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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 16:12

 

 

 

28fenetreslanuitUne fois n’est pas coutume.   Aujourd’hui je ne signe pas mon article.  Cette réponse à ma question « et vous, que voyez-vous ? » m’a cloué le bec. Alors, la voici :

 

LA VISION D’UN DE MES LECTEURS

 

«  …et bin c'que j'vois j'vais t'le dir:

L'immeuble représenté sur ce superbe tableau de Hopper est le même que celui de "fenêtre sur cour", célèbre film de Hitch. mais côté rue et non côté cour. Quelques années plus tôt en 1928 année de création de ce tableau «Night Window», il s'est passé un évènement particulièrement étrange, affreux, toujours non élucidé dans cet immeuble, en fait un hôtel, son nom le "Manhattan", c'est l'été, un été chaud comme NY peut en connaître, caniculaire. C'est la fin d'après midi à la limite de la tombée du jour, le genre de soirée où les esprits surchauffés ne savent plus à quel saint se vouer. Le rideau qui volette nous indique que toutes les fenêtres sont ouvertes, la moindre petite brise, le plus petit courant d'air sont recherchés, une jeune femme, Louise vient d'enlever sa robe tachée de sang, elle baigne dans le lavabo de la salle de bains avec du savon Pears'Soap. Elle n'est pas certaine Louise de faire disparaître toutes les taches de sang, si je n'y arrive pas, la première poubelle sera la bienvenue. Elle est calme Louise, ce n’est pas le genre de fille à s’affoler pour une peccadille. Louise est accroupie, elle boucle ses valises, une très grande et deux plus petites, elle a réservé au terminal Greyhound de la 8th Avenue une place pour un bled paumé de l’Ontario. Elle arrive au Toronto coach terminal au petit matin, après quelques recherches elle trouve un paysan dans son pick-up Trucks, qui accepte après de longues tractations, le physique de Louise n’y est pas pour rien de l’emmener avec ses bagages, dans ce bled paumé Cordova Mines où elle vécut de sept à dix sept ans hébergée par  ses grands parents. Elle retrouve facilement la maison depuis longtemps à l’abandon, sous la pierre de l’entrée, la clef rouillée est toujours là, tremblante elle s’approche de la porte la serrure rechigne un peu, mais c’est comme dans son souvenir, elle n’a jamais été très coopérative cette porte, son grand père piquait des colères mémorables, en général cela se terminait par un grand coup de pied dans le battant. Avec un petit sourire en coin, Louise osa le coup de pied et la porte s’ouvrit, heureuse d’être à nouveau sollicitée. L’intérieur de la maison n’a pas changé, elle rentre ses lourdes valises qu’elle dépose derrière dans le jardin. elle repart au drugstore faire quelques courses, sans oublier le quotidien du jour. En rentrant, Louise creuse un immense trou au fond du jardin, la terre est meuble et facile à travailler, la grosse valise emplie parfaitement l’espace creusé. Epuisée par ces travaux de terrassement et ce voyage pénible Louise sans ouvrir le journal s’endort dans le fauteuil défoncé et poussiéreux du grand père. Réveillée par la température un peu fraiche de la nuit, Louise se lève va chercher du bois, fait une flambée dans le vieux poêle, qui aussitôt enfume la copieusement pièce, elle retrouve les bonnes odeurs de son enfance, elle se fait cuire des œufs, boit un verre de lait et ouvre le journal, un vague article en troisième page sur une disparition inexpliquée à New-York, d’une jeune femme, la petite amie d’un escroc et dangereux personnage, truand notoire, qui dirigeait quelques Speakeasies et bordels de Chicago pour le compte de Capone. Plus personne n’entendit jamais parler de ce fameux Tony, ni de Louise.  "

Michel T.  Art director, Lyon

 

Pas mal, non ? Cette fenêtre  favorise les courants d'art.

Miss Comédie.

 

 

 

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 20:41

V

 

 

  blowupgreenpark_zps717b3b49-copie-1.jpgDans quel film de 1966, inspiré d’une nouvelle de Cortazar, se trouve ce plan ?

 

Réponse  de la photo-mystère d’Avril :

Il s’agissait de Philip Glass et Bob Wilson,  le compositeur et le metteur en scène  de l’opéra « Eistein on the Beach ».

Cet opéra, d’une durée de cinq heures, a été créé au Festival d’Avignon le 26 juillet 1976.

 

Au mois prochain pour une nouvelle photo-mystère, si Dieu le veut.

 

 

Miss Comédie

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 16:27

 

 

 

LUI.jpg NIGHT WINDOWS  (Hopper 19266)

 

 

Encore une histoire de fenêtres. Hopper, lui aussi, était intrigué par ce qui se cache derrière les fenêtres.

 

 28fenetreslanuit.jpgCe tableau est particulièrement mystérieux et donne libre cours à l’imagination, avec ces menus indices qui ne révèlent rien.

Experts et biographes ont sûrement déjà décrypté tout ce qui se dissimule dans cette toile.

