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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 14:00

 

 

 NOUVELLE VAGUE DE RENCONTRES...

 

 

Voilà, mon troisième roman est en ligne.

Il s’appelle  La Dictée de Bunuel.  Ca se passe dans les milieux artistiques des années soixante,  années qui fourmillaient de mythes, si je puis dire…

 

Je ne résiste pas au plaisir de vous en donner  un extrait, pour vous donner une idée.

Ceux d’entre vous  à qui cela donnera une envie frénétiqued’en lire plus

pourront commander le livre sur le site de MANUSCRIT.COM.

Quant à  ceux qui font partie de mes proches,  ils pourront aussi l’acheter et le faire dédicacer au cours d’une séance de signature à laquelle ils seront bientôt conviés.

 

« Au théâtre j’ai atteint un soir le comble du bonheur et du déchirement avec “Dommage qu’elle soit une P.” de John Ford, mis en scène par Visconti. Je dis aujourd’hui que cette pièce, cette mise en scène, ces comédiens, ce spectacle enfin, n’a jamais été surpassé et qu’il y a de fortes chances pour qu’un tel prodige ne se reproduise jamais. Voilà ce que je dis.  Ce lundi 27 mars 1958, il s’est passé quelque chose d’unique.  Alain Delon et Romy Schneider, ensemble, pris dans la tourmente de l’amour et de la mort, deux anges de Botticelli dans des décors et dans des costumes d’un luxe inouï.

  dommage003Les yeux voyaient une toile de Canaletto , animée par magie.

Les oreilles entendaient une musique céleste, la plus rigoureuse, la plus construite. Madrigaux de Fresccobaldi, motets de Palestrina pour donner le contrepoint au désordre des passions.

Le coeur battait car  l’amour et la guerre se donnaient en spectacle.

Et il y avait quelque chose de déchirant  dans la perception de cette oeuvre d’art : c’était son inutilité dans le temps car tout ici était de chair et d’os, et  voué à disparaître,  et chaque minute qui passait tombait pour toujours dans l’oubli. Comme chaque scène de la tragédie de la vie, que nous jouons pour quelques spectateurs jusqu’à notre dernier soupir.

Chaque larme, chaque regard, chaque envolée de robe, chaque coup d’épée, chaque inflexion de voix.  Disparus. Il ne reste rien.

Comme il ne reste rien d’Annabella et de Giovanni, frère et soeur incestueux.

 

Au premier rang j’absorbais leur totale beauté sans respirer.  Tout m’était souffrance. La vague impétueuse des rideaux cramoisis qu’ils empoignaient, les jupes de velours qui soulevaient la poussière, le claquement des talons,  les lames brandies, et puis le sang et la mort, et les outrances de ce texte d’un autre âge déclamé comme on crie sa douleur.

 Je pleurais.  C’était  trop de beauté pour cette vie.

Mais ll restait à voir ce qui n’arrive jamais. Le rideau tomba une première fois et lorsqu’il remonta pour les saluts, Romy s’évanouit.  Le visage aussi pâle que les perles qui luisaient sur sa gorge, elle ferma les yeux et se laissa glisser dans les plis de sa robe.  Delon la prit dans ses bras, la releva et l’on crut que la pièce continuait.  Mais le rideau balaya cet espoir et l’on ne sut plus rien.

L’orage qui s’abattit alors sur la salle debout, hurlante, jetant son merci en une clameur folle, me saisit.  Jamais l’on ne reverra ça. Au théâtre, jamais.  A Woodstock, oui, à Bercy, les pop-stars, les idoles chanteurs de rock... C’est une autre forme de cérémonie.  D’autres dieux vivants. "

 

(La Dictée de Bunuel – chapitre iii)

 

 

 

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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 20:33

 

 

 

 

 

 

images.jpgBARTABAS !   Des années, que je voyais passer ses spectacles sans  pouvoir y assister – trop tard, trop loin, complet…  Les critiques déliraient, les foules se pressaient,  chaque spectacle montait en intensité, en créativité.

 Et ces titres  qui en  disaient long   :   Cabaret Equestre, Opéra Equestre, Chimère, Eclipse, Triptyk…..

Et cette année,  Calacas arrive à Lyon.

 

Ma déception est à la mesure de mes espérances. 

Le chapiteau  immense et noir promet déjà une messe noire, un rituel  équestre  que vont partager les spectateurs encore ignorants, encore  paisibles, encore au grand jour.

Distillés tout autour de l’enceinte circulaire, par dix escaliers périlleux  ils plongent dans l’inconnu,   ils descendent dans une obscurité totale vers leurs places indistinctes, tâtonnant, aveugles, distinguant à peine la piste  - l’autel –nimbée de rouge et déjà la magie opère, une magie noire qui désoriente et fait craindre le pire.

C’est le noir avant la lumière ?  le mystère avant la révélation ? on veut nous préparer au rite par le recueillement…. ?

Bernique !   Nous ne verrons jamais la lumière.

Nous sommes descendus aux Enfers à la rencontre de la Mort.

J’attendais des chevaux exercés au théâtre, bêtes domptées et rebelles à la fois, tout ce que Bartabas  avait cherché à  démontrer dans ses spectacles précédents : son amour irraisonné pour le cheval et ce que cet amour pouvait engendrer de prouesses et de poésie animales.

J’ai vu quelques chevaux manifiques à la crinière somptueuse, lancés dans un galop contenu comme au manège,  un galop d’une légèreté  telle qu’on les croyait courir au-dessus du sol.  Galop de cirque.

Qu’ont-ils fait  d’autre que galoper, ces superbes étalons d’or ou de feu ?

Rien.

