Je parie que OSS 117 RIO NE REPOND PLUS va faire aussi bien que LES CHTIS. Ou presque. Parce que pour les CHTIS il y a eu un effet de psychokinésie qui ne se vérifie qu’une fois tous les dix ans, un peu comme une éclipse de soleil. C’est bien comme on l’attend, un DUJARDIN irrésistible, qui n’en peut plus d’être con, qui rit comme FERNANDEL en plus séduisant, des cascades, des blondes et des brunes sexy, des Chinois fourbes, un américain grotesque (ah, la surenchère de rires dans la voiture !) et des petites phrases tous les deux plans. ca se passe en 1967 et la société est encore intacte avec ses tics et ses tocs, vêtements, danses, autos, on pressent quand même Mai 68 avec la soirée hippie peace and love au clair de lune… Et cette façon de filmer typique années 60. Avec clin d’œil à HITCHCOK et VERTIGO dans la scène où ils se courent après au sommet de la statue de la vierge à Rio… et d’autres encore. Salle pleine, hystérique, applaudissements à la fin, succès total. Un film qui fait du bien au moral.
Ma séance de dédicace s’est bien passée, il m’est resté plein de victuailles et pas du tout de vin, mes copines ont comparé leurs dédicaces pendant que leurs mecs comparaient leurs déboires financiers. J’ai eu beaucoup de compliments sur mon livre. Elles le trouvent très accaparant, « quand on l’a commencé on ne peut plus le lâcher » c’est une grande qualité pour un roman.
Et pour finir encore plus hype, j’ai en tête Isabelle HUPPERT, l’Eternelle, que l’on peut voir en ce moment sur les écrans dans VILLA AMALIA de Benoît JACQUOT. A l’origine, VILLA AMALIA est un roman de Pascal QUIGNARD. Et là, nous avons un trio qui promet. Moi, Pascal QUIGNARD, je me le distille de temps en temps, c’est un écrivain presque ésotérique. Il faut s’attarder sur certaines phrases… Quand on a lu un de ses livres jusqu’au bout, on se sent au-dessus de la mêlée. Tiens, plutôt qu’allonger indéfiniment cette impro, je décide que je vous parlerai spécialement de Pascal QUIGNARD lundi. Attention, c’est une mine !
Il faut pas louper le documentaire sur France 5 le 17 avril : c’est AGNES B qui passe ! Moi, c’est mon icône indétronable depuis trente ans. Je l’ai trompee avec DOROTHEE BIS, puis avec KENZO, avec SONIA évidemment, avec tous les créateurs, plus ou moins, mais toujours je reviens chez AGNES B et j’achète un truc ou deux. Avec ce que je lui ai laissée, elle pourrait s’acheter un diamant gros comme le Ritz. Eternelle jeune fille, AGNES B. Blondinette, sourire détaché, silhouette fluette… Mais j’ai entendu dire qu’elle n’était pas si rigolote que ça. Elle se prend très au sérieux. Dommage. Mais enfin, cela ne me regaaaarde pas. Elle ne fait jamais de pub. Elle devrait se mettre avec le Comptoir des Cotonniers : ses vêtements plaisent aux mères et aux filles. Et vous saviez qu’elle avait habillé TRAVOLTA et UMA THURMAN dans le film PULP FICTION ? Je le crois pas.
TATI est à la mode. Régulièrement on nous repasse son JOUR DE FÊTE, son ONCLE et son PLAYTIME. On crie au génie Moi qui l’ai connu sur un plateau, je suis moins attendrie. C’était un dur. Les artistes n’ont pas toujours la beauté intérieure de leurs œuvres. La question est : un chef-d’œuvre est-il amoindri à nos yeux si son auteur est un criminel ? Ce pourrait être une question de bac philo et je ne sais pas ce que je répondrais… Je crois pourtant qu’un homme juste est plus admirable qu’un sale type créatif. A méditer…
Demain je vous parlerai de OSS 117, furieusement fashion en ce moment !
Bon, on a trouvé tous les œufs cachés dans les massifs de lavande, on a écouté les cloches de la basilique de St Paul Trois Châteaux, mais pas que ça !
Il y a eu aussi la FERIA D’ARLES, moi je suis pas fan mais je connais des gens pour qui ça vaut Compostelle. Il faut dire que la ville est si belle et les arènes si romanesques. C’est à ARLES que j’ai emmené un jour mon fiancé voir une corrida. Il n’en avait jamais vu et son horreur a été immédiate. Il était sincèrement choqué et au moment de la mise à mort, qui a foiré trois fois, il a dit doucement « j’ai honte d’être un être humain ». Depuis je pense comme lui et je n’y vais plus. . Il n’y a pas qu’à Pâques qu’on se tape la cloche : c’est toute l’année dans ce restaurant sensass installé où, je vous le donne en mille : dans les caves de la coopérative de BEAUMES-DE-VENISE, vous voyez l’idée ? On arrive par une pluie battante sur un immense terre-plein dominé par l’imposante bâtisse néo-classique, on se gare et quand on s’approche on découvre une terrasse en teck avec des tables et des chaises ruisselantes mais on imagine bien ce que ça doit être par une belle matinée de juin ! On entre, accueil tout sourire, petites jeunes filles accortes comme on dit, beau décor zen (sans lumières évidemment) et on s’asseoit. Et là, la vraie surprise est dans l’assiette, un concentré de paradis que je n’essaie même pas de vous décrire, vous n’avez qu’à y aller, je sais de Paris ça fait loin, mais ça vaut le plein d’essence, surtout que l’addition est aussi légère que la nourriture. Le jeune chef, petit faune de génie dans ce pays de vignobles bénis des dieux, surveille attentivement les dineurs durant tout le service par l’ouverture entre la salle et les cuisines. Il veut savoir si l’on est content. Les jeunes serveuses sont chargées de lui rapporter les hommages et seulement les hommages, parce que des critiques je n’en vois pas, (à part l’éclairage, bien sûr). Ca s’appelle, je vous le redonne en mille : LE DOLIUM. Et l’adresse : place BALMA VENITIA, BEAUMES-DE-VENISE au temps des Romains.
Aujourd'hui mon impro commence par un flash-back surMichel DRACH : le tournage du PASSE SIMPLE (suite)
Marie-Jolé NAT ne savait pas trop comment me traiter. Elle était assez distante avec les techniciens, et elle devait se demander dans quelle case me placer. Cela dans le cadre du bureau-appartement de la rue Royale, parce que sur le tournage elle était dans sa bulle et ne me voyait pas. Entre les prises elle jouait aux cartes dans un coin du plateau avec Victor LANOUX. Michel étudiait chaque plan avec une minutie scrupuleuse. C’était son quatrième film avec sa femme, ils avaient une complicité naturelle qui rendait les choses faciles. Le jour où j’ai tourné la scène de l’hôpital, ils m’ont rendue méconnaissable : ma tignasse était rangée en chignon lisse et je portais des lunettes et une blouse blanche. Je devais ouvrir la porte au médecin et ensuite aller m’asseoir devant la machine à écrire. Je n’avais pas un mot à dire. Mais ce qui était très drôle, c’est qu’aucun des membres de l’équipe ne m’avait reconnue. Une panouille qui m’a juste donné envie de jouer la comédie à nouveau, avec un vrai rôle, même difficile, même périlleux, et ça, ça ne se trouvait pas tous les matins dans la boite aux lettres… Je regardais Marie-José, la tête entourée de bandelettes, écouter les indications de Michel sur son lit d’hôpital et j’aurais tellement voulu être à sa place. Surtout que le bel assistant ne la quittait pas des yeux…
A part ça, pas grand-chose vu que le week-end de Pâques a fait un break dans mon actu : j'ai passé mon temps à regarder pousser les feuilles à la cadence de un centimètre par heure, sur les arbres de mon jardin. Les oiseaux poussaient leurs cris de joie, les livres m'en tombaient des mains. Dans mon transat, je me disais que la nature est plus disciplinée que nous, elle est au rendez-vous du printemps, fidèle au poste, verdoyante et roucoulante, pas question de grêve des transports amoureux ni de manifestations anti-bourgeons, ni de crise du pouvoir des chats... (facile) bref : j'étais béate et mon impro séchée.