Moi, je ne suis que spectatrice  ignorante, comme la plupart de ceux qui défilent devant ce tableau dans le musée  d’Art Moderne de New York où  il est exposé.  Mon esprit a le champ libre pour échafauder un scénario, pas de frontières culturelles ou iconoclastes.

Je  constate d’abord   que l’auteur de la toile  était placé          au même niveau que son modèle, le regard balaie ce décor éclairé violemment et peut en distinguer les détails.

Le tableau a été peint de nuit, les fenêtres se détachent sur la façade de l’immeuble plongé dans l’obscurité. La rue, en bas, doit être déserte et  silencieuse.

Hopper avait-il, pour peindre cette scène, un quelconque lien avec l’occupante de l’appartement  ?  Habitait-il lui-même dans cet appartement ?  Ou bien   agissait-il seulement en voyeur ? Etait-il, comme nous, intrigué par ce qui se passait dans cette chambre ?

 

 

Car il s’agit bien d’une chambre, dont nous entrevoyons le bord d’un lit, et une partie du corps dénudé  d’une femme.

Que voyons-nous encore ?

La fenêtre ouverte.  C’est l’été et la chaleur doit être étouffante car  le  rideau qui s’envole vers l’extérieur suggère que l’on a créé un courant d’air avec une autre ouverture de l’appartement.

 

Un scénario s’élabore vaguement La propriétaire du bout de chair rose à peine visible mais tellement présent  pourrait s’appeler Lola. 

Lola est sortie tard du cabaret et l’une des chorus girls l’a ramenée chez elle, dans cet immeuble cossu d’un quartier de New-York.

Lola est  danseuse dans un speakeasy très couru de Broadway.

Lola est donc peut-être une femme légère.

Mais une fois rentrée chez elle, sait-t-elle que quelqu’un l’attend dans l’immeuble d’en face pour la fixer sur une toile ?

Ou bien l’ignore-t-elle  ?  Non, parce que si elle l’ignore, pourquoi laisse-t-elle la lumière illuminer sa chambre afin que son étage soit bien visible de l’autre côté de la rue   ?

Il faut croire que Lola SAIT que quelqu’un en face fait son portrait, et alors Lola est la femme du peintre, ou un modèle engagé pour figurer dans la scène.   Et si c’est le cas….Le décor lui aussi est factice.  Le peintre a loué cet appartement qui se trouvait libre en face de son atelier  et a joué les voyeurs en toute liberté.Washington_Square_nord1.jpg

Oui, je préfère cette version-là à celle de l’épouse officielle : pourquoi aurait-il voulu la peindre dans un appartement de location ?

C’est donc Lola, modèle familier du peintre, qui se trouve à cet instant dans l’appartement de Washington Square North, face à l’atelier de Hopper.

 

Ceci posé, que se passe-t-il à l’instant où l’œuvre est devant nos yeux  ?   Hopper a certainement voulu saisir un moment précis de la vie de Lola et nous laisse le choix de l’imaginer.   

Et bien  Lola attend  le moment de poser réellement, et achève sa toilette, dans cet angle mort où l’on n’aperçoit qu’une vague armoire dans un rougeoiement de veilleuse.   Elle vient de rentrer, un peu fatiguée, elle a pris une douche, et se penche pour enduire ses jambes  de crème rafraîchissante.  Elle sait qu’elle va devoir poser pendant quelques heures, elle ne sait pas encore dans quelle posture,  Edward travaille sur des inspirations subites et inattendues, elle  le connaît bien et elle attend le coup de téléphone qui lui indiquera la pose à adopter.

C’est pourtant le moment d’attente, que Hopper a choisi de fixer.  Le vide de la pièce, sa lumière crue, le rideau agité par le vent et surtout l’illusion de présence de son modèle.

 

Lola sera certainement surprise, voire déçue, de ce parti pris, pourtant elle est habituée aux demandes farfelues du maître, toujours sûre que ce sera à son avantage, nue ou habillée.

 

Lola   connaît les thèmes favoris de Hopper, ceux qui inspirent ses plus belles toiles :   la solitude, l’éloignement,  les grands espaces ou bien  le mystère de certains lieux de rencontre dans les  grandes villes.

 

Mais là… Pensive, elle regarde le tableau achevé.   Elle est attirée par le rideau qui s’envole  hors de la fenêtre.  C’est ce qu’elle préfère dans le tableau, ce rideau qui s’envole.  Il lui parle du vrai thème de la toile, du vide, de l’absence.  Elle finit par comprendre  ce qu’elle fait là, elle, avec son petit bout de postérieur qui pointe dans le champ, qui ne veut rien dire, sauf qu’elle est là sans être là. 

Voilà ce que je vois, moi, dans ce tableau intitulé Night Windows peint par Edward Hopper en 1926.  Et vous, que voyez-vous ?

 

Miss Comédie

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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 15:30

 

 

 

 

 rolland_w484.jpgDeux cyclistes  pédalent l’un derrière l’autre sur une petite route de campagne.   L’un porte un maillot rouge, l’autre un maillot bleu.

 

 

RED

Ca va ?

 

BLUE

Oui, je suis…

 

RED

Tu es QUOI  ?

 

BLUE

Rien, je suis,  là !

