la violence de Scorsese, qui fait frémir d’horreur.  On reste dans le domaine de l’esthétique.  

 Plus tard, dans Kill Bill 1 et 2  on assiste à une marée d’hémoglobine qui finit par amuser tant cette violence est caricaturale.

On n’en est pas là dans Pulp Fiction.   Les dialogues sont très chiadés, c’est du Michel Audiard à l’américaine, c’est vulgaire et incisif.  Travolta est là pour donner de l’humour et de la distance à son personnage de truand. Quant à Uma Turman, elle est d’une beauté violente, renversante.

Les autres, Bruce Willis compris, sont de simples gangsters.

 

Pulp Fiction est devenu un film culte.

 

Sorti en 1994, deux ans après Reservoir Dogs, c’est le deuxième film de Tarentino et il lui apporte son statut de star.

Il faut croire que le monde du cinéma comme le public n’attendaient que lui pour les bousculer dans leur fauteuil.  

Pulp Fiction a eu un succès phénoménal.

Palme d’Or au Festival de Cannes, Oscar du meilleur scénario, et catalogué comme l’un des meilleurs films de gangsters du cinéma américain.

Comme dans  Reservoir Dogs, le scénario se déroule  en plusieurs épisodes non reliés entre eux mais où l’on retrouve les mêmes personnages.

Toujours  des gangsters, inspirés  par des modèles du genre dans ses films préférés :  aussi bien  Le Bon, la Brute et le Truand, que Taxi Driver ou La Grande Evasion.  Ses gangsters à lui ont de la culture, ils causent beaucoup et connaissent leurs classiques, citations à l'appui...

 

 

 

 

PULP FICTION de Quentin Tarentino, la scène du concours de twist

ZOOM SUR UNE SCENE CULTE

LLe concours de twist

Nous sommes dans un restaurant de Los Angeles, style années cinquante. Vincent (Travolta) accompagne Mia (Uma Thurman) que lui a confié son époux, le truand Wallace, et ils dinent tranquillement.

Au cours de la soirée  est organisé un concours de twist pour lequel on demande des volontaires.  Mia lève la main, elle veut participer malgré la désapprobation de Vincent.

Il la suit néammoins  sur la piste, les organisateurs les présentent au public, et la musique commence.

On est attentif, on sent qu’il va se passer quelque chose.

En fait, il ne se passera rien, que le spectacle fascinant de ces deux acteurs concentrés sur les figures improvisées de leur danse, donnant au twist, la danse la plus niaise qui soit, une fantaisie hyper sexy.

Elle est ravissante dans un chemisier blanc sur un pantalon noir, chaussée  de ballerines, face à Vincent un peu gauche, qui a quitté ses pompes pour danser en chaussettes.

Elle se dandine un peu pour s’échauffer, puis prend le rythme et se donne à fond, tandis que lui cherche  ses marques et ne fait encore qu’imiter la gestuelle de Mia.  Il est inénarrable.

Le morceau, « You can never tell » de Chuck Berry, est

un sommet de dancing music, il réveillerait un mort.

Il faut absolument voir la video de cette scène, car ma photo est loin de suggérer le dixième de la  folie  de la scène.

Elle est visiblement en transes, ignorant son partenaire qui se met progressivement dans le rythme, ils sont chacun dans leur bulle, même si Vincent garde un œil sur Mia pour imiter ses mouvements, ce qui donne parfois l’impression d’un numéro bien répété.

La caméra va et vient sur eux, cadrant chaque visage avec son expression : elle, absente, habitée, lui tendu, appliqué, puis descendant jusqu’à leurs pieds qui glissent en saccade dans le swing du twist, sans jamais décoller du sol.

Ils vont remporter le concours, bien sûr.  Nous les retrouverons dans l’appartement de Mia pour une scène aux antipodes de celle-ci, une horreur à la Tarentino.

 

Le concours de twist est sur youtube en tapant « Pulp Fiction – dancing scene ». Repulpez-vous

 

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LA MER d'Edward Bond à la Comédie Française

Publié le par Miss Comédie

LA MER d'Edward Bond à la Comédie Française

 

Le rideau à peine levé, nous sommes saisis d’effroi.

Un violent coup de tonnerre déchire nos tympans, suivi du vacarme d’une mer déchaînée que nous devinons dans l’obscurité zébrée d’éclairs aveuglants.

Les spectateurs des premiers rangs sont durement touchés.    Soudain des cris  s’élèvent dans la tempête, les hurlements d’un homme appelant à l’aide.  Sur la plage, une ombre passe, portant une lanterne. L’homme répond aux appels par des injures.

