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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 16:45

 

imagesLE SACRE D’UN PRINCE   DU PAVÉ DE PARI

 

Quand j’évoquais, il y a à peine quatre jours, la sortie du  nouveau roman de cet éternel promeneur,  j’avais hâte de replonger dans son univers étrange et familier mais je ne soupçonnais pas qu’il serait notre nouveau Nobel, après Camus, après Le Clézio…

Il l’a eu enfin !   J’ai déjà partagé ma joie avec ma libraire,  et une poignée de clients émus.

 

J’avais lu des pronostics : un écrivain africain était favori …..

Quelle voix clairvoyante s’est élevée pour rappeler aux membres du Comité que Modiano existait ?

Et depuis si longtemps, avec sa trentaine de romans, tous marqués par ce frémissement qui n’appartient qu’à lui, celui d’un homme à la poursuite de lui-même et de son passé, un passé qu’il ne cessa de réinventer, nous rendant chaque fois plus impatients de percer son mystère.

Peu à peu il nous a fait partager sa blessure secrète, celle que nous portons tous sans le savoir, juif ou non, depuis la nuit des temps.  Cette blessure, personne ne l’a évoquée avec autant de charme, sans pathos, juste des personnages qui échappent au temps et au bonheur.

Inutile de parler davantage de ce que représente Patrick Modiano pour ses lecteurs, chacun le porte dans son cœur comme un  parent  éloigné et si proche,  complice et tellement discret.

Ce magicien des mots qui fait surgir en nous des interrogations secrètes, aura soixante-dix ans dans neuf mois.

Que Dieu lui prête vie encore longtemps.

 

 

 


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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 14:30

 

 

  Modiano.jpgJe viens de lire dans le JDD d’aujourd’hui  un article magnifique.

Il est signé Marie-Laure Delorme et il parle du nouveau roman de Patrick Modiano, « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier ».

Quand on connaît, et qu’on aime ce romancier hors normes, lire cet article donne une émotion telle que l’on se croit déjà dans le livre.

C’est ce qu’on pourrait appeler  « une bonne  critique ».  Mais  le mot ne convient pas !  Pourquoi appeler « critique », un texte qui fait tout le contraire ?   C’est une apologie, une louange, une immersion totale dans l’œuvre choisie.

 

Ah, si je ne connaissais pas Modiano, avec quelle hâte j’irais acheter le livre pour retrouver au fil des lignes les sensations subtiles que Marie-Laure Delorme décrit avec un talent presque modianiesque !

Alors, si je ne connaissais pas Modiano, je saurais déjà avant de le lire  que j’allais adorer cet écrivain.  Au risque d’encourir les foudres de ceux qui jugent sur pièces, qui nient l’espèce de prémonition qui vous saisit devant  certains signes, commme une critique de ce genre.

Certes, je suis dans le camp de son auteur, je sais d’avance que le livre me passionnera comme les autres, et que l’univers de Modiano me rassure sur la nature humaine.  Mais la façon de s’y plonger, le choix des mots pour le décrire,  sont si convaincants qu’ils peuvent ¨« vendre » le livre aux lecteurs les plus indifférents.

 

Sur la photo qui accompagne l’article, Patrick Modiano est « tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change » :  auteur devenu éternel, il  subit malgré tout la lente métamorphose du temps.

Le regard seul atteste de la profondeur immuable de son âme.

Il ne sourit pas au photographe, il ne cherche pas à illustrer l’événement, il se prête simplement à la boulimie de notre  époque pour l’image de la star.

 

Le texte et l’image sont formidables. C’est tout.

Maintenant, après cette pub pour la journaliste du JDD, j'attends d'avoir lu le livre pour vous  dire... ce que j'en pense !

Miss Comédie  -  oct.14

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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 15:55

 

 

  GlennGould2.jpg

 

 

Il n’est pas impossible que Gould ait eu un jour ce dialogue imaginaire avec Jean Sébastien Bach.  Ils se sont même certainement parlé plusieurs fois.  Car Gould joue Bach comme s’il avait lui-même composé sa musique.  Les autres,  Beethoven, Chopin, Brahms, Berg, il les joue comme tous les autres interprètes, à sa manière, mais on ne peut dire qu’il les domine.

La musique de Bach est SA musique.  Il sait ce qu’elle contient, il comprend ce qu’elle veut dire et il nous transmet l’inspiration même du compositeur.  Bach seul a pu lui livrer ses secrets.  Qui d’autre ?

