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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 12:01
ACTUALITÉS  -  L'ANNIVERSAIRE

Quoi ? Mon blog a huit ans aujourd’hui ?

C’est l’équipe d’Overblog qui me souhaite cet anniversaire-surprise comme le feraient des amis très intimes !

Le temps passe vite au fil des articles sur le théâtre, le cinéma et la littérature, prodigieuses sources d’inspiration qui font qu’on en oublie de comptabiliser …

 

Voilà, c’est donc reparti pour quelques années encore, au gré des spectacles emballants, des scènes cultes dans des films de légende ou des écrits lus ou relus avec gourmandise.

Merci à toute l’équipe d’Overblog et à bientôt sur mon blog, le blog du théâtre, du cinéma et de la littérature à Paris et à Lyon : <<>>

 

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 14:13
L'INSTANT T THEÂTRE

TOUT CE QUE VOUS VOULEZ

Au théâtre Edouard VII

 

Cette pièce est comme le chapeau d’un prestidigitateur.  Vide au début, bien vide, et puis après quelques manipulations, gesticulations, jeux de scène et entourloupettes, à la fin on voit sortir du chapeau un beau lapin blanc, c’est magique, le tour de passe-passe est fortiche.

Ici c’est un peu pareil. Ca commence comme un épisode de « Nos chers voisins », je n’en dirai pas plus.

Il est question d’un dégât des eaux, l’inondé vient se plaindre à la responsable à l’étage au-dessus, il tombe sur une jolie dramaturge qui est à cran car elle cherche un sujet de pièce et ne le trouve pas.  Il se fait virer, il revient, le dialogue est une passe d’armes entrecoupée de sanglots et de confidences éplorées.

A ce stade j’étais très énervée car pour moi,   la panne d’inspiration n’est pas un truc qui se règle en tapant du pied, c’est très douloureux et très intime, il faut au contraire se concentrer, rêver, faire le vide, bref cette fille hystérique  m’horripilait.  (J’oubliais totalement que j’assistais à une comédie.)

Mais… mais,  heureusement, il y avait Stéphane de Groodt.  Lui, tout auréolé de sa gloire d’humoriste très médiatique, était prodigieusement calme, sobre, intériorisé.  On sentait qu’il était vraiment habité par son personnage car il ne fit aucun jeu de mots.

Pour lui j’avais envie de m’accrocher. 

Bérénice Béjot, elle aussi auréolée de sa gloire d’actrice déjà un peu chevronnée, se donnait un mal fou pour exister.  Premier rôle au théâtre, peut-être, mal dirigée probablement et pourtant, Bernard Murat… mais enfin. 

Donc, je me demandais  quel trait de génie allait faire basculer la pièce  même si j’avais bien compris que le dégât des eaux allait se régler tôt ou tard par un débordement sentimental.

. Mais entre temps ?

Entre temps, et bien,   l’intrigue a pris corps insensiblement,  l’affaire de la panne devenait un souci majeur,  le voisin s’intéressait davantage à l’inspiration de sa voisine du dessus plutôt qu’à ses mensurations,  le suspense s’installait, et  puis il y avait ce mari, là, qu’on ne voit jamais mais dont elle parlait beaucoup, n’allait-il pas changer la donne ?

On commence à  dresser l’oreille.   Cette page blanche,   le charmant voisin s’ingéniait à  la remplir  envers et contre le gré de l’auteur, mais voilà, elle s’est laissée prendre au jeu et  nous assistons, amusés, aux répétitions d’une pièce dans la pièce où l’on retrouve les mêmes personnages… 

La ruse, c’est cette pièce enfin écrite qui se joue devant nous « in blue light » et qui fait un tabac (les applaudissement enregistrés sont communicatifs-) et puis le retour sur terre, et c’est là que la pièce bascule dans l’émotion devant l’étrange trouble de ce  voisin  qui devient soudain acteur de la pièce qu’il a aidé à écrire.   C’est compliqué ? Ben oui, il faut aller voir la pièce.

La scène finale est  effrontément happy end,  avec ce baiser très attendu provocant   une tempête d’applaudissements  bien réelle cette fois dans la salle.

Le public est trop sentimental.  Moi j’aurais fait une fin plus inattendue, une rencontre sous le signe de l‘ écriture, une entente dans les sphères de l’esprit, plus platonique que charnelle, beaucoup plus intéressante qu’un banal corps à corps.  Mais aurais-je récolté cinq rappels et les cris de joie de ce soir ?

Avec « Le Prénom » et « Le diner d’adieu » Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patellière sont  devenus des locomotives dans le convoi des auteurs dramatiques contemporains.  Ce duo-là a tout pour les faire rester en tête. Non ?  Vous pariez ?

 

TOUT CE QUE VOUS VOULEZ,  mise en scène de Bernard Murat, au théâtre Edouard VII à ¨Paris.

 

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 11:03
THE BIG LEBOWSKI,  BIG FILM

Il faut revoir ce film pour réveiller le cinéphile qui somnole en chacun de nous.

Après Fargo, les frères Cohen donnent  dans le délire avec deux acteurs méconnaissables.

 

Jeff Bridges a pris dix kilos, il est hallucinant dans un rôle de demi clochard poursuivi par un destin contrariant.

John Goodman est énorme en anar caractériel qui pique des crises à tout bout de champ, hurlant sur tout ce qui bouge.

John Turturro est surprenant dans un  rôle secondaire qui se paie une scène culte.

