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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 15:29
LA NOUVELLE DU JOUR

BONNE ANNEE 2017 !

Ily a de l’espoir: les quatre chiffres de 2017 additionnés donnent le chiffre 1. Le premier, le départ, le renouveau. Notre monde part vers une nouvelle ère. Cela n’est pas forcément réjouissant. Depuis quelque temps nous assistons avec nostalgie à l’écroulement des bastions rassurants qui jalonnaient notre vie quotidienne. Bizarrement, ils se transforment tous en interdits.

Les engins du digital s’installent et prennent le pouvoir.

Les vieilles dames ne savent plus comment déclarer leurs revenus. Mais il n’y a plus de recours, il faut s’y faire.

La conquête du virtuel s’annonce avec un grand marché aux puces : chaque fœtus en est désormais pourvu pour une nouvelle génération formatée aux mystères de la Toile.

 

Oui, on le sent bien, le monde est en train de changer.

Mais soyons optimistes, l’Amour circulera aussi bien sur le web que sur les cartes routières.

En tout cas, l’année qui commence ne peut pas être pire que celle qui vient de s’achever.

 

 

LA NOUVELLE DU JOUR

CONVERSATION IMAGINAIRE autour des TEMPS MODERNES

film de Charlie Chaplin.Nous sommes en 1936, pas encore la deuxième guerre mondiale mais la Grande Dépression et les méfaits de l’ère industrielle, dévastatrice. Le travail à la chaîne ruine l’artisanat, le chômage s’installe et les populations tremblent pour l’avenir.

Chaplin donne là son dernier film muet, en pleine ascension du parlant, pour garder à son personnage Charlot son mystère et son romantisme avant de le faire disparaître de sa filmographie.

La dernière image du film montre Charlot et sa compagne marchant main dans la main sur une route lugubre, face à leur destin. Que se disent-ils ? On peut tout imaginer, et même divaguer…

 

« ELLE

Ou allons-nous ?

LUI

Je ne sais pas encore. C’est l’inconnu.

ELLE

Tu crois que ce sera mieux qu’avant ?

LUI

Ce sera mieux pour les uns, moins bien pour les autres. De toute façon ce sera toujours les temps modernes

ELLE

Donc ce sera toujours pareil ?

LUI

Non, tous les temps sont des temps modernes mais leur modernité change tout le temps, elle est de plus en plus moderne et nous nous sentons complètement dépassés, submergés.

ELLE

Il nous reste encore quelques bonnes choses… Moi je ne me sens pas vraiment submergée.

LUI

Lorsque tu regardes l’océan, jusqu’au bout de l’horizon il te paraît si calme, juste agité de quelques vagues menaçantes qui ne te font pas peur, mais tu n’imagines pas à quelle vitesse incroyable ces vagues vont te submerger si tu restes trop longtemps sur la plage !

ELLE

Nos savants peuvent tout prévoir à l’avance, les marées, les typhons, les météorites…

LUI

Oui, tous ces phénomènes font partie de la Nature dont les caprices sont récurrents depuis des millions d’années. Tout cela, on connaît ! C’est l’inconnu qui fait peur.

ELLE

C’est quoi l’inconnu ?

LUI

L`inconnu c’est l`Homme et sa créature, le Robot, sur leur nouveau domaine de conquête, la Toile, qui est aussi leur arme secrète, prête à les détruire ainsi que l’humanité toute entière.

ELLE

Mais tu es sinistre ! On est en plein STAR WAR ! Le monde n’est pas encore prêt à de tels bouleversements !

LUI

Détrompe-toi.Tout va très vite, très très vite, de plus en plus vite. J’ai même bien peur que nous ne soyons bientôt dépassés par le Progrès !

Derrière eux un bruit de roulement se fit de plus en plus assourdissant et une énorme pomme verte les dépassé dans un nuage de poussière.

 

Ils s’arrêtent et ils se regardent. Elle se fige, stupéfaite.

