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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 18:07

 

 

 nathalie-sarraute.jpgComment   se brouiller   pour  un  oui  ou  pour u n nom…

 

Deux filles  à la terrasse d’un café.  Une  brune et une blonde,  papotent amicalement en buvant un coca.

 

 

LA BLONDE

Hier  soir j’ai revu LE MEPRIS en DvD.  Quel film ! Il n’a pas pris une ride.  Brigitte Bardot est fabuleuse.

LA BRUNE

C’est là, où elle  essaye  une perruque brune ? BB-Mepris.jpg

LA BLONDE

Oui. Ca lui va super bien. Mais en plus, elle est drôle, légère, elle a l’air de se balader dans ce film comme dans la vie…

LA BRUNE

je croyais que tu n’aimes pas Brigitte Bardot ?

LA BLONDE

Où tu as pris  ça ?  J’adore Brigitte Bardot !

LA BRUNE

Ah ?  Je croyais…

LA BLONDE

C’est Marylin Monroe, que je n’aime pas.

LA BRUNE

Brigitte Bardot et Marylin Monroe, même combat,  le même genre d’actrices…

LA BLONDE, indignée

Quoi ?  Pas du tout !

LA BRUNE

Deux bombes sexuelles   avec un petit pois dans la tête !

LA BLONDE, d’un ton aigre

Un petit pois dans la tête ç’est valable pour Marylin, mais Bardot, je te demande pardon, c’est une futée, très intelligente, Bardot, très fine… Elle JOUE les niaises, elle n’est pas niaise.

LA BRUNE

Marylin c’est pareil. Elle joue les niaises à la perfection.Marilyn-Monroe-007.jpg

LA BLONDE,  hausse les épaules

Mais elle, elle l’est ! Et en plus, elle est désaxée. C’est connu.  Bardot, elle, a la tête sur les épaules, tout le monde sait ça.

 

Un silence. Elles boivent une gorgée de coca.

LA BRUNE

Pourquoi tu es désagréable ?

LA BLONDE

Moi, désagréable ?

LA BRUNE

Oui, très désagréable. Qu’est-ce que je t’ai fait ?

LA BLONDE

Mais rien !  Simplement tu me dis que Marylin…

LA BRUNE

Et alors, j’ai pas le droit d’aimer Marylin Monroe ?

LA BLONDE

 

Si, mais tu la compares à Brigitte Bardot, c’est inepte !

LA BRUNE

Ca veut dire que tu juges Bardot au-dessus de Marylin, de quel droit ?

LA BLONDE

Du droit que c’est ce que je pense.

LA BRUNE

Est-ce que tu détiens la vérité ?

LA BLONDE

Cette fois c’est toi qui es désagréable, non ?

LA BRUNE

Je remets les choses à leur place. Tu m’as agressée à tort.

LA BLONDE

Je t’ai agressée ? 

 

 

LA BRUNE

En bavant sur Marylin Monroe, tu avais l’air de me dire que je n’avais aucun goût, que je n’y connaissais rien, tu crois que je n’ai pas compris ?

LA BLONDE

 

Tu es parano à un point !

LA BRUNE

 

Disons que je suis parano  et que toi tu es juste mégalo.

LA BLONDE, faisant signe au serveur

Garçon ! 

Elles se lèvent tandis que le serveur tend l’addition.

Elles sortent chacune leur porte-monnaie de leur sac et posent leur écot sur la table.

LA BRUNE

Au fait, samedi j’ai un truc qui me tombe dessus, je ne serai pas là pour ton anniversaire… ça t’embêtes pas trop ?

LA BLONDE

Non, non, au contraire… Allez salut !

LA BRUNE

Salut.

Elles partent chacune de leur côté. fDOS-A-DOS.jpg

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 17:48

V

 

 

 

  TIIPPI-HEDREN.pngDEDIE A TIPPI  HEDREN, petit thriller qu’aurait pu tourner l’héroïne des « OISEAUX » de Hitchcock.

 

 Une chambre, fenêtre grande ouverte, au 19ème étage d’une tour à Boulogne-Billancourt.

C’est l’été, mais le soleil ne s’est pas encore levé.  Le jour qui pointe est presque hivernal.

Marie regarde les nuages lourds de pluie qui encombrent le ciel au-dessus d’une ville prostrée dans un refus de s’éveiller.

De cette fenêtre en plein ciel, elle domine Paris.  Parfois elle s’imagine que d’un geste, d’un regard même, elle pourrait commander les mouvements de la ville.