Les squelettes ont envahi le chapiteau, suspendus à des fils ou courant à la poursuite de leurs montures, escaladant les croupes, se dressant debout dans des postures  guerrières, s’envolant dans leurs costumes allégoriques  et leurs voiles aériens pour une danse macabre d’une beauté   incontestable, mais…  Quand verrons-nous Bartabas murmurer à l’oreille de ses chevaux ?

Quand verrons-nous les chevaux artistes, les chevaux musiciens, les chevaux danseurs ?

Dans cette pénombre peuplée de fantômes, la musique  frappait fort. Tambours assourdissants, grosse caisse, cris et chants  rituels inspirés  de la fête des Morts au Mexique,  hurlements hispaniques rythmés par des instruments inconnus.

Quelques pauses dans ce vacarme, pour accompagner des numéros plus calmes, comme le seul qui  mit en scène un cheval en équilibre sur un cube, les quatre pattes réunies, le corps oscillant, obéissant aux mots secrets chuchotés par l’écuyer. Là, les flûtes  jouaient  mezzo voce, respectant le tour de force animal.

 

 

 

La nuit a régné tout au long du spectacle.    Il fallait s’y faire. Mais les rares jeux de lumière étaient fabuleux.    Il y avait tout autour et tout en haut des gradins  une coursive circulaire  qui offrait le plus éblouissant des spectacles. On voyait y galoper à tour de rôle un cheval blanc archangélique, un autre luciférien tout de noir luisant, et une ronde infernale de charrettes  aux ornements étincelants tirés par des chevaux que l’on aurait dit ailés, tout cela baignant dans une lumière qui  passait du bleu au rose, à l’or et à l’argent.

Un ravissement. 

 

Mise en scène époustouflante, costumes, masques, harnachements superbement réalisés, musique atrocement dérangeante, voilà pour moi les ingrédients de CALACAS sur un thème provocateur et totalement intellectuel.

 Il n’y a pas de place pour les chevaux dans CALACAS.    Bartabas leur a enlevé leur bannière d'acteurs pour les réduire à l'état de montures. Quel dommage.

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 11:17

Ce petit lever de rideau se passe à Paris. Je n'y ai pas assisté mais je me dois d'assister mes confrères en signalant leurs évènnements dans mon blog.

Ce spectacle est certainement très bon et gai, allez-y de ma part !

(Il vous faudra pourtant décrypter certains caractères spéciaux dans ce message...)

 

Objet : OverBlog : Vous avez reçu un message
Date : mardi 26 juin 2012 17:48
De : Franck Duarte <carambolage.production@gmail.com>
Répondre à : carambolage.production@gmail.com
À : <ogier.barbara@wanadoo.fr>

 <http://www.over-blog.com> 26/06/2012 17:48:01
OverBlog : Vous avez reçu un message
Ce message vous est envoyé par un visiteur grâce au formulaire de contact accessible en bas de page de votre blog: www.unesceneparjour.com <http://www.unesceneparjour.com/> 
INVITATION -
Franck Duarte
Bonjour,

Õ partir du 4 juillet et pour tout l'été, notre toute nouvelle comédie s'installe à la Comédie des 3 bornes :

Y'a de l'OTAGE dans l'air




â•œou comment une fêtarde enceinte, un acteur raté et un avocat allumé se retrouvent piégés dans une prise dâ•˙otage improviséeâ•œ


+ d'infos╜

Programmation
Du mercredi au samedi à 20 h 15
Du 4 juillet au 15 septembre
Comédie des 3 bornes
32, rue des trois bornes
75011 Paris ╄ Métro Parmentier ou Goncourt


Site Internet
http://www.carambolageprod.com/index/Ya_de_lOTAGE_dans_lair.html
(en construction)


Distribution
Texte et mise en scène : Franck Duarte
Avec : Alix Valroff, Pierre-Louis Jozan et Franck Duarte
Regard extérieur : Maxime Lepelletier
Ingénieur du son : Henri dâ•˙Armancourt
Voix off : Jean-Chistophe Rozner, Claire Bontemps, Thomas Zaghedoud


Si vous désirez être un des premiers à parler de ce spectacle sur le web, n'hésitez pas me demander une invitation pour assister à l'une des premières représentations, dès le 4 juillet.

Dans l'attente de votre retour,

Très cordialement,

Franck Duarte

Carambolage Production
6, rue Oberkampf â•„ 75011 Paris
http://www.carambolageprod.com

Le visiteur qui vous envoie cet e-mail n'a pas eu connaissance de votre adresse de messagerie.

 L'adresse qui apparaît comme expéditeur n'a pas été vérifiée.
 
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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 14:39

 

 

 

   ROBET  SCIPION VS GEORGES P ÉREC

    

  LivreLa Brasserie Le Vaudeville à Paris, un jour d’octobre 1978. 

Au fond de la salle, une table est occupée par un homme seul, plongé dans la lecture du Point, finit de déjeûner.    C’est Robert SCIPION, l’heureux auteur des mots croisés du Nouvel Observateur.  Ses grilles font le bonheur des bibliophiles érudits de la France entière.   Les fans  font des concours de vitesse pour résoudre ses définitions farfelues.  Le magazine enregistre une hausse significative de son lectorat depuis l’apparition des mots croisés signés Robert SCIPION.

Or, voici qu’il découvre dans le Point une grille qui chatouille son ego : les  définitions machiavéliques sont signées  Georges PEREC, auteur  de best-sellers dont le dernier, LA VIE MODE D’EMPLOI, fait fureur.  Son style est hors normes, un exemple de virtuosité alphabétique.

 

 

Robert SCIPION  n’a pas terminé la lecture de  LA DISPARITION, où l’auteur s’amuse à  oublier la lettre e   tout au long des 26 chapitres  (auxquels il manque le chapitre 5 car « e » est la 5ème lettre de l’alphabet qui en compte 26 ! !!!!  disparition-r.jpg

Ce procédé, qui se répète avec mille variantes d’une profusion inouïe, l’avait mis en fureur.  Indigne d’un véritable écrivain.  Il n’allait pas perdre son temps à relever toutes ses anomalies, étrangetés et autres barbarismes dans ce roman à la noix.  Lui, Robert SCIPION, écrivait de vrais romans, avec un début, une fin, un suspense et toutes les lettres de l’alphabet.

