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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 15:59

 

 

  Hugo-Cabret-Affiche-1-750x1000.jpg14 décembre 2011.  Le cinéma Le Marignan  à Paris est en train de se vider de ses spectateurs après la première projection de HUGO CABRET,  le dernier   film de Martin SCORSESE.

Dans un des fauteuils du premier rang, celui-ci attend la dernière image du générique de fin pour quitter la salle.  Les lumières s’éteignent peu à peu et le dernier spectateur est sorti.

Martin SCORSESE est seul.  Il est encore sous le charme de ce film qui ne lui ressemble pas.

Soudain une silhouette se profile sur l’écran comme un prolongement du générique et  SCORSESE sursaute car  il reconnaît Georges MELIES – le vrai, pas Ben KINGSLEY qui l’incarne dans son film.

 

 -Melies.jpg« Qu’est-ce qui  vous a pris, Martin SCORSESE, de faire ce film

sur moi  ? Vous devenez passéiste  avec l’âge ?

 

Abasourdi, SCORSESE ne répond rien.   MELIES poursuit  :  Ecran.jpg

 

-  Si j’avais cherché un metteur en scène pour raconter ma vie, j’aurais pensé à plusieurs Français dont j’admire le talent, mais jamais, jamais  à  vous, l’Américain,  l’auteur de TAXI DRIVER  !

 

 SCORSESE.jpgSCORSESE  enchaîne :

-  … et de LA DERNIERE TENTATION DU CHRIST !

 

-  … et de RAGING BULL, des GANGS OF NEW YORK, et de CASINO !    Vous êtes passé maître dans l’éloge de la violence. Et, tout à coup : HUGO CABRET.   Vous avez fait une conversion tardive ?

 

SCORSESE a  maintenant accepté le prodige et trouve même normal que MELIES se manifeste ainsi, s’échappant de sa propre histoire pour lui demander des comptes.

-  Allons, Georges MELIES, vous êtes trop intelligent pour ne pas avoir décelé le vrai ressort du film !

 

-  Le ressort… qui anime l’automate ?

 

Sur l’écran, le rire de MELIES répond  à celui de SCORSESE.

 

-  L’automate,  le mystère du carnet volé, les deux enfants en pleine enquête policière, tout ça… n’est qu’un prétexte pour amener la découverte d’un génie, le vôtre, monsieur MELIES !

  -  Tout ça pour ça !!

  -   Ne faites pas le modeste.  Oui, tout ça pour arriver à replonger dans la magie de votre cinéma.

  -   Cette magie  aurait paru bien pâlotte aux spectateurs si vous ne l’aviez entourée de tous vos préliminaires fantastiques…

  -   Par exemple ?   

 

    HorlogeEt bien,l’effrayante présence des rouages, des ressorts, des mécaniques déréglées, ces escaliers sans fin, ces grilles, cette horloge géante et ce petit  garçon perdu…   Il ne manque que  Robert de Niro pour nous faire croire que Hugo est un enfant de la mafia.  Finalement, mon histoire arrive comme un cheveu sur la soupe !

  SCORSESE s’agite sur son fauteuil :

  -  Comment ?  Votre histoire sauve le film !  Sans vous il ne serait qu’un documentaire sur la vie parisienne  entre deux guerres.   En réalité, Hugo croit chercher son père et il trouve Georges MELIES, le véritable inventeur de l’automate !

 

L’image sur l’écran se voile de brume.   SCIRSESE  se lève :

 

-  Attendez !   Restez encore un peu !   Vous  savez, tous ces préliminaires fantastiques, comme vous dites, ne sont que des artifices ! Les effets spéciaux, comme on les appelle ! Des trucages qui impressionnent mais n’ont pas le quart de la poésie et de la beauté de vos films !… C’est ça que je veux montrer aux gens, c’est ça qu’ils découvrent à la fin avec émerveillement : comment vous pouviez faire rêver un public avec juste des balançoires et des statues vivantes qui s’envolaient dans le ciel…

 

 decor.jpgSur l’écran Georges MELIES s’incline.

 

- Merci, Martin SCORSESE, merci...   J’ai compris. Mais il y a  deux petites  choses qui me chiffonnent dans votre film…

  -  Ah oui  ?   lesquelles ?

  - D’abord, pourquoi m’avoir rendu si méchant au début ?  Jamais je n’aurais malmené un pauvre garçon avec cette violence  !

  -  On comprend à la fin votre impatience… et vous devenez infiniment touchant.

  -  Oui, mais un spectateur qui part avant la fin emporte de moi une opinion désastreuse…

  - Dans mes films, personne ne part avant la fin ! Et quoi d’autre ?

  -  Et bien, voilà, pourquoi avoir organisé cette première pour des spectateurs malvoyants ? Ca n’est pas une bonne publicité pour votre film !

  -  Comment ça, malvoyants ?

  -  Oui, ils portaient tous des lunettes noires !

 

A cet instant, l’écran devient noir et le  rideau rouge tombe.  Les portes de sortie claquent.  Le cinéma va fermer.

SCORSESE n’a pas eu le temps d’expliquer à MELIES le  système 3D… un  trucage  de plus qui l'aurait émerveillé, sans doute...

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 21:45

 

 

  YSL-priere.jpgIls sont là tous les deux, attendant leur récompense, Yves SAINT-LAURENT et Karl LAGERFELD, sur le podium du concours de stylisme organisé par le Secrétariat  International de la Laine.

Nous sommes en 1954.   Yves SAINT-LAURENT a 18 ans, Karl LAGERFELD en a 21.   Ils portent le même costume sombre, chemise blanche, cravate noire.


 concours003.jpgils sont encore modestes, loin des excentricités qui vont marquer l’ère nouvelle.

Yves SAINT-LAURENT  a remporté le 1er prix dans la catégorie « robes du soir », Karl LAGERFELD le premier prix  dans la catégorie « manteaux ».

Ils sont maintenant armés pour  affronter  la gloire, ce qui ne saurait tarder pour Yves SAINT-LAURENT.  Karl LAGERFELD, lui,  devra attendre beaucoup plus longtemps  la consécration.

Aujourd’hui, ils sont l’un comme l’autre  aussi timides, aussi effarouchés, aussi peu conscient du destin qui les attend.