… à Olivier Py qui aligne au Théâtre de l’Odéon les productions les plus prestigieuses, les plus ambitieuses. Après le cycle Howard Barker, après Gertrud (Le cri), voilà qu’il monte LE SOULIER DE SATIN dans sa version intégrale : onze heures de spectacle ! Dans sa présentation, il cite Claudel : « Si l’on demande beaucoup au public, pourquoi douter qu’il ne soit prêt à donner beaucoup ? » Le Soulier de Satin n’est pas une pièce facile. On dit que la location marche très fort. Les spectateurs ont donc soif de beaux textes, ils y vont, ils sacrifient une soirée entière, ils préfèrent Jeanne BALIBAR à Laurence FERRARI, ils veulent découvrir CLAUDEL au lieu de Katherine PANCOL, ils ont soif d’extrême. Ils vont s’installer là et se mettre à rêver avec dona Prouheze qui a perdu son soulier entre les bras de la Vierge. Histoire incompréhensible, onirique, intemporelle, mélange de toutes les cultures, de toutes les légendes du fond des temps. Onze heures, quatre heures puis cinq heures et encore deux heures… Je ne sais pas si j’aurais le courage.
LE PASSE SIMPLE était l’histoire d’une femme qui a eu un accident de voiture et qui ne se souvient plus de rien. Et moi, c’est tout ce dont je me souviens du film… Etonnant, non ? Mais bon, j’avais beaucoup de choses à faire, tous les jours il y avait la feuille de service avec tous les participants et les accessoires du jour, les convocations, je ne sais plus combien de paperasses à taper et à apporter au studio ou sur le lieu de tournage. Je m’entendais bien avec l’assistant Laurent, un grand type maigre et très lymphatique, mais quand il piquait une colère il fallait voir. Il avait des petits sous-assistants qui me draguaient tous l’un après l’autre, ils essayaient de marquer mais avec aucun ça n’a marché, moi j’avais en tête Michel DRACH, tout de suite après Pierre UYTTERHOEVEN, ensuite LAURENT. C’était la vie rêvée, tous ces hommes autour de moi, barbus, chevelus et tous dans le cinoche. Tout cela en tout bien tout honneur, naturellement, n’allez pas imaginer des choses, il faut être très naïve ou très néophyte pour tomber dans le panneau. La secrétaire de production jouit d’un statut particulier, elle a toutes les cartes en mains, elle sait tout de chacun des gens de l’équipe technique ou artistique, les dates de naissance, tout, et les cachets, bien sûr, donc elle est assez respectée. Moi on savait que j’étais amateur, mais comme je faisais bien mon boulot et que je n’étais pas chochote, on me laissait tranquille. « ON » c’est-t-dire le noyau dur des techniciens : la script, le chef op, le premier assistant. Ils m’aimaient bien. J’aurais pu continuer à être secrétaire de production. Mais moi mon but dans la vie c’était de jouer la comédie et j’enviais les acteurs que je regardais tourner.
…. à PATRICE LECONTE pour son roman « LES FEMMES AUX CHEVEUX COURTS » dont je vous annonçais la sortie. Oui, certains vont dire que je suis une inconditionnelle, que j’en parle trop souvent, c’est pas de ma faute si ce gars fait des choses. Et dans le désert actuel… Vous me direz il y a TAVERNIER qui vient d’avoir un prix pour son film « Dans la Brume Electrique », d’une violence inouïe, merci bien. Bref, j’ai lu son livre est c’est extrêmement étonnant pour un premier roman. Je peux en parler, puisque moi pour ce qui est d’un premier roman, je connais. C’est un livre qui ressemble à ses films : léger (vous savez bien que léger c’est le contraire de lourd), inattendu, sentimental et simplement écrit. Quand on est entré dans l’histoire de ce jeune homme qui n’aime que les femmes à cheveux courts, on ne peut plus le lâcher ! Mais enfin, les super top models avec leur tignasse jusqu’aux épaules vont prendre un coup au moral. Vu la popularité de Patrice LECONTE, gageons que le livre fera le tour des plages et la fortune des coiffeurs…
Il passait beaucoup de gens, dans le bureau de Port-Royal Films, et je ne m’ennuyais jamais, même quand Michel était absent. A midi, je descendais déjeûner toujours au même endroit, le bistro qui est à côté de Maxim’s, je ne sais pas au juste s’il existe encore. Et je commandais toujours la même chose : des œufs au plat sur une tranche de jambon. Un régal. Je regardais passer les gens rue Royale, encore un exercice réjouissant. Tout était réjouissant dans cette période de chômage qui aurait dû me terrasser d’ennui. Parmi les gens qui passaient au bureau, il y en avait un qui me plaisait bien, et c’était réciproque donc nous sommes devenus amis. C’était le scénariste Pierre UYTTERHOEVEN (c’est l’orthographe exacte). Il avait co-écrit LE PASSE SIMPLE avec Michel et tous deux s’entendaient à merveille. Deux barbus, barbe noire, barbe rousse. Pendant la préparation il travaillait beaucoup sur le script avec Michel et en partant, il s’arrêtait pour me proposer de boire un café en bas. Nous avions de longs conciliabules au café d’en face où nous ne parlions pas que du fiilm. Michel adorait le prendre à témoin de mes maladresses. Jusqu’au jour où je me suis rebiffée : « Bon, ça va, c’est pas mon vrai métier que je fais, je vous signale que je suis comédienne, hein ? et que vous feriez mieux de m’écrire un rôle au lieu de ricaner bêtement. » Ils se sont regardés et le lendemain Michel m’a dit « Ca vous amuserait de jouer une infirmière ? » « Ben oui, j’ai dit. « Alors, vous serez l’infirmière dans la scène de l’hôpital. Oh, c’était pas le rôle de ma vie ! Muet en plus. Mais enfin, je figurais dans notre film pour l’éternité. Demain je vous parlerai du tournage.
… à Catherine DESTIVELLE, dont le film « AU)DELA DES CIMES » est sorti en salle la semaine dernière. Ca n’est pas son premier, loin de là ! Cette grimpeuse invétérée s’est fait filmer en escalade plusieurs fois, en France, au Pakistan, aux USA, au Népal, et aussi en train de faire l’ascension en solo et en hiver de la face Nord de l’EIGER, une folie ! elle avait 32 ans et c’était déjà une vétérane puisqu’à quinze ans elle avait épuisé les rochers les plus hauts de la forêt de Fontainebleau !… Aujourd’hui à 49 ans elle est toujours aussi jolie et si vous tombez sur elle dans un aéroport avec votre cou bloqué, elle pourra vous faire quelques manipulations bénéfiques puisqu’elle est diplômée kiné ! La montagne c’est un univers aussi magique, ensorcelant et hypnotique que le théâtre. Il faut aller voir son film ! (La photo représente la face Nord de l'Eiger. Impressionnant !)
J’arrivais tous les matins à neuf heures, il était déjà installé à son bureau et passait ses coups de fil. Je m’asseyais en face de lui et je faisais mon boulot. Comédiens à convoquer, agents à contacter, contrats à taper sur les modèles qu’il me donnait, enfin il y a une foule de choses différentes à faire pour une préparation de film. De temps en temps on voyait débouler Marie-José Nat, David et Aurélien qui passaient dire au revoir avant de sortir. Tirés à quatre épingles, les mouflets, ainsi que leur mère qui portait toujours un chapeau. Très élégante, mademoiselle Nat. Elle embrassait son mari sur le front car il faut dire que la barbe de Michel faisait barrage. Pourquoi portait-il une barbe ? Il devait avoir un beau visage calme. Mais je pense qu’il se cachait. Il doutait de lui, Michel, et ses films sont le reflet de ses doutes. Il ne décidait jamais rien tout à fait, n’affirmait rien, et le flou s’installait. Pour LES VIOLONS DU BAL, qui était le sujet qui lui tenait le plus à coeur, il n’a pas hésité. Ca lui est venu brutalement, comme une évidence qu’il faut flanquer aux yeux du public, et le film est une réussite. (A suivre)
.... faute d'actualité brûlante, je ne sais à qui dire bravo aujourd'hui. Le monde est plein de champions toutes catégories, d'accord, mais sur ma petite planète théâtre je ne vois rien qui m'arrache à mon fauteuil. Il ne vous est pas interdit de me donner des idées ! Ah, si vous n'étiez pas si avares de commentaires... je pourrais vous dire bravo, à vous aussi !