Et voilà que cet énergumène de la plume se mettait aux mots croisés.  Là, au moins, il pouvait s’en donner à coeur joie avec les manipulations de vocables.

 

Robert SCIPION allait se plonger dans la grille du Point qu’il avait en mains, lorsqu’il fut distrait par une altercation en terrasse.  Celle-ci était pleine à craquer et le serveur s’obstinait à refouler un homme barbu, hirsute et mal fagoté pour le diriger vers l’intérieur.

 

 

" Tiens !  c'est Georges PEREC.  Quel drôle de hasard.

 

La table qui lui fut attribuée faisait face à celle de SCIPION. lPerec croises couv-1

Les deux hommes se jetèrent un regard puis l’un reprit sa lecture et l’autre passa sa commande.

 

Un moment plus tard, n’y tenant plus, SCIPION s’avança vers PEREC  et l’apostropha  tout de go :

« Puis-je partager votre saumon, monsieur PEREC ?

«  Dans le sens de la longueur, je veux bien, répondit l’interpelé in petto.

 

SCIPION s’installa sur la chaise face à PEREC et le silence s’installa à son tour quelques minutes, vite meublé par le bruit du meursault coulant dans le verre à eau que tendit PEREC          à son vis-à-vis.  Les deux cruciverbistes trinquèrent sans dire un mot.   Puis Robert SCIPION entra dans le vif du sujet.

 

Scipion«  Vous me faites de l’ombre, avec vos grilles, monsieur PEREC. 


 

Georges PEREC taillait des lanières dans le saumon fumé avec beaucoup d’application.

 

Georges-Perec 4221« Pourtant, c’est à l’ombre des vôtres que j’ai attrapé ce virus… dit-il d’un ton lugubre.

«  Comment ?  Quel virus ?

«  Et bien, le virus des mots croisés.  Vos définitions ont provoqué en moi  une envie irrépressible de croiser les mots  avec vous.

« C’est un croisement dangereux, vous savez.

«  J’ai de bons freins, je ne les ronge jamais.

 

.

« Vos grilles seront de l’imitation en trois lettres !

« Du toc ?  Pas si sûr !  J’ai des lettres, plus que vous croyez !Grille 1


« Vous sauriez faire des jeux de mots sans jeu de mots en douze lettres ?

 

La question est piégeuse.  PEREC hésite.  Mais pas longtemps :

«  Oui, vous voulez dire sans dictionnaire ?   Cette définition, pardonnez-moi, est indigne de vous.  Primaire, je dirais.

 

Vexé,  Robert SCIPION feuillette le  Point et remarque :

« Vos grilles contiennent  beaucoup d’échappatoires… Je compte six cases noires dans une grille de huit par huit.  C’est trop pour un  forcené du palindrome…

grille-2.jpg«  L’idée n’est pas de faire des grilles ouvertes, il faut bien chercher la sortie comme dans un labyrinthe.  Vous aussi, vous leur mettez des cases noires.

«  Oui mais mes grilles font  au moins treize par douze et mes lecteurs sont   des  nouveaux Observateurs !

« Et alors ?

 

«   Ils  savent que mes cases noires sont des chausse-trappes.

«  Moi mes lecteurs ce sont des pointilleux.  Ils aiment avoir des points de repères.

 

Robert SCIPION   boit  la dernière gorgée de son verre de blanc et demande :

«   Votre but est-il d’imaginer des grilles insolubles ou bien de satisfaire la vanité de vos lecteurs ?

 

PEREC boit à son tour et s’essuie la barbe avant de répondre.

 

« Moi, je fais des mots croisés que je ne résoudrais pas moi-même, à moins d’y passer des nuits.  J’ai fait une grille insoluble, vous savez.


« Comment savez-vous qu’elle est insoluble ?grilleinsoluble11-copie-1.gif

 

Georgs PEREC  avait terminé le saumon fumé.  Il fit signe au serveur.

 

« Aucun des collaborateurs de la maison d’édition MAZARINE où j’ai déposé mon  recueil de mots croisés n’a su le résoudre.

Mais vous, le pourriez certainement.   Cette grille  est insoluble pour les lecteurs ordinaires du Point.  Il faut une grande érudition et aussi une certaine habitude de mes manies, pour y arriver.

« Donnez-moi un exemple…

 

 

PEREC  réfléchit.

«  <Le 1  vertical  en neuf lettres :  « une pipe mais pas une sèche ».

«  D’accord, mais il faudrait la grille entière pour trouver !  Dites toujours ?

« Narguileh.   C’est la plus facile de la grille.   Vous auriez pu la trouver en réfléchissant deux minutes.

« Il n’y a pas de quoi en faire une affaire d’Etat !

« En combien de lettres ?

« Treize.

« Fastoche !  Privatisation.Grille 1

« Et :  tube de rouge ?

 

Georges PEREC se caressa la barbe. 

« Alors là, je ne vois pas.

« Internationale.

 

PEREC  éclata de rire.

« Superbe !   Vous êtes aussi fort que moi.

«  Permettez  !  C’est vous qui êtes aussi fort que moi !

 

Le serveur apportait l’addition.   Robert SCIPION se leva, son Point sous le bras.  

«  Mon cher Georges, je  prends congé mais je ne dis pas adieu, en deux mots et huit lettres !

Il  s’éloigne en direction de la sortie et arrivé à la porte, il se retourne et sourit en entendant crier :

« Au revoir !

 

 

Georges PEREC ne publia ses grilles dans Le Point que de 1978 à 1980, deux ans avant sa mort.