 

LUI

Tu es soudain toute ridée et tes cheveux ont blanchi, et moi je me sens essoufflé, mes jambes ne me portent plus…

 

ELLE, la voix tremblante

Tu avais raison, nous avons été dépassés par le Progrès ! »

 

Evidemment, si Chaplin avait écrit ce dialogue, il n’aurait pas fait mention de la Pomme mais nous sommes bien d’accord : il s’agit d’une conversation imaginaire…

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 18:09
A PROPOS DE CALIGULA

 

Albert Camus  aurait eu 103 ans  le 7 novembre dernier.

Entre autres belles paroles, il avait dit : « Je ne connais qu’un devoir, celui d’aimer ».

Parole chrétienne mais plus que cela.  Parole de sage, toutes religions confondues.

 

A PROPOS DE CALIGULA

CONVERSATION IMAGINAIRE

Sur la scène du théâtre Hébertot à Paris. 

 La première lecture de  CALIGULA vient de s’achever.  Traumatisés, les comédiens se sont retirés un à un après avoir brièvement salué Albert Camus et Paul Oettly   le metteur en scène, qui s’éclipse à son tour.

Gérard Philipe, lui, est resté assis, le front baissé.  Camus s’approche de lui.

« Gérard, qu’est-ce qui ne va pas ?

Gérard Philipe relève la tête, visiblement très remonté.

« Albert, je veux comprendre.  Pourquoi m’avoir choisi moi, avec ma figure d’ange, pour incarner Caligula, ce monstre démoniaque ?

Croyez-vous que je sois crédible  dans ce rôle ?

Albert Camus s’assied face à son acteur, prêt au combat.

« Tu le seras car ce monstre est en toi, comme en chacun de nous.

Caligula n’est pas mort, il sommeille en tout homme  investi du pouvoir.

Si je t’ai choisi c’est justement pour montrer que l’être le plus doux, le plus angélique qui soit, dès qu’on lui donne le  pouvoir, devient  un tyran  totalitaire, oubliant toute mesure.

«  Vous allez être déçu, je ne me sens aucun signe, même dissimulé au plus profond de moi, de ces penchants odieux.

« Tu n’auras qu’à dire le texte et ton personnage entrera en toi, les mots  réveilleront le monstre qui est en toi, tu deviendras Caligula.

« Mais je hais ce personnage !

« Tant mieux,  si tu l’aimais tu ne pourrais pas l’incarner.

« Je crains que Caligula  ne soit une figure dépassée, un symbole du pouvoir devenu risible.

«  Tu te trompes,  Caligula est omniprésent dans notre monde, toutes les époques ont eu leur Caligula et nous devons être prêts à le voir ressurgir là où nous l’attendons le moins.

Notre époque se meurt de croire que les choses peuvent cesser d’être absurdes.

Gérard Philipe se tait, écrasé par cette vérité. 

Puis, comme un reproche :

« Je n’ai que 23 ans, je ne connais pas la haine, je ne puis l’envisager, ni la simuler.  Croyez-moi, je serai un très mauvais Caligula.

Albert Camus sourit :

« Tu as l’âge du rôle !  Caius Caesar avait 27 ans lorsqu’il succéda à Tibère.   Il n’a pas été odieux tout de suite, il fut un empereur très populaire au début de son règne.

« Et alors ? Qu’est-ce qui lui a pris ?

« Le  pouvoir, le pouvoir…

« Est-ce qu’il était obligé de coucher avec sa sœur ?

« Ah, ça, c’était une pratique courante dans l’Antiquité !

Il y a un silence.  Puis Camus se lève, un peu las de cette discussion sans issue.

« Bon, Gérard, tu doutes, c’est normal, c’est même de bon augure, mais avant de rompre…

Gérard Philipe l’interrompt, se levant à son tour :

« Je ne reviendrai pas sur ma parole .  Mais après « Une grande fille toute simple », avouez que je change de registre…un peu brutalement !