Michel DRACH (suite) Il y a pire comme petit boulot. Surtout que Michel DRACH était une crème. En fait de secrétaire, il m’a tout appris sur la préparation d’un film. En échange, j’ai entrepris un énorme travail de déblaiement dans son bureau dont les dossiers s’amoncelaient dans tous les sens. Ca, c’était ma phobie du désordre qui m’empêche de faire quoi que ce soit de cohérent si tout n’est pas nickel autour de moi. Il me regardait faire en souriant, m’orientait dans mes classements, acceptait toutes mes directives, achetait des classeurs tout neufs, jetait sans discuter les vieilles chemises avec leur contenu, bref ensemble nous avons fait table rase des reliques d’un réalisateur bordélique pour entreprendre son nouveau film dans un espace vierge, clair et net. Michel Drach avait sa propre maison de production, PORT-ROYAL FILMS, dont les bureaux étaient rue Royale, s’il vous plait, à côté de Lachaume. L’adresse était prestigieuse mais les bureaux étaient d’anciennes chambres de bonne perchées sous les toits. Un tout petit espace éclairé par des vélux. sur le même palier, l’appartement où logeait sa femme Marie-José Nat et ses deux petits garçons. Il avait bien organisé sa vie pour ne pas les quitter d’une semelle. Hélas, la vie décide, et tout vole en éclat un beau jour… Sur la photo, ils sont l’image du bonheur. Quelques mois plus tard Michel se retrouvait seul, ayant lui-même imaginé, construit et filmé le personnage qui allait lui prendre sa femme. Mais j’anticipe. Pour l’instant, l’ordre règne. Dans le petit bureau et dans l’appartement, c’est encore le bonheur parfait et le film « LE PASSE SIMPLE » commence sa préparation.
Demain je continuerai à vous conter ce petit bout de chemin avec Michel Drach.
……plutôt mollement à ce COCO qui me semblait si prometteur.
On a tellement envie de le trouver drôle, qu’on rit presque mécaniquement à ces gesticulations. Il a voulu trop donner, Gad ELMALEH, il est bourré de talent mais il ne sait pas le canaliser, et c’est normal, il ne fallait pas qu’il se dirige lui-même. Trop échevelé, trop décousu, trop chargé, il aligne ses trouvailles parfois savoureuses, mais pourquoi reste-t-on sur sa faim ? Je ne sais pas, je ne suis pas critique. En tout cas, j’ai trouvé la fin superbe et émouvante, très belle. On sort de là un peu déçu, mais toujours aussi fan de Gad ELMALEH. O
Je me souviens de Michel DRACH. Je l’ai rencontré un soir à la terrasse du Flore où Michel Mitrani m’avait invitée à boire un verre. Nous sortions d’une séance de travail sur l’un de ses synopsis. Michel DRACH passait par là, ils se sont tombés dans les bras. Michel a invité Michel à s’asseoir un moment avec nous. Nous avons parlé cinéma, bien sûr et Michel (MITRANI) a expliqué à Michel (DRACH- que j’étais comédienne et que je l’aidais à finaliser son script pour me faire de l’argent. - Vous êtes au chômage en ce moment ? m’a-t-il demandé. - Oui, et ça dure !… je soupirai. Ils se sont regardés. - Vous accepteriez de m’aider, moi aussi ? J’ai besoin d’une secrétaire pour préparer mon prochain film. Evidemment j’aurais préféré qu’il me proposât un rôle dedans. Mais qui sait, l’idée lui viendrait peut-être en bossant ensemble ? Et voilà comment de Michel MiRANI je suis passée à Michel DRACH qui avait besoin d’une secrétaire pour la préparation de son film LE PASSE SIMPLE. Demain, je continuerai l’histoire. C’est un très joli souvenir.
…. à Claudia STAVISKY qui tire un beau parti des ressources immenses du théâtre des CELESTINS. J’ai vu hier soir un HAMLET hallucinant monté par Claire LASNE-DARCUEIL. Cette femme, qui joue aussi Gertrude dans la pièce, possède une énergie créatrice extraordinaire. Ses inventions scéniques et sa poigne pour diriger les acteurs sont phénoménales. Je ne la connaissais pas. Je ne sais pas d’où elle vient, ni ce qu’elle a fait avant. Mais là, chapeau ! Sa mise en scène est vraiment « shakespearienne ». Pour le reste, c’est-à-dire la distribution, et bien… je ne suis pas entièrement convaincue. Parlons d’Hamlet : Patrick CATALIFO prend peu à peu possession du personnage en lui donnant une folie très inspirée, il a les secousses, les cris, l’ironie et le désespoir très convaincants. Mais son physique ingrat m’a un peu gênée. C’est un gnome agile comme un singe, il n’a pas l’élégance et la stature d’un prince. Autour de lui, une Ophélie très jeune, belle et qui maîtrise ce rôle difficile avec une étonnante maturité. Pour ce qui est de Gertrude, la mère d’Hamlet, vraiment je pense que Claire LASNE-DARCUEIL aurait pu se dispenser de s’attribuer le rôle. Les autres sont bien, sans plus. Pas de véritables natures pour encadrer la folie destructrice d’Hamlet. Mais l’ensemble du spectacle est magistral, magnifiquement installé dans un décor astucieux, d’impressionnants effets de lumière (aveuglante parfois) et sonorisation assourdissante, parfaitement gênante à certains moments, comme il est d’usage de nos jours sur les scènes de France et de Navarre. La représentation dure quatre heures…. Mais la magie de Shakespeare opére et on ne voit pas passer le temps.
« Je me souviens »… qui disait ça aussi ? C’est Georges PEREC avec ses 480 souvenirs numérotés de 1 à 480 et qu’il avait réunis depuis l’âge de 10 ans jusqu’à sa vingt-cinquième a, c’est lui qui le dit. Dans son livre « JE ME SOUVIENS », paru en 1978, Georges PEREC se souvenait de plein de petites choses de la vie, de Paris, du métro, de gens du spectacle. Et Sami FREY pédalait, pédalait, sur la scène du théâtre du Port de la Lune à Bordeaux, en récitant ce texte drôle et mélancolique. L’idée du petit vélo était de lui. On demandait à Sami FREY « mais vous devez vous sentir bien seul, en scène, sur votre vélo, en disant les souvenirs de PEREC ? » Il avait répondu simplement « comme dans la vie… » Bon, ça n’est pas vraiment un événement de ma vie que je vous écris-là, mais il est toujours question de souvenirs… Et ça m’a donné l’occasion de me rappeler cet écrivain atypique qui me fascine, depuis ses prouesses d’écriture (comment peut-on arriver à écrire un roman de 300 pages sans utiliser une seule fois la lettre e ?") jusqu’à ses grilles de mots croisés ultra-dures mais tellement humoristiques. Après tout, nous sommes encore en Mars, le mois anniversaire de sa naissance et de sa mort. Donc, je ne suis pas tout à fait hors sujet…
…. à Philippe TESSON pour sa critique de l’HABILLEUR, dont je vous parlais hier. Il dit : « Avec Laurent Terzieff on est toujours dans l’ineffable ». Ce n’est pas souvent qu’un critique utilise ce genre de superlatif. Et ils ne sont pas nombreux ceux qui le méritent. « C’est au coeur du sortilège théâtral que nous fait pénétrer la pièce de Ronald Harwood », écrit-il. Je le cite encore : « On n’est pas près d’oublier certaines scènes de ce spectacle, celle notamment où Terzieff, après s’être grimé sous nos yeux, revêt les somptueux habits d’hermine du Roi Lear, sous les yeux attendris de l’habilleur. (…) Celles de ses agonies, feintes ou réelles. Quelle allure ! Quelle beauté ! Quel théâtre ! » Voilà une critique comme on aimerait en lire plus souvent, vibrante, spontanée. On sent bien que ça n’est pas du pipeau. Mais aussi : quel spectacle cela doit être ! (La photo date de 1964 et elle est signée Thérèse Le Prat.)