    Jeune Gould Glenn Gould est au piano.  Il travaille l’adagio du concerto n° 5 qu’il doit jouer en concert à Toronto, sa ville natale . Il a vingt ans et  sa carrière s’annonce bril

Bach est son compositeur de prédilection.  Sa manière d’aborder son œuvre est révolutionnaire pour l’époque, son style clair et dépouillé séduit les mélomanes.

Mais le jeune Glenn Gould est un perfectionniste.

Aujourd’hui le doute s’est installé en lui et  il reprend inlassablement le même passage,  penché sur le clavier, son visage reflètant  une extrême concentration, presque de la douleur.

 

Gienn Gould s’est arrêté de jouer,  découragé.

Il s’éloigne du piano et se laisse tomber dans le fauteuil qu’il appelle son « reposoir »,  caressant au passage le dos de Nicky son setter qui se couche à ses pieds.

En face  de jui, accroché au mur, un  portrait de Jean-Sébastien Bach peint par un inconnu, le regarde.

Ce portrait est pour Glenn Gould source d’apaisement et d’inspiration, il lui confie ses doutes comme l’on prie une image sainte.

 

Les yeux fixés sur le visage empreint de sérénité de son idole, il murmure

« Je n’y arrive pas.   Comment jouer ce morceau en apparence si facile ?   Comment lui donner une valeur ajoutée ?

  Johann Sebastian BachLa voix qui lui répond le fait sursauter.  Face à lui, le portrait s’est animé et Bach lui parle.

« Qu’appelles-tu une valeur ajoutée, Glenn ?

 

Bien sûr, cela devait arriver, après tant de dialogues muets entretenus avec le portrait, un jour ou l’autre, Bach allait lui parler.

 Très ému, il répond :

«  Et bien… ma touche personnelle, mon inspiration à moi, un éclat qui illuminerait chaque note pour la rendre unique, prolongée, un…

« Mais pourquoi vouloir ajouter tout cela ?   Joues les notes telles qu’elles sont écrites, toute la beauté du morceau est au bout de tes doigts.

« Comme  chez tous les autres pianistes…

«  Non non, tu te trompes, chaque pianiste transmets à ses doigts la profondeur de sa pensée, le trouble de son âme,  le bonheur de jouer, et tout cela est différent selon l’interprète

«  Maitre, je vais devoir accompagner Yehudi Menuhin, un violoniste unique, incomparable… et moi, je trouve mon toucher trop sec, trop impersonnel.

«  Moi je le trouve parfaitement fidèle à  l’arithmétique de ma composition.  Je ne  veux pas d’une interprétation sentimentale, je veux une musique qui s’adresse à l’âme plutôt qu’aux sens.

«  Vous voulez dire… dépouillée de tout artifice ?

« Exactement.  Ce que tu appelles la « valeur ajoutée » n’est que fioritures, chichis et détourne de l’essentiel.

« Maître,  je sais bien que je suis sur la bonne voie… Mais comment puis-je me perfectionner ?

«  En dépouillant encore et encore, jusqu’à ce que le morceau devienne comme  un squelette, une ellipse.  C’est ce que fait Menuhin, remarque-le !  Son violon est un souffle pur, inspiré du divin. 

Glenn Gould se lève et se rapproche du tableau, tend la main pour toucher ce qu’il croit être la  main du musicien mais il ne renc ontre que la surface glacée de la vitre.

 

glenngould.jpeg.size.xxlarge.letterboxRassuré il se rassied sur sa chaise pliante,  le visage au ras du clavier, et se remet à jouer.  

C’est fou ce que son exécution paraît facile.  Un enfant pourrait jouer cet adagio, semble-t-il.

Que cache cette apparente clarté, ce déroulement  de chaque note comme une évidence ?  

Une recherche inlassable, un immense amour sont derrière la perfection du jeu de Glenn Gould.

 

Improvisé par Miss Comédie - Sept. 2014



 

 

 

« 

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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 15:54

 

 

 

 

 un-diner-d-adieu_1000x486.jpgComment mettre fin à une amitié de trente ans devenue encombrante ?  En l’invitant à un dernier dîner, sans qu’il soupçonne que c’est un dîner d’adieu.

C’est le sujet insolite de cette pièce de Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patelière, qui avaient déjà œuvré ensemble pour LE PRENOM.  Belle référence.