 

  yves-saint-laurent-h-robe-longue-en-velours-noir-1288866397.jpg- J’aime beaucoup le fourreau noir que vous avez créé, dit Karl de sa voix saccadée aux accents germaniques.

- Merci,  répond  Yves.   Votre manteau jaune est d’une originalité folle.

- Diriez-vous qu’il est « élégant » ?

-  Le manteau est un thème qui m’est moins familier. Mais pour parler de la robe du soir, je dirai que « l’élégance  c’est une robe trop éblouissante pour oser la porter deux fois. »    ( Heureusement, il a vite élargi sa définition de l’élégance…)

Haute couture, hautes sphères. Ils se séparèrent sans état d’âme ce jour—là mais leurs  trajectoires  allaient   se côtoyer avec   panache   au coeur de ces années flamboyantes où la Mode régna sur Paris.

 

 

 

 

 

 

Defile.jpg7 mars 2011. Défilé Prêt à Porter Yves-Saint-Laurent par Stefano Pilati à l’hôtel Salomon de Rothschild.

Comme à chacun des défilés de son successeur, Yves Saint-Laurent se glisse dans l’assistance et assiste à tous les passages.  Il est debout devant le backstage, tendu, nerveux comme il l’a été à chacun de  ses défilés, pendant toute sa carrière.

Aujourd’hui, l’ambiance est électrique car la collection a un bouche-à-oreille très flatteur. Les mannequins  sont parfaites, comme il les aime : hiératiques, racées.

 

Fillesjpg.jpgA côté de lui, une voix murmure :

« Tu as eu la gloire avant moi, mais moi, je suis vivant et je vois mes défilés.

 

 

SAINT-LAURENT sait que son ami Karl l’a toujours  admiré  et  jalousé.

- Crois-moi, Karl, je suis mieux là où je suis.  J’ai  rencontré  la sérénité. Regarde, mes mains ne tremblent plus.

 

- Es-tu satisfait de ton successeur ? 

 

-  Oui. Stefano PILATI  suit mon inspiration.  Il  a tous mes dessins en tête.  Il traduit les désirs des femmes d’aujourd’hui avec mes secrets d’hier.

 

-  Il fait du SAINT-LAURENT comme moi je fais du CHANEL, éternellement.

 

-  Préfèrerais-tu faire du GALLIANO et détruire la notion même de l’élégance ?

 

-  Ah, non !  Il faudra des décennies pour refaire l’image de DIOR.

 

SAINT-LAURENT soupire.

-  Mais est-ce que les femmes souhaitent  toujours  être  élégantes ?  J’en doute.

 

-   Moi non.   J’entre parfois rue Cambon et je vois des femmes qui ne sont pas des milliardaires, les yeux brillants en enfilant une de mes vestes. 

 

-  Tu as raison.    Regarde  le succès que remporte cette collection : les clientes du premier rang sont éblouies,  alors qu’on les croyait ciblées rock n’roll  !

Karl applaudit le passage sur le podium d’un manteau spectaculaire en marabout blanc.

-  Sublime.  Tu me bats ! Pardon, Stefano me bat !   Je m’en vais, j’en ai assez vu, tu es encore très présent, Yves.

Yves SAINT-LAURENT le retient :

- Attends !   Dis-moi, est-ce que tu vas toujours dìner à la Coupole avec ta bande ?

Karl ricane.

-  Je n’ai plus de bande, et la Coupole n’est plus dans le vent.

 

SAINT-LAURENT  est parti dans ses souvenirs :  24987-yves-saint-laurent-karl-lagerfeld-copie-1.jpg

- Nous avions toi et moi notre table réservée pour douze ou quinze, nous ne nous mélangions jamais, nos bandes se détestaient  et tout ça finissait au Sept jusqu’au petit matin…

 

-  Je n’ai jamais aimé ces débordements.  Toi, la nuit, tu étais un autre homme.

 

SAINT-LAURENT sourit  :

-  J’essayais d’oublier mes angoisses.  LOULOU DE LA FALAISE me communiquait sa gaîté.    Je viens de la retrouver, c’est un bonheur.  Et toi, Karl ?  Quand viendras-tu ?

 

Karl  émet un grognement de colère et   frappe  YVES  de son gant.

-  Tais-toi !  Ce monde-ci me convient très bien !  Je ne suis pas névrosé comme toi.  Adieu !

 

Karl LAGERFELD quitte le salon d’honneur de l’hôtel alors que les applaudissements frénétiques  saluent la fin du défilé.  

Cet  homme me  fera  toujours  de l’ombre.   Même  quand il est dans les ténèbres.yvessaintlaurent.jpg

 

 

 

 

(ndlr : cette conversation imaginaire est dédiée à Jacqueline et Martin, de la Maison Saint-Laurent, qui ont gardé la mémoire du Maître.)

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 17:03

 

  iaffiche.jpg

 

 

Le 22 octobre 2011 jour de l’avant-première du film de Steven SPIELBERG : LES AVENTURES DE TINTIN – LE SECRET DE LA LICORNE à Bruxelles.

 

moulinsart02.jpgDans le salon du château de MOULINSART, la demeure familiale du capitaine HADDOCK,celui-ci reçoit TINTIN, MILOU et DUPONT&DUPOND pour échanger leurs impressions  sur le film. 

Le capitaine a ouvert le meuble-bar et ouvre une bouteille.

 

« Mille sabords, ce SPIELBERG aurait fait un bon capitaine…. j’ai revu la prise de la LICORNE comme si j’y étais… Un  whisky, mes amis ?

 

« Non, capitaine, vous savez que je ne bois que de l’eau.

 

« Nous, volontiers, dit  DUPONT.

« Je dirais même mieux :  volontiers, dit DUPOND.

 

TINTIN paraît soucieux.  Il  se remet  en mémoire les images du film.

« C’est un peu brouillon, vous ne trouvez pas ?   L’écran déborde d’images qui vous sautent à la figure.

 

« Nous, nous sommes très ressemblants ! dit DUPONT.DupondDupont.JPG

« Je dirais même mieux :  très ressemblants, ajoute DUPOND.

 

« Il m’a mis des joues rebondies comme un poupon,soupire TINTIN.  Je suis plus joli dans la BD.