Quant à Robert SCIPION il en publia tellement qu’après son décès en 2001 ses grilles  n’en finissent pas d’être rééditées dans Paris-Match, pour le plus grand bonheur des aficionados.

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 15:39

PATRICK  MODIANO ET FRANçOISE HARDY

 


Modiano-Hardy.jpg 

Septembre 1969 à Paris.   Patrick MODIANO a 24 ans et Françoise HARDY en a 25.  Ils sont déjà célèbres tous les deux.

 

Elle a voulu l’inviter à déjeûner à La Grande Cascade pour célébrer leur première collaboration professionnelle : l’enregistrement de la chanson Etonnez-moi Benoit, écrite par Patrick.

 Ils ont parlé de tout et de rien, puis ils ont évoqué leur père fantomatique pour elle comme pour lui, leur enfance solitaire, leur mal de vivre, tout cela à demi-mots, entrecoupé de longs moments de silence.

Dehors, ils marchent sous les ombrages mordorés du bois de Boulogne, ils n’ont pas envie de rentrer.  Ils vont jusqu’au lac sillonné de barques, descendent sur l’embarcadère et d’un même élan, sautent dans la barque amarrée là, pour eux.

 

barques.jpgAu milieu du lac,  après les premiers fous rires, l’apprentissage des rames, l’équilibre précaire de la coque, leurs cris de joie se calment, le temps ralentit son cours.

Assis côte à côte ils se laissent envahir par le silence qui les entoure.

Gêné peut-être par cette proximité, Patrick MODIANO relance le dialogue tout en ramant énergiquement.   Il  revient  sur l’objet de leur rencontre.

 

Alors… vous êtes contente ?  Je veux dire… de… de l’enregistrement ?

 -  et il ajoute précipitamment - non, parce que cette chanson est vraiment … comment dire…stupide !

« Pas du tout, la preuve,  c’est celle que j’ai choisie parmi les six autres que me proposait Hugues de Courson !  Je la trouve pleine d’esprit, décalée, rigolote,  elle met une pointe de sel dans mon répertoire à l’eau de rose.

« C’est votre façon de la chanter qui est… qui lui donne…

« … non ! c’est la mélodie de Courson qui colle tellement  au texte… Moi je n’aime pas ma voix.

« Heureusement que le public n’est pas de votre avis… vous vendez énormément de… vous êtes célèbre depuis déjà longtemps…alors que ...vous êtes jeune, c’est ça qui…

« Oui,  c’est venu sans que je fasse rien, les choses se sont enchaînées … comme ça…

 

Patrick, essouflé, pose les rames et respire un grand coup.

« J’arrête un peu… c’est que… mes poumons… je suis un peu tuberculeux, vous savez…. mais ce n’est pas grave !  (il s’empresse de continuer à parler avant qu’elle ne s’apitoie) :

 

« Il paraît que Bob DYLAN vous a… on dit qu’il était très amoureux ?

 

 

Françoise rit.   La barque a dérivé le long de la berge,  une branche s’accroche à ses cheveux, elle les secoue et cela semble fasciner Patrick.

 

Françoise Hardy ph034« Il y a déjà six ans de ça.  C’était à son concert à l’Olympia, il a demandé à ce que j’aille dans sa loge avant le spectacle.  Je ne sais pas ce qu’il pouvait bien me trouver…

« Mais… voyons, vous êtes trop modeste !  Moi, je vous trouve…

 

 

Elle le regarde.   Elle est émue par sa fragilité. 

 

« Vous rentrez chez vous, maintenant ?

«  Oui, enfin… non, pas tout de suite, je vais passer chez Gallimard avant.


«  Vous avez recommencé à écrire ?1Gallimard2

« Oui, je…  ça avance.

« Ca s’appellera  comment ?

« Euh… je crois, peut-être… oui, finalement c’est sûr, ce sera La Ronde de Nuit…. à moins que…

«  Encore un sujet réjouissant, je parie  ?

«   Ben oui, enfin non, c’est-à-dire…pas très réjouissant… Une sorte de…

 

François se met à rire et il l’imite. Leur rire est à la fois enfantin et poignant.

 

« Avec votre premier livre, vous êtes devenu célèbre.  C’est très fort !

« C’est grâce à Raymond QUENEAU,  vous savez.

« L’écrivain ?

« Oui oui, mais il était d’abord professeur… c’était mon professeur de géométrie.  Mais aussi…   Il m’a… c’est grâce à lui que j’ai d’abord eu mon bac et puis… comment dire… le pied à l’étrier…  je veux dire chez Gallimard.

 

Une barque occupée par un couple  les double, le garçon est debout à la façon des gondoliers et il chante une canzonetta napolitaine.

 

Patrick MODIANO paraît soudain  à bout de forces.

« Vous êtes très pâle, Patrick.  Je vais vous raccompagner en voiture.

« Oh non, ce n’est pas la peine, je vais très bien.  C’est juste… le mal de mer, peut-être ?

Ils rient ensemble.

« Il suffira que je sente à nouveau le plancher des vaches… La rue… les pavés… marcheur.jpg

Je préfère marcher.

« Mais c’est loin, chez Gallimard !


« Moi je peux marcher des heures entières dans  Paris. c’est cette magie, en fait.

« Vous habitez toujours quai Conti ?

« Oh non, je suis parti, je ne pouvais plus…  Je change souvent d’endroit. En fait, je ne reste pas souvent chez moi, je sors…

« Vous marchez ?

« Oui c’est ça, je marche.

 

 

  L-EMBARCADERE-DU-LAC--site-.JPG La barque se rapproche de l’embarcadère.   Comme s’il  se rappelait soudain une question qu’il aurait oublié de poser  et tout en aidant Françoise à remonter sur le ponton, il demande, l’air de rien :

 

« Vous êtes heureuse avec votre… avec Jacques Dutronc, je veux dire, si ce n’est pas indiscret ?