Et puisqu’il est question de Laurent TERZIEFF, c’est un bonheur pour moi de lui offrir en forme d’hommage le souvenir de cette soirée où je l’ai vu aux côtés de sa compagne disparue Pascale de BOYSSON, dans ces deux courtes pièces de Murray SCHISGAL : LE TIGRE et LES DACTYLOS. C’était en 1964 au petit Théâtre de Lutèce et la mise en scène était de Laurent TERZIEFF et Maurice GARREL. Une franche rigolade. TERZIEFF était d’un comique halluciant, tout en contorsions et en mimiques, la mèche en bataille, l’œil égrillard. Quand on voit le personnage aujourd’hui on a peine à le croire. La vie l’a courbé, buriné, blanchi, son visage christique a pris les stigmates de toutes les douleurs, celles de ses personnages et les siennes propres. Et sa voix… Sa voix a pris la profondeur des abimes cosmiques. Il est devenu Laurent-le-Magnifique.
….. à Laurent TERZIEFF, acteur sublime pour qui j’ai une tendresse particulière puisqu’il est toulousain comme moi, et qui monte une pièce magnifique de Ronaltd Harwood, « L’HABILLEUR ». La très troublante histoire d’une troupe de théâtre qui joue envers et contre tout dans une petite ville anglaise sous les bombardements. A sa tête, un comédien chevronné qui incarne chaque soir le personnage du Roi Lear jusqu’au soir où, épuisé, il se sent incapable d’assurer la représentation. C’est son fidèle habilleur qui tente de lui redonner la confiance et l’énergie nécessaires pour affronter le public. Dans mon souvenir, la pièce mêle étrangement la vie et le théâtre dans l’esprit de cet acteur qui ne sait plus très bien où est sa vérité. Laurent TERZIEFF dans le rôle du vieux comédien usé : qui d’autre ? Ca se passe au Théâtre RIVE GAUCHE et je brûle d’envie de voir ce spectacle.
C’est du cirque, on est u cirque, ça commence comme au cirque, par les chevaux. Les cavaliers en habit bleu menés par le chef de piste (Duvalles, mais qui se souvient de Duvalles ?) caracolent et parmi eux je reconnais Yves FURET, mon prof d’art dramatique, fière allure, et Claude PIEPLU, imperturbable. Ils font des tours et filent en coulissent pour laisser la place au président qui fait un discours. C’est Jean MARAIS, superbe en smoking blanc, qui dit ce qu’il faut dire dans ces cas-là, avec une grand élégance. Puis c’est l’entrée de monsieur LOYAL (Charles VANEL) qui nous fait quelques démonstrations de dressage avec son cheval, impeccable, puis c’est Suzanne FLON qui passe à travers un cerceau en feu tendu par Jean-Claude BRIALY, ouaah, c’est effrayant, elle s’en sort avec le sourire, puis Marie-José NAT nous en met plein les yeux avec un numéro de voltige aérienne comme si elle avait fait ça toute sa vie. Prodigieux ! A côté de ça, Joséphibe BAKER sans prendre de risques, menait un groupe d’éléphants aussi enturbannés qu’elle au pas de sénateur, mais ça avait belle allure et elle en faisait des tonnes en se tortillant comme elle savait le faire. Après l’entracte où l’on buvait des coupes en savourant son anonymat, il y eut encore quelques prouesses comme le trapeze où BELMONDO s’est envolé vers la toile du chapiteau puis retombé juste où il fallait en rattrapant la barre, toujours souriant, le fou, quelle peur il nous a fait Encore un tour de prestidigitation par une Maria PACOMe toute jeunette, et puis ce fut la fin. L’explosion des bravos, le défilé de tous les artistes ovationnés chacun leur tour dans l’arène, une dernière cavalcade des pur-sangs de BOUGLIONE, et la magie s’est évanouie dans la nuit.
… à Marc LAMBRON. Pourquoi ? En dehors d’être un écrivain reconnu et un journaliste très tendance, il peut aussi transformer sa chronique hebdomadaire en message personnel émouvant. C’est une belle idée qu’il a eu, de souhaiter longue vie à sa grand-mère qui vient d’avoir 100 ans, dans les pages du magazine Madame Figaro. C’est gonflé, aussi. Il faut qu’il ait toute crédit auprès de la rédaction pour diffuser cette lettre d’anniversaire où il brosse le portrait d’une dame qui en a vu de toutes les couleurs… Inconnue, elle n’avait a priori aucune raison d’intéresser le lectorat de Madame Figaro. Et pourtant, le papier est intéressant. On le lit jusqu’au bout, on s’intéresse à cette dame qui est « seulement » la grand-mère de l’auteur. En tout cas, elle doit être drôlement fière d’avoir inspiré une page de magazine. Ca s’efface vite, une page de magazine. La semaine passe et il n’en reste rien. C’est comme un blog. La page d’hier ne vaut plus rien aujourd’hui. N’empêche : il y a des mots qui restent gravés dans la mémoire, longtemps encore. Très longtemps peut-être.
J’ai retrouvé un souvenir qui vaut de l’or. Un très grand millésime, celui-là, et qui va demander deux jours pour vous le raconter en détails.
Le programme.
Le 3 mars 1961 a eu lieu le XXXIème GALA DE L’UNION DES ARTISTES au Cirque d’Hiver Bouglione, sous la présidence de Jean MARAIS. Un héévènement ! Une méga-fête ! La Cérémonie des Césars, à côté, c’est la kermesse de fin d’année au lycée de Montargis. Mais on ne compare même pas : les deux époques sont à des antipodes, tout a changé, nous n’avons plus la même faculté d’émerveillement, il nous faut du sexe et de la violence pour nous faire lever les yeux. Mais ne jugeons pas. J’avais juré de ne jamais vous faire grincer des dents. Alors regardons plutôt cet événement surdimensionné. Le programme est déjà du domaine de l’impensable aujourd’hui : un livre somptueux aux exemplaires numérotés. Des pages publicitaires époustouflantes pour des annonceurs triés sur le volet, des dessins sur le thème du cirque signés par quinze grands peintres du moment dont Bernard Buffet, Foujita, Soulages, Cocteau… et un programme à couper le souffle. Les numéros de cirque exécutés par des artistes du théâtre, du cinéma ou de la chanson étaient réglés par les frères Bouglione, c’est dire si ça n’était pas de la frime. Dans le programme figuraient les noms des personnages illustres qui occupaient les loges. Ca allait de Suzy Volterra à Paul-Louis Weiller, en passant par des patrons de grosses boites, la SACEM, le BHV, Cino del Duca, Pierre Lazareff, et l’Agence CIMURA dont je faisais partie ce qui explique que je puisse vous raconter tout ça. Moi j’écarquillais les yeux, je me pinçais. L’orchestre Jacques HELIAN accompagnait l’entrée des spectateurs d’une musique séraphique. Les jeunes comédiennes du Conservatoire distribuaient ces précieux programmes accompagnés de cadeaux (écharpe en soie peinte, parfums…) Elles portaient des robes de grands couturiers, étaient coiffées par… Dessange ! Je n’étais pas encore entrée dans la carrière mais ça commençait à me chatouiller grave. Donc, demain je vous parlerai du spectacle. Préparez les jumelles. (L'illustration est tirée du programme et signée CHAPELAIN-MIDY)
… à la bande-annonce de COCO, qui a fait l’effet d’un feu de brousse. Tout le monde avait envie de voir le film. Tout le monde disait « il en fait des tonnes, c’est gros, gros ! »et on se répétait déjà les phrases hilarantes de la bande annonce et tout le monde avait envie de voir le film. Moi la première. Je vais m’y précipiter demain. J’adore Gad Elmaleh, ça n’est pas très original, car depuis CHOUCHOU il l’est de tous les Français. Alors rendez-vous sur mon blog dès que j’aurai vu le film, pour vous dire ce qu’en pense, en fin de compte. J’espère vraiment que ce ne sera pas un pétard mouillé, cette bande-annonce, et que le film est à la hauteur, parce que j’ai très envie de rire avec Gad Elmaleh, moi.
….NON, je ne dis pas bravo à Pierre BERGE qui a retiré de l’exposition WARHOL quatre portraits d’Yves SAINT-LAURENT sous prétexte qu’on les avait placés dans la section « GLAMOUR ». « SAINT-LAURENT n’es pas glamour », a-t-il affirmé, fâché. Vous l’avez sans doute lu dans LIBE, la polémique fait rage. Mais peut-on donner raison à Pierre BERGE ? Si Yves SAINT-LAURENT n’est pas glamour, alors moi je me rase tous les matins. Il est furieusement glamour ! Voir sa publicité pour le parfum Kouros… Mais là n’est pas la question. Glamour ou pas, les portraits du créateur sont là au même titre que tous les autres modèles qui vont faire l’intérêt de l’exposition. Ca n’est pas à Pierre BERGE de décider s’il doit être accroché là ou là, et en plus il n’est même pas allé vérifier ! C’est un caprice de star, quoi. Enfin, de star. Pierre BERGE est un VIP mais pas une star, il n’est pas assez glamour pour ça.