 

  _haddock.jpgLe capitaine HADDOCK  remplit son verre pour la deuxième fois.

« Moi je n’avais pas bu, hein, avant la projection, vous êtes témoins, tous les trois ? Et bien je n’ai pas vu les frères LOISEAU, ces salopards qui squattaient ce château dans l’album…

 

« Non, dans le film, le méchant c’est Yvan IVANOVITCH SACCHARINE… Un nouveau…

 

« Attendez ! Et TOURNESOL ?  Pas de TOURNESOL dans l’histoire, vous trouvez ça normal ?

Il vide son verre.

«  Un autre verre, mes amis ?

Les DUPONT&DUPOND tendent immédiatement leurs verres.  Le capitaine HADDOCK les remplit, se sert une nouvelle rasade et enchaîne :

 

« Et BARNABE ?    J-j-je n’ai pppas  vu  BBBARNABE, mille sabords  !

 

 

TINTIN se lève et tente de leur expliquer.

«  Ecoutez-moi.  HERGE m’avait fait part des idées de SPIELBERG.  Les scénaristes ont mélangé les personnages du CRABE AUX PINCES D’OR et du SECRET DE LA LICORNE. Ils en ont supprimé certains et ajouté d’autres.

 

« Mais enfin, tonne HADDOCK, de quel droit ?  HERGE est un crétin d’avoir laissé faire… hip !

 

« Pourquoi ?  Ca ne change pas l’histoire.   Et nous quatre, sommes plus vrais que nature !

milou.jpg

MILOU se met à aboyer frénétiquement.

« Ah, oui ! J’oubliais MILOU ! Nous cinq, sommes plus vrais que nature…

 

MILOU continue à aboyer, l’air féroce.  TINTIN se met à rire. 

« Je sais, MILOU trouve qu’il a l’air empaillé dans certaines scènes. C’est vrai, non ?

 

« Empaillé ?  Pourtant au marché aux Puces, il se gratte comme un beau diable ! 

« Oui, et je dirai même mieux : comme un beau diable !

 

TINTIN est pensif :

« C’est dans cet album, le onzième, qu’HERGE a dessiné pour la première fois le château de MOULINSART. C’est donc la première fois qu’il nous présente votre demeure ancestrale, capitaine.  Mais comment se fait-il que vous ne connaissiez pas l’existence de la deuxième cave,  derrière le mur de briques ?

 

 

Le capitaine HADDOCK s’est affalé dans un fauteuil et flotte dans un no man’s land.

« Comment ?  La cave ?  Mmmmais je connaissais la cave, c’est là que je venais ch-ch-chercher mon whiskkkky   hip !

 

 

tintin_seul.jpg« Il y a une énigme là-dessous.  Milou, nous allons visiter les sous-sols.

Il se lève, suivi de MILOU frétillant.

Les deux policiers se lèvent à leur tour.

 

« Monsieur TINTIN, nous sommes à vos ordres.

« Nous sommes comme qui dirait à vos ordres, monsieur TINTIN.

 

Ils se dirigent vers l’escalier.  Le capitaine se lève en titubant.

« Où allez-vous, gredins ?   Ma cave est fffffermée à clefs ! J’ai la clef !

 

Ils arrivent devant la porte de la cave et le capitaine HADDOCK se met en devoir d’ouvrir la grosse serrure avec un grand rire :

« Que voulez-vous boire ?  Du rhum des Antilles ? Du scotch irlandais ? J’ai tout ce qu’il vous faut !

Mais TINTIN suivi de ses acolytes s’engouffre dans la pièce humide et sombre en direction d’une porte à demi cachée par une pile de casiers à bouteilles.

 

« Là, derrière cette porte… HERGE m’a dit qu’il y avait de quoi faire capoter le film !  Capitaine, vous avez la clef de cette porte-ci ?

 

Le capitaine se précipite :

« Là aussi il doit y avoir  de l’alcool !  Voyons ça…

Il bascule tous les casiers qui s’effondrent dans un bruit épouvantable de verre cassé et finit par  trouver la bonne clef.

 

« Nous y sommes !  Entrons avant qu’ HERGE arrive, il nous supprimerait de cette planche !

 

Le groupe pénètre dans cette deuxième cave, plus petite et encombrée d’objets hétéroclites.

« De la lumière ! demande TINTIN. 

 

  MILOU saute sur une chaise bancale et aboie en direction de la lucarne  donnant sur les douves.Milou-2.jpg

 

« Là !  Une lampe à pétrole ! Vous avez un briquet, DUPONT ?

 

DUPONT sort son briquet et allume la mèche qui se met à trembloter.   Une faible lumière éclaire la pièce et dévoile la nature des objets entassés en désordre.

Des postes de télévision cabossés, un carton rempli de téléphones portables, des vieux jeans délavés,  une carcasse de MINI COOPER, des fours micro-ondes, des ordinateurs…

TINTIN avise une fusée rouge en miniature posée sur un album intitulé « ON A MARCHÉ SUR LA LUNE ». 

 

« Je sais ! s’exclame TINTIN, ce sont tous les éléments de décor interdits à SPEILBERG pour le tournage !  HERGÉ m’a dit que le réalisateur lui avait promis de garder au film son époque indéterminée.  Il a tenu sa promesse !

 

Des pas résonnent au-dessus d’eux en même temps que la lampe s’éteint.

Ils s’apprêtent à quitter la deuxième cave quand la voix d’HERGE se fait entendre :

« Ah ! Je vous y prends, sacripans !   MOULINSART a des secrets que je garde pour mes prochaines aventures !  TINTIN, tu es trop curieux ! Remontez tous ici !

 

Honteux, ils reprennent place dans le salon, et MILOU gémit doucement en signe de contrition.

« Vous avez aimé le film de SPIELBERG ?Herge.jpg

Tous en chœur :

« Oui oui, c’est bien notre histoire dans LE SECRET DE LA LICORNE !

« Et bien préparez-vous à vous revoir dans LE TRESOR DE RAKKHAM LE ROUGE qui sortira bientôt !  Mais sortez vite de MOULINSART, c’est un château fictif qui ne figurera plus dans les aventures de TINTIN.  Je vais l’effacer… mais vous, je vous garde, vous allez encore faire les quatre cents coups aux quatre coins du monde… pour le plus grand bonheur des enfants de 7 à 77 ans !images-copie-1

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 19:23

 

Avec-Yves.jpg" Pourquoi tu t'en vas si vite, Loulou ?