Ici l’on quitte, ouf, le boulevard du libre échange et des turpitudes conjugales pour naviguer dans les méandres nébuleuses  de l’amitié.

 Plus question de sexe mais toujours de  rupture et  ici, elle fait mal.  Vous allez me dire « ah, donc on ne rit pas. » (si on n'y rit pas on n’ira pas…)

Détrompez-vous.  Quand on a sur scène deux natures aussi diamétralement opposées que Eric Elmosnino et Guillaume de Tonquédec, (qui  sont de vrais copains de  théâtre) et bien non, on ne riit pas, on pleure.  Au milieu, la belle Audrey Fleurot joue l’épouse,   spectatrice faussement naïve de leur pugilat avec beaucoup de drôlerie.

Dès l’entrée en scène de cet ami invité pour la dernière fois, on sent que ce dîner d’adieu est une fausse bonne idée.

 

 32463_635453602696137259.jpgEntre ces deux-là, l’échange est exquis.  Ils sont de force égale, même si Elmosnino a la grâce et le métier d’une star.

Les auteurs de la pièce  ont la cruauté  de leur demander des jeux de scène insensés, de mener l’affaire sournoisement vers un dénouement imprévisible, de nous balancer des répliques  et des monologues de haute voltige, dont celui d’Elmosnino qui dure cinq minutes et où il se lance dans un show hallucinant.   Soudain seul au monde,  il murmure, il déclame, il soupire, il donne à ses effets une touche de retenue qui provoque l’explosion de rires.  Comment fait-il ? Les autres surjouent. Lui, il fredonne et ça percute, il  se permet   un certain détachement, un peu gainsbourien, peut-être ?.    L’efficacité est  jubilatoire.

La pièce s’offre parfois  des  délires  à la Ionesco, le texte mêle joliment les effets comiques et les envolées lyriques… la quadrature du cercle, quoi.

En sortant, dans ce délicieux square Sacha Guitry, on est heureux et confiant en l’amitié. Et surtout pas honteux d’avoir ri.

 

A voir d'urgence au théâtre Edouard VII, mise en scène Bernard Murat.

Miss Comédie - Septembre 2014

 

 

 

 

 

 

 

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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 13:14

 

 

 

 

 

  certains-l-aiment-froide-20-g

 

Ce film, personne ne l’a vu. Mais deux des personnages sur trois sont hyper connus.  Je vous demande le nom des trois personnages et le titre du film.  Question à 3 niveaux de difficulté…

 

 

 

 

REPONSE de la Photo-mystère d’Août :

 

Il s’agissait du décor de FENETRE SUR COUR, l’immeuble d’en face que lorgnait James Steward.

C’était pas facile mais j’ai eu pas mal de réponses justes.

 

A bientôt !

 

Miss Comédie

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 16:23

 

 

 

 

Il se donne actuellement à l’Espace Gerson à Lyon un spectacle qui   s’appelle « l’HOMME MODERNE ».  Un titre  a priori pas vraiment hilarant.

Mais le jeune homme qui le mène tambour battant vaut le détour.

 AFFICHEIl s’appelle Jérémy Charbonnel et  c’est encore un inconnu mais pas pour longtemps car son one man show a déjà fait pleurer (de rire)  les festivaliers en Avignon cette saison et il sera bientôt au théâtre du Ranelagh à Paris.

 

Jérémy Charbonnel est vraiment hilarant. Mais il ne donne pas dans la gauloiserie, la pornographie, la scatologie, la cruauté  – bref, la provoc – de la plupart de ses copains   humoristes.

Il a décidé d’être lui-même, c’est-à-dire un jeune homme bien élevé, élégant, charmant… mais pas seulement ! Peu à peu il dévoile l’acuité de ses dons d’observation en  incarnant des personnages très loin de lui,  des situations qu’on a tous vécues mais qu’il rend inénarrables – voyons, que je me souvienne -  la queue à la poste,  (à mourir),  le bug malvenu sur le PC,(topissime), la belle-mère à la clinique d’accouchement, (bluffant), le rom  mendiant,  (à pleurer), la DRH cougar, (grandiose)…  et la prof d’anglais, et la blonde,  je ne sais plus, il y en a tant, et tous poilants.