 

Il y a du Cervantes, du Chandler, du Hellzapoppin dans le scénario qui pratique l’humour subliminal dans une intrigue de film noir..

 

 

Ils se sont trompé de Lebowski et ils ont pissé sur mon tapis…

 

Non, il faut voir Jeffrey Lebovwski alias Le Duc encaisser les coups  sans une égratignure, toujours aussi déglingué, résigné, obsédé par son tapis souillé, essayant vainement  de traquer les bandits et tombant à chaque fois dans un traquenard,  accompagné par son ami Walter survolté.

Toutes ces images catapultées, burlesques ou violentes, oniriques ou surréalistes dans une histoire à dormir debout émaillée  d’anecdotes intempestives  et de personnages en transit, font un film qui ne ressemble à aucun autre,  comme un tableau de Jérôme Bosch. 

 

Sorti en 1998, le fim n’a pas fait exploser le box-office tout de suite, la critique a été tiède, l’accueil du public mitigé. Et puis… quand même, d’année en année, son prestige a grandi jusqu’à devenir un culte à travers le monde  et il est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque du Congrès -  malgré la profusion de mots orduriers que profèrent les personnages…

THE BIG LEBOWSKI,  BIG FILM

ZOOM SUR UNE SCENE CULTE

Le Duc adore le bowling – on ne le voit jamais jouer dans le film, mais il passe beaucoup de temps dans la grande salle où s’entraînent les joueurs.

Il est donc assis là,  je dirai même « affalé », avec son ami Walter aussi affalé que lui,  devant les pistes, et échangent quelques répliques salées, leur langage habituel.  Entre eux est assis, de dos, Donnie le partenaire du Duc au bowling, personnage effacé et peu loquace mais qui se fait clouer le bec chaque fois qu’il l’ouvre par Walter : « Shut up fuck up ! »

Quelques plans sur des mains ajustant une chaussure de compétition, puis caressant les cordes d’une guitare, et déboule soudain Jésus, c’est John Turturro le magnifique, dégaine de matador moulé dans sa combine violette, cheveux noirs laqués.  Il toise les trois compères et leur annonce qu’il va leur mettre une peignée à eux joueurs minables.

Puis il se place devant une piste et entreprend d’exorciser  sa boule. Il la lèche -  sa langue mesure bien vingt centimètres, la caresse et se concentre avant le tir.

Sa prestation va durer à peine dix minutes, le temps d’un lancer fulgurant qui fait place nette, puis d’une danse sur un « California » revu flamenco, qu’il exécute avec  un déhanchement  de torero.

Le trio l’a regardé faire sans piper.

Même pas un lever de sourcils.

La caméra se  prélasse sur l’absence d’expression de chacun des deux acolytes rivalisant d’indifférence.

L’ensemble vaut son pesant d’or.

La scène est courte, mais elle reste dans les mémoires comme le clou du spectacle, alors qu’elle est complètement anecdotique dans l’intrigue

Il paraît que Turturro, qui trouvait son rôle un peu fluet, a tout fait pour lui donner de l’embonpoint.  Pari gagné .

 

 

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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 10:54
CONVERSATON  IMAGINAIRE

Rome, Chapelle Sixtine, 1481    

 Sandro Botticelli se repose en contemplant, au-dessus de l’autel l’immense croix de bois sculpté qui domine le chœur. C’est une lourde tâche que vient de lui confier le pape Sixte IV, celle de reprendre la décoration du plafond de la chapelle.  Il a Botticelli a alors trente six ans et une belle notoriété mais l’énormité du travail qui l’attend  l’envahit de doute. 

Perdu dans sa méditation, il n’entend pas Léonard de Vinci qui s’approche doucement, les yeux levés vers la fresque que son ami vient de commencer.  Il passe sous les échafaudages, longe la table à tréteaux où sont étalées les multiples esquilles du Châtiment de Core, l’une des trois fresques commandée par le pape Sixte Ier à Botticelli.

 

« Déjà du beau travail, murmure-t-il pour lui-même.

Botticelli se retourne et va vers lui.

« C’est une épreuve de force… Mais je ne veux pas décevoir le saint Père, je dois faire vite et bien.

Ils s’assoient tous les deux sur un banc dans un rayon de soleil poudreux qui s’infiltre par l’un des vitraux.

«Ce plafond en a vu de toutes les couleurs… Tu viens après Le Perugin, et la rumeur veut que Rosselli soit sur les rangs pour prendre ta suite…

« Je sais, je sais. Je ne prétend pas faire œuvre éternelle. J’ai en tête d’autres projets, plus accessibles aux regards !- dit-il d’un ton malicieux – et ils éclatent de rire.

« Ah c’est vrai qu’il faut se tordre le cou pour admirer votre travail !  plaisante Léonard de Vinci - Mais que prépares-tu ?

Botticelli ferme les yeux.

« J’ai rencontré une jeune fille si belle, si lumineuse, si pure, que je veux en faire le portrait.

Léonard de Vinci le prend par l’épaule.

« Toi aussi ?  J’ai moi-même l’idée d’un portrait de femme que m’a inspiré une dame de mon entourage.

Ils se regardent un moment en silence. Puis Botticelli se confie :

« Je ne veux pas faire un portrait académique, je veux faire une allégorie… enfin, vois-tu, je veux que cette beauté suggère un mythe, une légende universelle… Mon modèle restera anonyme.

«Tu as là un sujet de travail passionnant !  A quelle allégorie penses-tu pour ton portrait ?

Botticelli hésite un instant.

« J’ai confiance en toi, Léo. Je te confie cela en grand secret.