 

« J’en avais marre de la vie, ça ne m’amusait plus de ne plus être muse !

 

« YVES  SAINT_LAURENT  te manquait ?

 

« Oui, terriblement.  Les bijoux, c’est bien joli, mais ça ne remplace pas la présence charnelle d’Yves, mon meilleur ami.  Il était en perpétuel mouvement et diffusait son énergie créatrice à tout son entourage.  Un homme pareil, quand il disparaît, il vous laisse privée de l’essentiel.

 

«  Tu avais bien encore des amis complices avec qui partager tes regrets ?

 

« Ah, des amis…          oui, quelques-uns…  Marianne FAITHFULL, la sublime… les anciens rockers, mais plus tellement dans la mode.  D’ailleurs, leur vue me terrifiait.  Les voir se ratatiner peu à peu alors que je les avais connus si beaux…

 

« Tu avais encore de belles années devant toi…loulou-de-la-falaise-637x0-2.jpg

 

«  Ah, tu trouves ?   Mes plus belles années sont derrière moi, avec Yves et toute la Mode, quand PARIS était flamboyant et joyeux, plein de femmes étincelantes, d’artistes inspirés et de musiques géniales.   Aujourd’hui les Français s’habillent de gris, tout le monde se ressemble, on ne fait que repasser les mêmes musiques, qu’admirer les mêmes tableaux, et tous les plaisirs sont interdits, on ne fume plus, on ne roule plus des mécaniques sur les autoroutes, on a honte d’être riche, on cache sa Rolls dans son garage, on ne met plus sa fourrure qu’en Suisse….

Je fuis cette époque de prohibition, ah, je ne regrette rien, je n’ai plus ma place ici.  

 

« C’st affreux de t’entendre, LOULOU,  ce monde a encore quelques beaux restes…

 

« Oui, peut-être.          pour ceux qui n’ont pas connu les années glorieuses d’avant Mai 68 !   Nous autres, les vieux hippies, sommes dépassés par votre progrès abrutissant, votre INTERNET. votre FACEBOOK, votre téléphone tactile, tout ça…    Je pars en plein marsme, la crise est partout, vous n’aurez bientôt plus un kopek à mettre en banque d’ailleurs, toutes les banques auront fait faillite, alors ciao !

 

Partie dans son réquisitoire plutôt goguenard, elle s’arrête net, son beau visage pâlit soudain et elle ajoute tristement :

«  Et surtout… surtout !… lorsque votre corps vous échappe, pris en main par le PARASITE UNIVERSEL,  cette saloperie de crabe qui vous enlève peu à peu à l’attraction terrestre…

 

Et je la vois toute entière évanescente, lumineuse, s’élever dans le ciel au-dessus de sa maison, de son jardin,  se fondre dans la lumière crépusculaire de ce samedi de novembre, un bon mois pour mourir, assurément.

Demain j’irai dans sa boutique rue Cambon m’acheter un de ses bijoux,  fleurs de pierres multicolores, un souvenir qui lui ressemblera.images.jpg

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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 15:44

 

 

220px-Goncourt.jpgALEXIS JENNI, C’EST PARTI !

 

C’est pas qu’ils affectionnent la cohue et les flashes, mais chaque année ils sont là, assis au fond de la salle chez Drouant, costume noir, chemise blanche et lavallière.

Les frères GONCOURTsont toujours en pleine forme, comme le Prix qui porte leur nom.

L’an dernier, pas de surprise, tout le monde savait que Michel HOUELLEBECQ remporterait le pompon.

Cette année, le suspense ne durera pas longtemps : dix minutes à peine de délibérations dans le salon du premier étage.

Le prix RENAUDOT fait équipe avec le GONCOURT, les deux lauréats seront désignés en même temps. Evidemment, le GONCOURT est plus prestigieux mais le RENAUDOT est plus classe.

 

Les deux frères ont fait leur choix : Edmond parie sur Morgan SPORTES et Jules sur Carole MARTINEZ.

Pour le RENAUDOT, ils sont d’accord tous les deux sur Emmanuel CARRERE et son LIMONOV.

 

A 12h 45,  Didier DECOIN annonce que le GONCOURT  est attribué à  un inconnu : Alexis JENNI.

« Qu’est-ce qu’il dit ?    On n’entend rien ! se lamente Jules.

Un journaliste crie : « Refaites l’annonce !

Didier DECOIN : « Faites le silence, bon dieu !jaquette.jpg

Edmond a entendu et ronchonne :

« C’est Alexis JENNI.  Tu connais ?

«  Non.

« Son livre s’appelle : l’ART FRANÇAIS DE LA GUERRE.

« C’est un essai ?

« Non, un roman.  Un titre à la Saint-Simon ou bien à la JS BACH !

«  Ils ont mis à peine dix minutes à délibérer. Ca doit être un vrai bon roman.  Ah ! Voilà Franz Olivier GIESBER qui va annoncer le lauréat du RENAUDOT.

Edmond jubile et pousse du coude Jules qui sursaute : « Hein ? »

« C’est Emmanuel CARRERE !  Notre poulain ! Il aurait dû avoir le GONCOURT, cet âne !

« Là non plus, ça n’a pas traîné !

« Moi je préférais l’année dernière, c’était un beau chahut ! Tout le monde hurlait et HOUELLEBECQ avait l’air d’un chat sous un jet d’eau.

Frédéric BEIGBEDER a posé sur leur table son casque de vespâ pour applaudir  frénétiquement les lauréats.   Il  prend à témoin les frères GONCOURT :

« Pas d’ambiance, hein ?  C’est plus rock and roll au Prix de FLORE !.  

 

 

Jenni_.jpgIl y a un brouhaha et les caméramen sont pris d’hystérie :  les deux lauréats arrivent chez Drouant.

Alexis JENNI d’abord, essouflé.  Il va dire qu’il n’y croyait pas, c’est sûr.  Mais il a à peine le temps de parler, on le bouscule, il va peut-être se trouver mal, comme Pascale ROZE en quelle année, déjà ?  Ca doit être dur à assumer. Mais d’un autre côté, on doit se sentir  soudain quelqu’un.