L’appel se répète, longues plaintes diminuant d’intensité pour se perdre dans le bruit des vagues. Puis c’est  le silence.

L’homme à la lanterne est rentré dans sa cahute, c’est le garde-côte, on se demande pourquoi ce refus d’assistance.

Le rideau retombe.

Nous sommes tétanisés.  La pièce promet d’être shakespearienne (la tempête…)

 

Mais le rideau se lève à nouveau sur une scène digne du Bourgeois Gentilhomme.  Un marchand de tissus volubile s’évertue à vendre ses coupons à une madame Ratti réticente, exigeante, tonitruante (Cécile Brune, épatante) qui n’en voudra pas.

Cela va durer encore dix minutes où nous entendons ce drapier égrener des récriminations  belliqueuses  contre les méfaits des extra-terrestre sur les océans, selon lui à l’origine de tous les naufrages, puis il diverge  sur les difficultés de vivre de son métier.

Sortie impatientée  de madame Ratti.  Rideau.

Surpris, le public est encore dans l’attente d’une montée du suspense.

Mais  la  pièce ne sera  qu’une succession de tableaux alternant l’humour  et le drame, retraçant  l’histoire très banale d’un village vivant au rythme monotone des vagues de la mer du Nord, pour qui ce naufrage est un événement fauteur de troubles.

Je ne suis pas un critique mais une spectatrice naïve qui ne demande qu’à s’émerveiller.  

Mais après ces premières dix minutes étourdissantes, et bien… voilà. On peut appeler cela un pétard mouillé.

 

Les comédiens Français sont à la hauteur de leur réputation. Ils se donnent à fond, ils sont formidables, on reconnaît le style de la Maison à la diction impeccable, à la vérité du jeu où tous les effets sont parfaitement maîtrisés.  Ils sont à la fois détachés et habités, ils ne jouent pas un personnage, ils incarnent le personnage.  Pas seulement les têtes d’affiche, mais jusqu’aux plus petits rôles, ils sont formatés « Comédien Français ».

 

Or, dans LA MER, nous avons vu de la fougue, de l’humour, de la cruauté, de la lâcheté, du chagrin, de l’amour, tout cela parfaitement fidèle au texte d’Edward Bond.

Alors pourquoi rien ne s’est-il passé  dans nos rangs ?

L’émotion n’a pas passé la rampe.   

Cette histoire nous a  laissés  complètement indifférents.

Cela s’est senti à la politesse des saluts, au petit nombre de rappels.

On dit parfois que « les acteurs ont sauvé la pièce ».  Mais on ajoute aussi qu’il « faut leur donner quelque chose à manger », très vulgairement.   Ici  les acteurs, comme Alain Françon le metteur en scène, ont fait un travail magnifique.  Ont-ils sauvé la pièce ?  Les avis divergeront peut-être.

 

Le théâtre est un univers énigmatique.  Chaque représentation est porteuse d’ondes positives ou négatives qui vont de la scène à la salle sans rime ni raison.   Un vrai mystère   transcendental, dirait  Salvador Dali. 

 

C’est à la Comédie Française, salle Richelieu, jusqu’au 15 juin.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

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LA PHOTO MYSTÈRE DE MAI

Publié le par Miss Comédie

LA PHOTO MYSTÈRE DE MAI

LA PHOTO MYSTÈRE DE MAI

Elle a joué dans « Nelly et monsieur Arnaud » de Sautet, il n'y a pas si longtemps.

Ici, elle joue le rôle principal dans un film de 1963, tourné par un

réalisateur-romancier sulfureux mort en 2008.

Qui est cette actrice ?  Et de quel film s’agit il ?

Réponse au mois de juin.

 

)Pour la photo mystère du mois d’avril, il s’agissait de Ava Gardner et Humphrey Bogart  dans « La Comtesse aux pieds nus », film réalisé par Joseph Mankievicz en 1954.

Vous avez tous reconnu les acteurs, mais seuls quelques-uns ont cité le titre du film et le nom du réalisateur.  Google n’est pas l’ami de tout le monde semble-t-il ?

 

A bientôt !

Miss Comédie

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CYRANO DE BERGERAC, le film

Publié le par Miss Comédie

CYRANO DE BERGERAC, le film

Non, ce n’est pas celui de Podalydes, pas celui de Claude Barma surtout pas celui de Pitoizet, mais celui de Rappeneau, avec son Depardieu inégalable.

 Ah, c’est un rôle difficile, Cyrano, tout en contradictions, il faut posséder tous les emplois  à la fois :  comique, tragédien, valet, jeune premier. Mais il faut avoir des bleus à l’âme et des balafres au cœur, savoir manier l’épée aussi bien que la plume. . Il faut avoir du sang de mousquetaire dans les veines. (Brave et voyou à la fois).