Il n’a pas que l’inspiration féroce mais jamais méchante, il n’a pas que des textes à l’emporte-pièce, il a la gestuelle protéiforme,  il a un visage à transformation (un catalogue d’expressions insensé) – et pourtant à la ville, il est mignon comme tout – un visage que l’on sent promis à un grand destin scénique.PORTRAIT.jpg

C’est tout ?  Non, après les louanges, il faut bien souligner les bémols, sinon je passerais pour l’amie de la famille.  Oui, il pourrait canaliser ses élans, jouer avec les silences-suspense,  revoir  les répétitions à la baisse ,   dégager l’essentiel de la scène,  gommer les effets secondaires….

Enfin, le genre de critiques que l’on fait  seulement à un  vrai professionnel pour mettre en valeur son talent.

Avec ce talent, on le sent prêt à décortiquer notre société,  source d’inépuisables scènes burlesques.   L’humour joyeux et non scabreux, c’est devenu rare.  

Nous rendre  heureux et non pas honteux d’avoir ri,  c’est la grande force des  scènes d’humour de Jérémy Charbonnel.

 

A l’Espace Gerson jusqu’au 20  septembre -  hurry up !

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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 16:50

 

 

 

LE RIRE QUI TUE

 

Une rentrée parmi d’autres, celle du cours Furet, école de comédie rue Paul-Valéry dans le XVIème arrondissement de Paris, dans les années 70. Souvenir d’une classe folle.

 

   P1150774_Paris_XVI_rue_Paul-Valery_rwk.jpg

Tous les jeudi il y avait cours de rire.

Faire rire  son entourage n’est déjà pas donné à tout le monde, mais rire en scène, aux éclats, je veux dire, et de manière prolongée, c’est un exploit.  Ca s’apprend.

Chaque élève qui montait sur l’estrade donnait sa démonstration personnelle de l’impuissance.

Evidemment, s’il n’y a pas la motivation du rire, il ne reste que toussotements pitoyables.  L’élève le plus doué du cours,  un disque d’or de la tirade racinienne, que j’admirais entre tous, lorsqu’il voulut bien se prêter à l’exercice, tomba de son piédestal, vaincu.  Il comprit très vite qu’il n’était pas question de s’éterniser sur scène sous les quolibets et retourna à sa place, à la droite du prof qui lui glissa, indulgent : « C’est un autre métier… »

 

Furet prenait la chose depuis le début, en nous apprenant à respirer. Il fallait ensuite projeter hors de notre ventre des « ah » sonores et en cascade sur l’expiration.

Quand la mécanique était au point, on pouvait essayer de mettre « l’humeur », en pensant à quelque chose de drôle.

J’ai trouvé le procédé amusant et j’ai très vite assimilé la méthode.  Je suis devenue la rieuse number one et quand il en avait assez des crachotements, Furet disait « Allez, Julie, à toi. »

Je mitraillais.  Mais je me sentais un peu seule, j’aurais adoré me mesurer à un autre rieur.

 

Il y avait aussi le cours de larmes, mais là, bizarrement, après avoir essayé en vain de pleurer sur un   malheur imaginaire, je finissais par avoir le fou rire et Furet me disait de descendre.

 

 

C’est comme ça qu’un jour, un metteur en scène qui cherchait une Zerbinette vint assister à un cours et fut terrassé par ma démonstration.

Je fus convoquée le lendemain pour répéter ma prestation devant l’acteur principal.

Le metteur en scène s’appelait Jean-Louis .Thamin . II montait « Les Fourberies de Scapin » avec Jean-Luc Moreau dans le rôle de Scapin.

 

 

J’avais dû lire pour la dernière fois Les Fourberies de Scapin en classe de 3ème et je n’en avais aucun souvenir.

Zerbinette ?  C’est la fille qui rit.  Elle rit à perdre haleine en racontant une histoire à dormir debout, une tirade interminable entrecoupée de rires cristallins mais pas seulement !  Il faut que ces rires soient eux-mêmes hilarants, provocateurs, communicatifs pour entraîner une salle entière.

Devant elle sur le plateau il y a le vieux Géronte qui tempête, mais ça ne suffit pas pour déclencher le rire de Zerbinette.  Il faut qu’elle le trouve ailleurs, et qu’elle s’appuie sur une technique en béton.

 

Jean-Louis Thamin m’a pris rendez-vous avec Micheline Boudet, la tenancière du titre de Zerbinette d’Or, pour qu’elle me délivre une partie de ses secrets de fabrication.