« HOUELLEBECQ était plus spectaculaire, même s’il ne disait rien, marmonne Jules.

« Et Pascal QUIGNARD,  en 2002 ! Il avait créé l’émeute avec ses OMBRES ERRANTES…

 

Le petit JENNI est heureux, ça se voit.  Il sait que demain les libraires vont être dévalisés.  Déjà dès  sa parution les critiques ont encensé L’ART  FRANÇAIS DE LA GUERRE, il était déjà en piste pour six prix littéraires.

 

« Regarde, Jules, voilà notre poulain qui arrive.

« Lui, il est rodé.  Il sourit aux photographes, il parle calmement. Son LIMONOV est vendu d’avance.

« Surtout qu’il est vivant ! C’est de la chronique people !Emmanuelcarrere.jpg

« Mais superbement écrit, vraiment digne d’un GONCOURT !

 

 

Bernard PIVOT s’avance vers un  micro et dit tout le bien qu’il pense du livre de JENNI. « Ce livre est sublime. »  Diable, il n’y va pas avec le dos de la cuillère.  Et il finit en cocorico  :

« Et ce qui n’est pas pour me déplaire, ce livre traverse le Rhône et la Saône… »  Evidemment, un Lyonnais  qui parle à un Lyonnais…

 

Maintenant que le tour est joué, les jurés, les élus et le culture club vont tous passer à table. Chez DROUANT, la table est à la hauteur des romans primés.

Edmond et Jules GONCOURT n’en sont plus aux gourmandises terrestres.  Ils se lèvent en soupirant :

« Jules, nous aurions dû faire éditer nos romans chez GALLIMARD Il ramasse tout . Un GONCOURT sur deux est édité  par GALLIMARD.

« Cet éditeur  n’est apparu dans le GONCOURT que 16 ans après sa création.  En 1919. Donc, trop tard pour nous.

« C’était qui, déjà, leur lauréat, en 1919 ?

« Marcel PROUST, pour A la Recherche du Temps Perdu.

« Hélas ! Nous n’avons jamais connu un tel succès auprès de la gent littéraire…

« Le problème c’est que nous n’avions pas d’agent littéraire….

 

Edmond éclate de rire et ils disparaissent dans la foule des invités  qui se ruent vers le restaurant.PILE-DE-.jpg

 

 

 

 

 

 

 

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 15:04

 

 

le-paradis-sur-terre-johnny-hallyday1.jpgRetour sur un spectacle étonnant : Johnny Hallyday acteur de théâtre.

 

 

A quoi on s’attend ?  A un Johnny chanteur qui a appris des répliques et qui arpente une scène de théâtre sans le grand tralala des concerts. Ca fait peur. On se dit, bon, il faut voir, mais ça n’est pas un acteur.

Et bien on se trompe.  On a devant soi un grand type qui s’appelle Chicken dans la pièce terrible de Tennessee Williams, le Paradis sur Terre.  Une pièce aussi malsaine, violente et glauque que les autres, toutes les pièces de Tennessee Williams.

Pourquoi a-t-il choisi cette pièce, Johnny ? 

Bien sûr, il y a ce prénom, Tennessee, qui est un prénom fétiche.

Et puis ça se passe dans l’Amérique profonde, un décor qui lui va bien, très loin des dorures de Feydeau.

Il n’aura pas à changer tellement de tenue.  Seulement un peu la couleur de ses cheveux, de sa peau, et ça ne le gêne pas outre mesure.

Un rôle d’homme solitaire et meurtri, comme lui. Peu de texte. Des phrases balancées comme des injures. Et puis une ultime note romantique.

Son âge, on l’oublie.  Son aisance en scène, c’est pas nouveau. Mais la sincérité de son jeu, l’émotion sous-jacente de sa partition, ça lui est venu comme ça, c’était en lui.

Dommage qu’il ne soit pas mieux servi par une partenaire aussi convaincante. Mais elle a beau en faire des tonnes, on ne voit que lui.

Il a lancé ce défi, on l’attendait en souriant, en doutant. Il nous a eus.

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 15:46

 

 

pommier.jpgUn jour Dieu le  Père eut l’idée d’aller faire un tour dans le jardin d’Eden qu’il n’avait pas visité depuis longtemps. Quel endroit merveilleux, pensa-t-il, où les hommes auraient pu couler des jours heureux. 

Arrivé devant l’arbre de la science du Bien et du Mal, un magnifique pommier doté de quarante pommes éternellement mûres, il s’aperçut qu’il n’y en avait plus que trente-six.  Il regarda autour de lui et vit, dissimulés dans les bosquets, cinq personnages qui avaient pu se glisser par les grilles ouvertes.

Dieu leur fit signe d’approcher.

« Ce jardin est interdit aux hommes, vous devez le savoir. Mais je suis d’humeur clémente. J’ai une question à vous poser. Chacun de vous devra me donner sa réponse, et méritera peut-être de demeurer ici pour l’éternité.  Ma question est : « Qu’avez-vous fait de la pomme ? »

 

 

adam_eve_xir155365_hi.jpgUn couple se détacha du groupe et s’avança, se tenant par la main, l’air contrit . L’homme prit la parole :

« Seigneur, nous ne sommes pas dignes de revenir dans ce jardin. Nous avons croqué la Pomme.  Mais nous avons largement payé notre  faute et nous espérions…

Dieu l’arrêta :

« Mon pauvre Adam, ton épouse s’est laissé convaincre par Satan

et votre faute a rejailli sur l’humanité jusqu’à la fin des temps. La Pomme a été pour vous le symbole du Mal. Votre place n’est pas dans ce jardin.

 

tell-ch.jpgLe deuxième homme  s’approche :

« Seigneur, si j’aime passionnément la Pomme, c’est qu’elle m’a permis d’épargner la vie de mon enfant.

 

Dieu réfléchit un instant puis déclare :

« Guillaume TELL, t u as eu le courage de viser la pomme si près de la tête de ton fils.  Mais tu as dissimulé sous ta chemise une deuxième flèche que tu destinais au bailli au cas où tu aurais touché l’enfant.  Est-ce vrai ?