 

Françoise  détourne son regard, s’écarte un peu de lui.

« Je préfère ne pas en parler, vous savez.   C’est la chanson de BRASSENS que je chante aussi : Il n’y a pas d’amour heureux.

« Pardonnez-moi.  C’est vrai, il me semble… mais qui sait ?

« Je sais que je finirai ma vie avec lui, malgré tout.  Je le sais. C’est mon destin. 

 

  Ils  sont à nouveau sur la terre ferme.   Ils marchent en silence vers  l’orée du Bois et rejoignent  l’allée de Longchamp.

 

 

« Nous allons nous séparer ici.  Pour aujourd’hui, bien sûr.  Parce que nous nous reverrons, n’est-ce pas ?   

«  Oh bien entendu, nous nous…

« Je vous emmènerai de temps en temps au restaurant…  Parce que, vous savez ?   Mireille  - vous connaissez MIREILLE,  Le Petit Conservatoire de la Chanson, c’est mon Raymond QUENEAU à moi, elle est ma marraine et mon amie avec son mari  Emmanuel BERL -  et bien ils m’ont demandé de veiller à ce que vous vous nourrissiez correctement.  

« Mais, Françoise,   je mange très bien vous savez.

« Des sandwiches au café rue de Condé !  Je connais la musique.  Nous irons marcher dans Paris et puis manger dans des restaurants secrets que je connais.

« `Si vous voulez… C’est  merveilleux… je… merci.

 

 

 

  Grande+Cascade3Ils restent un moment indécis, ne sachant s’ils doivent s’embrasser ou se serrer la main.   Finalement ils se séparent   en  marchant à reculons  avec de grands gestes de la main, 

Il la regarde courir jusqu’au parking de la Grande Cascade.

 Lorsqu’elle a disparu,  Il  reste un moment sur place, le nez en l’air, à observer le vol inexplicable des mouettes dans le ciel parisien.  Puis il se met en marche d’un pas tranquille  vers la Porte Dauphine.

Un an plus tard il épousait Dominique Zehrfüss mais son amitié pour Françoise HARDY est restée intacte.

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 18:19

 

 

 

__Bob_en-blanc_.jpg

17 octobre 2011.  Palais des Sports de  Bercy. L’homme au stetson blanc s’échappe par la sortie de secours.  Il entend  les applaudissements, les sifflets et les cris de son public qui réclame un bis.  Il ne donnera pas de bis.  Il est fatigué.  Il n’est pas satisfait de ce concert.

Il marche le long des couloirs vers l’une des  portes  de derrière,  qui donnent sur la Seine.  Il espère ne croiser personne, aucun garde du corps, aucun fan dissimulé, il veut être seul.

 

141_photo1_1220377192.jpgA  l’extérieur enfin, il aspire une longue bouffée d’air frais et s’allonge sur le mur en pente douce recouvert de gazon qui entoure l’édifice.

Des effluves aquatiques arrivent jusqu’à lui, la Seine est à quelques enjambées.

Bob DYLAN enlève son chapeau, le pose près de lui,  sort de sa poche l’harmonica qui ne le quitte jamais et le porte à ses lèvres.  Les premières notes de Knocking at Heaven’s door s’élèvent dans la nuit. Il ferme les yeux.

 

« Tu as frappé à ma porte et me voilà, dit une voix près de lui.

Bob DYLAN se redresse, furieux.

« Go to hell !

LENNON.jpgL’homme qui lui fait face est John LENNON, il le reconnaît immédiatement.

« Non, je suis très bien au paradis. Mais j’ai quand même écouté ton concert, et je dois dire…

« Oh, stop it, je sais très bien ce que tu vas me dire. It was  bullshit !

« Bob, tu chantes tes anciennes chansons n’importe comment ! On  les reconnaît à peine ! Pourquoi fais-tu ça ?

DYLAN se lève et remet son stetson blanc.  Il s’approche de son vieil ami.

«  Je suis fatigué, John.  J’ai fêté mes soixante dix balais au mois de mai dernier. J’en peux plus.

« Pourquoi continuer les concerts ? Contente-toi des albums, tu en sors un chaque année !

« Tu sais bien que j’ai besoin de mes drogues pour survivre, la scène en est une, la plus toxique.

John LENNON  soupire.

« Et voilà comment l’homme organise   sa perte.  Nous croyons tous être éternels.

 

Ils marchent lentement le long de la berge.

 

Duo.jpg« Tu te souviens de notre première rencontre ?

« Bien sûr, que je me souviens. C’était le 28 aôut 1964 à  New York.

«  Notre première tournée aux US…  Toi, tu étais déjà un titan, la voix  d ’une génération, tes textes avaient du génie. Tu es venu à notre hôtel et nous avons communié ensemble…

« … communié, yeah !  Fumé aussi pas mal !

 

Tous les deux s’esclaffent.

 

francoisdylan.jpg

« L’époque était totalement psych&délique, on ne pouvait pas écrire une ligne sans se shooter.

« Je revenais d’une tournée en Europe où j’ étais tombé amoureux de Brigitte Bardot et  de Françoise Hardy.  C’est loin, tout ça.

 

DYLAN regarde la pâle figure  et la silhouette fluide de son compagnon de route.

 

 «  Tu connais la paix éternelle ?

« Of course, j’ai assez œuvré pour ça…J’ai essayé d’être un bon chrétien. Mais enfin j’aurais préféré attendre un peu.

 

Bob DYLAN s’arrête et ramasse un galet, qu’il jette dans le fleuve en faisant de nombreux ricochets.

« Toi et moi sommes toujours resté en contact.   Lorsque j’ai abandonné la foi judaïque pour devenir chrétien, j’ai écrit une chanson « Gotta serve someone »…

« … et je t’ai répondu avec une chanson : « Serve  Yourself ». Nous étions très mystiques, à l’époque.  