Dans son salon Louis XV nous avons passé une heure à la regarder minauder et distiller de temps à  autre un petit rire de fauvette comme on donne aux enfant des miettes du gâteau de la veille.

En fait, elle était flattée mais elle ne se souvenait pas du tout de la manière dont elle s’y était prise pour donner sa Zerbinette.   Jean-Louis avala sa tasse de thé et écourta la séance, exaspéré.  Jean-Luc et moi avions trouvé l’épisode succulent.

 

 

Jean-Luc Moreau était un Scapin d’enfer. Comme garçon il était craquant  et comme acteur il était éblouissant. 

Devant lui, je me sentais toute petite et nulle.

Mais l’ensemble de la troupe m’admirait parce que je savais rire.

 

Jean-Louis Thamin était un tortionnaire. Ce que nous faisions n’était jamais bien.

Il fallait toujours aller plus loin, chercher son personnage ailleurs « qu’à la pointe de ses souliers.. »

Il nous disait que nous allions être des costumes vides.

Nous l’écoutions, navrés et honteux.  Nous partions à la découverte de nous-mêmes, toujours plus loin.

Je pense qu’il avait raison.  C’est ainsi qu’on arrive à trouver le deuxième souffle, celui de notre moi inconnu, que l’on découvre avec stupeur et délectation.

Moi je débutais et mon moi inconnu  m’échappait complètement. Je m’acquittais de ma tâche plus ou moins bien, selon les soirs. J’avais mon baromètre.  Quand je sortais de scène, la gorge sèche, je trouvais mon Scapin qui me tendait une bouteille d’eau avec un commentaire bref. Ca allait du  « bravo », « gagné », « je t’adore», au « faiblard », « à refaire »  ou « héroïque » lorsque le public  n ‘avait pas suivi.

 

Jean-Luc est devenu une star, tous les théâtres parisiens lui doivent un ou plusieurs succès de fréquentation, c’est un stakanoviste de la mise en scène.  Comme acteur, il est devenu trop rare.  Et comme ami, encore davantage.  Mais à part lui, j’ai gardé de cette époque quelques affections tenaces.   Parmi toutes mes expériences  professionnelles, celle des Fourberies de Scapin a marqué ma vie en m’offrant des rencontres « du troisième type ». 

 

Car c’était un tout : Jean-Louis avait fait de ces Fourberies un concentré d’excellence..  Ce n’était pas un débutant :  Il avait déjà fait ses preuves à la Comédie-Française avec des pièces difficiles, comme Les Précieuses Ridicules.

Nos  costumes étaient des reproductions  de gravures XVIIIème   réalisés dans les ateliers d’une couturière attachée à la Maison. 

 

Le décor était lui aussi inspiré de gravures de l’époque de Molière. Il y avait un chariot sur lequel je chantais la tarentelle en frappant sur mon tambourin,  avec plus ou moins d’entrain selon le degré de réussite de la scène du rire, juste avant.

 

Lorsque la pièce s’est arrêtée, j’ai mis quelques semaines à retrouver mon rire habituel.  J’ai été prise d’angoisse, j’avais perdu une fonction naturelle de l’homme, pour attraper une mécanique de robot.

Je m’entraînais à rire chez moi, en écoutant Coluche.  Je m’enregistrai sur mon  poste radio, et j’écoutais avec horreur  mes toussotements.  Privée de mon public, j’étais retombée dans la platitude du réel.

 

Et puis, je suis partie en vacances et j’ai oublié la scène de Zerbinette.  C’est ainsi qu’il est revenu sans crier gare, et un jour je me suis entendue égrener ma cascade habituelle,  sans effort, un rire bêtement naturel mais tellement réjouissant.

 

 

Smiley.jpg(Vous retrouverez cet épisode dans le troisième tome de mes mémoires, en cours d’écriture…)

Miss Comédie – septembre 2014

 

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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 17:25

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A la mi-août, comme tous les mi de l’année, c’est le moment de la photo-mystère.

 

 

 fenetre-sur-cour-5.png

 

Ce décor fait partie d’un film sorti ily a tout juste soixante ans, en août 1954.  Quel est ce film ?

Réponse le mois prochain.

 

La photo-mystère de juillet  montrait Jean Vilar et Gérard Philipe en train de répéter le texte du PRINCE DE HOMBOURG    sur la scène du TNP installé à SURESNES en attendant de prendre sa place au Théâtre National de Chaillot.

La pièce sera jouée au Festival d’Avignon en juillet 1952.