-  Oui, Seigneur.  Quel père n’eût pas eu la même idée ?

-  La Pomme t’a a inspiré des idées de revanche et de meurtre. Elle n’a donc pas servi à faire progresser l’humanité.  Je ne peux te permettre de  rester au jardin d’Eden.

 

newton-exps.jpgLe troisième homme prit la parole :

« Seigneur, la Pomme m’est tombée sur la tête et j’ai alors compris le mystère de l’attraction universelle.  J’ai passé ma vie à ouvrir aux hommes de nouveaux horizons.

Dieu posa  sa main sur son épaule :

« Cher  Newton, je te félicite, tu as fait de la Pomme le symbole de la Connaissance.  Reste ici, t u feras encore d’immenses découvertes car tout est mystère sur cette terre.

 

 

 

steve-jobs.jpgLe dernier arrivé au Paradis s’inclina devant Dieu sans mot dire.

« Et toi, STEVE JOBS, qu’as-tu fait de la Pomme ?

Steve JOBS répondit modestement :

« Je n’en ai fait qu’un signe de ralliement. Celui d’un monde nouveau.   Sera-t-il le symbole du Bien ou du Mal ?  Je ne peux pas le dire, Seigneur.

« Et pourquoi l’image de la pomme croquée ?

STEVE  JOBS eut un sourire malicieux.

macbook-air-apple.jpg« Sur chaque capot de mes ordinateurs, il y a un pied de nez à votre sentence, Seigneur.  Adam et Eve ont eu beau croquer la Pomme,  l’homme continuera à évoluer, car la Pomme est faite pour être croquée !

Dieu le Père éclate de rire.

« Tu as raison, Steve.  Et tu as superbement contribué à cette évolution.  Voilà une façon de croquer la Pomme qui fait du bien à tout le monde !

il fait signe à Isaac NEWTON         .

« Restez ensemble dans ce Jardin, autant que vous le désirez.

Vous observerez  la suite des évènements… et je peux vous dire que vous n’êtes pas à l’abri des surprises !

Il s’éloigna tout pensif : décidément, croquer la Pomme, ça peut aider !  Ca m’avait échappé. J’ai peut-être été trop dur avec Adam et Eve…

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 16:26

 

 

 

 

 

Procol jeunesCette photo, c'était hier. Aujourd'hui nous sommes à Copenhague, le 15 janvier 2011.  La Falkoner Salen est pleine à craquer. Ce soir le groupe PROCOL HARUM  chantera SALTY DOG, GRAND HOTEL, CONQUISTADOR, et… WHITER SHADE OF PALE.

Sur scène, il y aura Gary BROOKER, bien sûr, le fondateur et chanteur du groupe, entouré de quelques-uns des musiciens de la première époque.

On les reconnaîtra facilement : ils sont vieux, entourés  de jeunes recrues qui pourraient être leurs petits-fils .

 

 

Procol harum current 600Gary BROOKER, à la voix inchangée, cette voix qui a donné la chair de poule à des millions de fans depuis 1967, est un monsieur corpulent à cheveux blancs, au visage empâté, et ça fait mal de le voir chanter A WHITER SHADE OF PALE,  le tube de nos vingt ans.

A Copenhague, le public s’en fout, bluffé par le mélange de musiciens classiques et rock dans une symphonie toujours aussi planante.

Ils ont gardé pour la fin ce morceau emblématique d’une époque psychédélique.  La salle les accompagne de leurs mains levées, de leurs chants, toujours les mêmes salles, le même triomphe depuis 44 ans.   Même avec leurs cheveux blancs,  la magie opère de génération en  génération.

 

.

 

   

110115_christian-zwainz.jpgGary BROOKER se fraye un passage dans le bar à vins proche de la salle de concert. Il est entouré de ses proches musiciens.  Leurs visages sont luisants de fatigue mais rayonnants de joie intérieure. La taverne entière leur fait un baroud d’honneur.  

 

 

  tharaud« I must talk to you.

Un jeune homme aux yeux  clairs  barre la route au leader de PROCOL HARUM..  Ses amis sont déjà sur le qui-vive, mais Gary BROOKER  a croisé  le regard du  type qui l’interpelle.

« I know you, Alexandre THARAUD.  Come with me.

Il se détache de son groupe et s’assied à une table à l’écart, invitant l’autre à lui faire face.

 

Ils se regardent.

« Vous avez pillé Jean-Sébastien BACH.

« Disons qu’il m’a inspiré. 

« J’adore ce que vous avez fait de  sa cantate 140, de son 1er prélude, de son aria, dans ce morceau sublime.

« Vous ne l’aviez jamais entendu  ?

« J’avais un an quand il est sorti.  Il y a quelque temps je l’ai entendu un soir dans une fête privée.  Les gens dansaient le slow dessus.  On m’a dit que ça s’appelait A WHITER SHADE OF PALE.  Ce titre m’a intrigué. C’est comme votre nom : PROCOL HARUM, ça vient d’où ?

« On n’est plus sûrs du tout.  Les uns disent que ça vient du latin « au-delà des choses », les autres que c’est le nom du chat d’un de nos copains…

« L’un n’empêche pas l’autre…

« Exact. Ce chat pouvait très bien être un chat philosophe…

« En tout cas aujourd’hui, je comprends votre succès planétaire !

 

L’Anglais hausse les épaules.

« Ce succès planétaire s’arrête à un seul morceau !  Ne nous enviez pas !  Vous êtes, vous, un immense pianiste à la renommée internationale. Vous aurez le même triomphe  à chacun de vos concerts, pour des œuvres différentes, vous pouvez jouer tout le répertoire classique, vous serez ovationné !

Sa voix devient rauque, va-t-il se mettre à pleurer ?gary brooker veux

« Nous, c’est A WHITER SHADE OF PALE, qu’ils demandent, et rien d’autre !  Nous avons essayé de le supprimer de nos concerts, les gens hurlaient ce titre maudit, le reste ne les intéressait pas !

 

 

Alexandre THARAUD  découvre cet aspect de la question : la réussite peut aussi être un sacré boulet. Il est embêté pour Gary mais il ne peut pas vraiment le plaindre.

