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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 14:39

  Cet article est le millième publié sur "unesceneparjour.com".  La direction me doit une gerbe de roses rouges...

 

 

     Edward-Hopper-Richard-Tuschman-02.jpg Il l’avait rencontrée au  bar de l’hôtel Raphaël,  à Paris. C’était un endroit qu’il fréquentait pour son calme, ses toiles de Turner et son décor grand siècle.

On pouvait y croiser Gainsbourg ou quelques figures féminines intéressantes.

Ce jour-là il fut surpris d’en voir une, rousse flamboyante, assise sur l’un des hauts tabourets du bar.  C’était une attitude  que pratiquaient plutôt les gogo girls de Pigalle.  Celle-ci avait de la classe.   Elle n’avait pas quitté son étole en renard bleu et ses jambes croisées étaient un attentat à la pudeur.

Il avait hésité sur la tactique puis opta pour la tactique de James Bond, un peu risquée mais souvent payante.

« Vous êtes capable de me faire un vrai bloody mary ? »  avait-il lancé au barman  avec un clin d’œil, avant d’aller s’asseoir à une table.

Elle n’avait rien dévoilé du fond de sa pensée.   Elle s’était pourtant retournée pour le repérer, feignant de parcourir des yeux l’ensemble des  tables.

Mais pour lui c’était gagné.    Il ne la quitta plus des yeux.  

C’était le genre de situation qui lui donnait des palpitations.  Un suspense phénoménal.  Comment enchaîner ?

Il la vit  griffonner quelque chose sur un petit calepin sorti de son sac.

Vider son verre, lentement.

Décroiser  les jambes,  et ce fut comme  la fin d’un film d’Ava Gardner. 

 Mais  voilà qu’elle ondulait pour quitter son piédestal  et se dirigeait vers la sortie.    Il crut que c’était râpé lorsque  le barman   lui déposa son bloody mary avec un  billet plié en quatre.  

 

Il  remarqua l’œil à peine goguenard et  se saisit du billet. « Je vous attend dans le taxi. »

Il n’eut pas le temps de juger de la qualité du breuvage, à peine celui de jeter quelques euros sur la table et courut vers la sortie.

L’avenue Kléber était déserte, il vit la Mercedes noire rangée le long du trottoir, la Rousse à l’intérieur.   Le chauffeur lui ouvrit la portière.

Il y eut d’abord un silence prolongé, pendant lequel il se demanda si son physique était vraiment irrésistible, ou bien sa voix, ou bien si la femme était une habituée des bars à putes mais le moment était si  bloody hot  qu’il arrêta là les suppositions.  Wait and see, disent les british.

 

La suite avait été hors de toute attente, hors de  l’imagination la plus romanesque.   Une sorte d’enlèvement de Zeus par Iole la mortelle sublime, sur les ailes  gris métal d’un Cygne qui aurait fait le plein des sens.

 

L’inconnue avait des ressources.    Il avait annulé tous ses rendez-vous pour une semaine foudroyante, d’hôtels en hôtels.

Ils s’amusèrent à mêler le sordide au luxueux, dans un périple amoureux plein d’imprévus.  

 Il était sous le charme, elle semblait vraiment amoureuse. 

« Tu es mon coup de foudre qui dure », disait-elle.

Ils ne savaient rien l’un de l’autre. Elle voulait garder son mystère et cela l’arrangeait, lui, de garder le sien.

Elle déployait ses signes extérieurs de richesse sans aucun complexe dans  les bas-quartiers et entrait naturellement dans le moule des palaces.

Ils parlaient cinéma, théâtre.  Elle en connaissait un rayon sur le sujet.  Le soir, ils jouaient au  gin-rummy en buvant des vodkas-perrier.

 

« Tu as toujours mené cette vie-là ? lui avait-il demandé un jour.

« Je suis une enfant gâtée, j’ai toujours eu ce que je voulais dans la vie, avait-elle répondu en riant, et toi, je t’ai voulu, je t’ai eu ! »

 

Le septième jour,  à l’hôtel Bijou, un  des plus toquards de leur randonnée,  sur le port de Nice,  elle se réveilla seule.    Elle s’étira, sourit.  Il devait  être descendu admirer  les coques bariolées  des bateaux de  pêcheurs.