 

L’anecdote :

Jean Vilar engage cette année-là le jeune compositeur Maurice Jarre qui composera plus tard  la célèbre fanfare de LORENZACCIO.

 

Au mois prochain pour une photo-mystère de rentrée…

 

Miss Comédie

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 12:27

 

 

 

Lever de rideau sur un été capricieux, soleil paresseux, orages tumultueux sur des publics courageux mais ravis. Ainsi ces trois concerts donnés avec une meteo sans bémol.

 

SAOU CHANTE MOZART A DIEULEFIT

19 juillet 2014

 

THARAUD.jpgALEXANDRE THARAUD

La salle est petite, dans le bel espace culturel de la Halle à Dieulefit.

Il a pourtant choisi de jor là,   devant un public restreint mais averti, après Aix en Provence, avant une ribambelle de villes où l’on se bat pour l’accueillir un soir.

Tharaud, l’enfant prodige qui parcourt le monde avec le même succès, sans tapage, sans éclipses, sans caprices.

Son talent  se reconnaît dans un répertoire très large, de Scarlatti à Bach, de Ravel à Schubert.

Ce soir, il ne nous a pas étonnés avec les sonates de Mozart que l’on connaît bien, mais il nous a quand même bluffés avec l’impromptu D 899 de Schubert qu’il a enlevé  avec fougue.   Réinventé.  Cet impromptu est trop connu pour ne pas lasser, parfois, sous des doigts trop académiques.  Là, Tharaud semblait inspiré par on ne sait quelle affinité avec Schubert.

Que nous dit-on de cet impromptu ? Qu’il fait partie des huit impromptus que Schubert omposa  en novembre 1827, après un voyage d’agrément à Gratz en compagnie de son ami Jenger, un an avant sa mort.

Alexandre Tharaud a choisi de jouer unr œuvre  de Schubert dans le cadre d’un festival uniquement dédié à Mozart.   A-t-il imposé ce choix pour répondre à l’invitation des responsables de Saou chante Mozart, alors qu’il ne se sent pas vraiment mozartien ?  On ne le saura pas. 

Mais peu importe : son bonheur de jouer était  visible.

   Sans  chiqué,  un sourire intérieur flottant sur  son visage, il était seul, baignant dans un silence religieux, jouant les yeux fermés ces œuvres  cent fois répétées et cent fois réinventées.

Avec son physique de premier de la classe, il provoque le même enthousiasme qu’une rock star.

Trois rappels exécutés avec le même entrain que s’il débutait son concert

Où s’en allait-il ensuite ?  Où passait-il la nuit ?   Ces artistes qui sillonnent la France au hasard des festivals sont des feux follets qui illuminent nos nuits d’été.   Malgré notre élan vers eux, il ne faut pas songer à leur dire merci autrement qu’avec nos  frénétiques bravos.

 

 FESTIVAL DE PIANO DE LA ROQUE D ‘ANTHERON

26 juillet 2014

 lugansky.jpgNICOLAî  LUGANSKY

Nuit sans nuage, une brise légère, les cigales font silence.

L’ovation s’élève dès les premiers pas de Lugansky sur la scène.

La silhouette est toujours agile, le visage s’est un peu épaissi. Il est beau comme dans mon souvenir, il y a cinq ans, sur cette même scène.

Il porte un smoking.  Non un costume noir classique, un smoking, les deux pans de la jaquette de part et d’autre du tabouret. 

Le tabouret, il est déjà réglé, il ne fait pas le cinéma fréquent des pianistes qui ne sont pas à la (bonne) hauteur.

Il ne fait pas semblant de rentrer en lui-même, il attaque tout de suite les notes claires et vibrantes du prélude de César Franck.

C’est déroutant, tout comme la sonate pour piano de Prokovfiev, mais son choix s’adresse à des mélomanes avertis, et son exécution est si brillante qu’il n’y a qu’à absorber la Musique, sans se poser de question.

Il joue sans partition, dans un enchaînement de rythmes frénétiques ou langoureux, les notes sont en lui, au bout de ses doigts.   

Il joue avec  sobriété, avec cette  élégance  naturelle, laissant la musique exprimer d’elle-même ce qu’elle a à dire.   La classe.  Une classe folle.

Le spectacle  est fantasmagorique, comme à chaque concert donné dans le Parc du Château de Florans.  Cette conque acoustique qui s’élargit d’année en année pour envoyer les sons de plus en plus loin, de plus en plus haut sur les gradins exponentiels, est comme la voûte géante d’une base de lancement spatial. 