 

RED

Tu es  déjà las ?  Mais tu suis toujours ?

 

BLUE

Mais oui, je suis ! Tu vois bien !

 

RED

Je  peux pas te voir,  figure-toi….

 

BLUE

Pourquoi tu peux pas me voir ?

 

RED

 Parce que je suis devant, pardi.

 

BLUE

J’ai compris, tu ne peux pas me voir parce que je suis toujours derrière toi.

 

RED

Et oui.

 

BLUE

j’ai du mal dans les côtes.

 

RED

Ah bon ? Tu as vu un toubib ?

 

BLUE

 Moi j’ai une bonne descente.

 

RED

Oui je sais que tu as la dalle en pente. N’empêche que je suis le plus fort.

 

BLUE

J’aime pas l’effort.

 

RED

Les forts sont toujours devant et toi derrière.

 

 

 

BLUE

Permets-moi de te dire que tu n’es pas très élégant.

 

RED,  en rigolant

Evidemment, quand on met la gomme, on est pas en tutu  !

 

 

Il continue de pédaler à son rythme en sifflotant.

BLUE serre les dents et debout sur les pédales il pique un sprint et dépasse RED  qui tombe des nues.

 

BLUE

Tut tut !  Je passe !   (il se retourne vers RED et lui crie )

Et maintenant tu peux toujours pas me voir ?

RED

Si,  je te vois, mais pourquoi t’es de mauvais poil comme ça  ?2-la-montagne-reine-Tour.jpg

 

 

 

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 17:22

 

 

  AVT_Patrick-Modiano_9958.jpgLA PARFUMERIE  DES ARTISTES

 

 

 

La photo représente l’enseigne d’un vieux magasin dans une rue de Montmartre,  La Parfumerie des Artistes. 

Au-dessus de l’enseigne, deux fenêtres aux volets ouverts.

Au-dessous de l’enseigne, la vitrine du magasin ne figure pas sur la photo. Peut-être le photographe n’a-t-il voulu saisir que le caractère naïf  de l’inscription aux lettres de couleurs vives ? 

 Rue-Lepic-.jpgCette photo doit dater de plusieurs années, la parfumerie a dû changer de nom aujourd’hui.

 .

  Mais les deux fenêtres closes éveillent l’attention  et la photo  prend soudain l’aspect d’une énigme.

Les rideaux tirés derrière les vitres semblent  faits d’un tissu lourd  d’un beau rouge sombre, du velours peut-être.

Les balcons  portent chacun des jardinières fleuries.

On en conclut que l’appartement qui se cache derrière ces fenêtres doit être confortable, sinon cossu. Bien sûr, ses dimensions doivent être modestes, si l’on considère la taille des fenêtres et leur position très basse, au-dessus du magasin. 

On  note encore que la photo a été prise de jour. Si les rideaux sont tirés, il faut croire que c’est  pour cacher quelque chose.  La parfumerie est-elle un lieu de rendez-vous ?  

L’occupant est-il parti précipitamment, en retard, sans prendre le temps de tirer les rideaux ?

Le local est-il fermé, à vendre, ainsi que l’habitation qui s’y rattache ? Pourquoi le photographe a-t-il fixé son objectif sur l’enseigne et non sur la vitrine du magasin ?

 

Le mystère appelle les suppositions,  toutes aussi plausibles. L’imagination élabore un scénario.

 

La femme qui habite cet appartement  a choisi ce quartier populeux de Paris pour échapper à son passé. C’est une bourgeoise des belles rues de la rive gauche.  Elle est partiee  en emportant avec elle  quelques meubles, quelques objets qui lui étaient précieux, comme ces rideaux de velours rouge.

 Elle a bâti tant bien que mal sa nouvelle existence entre ces quatre murs, elle ne s’y sent pas complètement installée, comme pour garder la liberté de revenir en arrière après une rupture brutale.

Elle s’efforce d’oublier pourquoi elle a voulu tourner la page. Elle se persuade que le renouveau est ici, dans ce quartier éloigné où rien ne vient lui rappeler son passé

.

Ce qu’elle aime à présent, c’est descendre l’escalier vermoulu qui mène à la parfumerie, et ouvrir la porte sur la rue, balayer le trottoir comme elle l’a vu faire aux boutiquiers voisins.

E t respirer les effluves des parfums mêlées, aligner les flacons, épousseter les présentoirs, se persuader qu’elle a trouvé là le but de sa vie.

 parfumerie2009-g.jpgElle parle avec ses clientes des progrès de la cosmétique, elle sait tout sur  les nouveaux produits, les nouvelles techniques.  Elle conseille avec tact, elle regarde attentivement les visages fanés qui cherchent la crème miracle, elle les aime, ces visages  qui ont été beaux, ces joues flêtries qui ont été fraîches et rebondies, ces cous fripés qui ont été graciles.  Elle est comme ces femmes. Personne n’échappe à la vieillesse mais certains la subissent  comme une tragédie et ces femmes-là ont droit à toute sa compassion.