Marie est heureuse au sommet de sa tour.

 

 

  TOUR.jpgMarie descend de chez elle. La plaque « place Corneille » apposée sur le mur à droite du porche de l’entrée lui semble aujourd’hui incongrue. « Un oiseau de malheur »,pense-t-elle.  Et pourquoi, tout à coup, cette hésitation, ce pressentiment ?

Elle se souvient qu’elle a laissé grande ouverte la fenêtre de sa chambre.

Elle lève la tête et regarde au-dessus d’elle les rangées de baies vitrées de la tour Ouest, avec leurs stores rayés bleu et blanc. Elle pense que même là-haut, tout peut arriver. Un orage,  la foudre, un coup de vent violent. Elle peut très bien ce soir retrouver son appartement saccagé.

 

Marie regarde sa montre.  Avec le métro, elle peut encore être à l’heure à son rendez-vous.

Elle fait demi-tour et se met à courir vers l’ascenseur.

 

 

 

Marie ouvre la porte de sa chambre et se fige. Quelque chose d’énorme bouge sur la rambarde du balcon. Un oiseau monstrueux. Une mouette.

Elle est gigantesque, effrayante dans sa proximité. Ses pattes roses et griffues s’agrippent à la barre de fer. La masse de son corps fumant, plumes hérissées, obscurcit la pièce comme une menace venue du ciel.  Son bec est entrouvert, comme prêt à saisir une proie. Son œil rond est porteur de haine.

 

 

4EME-MOUETTE.jpgUne peur subite s’empare de Marie. Les mouettes arrivent-elles jusqu’à Paris ? Les mouettes volent-elles à la hauteur d’un dix-neuvième étage ?

Puis elle fait un geste du bras et l’oiseau s’envole pesamment. Prend de la hauteur et pousse son cri de désespoir, un cri qui l’épouvante.  Marie la voit tournoyer autour de la tour avant de disparaître, grise sur le gris du ciel.

Marie met la main sur son cœur qui bat follement. Pourquoi cette peur ? C’est ridicule.  Jusque-là, une mouette en vol était un symbole d’évasion, et son cri lui parlait de l’immensité de la mer.

Posée sur son balcon elle devenait menaçante, épaisse et prosaïque comme un pigeon géant. Un oiseau de malheur. MouetteRieuse_DSC5955.jpg

 

Marie pense à ce pressentiment qui l’a fait remonter en toute hâte.  Depuis combien de temps la mouette était-elle en observation sur son balcon ?  Ne s’était-elle pas engouffrée par l’ouverture pour aller se poser, qui sait, sur sa couverture sur sa table de chevet, sur son bureau ?

Quel esprit maléfique habitait  ce corps répugnant ?  L’idée que l’oiseau eût pu frôler ses vêtements, déposer ses immondices dans quelque endroit de la chambre  qu’elle ne découvrirait que plus tard, lui donne la nausée.

Elle reste là, ne sachant quoi faire, désemparée.

« Elle va revenir »  Cette certitude l’envahit de terreur. Elle sait qu’elle ne pourra plus jamais regarder le lever de soleil avec la même sérénité.

 

Maintenant elle sait qu’elle doit quitter cet appartement.

Elle se sent soudain au centre d’une sinistre machination, obligée de fuir sur un ordre d’évacuation venu d’ailleurs.

Elle aurait dû se méfier de la plaque. C’était ici la place des corneilles et autres oiseaux  maléfiques.

Marie se dirige vers la fenêtre avec répugnance et la ferme, au moment où le premier coup de tonnerre fait trembler les vitres.

Elle s’allonge sur son lit.

L’heure de son rendez-vous est passée. mouette-en-vol-1-copie-1.jpg


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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 15:49

 

 

 

  alain-resnais.jpgEN  SOUVENIR DE MARIENBAD

 

 

« C’était l’année dernière au mois d’août.  Le souvenir de cette soirée est si vivace que je peux la raconter comme s’il s’agissait d’un scénario de film.

 

 ENTREE.jpgDans l’immense salon de cette villa palladienne aux abords de Vicenza où nous étions reçus par mon ami le comte Volpini, le soleil couchant venait juste de faire place à une ombre bleutée.

Entre les colonnes qui s’élancaient vers les fresques du plafond peint, jalonnant   un parcours qui semblait  se prolonger à l’ infini, un couple dansait  sur les dalles de marbre noir.