DON JUAN dans la Cour d'honneur du Palais des Papes à Avignon
Un quart d’heure avant la fermeture des portes du Palais des Papes, les trompettes sonnent l’appel et ça vous met des frissons partout. La première fois qu’elles ont sonné, sur les notes de Maurice Jarre, c’était pour LORENZACCIO et Gérard Philipe allait entrer en scène. Depuis, ces quelques notes sont devenues l’emblème du Festival d’Avignon. Ce soir nous sommes en juillet 1993 et la cérémonie qui va avoir lieu dans ce cadre illustre de la cour d’honneur, c’est don JUAN de Molière, mis en scène par Jacques LASALLE et la troupe de la Comédie Française. Sur les gradins il ne fait pas chaud et le mistral souffle fort. Nous avons tous le coeur serré de bonheur, d’émotion. Don Juan nous ne le connaissions pas, c’était Andzef SEWERYN, acteur polonais devenu Comédien Français à cause de son talent. Elvire, c’est la jeune Jeanne BALIBAR, enlevée du Conservatoire par Jacques LASALLE. Une nature, cette nana. Elle nous en fait voir depuis, de toutes les couleurs. Elle incarna récemment Peggy Roche, la dernière compagne de Françoise Sagan- Sylvie Testud dans le film de Diane Kurys.
Il y avait ce soir-là, sur la scène de la cour d’honneur, une pléiade de natures, de talents, de voix qui ont peuplé cet espace emblèmatique de leur présence. C’est quelque chose, la troupe du Français. Ils ont ce que les autres n’ont pas : le professionalisme poussé à l’extrême de sorte qu’on ne perçoit pas le travail. On ne perçoit que le personnage incarné. Dans ce DON JUAN-là, chaque personnage était au plus haut de son authenticité.
….. à Patrice LECONTE qui vient d’écrire un livre ! Ca n’est plus un secret puisque je l’ai entendu ce matin (hier, en fait) sur France Musique où il était interviewé par François Castang au Salon du Livre. Le roman s’appelle LES FEMMES AUX CHEVEUX COURTS et sera en librairie le 2 avril ! De quoi il parle ? On n’a pas pu savoir grand-chose, sauf que le héros n’aime que les femmes aux cheveux courts et qu’il ressemble au Petit Nicolas qui aurait grandi. François Castang disait qu’il y avait une petite musique… ce qui est en général un compliment sur le style. Mais quand on aime les films de Patrice LECONTE on ne se fait pas trop de souci. Il a SON style, qui ne manque pas d’élégance. L’humour, on s’en doute, sera de la partie. Il manquera les images, hélas. Il faudra imaginer. On va encore dire que LECONTE n’en finit pas de toucher à tout. Il n’aura qu’à répondre qu’il vaut mieux être l’homme de mille plaisirs que l’homme d’un seul trait de génie (je n’ai pas trouvé mieux comme contraire de « mille plaisirs ». Celui qui trouve mieux n’a qu’à me laisser un commentaire… En tout cas, voilà un artiste qui sait encore nous surprendre. Ce dont on est sûr, en revanche, c’est qu’il ne nous servira jamais du sinistre, de la prise de tête ni du porno. C’est pas dans sa nature, il préfère la légèreté à la lourdeur. Nous allons nous précipiter sur LES FEMMES AUX CHEVEUX COURTS.
Un soir de janvier 1974, j’ai vu l’impensable : ensemble sur un plateau , cinq personnages mythiques. Enfin, à l’époque ils étaient mythiques. Jeanne MOREAU, Delphine SEYRIG, Gérard DEPARDIEU, Samy FREY et Michaël LONSDALE, ensemble, c’est tout (bon, on peut encore écrire « ensemble c’est tout » sans tout de suite penser à.) Réunis sur la scène de l’Espace Cardin par Claude REGY (le sixième mythe) pour jouer une pièce énigmatique de Peter HANDKE : LA CHEVAUCHEE SUR LE LAC DE CONSTANCE. On n’en croyait pas ses yeux : Les deux actrices rivalisaient de beauté. Je commence par Delphine SEYRIG parce qu’elle est morte et parce que c’est ma préférée. Elle était maquillée à outrance, ses cheveux blonds étaient montés en dôme mousseux cerclé d’or et souligné d’un ruban de velours noir. Sa robe était de mousseline couleur de lune, strassée, irisée, fluide et mouvante autour de son corps. Vous imaginez (enfin, ceux qui l’ont connue) ce qu’elle pouvait en faire. Jeanne MOREAU était en noir. Maquillée à outrance elle aussi, coiffée d’un haut diadème scintillant d’étoiles. Sa robe était de velours piqué de perles. Gérard DEPARDIEU avait vingt ans ! Son visage juvénile était blanc, sa bouche d’un rouge violent. Il portait un smoking noir et une chemise à jabot, c’est bien la seule fois où je l’ai vu élégant. Samy FREY était d’une beauté inouïe. Il l’est resté, d’ailleurs. Mais là, il était si jeune ! Il jouait avec sa belle dans une chemise blanche rentrée dans un simple pantalon noir. Et Michaël LONSDALE avait déjà la stature pontificale et le verbe rocailleux. Voilà. Aucun d’eux n’a quitté la scène pendant les deux heures de spectacle. Le public n’a rien compris à la pièce, mais était bouche bée. Jamais on ne reverra une chose pareille.
....à Philippe Sollers. Oh, ce n’est pas un homme sympathique mais qui a besoin en littérature d’un homme sympathique ? Il écrit comme un dieu et je révère sa littérature. Il écrit parfois des phrases qui vous font un coup au coeur, et qu’on relit en boucle jusqu’à ne plus les comprendre. Il a l’élégance suprême. Toutes les élégances. Celle du style, bien sûr, celle du langage, de la démarche, si indolente, d’un certain dédain pour le vulgaire que plus personne n’ose plus afficher. Et en plus, en plus, il aime Glenn GOULD. Je viens de l'apprendre et du coup, je me sens d’autant plus proche de cet homme si lointain. Il en parle comme j’aimerais en parler parce que pour moi, Gould, c’est LE musicien, celui qu’on ne compare pas. Je m’en vais de ce pas acheter son livre « Les Voyageurs du Temps », puisqu’il y parle de Gould. On l’a dit libertin. Il a dépassé l’âge, malheureusement. Mais ça me plait, qu’il fut libertin. Le libertinage est encore une forme d’élégance.
Pardon pour ce souvenir récurrent, mais il répond tellement bien à l'hommage de Sollers à Glenn Gould !
Ma mère jouant du piano. Ca la prenait un soir, comme ça, quand elle revenait du travail et qu’elle n’avait pas envie de parler, elle s’asseyait devant le piano, soulevait le couvercle et restait quelques minutes immobile, comme cherchant dans sa tête la musique qui pouvait le mieux convenir à son état du moment. Elle fouillait dans le tas de partitions, en choisissait une et la plaquait sur le pupitre. Encore une minute de concentration, les yeux fixés sur les notes, et ses mains commençaient à courir sur le clavier. Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours été fascinée par son jeu comme l’oiseau devant le sifflement du serpent. J’arrivais en catimini, j’avais sept ans, puis dix, puis quinze et toujours sa musique me prenait à la gorge. Je sais pourquoi maintenant. Je sais maintenant que je recevais sa douleur. Après sa mort j’ai compris beaucoup de choses sur ma mère. Je l’ai comprise trop tard, comme tout un chacun… Quand elle jouait, c’était comme d’autres entrent en méditation. Leur esprit s’évade de leur corps et la sérénité prend possession de tout leur être. Je la voyais, habitée, les yeux fixés sur le papier ou bien fermés, son corps avait des élans vite réprimés, des balancements, elle scandait, elle murmurait pour elle toute seule. Son mal de vivre passait tout entier dans ses doigts et se mêlait au mal de vivre de Chopin, de Liszt ou de Schuman. Ma mère aurait été une comédienne hors pair.