 

DYLAN se fige un instant :

«  Ecoute… tu entends ?  On m’appelle dans un mégaphone… Ils me cherchent partout.  Tell me, John, tu es d’accord que mon concert de ce soir était bloody shit ?

« Yes, really shit, Bob.  J’ai pleuré quand j’ai entendu ta plus belle chanson exécutée à la machette.

« Laquelle ?

« Blowing in the wind.  Massacrée.  J’ai eu pitié de tes fans.

 

Bob DYLAN tire son harmonica et  joue les premières notes, puis chante les paroles sublimes :  trois strophes de  trois vers, trois questions et une réponse : « blowing in the wind ».

 

John LENNON écoute religieusement. Puis il décrète :

« Don’t get around in concert anymore, my friend.  Serve yourself !

 

DYLAN ne répond pas.  Il  paraît soudain tout petit, usé, cassé. Son chapeau blanc  attire  la  lumière  et  rappelle qu’il y a là  une star immense.

 

« Pour moi,  ta plus belle chanson, John, était prémonitoire, yeah, salement prémonitoire, you know.

« Which one ?

« Come together ».  Pourquoi             avoir  mis ces  shot – shot – shot   au début de chaque couplet    ?

John réfléchit.

« Ils s’y sont mis tous seuls, believe me, Bob. It was God’s voice. Lennon-FIN.jpg

 

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 21:19

Les-Grands-Ducs.jpg

 

Le bar du Lutétia à Paris.  L’une des tables du fond de cette salle très sombre est occupée par trois hommes ordinaires dont on entend parfois les rires tonitruants.

En s’approchant, on reconnaît trois monstres sacrés.  Jean-Pierre MARIELLE, Jean ROCHEFORT et Philippe NOIRET ont  échangé quelques plaisanteries avant d’attaquer un  sujet délicat : leur avenir professionnel.

 

« Au chômage en même temps : c’est quand même un signe, non ?  lance Philippe NOIRET avant d’avaler une gorgée de Cheval Blanc.

«  Un mauvais signe, oui ! renchérit Jean ROCHEFORT en s’envoyant une lampée de grand Chablis.

«  Quoi ?  Quel signe ? grogne Jean-Pierre MARIELLE, le nez dans sa coupe de Ruinard.

«  Un signe des temps ! Nous sommes trop vieux, voilà ! ! gémit NOIRET

« Bon, bon, on a pas l’âge de DUJARDIN mais des millions de gens préfèrent Clint EASTWOOD  à DUJARDIN !  proteste MARIELLE.

« Ah ! mais lui, mes amis, ses rôles il les écrit, les produit et les réalise tout seul !  Vous pigez la différence ? Nous autres sommes obligés d’accepter ce qu’on nous propose.  Qui se souviendra de « MEME HEURE L’ANNEE PROCHAINE, mon dernier film ?

« Personne, confirme MARIELLE  en finissant sa coupe.

Il fait signe au serveur.

« Donnez-nous la même chose, en plus grand ! Une grande coupe ! Des grands verres ! Nous avons de grandes capacités, vous savez ?

Le garçon s’éloigne et ils retombent dans leur abattement.

« Et toi, c’est quoi, ton dernier film ?. demande ROCHEFORT à MARIELLE.

 

parfun-d-yvonne-1994-04-g.jpg« Bof !  Un film italien -  parce qu’en France, on me croit  mort –

LES MILLES,  un drame affreux. Politique en plus. Ca compte pour du beurre.  Mon vrai dernier film c’est un LECONTE. Du beau travail.  LE PARFUM D’YVONNE fut mon dernier film puisque je me suicide à la fin.

ROCHEFORT soupire.

« Ah, tourner avec LECONTE .  On en redemande ! . .  Ce mec nous donne envie de baiser la caméra,  non  ?

Il  se tourne vers NOIRET :

« Et toi, alors, ton dernier film ? .

NOIRET aspire la dernière goutte de son bordeaux et répond laconique :

«  Moi c’est LE VIEUX FUSIL.

Eclat de rire général.  ROCHEFORT fulmine :

« Tu te fous de nous.  On a dit le dernier film . T’en as fait peut-être quinze depuis LE VIEUX FUSIL..

NOIRET essuie une larme.

« Non, je vous dis, c’est LE VIEUX FUSIL mon dernier film.

 

Le garçon apporte les consommations.

« Voilà messieurs, désolé, on n’a que ces verres.

« Bon, ça ira, laisse tomber distraitement MARIELLE.

Ils lèvent leurs verres.

« Buvons à nos futurs OSCARS !

Ils trinquent.

NOIRET s’exclame soudain :

« Moi,  je rêve d’un rôle où j’aurais les cheveux frisés et où je pète les pombs ! Je veux montrer que je peux être zinzin !

« Et moi je rêve d’un rôle où je serais un obsédé sexuel dit ROCHEFORT.

«  Moi, je veux jouer en tailleur rose avec des boucles d’oreille ! tonitrue MARIELLE.

Ils éclatent de rire :

« Qui oserait écrire un scénario pareil  ?

« Personne.

 

MARIELLE attrape son manteau et sort de sa poche un calepin en croco qu’il feuillette.

« En parlant de  PATRICE LECONTE, ça me rappelle que j’ai rendez-vous à son bureau mardi prochain…  merde, j’aurais pas dû vous le dire.

« Oui, surtout que moi aussi j’ai rendez-vous mardi  chez lui !

NOIRET se lève :

«  Ah ! messieurs, on ne va pas se battre, mais moi aussi j’ai rendez-vous chez LECONTE mardi, et c’est probablement pour le même film !

«  Et le même rôle !

 

Ils se regardent.