A cette heure tardive ils étaient  seuls, les derniers  invités de la fête avaient peu à peu déserté les lieux.   Je les regardais, ému. Bientôt j’allais être terrassé de douleur.

La musique les accompagne encore, des violons ou bien des mandolines ? 

C’était  un couple magnifique, je les revois encore, la beauté de  l’un défiait celle de l’autre.  Ils le savaient et ils aimaient cette égalité dans la perfection.  Ils se souriaient par instants, mais leur danse n’avait  rien de sensuel.  Pourtant, ils semblaient ne jamais vouloir cesser cette étreinte. Le temps était  suspendu à cette musique et à leurs pas.

 

Ils étaient arrivés en retard à la fête  et notre hôte les avait accueillis  d’un grand « ah, vous voilà enfin, les Bellini-Corti ! » puis il les pressa chacun contre son cœur.

Anita et Charles Bellini-Corti  se séparèrent ensuite pour se mêler à la foule.   On entendait parler deux ou trois langues, italien, français ou allemand, mais tous semblaient se retrouver entre amis.

La musique suivait le déroulement de la fête, d’abord joyeuse et alerte, et au fil des heures invitant à la détente, puis à la danse.  Ici point de be-bop, point de  fox-trott : la comtesse Volpini atteinte d’une asthénie des membres inférieurs ne devait pas entendre ces  sonorités  à risque.

 DANSE.jpgCharles Bellini-Conti l’invita plusieurs fois pour un  boston, valse lente dont raffolent les Anglais  et que l’orchestre se plaisait à multiplier tout au long de la soirée.

 

Anita, elle, virevoltait de groupe en groupe,  ne se séparant de sa coupe de champagne que pour aller fumer une cigarette  sur la terrasse en compagnie de quelques amateurs de cigare.

 

Lorsque  Charles et Anita  se croisaient, leur regard s’illuminait, il lui prenait la main et la baisait en riant, ou bien il l’entraînait à l’écart pour un boogie improvisé .

 

   TABLE-g.jpgSouvent ils  s’attardaient auprès de la table de jeu où mon ami Sacha et moi nous affrontions  dans une partie d’ échecs.  J’échangeais alors avec Anita un clin d’œil complice.  Je venais de remporter une victoire au dernier tournoi d’Hastings et je me sentais auréolé de gloire.

  On me   racontait que l’ancien  champion du monde russe  Dimitri Paviza,  avait  décrété qu’il tuerait le prochain rival qui lui ravirait son titre.   Cette menace  me laissait indifférent :   Paviza était un fou.

 

Peu à peu, les invités avaient pris congé.    Les serviteurs ramassaient les coupes de champagne vides, retiraient les tables et les chaises pour rendre aux salons leur caractère intemporel.

Puis le chauffeur de Sacha   était venu  vers lui : « La voiture est là, monsieur. »

La partie était finie depuis un moment et nous sommes serré la main. 

Je me suis alors avancé vers Charles et Anita, un peu  ivres qui tanguaient encore au milieu du salon et je les ai apostrophés gentiment :

«  Mes enfants, allons, il est tard.  Je rentre. »

Le frère et la sœur s’immobilisèrent et Anita vint se pendre à mon cou :

« Bonne nuit, père. Nous allons vous rejoindre.

Je me suis éloigné  lentement, appuyé sur ma canne et j’avais déjà descendu quelques marches du perron  lorsqu’une détonation avait retenti.

  J’ai entrevu    une ombre furtive  disparaître  dans l’obscurité  de la terrasse.

J’ai rebroussé chemin en hâte  sans aucun pressentiment de ce qui m’attendait et j’ai vu  mon fils  Charles Bellini-Conti gisant sur les dalles de marbre dans une mare de sang.

 

 

Combien de temps suis-je resté là, à contempler Anita effondrée sur le corps de son frère ?

Les secondes se sont  écoulées dans une chevauchée fantastique jusqu’à ce que je vis Sacha surgir en compagnie de son chauffeur qui me cria :

 

« Ecoutez, il y a eu une affreuse méprise !

 

J’appris alors que pendant qu’il attendait l’heure du départ, celui-ci  avait été abordé  par un inconnu qui lui demandait s’il connaissait un dénommé « Bellini-Conti.

« Et bien, il est là, au milieu du salon, il danse… lui avait-il répondu.

« Pourriez-vous reconnaître cet homme ?  ai – je demandé.

« Peut-être… Il avait un fort accent russe,   répondit le chauffeur .