Puis-je compter sur ta discrétion ?

« Sois certain que je ne trahirai pas ta confiance, Sandro.

« Leo, mon tableau sera celui de la naissance de Vénus, une jeune fille aux cheveux d’or flottant sur la mer dans une conque de cristal.

Leonard de Vinci prend le temps de visualiser, les yeux fermés,  la révélation de son ami.

Puis il se lève :« Magnifique ! Ton idée est magnifique.  Je souhaite que tu en finisses au plus vite  avec  tes trois fresques pour venir admirer la réalisation de ce rêve.

 

Botticelli se lève à son tour  et ils s’étreignent.

« Mais toi, Leo, dis-moi quel est ton modèle idéal ?

 

 

 

CONVERSATON  IMAGINAIRE

Leonard de Vinci sourit :

« Mon portrait à moi ne sera pas une allégorie, mais j’aimerais qu’il reste le symbole universel  du mystère de la femme.

« Comment feras-tu ?

Leonard de Vinci soupire.

« C’est peut-être un pari fou, mais je veux mettre tout le mystère de la femme dans un sourire.

« Un sourire ?

« Oui, un certain sourire, plein de retenue, à peine esquissé, dans un visage lisse, celui d’une femme au maintien faussement sage, une femme qui fera poser la question : est-ce une bourgeoise ? Une courtisane, une princesse ?

« Cette femme, tu la connais donc  ?

« Oui, bien sûr.  Mais je garde son nom secret. Elle sera connue du monde entier par le nom de mon tableau : la Gioconda.""

 

 

 

Ce fut ma rencontre imaginaire entre ces deux prodiges de la Renaissance italienne. 

Revenons maintenant à la réalité pour se rafraîchir la mémoire :

Les  fresques de Botticelli furent recouvertes en 1508 par celles de Michel-Ange avec ses scènes de La Genèse, qui ornent encore aujourd’hui le plafond de la chapelle Sixtine.

Botticelli acheva  La Naissance  de Vénus en 1485 et ce tableau restera son œuvre majeure, conservée au musée des Offices à Florence.

Leonard de Vinci, lui, acheva La Joconde en 1506. et son vœu fut exaucé : le sourire de Mona Lisa reste l’énigmatique symbole du mystère de la femme.

Conservée au musée du Louvre à Paris, la Joconde est l’œuvre d’art la plus visitée au monde. 

 

Botticelli (1445-1510) 

Leonard de Vinci (1452-1519)

Michel Ange  (1475-1564)

 

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 17:58
LA ROQUE D'ANTHERON 2016

 

©oup de coeur : concert du 8 août 2016

 

THARAUD PUREMENT ET SIMPLEMENT

 

Pur et simple, inspiré seulement par la musique de Bach, tel  nous apparaît   Alexandre Tharaud ce soir à la Roque d’Anthéron.

Ce n’est pas la rigueur mathématique de Gould, c’est la juste restitution de la note, claire et nette, comme l’a écrite le compositeur.

 

Les Variations Golberg sont un exercice de haute voltige auquel s’attelent nombre de pianistes confirmés, chacun à sa manière.  Trente  trois morceaux dont le premier et le dernier sont identiques :   un aria pianissimo, langoureux pourrait-on dire s’il ne s’agissait pas d’une œuvre presque sacrée.

Entre les deux, chaque variation allant  de l’adagio à l’allegro nous emmènent tour à tour du calme à la tempête.

Tharaud  garde le cap dans cet océan de caprices, il ne cède à aucune tentation de dérive,  chaque note reçoit sa frappe propre, détachée des autres, pleine de son sens harmonique, sans affect ajouté -  Bach exige  une exécution spartiate.

Tharaud joue comme il respire, sans mouvements d’épaule, hochements de tête, d’effets de poignets.

    Du côté du public c’est le recueillement absolu.  Combien sommes-nous ? Six cents ? Huit cents ?  Une heure et quelques minutes passent dans un silence attentif, sans une minute d’ennui.  Cela tient à la diversité étourdissante de l’œuvre, où l’on retrouve tous les charmes mystérieux  de l’écriture de Jean Sébastien Bach, mais aussi à l’exécution envoûtante de Tharaud qui, les yeux fermés, le visage levé, nous emmène dans sa jubilation intérieure.

 

 

 

 

 

 

 

 

LA ROQUE D'ANTHERON 2016

2ème coup de coeur : Concert du 10 août 2016

 

LUGANSKY,  INTENSEMENT

Point culminant  de La Roque d’Anthéron, le flamboyant NicolaÎ Lugansky a mis ce soir  le feu aux gradins.  Pas seulement parce qu’il est beau comme Bowie, mais par son pouvoir émotionnel sur le public .

 Il aime venir jouer à la Roque d’Anthéron et pour ceux qui l’ont suivi depuis ses débuts Il est chaque année plus convaincant.  Chaque année plus étonnant.

Il parcourt le monde, de concert en concert et ses apparitions sont partout des moments de grâce.

 Il peut tout jouer, il joue tout, de Chopin à Prokofiev, Debussy, Rachmaninov – son maître, son père spirituel.

Il les aime tous, il plonge à la recherche de leur moi profond, il les ressuscite.

Ce soir, il débute par César Frank, malicieusement, l’air de ne pas y toucher, comme pour dire « voyez-vous ce soir j’ai décidé d’être sage », juste agile sur le clavier, sans trop d’impulsions.