« Ce rôle  va te rendre célèbre, je le sais.

Face à face, Camus pose  sa main sur l’épaule de Gérard Philipe, comme Scipion pose la sienne sur l’épaule de Caligula dans une scène émouvante de la pièce.  Et comme dans la pièce, Gérard Philipe recouvre de la sienne la main de Camus.

Une rafale de vent venue des coulisses parcours alors le plateau, faisant voler les feuilles des manuscrits sur la table, faisant vaciller les deux hommes.  Camus alors s’écrie :

« C’est l’esprit du théâtre qui s’insuffle en toi.  Le jour de la première il viendra t’aider à  te démultiplier.  Tu seras Caligula pour le temps que durera la pièce. »

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 17:13
ABRACADABRUNCH à LYON

L(INSTANT THÉATRE

ABRAADABRUNCH  de Iliel Vardar

Vous avez certainement vu, revu, entendu parler du « cultissime » CLAN DES DIVORCÉS  qui cartonne encore  à Paris et en province.

Voici sa 4ème pièce, tout aussi  déconnante, mais épicée d’un zeste de magie. Dommage que le titre soit si peu envoûtant.

Nous avons là un célibataire endurci, monstre d’égoïsme, au langage percutant comme un tir aux pigeons, les pigeons c’est nous, les fans de Michel Bernini qui fait mouche à chaque réplique.  Que dis-je à chaque mot, à chaque haussement de sourcils.

 

Vont  se succéder pour gâcher son petit déjeûner deux filles qui font le poids, (il faut du  culot pour se mesurer à un tel  partenaire.)

  Côté  comique elles ont de quoi l’inquiéter, côté mensurations elles ont de quoi l’émouvoir.  

Il y a d’abord  l’envoyée du « Grand », le dieu de la Centrale EDF, qui dégage un courant bleu électrique dès qu’on la touche.  Elle est là pour lui pourrir la vie et lui trouver une femme.   C’est ELLE, oui c’est comme ça qu’elle s’appelle et ça lui va bien, forcément.

 

Il ne  veut pas de femme  mais cette extra-terrestre  ne lui est pas indifférente,   du style bombe glacée,  mais capable d’émettre de petits cris et soupirs orgasmiques  très convaincants.

  .Il est prêt à craquer et à partager sa biscotte beurrée.

Pas de chance, elle s’évapore, disparaît sans crier gare.

Camille Durand incarne avec élégance et brio cette beauté pleine de mystère.

 

 

Arrive alors un personnage inénarrable, une sorte de marionnette  désarticulée, échevelée , vêtue en Galliano première époque, venue prendre possession de ce cœur à prendre. 

Eglantine, c’est son nom, ne recule devant aucune chorégraphie improvisée pour séduire le récalcitrant.

C’est Carole Benamhou bien connue des familiers de LULU SUR LA COLLINE, excellente dans tous ses rôles à transformation, virtuose de la sensualité comme de l’humour noir.   Là, elle est étonnante, débridée, follement drôle.

 

ABRACADABRUNCH (oh ce titre !) est une pièce impitoyable, d’un bout à l’autre les gens sortent  les mouchoirs car les larmes coulent tant le rire est compulsif.

 

 

Les rôles  sont joués en alternance par :

- pour ELLE :

Camille Durand, Virginie Mouchtouris.

- pour Eglantine : Carole Benhamou, Laurence Bonnet-Blanchet.

-   pour  François : Michel Bernini, Ilyes Harouni.

La pièce se joue jusqu’à fin décembre, avec deux soirées exceptionnelles les 24 et 31 décembre.

Au théâtre LULU SUR LA COLLINE

60, rue Victor-Lagrange   69007 Lyon 

Tél :  04 72  98 36 28    et  wwwtheatre-de-lulu.fr

 

Miss Comédie

 

        

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 19:37
ERRATA ---

 

 

 

Ceci est la photo correspondant à l’article «PETITS CRIMES CONJUGAUX, d’Eric-Emmanuel Schmitt,  mise en scène par Jean-Luc Moreau  avec Fanny Cottençon et Sam Karmann.