 

C’était l’année dernière à Vicenza.  Depuis, je n’ai plus jamais  approché une table d’échecs.  Ce jeu maléfique m’avait enlevé mon fils par le jeu non moins maléfique du hasard. »lefouseul.jpg

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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 17:55


 Aujourd’hui je revois le quartier où j’habitais autrefois, ce Jardin et ce Palais du  Luxembourg  qui fut le théâtre de scènes légendaires, que l’on se plait à imaginer…

 

L'ADIEU  AU  PALAIS

 

  Palais_Luxembourg_Sunset.JPGDans l’un des salons privés de son palais tout neuf, Marie de Médicis est en conversation avec son confident et ami, Concino Concini.

Celui-ci  se plaint à la Régente :

-       Madame, votre fils dépasse les bornes.

-        Qu’a-t-il fait encore ?

-        Il joue du clavecin en compagnie d’une troupe de baladins, dans le salon de musique contigu aux appartements de Galigaï, aux heures où celle-ci désire prendre du repos.

 

Marie de Médicis a un mouvement d’humeur.

-       Je veux que l’on respecte le repos de ma confidente ! Mais enfin, Concini, vous êtes capable de  faire savoir à Louis qu’il doit se tenir tranquille !

-       -  Nous l’avons tancé plusieurs fois et Monseigneur nous fait toujours la même réponse !

-       Quelle réponse, Concini ?

-       Il répond que Paris est assez grand pour aller se reposer ailleurs.

-       - L’impudent !

-       - Oui Madame.  Il est difficile de faire entendre raison à un jeune homme de seize ans.

-        

La Régente se lève et va à la haute fenêtre donnant sur la pièce d’eau. Elle ne répond pas tout de suite, mais Concini sait bien que la riposte sera dure et il savoure sa victoire.

-       Faites-le mander à l’instant.

Concini s’exécute.  Bientôt le jeune Louis XIII se présente devant sa mère et plonge dans une  profonde révérence.

-      170px-Louis Dreizehn France Madame...

-       Louis, vous êtes dans une tenue débraillée qui ne convient pas à votre rang.

-        Quel rang, Madame ?

-        Le rang de  prince héritier, fils du défunt roi Henri IV.

-       Vous vous trompez,  Madame, je suis roi de par la loi et la volonté de Dieu.  Il est grand temps que je revendique ce pouvoir, après des années de frustrations et de brimades à l’enfant que je ne suis plus.

-        Qu’est-ce à dire ?

-       Le visage de la Reine Mère s’empourpre. Jamais encore son fils n’a osé lui tenir tête. Elle  marche vers lui  et va pour le souffleter, mais  Louis lui saisit le poignet et la repousse violemment.  Concini s’approche, sur la défensive, prêt à intervenir.

-        Que dois-je faire, Madame ?

Louis répond avec fermeté :

-        Rien, monsieur Concini.  Vous avez assez dicté sa conduite à ma mère, pour le malheur de tous.

-       Louis XIII recule de trois pas et leur fait face.  Il prend un ton solennel et sans réplique pour asséner sa  première sentence royale :

-        Madame ma Mère, je vous enjoins de quitter ce jour ce Palais et le royaume de France.  J’ai prévenu ma garde de vous faire escorte jusqu’à la frontière de Belgique.  Vous avez jusqu’à la tombée du jour pour organiser votre départ.

 

Marie de Médicis sait bien qu’il n’y a pas de parade.  Elle a vu, à la fenêtre  du salon, une escouade de gens d’armes accompagner l’entrée du Roi.  Elle devine qu’elle a sous-estimé l’ascendant de son fils sur les fidèles sujets de son père défunt.  Et surtout qu’il a su profiter habilement de l’hostilité croissante du peuple contre Concini, homme cruel et vénal.

-       Louis XIII le lui confirme justement :

-       Quant à vous, Concini, je vous réserve une retraite moins glorieuse que l’exil.        

Concini  fut fait prisonnier par les amis du roi menés par le duc de Luynes. Au cours de son arrestation, faisant mine de tirer son épée, il reçut la décharge d’un fusil en plein visage, puis  son corps fut lardé de coups d’épée.

Marie de Médicis tenta de lever une armée contre son fils mais elle échoua.

 

Ce sont donc, j’imagine, les derniers instants que vécut Marie de Médicis dans ce palais qu’elle avait fait construire à son usage personnel et où elle ne résida que cinq ans.couronne.jpg  

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 18:33

 

 

   SAGAN.jpgqui a si bien écrit sur l’amoralité des jeunes filles.   