En dessous, minuscule, le pianiste et son instrument, comme isolés du monde.

Lugansky nous fait grâce de gestes ou de mimiques qui pourraient détourner l’attention de la seule Musique.   

Après l’entracte, les treize préludes de Rachmaninov,  rarement joués,  nous emportent dans une sarabande faite de contrastes, une succession d’allégresse et de déchirements qui nous révèlent les sources lointaines de son talent.    

Quatre rappels très simplement acceptés et le bel exilé s’échappe, emportant avec  lui  les secrets d’une  âme slave intacte.

 

 

1er Aout

 

 capucon_angelich.jpgNICOLAS ANGELICH et RENAUD CAPçON

 

Toujours le même charme d’un lieu magique, et le délicieux préambule d’un pique-nique sur la pelouse avant le concert, entourés des 365 platanes et de la haute garde des séquoïas centenaires.

Tout cela fait partie d’un plaisir renouvelé, intact, chaque année depuis vingt ans avec la découverte de pianistes venus du monde entier, parmi les plus talentueux.

Aujourd’hui, l’immense Angelich, avec le petit Capuçon.  Lorsqu’ils arrivent main dans la main, au milieu des acclamations, on a envie de rire : Angelich est-il anormalement grand ou Capuçon anormalement petit ?

Question talent, ils se donnent la main  Nicolas Angelich est célèbre depuis des années, il a partagé la scène avec les plus grands après avoir donné son premier concert à 7 ans.

C’était en 1977 et le piano est devenu son alter ego, son double.

Renaud Capuçon, lui, a intégré le conservatoire de Musique de Chambéry à 4 ans… et n’a plus quitté cette route musicale qui l’a menée au sein d’orchestres fameux en tant que premier violon.

Ce soir il joue sur ce violon mythique de 1733 ayant appartenu à Isaac Stern, sur lequel il a joué dans le court-métrage de Simon Lelouch « 7,57 am-pm » dans le métro parisien, dans l’indifférence générale…   

Entre eux deux  la complicité est évidente, dès le premier morceau.  Ils ont choisi un programme entier consacré à Brahms, après plusieurs disques dédiés à ce compositeur enregistrés ensemble.  L’exécution en est  acrobatique et  ne permet pas le moindre écart de synchronisation. Bluffant.

Ils ont sensiblement la même approche de cette musique toute en surprises, d’allégresse en méditation, on ne sait trop quels sentiments l’ont inspirée. 

Il faut « aimer Brahms », sans se poser de question.

Première partie assez  rasoir, sans élans d’aucune passion, juste la prouesse technique.  Il faut quand même admirer la cohésion du duo qui, lui, semble parfaitement emballé par cette musique.

Après l’entracte, l’orage commence à gronder au-dessus des gradins. Des roulements de tonnerre qui n’annoncent rien de bon.  On voit sortir les capuches, le public s’agite.

Mais les deux musiciens imperturbables, attaquent la 3ème sonate et soudain le charme opère : oui, Brahms peut nous émouvoir, en tout cas nous captiver.

Quelques gouttes de pluie tentent de nous distraire de cette écoute mais renoncent : le public les ignore.

Les deux interprètes achèvent le concert sous un déluge… de vivats et d’applaudissements frénétiques.  Quatre rappels, toujours de Brahms, ils adorent.  Nous aussi, finalement.

 

Il y a eu aussi du théâtre, un Dom Juan  de Molière adapté et interprété par une jeune troupe pleine de fougue et de talent.

Le metteur en scène, Clément de Dadelsen, a joué la carte du  respect de l’époque et a dirigé ses jeunes comédiens dans ce sens, le rythme de la langue de Molière restituant tour à tour la drôlerie et l’émotion pure.

La magie du spectacle opérait d’autant plus qu’il se déroulait dans le décor champêtre et charmant de la cour du « Petit Belvédère », propriété de Martine et Fabien Limonta, instigateurs de soirées littéraires ou théâtrales réutées chaque été dans la région de St Paul Trois chateaux, Drôme Provençale.  Un vrai bonheur !

 

 

J’aurais voulu vous parler du Lucrèce Borgia de Victor Hugo qui se donnait dans la cour du cha^teau de Grignan, cadre merveilleux pour de grands textes du répertoire.  Malheureusement, là, le temps n’a pas voulu se mettre en scène. Le spectacle a été annulé à cause de la pluie.  Dommage.