« C’est quand même agréable, une salle comme ce soir, non ?

Soupir.

« Yeah…Au Danemark ils ne sont pas difficiles, tous les morceaux font un tabac, ici.

« Et en France ?  Pourquoi ne vous produisez-vous pas en France ?

« Nous sommes venus en 2010 mais vous ne l’avez pas su, nous n’avons fait aucune promotion.

« Vous êtes venus ?  Mais où…

« Dans une petite chapelle du Quercy, à l’ABBAYE NOUVELLE de LEOBARD, c’est dans le Lot, près de Gourdon.  Nous n’étions que cinq musiciens, et nous avons joué ça  très moderato.

Alexandre THARAUD sursaute.

« C’est très très étrange, que vous ayez joué là,  quelle coïncidence…

« Quelle coïncidence ?

«  Oui, vous étiez à deux pas de Montcuq, le village où Nino FERRER a vécu ses derniers jours…

« Et alors ?

  nino ferrer« Ben Nino FERRER et PROCOL HARUM, même combat !  Une carrière qui ne laisse qu’un souvenir : LE SUD pour lui, A WHITER SHADE OF PALE pour vous.

« Pas du tout !  Quand nous avons sorti A WHITER  SHADE OF PALE en 67, il était au top avec MIRZA et il chantait LE TELEFON avec le même succès !

« Bien sûr, mais il en était malade !   Il avait fait de très beaux enregistrements qui ne marchaient pas du tout  !  Comme quoi on n’est jamais content du succès que l'on  a.

L’Anglais  fait signe au serveur :

« Give me a Guiness, please.  And for you ?

THARAUD  hésite , il ne boit jamais d’alcool.

« Euh, la même chose.

Ils ont du mal à s’entendre tant la salle est bruyante.  Ils se taisent jusqu’à l’arrivée du serveur avec les deux Guiness débordantes de mousse.

Ils trinquent fraternellement, puis Alexandre THARAUD avoue :

« Je suis incapable de boire ça… Je vous laisse la finir avec vos musiciens, je vous ai un peu trop accaparé.

Il se lève, serre la main de Gary BROOKER.

« Vous savez, vous n’auriez pas dû prendre le nom d’un chat… C’était sûrement un chat noir !  chat noir

 

  (La version que vous entendez est une version récente enregistrée avec l'Orchestre National et 

les choeurs du Danemark.  La voix est à peine changée... quoique.)

 

 

 

 

 

 

 

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 16:30

 

250px-Johnny 1 Cannes

 

 

 

Affiche-Paris.jpgSeptembre 2011.  Dans sa loge du théâtre Edouard VII, Johnny HALLYDAY tremble.  Le fauve n’est pas dans son élément. Seul espoir, que « TENNESSEE » lui porte chance, comme sur la scène du Zénith.

Il va falloir parler, et non chanter.   Johnny éteint la lumière et s’étend sur le canapé. Exercices de relaxation, il connaît.

On frappe à la porte.  Qui a pu franchir les barrages  interdisant l’accès à la loge ?  Johnny se redresse, furieux .

La porte s’ouvre, une ombre se glisse dans l’ombre, vient s’asseoir sur le fauteuil  devant la table de maquillage.

« Qui êtes-vous ?

« Take it easy, boy.  I am Marlon BRANDO. I juste come to talk to you.

« Pourquoi ?  Dégage.

« Okay, tu vas jouer Tennessee ?

« Ouais. Et alors ?

«  Ecoute-moi deux minutes. Je suis monté sur scène pour la première fois  à Broadway en 1947.  C’était pour jouer quelque chose de Tennessee WILLIAMS.Brando-Tramway.jpg

 

Johnny se lève, marche vers cette forme massive, assise dans son fauteuil.

 

« Bon alors, comme ça, tu ES Marlon BRANDO  ou tu te fous de ma gueule ?

« I AM Marlon BRANDO, you stupid ass, je me dérange pas souvent pour venir me mêler à vos conneries, mais là… A cause de Tennessee, j’ai voulu voir comment tu allais t’en sortir. 

« Tu jouais quoi ?

« UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR.  Comme toi, trois personnages, une ambiance de folie sur le plateau.  Et le public, en plein orgasme.

Johnny  s’agite.

« N’allume pas la lumière. Ecoute-moi, be good, Johnny.  I love you singing TENNESSEE.   It’s glorious.  But playing TENNESSEE is another fucky  thing.

 

Johnny  s’allonge à nouveau sur le canapé, les coudes derrière la tête.

« Vas-y, partner.  Dis-moi comment il faut faire.  Je meurs deJohnny-trac.jpg trac.

 

Marlon BRANDO éclate d’un rire tonitruant.

 

« Moi aussi, je mourais de trac.  Je ne connaissais rien au théâtre. J’avais fait savoir à Elia KAZAN, le metteur en scène, qui me voulait absolument, que je refusais le rôle.  Il m’a fait signer quand même.

« Et comment ça s’est passé ?

« J’ai joué au feeling.  Tu es chanteur, tu connais la recette pour « avoir » ton public. C’est un atout énorme.  Prends ton public à bras le corps, ne le fuis pas.  Un spectateur de théâtre est aussi sentimental qu’un spectateur de concert. Tu as beaucoup de texte, c’est sûr, chez Tennessee on n’arrête pas de jacter… tu l’as bien en tête ?

« En tête, en tête, ouais et non, je sais pas moi, je l’ai répété des nuits entières, mais voilà, je suis pas à l’abri d’un trou !

«

« Rien à foutre, un trou !  Tu reprends vite pied. Tes partenaires t’aideront.

Moi, j’en ai eu quatre ou cinq, de trousj  j’improvisais, et Jessica TANDY qui jouait Blanche me renvoyait la balle.   Sutout, n’essaie pas de chercher les mots du texte, remplace-les par d’autres, les tiens !  Ton metteur en scène n’est pas trop à cheval  ?

«  Non, Bernard MURAT ça va, mais le public ?  je ne veux pas décevoir mon public . 

 

« Tu ne peux pas le décevoir.  Le public adore les types  qui ont du culot. Tout d’un coup, il va voir un nouveau Johnny HALLYDAY. Ca, ça leur plait. Ils en redemandent.  Fais-leur ton numéro d’acteur !