 

BONJOUR   TRISTESSE

 

 

Le couple enlacé remonte de la plage par le petit escalier  de bois qui débouche  directement dans le parc.

On les voit marcher en zig-zag dans l’allée de gravier, arriver sur l’esplanade de la villa.  Ils font une pause pour un baiser prolongé avant de pénétrer dans l’immense hall dallé de marbre.

Pieds nus ils se glissent sans bruit le long des couloirs pour arriver plus vite dans la chambre et tomber enfin sur le lit.

La porte est entr’ouverte.  Ils font encore une halte pour un baiser rapide avant d’entrer, histoire de retarder le plaisir.

 

 

Ils entrent en même temps, un seul et même corps pressé de laisser déborder leur désir, ils titubent encore en riant , ils vont entrer dans la chambre de Caroline.

 

Arnaud est allongé sur le lit, il a laissé tomber le livre qu’il lisait et il les a considérés à travers sa mèche blonde.

L’image se fige en plan fixe, le temps s’arrête net.

 

Caroline a réalisé en quelques secondes. Arnaud était venu la rejoindre, sans la prévenir, comme un grand enfant idiot qui ne se méfie de rien.

C’était un immense gâchis qu’elle entrevoyait déjà, avant même qu’un mot fût prononcé.   Les conséquences défilèrent à toute vitesse dans sa tête, imparables : fiançailles rompues, scandale dans la famille.

Elle était découragée.  Tout ça pour une petite amourette avec un garçon de passage qu’elle allait oublier très vite.

 

Elle parla la première.  Elle entendit sa propre voix, ridiculement naturelle.

-  C’est toi ?

Il ne crut pas nécessaire de répondre.  Elle enchaîna :

-  Tu es arrivé quand ?

-  Par le bateau de dix heures.  (Il se leva et entreprit de ramasser quelques affaires)  Je suis désolé, j’aurais dû prévenir… Je vais aller dormir à l’auberge sur la place, j’attendrai le premier bateau demain matin et...

Elle eut un sursaut, un élan.

-  Non... oh, écoute, non... Ah, tu aurais dû me dire....(elle cacha son visage dans ses mains et puis très vite se redressa)  mais tu sais, ce n’est  rien, je t’expliquerai...

 

Elle sentit ce que ces mots avaient de trivial  et s’arrêta net. Elle redescendait de son nuage en chute libre, elle retrouvait brutalement le contact avec la terre. Elle se dit qu’elle était en train de vivre une situation de vaudeville, qu’ils étaient grotesques tous les trois, et en même temps elle avait la conscience de l’irréparable.

Elle avait perdu la confiance d’Arnaud, l’homme qu’elle aimait.

Elle essaya de réfléchir à une solution possible, entre mensonge et arrangement à l’amiable, mais rien ne vint

L’arrêt sur image prit fin lorsqu’elle entendit la voix de l’homme de la plage, sur le pas de la porte :

« Salut ! Je vous laisse.  Tout ça n’est pas bien grave.

Elle le vit s’éloigner dans le couloir, sa serviette enroulée autour de la taille.  Elle le trouva vulgaire et le détesta soudain.

Dérouté, Arnaud s’était immobilisé. A nouveau, la scène se figea en plan fixe. L’incertitude les tenait en haleine.

Qu’allait-il se passer maintenant ?COEUR.jpg

 

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 20:07

 

(Il avait les yeux bleux...)

 

 

  Pierre-Vaneck001.jpgQUI ?

Un grand acteur français disparu en 2010.

Vous l’avez peut-être vu dans          ART, la pièce de Yasmina Reza : il faisait partie de la première distribution avec Fabrice Luchini et Pierre  Arditi au théâtre des Champs-Elysées.

Vous ne l’avez probablement pas vu dans LES POSSÉDÉS de Dostoievski adapté et mis en scène  par Albert Camus au théâtre Antoine en 1959.

Sur cette photo il avait 28 ans.

 

QUAND ?

En novembre 1959 la même année que Les Possédés.

 

 

OU ?

Au théâtre Heberto à Paris

 

DANS QUOI ?

« LONG VOYAGE VERS LA NUIT » de Eugène O’Neil, mise en scène de Marcelle Tassencourt.

 

AVEC QUI ?

Gaby Morlay, Jean Davy, Michel Ruhl, Christiane Muller.

 

QUOI D’AUTRE ?

Il était marié avec Sophie Becker, la fille de  jacques Becker et la soeur de Jean Becker.