« Est-ce qu’on a le même emploi ?  Moi, je pourrais pas faire du MARIELLE, affirme ROCHEFORT, je ne maîtrise pas la grosse cavalerie !.

« Attendez ! crie MARIELLE très surexcité, c’est forcément PAS pour le même rôle, sinon on aurait rendez vous un jour différent !

 

NOIRET défait sa cravate, il étouffe un peu et suggère :

« Et si c’était pour le même film, mais trois rôles différents ?

ROCHEFORT se lève et profère d’un ton lugubre :

«  Ce serait la fête de la bière ! Le Carnaval à Rio !

MARIELLE se lève à son tour :

« La ressuscitation du docteur Meinthe sur une musique de Charlie

Parker !

 

Ensemble ils lèvent leur verre :

« La tournée des Grands Ducs !Affiche.jpg

 

 

C’est comme ça que les trois compères  se sont retrouvés dans le film le plus délirant, le plus rocambolesque, le plus chahuteur, le plus incroyablement drôle qui est superbement passé inaperçu en son temps : LES GRANDS DUCS de Patrice LECONTE.

Ils l’ont heureusement enregistré en DVD, disponible dans toutes les FNAC.

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 16:34

 

 

 

  7743039284_une-affiche-du-film-les-infideles-avec-jean-duja.jpgLES INFIDÈLES :  On pourrait croire que c’est un drame psycholoqique, un peu comme Les INFIDELES de Mario MONICELLI en 1953, ou encore LES INFIDÈLES de Christian LARA, en 1973.  C’est un titre faux-cul puis que c’est un film lubrico-comique.

Mais c’est bien là où se place l’humour de DUJARDIN et de ses acolytes, ça s’appelle l’understatement, en parler chic.

 

Voilà que les affiches de ce film sont censurées et interdites par les associations vertueuses qui régentent l’état général de notre pays.

C’est qu’en France, avoir trop de succès, c’est impudique.

Jean DUJARDIN, avec son GOLDEN GLOBE, et bientôt peut-être un OSCAR, a trop de succès.  Il faut lui rabattre un peu le caquet.

 

Ces affiches,  on peut les voir sur internet, à défaut de les voir sur les panneaux Decaux,  bon, elles sont salaces, mais rigolotes.  On a vu pire.

 

 

antichrist-13770-59pj.On devine qu’on aura affaire à une comédie axée sur le cul mais dont l’intention est de faire rire et non de faire pleurer, comme les films de cul de Michael HANNEKE ou Lars von TRIERS.   Mais eux, leurs affiches étaient mortellement pudiques.

 

jean dujardin oss 117 referenceEn tout cas, si l’on juge par la bande-annonce, ils ont dû bien s’amuser au tournage.  Ca n’est pas de la dentelle de Calais, mais qui sait, le film nous réserve peut-être de bonnes surprises, car il y a du beau monde : en dehors des deux  héros qui se partagent le scandale, nous trouverons l’épouse de Jean DUJARDIN qui a dû supporter tout le tralala des Golden Globes avec le sourire, et qui se prépare aux mêmes trépidations pour les    OSCARS,  mais aussi :

  mathilda-mayla belle Mathilda MAY que l’on avait oubliée,  Sandrine KIBERLAIN, sandrine kiberlain

Isabelle NANTY -  voilà pour les victimes,  Côté sexe fort, c’est  du second couteau, à part Charles GERARD, mais le DUJARDIN  compte pour douze.

 

Il avait à peine terminé THE ARTIST, qu’il s’est lancé dans l’aventure des INFIDELES, comme si son immense succès auprès des Américaines lui avait donné des idées…

 

 

Le film LES INFIDELES sort le 29 février.  On aura à peine séché nos larmes de rire de LA VERITE SI JE MENS, qu’il faudra à nouveau sortir les mouchoirs. 

Décidément, entre les films et les enfarinages  politiques, les Français traversent une  vraie crise de fou rire.smile.jpg

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 14:35

 

 

Affiche-1.jpgLOS ANGELES, janvier 2012. Cérémonie des Golden Globes.

    jean_dujardin_oss_117_reference.jpgÊchappant à la foule qui se  presse  devant le Beverly –Hilton  de Beverly Hills, Jean DUJARDIN fonce vers sa limousine, entraînant par la main sa fiancée Alexandra LAMY.    Le chauffeur referme les portières et démarre.

Dans l’habitacle, le couple  découvre  avec stupeur qu’un troisième passager est assis sur la banquette qui leur fait face.

Alexandra s’exclame : « Mais c’est ton sosie ! »

 

L’inconnu s’adresse   à DUJARDIN : «  My name is VALENTINO, Rudolph VALENTINO. »

« Pleased to meet you, répond poliment le lauréat de THE ARTIST, qui est quand même sur la défensive.

«  Je parle français, savez-vous ?  Ma mère était française. Félicitations pour votre  trophée.  Je suis fier de mon  interprète, qui s’appelle d’ailleurs George VALENTIN dans le film ! Valentino.jpg

DUJARDIN réalise :

«  Bon dieu, c’est vrai !  

«    Vous avez vu tous mes films pour composer votre personnage ?

«   Euh, non, à vrai dire…  J’ai seulement vu « Le Fils du Cheik » où vous êtes tellement maquillé que…

« Ce film  ne pouvait pas vous être  utile pour votre  rôle.  Il fallait voir  The Wonderful Chance , où  je joue un danseur malchanceux qui rencontre le succès tardivement.  Vous auriez été frappé par notre ressemblance.

 

DUJARDIN éclate de rire.

« Je ne vous ressemble pas du tout !   Je suis viril, moi !

 

  iLAMY.jpgAlexandra  LAMY  insinue :

«  Si, si, il y a quelque chose…   Mais toi, tu es un « Valentino qui rit » !

