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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 14:39

  Cet article est le millième publié sur "unesceneparjour.com".  La direction me doit une gerbe de roses rouges...

 

 

     Edward-Hopper-Richard-Tuschman-02.jpg Il l’avait rencontrée au  bar de l’hôtel Raphaël,  à Paris. C’était un endroit qu’il fréquentait pour son calme, ses toiles de Turner et son décor grand siècle.

On pouvait y croiser Gainsbourg ou quelques figures féminines intéressantes.

Ce jour-là il fut surpris d’en voir une, rousse flamboyante, assise sur l’un des hauts tabourets du bar.  C’était une attitude  que pratiquaient plutôt les gogo girls de Pigalle.  Celle-ci avait de la classe.   Elle n’avait pas quitté son étole en renard bleu et ses jambes croisées étaient un attentat à la pudeur.

Il avait hésité sur la tactique puis opta pour la tactique de James Bond, un peu risquée mais souvent payante.

« Vous êtes capable de me faire un vrai bloody mary ? »  avait-il lancé au barman  avec un clin d’œil, avant d’aller s’asseoir à une table.

Elle n’avait rien dévoilé du fond de sa pensée.   Elle s’était pourtant retournée pour le repérer, feignant de parcourir des yeux l’ensemble des  tables.

Mais pour lui c’était gagné.    Il ne la quitta plus des yeux.  

C’était le genre de situation qui lui donnait des palpitations.  Un suspense phénoménal.  Comment enchaîner ?

Il la vit  griffonner quelque chose sur un petit calepin sorti de son sac.

Vider son verre, lentement.

Décroiser  les jambes,  et ce fut comme  la fin d’un film d’Ava Gardner. 

 Mais  voilà qu’elle ondulait pour quitter son piédestal  et se dirigeait vers la sortie.    Il crut que c’était râpé lorsque  le barman   lui déposa son bloody mary avec un  billet plié en quatre.  

 

Il  remarqua l’œil à peine goguenard et  se saisit du billet. « Je vous attend dans le taxi. »

Il n’eut pas le temps de juger de la qualité du breuvage, à peine celui de jeter quelques euros sur la table et courut vers la sortie.

L’avenue Kléber était déserte, il vit la Mercedes noire rangée le long du trottoir, la Rousse à l’intérieur.   Le chauffeur lui ouvrit la portière.

Il y eut d’abord un silence prolongé, pendant lequel il se demanda si son physique était vraiment irrésistible, ou bien sa voix, ou bien si la femme était une habituée des bars à putes mais le moment était si  bloody hot  qu’il arrêta là les suppositions.  Wait and see, disent les british.

 

La suite avait été hors de toute attente, hors de  l’imagination la plus romanesque.   Une sorte d’enlèvement de Zeus par Iole la mortelle sublime, sur les ailes  gris métal d’un Cygne qui aurait fait le plein des sens.

 

L’inconnue avait des ressources.    Il avait annulé tous ses rendez-vous pour une semaine foudroyante, d’hôtels en hôtels.

Ils s’amusèrent à mêler le sordide au luxueux, dans un périple amoureux plein d’imprévus.  

 Il était sous le charme, elle semblait vraiment amoureuse. 

« Tu es mon coup de foudre qui dure », disait-elle.

Ils ne savaient rien l’un de l’autre. Elle voulait garder son mystère et cela l’arrangeait, lui, de garder le sien.

Elle déployait ses signes extérieurs de richesse sans aucun complexe dans  les bas-quartiers et entrait naturellement dans le moule des palaces.

Ils parlaient cinéma, théâtre.  Elle en connaissait un rayon sur le sujet.  Le soir, ils jouaient au  gin-rummy en buvant des vodkas-perrier.

 

« Tu as toujours mené cette vie-là ? lui avait-il demandé un jour.

« Je suis une enfant gâtée, j’ai toujours eu ce que je voulais dans la vie, avait-elle répondu en riant, et toi, je t’ai voulu, je t’ai eu ! »

 

Le septième jour,  à l’hôtel Bijou, un  des plus toquards de leur randonnée,  sur le port de Nice,  elle se réveilla seule.    Elle s’étira, sourit.  Il devait  être descendu admirer  les coques bariolées  des bateaux de  pêcheurs.

Elle ferma les yeux, les rouvrit aussitôt, quelque chose n’allait pas.

 Elle bondit hors du lit.   Son sac, ses bijoux, ses vêtements, avaient disparu.

 

A onze heures, intrigué, le concierge de l’hôtel  était monté coller un œil à la serrure de la chambre 7.     OK, c’était un couple illicite, mais quand même. De ce qu’il vit,   il ne put  rien conclure sur la situation.  

Il  crut   distinguer un filet de sang sur le parquet  -  ou  était-ce une hallucination ? et se dit  que le cadavre était peut-être  dans la salle de bains et qu’elle  attendait un complice pour l’aider à s’en débarrasser.  Il se demanda s’il ne devrait pas appeler la police.

 

Miss Comédie

(Il n’est pas interdit de donner sa version de l’histoire.)

 

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Published by Miss Comédie - dans La scène du jour
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  • Miss Comédie
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. 
Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer.  De comédienne- auteur dramatique,  je suis devenue  blogueuse, ça élargit considérablement la cible.
  • Miss Comédie c’est moi, Barbara Laurent-Ogier. Mes initiales m’ont récemment fait bifurquer. De comédienne- auteur dramatique, je suis devenue blogueuse, ça élargit considérablement la cible.

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