Deux de ses petits-enfants sont à l’affiche de « Plus Belle la vie » mais là, j’en dis trop !

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5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 10:48

Dark_passage_trailer_bogart_bacall.JPG

 

DÉDIÉ  À  LAUREN  BACALL ET  HUMPHREY  BOGART, qui savaient si bien jouer la comédie…

 

 RENCONTRE A MANHATTAN

 

 Le Chumley’s café, Bedford Street, Greenwich Village.A l’intérieur de ce café mythique il n’y a plus grand-monde à cette heure matinale.

  Au fond de la salle, sur la banquette, une jeune femme lit un journal en buvant un expresso.  Elle est d’une beauté étrange, un type slave avec des yeux étirés aux paupières lourdes et de hautes pommettes pâles.  Ses cheveux d’un blond cendré sont tirés en arrière et attachés par un ruban.  Elle ne prête aucune  attention aux mouvements de la salle, au va-et-vient du serveur, aux clients assis autour d’elle.

Un homme vient s’asseoir sur la banquette, à la table voisine. Lui aussi a un journal à la main,  le New York Times,  et commence à le déplier, tout en guettant le serveur à qui il  commande un café.

Il est  mince, brun aux tempes grisonnantes. Il a de l’allure, une sorte d’élégance naturelle dans son veston à chevrons élimé.

 

Ces deux personnages sont absorbés chacun dans leur lecture et sirotent leur café sans se presser, en gardant les yeux fixés sur leur journal. 

Au bout de quelques minutes, l’homme dans son geste pour passer à la page suivante, bataille avec le grand format qui refuse de se plier, tente de discipliner les feuillets qui s’obstinent à lui échapper des mains, et dont l’un se détache pour faire un vol plané jusqu’à la table voisine où il atterrit sur la tasse de café.

Consternation, balbutiements, congratulations.   Chacun manifeste la plus parfaite civilité, lui se confondant en excuses, elle affichant le plus gracieux des sourires.

LUI

Garçon, un autre café, s’il vous plait !

ELLE

Mais non, voyons, j’avais fini !

LUI

Et bien vous en boirez un deuxième et je vous accompagnerai, si vous le permettez !

Elle ne répond pas à cette invite mais baisse les yeux et re plie son journal.

LUI

Ah, vous lisez le Figaro…  vous lisez le  Français ? …

ELLE

Mal, mais je m’entraîne…

 

Il se rassied à sa table, vide sa tasse de café et fait signe au serveur de lui en apporter une autre  En attendant, il la regarde.  Elle le sent, lève les yeux et lui sourit.

LUI

Vous êtes très belle.

Elle éclate de rire, rougit un peu et boit une gorgée de son deuxième  l’expresso, se brûle, repose la tasse, rougit carrément.

 

 

 

 Le client assis à la table contre la vitrine, près de la porte, et qui a assisté à la scène, ne les quitte plus des yeux, fasciné par la scène : deux étrangers soudain réunis par un incident mineur et qui peut-être vont vivre une folle  histoire d’amour…

 

Il n’a pas besoin d’entendre ce qu’ils se disent, il comprend qu’il la drague et qu’elle se laisse draguer. Les regards, les sourires, et maintenant leurs mains qui s’enlacent. Le client est ému à la pensée qu’il pourrait, lui aussi, vivre un instant pareil, il suffit de le vouloir, non ?  Repérer une jolie femme, renverser sa tasse de café, et hop !l’affaire est dans le sac. Les jolies femmes ne manquent pas dans les cafés de Manhattan.  Le coup du journal finit bien par marcher.

 

L’homme et la femme se lèvent, ils vont partir ensemble. Ils passent devant le client qui  détourne les yeux mais  tend l’oreille.

ELLE

Et en partant ce matin, je parie que tu as laissé la fenêtre de la chambre des enfants ouverte ?

LUI

Raté, ma chérie. J’ai même acheté du pain pour ce soir.tasse-a-cafe.jpg

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 18:53

 


 

 

 sami-frey001.jpgQUI ?.

Sous ce masque de Pierrot triste se cache un immense acteur.

QUAND ?

En décembre 1958.

OU  ?

Au théâtre Edouard VII à Paris.

POURQUOI ?

Pour la pièce L’Année du Bac, de José André Lacour, mise en

scène par Yves Robert.

AVEC QUI ?

Michelle Bardollet, André Valmy, René Lefevre,  Roger Dumas,

Yvette Etiévant, Jacques Rispal, Monique Mélinand, Jacques Perrin, Yori Bertin…

MAIS ENCORE ?