Avec toutes mes excuses,

 

Miss Comédie

 

 

 

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 15:43
PETITS CRIMES CONJUGAUX d'Eric-Emmanuel Schmitt

L'INSTANT  THÉATRE

PETITS CRIMES CONJUGAUX, D'Eric-Emmanuel Schmit

 

Le titre est trompeur. On s’attend à  voir encore une de ces comédies légères sur les  petites tromperies  du couple.

Erreur.

Cette pièce est un électrochoc  qui  secoue joliment.

Oh, pas tout de suite.

Ca démarre comme un polar d’Hitchock,  on se doute qu’il y a un mystère mais les dialogues sont encore alertes, presque drôles, il y a des rires dans la salle.

Un mari amnésique qui revient chez lui et qui cherche à savoir quel genre d’homme  il était avant l’accident, quoi de plus savoureux ?

 Il questionne, elle répond.   Il s’agit de retrouvailles émues,  juste un peu tendues. 

Nous sommes encore dans l’expectative, sans méfiance.  La suite va nous aiguiser l’attention.

L’écriture d’Eric Emmanuel Schmitt, somptueuse, foisonnante, impitoyable,  prend peu à peu des accents  à la Tennessee Williams pour dévoiler les ressentiments cachés de ce couple usé qui ne sait plus faire la différence entre l’amour et la haine.

Les aveux qui s’échappent, d’une violence libératrice, deviennent des mobiles de crime.

Nous ne rions plus, le silence se fait ,  nous sommes sous tension.

Construite comme une énigme policière, la pièce garde son mystère jusqu’à la fin.  Lequel des deux a voulu tuer l’autre ?

 

Sam Karmann et Fanny Cottençon nous obligent à nous identifier à leurs  personnages, tant ils y croient eux-mêmes. Le problème de leur  couple devient un problème universel.

   On se dit qu’on y réfléchira plus tard.  Pour l’instant, on veut savoir la fin.

Jean-Luc Moreau  a guidé ses acteurs vers une intériorité qui déclenche l’émotion.   Mise en scène pleine d’humanité,   si délicate qu’on  ne la sent pas,  on ne se doute pas qu’un sujet pareil doit être tenu serré,  sans l’ombre d’effets faciles.

Petits crimes conjugaux  n’est pas une pièce anodine. Elle nous laisse un goût amer, comme certaines pièces dont  la  profondeur  surprend, émervreille, dérange et nous poursuit longtemps.

Miss Comédie

 

Au théâtre Rive Gauche à Paris jusqu’au 16 décembre, prolongation possible

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 14:40
COLLISIONS D'ETOILES,  VITE !

Sergio Leone aux pieds de Maria Callas, Fausto Coppi apprenant à pédaler à Jacques Tati, Picasso furieux contre Woody Allen,  Gainsbourg critiquant son biopic, Delphine Seyrig face à Steve Mc Queen…Steve Job au paradis de la pomme… Bon, j’arrête, il y en a cinquante…

Ces rencontres improbables mais tellement affriolantes, ces conversations secrètes entre terre et ciel, ces  interviews impensables, je les ai réunies dans un ouvrage qui vient de paraître, aux Editions Le Manuscrit.

Vous pouvez le trouver en librairie ou  sur commande sur le site

Manuscrit.com.

 

Un extrait ?

CONVERSATION IMAGINAIRE

<<< Au Crazy Horse Saloon à Paris.  Le Trio à l’imperméable, Albert Camus, Humphrey Bogart et Peter Falke fument une cigarette à l’entracte.  Ils discutent, ignorant totalement la présence d’une journaliste venue les interviewer.

  Bogart  dégrafe sa ceinture et fait un pas en arrière, la journaliste s’apprête à l’aborder enfin mais Camus  intervient :

«  Une gabardine, ça doit rester fermée,  reproche-t-il.