Elle ferma les yeux, les rouvrit aussitôt, quelque chose n’allait pas.

 Elle bondit hors du lit.   Son sac, ses bijoux, ses vêtements, avaient disparu.

 

A onze heures, intrigué, le concierge de l’hôtel  était monté coller un œil à la serrure de la chambre 7.     OK, c’était un couple illicite, mais quand même. De ce qu’il vit,   il ne put  rien conclure sur la situation.  

Il  crut   distinguer un filet de sang sur le parquet  -  ou  était-ce une hallucination ? et se dit  que le cadavre était peut-être  dans la salle de bains et qu’elle  attendait un complice pour l’aider à s’en débarrasser.  Il se demanda s’il ne devrait pas appeler la police.

 

Miss Comédie

(Il n’est pas interdit de donner sa version de l’histoire.)

 

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 22:03

 

 

 fume.jpgA la terrasse du Petit Suisse,  rue de Vaugirard,   les fumeurs bravent la caillante de ce débuut décembre.  Un homme âgé est assis, offrant son visage au soleil.  Il est vêtu d’un épais manteau en drap couleur camel et tient entre le pouce et l’undex un long fume-cigarette dont il aspire de temps en temps de longues bouffées.   Il y a quelque chose d’anachronique dans sa présence ici.  Son âge ?  Sa tenue vestimentaire ?  Surtout ce fume cigarette d’une autre époque.  On le verrait mieux sur la banquette d’un bar chaleureux des Champs-Elysées.
Les yeux fermés, il ne voit pas arriver une jeune fille qui vient s’asseoir à la table voisine.

C’est une jolie blonde aux cheveux courts évoquant Jean Seberg, qui porte sans grelotter un petit blouson de cuir rouge.

Très vite elle sort de son sac une cigarette électronique et un portable.  Elle se met à mâchonner la cigarette électronique et à tapoter sur le portable.  L’image même de la modernité.

Au serveur, elle commande un café.  Cela tire l’homme âgé de sa béatitude.

Premier temps, indifférence courtoise.  Mais… quelque chose l’interpelle, et ce n’est pas la beauté juvénile de la fille d’à côté – qui, elle aussi, s’étonne.

 

« Pardon monsieur, c’est un nouveau modèle ?

Surpris : «  Un nouveau modèle de quoi, mademoiselle ?

« Ben, de vap !

L’homme boit une gorgée de son cognac avant de s’enquérir :

« Mademoiselle, de quoi parlez-vous, enfin ?  Et puis, c’est à mon tour de vous demander… vous fumez ?

La fille hausse les épaules.

«  Non, vous voyez bien, je vapote. vapote.jpg

«  Oui, je vous ai vu tapoter sur votre téléphone. Mais à la bouche, vous avez une cigarette ou quoi ?

«  Cela s’appelle une cigarette électronique et je ne la fume pas, c’est un mot dépassé, on ne fume plus, on vapote, il faut sortir, un peu !

L’homme se sent agressé et se replie sur lui-même, fermé au dialogue.  La  jeune fille insiste.

«  Mais vous, monsieur, vous faites semblant de vapoter mais vous fumez une vraie cigarette !  

 

L’homme tape du poing sur la table.

«  Ah, ça suffit avec ce mot barbare, vapoter, vapoter, vous faites quoi, au juste, avec ce sifflet !

 

La fille : « Et vous, vous faites quoi avec ce… ce…

« … fume-cigarette, voilà ce que c’est ! Un objet élégant qui filtre la nicotine et ne vous laisse pas de papier sur les lèvres !

 

La jeune fille sourit :

« OK, je pige, vous êtes vraiment un has been, vous !    Mais quand même, il faut que je vous explique…  Vous savez que la cigarette est interdite dans les lieux publics, non ?

«  Oui, hélas.  Je suis condamné à fumer dehors, un scandale de notre société castratrice !

«  Bon, enfin c’est comme ça, il faut s’y faire, on s’en porte pas plus mal… mais il existe une cigarette électronique qui nous donne l’illusion de fumer, mais qui n’est pas nocive.  C’est ce que j’ai à la bouche.