Sur cette photo l’inconnu a vingt-et-un an.

Deux ans plus tard, il tournera  un grand film français avec pour partenaire une illustre séductrice de l’époque, dont il tombera amoureux fou.

Plus tard, il  pédalera seul sur la scène du théâtre de la Madeleine, en souvenir de Georges Perec… mais là, j’en dis trop !

IL A DIT :

« Se réviller tous les matins en se disant qu’on a 75 ans, c’est impossible, irréel… »


Eh oui. ce bel adolescent triste a aujourd’hui 77 ans...

 

 

 

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 17:06

 

doc

   polanski.jpgRoman Polanski qui  connaît l’étrange pouvoir des génies de la musique...

 

l

 

L’ESPRIT D’AMADEUS  

 

 mozart_ico05-copie-1.jpg Il est minuit.  Dans le salon de la grande maison, Dolorès laisse tomber son livre et s’étire longuement dans le canapé. Le CD qu’elle avait mis pour accompagner sa lecture vient de s’achever, les dernières notes du concerto N°27 de Mozart qu’elle ne se lasse pas d’écouter en boucle.  Dehors, le vent secoue les jalousies qu’elle laisse toujours  baissées. 

Elle se lève, va à la fenêtre, cherche à percer l’obscurité profonde de cette nuit de septembre.  Pas d’étoiles.  Le vent est annonciateur d’orage.  Des éclairs commencent à illuminer le ciel mais l’orage est encore loin.

Dolorès  n’enlève pas le CD de son socle mais elle éteint le lecteur.

Elle ramasse son livre, éteint les lumières du salon et monte dans sa chambre en baillant, elle est morte de fatigue.

 

Pour rien au monde elle ne serait allé à cette soirée où elle aurait pu rencontrer « plein de gens », où sa copine Mercédes voulait absolument la traîner.  Ce soir, non. La journée a été vraiment dure à l’atelier, le théâtre attendait les costumes pour la générale, ila fallu  mettre les bouchées double.

Et puis cette maison, où elle vient d’aménager, qui est devenue son palais, qu’elle a achetée sur un coup de foudre.  En plein milieu du quartier Sol, à deux minutes de la Puerta del Sol et du kilometro cero  qui est le point de  départ de toutes les routes d’Espagne, et aussi le point de rencontre de tous les Madrilènes.

 

Le jardin qui entoure la demeure est mal entretenu et la maison n’est pas non plus dans un état parfait, mais les pièces gardent encore les vestiges d’un passé fastueux.   Dolorès est tombée amoureuse des frises peintes sur les murs, des grands miroirs baroques, des meubles et des tapis que les anciens propriétaires ont laissés là, depuis si longtemps.

Dolorès monte l’escalier et arrive dans sa chambre où le lit monumental surmonté d’un dais   est toujours ouvert.

Elle passe dans le cabinet de toilette vétuste, se déshabille promptement, fait une rapide toilette et saute avec délice dans ce lit  immense où elle a toutes ses aises.  Calée sur les oreillers, elle ouvre le livre commencé au salon et tente de poursuivre sa lecture.  Mais ses yeux se ferment, elle va s’endormir, elle s’endort

 

 

Dolorès dort depuis longtemps, deux heures ? Trois heures ?  Dans son sommeil, le concerto de Mozart  égrène les notes nostalgiques du mouvement lent.  Elle accueille ce rêve avec bonheur, d’abord, et puis lentement émerge du sommeil.  Ce n’est pas un rêve.  La musique est bien réelle, elle résonne entre les murs de la maison, elle vient du salon.

« Je suis sûre d’avoir éteint le lecteur… »

Dolorès saute hors du lit et dévale l’escalier. « Qui a pu entrer pendant mon sommeil ? »

Le salon est plongé dans l’obscurité. La petite lumière verte du lecteur est allumée  et le son  est au maximum, trop fort, mon dieu, trop fort ! 

Elle allume en tremblant  mais le salon est vide. 

 Aucune fenêtre n’a été fracturée, la porte est verrouillée.

Elle se précipite alors sur le lecteur de CD et l’arrête.

Comme une voix qui se tait, la musique s’évanouit.  

« Un esprit… c’est un esprit.  J’ai acheté une maison hantée… »

Un violent coup de tonnerre la fait sursauter.  Elle croit entendre le vent siffler quelques mots qu’elle perçoit avec terreur  :  « l’esprit d'Amadeus  est là ! ».piano_500x400.jpg

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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 17:07

 

 

AVT Agatha-Christie 5032AGATHA  CHRISTIE

 

 

Elle   en a écrit d’aussi machiavéliques...