«  C’est pas une gabardine, c’est un trench, rétorque Bogart.

«  Ah, fait Colombo, et c’est quoi la différence ?

Bogart  fait passer sa cigarette entre le pouce et l’index et fait un pas en avant.   La journaliste recule.

« La différence, c’est que le trench a obligatoirement les pattes des poignets, les pattes d’épaules et le bavolet.

Camus  s’insurge.

«  Ah, mais la gabardine aussi !  Moi, je porte une gabardine.  Tu vois bien que j’ai les pattes des poignets, les pattes d’épaules et le bavolet.   Sauf que moi, c’est une Burberry’s, le fin du fin.

Bogart  jette sa cigarette par terre et l’écrase du pied.

« Camus, tu es snob.  C’est l’air de Paris qui fait ça.  Moi, mon trench je l’ai acheté chez Abercrombie quand j’ai reçu mon Oscar du Meilleur Acteur, en 1951.  Tu le trouves démodé ?

Camus l’inspecte et hoche la tête.« Non, pas vraiment, mais tu mets trop les mains dans tes poches, ça les déforme.

La journaliste regarde sa montre et fait un demi-pas en avant.

Colombo  éteint sa cigarette à demi consumée et la met dans sa poche.

« Et moi, à votre avis, mon imper, c’est une gabardine ou un trench ?

Bogart et Camus éclatent de rire. Effrayée, la journaliste recule.

« Pas de ceinture, pas de pattes, pas de bavolet, trop court et une  odeur de commissariat… C’est pas du Burberry’s ni du Abercrombie, mais ça pourrait bien être du Galliano de la grande époque  !

……………..ls se ruent vers la sortie, la journaliste sur les talons.  Mais sur le trottoir de l’avenue George V, il n’y a plus personne.>>>

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 12:01
ACTUALITÉS  -  L'ANNIVERSAIRE

Quoi ? Mon blog a huit ans aujourd’hui ?

C’est l’équipe d’Overblog qui me souhaite cet anniversaire-surprise comme le feraient des amis très intimes !

Le temps passe vite au fil des articles sur le théâtre, le cinéma et la littérature, prodigieuses sources d’inspiration qui font qu’on en oublie de comptabiliser …

 

Voilà, c’est donc reparti pour quelques années encore, au gré des spectacles emballants, des scènes cultes dans des films de légende ou des écrits lus ou relus avec gourmandise.

Merci à toute l’équipe d’Overblog et à bientôt sur mon blog, le blog du théâtre, du cinéma et de la littérature à Paris et à Lyon : <<>>

 

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 14:13
L'INSTANT T THEÂTRE

TOUT CE QUE VOUS VOULEZ

Au théâtre Edouard VII

 

Cette pièce est comme le chapeau d’un prestidigitateur.  Vide au début, bien vide, et puis après quelques manipulations, gesticulations, jeux de scène et entourloupettes, à la fin on voit sortir du chapeau un beau lapin blanc, c’est magique, le tour de passe-passe est fortiche.

Ici c’est un peu pareil. Ca commence comme un épisode de « Nos chers voisins », je n’en dirai pas plus.

Il est question d’un dégât des eaux, l’inondé vient se plaindre à la responsable à l’étage au-dessus, il tombe sur une jolie dramaturge qui est à cran car elle cherche un sujet de pièce et ne le trouve pas.  Il se fait virer, il revient, le dialogue est une passe d’armes entrecoupée de sanglots et de confidences éplorées.

A ce stade j’étais très énervée car pour moi,   la panne d’inspiration n’est pas un truc qui se règle en tapant du pied, c’est très douloureux et très intime, il faut au contraire se concentrer, rêver, faire le vide, bref cette fille hystérique  m’horripilait.  (J’oubliais totalement que j’assistais à une comédie.)