«  Et le goût est le même ?

«  Pas tout à fait…  Mais c’est une réalité nouvelle.  Et à « réalité nouvelle », désignation nouvelle… On ne fume plus, on vapote.

« Mais c’est un mot horrible !

«  C’est le mot de l’année, selon le prestigieux Oxford Dictionnary.

Vous n’avez pas fini de l’entendre.

 

L’homme secoua le fume-cigarette dans le cendrier et le rangea dans la poche de son gilet.  Puis il  jeta quelques euros sur la table et se leva.

« Au revoir mademoiselle.  Je vous suis reconnaissant de ce cours de langue vivante.

Elle le vit s’éloigner d’un pas tranquille, le col relevé, enfiler ses gants et écarter d’un coup de sa semelle un papier gras sur le trottoir.  Elle se dit que les anciens avaient  quand même de l’allure. cigarette--1.jpg

 

 

 

 

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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 14:32

 

RE

 

 

 

 

  sirene-du-mississippi-69-11-g.jpg                                                          Qui sont ces deux comédiens et dans quel film ?

 

 

 

Rponse de la photo-mystère d’octobre :

 

Dans la foulée de MODIANO Prix Nobel, j’ai choisi de vous faire découvrir le visage de sa mère, Luisa Colpeyn, comédienne, que l’on a pu voir dans quelques rôles peu marquants dans les années soixante.

Ici,   Luisa Colpeyn  dans l’Echarde de Françoise Sagan, représenté en première partie de  Le Cheval Evanoui.

Date : 1966

Théatre du Gymnase

Mise en scène : Jacques Charron

Rôle :  Elisabeth

 

Ca c'était pas facile ! Mais l'occasion était à saisir.  A bientôt pour une prochaine photo-mystère !

 

Miss Comédie

 

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 19:40

 

 

MA PIECE COUP DE COEUR Affiche.jpg

 

 

C’est une pièce qui nous emporte loin du réel – et pourtant nous sommes dans la vie d’un homme et de deux femmes, mais…

Cet homme, qui va raconter son histoire à deux femmes intriguées, n’en finira pas de nous  perdre dans les dédales de l’Histoire, de la Littérature, pourquoi ? Pour arriver où ?  Il est question d’un mystérieux calice, de trois carnets manuscrits qui donnent peu à peu des clés, d’un Alexandre Dumas persécuté, paralysé, amoureux d’une Adélaïde de Saxe de Bourville dont le nom est tabou, d’un héritage fabuleux découvert dans une tombe au pied d’un arbre… mais pourquoi essayer de raconter cette histoire ?

Nous sommes dans Les Aventuriers de l’Arche Perdue, dans Da Vinci Code, mais la poésie du texte nous charme avant tout, et aussi la flamme des acteurs qui nous entraînent avec eux dans le mystère.

 alexis-michalik-615_paul-lapierre.jpgDéconseillé aux cartésiens, à ceux qui cherchent la logique ou la gaudriole.    On ne comprend rien à cette pièce.  D’ailleurs, il n’y a rien à comprendre.   C’est un labyrinthe, quatre histoires qui n’en font qu’une, une histoire qui finit par une disparition, celle du début… La boucle est-elle bouclée ?  Peut-être.

Le décor est triste à mourir, les costumes à transformation sont de couleurs sourdes, rien n’est fait pour séduire l’œil, seul ce texte dense, vivant, drôle ou émouvant, nous charme par la voix d’une poignée d’acteurs formidables dont la passion est servie par une diction impeccable.

Les gens ont applaudi debout lors de la première, paraît-il, et hier soir la salle pleine à craquer leur a fait un bruyant hommage.

 

L’auteur et metteur en scène,  ce jeune          Alexis Michalik est un érudit qui ne se prend pas au sérieux.  C’est un conteur né qui nimbe ses récits d’une aura de mystère, nous donnant presque envie de ne pas savoir la fin de l’histoire.

Il signe une autre mise en scène à Paris, celle de sa deuxième pièce « Le Cercle des Illusionnistes » qui se joue actuellement au

Théâtre des Béliers Parisiens, dans le 18ème arrondissement.