 

Elle n’a pas choisi le nom de sa parfumerie. Elle est tombée dessus par hasard, c’est la main de son ange gardien qui l’a guidée jusque dans cette rue, devant  cet écriteau pendu à la vitre de la porte d’entrée : ‘’Pas-de-porte à vendre”.

La Parfumerie des Artistes était faite   pour elle.  Elle n’a même pas eu à la repeindre, les couleurs étaient encore fraîches.

 

Elle aime ce quartier vivant, bruyant. A midi elle ferme sa porte et part marcher au hasard. Elle sait qu’elle ne rencontrera personne de son ancienne vie.  C’est ce qu’elle voulait à tout prix, rester à Paris mais ne plus voir personne, tirer un trait. C’est fait.  Personne ne viendra la reconnaître ici, dans ces rues sales et sans charme.  Quelquefois elle a un coup au coeur, c’est plus fort qu’elle : un visage, un regard... C’est lui.  Mais non. Ce ne peut être lui.

 

 Elle sait bien pourquoi cette parfumerie s’appelle ainsi. C’est à cause de la proximité du théâtre du Tertre.  D’ailleurs,  plusieurs de ces actrices, avant de s’installer dans leur loge, viennent chercher un produit qui leur manque. Des comédiennes de second plan, sans rien de l’éclat d’une vedette.  Mais allez les voir sur scène, et vous serez surpris.  Elles sont métamorphosées, sublimées. De vraies stars.

Un soir elle a remonté la rue Lepic et a pris une place au théâtre du Tertre. On jouait une pièce de Ghelderode, « Sortie  de l’Acteur ».  L’un des rôles féminins était tenu par une jeune femme  qui venait quelquefois lui acheter des produits de beauté.  Sa peau était très flêtrie.  Ce soir-là, elle la reconnut à peine. Elle avait un port de reine et son visage irradiait de présence.  Ah, la vie vous met de sales couleurs au visage. Le théâtre, il n’y a que ça de vrai.

C’était sa raison de vivre. 

 

Le théâtre, il vous prend et puis il vous jette. Un jour, ça ne marche plus. Il n’y a plus aucun rôle pour vous, vous arrivez toujours trop tard, ou trop tôt...  Le bureau du chômage devient votre refuge et ça, c’est mauvais signe.  C’est la descente aux enfers. On en remonte rarement.  Il vaut mieux rompre, vite, et chercher des parfumeries à vendre.

 -rideau-de-theatre-de-couleur-rouge.jpgLe soir, la femme n’a même pas à tirer les rideaux. Depuis qu’elle habite là, elle ne les a jamais ouverts. De son lit, elle  contemple  ce souvenir, le seul qui, bizarrement, l’apaise.  Elle vit dans une ombre perpétuelle mais cela ne la gêne pas.

  Un jour, peut-être, il lui viendra l’envie de faire entrer le soleil.

 

C’est une histoire qui se tient, oui tout à fait possible.   Et l’on pourrait en rester là, s’il n’y avait cette question, toujours la même :  qui a bien pu prendre cette photo, et pourquoi seulement l’enseigne et les deux fenêtres aux rideaux rouges  ? 

 

 

 

 

 Poudrier-.jpgMiss Comédie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 20:05

 

 

 

tgv_01.jpgHélène a pris place dans le TGV pour Paris.  Elle fulmine car elle est tombée sur une place isolée avec vis-à-vis, ce qu’elle redoute au-dela de tout.  Il faut prendre l’air absent, ignorer les bruits incongrus – toux, tapotements sur l’ordi, froissement des pages de journal déployées sous son nez, etc – impossible de croiser les jambes et éviter de heurter les pieds de son vis-à-vis pour ne pas semer le doute sur ses intentions si le vis-à-vis est du sexe opposé.

Hélène déplie sa tablette et y pose son iPhone et le ELLE  en priant pour que la place reste vide jusqu’au départ, ce qui voudrait dire jusqu’à l’arrivée.

  Elle se croyait sauvée lorsqu’un homme en costume gris fait irruption dans le wagon et après avoir vérifié le numéro de sa place, commence par enlever sa veste,  la plier soigneusement, la ranger au-dessus de son fauteuil, ouvrir sa tablette, y poser son cartable  et enfin prendre place sans même lui jeter un regard.

 

  C’est un beau mec élégant,  cartable Hermès, souliers cirés.  Elle est un peu soulagée.   En  même temps, vexée de n’avoir pas eu un signe de civilité, elle s’apprête à croiser ses jambes de façon discrète mais glamour lorsque le monsieur sort son portable.  Aïe !     Il ne se lève pas pour aller parler sur la plateforme.  il tapote un numéro et commence une conversation dont pas un mot n’échappera à Hélène. Ecoeurée, elle décroise les jambes et se plonge dans  le ELLE.

 

« Allo  Luc ?  Tiens, tu réponds ?

-       …

« …  dans le TGV je monte à Paris signer un marché.  Dis donc, je voulais te  demander…  Je dîne ce soir chez les Sanders… tu connais les Sanders ?

 

Hélène sursaute.  Elle aussi connaît les Sanders.  Même qu’elle dîne chez eux ce soir, elle aussi.  Quelle coïncidence. Elle dresse l’oreille.