Mais la suite nous bouleverse. Les impromptus de Schubert, on les connaît, ce sont des merveilles, bien  sûr, mais nous les entendons ici pour la première fois.

L’émotion est là, le cœur, la douleur de Schubert s’exhale sous les doigts légers de Lugansky, on se demande pourquoi  aujourd’hui  il se passe quelque chose.

Son visage est serein, il se laisse regarder, on ne s’en prive pas… Il se tient droit,  détaché du clavier d’où sort, comme par miracle, la musique la plus volupueuse comme la plus déchaînée.

 

Il a gardé pour la fin Six Moments musicaux de Rachmaninov, pleins de fougue romantique  qui ont soulevé le public d’un élan de reconnaissance frénétique.

Généreux, il nous offre cinq rappels tout aussi intenses.

On peut difficilement rester dans la sobriété lorsqu’on parle de Nicolaï Lugansky…

 

 

D’autres grands interprètes se produiront encore au festival de La Roque d’anthéron, jusqu’au 18 août .

 

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 16:34
REGARDEZ, MAIS NE TOUCHEZ PAS, de Théophile Gautier, une pièce de Jean-Claude Penchenat

L'INSTANT THÉÂTRE

La nuit tombe sur cette place qui domine le vieux village de Grilllon que Jean-Claude Penchenat a choisie pour y planter le décor de cette  pièce au titre mystérieux.

 La malvoyante distingue, au fond de la scène, un très haut mur de pierres percé de fenêtres qui donnent sur le vide, sur le ciel qui s’obscurcit lentement.

Le plateau est vide, lui semble-t-il.

Mais  des ombres se glissent sur scène, se mettent en place, la pièce va commencer.

Elle regarde, mais elle ne voit pas.

Elle entend la musique d’ouverture, une zarzuela martiale qui doit donner des ailes aux acteurs, , et le souffleur annonce le début de la « première journée ».

Très vite, on est au cœur de l’intrigue. Cette nuit, dans la forêt, le cheval de la Reine d’Espagne s’est emballé et la Reine aurait fait une chute fatale sans le secours d’un valeureux chevalier qui l’a recueillie dans ses bras.  

Les dames de sa suite racontent et se lamentent, car le sauveur de la Reine risque  la peine de mort, pour crime de lèse majesté : persibbe, à part le Roi, ne doit toucher à la Reine d’Espagne.

 

La malvoyante aimerait voir les échanges de regards sur les visages des actrices, surtout  sur celui de Beatrix de Astorga , qui, émue par cet acte chevaleresque, promet sa main à cet inconnu, disparu dans la nuit, promettant de tout faire pour obtenir sa grace.  Mais qui peut-il être  ?

 

Un peu plus tard,elle ne voit pas non plus  le visage du comte de san Lucar son vieil  ami, qu’elle connaît pourtant si bien, Grand Maître de Cérémonie, impitoyable gardien du protocole, mais elle se régale du dialogue ente lui et son jeune neveu, le bouillant don Melchior de Bovadilla , qui va semer la zizannie à la Cour.

 

La malvoyante oublie qu’elle ne voit pas la même chose que ses voisins.  Derrière elle, les rires la réjouissent, elle mêle son rire  à ceux du public, elle est émue comme les autres.

 

Quand surgit sur le plateau, enveloppé de sa cape, essoufflé, échevelé, galvanisé, le jeune  don Gaspard , «  chevalier de fortune » ,  qui prétend être le sauveur de la Reine, la malvoyante regrette de ne pas voir son œil qu’elle devine de brause, ni ses traits juvéniles. Est-il plus beau que don Melchior ?

Les acteurs, pour elle, sont devenus des voix, des voix dotées d’un corps plus ou moins svelte, plus ou moins gracieux.

 

Avec l’entrée de don Gaspard,  la pièce prend son second souffle.

Plus besoin de 3D pour frémir aux envolées de capes, aux croisement des épées, aux murmures de couloir, pour s’émouvoir d’une méprise dangereuse, d’un quiproquo à la Marivaux.

L’humour est omniprésent, distillé par des acteurs inspirés, portés par leur bonheur de jouer. La troupe est fusionnelle, les talents se conjuguent dans le même professionalisme.

 

Pas besoin de 3D pour découvrir la grâce d’une langue aussi pure que savoureuse, classique  mais tellement actuelle.

C’est une comédie de cape et d’épée comme on les peaufinait au XIXème chez Hugo, Dumas fils ou Rostand.

C’est un régal.

A la fin, sous les premières gouttes d’un orage que Dieu a bien voulu retarder, le public debout manifestait sa joie, indifférent à la pluie.

La malvoyante m’a regardée (sans me voir !) et m’a serrée le bras.

«  Quel bonheur ! j’ai l’impression d’avoir tout vu !..… »

A peine surprise, je lui dis simplement « Claro ! c’est la magie du théâtre ! » 

 

Grand admirateur de Victor Hugo, dont il fut l’ardent défenseur de son « Hernani », Théophile Gautier écrit cette pièce en 1847 sous le titre « Ne touchez pas à la Reine ».