 

Ils se taisent un moment.  Le haut-parleur annonce : lever de rideau dans quinze minutes…

« Johnny, je vais te laisser.  Je serai dans les coulisses, comme Elia KAZAN était pour moi, à Broadway.  On a eu la victoire, un succès énorme !

Johnny HALLYDAY crie :

« Brando, tu avais 23 ans ! Toute la vie pour te remettre d’un bide ! Moi j’ai soixante balais !

Brando répond sur le même ton :

« Tu as l’âge du rôle, non ?  Tu es  un géant, Johnny, exactement le type que TENNESSEE WILLIAMS réclame pour ses pièces.

 

Johnny HALLYDAY se lève.

  

 « Je suis prêt.  Merci pour les conseils, Parrain.

 

Il rallume la lumière.  Dans le fauteuil, Marlon BRANDO a laissé une fleur de tiaré.

 

 

 

 

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 15:24

 

 

ETRE OU NE PAS ÊTRE HAMLET

 

 

 

hamlet.jpgJuillet  2011.  La cour d’honneur du château de GRIGNAN dans la Drôme.  La nuit est claire mais le mistral souffle et les spectateurs frissonnent autant de froid que de terreur devant le spectacle de la folie d’HAMLET que joue Philippe TORRETON.

Deux spectateurs non autorisés arpentent les terrasses qui dominent la cour, leurs voix se perdent  dans le vent du nord.

 

chateau.jpgLaurence OLIVIER se souvient du décor de l’Old VIC Theater à Londres  où il joua HAMLET pour la première fois en 1938.

« Un vieux théâtre délabré près de la gare de Waterloo, un quartier mal famé où l’on n’osait pas entrer dans un pub pour boire une bière après le spectacle…. Ici, c’est un paradis pour les acteurs !

« Oui, enfin, s’il n’y avait pas ce foutu vent !  gémit   Vivien LEIGH.

« Toujours à te plaindre…Tu ne changeras jamais. Regarde donc le spectacle !

 

Les deux amants se penchent dangereusement par-dessus les épaisses murailles.

« Ils ont rempli la cour à ras bord !  Look, il y a des gens qui n’ont pas pu entrer, ils sont des centaines dans la petite rue… 

«  L’affiche est barrée : c’est complet jusqu’à la fin.

« Il doit y avoir des amoureux de Shakespeare frustrés…

« C’est la loi des grands nombres !  Et dans ce petit espace, ne peuvent être admis que ceux qui ont réservé dès les premiers jours…

« … et certains privilégiés…

« Ca donne ça :  « Allo ? Je voudrais réserver… On vous coupe : « c’est complet, madame ! » Elle insiste « mais c’est pour fin Août… C’est complet jusqu’à la fin. Au revoir madame.  Elle n’a pas donné son nom, c’est une inconnue, on ne lui vendra pas les places disponibles du premier rang.

« 0n a peine à imaginer que dans quelques jours le village de GRIGNAN retombera dans le silence et les ruelles seront désertes.

 

Ils sont sur le toit de la Collégiale.  La vue s’étend jusqu’aux monts de la Lance, la plaine est tranquille, un parfum de lavale couple 1nde monte jusqu’à eux.

On entend les bribes d’une réplique d’OPHELIE qui s’effiloche dans le vent.  Elle est minuscule, face à HAMLET qui l’invective.  La voix puissante de TORRETON domine le bruit des rafales.

Ils se serrent l'un contre l'autre. Laurence OLIVIER murmure :

"Te souviens-tu, mon Ophélie, comme nous nous sommes déchirés dans cette scène ?

"Oui, mon Hamlet, tout ça a très mal fini.


 

 

 

 

 

Et puis, à quelques mètres du couple, dans l’ombre de la terrasse, une autre voix s’élève :

«  Bel organe, le TORRETON, tu ne trouves pas, Gad ?

C’est  Edouard  BAER.  Avec son compère Gad ELMALEH ils s’amusent à lancer des cocottes en papier sur la scène.  Avec le vent, certaines atterrissent sur la tête des spectateurs  interloqués.

 

« Ils croient que c’est dans la mise en scène ! s’esclaffe Edouard.

« Ah !   HAMLET en a reçu une dans le cou ! Il pipe pas, le bougre !

« Comment va-t-il se sortir de to be or not to be ?  Ecoute bien, Gad !

 

Laurence OLIVIER s’approche :

« Vous aussi vous avez joué HAMLET ?

Gad ELMALEH désigne Edouard BAER :

« C’est lui. Il a joué HAMLETaux Bouffes du Nord, qui est un peu l’équivalent parisien du Old Vic Theater, n’est-ce pas ? Et ce soir…

Edouard s’interpose :

s aec04 - cm - - edouard baer - 1 - 048« Ce soir je suis la doublure de Philippe TORRETON. A la moindre défaillance, je saute sur le plateau.  Et là, vous verrez un HAMLET …grandiose, unique, irremplaçable.

« Mais pourquoi vous lancez des…

« C’est censé être les âmes de tous ces morts qu’il va y avoir sur scène :

Polonius 

 , Claudius, Laerte, et finalement Hamlet.  Mais… vous êtes Laurence OLIVIER ?

« Yes I am.

«  Pleased to meet you.  My name is BAER, Edward BAER THE FIRST.

Ils se serrent la main.

gad web p« Et lui c’est  Coco, mon partenaire chouchou. Son nom est ELMALEH, Gad ELMALEH.

« Enchanté.

« Alors, vous, illustrissime Mr OLIVIER, vous avez traité le monologue to be or not to be sur quel mode ?

« Well… au théâtre je l’ai traité sur le mode  furioso, et dans mon film HAMLET, je l’ai joué pianissimo.  Et vous ?

« Et bien, moi j’ai choisi de mélanger les deux. Un mot très très fort, le mot suivant inaudible. Cela maintient l’attention des spectateurs, car cette tirade est un peu lassante, vous êtes d’accord ?

Pas de réponse. Une rafale plus forte que les autres soulève un nuage de poussière sur les dalles de la terrasse. Ils sont seuls.Chateau-de-Grignan_carrousel_gallery.jpg

 

 

 

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

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Aux éditions le Manuscrit.

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