«  Tu  sais qui ils ont invité ? Tu vas rire… Hélène Krall, la nouvelle directrice littéraire de Charing Cross Books.

-       -…

-       - Oui, c’est elle  qui a viré Joseph pour mettre  son mec à sa place.  Il paraît que c’est une tueuse.

 

Hélène croise ses jambes et les décroise mais il ne la regarde pas, il est  le nez à la vitre à regarder défiler le paysage pendant qu’il parle.

 

TGV-02.jpg-       Si elle est belle ?  Ca je sais pas, je te dirai demain.  Mais le bruit court qu’elle les tombe tous.  Mais moi tu comprends, je m’en fous qu’elle soit belle, je veux seulement venger mon copain Joseph.  Donc, j’ai un plan.

-       Il se met à chuchoter, Hélène comprend quand même l’essentiel du discours.

 

-       «  Non, mieux que ça : je vais la draguer.  Je vais lui proposer de la raccompagner chez elle, je ferai une halte au bar du Raphaël et là,  je lui parle d’un auteur très connu  qui signerait bien avec Charing Cross et je lui donne rendez-vous le lendemain pour le rencontrer.  … Quoi ?  Et bien, je n’irai pas au rendez-vous, évidemment !

-       - …

-       «  C’est gonflé  ?  Ben oui, c’est gonflé, mais c’est tout ce qu’elle mérite  !     Tu sais comment elle a fait virer Joseph ?  … Oui et bien, c’est pas mieux !

 

Hélène rugit intérieurement.  « Ce salaud de Joseph avait fait passer les ventes d’un jeune auteur sur le compte d’un de ses protégés, ni vu ni connu, il a fallu que je mette le nez dans les comptes pour le voir !

Il ne fallait pas qu’elle croise son regard.  Elle se cache derrière  le ELLE.    Elle enrage, à la fois de  dépit de se découvrir une image  si peu flatteuse, mais aussi d’impatience de se retrouver ce soir, chez les Sanders, face à face avec son futur dragueur.

Ah, il voulait la draguer ?  Il allait comprendre sa douleur.

 

Il y eut un éclat de rire et l’homme, apparemment très satisfait de son plan, éteignit son portable et ouvrit sa serviette pour y saisir un ordinateur qu’il déploya sur la tablette.  C’est à ce  moment-là qu’il s’aperçut de la présence d’Hélène et qu’il accusa le coup.

 

TGV-03.jpgHélène était canon.  Un visage félin aux yeux bleu transparent sous une cascade de cheveux blonds, un corps moulé dans un tailleur de créateur et des jambes qu’il avait bêtement ignorées durant le trajet.  Il adopta une attitude discrètement attentive,  un « pardon » en retirant son pied, un sourire charmeur réitéré chaque fois que leurs regard s se croisaient. Mais devant le visage fermé d’Hélène, il n’osa pas entamer le dialogue.

A la gare de Lyon, ils se  retrouvèrent dans la file des taxis.  Là,  il risqua le tout pour le tout.

-       Vous avez un plan pour ce soir ?  demanda-t-il sur le ton d’un guide touristique.

-       Non…  pas encore, répondit Hélène  qui comprit soudain le parti à tirer de la situation.

-       Ah… très bien, voulez-vous que l’on se retrouve quelque part ?   Mais je me présente : Edouard Bader…

-       Il lui tendait la main, elle la serra.

-       « Marie Dupont.   Elle lui sourit, il sentit une onde électrique lui parcourir le corps. II n’osait croire à une victoire aussi rapide et  eut un sourire ravageur alors qu’elle susurrait :

-       J’ai une envie folle d’aller voir le spectacle du Crazy…  Vous accepteriez de m’y emmener ?

-       Avec joie !  C’est une idée géniale !

Il avait déjà oublié son plan de vengeance. Celle fille était autrement passionnante.

-       - Le spectacle est à 2Oh 15,  retrouvons-nous chez Francis à 2O heures ?

-       - D’accord,  j’y serai.    A ce soir Marie.. !

-       - Ciao, à ce soir !

Ils s’engoufrèrent chacun dans leur taxi, sans même échanger leurs numéros de téléphone.

A dix-huit heures, les Sanders eurent un coup de fil  d’Edouard qui les priait de l’excuser, il avait un empêchement pour le  dîner.

A vingt heures pile, il commandait un scotch chez Francis.

A   vingt et une heure,après trois scotch et l’esprit embrumé,

furieux de n’avoir aucun moyen de joindre Marie,    il  demanda l’addition.  Puis il appela un taxi et à tout hasard,  fila chez les Sanders.

On venait juste de passer à table.

Les présentations furent rapides alors qu’on lui remettait son couvert. Il eut un haut le cœur lorsqu’on lui présenta Hélène Krall qui prit place exactement face à lui et dont le sourire carnassier  lui fit l’effet d’un soufflet.epees.jpg

 

-        

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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 12:06

 

 

 

 

Mapplethorpe1.jpgCette photo a été prise  en 1976 par un grand Photographe américain.