On ne peut pas composer le rôle de Cyrano.

 

Et dans quelle langue !  Les alexandrins non plus, ne supportent pas la mécanique.

Monter Cyrano de Bergerac au cinéma en 1990 dans le contexte historique est un vrai  défi.  L’entreprise est téméraire.  Le travail sur le texte est complexe, Jean-Claude Carrière  doit  ramener la durée du film à deux heures et demie, la pièce de Rostand en comptait quatre…

Pari réussi sur toute la ligne, un casting éblouissant, décors et costumes «césarosés »,  il croûle sous les récompenses.

Gérard Depardieu est couronné meilleur acteur de sa génération, avec Cyrano il porte à l’apothéose son talent protéiforme.

Le film, qui a reçu le César du meilleur film,  est un régal pour les yeux, tourné dans des décors naturels ou des lieux historiques et les images de  Pierre Lhomme sont magnifiques.

 Quant à,Cyrano, il  prend souvent l’aspect d’un gnome hieux, chauve, affublé d’un nez monstrueux qui le défigure  – cela n’enlève rien à leur talent, mais…  Depardieu, lui, porte son nez si fièrement qu’on arrive à l’oublier pour ne voir que son regard enflammé et sa chevelure héroïque.

La tirade du nez est une scène d’anthologie, c’est celle que j’ai choisie aujourd’hui.  Mais la scène finale du film ; la mort de Cyrano, est un monument d’émotion.   Les alexandrins ont rarement tiré des larmes dans le répertoire classique. Ici, on sanglote.

 

 

CYRANO DE BERGERAC, le film

ZOOM SIR MA SC!NE CULTE

La tirade du nez

Nous sommes au théâtre, on attend que Cyrano se produise sur scène mais il refuse tant que sa bête noire Montfleury s’y trouve. Il vient de l’apostropher vertement, d’ailleurs, et s’attire les foudres du public.

Dans le brouhaha, on le chahute, quelqu’un l’énerve en lui reprochant de faire scandale. Cyrano se retourne contre lui : « Et dites moi pourquoi vous regardez mon nez ? »   Il voit rouge, s’emporte, tandis que la foule commence à se lasser.

 Le vicomte de Valvert prend l’initiative de la révolte  : « Il commence à nous fatiguer. Je vais lui lancer un de ces traits ! » et voilà le jeune coq qui s’avance vers Cyrano : « Vous ! Vous avez un nez… (Cyrano l’attend de pied ferme)… très … grand ! »

Le HA ! »   de Cyrano n’augure rien de bon.

« C’est tout ?

« Oui.

Valvert n’en mène pas large. Sa boutade, au lieu de le calmer, attise le feu.  Cyrano affûte sa riposte.

« Ah non !  C’est un peu court, jeune homme !

Valvert tourne les talons mais Cyrano le poursuit, lançant ses banderilles.  Chacun de ses traits sera porté face à son jeune écervelé qui n’arrive pas à s’y soustraire (excellent Philippe Volter dans ce rôle ingrat).  

Et c’est parti.

 Les alexandrins s’envolent, les images sont hilarantes, poétiques, truculentes, naïves, tendres, insolentes, où diable Rostand est-il allé puiser ces définitions géniales d’un nez surdimensionné ?.

 

 

 Rappeneau a filmé cette scène comme  un grand mouvement d’ensemble, dans le rythme même de la tirade, chaque trait trouvant son écho dans les rires ou les protestations de la foule, Cyrano donnant le ton, ouvrant la marche toute en élans ponctués par le face à face avec Valvert.

Dans cette scène, on reste confondu par cette somme de talents : Rostand d’abord, Rappeneau ensuite, et Depardieu, tudieu.  Et tous les autres, bien sûr, et ils sont nombreux !

 

 

 

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LA PHOTO MYSTÈRE D'AVRIL

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LA PHOTO MYSTÈRE D'AVRIL

Vous reconnaissez certainement ces deux acteurs.  Mais la photo a été prise dans quel film ?

Ce n'est pas un poisson d'avril et vous trouverez la réponse le mois prochain, joli mois de mai.

 

LA PHOTO MYSTÈRE D'AVRIL

REPONSE DE LA PHOTO MYSTÈRE DE MARS

Vous avez été nombreux à deviner qu’il s’agissait de François Truffaut, moins nombreux à citer LA NUIT AMÉRICAINE, encore moins nombreux à identifier Jean-François Stévenin et Nathalie Baye…,En regardant bien, on aperçoit aussi Jacqueline Bisset, la toute belle, et Jean-Pierre Léaud……

u mois  prochain  pour une nouvelle photo-mystère !