Si tu te maquillais, avec un turban, et que tu prennes un air tragique, tu pourrais tourner un remake du  Fils du Cheik !

 

DUJARDIN n’est pas d’accord.

« Ce n’est pas parce que THE ARTIST  raconte l’histoire d’un acteur du cinéma muet, qu’il faut faire l’amalgame !    VALENTINO n’a jamais tourné de film parlant. On ne sait même pas s’il parle juste. 

«  Son visage est très expressif, comme le tien !

«  Sauf qu’il ne rit jamais !   Il a peut-être les dents gâtées.

 

VALENTINO proteste :

«  Moi ?  J’ai une dentition splendide, regardez ! (il montre ses dents immaculées)  Quant à vous, monsieur DUJARDIN,  vous riez tellement  que jamais on ne vous confiera de rôles dramatiques, vous êtes un clown !

 

DUJARDIN le prend  très mal.

«  Un clown qui a un GOLDEN GLOBE ! Vous avez eu combien de Golden Globes ?

«  A mon époque il n’existait pas encore ces mascarades où l’on se congratule tout en se haïssant !

 

DUJARDIN suffoque.

« Après une cérémonie où tout le monde s’embrassait !couple.jpg

 

VALENTINO  sans ménagement :

« Oui, on embrassait les vainqueurs …  Mais cette pauvre  Bérénice BEJOT qui était votre exquise partenaire, pas une  récompense ! 

« En tant qu’épouse du réalisateur, on aurait  crié au  favoritisme …

 

Alexandra LAMY est sous le charme de Rudolph VALENTINO.  Elle lui prend la main :

«  Vous êtes mort très jeune, je crois ?

« Oui, à 31 ans.  C’était en 1926,  alors que le premier film parlant allait me donner une nouvelle  chance…     ou me condamner à l’oubli.  Et voilà que vous reprenez le flambeau.

 

DUJARDIN a son sourire éclatant :

«    Vous auriez été magnifique dans ce rôle !   

 VALENTINO soupire :

« Oui, c’était un peu mon histoire… mais moi, je n’avais pas de chien !

 

Ils éclatent de rire.    Jean DUJARDIN  ému, tend la main mais ne rencontre que le vide.

Le chauffeur stoppe devant l’hôtel, descend de voiture et ouvre les portières.

Le couple DUJARDIN descend  le  premier  et attend VALENTINO, mais le chauffeur remonte dans la limousine sans ouvrir la deuxième portière.

Il démarre avec l’ombre de Rudolph VALENTINO  restée sur la banquette arrière.limousine.jpg

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 22:26
andre-raimbourg-bourvil-27-07-1917-1-g.jpg

Une petite pause dans mes conversations imaginaires pour un hommage discret à cet immense acteur (ce mot s’applique aujourd’hui à pratiquement tous les acteurs vivants` ou morts mais lui, en était vraiment un, d’immense acteur.)

Pourquoi lui ?  Né en juillet, mort en septembre, rien n’évoque BOURVIL en ce début d’année.

Pourtant, je suis tombée sur cette chanson bouleversante dans sa simplicite -on ne peut pas faire plus sobre, ni dans les paroles ni dans l’interprétation de BOURVIL, pour parler de la guerre, du temps qui passe, de l’amour enfui, de tout ça qui fait pleurer ou méditer.

J’ai donc eu les larmes aux yeux en écoutant ces derniers mots « et c’était bien », chantés avec l’âme.

J’ai eu envie de lire sa bio et j’ai retrouvé les souvenirs que j’avais gardés de lui à travers sa filmographie.  Je me suis dit « il faut que je fasse un portrait de lui, imaginaire ou pas, mais avec qui le faire dialoguer ?

Le mettre en scène où ? quand ? C’était du fabriqué, ça ne pouvait pas coller avec ce personnage si vrai.

 

On ne lui donnait que des rôles de bêta et ça ne le gênait pas. Il était le « gentil » du cinéma français – sauf dans Le Miroir à deux faces où il martyrise Michèle MORGAN.

Il a fait des cartons avec des chansons idiotes ( La tactique du gendarme) mais il y avait dans sa voix quelque chose qui allait au coeur, c’est mystérieux, le pouvoir de la voix.

 

 

e-cercle-rouge.jpgSon dernier film, il l’a achevé en  sachant qu’il était atteint d’un myélome multiple, une horreur.  C’était en 1967 et le film s’appelait Le Cercle Rouge ,  de Jean-Pierre MELVILLE, avec Alain DELON.

Il y a des titres comme ça, qui vous marquent (comme sur une liste, un nom marqué d’un cercle rouge).  Il avait 57 ans.

Sa femme, Jeanne, est allée tous les ans sur sa tombe à  MONTAINVILLE, dans les Yvelines, où ils avaient leur maison de campagne.  C’est en allant le visiter un jour de 1985 que Jeanne a eu un accident de voiture et qu’elle est morte à son tour.

J’ai aussi voulu savoir pourquoi BOURVIL ? Il s’appelait André RAIMBOURG mais il avait un cousin germain qui faisait déjà du cinéma sous le nom de Lucien RAIMBOURG   et pour ne pas créer la confusion il a choisi le nom de son village natal, BOURVILLE.

 

 

Avec-Fernandel.jpgIl admirait beaucoup FERNANDEL.  Deux géants du rire qui gardaient leurs larmes pour eux seuls.  Ensemble ils ont tourné La Cuisine au beurre, sorti en 1963, qui a fait 6.300.000 entrées.  C’étaient aussi les rois du box-office.

 

Ce devait être un moment inouï, les voir ensemble dans la vie, les écouter se parler, observer leur complicité.  Un moment rare.

Bien sûr, tous ces grands acteurs sont irremplaçables.  Mais lui, BOURVIL, il laisse le même vide qu’un être cher.  Je ne m’explique pas pourquoi.

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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