Il faut deviner qui sont ces deux garçons, pourquoi ils posent  ensemble et si possible, le nom du photographe. Fastoche !

 

 

 

Le mois dernier, plusieurs petits malins ont reconnu Audrey Hepburn et George Peppard échangeant ce  baiser  fougueux sous la pluie dans le film de Blake Edwards DIAMANTS SUR CANAPÉ.

Le nom du réalisateur a-t-il été modifié volontairement pour vous égarer ?   J’espérais que certains le souligneraient, mais finalement tout le monde est tombé dans le panneau.

A bientôt pour une nouvelle photo-mystère !

 

Miss Comédie

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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 15:57

 

 

 john_lennon_photo1.jpgDEDIE A  JOHN  LENNON    LE TRÉSOR DE L’HÔTEL DE CROISSIEU

 

EXT. JOUR

 

Vu de la rue, un édifice en travaux protégé par des palissades. C’est un hôtel particulier dont les vestiges XVIIIe  sont en cours de restauration. 

Le chantier fermé au public laisse entrevoir une cour pavée occupée par des engins, des outils, des tas de sable.

 

Une grosse Audi noire stoppe devant le chantier et se gare sur le trottoir.  En sort un homme en pardessus gris qui pénètre dans la cour par la porte réservée aux entreprises du bâtiment. 

Son assurance démontre qu’il est le propriétaire des lieux.

 

  IMAGE_2011_01_13_13291058.jpgEXT. JOUR

la cour de l’hôtel de Croissieu

 

On voit l’homme  traverser la cour tout en inspectant les alentours. Il redresse une brouette renversée, ramasse une canette vide, lève la tête vers les derniers étages avant de gravir les marches du perron et d’ouvrir la porte principale en cours de ponçage et de pénétrer dans l’hôtel.

 

INT. JOUR

 

Rez de chaussée de l’hôtel de Croissieu

A l’intérieur règne une demi-obscurité.  Les pas de l’homme glissent sur le plastique qui recouvre le parquet du hall, vaste espace vide sur lequel débouchent les galeries latérales, à droite et à gauche de  l’escalier monumental.

L’homme s’arrête au milieu du hall, surpris par une  musique stridente  provenant  des étages supérieurs.  Il reconnaît la chanson des Beatles « Yellow Submarine » montée à fond.

  Il va vers l’escalier et la caméra le suit tandis qu’il arrive au palier du premier étage et qu’il ouvre la porte de la première pièce.

 

INT. JOUR

 

Premier étage hôtel de Croissieu

 

 

 

 

La pièce est vide,  envahie par cette musique  endiablée.  L’homme fait le tour de la pièce sans pouvoir discerner l’origine de la musique, passe dans la pièce voisine où résonnent les mêmes rythmes  et s’aperçoit que chaque pièce de l’étage  est sonorisée de la même façon.

 Au bout d’un moment la musique se tait  puis égrène les premières notes de quelques autres chansons des Beatles, comme si quelqu’un recherchait un morceau précis sur un CD.

Cette fois, c’est la voix de John Lennon chantant « Imagine » qui résonne dans tout l’hôtel.

Le propriétaire  parcourt tout l’étage à la recherche de l’origine du bruit. Pas une âme ne se manifeste durant son inspection, le bâtiment semble absolument désert.

 

Au bout du couloir, un autre escalier s’envole vers le deuxième étage.   

Le propriétaire  emprunte cet escalier jusqu’au  deuxième palier.

 

INT. JOUR

 

Deuxième étage hôtel de Croissieu

Le couloir est plongé dans l’obscurité mais une lueur provenant de l’une des pièces attire l’attention de l’homme, qui marche dans sa direction.

Sur le pas de la porte, il s’arrête, interdit, tandis que la musique s’arrête brusquement.

 

INT. JOUR

L’appentis.

 

La pièce est exigüe, c’est un appentis où sont entassés des outils, des vêtements de travail, une petite table avec un réchaud à gaz butane, deux chaises, une échelle…

Assis par terre en tailleur, un homme en bleu de travail est en train de manger son casse-croûte.   Son visage est ridé, mal rasé, une casquette vissée sur le crâne.  A l’apparition du propriétaire il ne semble pas étonné et continue à manger sans dire un mot.

 

                                                LE PROPRIÉTAIRE 

                                                Bonjour !

                                                L’HOMME

                                                Bonjour. 

                                                LE PROPRIÉTAIRE

                                                C’est vous qui écoutiez la musique ?

                                                L’HOMME

                                                Non.

                                                LE PROPRIÉTAIRE

                                                Comment non ? C’est qui alors ?

                                                L’HOMME

                                                Personne.  Ils  sont tous partis.

                                                LE PROPRIÉTAIRE

                                                Et vous, vous restez là et vous…

                                                L’HOMME

                                                Je reste parce que j’habite là.  La musique me

                                                dérange pas.

                                                LE PROPRIÉTAIRE

                                                Vous habitez là ?

                                                L’HOMME

                                                Oui, c’est chez moi ici.  Je surveille les travaux.

                                                LE PROPRIÉTAIRE, désarçonné

                                                Ah.