 

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BOHRINGER, LE RETOUR

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BOHRINGER, LE RETOUR

L'INSTANT THÉÂTRE

TRAINE PAS TROP SOUS LA PLUIE

 

Au théâtre de l’Atelier, j’ai vu hier soir Richard Bohringer ressuscité.  Un autre Bohringer… Mais qu’a-t-il de changé ? 

 

On le sait, le sale gosse a reçu une grosse baffe qui l’a mis par terre. Mais il s’est relevé en disant « même pas mal ! ».  C’est tout lui, cette hargne.

N’empêche que ça lui a fait mal. Très très mal.

Aujourd’hui, il raconte.

La performance vaut le détour.  Un comédien de cinéma,  mais aussi de théâtre, très très connu, qui vient, seul sur scène dans une absence de décor qui le montre tel qu’il est.  Il ne bombe pas le torse, il ne redresse pas les épaules, il ne cache pas qu’il a encaissé sévère.  Mais ce soir  il est là, il tourne en rond, il ne tient pas en place.

Il dit « pourquoi je suis là ?  Pour recommencer à vivre. »

 

  Il fallait un  texte, il se l’est écrit tout seul, il ne savait pas au juste ce qu’il voulait dire, il voulait simplement montrer qu’il était vivant, qu’il avait des souvenirs, qu’il se rappelait parfaitement certains épisodes de sa vie.

 Ecrire, il l’a déjà fait,  et avec quel talent !  Mais là… c’était comme  se mettre à nu.

Là, ses mots balancés comme ça, murmurés souvent, à peine audibles, comme s’il s’en voulait de se dévoiler ainsi, ses mots sont magnifiques.

Poète, il l’est sans artifice, sans recherche, sans chichis, le poète de la rue, de la ville si belle la nuit, pas un poète de salon.  Mais son art  est difficile car il évite les pièges de la vulgarité, du facile, du lieu commun.

Dans ces histoires qu’il raconte, à bâtons rompus, il y a  ses personnages favoris, pris sur le vif.  Sa grand-mère, sa fille, son chat, un boxeur, un acteur  disparu,  et ses anecdotes sont tantôt burlesques, tantôt déchirantes.

 

Parfois, il s’adresse à nous, le public, il ne peut pas s’empêcher de franchir la ligne de fuite du comédien, cette barrière qui le sépare des spectateurs, il la refuse, il est avec nous, tout le temps.

Il nous demande  par quel miracle nous sommes  là, car l’inquiétude plane sur la ville, pourquoi nous sommes  là ?

De  la salle une voix de femme lui a répondu : « parce qu’on vous aime ! »

Surpris, il n’a  pas trouvé la réplique, il lui a envoyé un baiser.

 

C’est vrai, il est attachant, le sale gosse. Encore plus qu’avant l’Absence, une aussi longue absence, si longue et si douloureuse qu’il n’a pu s’empêcher de nous la faire partager, dernier épisode de son monologue.  Des instants si longs et si durs à revivre qu’il nous les jette en pâture avec des mots qu’il a du mal à articuler.

Mais voilà, il est là pour les dire.  De sa voix « éraillée par l’alcool, le tabac… et le chagrin », phrase qu’il a relevée dans une critique et qui le fait doucement rigoler.

 

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C’est au théâtre de l’Atelier  à 19h  à partir du 8 mars pour 30 représentations exceptionnelles.

 

 

 

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LE GUÉPARD de Luchino Visconti

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LE GUÉPARD de Luchino Visconti

Cette scène a un sens caché. Ce n’est pas seulement un couple mythique qui danse dans un décor de conte de fées.

Pour mieux la comprendre, situons-là dans le contexte du film et de l’époque où il a été tourné.

Visconti, comte de Lonate Pozzolo, avait l’âme et les goûts aristocratiques de son illustre famille.

Après avoir donné dans la mouvance gauchiste des intellectuels de son époque, avec des films poétiquement dédiés au peuple et à ses misères, il fait une reconversion vers ses origines avec ce film, Le Guépard, où il raconte l’union forcée entre l’aristocratie milanaise  désargentée et la nouvelle bourgeoisie affairiste qui s’impose alors. 

Un sujet qu’il traite avec une évidente nostalgie.

« Le Guépard ». Pourquoi ce titre ?

Dans le roman de Giuseppe Tomasi d’où est tiré le film, l’auteur décrit la  fin d’un monde « de lions et de guépards remplacé par un monde de chacals et de hyènes ».