Elle fut créée au théâtre de l’Odeon à Paris en février 1847 et ne fut jouée qu’une fois

 

 

 

 

 

REGARDEZ, MAIS NE TOUCHEZ PAS, de Théophile Gautier, une pièce de Jean-Claude Penchenat

Jean-Claude Penchenat nous l’a  ressuscitée et  après l’avoir créée à Paris  au Lucernaire en 2013, puis au Ranelagh en 2014,  la troupe l’emmena en tournée autour du monde pour quelques 300 représentations.   Ce soir, nous assistions à l’avant-dernière, à Grillon dans le Vaucluse, avant l’ultime adieu au public en Octobre dans le Maine-et-Loire…

Penchenat, œil malicieux, puits de culture, fervent admirateur de Balzac comme Gautier,  est une figure majeure du théâtre populaire.   Co-fondateur du Théâtre du Soleil, il a ensuite touché à tout, comédien de théâtre, acteur de cinéma, metteur en scène accompli, il est aussi bien l’homme du Bal que l’homme du Campagnol et les initiés le vénèrent.

Son grand défaut : la modestie poussée à ‘extrême.  Son nom seul est connu, pas lui.  Ce qui lui donne un attrait supplémentaire lorsqu’on découvre son sourire, sa gentillesse, son charme.

 

Miss Comédie

 

 

 

 

 

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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 13:35
LES ANNÉES PUB : LYON S'AFFICHE

 

C'était hier. A cette époque  les agences fleurissaient  à  Lyon et s’appropriaient de sacrés morceaux de budgets, régionaux et nationaux - dont celui de la Ville de Lyon !

Mais les publicitaires lyonnais ne se prenaient pas au sérieux, c’était avant tout un métier ludique même s’il rapportait gros.

Quand je pense à la manière dont j’ai été embauchée chez RSCG-Ferton-Billière, à cet entretien où je me suis présentée, les mains dans les poches mais pas rassurée quand même, car postuler dans une agence  du clan Séguéla  sur la seule recommandation d’un copain du patron, c’était pas gagné.

De la pub, je ne connaissais que le devant de la caméra de   Jacques Tati et encore, ce n’était pas vraiment un bon souvenir.

Bernard Billière me considérait derrière son bureau,  l’œil froid.  J’avais tout dit, c’est-à-dire pas grand-chose et je pensais qu’il allait me virer gentiment  quand :

« Bon, si je comprends bien, vous savez jouer la comédie, mais à part ça,  qu’et-ce que vous savez faire ?

Perdu pour perdu, j’ai répondu du tac au tac .

« Si vous allumez un cigare, je vous dirai que je sais danser le tango.

Il n’a pas mais il a enchaîné très sérieusement : « Vous allez faire un stage à la  création. Vous êtes plus à l’aise  au dessin ou à l’écriture ? »

«  Euh, à l’écriture…

« Vous commencez demain.

Je n’ai pas signé de papier, je suis arrivée le lendemain et Violaine, la rédactrice, m’a fait une place tout naturellement. Elle m’a enseigné les rudiments du métier et je suis devenue petit à petit conceptrice-rédactrice en titre.   Ca ne se passe plus tout à fait comme ça aujourd’hui. 

Nous avons déménagé de la rue de la République, au cœur de la Presqu’ile, à la rue Sully dans le 6ème arrondissement. Nous quittions le quartier commerçant  pour le quartier chic.

 

Chez RSG-Ferton-Bilière  la journée de travail commençait comme ça :

9h, arrivée de la direction, Bernard Billière et sa compagne Antillia Dufourmantelle dans une voiture discrète, je ne me souviens plus de la marque.

Bernard s’habillait chez Barbour, Antillia chez Madeleine Vergoin, un magasin de mode très select de l’avenue Foch (un nom prédestiné dans la topographie urbaine…).

Antillia était une superbe martiniquaise au port altier et au comportement arrogant, surtout  envers le petit personnel. 

 Elle occupait  le bureau mitoyen du bureau directorial avec les fonctions de directrice de clientèle Elle tutoyait les top models qui posaient pour ses campagnes.  Devernois, Le Chat, Marese étaient ses clients privilégiés.

Son ironie s’exerçait avec jubilation sur les textes de ses annonces qu’elle lisait à haute voix devant la rédactrice mortifiée.

Antillia Dufourmantelle n’était pas l’idole de l’agence.  Les commerciaux la craignaient, mais les créatifs la détestaient ouvertement. Elle trouvai ainsi collé sur la porte de son bureau un panneau affichant son nom : Antillia Dufou ‘mantelle.  C’était la belle écriture de notre DA.

.

9h 30 : entrée en trombe de la Toyota du chef de fabrication, Marc Girard,  œil goguenard, moustache et tignasse rousses,éternellement vêtu en broussard.  Réactionnaire par provocation, il adorait  brancher la sono sur des chants nazis, pour écouter les réactions virulentes qui jaillissaient des étages et il se tordait de rire.

Il régnait sur l’étage de la création  en compagnie d’Alain Herry  le chef de studio. Graphistes, maquettistes, tous les auteurs des visuels qui sortiraient de l’Agence, leur obéissaient au doigt et à l’œil.  Nous, les DA et rédactrices, avions un bureau à part.

 

10h : arrivée d’une Cadillac blanche décapotable, intérieur cuir rouge, d’où l’on voyait descendre  une santiag puis  une autre, puis un jean très serré, chemise immaculée, écharpe noire ou blanche selon l’humeur, blouson en jean ou perfecto selon la saison, c’est Michel Trichelieu le  directeur de la Création. Sous lui, il y a les directeurs artistiques (AD)  qui lui soumettent leurs idées géniales.

« Trich »  n’abuse pas de son pouvoir, d’ailleurs il participe à la gestation des campagnes, c’est lui qui a eu l’idée d’engager Serge Gainsbourg pour la marque Bayard, avec l’accroche « Un Bayard, ça vous change un homme, n’est ce pas, monsieur Gainsbourg ? »

Pur produit du star-system prôné par Séguéla, l’affiche a fait un tabac et  Trichelieu enchaîna avec Birkin, un beau doublé pour Trich et pour l'agence.