 

 

 

 

IUN CRIME PRESQUE PARFAIT

 

La pièce allait s’achever sur le meurtre de son rival.  Ils avaient échangé leurs répliques avec ce qu’il fallait de  froideur pour ménager l’effet de surprise.

C’était deux comédiens de talent, ils se mesuraient pour la première fois sur les planches.  Dans la vie aussi  ils étaient  rivaux puisque Mathieu avait épousé l’ex-femme  de Robert, lequel ne s’en était pas remis.

Pour l’instant, Robert pensait surtout qu’il devait être crédible dans cette scène du meurtre qui, au théâtre, devient facilement du Grand Guignol.

Sa haine devait être à la fois visible et invisible.   Un sentiment qui devait venir de l’intérieur, sans aucun effet de jeu.

« Tu es foutu, Montgoméry.  J’ai  dans ma poche de quoi te faire coffrer. »

« Vraiment ? »

Robert (ou plutôt Montgomery) ouvrit le tiroir de son bureau et dans un seul geste, saisit le revolver et tira.

Mathieu s’écroula en même temps que le rideau tombait sur la fin du premier acte.

On entendit le brouhaha du public qui se levait pour l’entracte.

Derrière le rideau, c’était l’effervescence.  Mathieu ne se relevait pas et un filet de sang s’écoulait de sa poitrine.  Robert, interdit, assistait à la disparition de son rival sans faire un geste, le revolver encore à la main.

Les comédiens faisaient un cercle autour du corps allongé sur le sol, sans un mot.  Le metteur en scène surgit.

« D’où vient ce revolver ?

- Du tiroir, articule Robert toujours immobile derrière son bureau.

-  Qui a pu remplacer l’arme factice par ça ? 

Le metteur en scène  arrache le revolver de la main de Robert.


  revolver-argent.jpg« Mais c’est un revolver de femme !    il prend les autres à témoin : regardez la taille de l’arme  et la crosse en nacre…   Qu’est-ce que c’est que ce bordel… »

Le visage de Robert prit soudain une couleur de cire.   « C’est le revolver d’Irène… »    Son ex-femme ne sortait jamais sans cet objet dans son sac.  Une manie qui le faisait sourire.  Tout son corps  se mit à trembler.  Il y eut un instant de silence.

Il va y avoir une enquête…  C’est forcément un meurtre.  Mais qui est l’assassin, et pourquoi ?

Tous les yeux se tournent vers Robert.

« Je ne pouvais pas savoir que …

-  Naturellement, Robert, tu n’es pas en cause, c’est clair.

On entendait la sonnerie de fin de l’entracte.

-  Bon dieu, il faut faire une annonce !  Le spectacle ne reprendra pas.

Je reviens. 

Le metteur en scène écarta le rideau et prononça les mots qui firent courir un murmure d’horreur dans la salle qui se vida lentement.

Il y eut les formalités, l’enlèvement du corps, la déclaration à la police, l’arrivée des enquêteurs.  Tout cela dura jusqu’au petit jour.

En rentrant chez lui,  Robert alla comme tous les soirs sur la pointe des pieds jusqu’à la chambre de son fils.  C’était son bonheur, contempler le sommeil de l’enfant de sept ans qui était désormais son seul compagnon.   Il en ferait un acteur comme lui, déjà le gamin était un habitué des coulisses, il apprenait des bouts de rôles de son père et les lui récitait comme des poésies. Parfois il pleurait dans son lit en appelant sa mère, c’est la nounou qui avait prévenu Robert, « ces soirs-là, on le sent tellement malheureux. »   Robert haïssait Mathieu doublement : il lui avait pris sa femme et la mère de son enfant.

Ce soir son trouble était si grand qu’il heurta le coffre à jouets. La lumière s’alluma dans la chambre de la nounou qui laissait la porte de communication ouverte.

« C’est vous, Robert ?

-  Oui, c’est moi,  souffla-t-il à mi-voix, vous pouvez éteindre.

Son fils bougea, émit une petite plainte, mais ne se réveilla pas.

Robert   se pencha pour caresser  son front moite.

« Dors, mon ange. Tout va bien. 

Il remonta la couverture sur laquelle était posé un objet noir et luisant, qu’il reconnut aussitôt.   L’enfer allait commencer.

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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