… à Marie-Anne CHAZEL dans la pièce que j’ai vue hier soir au Théâtre Tête d’Or à Lyon : « Good Bye Charlie ». Elle sauve le spectacle. Grâce à elle, les spectateurs très mollassons au début (c’est une pièce comique) n’ont pu faire autrement que d’applaudir frénétiquement le travail de la comédienne. Un sacré rôle dans une pièce tarabiscotée, entre la fable onirique et le boulevard burlesque, mais qui lui donne l’occasion de déployer tous ses talents. Je ne l’avais jamais vue sur scène, toujours au cinéma où elle est un peu en retrait, drôle avec retenue, tout en finesse. Je l’ai découverte se donnant à fond jusqu’à la charge, très physique, et donnant de l’émotion au moment où l’on s’y attend le moins. C’est là qu’on retrouve la vraie, la grande comédienne. Là où une autre toupie simule les larmes à grand renfort de simagrées sonores, elle bascule soudain du rire au chagrin et on y croit. Elle est sincèrement triste. Tout simplement. Et l’on a la gorge serrée, cinq minutes après avoir rigolé à ses pitreries. On sort de là heureux d’avoir encore une fois vérifié l’adage que je vous livre dans la réplique qui m’enchante ci-dessous.
Ma mère jouant du piano. Ca la prenait un soir, comme ça, quand elle revenait du travail et qu’elle n’avait pas envie de parler, elle s’asseyait devant le piano, soulevait le couvercle et restait quelques minutes immobile, comme cherchant dans sa tête la musique qui pouvait le mieux convenir à son état du moment. Elle fouillait dans le tas de partitions, en choisissait une et la plaquait sur le pupitre. Encore une minute de concentration, les yeux fixés sur les notes, et ses mains commençaient à courir sur le clavier. Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours été fascinée par son jeu comme l’oiseau devant le sifflement du serpent. J’arrivais en catimini, j’avais sept ans, puis dix, puis quinze et toujours sa musique me prenait à la gorge. Je sais pourquoi maintenant. Je sais maintenant que je recevais sa douleur. Après sa mort j’ai compris beaucoup de choses sur ma mère. Je l’ai comprise trop tard, comme tout un chacun… Quand elle jouait, c’était comme d’autres entrent en méditation. Leur esprit s’évade de leur corps et la sérénité prend possession de tout leur être. Je la voyais, habitée, les yeux fixés sur le papier ou bien fermés, son corps avait des élans vite réprimés, des balancements, elle scandait, elle murmurait pour elle toute seule. Son mal de vivre passait tout entier dans ses doigts et se mêlait au mal de vivre de Chopin, de Liszt ou de Schuman. Ma mère aurait été une comédienne hors pair.
… au merveilleux GIRAUDEAU, qui est aussi bon écrivain qu’il est acteur fétiche, metteur en scène inspiré et wonderboy éternel. Son dernier livre LES DAMES DE NAGE vient de passer la barre des 150 000 lecteurs… Je ne l’ai pas lu. Mais si son prochain roman s’intitule bien « CHER AMOUR » , je vais me laisser tenter. Je subodore qu’il parlera encore de voyages, de mers lointaines et d’inaccessibles étoiles…
Un grand souvenir de théâtre, c’est l’image de Bernard GIRAUDEAU à genoux, torse nu, face au public, dans « BECKET OU L’HONNEUR DE DIEU » d’Anouilh au Théâtre de Paris. Il jouait Henri II Plantagenet, meurtrier de son meilleur ami devenu son ennemi par amour pour Dieu. Quel moment ! C’était en octobre 2000. Face à lui, il avait Didier SANDRE, un formidable BECKET, aussi rigide que GIRAUDEAU était voluptueux, mais ils auraient pu, eux aussi, échanger les rôles, c’est ça aussi la magie du théâtre, c’est que les comédiens ont un secret pour se transfigurer… Le metteur en scène Didier LONG avait fait là un travail magnifique, la pièce toute entière était un régal à voir et à entendre. C’est pour moi la plus belle pièce d’Anouilh, qui ne tombe jamais dans la mièvrerie et dont la langue reste très actuelle. Je donnerais beaucoup pour revoir cette pièce, ces acteurs, dans ce théâtre. Un bonheur total.
La magie opère des deux côtés de la rampe. Au théâtre, les deux camps qui se font face sont là chacun pour se donner du plaisir et non pour se livrer bataille. En principe. Le camp du public prend possession des fauteuils, de la salle, de l’air ambiant, il emplit cet espace de l’accumulation de ses ions positifs et négatifs, et très vite ce public, ce soir-là, devient ami ou ennemi. Il n’empêche que le plaisir d’être là remplit chaque spectateur d’une attente frémissante, d’une curiosité presque malsaine devant le mystère d’un rite qui va se dérouler devant lui. Le spectateur est passif, en apparence, mais ses réactions intimes vont émaner de lui pour influencer le jeu des acteurs et pour peu que ces réactions soient négatives, et qu’elles s’additionnent avec un nombre important d’autres réactions négatives, les acteurs se sentiront très vite en position de repli. Pour les comédies, le problème ne se pose pas d’une manière aussi troublante. Le public rit, ou il ne rit pas. C’est clair et net, et s’il ne rit pas, c’est que l’effet n’a pas porté mais il est rare qu’aucun effet ne porte, ou alors c’est la cata absolue. Non, le mystère réside dans une pièce qui joue sur la corde sensible, où le talent de l’acteur consiste à dévoiler son intimité sans être impudique. Face à lui, le public frémit, ou s’indigne, ou absorbe ce rayonnement de l’intime comme on absorbe la lumière du soleil. Il y a alors un silence et la salle s’emplit d’ions positifs. L’osmose est alors immédiate entre les deux camps. Il y a de bonnes salles et de mauvaises salles, nous le savons tous, et il arrive que lorsque la fusion fut parfaite, la troupe d’un commun accord, aux saluts, se mette à applaudir son public.
Je me souviens, encore et toujours, puisqu’il est question d’osmose, des tombers de rideau après chaque représentation de FREDDY. On ne parlait même pas d’osmose, c’était du fusionnel. On avait peur qu’ils arrivent à monter sur la scène pour se jeter sur Fernandel et le déchiqueter d’amour. Bon, c’était plus ou moins hystérique, mais on ne se demandait pas si le public avait aimé ou non. C’était visible. Nous avions toujours des bonnes salles et tous les soirs, nous applaudissions nos spectateurs, Fernandel le premier. D’où l’intérêt des comédies : quand ils aiment, ils le font savoir.
C’est fou ce qu’on peut choper par hasard sur You Tube, on cherche un truc, je ne sais plus quoi, et on tombe sur un duo sublime de Johnny Halliday avec Carla Bruni ! Ils sont assis dans un jardin, ils ont chacun leur guitare, il commence à chanter Tennessee et intérieurement on se met à crier qu’on l’aime, et puis elle reprend la mélodie, doucement, timidement, son visage est cadré parfait, elle est belle et chante juste, et Lui il la regarde avec un air tendre, c’est trop ! On dirait un film de Luchino Visconti. La chanson est magnifique et ils la chantent chacun à leur façon, lui avec toute son âme, comme d’habitude, et sa voix unique, et elle avec retenue et émotion, quand même, elle a un sourire charmant mais pas aguicheur, pas du tout, alors qu’il lui tend la perche on dirait… On se dit c’est pas possible, ils vont se tomber dans les bras à la fin, ils sont faits l’un pour l’autre ! m ais ça c’est parce qu’on est un peu midinette, et c’est très bête. Il vaut beaucoup mieux qu’il lui dise ces mots très polis, très complimenteux juste ce qu’il faut, et qu’elle le remercie avec sa distinction naturelle. Et puis ils s’en vont chacun de leur côté. C’était un moment magique.