 

 

LES ANNÉES PUB : LYON S'AFFICHE

Michel Trichelieu était l’âme de l’Agence avec Béatrice  Patrat, la briseuse de coeurs .  Deux stars de la création lyonnaise avec qui j’ai adoré travailler.  

10h30 :  arrivée d’une Jaguar  bleu navy qui se gare dans la dernière place libre de la cour. En descend la conceptrice-rédactrice Barbara Laurent, probablement en Dorothée Bis.

La Jaguar n’était pas forcément au rendez-vous, elle servait aussi à JMO   son compagnon et auteur du piston de la première heure…

La cour ne contenait pas plus de cinq voitures, il fallait laisser une place pour le client éventuel.  Les autres employés venaient à pieds.

Commençait alors une journée travail pleine de rebondissements, ponctuée  de rires ou d’engueulades.

La réunion planning du lundi matin donnait le coup d’envoi. Toute la semaine se construisait là, chacun percevait la notion d’urgence. Tout était toujours en retard.  Les commerciaux déversaient sur les créatifs leurs récriminations et chacun remontait à son étage courbé sous le poids de l’urgence.  Mais  le grand art des artisans de la communication était de ne se mettre à l’ouvrage qu’à la dernière extrémité.

 

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IR

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 17:14
ROMEO  ET  JULIETTE, de Franco ZEFFIRELLI

ZOOM SUR UNE SCENE CULTE

La scène du balcon

C’est plus qu’une scène culte, c’est un monument dédié à l’amour que l’on visite encore, des cars entiers de touristes déversent les fidèles dans cette ruelle tranquille  de Vérone, ils pénètrent dans la petite cour, émus, lèvent la tête vers ce balcon où s’est  échangé le fameux baiser  -  mais…

Non, tout cela est du rêve, il n’y a jamais eu de Romeo ni de Juliette dans cette maison, Shakespeare a tout inventé ! D’ailleurs le balcon du film de Zéffirelli n’a rien à voir avec ce petit balcon que les Véronais ont choisi  d’immortaliser.

La demeure des Capulet est une forteresse et le balcon de Juliette domine une haute muraille de pierres cachée  derrière un bosquet d’arbres touffus.

 

Non, rien n’est vrai dans cette histoire  d’amour.

Mais  ces deux adolescents se sont incarnés dans nos esprits comme des créatures d’un autre siècle. 

Donc  Romeo a bien escaladé ce mur de pierre pour arriver au balcon où Juliette se morfondait d’amour en pensant à lui, et ils se sont rejoints dans un élan passionné.  Elan décuplé par l’interdit, l’urgence, le risque,  grands  stimulateurs du désir.

Olivia Hussey et Leonard Whiting sont évidemment d’une beauté archangélique, surtout elle, et leurs épanchements, aussi tumultueux qu’ils soient, paraissent étonnamment chastes.

Ils se sont rencontrés au sortir de l’enfance dans un bal donné par la Maison Capulet, où s’est introduit Romeo l’indésirable fils des Montaigu.  Leurs regards se sont croisés,  quelques mots échangés  et le premier baiser a suivi   tout de suite, déjà incendiaire.

« Qui est cette merveilleuse ? demande Romeo à une servante.

Qui est ce charmant jeune homme ? demande Juliette à sa nourrice.

Ils apprennent alors que leur amour est interdit.

D’où, cette scène du balcon, dangereuse, affolante.

On entend  la voix de la nourrice appelant Juliette mais Romeo n’arrive pas à se décider. Plusieurs fois ils se séparent, pour se ruer à nouveau l’un vers l’autre.

Ils ne savent pas encore que leurs jours sont comptés.

Demain, sur la place de Vérone, les Capulet et les Montaigu vont s’affronter, comme n’importe quelle bande de jeunes, comme dansWestside story, mais avec une haine ancestrale qui va les pousser au crime.

ROMEO  ET  JULIETTE, de Franco ZEFFIRELLI

Zeffirelli a choisi ses acteurs principaux parmi les plus beaux specimens du théâtre anglais.  Mercutio (John McEnery)  l’ami de Romeo, Tybald (Michael York), le cousin de Juliette, un Capulet pur et dur. Ils ont tous l’épée au côté et dégainent à la moindre bravade.   Ca commence avec quelques plaisanteries, provocations qui virent vite à l’affront, et Mercutio est la première victime, sous les coups de Tybald.  Fou de rage Romeo va le venger pour son malheur.

Cette scène est magnifiquement filmée, haletante. C’est le point culminant du film.

La belle histoire bascule alors dans l’horreur.

Les larmes effacent les baisers. Les deux amants deviennent ennemis malgré eux.

Tout le monde connaît cette histoire, bien sûr.

Jusqu’à la fin cruelle, stupide malentendu, le grain de sable qui enraye le stratagème salvateur. L’intrigue est celle d’un polar, avec sa chûte fatale.

ROMEO  ET  JULIETTE, de Franco ZEFFIRELLI

 

UN FILM SUBLIME

Sorti en 1968, c'est l’un des meilleurs films de Franco Zeffirelli, et son plus grand succès.

Tourné en Italie et en décors naturels à Vérone, dont le réalisateur a fait reconstruire la place principale où se déroule le combat, les décors  sont d’une telle opulence qu’on lui a reproché de minimiser le texte… Quelle erreur !  Une si belle langue  ne pouvait être mieux servie que par des images grandioses.