Mais… mais,  heureusement, il y avait Stéphane de Groodt.  Lui, tout auréolé de sa gloire d’humoriste très médiatique, était prodigieusement calme, sobre, intériorisé.  On sentait qu’il était vraiment habité par son personnage car il ne fit aucun jeu de mots.

Pour lui j’avais envie de m’accrocher. 

Bérénice Béjot, elle aussi auréolée de sa gloire d’actrice déjà un peu chevronnée, se donnait un mal fou pour exister.  Premier rôle au théâtre, peut-être, mal dirigée probablement et pourtant, Bernard Murat… mais enfin. 

Donc, je me demandais  quel trait de génie allait faire basculer la pièce  même si j’avais bien compris que le dégât des eaux allait se régler tôt ou tard par un débordement sentimental.

. Mais entre temps ?

Entre temps, et bien,   l’intrigue a pris corps insensiblement,  l’affaire de la panne devenait un souci majeur,  le voisin s’intéressait davantage à l’inspiration de sa voisine du dessus plutôt qu’à ses mensurations,  le suspense s’installait, et  puis il y avait ce mari, là, qu’on ne voit jamais mais dont elle parlait beaucoup, n’allait-il pas changer la donne ?

On commence à  dresser l’oreille.   Cette page blanche,   le charmant voisin s’ingéniait à  la remplir  envers et contre le gré de l’auteur, mais voilà, elle s’est laissée prendre au jeu et  nous assistons, amusés, aux répétitions d’une pièce dans la pièce où l’on retrouve les mêmes personnages… 

La ruse, c’est cette pièce enfin écrite qui se joue devant nous « in blue light » et qui fait un tabac (les applaudissement enregistrés sont communicatifs-) et puis le retour sur terre, et c’est là que la pièce bascule dans l’émotion devant l’étrange trouble de ce  voisin  qui devient soudain acteur de la pièce qu’il a aidé à écrire.   C’est compliqué ? Ben oui, il faut aller voir la pièce.

La scène finale est  effrontément happy end,  avec ce baiser très attendu provocant   une tempête d’applaudissements  bien réelle cette fois dans la salle.

Le public est trop sentimental.  Moi j’aurais fait une fin plus inattendue, une rencontre sous le signe de l‘ écriture, une entente dans les sphères de l’esprit, plus platonique que charnelle, beaucoup plus intéressante qu’un banal corps à corps.  Mais aurais-je récolté cinq rappels et les cris de joie de ce soir ?

Avec « Le Prénom » et « Le diner d’adieu » Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patellière sont  devenus des locomotives dans le convoi des auteurs dramatiques contemporains.  Ce duo-là a tout pour les faire rester en tête. Non ?  Vous pariez ?

 

TOUT CE QUE VOUS VOULEZ,  mise en scène de Bernard Murat, au théâtre Edouard VII à ¨Paris.

 

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 11:03
THE BIG LEBOWSKI,  BIG FILM

Il faut revoir ce film pour réveiller le cinéphile qui somnole en chacun de nous.

Après Fargo, les frères Cohen donnent  dans le délire avec deux acteurs méconnaissables.

 

Jeff Bridges a pris dix kilos, il est hallucinant dans un rôle de demi clochard poursuivi par un destin contrariant.

John Goodman est énorme en anar caractériel qui pique des crises à tout bout de champ, hurlant sur tout ce qui bouge.

John Turturro est surprenant dans un  rôle secondaire qui se paie une scène culte.

 

Il y a du Cervantes, du Chandler, du Hellzapoppin dans le scénario qui pratique l’humour subliminal dans une intrigue de film noir..

 

 

Ils se sont trompé de Lebowski et ils ont pissé sur mon tapis…

 

Non, il faut voir Jeffrey Lebovwski alias Le Duc encaisser les coups  sans une égratignure, toujours aussi déglingué, résigné, obsédé par son tapis souillé, essayant vainement  de traquer les bandits et tombant à chaque fois dans un traquenard,  accompagné par son ami Walter survolté.