                                                (un temps)

                                                Vous savez que la maison a été vendue…

                                                L’HOMME, ricane

                                             Ouais, ils disent ça.  Mais moi je voudrais bien savoir

                                              qui a acheté ça !

                                                LE PROPRIÉTAIRE

                                                 C’est moi.

 

L’homme considère le propriétaire, la fourchette en l’air, la tête levée pour l’examiner attentivement.

                                                L’HOMME

                                                Donc,  vous allez me virer.

                                                LE PROPRIETAIRE

                                                Je suis désolé, mais…

L’homme se lève péniblement, pose son assiette sur la table, époussette sa salopette, et se plante devant le propriétaire, qui le dépasse de deux têtes.

                                                L’HOMME

                                              Je partirai.  Mais je ne vous dirai pas où est le trésor.

                                            Moi seul, sais où se trouve le trésor dans cette maison.

                                                LE PROPRIETAIRE

                                                D’accord. Je crois en effet, qu’il vous faut

                                                partir.  D’ailleurs  vous ne devriez pas

                                                être là, le chantier est fermé pour le  week end.

 

 

Il tourne  les talons et repasse dans le couloir.  L’homme attrape son blouson, sa sacoche et lui emboîte le pas, descendant l’escalier derrière lui.  A cet instant, la chanson « Imagine » reprend, toujours aussi fort.

 

INT. JOUR

Le hall de l’hôtel de Croissieu

Les deux hommes se retrouvent dans le hall et s’arrêtent pour écouter.ange lumineu

Le propriétaire semble affolé.

 

                  LE PROPRIÉTAIRE

                  Mais enfin, il y a quelqu’un ici !  

                   L’HOMME, l’air goguenard

             Vous savez, John Lennon a passé la                    nuit  ici une semaine avant d’être  

             a ssassiné… Vous ne saviez  pas                 ça ?  Alors, la musique…

 

Il se dirige vers la porte et sort en faisant un grand signe de la main : 

 

                                                L’HOMME

                 Ciao ciao !  Bonne chance à l’hôtel de Croissieu !

 

Le propriétaire reste pétrifié alors que la chanson « Imagine » s’arrête pour enchaîner sur « Come Together » et puis le silence se fait définitivement.

 

Il hésite encore à sortir, regardant autour de lui. 

Son portable sonne.

 

                                                LE PROPRIÉTAIRE

Allo, oui, je viens de faire un tour.  Non, personne, à part un vieux cinglé qui traînait…

Comment ? … C’est l’acousticien ?  Mais pourquoi…  Ah bon !  Il installe la sonorisation

avant  l’arrivée des peintres, lundi…  oui, c’est normal… D’accord…   

                                                Attendez… je commence à comprendre…

Bon,  je vous retrouve lundi à la réunion de chantier OK ?

 

Il  remet le téléphone dans sa poche et s’assied sur les marches de l’escalier.  Il reste un moment à écouter le silence.   Pas un bruit, pas une musique ne retentit pendant qu’il fait le guet.  L’acousticien est seul détenteur de la télécommande, le trésor de l’hôtel de Croissieu.  Et en plus, il est fou. Fou de John Lennon.TELECOMMANDE.jpg

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 20:38

 

...Twiggy-3.jpg Twiggy la brindille,  qui était de la partie.

 

 

 

SHOOTING  de choc

 

Nous sommes en 1966. Guy Bourdin est une icône de la photo de mode, on se l’arrache.  Ses reportages dans Vogue ou Harper’s Bazaar font sensation.  Et les annonceurs publicitaires qui font appel à son talent sont triés sur le volet.

 Pour les mannequins, travailler avec lui est un pic de carrière.

Ce jour-là, il y avait  un shooting pour une campagne de pub Charles Jourdan  dans un  appartement du boulevard Malesherbes à Paris.

L’Agence Catherine Harlé a recruté quatre cover-girls juniors choisies pour la minceur de leurs jambes.

Pas de séance maquillage, on ne verra pas leur visage. Pour les visages, Bourdin demande des tops.  Celles qui ont été convoquées aujourd’hui, bien que débutantes, l’intéressent car rien n’est plus difficile à photographier que des jambes : au développement   un mollet un tant soit peu galbé apparait toujours surdimensionné.

Les filles ont rendez-vous  dans un immeuble haussmanien d’allure bourgeoise – ce  qui les déroute quelque peu, mais chacune affiche un détachement de professionnelle lorsqu’elles se retrouvent sur le palier. On lit sur leur visage la même interrogation : est-ce ici qu’il habite ? 

 Un  jeune Asiate ébouriffé  les fait entrer et les  conduit dans le « bureau » de Guy Bourdin, lequel  est en train de téléphoner.

Plantées là, muettes, elles contemplent la star.

 guy-bourdin-self-portrait-vogue-paris-march-1965.jpgGuy Bourdin est jeune, silouhette menue et visage lisse, il est vêtu d’un pantalon de velours et d’un gilet noir sur une chemise blanche.  Clean

Il les regarde l’une après l’autre et leur demande de se présenter tout en vérifiant  sur un cahier qu’il n’y a pas d’erreur – l’homme est minutieux et tâtillon, semble-t-il.