 

Le prince Fabrizzio est le guépard.  A travers son personnage, Visconti nous donne sa vision d’un monde qui s’achemine vers la décadence. C’est  le pouvoir de l’argent contre celui de la tradition.

Il faut pactiser – et le prince pactisera, à contre-cœur mais avec élégance, comme le montre de façon éblouissante la scène du bal, la dernière demie-heure du film.

 

 

Le Guépard fut le plus grand succès de Visconti – un tournant dans sa carrière. 

Il reçut la Palme d’Or au Festival de Cannes 1963.

 Alberto Moravia s’exclame « C’est le film de Visconti le plus pur, le plus équilibré et le plus exact. »

Il aurait pu ajouter : et le plus convaincant.  Car comment ne pas être dans le camp du  prince Fabrizio Corbera di Salina ?  Sa beauté sur le déclin, son charisme, la pureté de ses convictions   prennent vie en la personne d’un Burt Lancaster sublime.

Quant à Alain Delon, son neveu dans le film, qui trahit son oncle et protecteur en se rangeant dans le camp garibaldien, il est à tomber.  

On avait oublié à quel point sa beauté était à multiples facettes, dévastatrice, redoutable. On rêve : Alain Delon, que l’on croyait indestructible, a aujourd’hui quatre-vingts ans.  Comment y croire ?

On accepte plus facilement le déclin de Claudia Cardinale. Pourquoi ?

 

 

LE GUÉPARD de Luchino Visconti

ZOOM SUR UNE SCÈNE CULTE

La scène du bal.

 

Dans cette scène sont réunis tous les protagonistes de  cette société hétéroclite :  aristocrates et bourgeois vont danser sur la même piste, sur la même musique.

On aperçoit  entre autres Paolo Stoppa qui joue le nouveau maire du village de Sicile où se trouve la résidence d’été du prince Fabrizio. 

Il  représente le nouveau pouvoir du peuple.  Il est aussi le père de la belle Angelica, jouée par Claudia Cardinale, un nouveau riche arrogant qui vient d’accorder la main de sa fille au bel aristo  Tancrède Falconeri.  (C’est presque du Molière, le bourgeois gentilhomme est intemporel !)

 

Tout autour de la piste de danse se pressent, entre battements d’éventails et  commentaires aigres-doux, nobles et bourgeois dans une nouvelle fraternité.

Lorsque le prince s’avance vers le jeune couple Angelica-Tancrède et s’incline devant la jeune fille pour l’inviter à cette première valse, chacun comprend que c’est le signe d’une ère nouvelle pour la Sicile – et l’Italie toute entière. 

Le visage de Tancrède  est impénétrable. Sa fine moustache frémit mais l’accord est donné tacitement.  Il ne les quittera pas du regard durant tout le temps de leur danse.

Les premiers accords de la valse de Nino Rota résonnent, et le couple magique, face à face, après un balancement très court,  ( j’adore ce balancement, comme une hésitation, ou une certitude, un avant-goût du plaisir), s’élance sur la piste.

D’autres couples de danseurs  les entourent, les regards furtifs se croisent.

Ils tournent, leurs pas s’accordent avec élégance, la valse les entraîne dans sa mélodie, ils ont l’air heureux  mais ne se parlent pas pendant de longues minutes. 

Gros plan sur Tancrède, qui les fixe toujours d’un œil vaguement inquiet.

 Il faut dire que le prince, malgré son âge, est un sacré rival  pour le jeune homme,  il se dégage de  sa personne un charme dévastateur.

 

Angelica rompt le silence.  Elle  dit qu’elle est heureuse et fière d’être là, elle le remercie car elle lui doit tout, et surtout elle lui doit Tancrède…

Il lui répond que non, « vous devez tout à vous-même », belle phrase socratienne qu’il prolonge par un compliment énorme :

« Belle comme vous êtes…vous pourriez avoir tous les hommes.

Bref, ils se draguent innocemment.

Tout autour, les danseurs peu à peu ont déserté la piste et leur couple évolue  seul, comme suspendu dans l’espace quand la valse s’achève.

 

De retour auprès de Tancrède, ils échangent encore quelques courtoisies tandis que Claudia pose tendrement sa tête sur l’épaule de son fiancé.  Une manière de se faire pardonner… quoi, au juste ?

Tout a été dit dans cette scène, le mélange des genres, le mariage  arrangé,  le cynisme d’un neveu pourtant chéri, l’attrait sexuel à peine ébauché, la jalousie, l’amertume, tout cela dans  un décor fastueux qui évoque les derniers vestiges d’une époque révolue.

¨Plus qu’une scène culte, c’est  un symbole.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

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