 

Miss Comédie -

 

PS   Je n’ai pas résisté à l’envie d’ insérer la photo de l’auteur, on comprendra pourquoi…

 

Le Porteur d’histoires, au Studio des Champs-Elysées à Paris, jusqu’au 30 novembre et en tournée.

 

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 15:07

 

 

 

  bunuel-.jpgIl est temps de se demander ce que cet obscur objet du désir des surréalistes et cinéphiles des années soixante et soixante dix avait vraiment à nous dire.

On s’en est beaucoup servi comme balai-brosse pour balayer les idées reçues, mais qu’avait-il à nous dire  vraiment ?    Là je parle de l’homme Bunuel, celui  qui disait bonjour à sa concierge, qui achètait ses cigares.  Etait-il capable de  délivrer un message qui tienne debout  ?

 

.  Comme son copain Dali, il naviguait dans l’abstrait et leurs conversations ne devaient pas être celles des consommateurs du café du Commerce. 

Donc ce ne devait pas être facile de communiquer avec lui, comme avec certains réalisateurs qui quittent volontiers leur univers fantasmagorique  pour vous demander comment vont les choses.*

 

le-fantome-de-la-liberte-32532.jpgSi je me pose toutes ces questions, c’est en revoyant ce film Le Fantôme de la Liberté dont je garde un souvenir particulier.

 

 

Cet homme, ce génie dont je me flatte d’avoir traversé l’œuvre (oui, même l’autruche qui figure dans la séquence Brialy, peut elle aussi se flatter d’avoir traversé l’œuvre de Bunuel) cet homme, qui ne m’a pas engagée, qui ne m’a pas dirigée, qui ne m’a même pas regardée,  j’aurais pu ne garder de lui que le souvenir d’un tournage azimuté puis d’un film abscons. Mais le destin malicieux  m’a accordé une toute petite pièce jointe au dossier que je venais de boucler.

Un  face-à-face si fugitif que je pourrais croire que j’ai rêvé. Mais non, c’est bien noté dans mon carnet de bord de cette année-là. 

Et cette scène  peut être tournée seule, en épilogue, c’est la scène de l’absence du personnage Bunuel.

 

Dans un tournage, Bunuel ne s’intéresse qu’à ses personnages. Entendons-nous : ses personnages ce ne sont pas les acteurs. Ce sont les êtres inventés qu’il a créés pour le film.  Il a mis dans chacun d’eux un zeste de sa folie.  Il les raconte comme des gens qu’il a connus, comme des êtres de chair et d’os.  Il ne parle jamais des comédiens qui les ont interprétés.

J’ai lu qu’il admirait plus que tout chez Jeanne Moreau sa façon de marcher.  Parlant de son rôle dans   Le Journal d’une Femme de chambre, il dit  “C’est un régal de voir Jeanne Moreau marcher ainsi, la façon dLe ont elle fléchit sensuellement la cheville... Mais il y avait déjà le film de Louis Malle Ascenseur pour l’Echafaud. Là aussi elle marchait très bien, et longtemps.”

De son talent, de la façon  dont elle a fixé pour l’éternité  son fantasme de fétichiste, rien. Non, il n’en a rien dit.  Jeanne Moreau avait disparu derrière Célestine, le personnage qu’il avait en tête.

 

 

Lorsque  je suis sortie du décor après avoir tourné ma scène, toutes lumières éteintes, je l’ai vu : assis dans son fauteuil roulant  dans un coin reculé du plateau,  mâchonnant son cigare, il attendait, lui aussi. Autour de lui tous s’agitaient.  Il était calme, il attendait.  Que l’on mette en place la scène suivante.  Que l’on règle les éclairages.  Que l’on appelle les acteurs.  Que sur l’écran video devant ses yeux apparaisse la reconstitution exacte de son monde intérieur, un monde absurde.

Sans réfléchir, je me suis dirigée vers lui et personne à cette minute ne s’interposa entre lui et moi, et ce fut comme prémédité, répété, même, ce bref salut plein de respect  et cette phrase que je murmurai : “don Luis, je garderai ce poème toute ma vie”.   J’avais à la main ces quelques lignes qu’il avait griffonnées rien que pour moi. Pour que mon rôle ne soit pas un rôle muet.  A cette minute, tout était possible, j’avais la parole, je pouvais l’interroger, il pouvait me répondre, m’apprendre des choses…

 Luis Bunuel   ne m’a pas entendue.  Il m’a regardée et a dit simplement  “je vous remercie mademoiselle” en roulant effroyablement les « r ».

