Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 18:42
LA MER d'Edward Bond à la Comédie Française

 

Le rideau à peine levé, nous sommes saisis d’effroi.

Un violent coup de tonnerre déchire nos tympans, suivi du vacarme d’une mer déchaînée que nous devinons dans l’obscurité zébrée d’éclairs aveuglants.

Les spectateurs des premiers rangs sont durement touchés.    Soudain des cris  s’élèvent dans la tempête, les hurlements d’un homme appelant à l’aide.  Sur la plage, une ombre passe, portant une lanterne. L’homme répond aux appels par des injures.

L’appel se répète, longues plaintes diminuant d’intensité pour se perdre dans le bruit des vagues. Puis c’est  le silence.

L’homme à la lanterne est rentré dans sa cahute, c’est le garde-côte, on se demande pourquoi ce refus d’assistance.

Le rideau retombe.

Nous sommes tétanisés.  La pièce promet d’être shakespearienne (la tempête…)

 

Mais le rideau se lève à nouveau sur une scène digne du Bourgeois Gentilhomme.  Un marchand de tissus volubile s’évertue à vendre ses coupons à une madame Ratti réticente, exigeante, tonitruante (Cécile Brune, épatante) qui n’en voudra pas.

Cela va durer encore dix minutes où nous entendons ce drapier égrener des récriminations  belliqueuses  contre les méfaits des extra-terrestre sur les océans, selon lui à l’origine de tous les naufrages, puis il diverge  sur les difficultés de vivre de son métier.

Sortie impatientée  de madame Ratti.  Rideau.

Surpris, le public est encore dans l’attente d’une montée du suspense.

Mais  la  pièce ne sera  qu’une succession de tableaux alternant l’humour  et le drame, retraçant  l’histoire très banale d’un village vivant au rythme monotone des vagues de la mer du Nord, pour qui ce naufrage est un événement fauteur de troubles.

Je ne suis pas un critique mais une spectatrice naïve qui ne demande qu’à s’émerveiller.  

Mais après ces premières dix minutes étourdissantes, et bien… voilà. On peut appeler cela un pétard mouillé.

 

Les comédiens Français sont à la hauteur de leur réputation. Ils se donnent à fond, ils sont formidables, on reconnaît le style de la Maison à la diction impeccable, à la vérité du jeu où tous les effets sont parfaitement maîtrisés.  Ils sont à la fois détachés et habités, ils ne jouent pas un personnage, ils incarnent le personnage.  Pas seulement les têtes d’affiche, mais jusqu’aux plus petits rôles, ils sont formatés « Comédien Français ».

 

Or, dans LA MER, nous avons vu de la fougue, de l’humour, de la cruauté, de la lâcheté, du chagrin, de l’amour, tout cela parfaitement fidèle au texte d’Edward Bond.

Alors pourquoi rien ne s’est-il passé  dans nos rangs ?

L’émotion n’a pas passé la rampe.   

Cette histoire nous a  laissés  complètement indifférents.

Cela s’est senti à la politesse des saluts, au petit nombre de rappels.

On dit parfois que « les acteurs ont sauvé la pièce ».  Mais on ajoute aussi qu’il « faut leur donner quelque chose à manger », très vulgairement.   Ici  les acteurs, comme Alain Françon le metteur en scène, ont fait un travail magnifique.  Ont-ils sauvé la pièce ?  Les avis divergeront peut-être.

 

Le théâtre est un univers énigmatique.  Chaque représentation est porteuse d’ondes positives ou négatives qui vont de la scène à la salle sans rime ni raison.   Un vrai mystère   transcendental, dirait  Salvador Dali. 

 

C’est à la Comédie Française, salle Richelieu, jusqu’au 15 juin.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Miss Comédie
commenter cet article

commentaires

  • Miss Comédie
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. 
Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer.  De comédienne- auteur dramatique,  je suis devenue  blogueuse, ça élargit considérablement la cible.
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer. De comédienne- auteur dramatique, je suis devenue blogueuse, ça élargit considérablement la cible.

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

Recherche