Toutes ces images catapultées, burlesques ou violentes, oniriques ou surréalistes dans une histoire à dormir debout émaillée  d’anecdotes intempestives  et de personnages en transit, font un film qui ne ressemble à aucun autre,  comme un tableau de Jérôme Bosch. 

 

Sorti en 1998, le fim n’a pas fait exploser le box-office tout de suite, la critique a été tiède, l’accueil du public mitigé. Et puis… quand même, d’année en année, son prestige a grandi jusqu’à devenir un culte à travers le monde  et il est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque du Congrès -  malgré la profusion de mots orduriers que profèrent les personnages…

THE BIG LEBOWSKI,  BIG FILM

ZOOM SUR UNE SCENE CULTE

Le Duc adore le bowling – on ne le voit jamais jouer dans le film, mais il passe beaucoup de temps dans la grande salle où s’entraînent les joueurs.

Il est donc assis là,  je dirai même « affalé », avec son ami Walter aussi affalé que lui,  devant les pistes, et échangent quelques répliques salées, leur langage habituel.  Entre eux est assis, de dos, Donnie le partenaire du Duc au bowling, personnage effacé et peu loquace mais qui se fait clouer le bec chaque fois qu’il l’ouvre par Walter : « Shut up fuck up ! »

Quelques plans sur des mains ajustant une chaussure de compétition, puis caressant les cordes d’une guitare, et déboule soudain Jésus, c’est John Turturro le magnifique, dégaine de matador moulé dans sa combine violette, cheveux noirs laqués.  Il toise les trois compères et leur annonce qu’il va leur mettre une peignée à eux joueurs minables.

Puis il se place devant une piste et entreprend d’exorciser  sa boule. Il la lèche -  sa langue mesure bien vingt centimètres, la caresse et se concentre avant le tir.

Sa prestation va durer à peine dix minutes, le temps d’un lancer fulgurant qui fait place nette, puis d’une danse sur un « California » revu flamenco, qu’il exécute avec  un déhanchement  de torero.

Le trio l’a regardé faire sans piper.

Même pas un lever de sourcils.

La caméra se  prélasse sur l’absence d’expression de chacun des deux acolytes rivalisant d’indifférence.

L’ensemble vaut son pesant d’or.

La scène est courte, mais elle reste dans les mémoires comme le clou du spectacle, alors qu’elle est complètement anecdotique dans l’intrigue

Il paraît que Turturro, qui trouvait son rôle un peu fluet, a tout fait pour lui donner de l’embonpoint.  Pari gagné .

 

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 10:54
CONVERSATON  IMAGINAIRE

Rome, Chapelle Sixtine, 1481    

 Sandro Botticelli se repose en contemplant, au-dessus de l’autel l’immense croix de bois sculpté qui domine le chœur. C’est une lourde tâche que vient de lui confier le pape Sixte IV, celle de reprendre la décoration du plafond de la chapelle.  Il a Botticelli a alors trente six ans et une belle notoriété mais l’énormité du travail qui l’attend  l’envahit de doute. 

Perdu dans sa méditation, il n’entend pas Léonard de Vinci qui s’approche doucement, les yeux levés vers la fresque que son ami vient de commencer.  Il passe sous les échafaudages, longe la table à tréteaux où sont étalées les multiples esquilles du Châtiment de Core, l’une des trois fresques commandée par le pape Sixte Ier à Botticelli.

 

« Déjà du beau travail, murmure-t-il pour lui-même.

Botticelli se retourne et va vers lui.

« C’est une épreuve de force… Mais je ne veux pas décevoir le saint Père, je dois faire vite et bien.

Ils s’assoient tous les deux sur un banc dans un rayon de soleil poudreux qui s’infiltre par l’un des vitraux.