“Ce fleuve, dont les eaux passent devant mes yeux le long des rives immobiles qui retiennent sa fuite, le verrai-je revenir ?”

Tout ce qu’il aurait pu me dire était dans ce petit texte, et était fait pour le film, pas pour la vie  ordinaire.  Lui, l’objet Bunuel, était absent, inutile.

.

Je quittai les studios un peu après 18h. La lourde porte en fer s ‘est refermée sur un monde qui n’existait pas,

 

Miss Comédie - * ‘Commrnt vont  les choses » est un spectacle tiré d’un livre de  Roger-Pol Droit, philosophe-poète qui se produit au théâtre du Rond-Point à Paris jusqu’au  31 octobre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 16:54

 

 

 

Louisa

 

Reconnaissez-vous  cette actrice ?

Cette photo a été prise alors qu’elle se produisait dans un théâtre parisien en 1966.

 

 

 

 

 

 

certains-l-aiment-froide-20-g Réponse de la photo-mystère de septembre :

 

Louis de Fenès, Noël Roquevert et Léonce Corne

Dans «  Certains l’aiment froide »,

Film de Jean Bastia sorti en 1-959

 

A bientôt !

 

Miss Comédie – Octobre 2014 

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 16:45

 

imagesLE SACRE D’UN PRINCE   DU PAVÉ DE PARI

 

Quand j’évoquais, il y a à peine quatre jours, la sortie du  nouveau roman de cet éternel promeneur,  j’avais hâte de replonger dans son univers étrange et familier mais je ne soupçonnais pas qu’il serait notre nouveau Nobel, après Camus, après Le Clézio…

Il l’a eu enfin !   J’ai déjà partagé ma joie avec ma libraire,  et une poignée de clients émus.

 

J’avais lu des pronostics : un écrivain africain était favori …..

Quelle voix clairvoyante s’est élevée pour rappeler aux membres du Comité que Modiano existait ?

Et depuis si longtemps, avec sa trentaine de romans, tous marqués par ce frémissement qui n’appartient qu’à lui, celui d’un homme à la poursuite de lui-même et de son passé, un passé qu’il ne cessa de réinventer, nous rendant chaque fois plus impatients de percer son mystère.

Peu à peu il nous a fait partager sa blessure secrète, celle que nous portons tous sans le savoir, juif ou non, depuis la nuit des temps.  Cette blessure, personne ne l’a évoquée avec autant de charme, sans pathos, juste des personnages qui échappent au temps et au bonheur.

Inutile de parler davantage de ce que représente Patrick Modiano pour ses lecteurs, chacun le porte dans son cœur comme un  parent  éloigné et si proche,  complice et tellement discret.

Ce magicien des mots qui fait surgir en nous des interrogations secrètes, aura soixante-dix ans dans neuf mois.

Que Dieu lui prête vie encore longtemps.

 

 

 


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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 14:30

 

 

  Modiano.jpgJe viens de lire dans le JDD d’aujourd’hui  un article magnifique.

Il est signé Marie-Laure Delorme et il parle du nouveau roman de Patrick Modiano, « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier ».

Quand on connaît, et qu’on aime ce romancier hors normes, lire cet article donne une émotion telle que l’on se croit déjà dans le livre.

C’est ce qu’on pourrait appeler  « une bonne  critique ».  Mais  le mot ne convient pas !  Pourquoi appeler « critique », un texte qui fait tout le contraire ?   C’est une apologie, une louange, une immersion totale dans l’œuvre choisie.

 

Ah, si je ne connaissais pas Modiano, avec quelle hâte j’irais acheter le livre pour retrouver au fil des lignes les sensations subtiles que Marie-Laure Delorme décrit avec un talent presque modianiesque !