J’étais une toute jeune fille et j’avais cru Albert Camus immortel. Je l’avais rencontré plusieurs fois, à son bureau des Editions Gallimard ou bien à l’hôtel Montalembert tout proche (rassurez-vous, sur une table du restaurant, ça se faisait beaucoup à l’époque, Sartre c’était au Flore, Camus au Montalembert) et j’en étais tombée raide dingue. Il aurait pu être mon père, mais quel père ! Du jour au lendemain, plus d’Albert Camus. Ca nous a fait un choc terrible, à Micheline Rozan et à moi, à elle beaucoup plus, bien sûr, ils étaient si proches. Il y a eu une période de flottement, et puis j’ai décidé à ce moment-là de me lancer dans le théâtre et de prendre des cours. J’ai quitté CIMURA et Micheline Rozan. Nous nous sommes perdues de vue et lorsque j’ai fait mes premiers pas sur une scène, je ne l’ai pas mise au courant. Elle n’est jamais venue me voir jouer et c’est tant mieux, car on ne peut pas prendre au sérieux sa secrétaire qui fait du théâtre. Chaque chose à sa place, non ? C’est ce qu’elle aurait dit. Et elle m’aurait traitée d’amateur, évidemment. D’ailleurs, elle aussi avait quitté CIMURA et était devenue productrice. Jusqu’au jour où elle découvrit ce théâtre en ruines, les Bouffes du Nord, et où elle en fit le grand œuvre de sa vie.
Comme je n’ai personne à m’extasier dessus aujourd’hui, je vais dire bravo à celui (il doit être mort) qui a inventé le jean. On n’en parle plus jamais, mais c’est un prix Nobel qu’il méritait ! Le Prix Nobel de la Paix des fringues et c’est pas rien ! Aujourd’hui j’ai acheté un nouveau jean, pas une petite affaire, hein, vous êtes tous d’accord, et bien chez Levi’s store, ils sont tellement pros que même un samedi crowded de minettes et de pingouins plus branchés que moi j’ai vu un grand blond me foncer dessus et me dire « vous me dites tout » ! Je lui ai tout dit « slim, taille haute surtout, couleur délavée mais pas trop, taille 29 » et là il a tout de suite trouvé l’objet, visé la cabine, m’installé dedans et calculé pile poil le temps que j’ai mis à me défroquer et à me refroquer, coup d’œil rapide « c’est le bon », mais il est trop long, j’ai dit, « non, pas trop long, après le premier lavage ils sera top, OK ? » OK, j’ai dit, et j’ai pris le jean. Maintenant, l’intérêt du jean, c’est que si vous avez cinq minutes pour décider ce que vous allez mettre ce soir pour le dîner chez Bocuse, et bien pas de problème, pas de crise : le jean ira très bien avec une veste noire en lurex et rien dessous. On chausse les sandales compensée et le tour est joué. Bravo monsieur JEAN DE NIMES le monde entier marche avec vous !
Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai compris que j’avais assisté à un combat de fauves. Camus le philosophe plongeait tout-à-coup dans l’univers polymorphe du théâtre. Il avait écrit l’adaptation des POSSEDES et il s’était mis en tête de la monter et de la mettre en scène lui-même. Un travail de Titan ! Mais plus difficile encore, bizarrement, fut la recherche d’un théâtre. Oui ! Lui, l’écrivain célèbre adulé des milieux littéraires, courtisé par les médias, ‘ précédé de la meilleure démarcheuse de Paris, Micheline Rozan, s’est vu renvoyer son manuscrit par la plupart des directeurs de théâtre, exactement comme ils m’ont renvoyé les miens ! J’entendais Micheline Rozan batailler au téléphone, essayant de séduire ces monarques qui étaient, pour la plupart, ses ami(e), et je ne comprenais pas bien les raisons ni les enjeux. Certains exigeaient que Maria Casarès fût en tête de la distribution. Or, Camus en avait décidé autrement. D’autres trouvaient la pièce trop longue (3h) et trop ardue. Ce fut après des mois d’opiniâtreté que Micheline Rozan arriva à convaincre Simone Berriau d’ouvrir son théâtre à ce monument. Ce fut donc au Théâtre Antoine que les POSSEDES d’Albert CAMUS virent le jour, le 30 janvier 1959 avec une distribution pas piquée des hannetons : Pierre Blanchar, Pierre Vaneck, Michel Bouquet, Tania Balachova, Catherine Sellers, Charles DENNER dans le rôle de Liebiadkine ! et j’en passe, ils étaient 33 !. Pour les beaux yeux d’Albert CAMUS, Micheline ROZAN s’est défoncée, je l’ai vue, mais je comprenais son ardeur, car qui ne se serait pas défoncée pour cet homme si beau et si haut ! Ce fut son dernier effort pour lui, hélas. Le 4 janvier 1960, faut-il le rappeler, un dérapage malvenu nous priva de ce chevalier de l’absurde.
…. À Micheline ROZAN qui se retire sur la pointe des pieds, au terme d’une vie professionnelle vouée au théâtre. L’année 2009 sera la dernière qu’elle passera à la tête de son théâtre, les BOUFFES DU NORD, aux côtés de son ami de toujours, Peter Brook. Je reparlerai de Micheline Rozan. Je dois en reparler. C’est auprès d’ elle que j’ai vécu les plus belles années d’une vie : celles des découvertes. C’est auprès d’elle que j’ai découvert le Théâtre. Quel exemple ! Combien de talents couronnés lui doivent leur célébrité ! Mais il ne faut pas lui dire adieu. Elle a plus d’un tour dans son sac, Micheline. Après les BOUFFES, quelle surprise nous réserve-t-elle encore ? Mais peut-être aspire-t-elle simplement au repos, à la méditation et à la solitude ? Elle l’a bien mérité.
Dans l’Agence de Secrétariat d’Artistes CIMURA, Micheline ROZAN s’occupait de quelques écrivains célèbres dont Jean-Paul Sartre et Albert Camus, et de quelques stars, dont Jeanne Moreau. Elle représentait aussi des auteurs dramatiques américains, Tennessee Williams, Arthur Miller, et les aidait à monter leurs pièces à Paris. Elle avait un carnet d’adresses impressionnant. Franco Zephirelli était l’un de ses meilleurs amis. Je n’ai jamais su d’où lui venaient toutes ces relations à travers le monde. Elle n’avait que trente ans, des yeux noirs au regard perçant, et l’ironie facile. Une intelligence fascinante, de celles dont on dit qu’elle est communicative et qui ne dure qu’un instant. Ce n’était pas toujours drôle d’être sa secrétaire. Elle se moquait de mon accent toulousain, de ma maigreur et de ma maladresse dans les affaires du bureau. Mais c’est elle qui m’a appris le sens des priorités dans le métier du spectacle et dans la vie. Elle me traitait d’amateur et c’est évidemment ce que j’étais alors, bien que faisant tous mes efforts pour faire les choses le mieux possible. Elle était respectée de ses associées sexagénaires qui régentaient les jeunes carrières de Belmondo, Marais, et quelques autres. Elle était vénérée par ses poulains qui se seraient embarqués pour la lune si elle le leur avait conseillé. Pendant mon court bout de chemin avec elle, il y a eu l’aventure des POSSEDES avec Albert CAMUS. Une aventure qui les a épuisés l’un et l’autre pour finalement ne leur apporter qu’un succès d’estime. C’est ce que je vous raconterai lundi.
A partir du 18 mars, l’exposition « LE GRAND MONDE D’ANDY WARHOL » s’ouvrira au Galeries nationales du Grand Palais. Près de 150 œuvres parmi la réjouissante galerie des portraits réalisée par l’homme à la perruque blonde à réalisée des années 60 jusqu’à sa mort. Une aubaine ! Et moi j’ai trouvé le moyen (ultra secret) de me prendre en photo à la manière de….
Il n’existe pas de photos de Micheline ROZAN. Je n’ai que sa signature sur des petits mots qu’elle me laissait, mais où elle ne signait que « Micheline », et que je ne veux pas divulguer. J’ai retrouvé ce carton d’inscription au stage de Lee STRASBERG à Paris, qu’elle avait organisé. Ce stage qui devait former les comédiens français volontaires aux méthodes de Stanislavsky en matière d’art dramatique, avait fait l’événement. L’Actor’s Studio en déplacement à Paris, c’était à qui devait s’inscrire pour voir comment Elizabeth Taylor ou Marlon Brando avaient appris leur métier… J’ai vu monter sur la scène des acteurs chevronnés, et contemplé leur déconfiture devant l’étrangeté de ces méthodes. Lee Strasberg s’exprimait en Anglais, en plus, et Micheline Rozan traduisait. Il parlait relaxation, respiration, décompression, il les faisait s’allonger par terre, se désarticuler, s’immobiliser totalement pendant des minutes entières, et pas un mot sur la technique vocale, sur la recherche du sentiment, même pas d’exercices d’improvisation qui pour nous est le comble de l’avant-garde, bref un ovni. Inutile de dire que je n’ai pas essayé de me prêter à ce petit jeu qui vous transformait en pantin ridicule. Dans la salle, il y avait les rieurs, les perplexes, les intellos qui avait compris. Mais le stage fut un échec. A la fin, Micheline m’a gratifiée d’un commentaire ironique sur mon manque de professionnalisme, ça ne faisait que la cinquantième fois que j’y avais droit. (A l'époque où je travaillais pour elle, je m'appelais Barbara Baudey).
