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Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus :« Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux diners en ville car c’est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité, jouez la comédie. » Jean-Luc Godard :« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras :« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

PHOTO GENIES : NICEPHORE NIEPCE, le premier et le dernier

PHOTO GENIES : NICEPHORE NIEPCE, le premier et le dernier

 

Parce qu’il faut bien en finir avec les PHOTO GENIES, je vais enfin rendre hommage à celui par qui tout a commencé.

 

Cela paraît aller de soi, aujourd’hui, d’appuyer sur un bouton et de recevoir aussitôt une image qui restera ensuite un témoignage éternel, parfaitement restitué, de cet instant tombé dans l’oubli.

 

Comment l’idée folle de reproduire une perception visuelle fugitive sur un support définitif a-t-elle pu germer dans le cerveau de cet ingénieur pragmatique peu enclin aux digressions chimériques ?

Car il est parti de rien, cet homme, une vision banale depuis sa fenêtre, une plaque de métal, à tout hasard, et une chambre noire aléatoire… Quel calcul pouvait-il mener à cette alchimie…?

Aucun calcul, dit-on, mais le hasard, toujours le hasard. 

Le hasard est la providence des chercheurs qui multiplient leurs chances par leur assiduité et surtout leur patience. Ce sont les bienfaiteurs de l’humanité. Qu’ils reposent en paix.

 

Joseph NIEPCE est né en 1765 à Châlons-sur-Saône sous le règne de Louis XV.  Il avait 24 ans lorsque surgit la Révolution mais il garda toute sa tête et put voir défiler les campagnes de Napoléon puis sa chute, belles pages d’histoire, et commence à entrer dans la légende à la suite de l’empereur déchu en 1816.

 

Petit détail amusant, il lui prit l’envie de changer de prénom en 1800, à l’âge de 35 ans… Il choisit le prénom de NICEPHORE en mémoire de Saint Nicéphore, patriarche de Constantinople, qui prit position contre les iconoclastes au moment du concile de Nicée…

Signe probable d’un esprit rebelle, il garda ce surnom jusqu’à sa mort.

 

Toute sa vie fut consacrée à la recherche d’objets non encore identifiés et son parcours n’est qu’un champ d’explorations où l’on s’égare parmi des découvertes qui ne mènent à rien…  sauf à cette première photo, celle qui nous intéresse.

 

Comme l’histoire est très complexe, avec des détails techniques à la Dr Jekyll, je vais tout simplement reproduire l’historique relatif à cette première image.

 

C’est clair, il suffit d’imaginer l’insondable comme l’on imagine un Thomas Pesquet plongeant dans l’espace infini…

« À partir de 1816, Nicéphore Niepce entreprend dans sa maison de Saint-Loup-de-Varennes de multiples recherches sur la photosensibilité des matériaux pour tenter de fixer sur un support l'image du fond d'une chambre noire.

Il parvient finalement à un résultat à l'été 1827 au moyen d'une plaque d'étain recouverte de bitume de Judée (goudron naturel connu depuis l'Antiquité) rincée dans un bain d'essence de lavande. Il réalise depuis la fenêtre du premier étage de l'atelier de son domicile baptisé « Le Gras », la première héliographie / photographie de l'histoire de la photographie baptisée « point de vue du Gras » avec un niveau de netteté surprenant. En 1828, Niepce améliore sa technique et obtient des images d’une qualité supérieure avec des demi-teintes sur un support à base d'argent poli et en faisant agir des vapeurs d'iode sur l'image au bitume. La précision des images est étonnante. « 

Vous suivez ?

Bon, en fait il fallait avoir un bon niveau en physique-chimie.  Aujourd’hui, l’extrait de lavande a d’autres vertus...

Cela  se passait sous Charles X le dernier roi de France car son successeur Louis-Philippe n’eut droit qu’au titre de roi des Français.  Mais Nicephore n’en avait cure.

Il faut s’imaginer cet homme, la cinquantaine, fiévreux, scrutant l’image naissante sur la plaque de métal, à partir d’une chambre noire. 

Qu’appelait-on chambre noire ?  Cette camera obscura qui portera plus tard le nom de NIKON ou de Leica ? Ce fut aussi la cage mystérieuse qui renfermait un petit oiseau que le photographe, caché sous son voile noir, libérait avec un déclic magique.  Premières étapes tâtonnantes d’un phénomène qui allait devenir planétaire!

Il faut imaginer les étapes successives, innombrables, qui ont amené ce premier déclic.

Etait-il conscient, Nicéphore, de l’approximation de sa découverte ? Ou bien savourait-il cette première image  comme un aboutissement ?

Etait-il porté par la volonté irrépressible de transmettre ce qu’il voyait de sa fenêtre ?  Ce n’était pas, pourtant, un spectacle féerique…

Non, pour moi, ce que Nicéphore NIEPCE recherchait avant tout, à la différence des générations qui ont suivi, ce n’était pas la capture d’une vision magique, le souvenir d’un instant pris sur le vif qui allait demeurer intact pour l’éternité… C’était l’ivresse de celui qui a inventé ce qui n’existait pas.

Car NIEPCE n’était pas un poète. C’était un ingénieur et sa passion était plutôt la découverte et l’agencement d’outils destinés à une fonction précise.

Avec son frère Claude, qui avait la même passion et qui oeuvrait en Angleterre pour négocier leurs multiples brevets, il continua à améliorer la technique de sa première photo jusqu’à obtenir un tirage sur papier   -   il  écrit alors à son frère « nous sommes sur la bonne voie ».

Et puis, un jour de juillet 1833, l’inventeur meurt soudainement dans sa maison du Gras  -  arrêt sur image qui faillit couper court a ce beau début si le GENIE de la PHOTO ne s’était mis en tête de le transformer en phénomène planétaire.  …

 

Miss Comédie

 

 

 

 

  

 

 

 

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