Alors, si je ne connaissais pas Modiano, je saurais déjà avant de le lire  que j’allais adorer cet écrivain.  Au risque d’encourir les foudres de ceux qui jugent sur pièces, qui nient l’espèce de prémonition qui vous saisit devant  certains signes, commme une critique de ce genre.

Certes, je suis dans le camp de son auteur, je sais d’avance que le livre me passionnera comme les autres, et que l’univers de Modiano me rassure sur la nature humaine.  Mais la façon de s’y plonger, le choix des mots pour le décrire,  sont si convaincants qu’ils peuvent ¨« vendre » le livre aux lecteurs les plus indifférents.

 

Sur la photo qui accompagne l’article, Patrick Modiano est « tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change » :  auteur devenu éternel, il  subit malgré tout la lente métamorphose du temps.

Le regard seul atteste de la profondeur immuable de son âme.

Il ne sourit pas au photographe, il ne cherche pas à illustrer l’événement, il se prête simplement à la boulimie de notre  époque pour l’image de la star.

 

Le texte et l’image sont formidables. C’est tout.

Maintenant, après cette pub pour la journaliste du JDD, j'attends d'avoir lu le livre pour vous  dire... ce que j'en pense !

Miss Comédie  -  oct.14

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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 15:55

 

 

  GlennGould2.jpg

 

 

Il n’est pas impossible que Gould ait eu un jour ce dialogue imaginaire avec Jean Sébastien Bach.  Ils se sont même certainement parlé plusieurs fois.  Car Gould joue Bach comme s’il avait lui-même composé sa musique.  Les autres,  Beethoven, Chopin, Brahms, Berg, il les joue comme tous les autres interprètes, à sa manière, mais on ne peut dire qu’il les domine.

La musique de Bach est SA musique.  Il sait ce qu’elle contient, il comprend ce qu’elle veut dire et il nous transmet l’inspiration même du compositeur.  Bach seul a pu lui livrer ses secrets.  Qui d’autre ?

    Jeune Gould Glenn Gould est au piano.  Il travaille l’adagio du concerto n° 5 qu’il doit jouer en concert à Toronto, sa ville natale . Il a vingt ans et  sa carrière s’annonce bril

Bach est son compositeur de prédilection.  Sa manière d’aborder son œuvre est révolutionnaire pour l’époque, son style clair et dépouillé séduit les mélomanes.

Mais le jeune Glenn Gould est un perfectionniste.

Aujourd’hui le doute s’est installé en lui et  il reprend inlassablement le même passage,  penché sur le clavier, son visage reflètant  une extrême concentration, presque de la douleur.

 

Gienn Gould s’est arrêté de jouer,  découragé.

Il s’éloigne du piano et se laisse tomber dans le fauteuil qu’il appelle son « reposoir »,  caressant au passage le dos de Nicky son setter qui se couche à ses pieds.

En face  de jui, accroché au mur, un  portrait de Jean-Sébastien Bach peint par un inconnu, le regarde.

Ce portrait est pour Glenn Gould source d’apaisement et d’inspiration, il lui confie ses doutes comme l’on prie une image sainte.

 

Les yeux fixés sur le visage empreint de sérénité de son idole, il murmure

« Je n’y arrive pas.   Comment jouer ce morceau en apparence si facile ?   Comment lui donner une valeur ajoutée ?

  Johann Sebastian BachLa voix qui lui répond le fait sursauter.  Face à lui, le portrait s’est animé et Bach lui parle.

« Qu’appelles-tu une valeur ajoutée, Glenn ?

 

Bien sûr, cela devait arriver, après tant de dialogues muets entretenus avec le portrait, un jour ou l’autre, Bach allait lui parler.

 Très ému, il répond :

«  Et bien… ma touche personnelle, mon inspiration à moi, un éclat qui illuminerait chaque note pour la rendre unique, prolongée, un…

« Mais pourquoi vouloir ajouter tout cela ?   Joues les notes telles qu’elles sont écrites, toute la beauté du morceau est au bout de tes doigts.

« Comme  chez tous les autres pianistes…

«  Non non, tu te trompes, chaque pianiste transmets à ses doigts la profondeur de sa pensée, le trouble de son âme,  le bonheur de jouer, et tout cela est différent selon l’interprète

«  Maitre, je vais devoir accompagner Yehudi Menuhin, un violoniste unique, incomparable… et moi, je trouve mon toucher trop sec, trop impersonnel.