…. À Micheline ROZAN qui se retire sur la pointe des pieds, au terme d’une vie professionnelle vouée au théâtre. L’année 2009 sera la dernière qu’elle passera à la tête de son théâtre, les BOUFFES DU NORD, aux côtés de son ami de toujours, Peter Brook. Je reparlerai de Micheline Rozan. Je dois en reparler. C’est auprès d’ elle que j’ai vécu les plus belles années d’une vie : celles des découvertes. C’est auprès d’elle que j’ai découvert le Théâtre. Quel exemple ! Combien de talents couronnés lui doivent leur célébrité ! Mais il ne faut pas lui dire adieu. Elle a plus d’un tour dans son sac, Micheline. Après les BOUFFES, quelle surprise nous réserve-t-elle encore ? Mais peut-être aspire-t-elle simplement au repos, à la méditation et à la solitude ? Elle l’a bien mérité. Demain je vous en dirai plus sur mes souvenirs avec Micheline ROZAN.
Quand on est en coulisse, attendant d’entrer en scène, on est secoué de tremblements, on a mal au ventre et on se dit « mais qu’est-ce que je fous là ? » On se promet d’arrêter dès la fin de ce contrat en cours et de mener une vie tranquille. Naturellement, à la minute où l’on met le pied sur le plateau, ce foutu trac vous quitte et vous êtes sur un nuage. Et puis un jour vous menez une vie tranquille et là, tandis que vous vous balancez dans un hamac, vous viennent les flashes des moments de bonheur sur une scène et vous vous dites « tout plutôt que cette monotonie, tout plutôt que rester là sans texte à apprendre, sans répétitions émulsifiantes, sans saluts, sans bravos ! » Lisez la réplique d’aujourd’hui, elle résume tout.
… à ce merveilleux Olivier BELAMY qui rassemble de plus en plus d’artistes passionnants à partager leur amour de la musique, leurs souvenirs, leurs émotions secrètes, avec chaque fois un langage qui leur est propre. Oui je sais, j’ai déjà dis bravo à Olivier BELAMY, pour certains de ses invités qui m’avaient émerveillée, mais là c’est lui, lui tout seul, qui mérite mon bravo. Sa façon de questionner ses invités comme s’ils étaient seuls dans un bar devant leur coupe de champagne et la nuit devant eux , sa façon de rire, son élocution charmeuse, ses petits « hmm » quand il s’émeut, et comprend, et enfin l’ensemble de son comportement vis-à-vis de ses illustres visiteurs… Je l’adore. Il sait s’attendrir quand il faut, ironiser quand il faut, passer de la pommade juste comme il faut, et annoncer la pause publicité comme une confidence. Dans le galimatias quotidien de pubs, de jingles, de premiers mouvements et de contentement de soi de RADIO CLASSIQUE, Olivier BELAMY fait figure de perle rare. Moi j’ai trop envie d’être une star et d’être interviewée par lui !
Quand on voit certaines pièces de boulevard on se dit non, c’est trop loufoque, ça n’a pas de sens, comment les comédiens arrivent-ils à jouer des inepties pareilles ? Et bien moi qui ai joué UNE FOLIE de Sacha GUITRY, je peux vous dire qu’on s’amuse comme des fous. Evidemment, il faut que la pièce soit bien écrite, mais Guitry c’est aussi classe que Feydau du point de vue du langage, même si ça sonne terriblement rococo de nos jours. Dans une FOLIE, il s’agit d’un médecin psychiatre, déjà pas mal dérangé, qui ne soigne que des gens un peu zinzins, qui se lance dans une étude approfondie pour chercher ce qui rend les gens fous et qui découvre que ce sont les impôts. Falsifier devient leur raison de vivre. Voler l’Etat qui les dépouille, un moteur d’action. Une démarche qui paraît totalement justifiée de nos jours, et pas vraiment comique. Mais les agités de Guitry sont soumis à des enchaînements de quiproquos que ne renierait pas Laurent Ruquier ! Et c’est hilarant. Je jouais l’une de ces agitées, en fait la plus normale de tous, la jeune tapissière venue livrer des échantillons et que le Dr Flache prend pour une pute à la recherche d’un calmant. On se marrait autant que le public ! Ma partenaire Sophie GANNEVAT ne pouvait pas croiser mon regard sans risquer le fou rire. Un petit millésime, mais un joli souvenir.
….aux gens qui s’habillent encore pour aller au théâtre. Ca me met en rogne quand je vois des clampins en blouson crasseux s’asseoir dans les fauteuils en velours d’un théâtre à l’italienne. Ah ! Je sais. Vous allez me dire « ouais, ils sortent dutravail, ils ont pas le temps de rentrer se changer, ce sont les spectateurs les plus méritants et peut-être aussi les plus avertis, etc... » Sur cent spectateurs débraillés, 2O n’ont pas eu temps, les autres ont eu la flemme. Pourquoi ce laisser-aller général ? Pourquoi s’habiller est-il devenu un signe de ringardise absolue ? Décider de passer une soirée au théâtre n’est pas décider d’aller au resto du coin… C’est décider de s’extraire du quotidien, de la monotonie, du labeur pour passer un moment avec Richard III, avec Bérénice ou avec le Bourgeois gentilhomme… Et même si c’est pour attendre Godot dans une poubelle, il faut se dire que l’invitation vient de très haut, de très loin, de poètes immortels ou contemporains qui nous ouvrent les portes de leur imaginaire. Cela vaut bien un costume, une robe, un collier et des souliers vernis…
J’ai parlé du baiser que je donne à Fernandel dans , mais j’ai passé sous silence celui que me donnait Nicolas, son fils dans la pièce. Guy Verda, mon partenaire, ne s’est pas privé de se poser en rival heureux de notre star bien-aimée, sous prétexte que je le faisais durer, disait-il, plus longtemps. Cela dit, ce baiser était finalement plus difficile pour moi car le misérable essayait chaque soir de le pousser plus loin, vous voyez ce que je veux dire. Dents serrées, je résistais tant que je pouvais et Fernandel qui nous regardait faire, arborait un sourire narquois qui n’arrangeait pas les choses. En coulisse, cela se passait parfois très mal car j’avais un soupirant dans la troupe qui supportait mal les comptes-rendus de Guy au sortir de la scène. « Ah, ce soir, j’y suis presque arrivé i » disait--il en s’essuyant la bouche. Un soir il a quand même dépassé les bornes en claironnant : « Elle a craqué ! » L’autre l’a attrapé par le col et ça a failli faire une bagarre derrière le décor. On voit souvent les comédiens s’embrasser dans les pièces ou les films, mais on n’imagine pas ce que cela peut avoir de difficile, voire de répugnant selon les cas…
….. je ne sais pas à qui !!!! Je vous explique. Il y a un spot de pub télé que j’adore, c’est celui qui montre un papa demandant à son adorable bambin blond de dire « papa », à quoi le joli bébé répond « maman » invariablement. Le jeu des deux est époustouflant de justesse. La papa est visiblement désespéré, j’adore sa mimique, l’enfant est trop chouette, on voit bien qu’il fait exprès de taquiner son père, jusqu’à ce qu’il lance son biberon par terre juste au moment où la maman arrive pour constater les dégâts, qu’elle demande « Qui a fait ça ? » et que le trésor articule « papa » ! C’est à mourir. Et alors, voilà, j’ai vu ce spot au moins six fois et JE NE SAIS PAS CE QU’IL VEND ! Je n’ai pas retenu le nom de la marque annonceur. Voilà un exemple du piratage d’un message marketing par la créativité de son exécution ! Je vous demande instamment à vous qui me lisez de me laisser un commentaire : QUELLE est la marque qui communique si bien ?