«Ce plafond en a vu de toutes les couleurs… Tu viens après Le Perugin, et la rumeur veut que Rosselli soit sur les rangs pour prendre ta suite…

« Je sais, je sais. Je ne prétend pas faire œuvre éternelle. J’ai en tête d’autres projets, plus accessibles aux regards !- dit-il d’un ton malicieux – et ils éclatent de rire.

« Ah c’est vrai qu’il faut se tordre le cou pour admirer votre travail !  plaisante Léonard de Vinci - Mais que prépares-tu ?

Botticelli ferme les yeux.

« J’ai rencontré une jeune fille si belle, si lumineuse, si pure, que je veux en faire le portrait.

Léonard de Vinci le prend par l’épaule.

« Toi aussi ?  J’ai moi-même l’idée d’un portrait de femme que m’a inspiré une dame de mon entourage.

Ils se regardent un moment en silence. Puis Botticelli se confie :

« Je ne veux pas faire un portrait académique, je veux faire une allégorie… enfin, vois-tu, je veux que cette beauté suggère un mythe, une légende universelle… Mon modèle restera anonyme.

«Tu as là un sujet de travail passionnant !  A quelle allégorie penses-tu pour ton portrait ?

Botticelli hésite un instant.

« J’ai confiance en toi, Léo. Je te confie cela en grand secret.

Puis-je compter sur ta discrétion ?

« Sois certain que je ne trahirai pas ta confiance, Sandro.

« Leo, mon tableau sera celui de la naissance de Vénus, une jeune fille aux cheveux d’or flottant sur la mer dans une conque de cristal.

Leonard de Vinci prend le temps de visualiser, les yeux fermés,  la révélation de son ami.

Puis il se lève :« Magnifique ! Ton idée est magnifique.  Je souhaite que tu en finisses au plus vite  avec  tes trois fresques pour venir admirer la réalisation de ce rêve.

 

Botticelli se lève à son tour  et ils s’étreignent.

« Mais toi, Leo, dis-moi quel est ton modèle idéal ?

 

 

 

CONVERSATON  IMAGINAIRE

Leonard de Vinci sourit :

« Mon portrait à moi ne sera pas une allégorie, mais j’aimerais qu’il reste le symbole universel  du mystère de la femme.

« Comment feras-tu ?

Leonard de Vinci soupire.

« C’est peut-être un pari fou, mais je veux mettre tout le mystère de la femme dans un sourire.

« Un sourire ?

« Oui, un certain sourire, plein de retenue, à peine esquissé, dans un visage lisse, celui d’une femme au maintien faussement sage, une femme qui fera poser la question : est-ce une bourgeoise ? Une courtisane, une princesse ?

« Cette femme, tu la connais donc  ?

« Oui, bien sûr.  Mais je garde son nom secret. Elle sera connue du monde entier par le nom de mon tableau : la Gioconda.""

 

 

 

Ce fut ma rencontre imaginaire entre ces deux prodiges de la Renaissance italienne. 

Revenons maintenant à la réalité pour se rafraîchir la mémoire :

Les  fresques de Botticelli furent recouvertes en 1508 par celles de Michel-Ange avec ses scènes de La Genèse, qui ornent encore aujourd’hui le plafond de la chapelle Sixtine.

Botticelli acheva  La Naissance  de Vénus en 1485 et ce tableau restera son œuvre majeure, conservée au musée des Offices à Florence.

Leonard de Vinci, lui, acheva La Joconde en 1506. et son vœu fut exaucé : le sourire de Mona Lisa reste l’énigmatique symbole du mystère de la femme.

Conservée au musée du Louvre à Paris, la Joconde est l’œuvre d’art la plus visitée au monde. 

 

Botticelli (1445-1510) 

Leonard de Vinci (1452-1519)

Michel Ange  (1475-1564)

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

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  • Miss Comédie
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. 
Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer.  De comédienne- auteur dramatique,  je suis devenue  blogueuse, ça élargit considérablement la cible.
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer. De comédienne- auteur dramatique, je suis devenue blogueuse, ça élargit considérablement la cible.

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