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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 17:40

Conversation imaginaire

ARMSTRONG:KUBRICK EN ORBITE

Mercredi 17 octobre 2018, jour de la sortie en France  du film  de Damien Chazelle : FIRST MAN LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE.

 

L’immense salle du cinéma Magellan déverse sur les Champs-Elysées les spectateurs revenus d’une autre planète.

Neil Armstrong vient de se réincarner devant cette génération  qui avait oublié ce jour pas si lointain où ils l’ont vu, incrédules, faire ces quelques pas hésitants sur le sol lunaire.

 

Neil Armstrong vient de revivre  en raccourci ces moments  incroyables qui ont fait de sa vie de pilote d’essai un destin de héros universel.

 Il a pleuré devant des images qu’il croyait enfouies dans le passé,  il a retrouvé les doutes et les angoisses  de ses proches, il a reconnu les splendeurs et les terreurs de l’espace, le fracas puis le silence de sa trajectoire vers un autre monde.

 

Il est là, tremblant, encore blotti dans son fauteuil au premier rang de cette salle qui s’obscurcit peu à peu. 

Il sursaute.  Derrière lui, une main vient se poser sur son épaule.

«  Hello first man, happy I presume ?

Neil Armstrong se retourne et éclate de rire en reconnaissant Stanley Kubrick, son camarade d’exploration spatiale, son complice. 

« Stanley !  Quelle émotion...

 Ils échangent une accolade et marchent de concert vers la sortie.

« Magnifique,  ton  odyssée de l’espace !

«  Oui je suis très ému...  Mais ils ont mis le temps ! presque cinquante ans pour se souvenir que la lune a été visitée un jour de juillet 1969 par un astronaute américain !

« Elle l’avait été avant  toi  par mon héros le Dr Floyd dans mon Odyssée de l’Espace !

« Hé ho, Stanley, d’accord ton héros était très convaincant et ton film prémonitoire, mais tu ne vas pas comparer.

 

Kubrick  lui donne un coup d’épaule amical.

«  Its a joke !  Mais j’avais prévu, un an avant, ton irruption sur la Lune ! La NASA m’a piqué l’idée,  c’est clair !

 

L’astronaute  n’est pas amateur de débat, il connait le côté caustique  du réalisateur de génie.

 

 

D’ailleurs ils arrivent sur le trottoir envahi de spectateurs qui commentent le film, encore sous le choc de cette reconstitution plus vraie que nature.

Les deux hommes se mêlent à la foule dans la douceur de cette nuit d’automne qui a tout d’une nuit  estivale. Bizarrement, personne ne semble prêter attention à la clarté lunaire qui illumine leur groupe, comme si ce soir  la lune n’avait de présence réelle que dans le film qu’ils venaient de voir.

 

« Kennedy  devrait être avec nous ce soir... dit pensivement   Armstrong.

« Pourquoi ?

« Tu te souviens qu’il avait  juré, en 1961, que l’homme américain poserait le pied sur la lune avant l’homme russe !

« Oui, c’est vrai.  Ils l’ont assassiné bien trop tôt. Tu dois être fier d’être celui qui a  accompli son voeu.  Tu devrais être décoré, à présent, comme un héros national !

 

Les groupes de spectateurs se dispersent peu à peu et les deux hommes  marchent maintenant lentement vers l’Arc de Triomphe.

Kubrick  est soucieux  :

ARMSTRONG:KUBRICK EN ORBITE

« Je ne comprends pas bien le sens caché d’une scène du film.

« Ah oui, laquelle ?

« Well, si je me souviens bien, lorsque tu  as posé le pied sur la lune, la première chose que tu as faite, c’est de planter le drapeau américain, ça le monde entier l’a vu,  c’était la victoire de l’Amérique, il fallait le montrer, non ? Et  tu l’avais  montré, non ?

« Oui, oui, j’ai tout de suite planté le drapeau américain.  C’est vrai, dans le film, on me voit partir dans un coin et m’absorber dans quelque tâche indéfinie...

« Et c’était quoi, cette tâche ?

« Ben, disons que j’avais envie de pisser, voilà.  Je me suis écarté pour pisser tranquillement.

Ils éclatent de rire tous les deux.

« Evidemment, tu ne pouvais pas pisser sur le drapeau américain !

«  Mais tout ça nous dit pas pourquoi  le drapeau a disparu du film !

«  Tu sais,  nous les réalisateurs  avons  souvent des motivations secrètes.  Damien Chazelle avait une idée derrière la tête.  Mais laquelle ?

« Il est pourtant américain... Mais aussi français, tout en étant citoyen américain. Bref, ne cherchons pas à savoir.

« Si, si, il faut savoir ! Et moi, Kubrick j’aurais  eu la même idée que lui, à savoir que  cette victoire est universelle, c’est celle de l’Homme sur l’Espace. C’est la morale du film.

 

  Neil Armstrong s’insurge :

«   OK, OK... A quoi sert cette morale, puisque l’homme n’a pas suivi la voie que j’avais ouverte. La lune est restée une  planète hostile, comme Vénus, comme Jupiter... et même comme Mars .  Nous restons sur terre, c’est inéluctable.

« La conquête de l’espace n’est pas à notre portée.  Tu as  réussi un défi inhumain, Niel.Toi  seul  a pu   connaître les sensations extrêmes  que ne connaîtra jamais le commun des mortels. C’est la loi du cosmos.

 

 

La lune trône  à présent, ronde et incandescente, au-dessus de l’Arc de Triomphe.

Tous deux s’arrêtent devant cette vision symbolique.

Stanley Kubrick allume un cigare avant de reprendre sa marche en solitaire. Il lance une dernière réplique à Neil Amstrong en guise d’adieu :

« L’homme n’a que faire de la morale !  Tu as  créé un rêve, Neil !  c’est tout ce dont l’homme a besoin  jusqu’à la fin des temps !

 

 

Miss Comédie

 

 

 

 

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  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

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