Et l’on retrouve dans les dialogues certains accents shakespeariens au lyrisme  suranné mais tellement  émouvant.

Et la musique ?  On pourrait s’attendre à Monteverdi, mais c’est Nino Rota qui plonge le film dans une atmosphère intemporelle.

 

ZEFFIRELLI, L’ORPHELIN

Enfant de l’amour, peut-être,  le petit Franco fut confié à l’Assistance par sa mère sous le nom de Zeffiretti, un aria de Mozart qu’elle chérissait.

Mais  par une erreur de calligraphie, son nom devint Zeffirelli pour la vie.  Comme toujours, son destin est marqué par des rencontres décisives, celle d’une Anglaise vivant à Florence qui l’adopte, l’instruit et lui inculque l’amour de Shakespeare. 

Ensuite, c’est Luchino Visconti qui l’engage comme assistant et lui communique son goût du raffinement dans des images somptueuses en toiles de fond de tous ses films.  Zeffirelli devient son  disciple,  ils ont les mêmes goûts, ils s’aiment.

Mais… les histoires d’amour finissent mal, en général et  la jalousie s’installe lorsque Zeffirelli s’affirme comme un rival dangereux.    C’est la fin d’une relation  castratrice.

C’est dabord l’opéra qui l’attire puis irrésistiblement,  Shakespeare.    Il monte La Mégère apprivoisée avec Elisabeth Taylor et Richard Burton – gros succès, (qui s’en souvient encore ?

Et puis, en 1968, ce Romeo et Juliette d’anthologie qui lui vaudra deux Oscars.  Il a alors 45 ans.

Sur la demande du pape Paul Vi, il tourne une vie de Jésus, Jésus de Nazareth,  pour la télévision.  Dix ans plus tard il s’oppose violemment à Martin Scorsese qui sort La Dernière Tentation du Christ … Deux artistes italiens, deux visions différentes  de la Foi chrétienne.

 

Son dernier film, Callas forever, avec Fanny Ardant, beau succès pour l’actrice, était sans doute un rappel émouvant pour lui qui avait dirigé la diva dans un opéra à la Scala de Milan…  C’était en 2002.

. Et puis plus rien.  Mais le temps a passé, il a aujourd’hui 93 ans.

 

 

 

 

La scène du balcon est sur YouTube, et le film, incontournable, dans toutes les FNAC ;

 

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 14:13
LES ANNÉES PUB : JACQUES SEGUELA ET LE STAR-SYSTEM

 

PETIT LEVER DE RIDEAU SUR LE ROI DES ANNÉES PUB

Il a aujourd’hui 80 ans – est-ce possible ?   Il a l’âge de ses campagnes, qui affichent encore une insolente jeunesse.

 Il fonde l’Agence RSCG (Roux-Seguéla-Cayzac et Goudard) en 1970.

Pour moi, avec Bleustein-Blanchet, c’est la figure emblématique des années pub.    Il faut dire que je l’ai bien connu, j’ai travaillé pour lui,          nous étions quelques-uns à le prendre pour un nouveau Copernic.

Je regarde sa photo de maintenant, tout rabougri.  A-t-il gardé cette pêche qui a traversé le monde de la communication   pendant une décennie  ?

Pourquoi ne parle-t-on plus jamais de lui dans les médias ?

Mais n’a-t-il pas raison de se retirer en beauté au lieu de continuer à émettre des messages que l’on jugerait ringards  ?  Il n’est plus dans l’air du temps.

Pourrait-on aujourd’hui faire du  bonheur l’idée-force d’une campagne ?   Celle du Club Med, dans un spot réalisé par Patrice Leconte, nous fait aujourd’hui rêver mais aucune agence de com ne pourrait la revendiquer !

 

LES ANNÉES PUB : JACQUES SEGUELA ET LE STAR-SYSTEM

 

La Com a chassé la Pub, elle a mis Séguéla au placard.

Et pourtant, lorsqu’on revoit ses campagnes, on rêve devant  leur efficacité.   Bon, vous allez me dire, montrer des fesses pour donner envie d’aller au Club Med, c’est un peu facile !

Oui, mais quelles fesses ! Et quelle classe !  Culottée, mais pas vulgaire.  

 

Séguéla adorait les  stars.  L’idée force de sa stratégie publicitaire était Le Star-System.

Mais Séguéla était  lui-même une star.   A l’époque, on le voyait partout. Oh, il n’était pas beau, non !   Il attirait les foules par  ce je ne sais quoi qu’on appelle le charisme.

Il  donnait l’impression d’avoir l’intelligence communicative. Il s’arrangeait pour que son interlocuteur le plus primaire se sente intelligent.

Lorsqu’il venait visiter son agence de Lyon, tous les publicitaires de la ville se pressaient pour l’écouter, le questionner, sous le charme.

Mon tout nouveau compagnon qui s’occupait de la revue Lyon Poche, magazine de loisirs lyonnais, avait déjeûné avec lui et disait à qui voulait l’entendre que si Séguéla lui avait demandé de tout quitter pour le suivre dans la publicité, il l’aurait suivi. C’est le danger des hommes charismatiques, ajoutait-il.