Les filles sont impressionnées, légèrement inquiètes.

-      Vous avez bien apporté un costume de bain ? demande Guy Bourdin d’une voix douce.

Quatre « oui » murmurés d’une seule voix tremblante lui répondent.

-      Jimmy va vous montrer le vestiaire.

-       L’assistant  japonais, visage hermétiquement fermé, les guide vers une pièce meublée de  chaises pour déposer leurs  vêtements et se mettre en tenue.

 

Tout en procédant à leur  déshabillage les filles se détendent un peu. Finalement, tout ça c’est de la rigolade, pensent-elles, à cet instant tout baigne encore dans l’huile, elles vont « travailler avec Guy Bourdin », la classe.  Puis, très vite, l’assistant revient les chercher.

 

Guy Bourdin s’active sur le plateau, une immense pièce nue  au parquet et moulures du siècle dernier qui devait être un salon et qui donne sur le boulevard.   On a voilé les fenêtres de tissu noir.  Des échafaudages vont d’un mur à l’autre comme s’il s’agissait de  repeindre les murs.

Comme pour marquer le début de la séance,  une musique résonne  brusquement,   assourdissante.   Guy Bourdin   ne travaille que dans des ambiances sonores déchainées ou psychédéliques.  Ca évite la conversation.

.

Il s’approche et  dévisage ses modèles ou plutôt dévisage leurs jambes très attentivement, puis entreprend de les diriger, l’une après l’autre, vers leur perchoir.


 

Elles comprennent alors en même temps le but du jeu : elles vont donc  passer quatre heures sur l’un des deux échafaudages, soit les jambes pendantes sur celui du haut, soit les jambes en l’air sur celui du bas, car l’idée est de faire croiser les modèles.

Une fois la pose prise, interdiction de bouger d’un millimètre.  Après chaque shoot, on change de souliers et de position.  Il y a cinquante paires d’escarpins à photographier. 

Dans la tête de chacune des cover-girls s’insinue une sinistre mélopée : « Nous sommes des mannequins de cire articulés, des marionnettes sans visage, des pantins sans âme…’

  S’il le pouvait, le maître manipulerait leurs mollets à sa guise, mais il n’ose pas.  Simplement il prend l’air très las lorsqu’une fille n’arrive pas à dévisser sa cheville pour lui faire prendre un angle de 90°.   Et surtout, lorsqu’elle ne garde pas la pose : ça le rend fou, elles le voient bien et cela les déstabilise encore davantage.

Au bout de quelques heures,  Il y a de la rébellion dans l’air.  L’ambiance est hyper-tendue.   

  guy-bourdin5.jpgLe « clic-clac » du Hasselblad leur devient insupportable.

Guy Bourdin se résigne à faire un break. Il dit quelque chose en Anglais à l’assistant et part au fond de l’appartement où se trouve son labo.

  L’assistant  fait signe aux filles qu’elles  peuvent descendre des perchoirs  et se détendre.

Groupées autour du distributeur de coca, elles se désaltèrent en silence. La fatigue et le désappointement se lisent sur leur visage.   La musique s’est tue elle aussi.

La pause dure à peine un quart d’heure et Guy Bouin réapparait .

-      Ca va ? demande-t-il avec un sourire sans joie.

Sans attendre de réponse il leur demande  de bien vouloir reprendre le travail.

Et c’est reparti pour deux heures avec maintenant  la musique de Ravi Shankar. Mais les filles sont à cran,  heureusement que leurs visages sont hors champ.  Elles se sentent  comme des poupées désarticulées, des singes savants, des objets, humiliées, désincarnées, dépersonnalisées.

Est-il possible que le résultat de ce travail ne porte pas les traces de la douleur des modèles ?  Et si les filles avaient pleuré, défigurées par la fatigue, la photo aurait-elles montré seulement  l’harmonie et l’équilibre de leurs paires de jambes dissociées de leur corps ?

 

Guy Bourdin était-il conscient de cette absurdité ?

 

A la fin de la séance, une fois rhabillées,  les filles ont vu Guy Bourdin s’approcher et leur tendre la main. Son visage avait une expression indéfinissable qui n’était pas de la satisfaction mais une sorte de tristesse.  Pourtant il leur dit doucement une phrase étonnante : « Vous avez été formidables, je vous remercie. »

Et chacune d’elles,  arrivée au bout de cette expérience exaltante, une fois digérée l’énormité de la déception,  s’est sentie envahie d’un sentiment de culpabilité.  Le comble !  Le soir dans leur lit, une petite voix se mit à résonner dans leur tête : tu l’as voulu ? Tu l’as eu !Hasselblad-501CM-avec-Carl-Zeiss-Planar-80mm-C-T-f2.8.jpg

 

 

 

 

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 14:38

 

 

 

 

 

  BAISER

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce baiser mythique s’est échangé

dans un film de Edward Blake

sorti en 1961.

Qui sont ces  tourtereaux ?

Réponse le mois prochain.

A bientôt !

Miss Comédie

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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