«  Moi je le trouve parfaitement fidèle à  l’arithmétique de ma composition.  Je ne  veux pas d’une interprétation sentimentale, je veux une musique qui s’adresse à l’âme plutôt qu’aux sens.

«  Vous voulez dire… dépouillée de tout artifice ?

« Exactement.  Ce que tu appelles la « valeur ajoutée » n’est que fioritures, chichis et détourne de l’essentiel.

« Maître,  je sais bien que je suis sur la bonne voie… Mais comment puis-je me perfectionner ?

«  En dépouillant encore et encore, jusqu’à ce que le morceau devienne comme  un squelette, une ellipse.  C’est ce que fait Menuhin, remarque-le !  Son violon est un souffle pur, inspiré du divin. 

Glenn Gould se lève et se rapproche du tableau, tend la main pour toucher ce qu’il croit être la  main du musicien mais il ne renc ontre que la surface glacée de la vitre.

 

glenngould.jpeg.size.xxlarge.letterboxRassuré il se rassied sur sa chaise pliante,  le visage au ras du clavier, et se remet à jouer.  

C’est fou ce que son exécution paraît facile.  Un enfant pourrait jouer cet adagio, semble-t-il.

Que cache cette apparente clarté, ce déroulement  de chaque note comme une évidence ?  

Une recherche inlassable, un immense amour sont derrière la perfection du jeu de Glenn Gould.

 

Improvisé par Miss Comédie - Sept. 2014



 

 

 

« 

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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 15:54

 

 

 

 

 un-diner-d-adieu_1000x486.jpgComment mettre fin à une amitié de trente ans devenue encombrante ?  En l’invitant à un dernier dîner, sans qu’il soupçonne que c’est un dîner d’adieu.

C’est le sujet insolite de cette pièce de Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patelière, qui avaient déjà œuvré ensemble pour LE PRENOM.  Belle référence.

Ici l’on quitte, ouf, le boulevard du libre échange et des turpitudes conjugales pour naviguer dans les méandres nébuleuses  de l’amitié.

 Plus question de sexe mais toujours de  rupture et  ici, elle fait mal.  Vous allez me dire « ah, donc on ne rit pas. » (si on n'y rit pas on n’ira pas…)

Détrompez-vous.  Quand on a sur scène deux natures aussi diamétralement opposées que Eric Elmosnino et Guillaume de Tonquédec, (qui  sont de vrais copains de  théâtre) et bien non, on ne riit pas, on pleure.  Au milieu, la belle Audrey Fleurot joue l’épouse,   spectatrice faussement naïve de leur pugilat avec beaucoup de drôlerie.

Dès l’entrée en scène de cet ami invité pour la dernière fois, on sent que ce dîner d’adieu est une fausse bonne idée.

 

 32463_635453602696137259.jpgEntre ces deux-là, l’échange est exquis.  Ils sont de force égale, même si Elmosnino a la grâce et le métier d’une star.

Les auteurs de la pièce  ont la cruauté  de leur demander des jeux de scène insensés, de mener l’affaire sournoisement vers un dénouement imprévisible, de nous balancer des répliques  et des monologues de haute voltige, dont celui d’Elmosnino qui dure cinq minutes et où il se lance dans un show hallucinant.   Soudain seul au monde,  il murmure, il déclame, il soupire, il donne à ses effets une touche de retenue qui provoque l’explosion de rires.  Comment fait-il ? Les autres surjouent. Lui, il fredonne et ça percute, il  se permet   un certain détachement, un peu gainsbourien, peut-être ?.    L’efficacité est  jubilatoire.

La pièce s’offre parfois  des  délires  à la Ionesco, le texte mêle joliment les effets comiques et les envolées lyriques… la quadrature du cercle, quoi.

En sortant, dans ce délicieux square Sacha Guitry, on est heureux et confiant en l’amitié. Et surtout pas honteux d’avoir ri.

 

A voir d'urgence au théâtre Edouard VII, mise en scène Bernard Murat.

Miss Comédie - Septembre 2014

 

 

 

 

 

 

 

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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