 

Miss Comédie -  Août 2014

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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 14:31

 

 

 

  _Dessin.jpgLa Brune et la Blonde se retrouvent à la terrasse du Flore pour regarder passer les touristes en buvant une blonde et une brune.

 

LA BRUNE

Hier soir j’ai vu JULES ET JIM  qui repasse  à la Pagode.

LA BLONDE

Quel chef-d’œuvre !

LA BRUNE

Ah, tu trouves ?   jules-et-jim-affiche_69977_6027.jpg

LA BLONDE

Pas toi ?

LA BRUNE

Je déteste ce film.

LA BLONDE

Ah.  Voyons. Tu détestes quoi, dans ce film ?

LA BRUNE

Je déteste l’image qu’il donne de la femme,  une image méprisable, abominable.

LA BLONDE, (riant)

C’est tout ce que tu as vu dans ce film ?

LA BRUNE

J’ai vu des scènes de camaraderie à trois surjouées, comme leur course folle ridicule. J’ai aussi vu l’histoire d’une amitié magnifique détruite par les manœuvres perverses d’une femme.

LA BLONDE

C’est un sujet de tragédie antique, comme….

LA BRUNE

Sauf que ça se passe aujourd’hui et que cette femme est le prototype actuel d’une vraie  salope.

LA BLONDE

Salope ?

LA BRUNE

Difficile de trouver mieux comme salope.

LA BLONDE

Tu y vas fort. Elle n’est peut-être qu’ insatisfaite.

LA BRUNE

Elle se les fait tous les deux et elle est insatisfaite ? Pourquoi elle va pas voir ailleurs, alors ?  Pourquoi elle s’acharne  à tourner en rond entre les deux ?

LA BLONDE

Tu  n’essaies même pas d’entrer en profondeur dans le thème du film. Tu  ne vois que la partie émergée de l’iceberg. 

LA BRUNE

Quel iceberg ?  Moi je vois ce que Truffaut nous montre. 

LA BLONDE

Mais c’est justement ce qu’il ne montre pas qui est important pour comprendre le film !  Tu n’as pas saisi le drame intérieur de ce personnage . Truffaut l’a pourtant expliqué dans Télérama,  c’est son incapacité à choisir qui sème la discorde entre les deux hommes et il démontre par là l’impossibilité de toute combinaison amoureuse en dehors du couple.

 

La brune écoute la blonde avec un petit sourire.

 

LA BRUNE

Tu l’as appris par cœur, l’article  ?    Alors si  ce qui compte dans un film c’est ce qu’on ne voit pas,  pourquoi il a pris  une caméra ?

  truffaut.jpgLA BLONDE

Truffaut  nous demande de saisir sa pensée  intime sous l’apparence légère et gaie – ou bien morbide de ses images.

LA BRUNE

Mais dis donc, tu fais une thèse sur Truffaut ?...  En attendant pour un « homme qui aimait les femmes », dans JULES ET JIM  il nous arrange bien  !

LA BLONDE

C’est  l’histoire d’un personnage, c’est pas ton histoire !

LA BRUNE, troublée

Ouais… là, tu dis un truc sensé.   Mais ça ne sauve pas le film. Moi je trouve que c’est un mauvais film.

LA BLONDE

C’est ton avis mais tu ne m’as pas convaincue. Tu n’as aucun argument-massue.  Tu viens ?  Je vais prendre le bus, je suis en retard.

 

Elles se lèvent après avoir payé l’addition.

 

LA BRUNE

Attend,  tu veux un argument-massue ?  Et bien le voilà, c’est la fin !

LA BLONDE

La fin de quoi ?

LA BRUNE

La fin du film ! C’est du grand-guignol !  Le coup de massue ! Un suicide aussi inattendu que grotesque, le plongeon, quoi !  Tu sors de là anéantie.   Pauvre Jim. C’était mon préféré, Jim.

(Elle se tourne vers la blonde)    Et toi, lequel tu préfères, Jules ou Jim ?

LA BLONDE

Je ne sais pas, je n’ai pas vu le film.caf_de_flore.jpg

 

Miss Comédie-  31 juillet 2014

(Attention, le dialogue peut très bien inverser les rôles, pas de parti pris de ma part il s’agit de distinguer la chevelure et rien d’autre !

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

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