Et puis surtout, il aimait rire.  L’humour débordait de ses créations et donnait envie d’y adhérer illico.   La joie est le premier ingrédient de la réussite, personne n’a envie d’acheter un produit qui donne envie de pleurer.  Un exemple de cet humour complètement déjanté, sa campagne pour la Citroën CX GTI, l’une de ses marques fétiches

LES ANNÉES PUB : JACQUES SEGUELA ET LE STAR-SYSTEM

Encore un coup de Jean-Paul Goude qui photographiait  souvent Grace Jones en état d’hyper activité.

 

En 1979 il publie :  « Ne dites pas à ma mère que je suis dans la publicité… elle me croit pianiste dans un bordel. »

Le livre était sur les bureaux de tous les membres de l’Agence, dédicacé par l’auteur.   Je me suis empressée de l’acheter, mais jamais je n’ai  trouvé un moment propice pour le lui faire signer.

J’avoue qu’en le relisant aujourd’hui, je lui trouve beaucoup moins de saveur qu’à l’époque.   Tout en voulant faire un portrait satirique de la pub, il se met en scène avec complaisance dans un style de potache.

(Je me suis beaucoup plus régalée avec le « 99 francs » de Frédéric B eigbeder écrit vingt ans plus tard)

A chaque époque ses porte-drapeaux !   Séguéla n’est plus à la mode ?

Traitons-le comme Michael Jackson : le roi de la pub vaut bien  le roi de la pop.

 

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 16:33
LES ANNÉES PUB; C'ÉTAIT FOU !

Fou comme Perrier, l’une des marques  emblématiques de ces années-là,  celle qui a osé les campagnes les plus insolentes, les plus drôles aussi.  Et d’abord, en 1970, ce slogan impérissable : PERRIER C’EST FOU !

 Lancé  par Jean Davray, le publicitaire  de la marque qui n’avait pas froid aux yeux, ce slogan magique a ouvert la route à toute une génération de créatifs galvanisés par le succès de ce nouveau genre de discours. Cela a donné des campagnes choc, libérées de tous les tabous.  Et les clients  suivaient !

Nous avons vu des pubs insensées, en forme de BD, de contes de fées, de science-fiction,  de comédies musicales,  on allait au cinéma pour voir la Pub !  Les magazines doublaient de volume, boostés par la pub !

C’était une époque où les annonceurs ne se souciaient pas encore de marketing, tout ce qu’ils voulaient c’était que leur marque ait du panache et crève les écrans.

C’est d’ailleurs ce que leur ont reproché leurs héritiers : ils valorisaient la marque mais ne faisaient pas vendre les produits.

La Com a chassé la Pub pour reprendre les rènes de la Rentabilité.

Dommage pour le spectateur.  Le consommateur, lui, s’y retrouve-t-il ?

Faut  voir…

N’empêche, nous nous souvenons tous de Perrier et de ses campagnes mythiques, comme LE LION où La Belle fauche la bouteille au nez de la Bête  en rugissant aussi fort qu’elle , ou La Tour Eiffel qui se penche tendrement vers le goulot pour boire un coup.

Il y avait une vraie surenchère dans l’humour, les agences s’arrachaient les talents créatifs comme les clubs s’arrachent les joueurs fétiches.

Souvenez-vous :  « Ajax vitres ? Quelles vitres ? » ou « Il y a moins bien mais c’est plus cher », ou «C’est doux, c’est neuf ? » ou bien sûr : « Just do it ! »  ou encore « What else ? »

A vous d’en rajouter, il y en a plein d’autres… Quand on se met à les revoir, on regrette cette époque d’insouciance.

Mais celle qui dame le pion à toutes les autres, c’est encore Perrier qui l’a trouvée, c’est toujours fou fou fou, et ce sera la scène du jour.

 

La photo que vous allez voir n'est que vaguement évocatrice de l'esprit pervers de son concepteur et réalisateur, en l'occurrence Serge Gainsbourg.  Mais vous devez avoir un peu d'imagination !

Heureusement il y a YouTube (cela ne vous rappelle pas un slogan célèbre de ses années là, justement ?)

 

 

 

 

 

LA SCENE DU JOUR

PERRIER C'EST FOU !

Campagne "La main".

 

 

 

 

 

.

 

 

 

LES ANNÉES PUB; C'ÉTAIT FOU !

 

Dommage, vous ne voyez là que le début. Je vous raconte :

 

Cette main fine et élégante va commencer à caresser la bouteille, légèrement, en prenant son temps, de bas en haut, pendant qu’une voix de soprano module une mélodie langoureuse.

Nous voyons la bouteille grossir, (mais oui !) frémir, tandis que la main continue  son manège, toujours lentement, toujours légèrement… jusqu’à ce que le bouchon se dévisse peu à peu, libérant tout d’un coup un jaillissement de liquide pétillant, joyeux, plein d’une énergie virile longtemps contenue.

C’est une très belle image, filmée par… Serge Gainsbourg.  Un sujet de choix pour ce grand libertin.   Mais qui d’autre eût pu réaliser une telle pub sans tomber dans la vulgarité ?

Le film est délicat, élégant, esthétique, magnifique.

Pourtant,il fut censuré dès sa diffusion à la télévision en 1976, et interdit dans tous les autres medias.  Certains téléspectateurs avaient violemment réagi contre le message sexuel qu’il contenait « à une heure de grande écoute, c’est inadmissible, les enfants regardent la télé !… »

 

Et bien, ces enfants, s’ils ont perçu le message sexuel, c’est qu’ils ont l’esprit bien mal tourné !

 

Je vous reparlerai des années Pub.   En attendant, allez sur YouTube pour voir LA MAIN dans son intégralité.  Tapez <<<Perrier c’est fou LA MAIN>>>

 

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  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

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