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FERNANDEL L’ETERNEL SOURIRE

Publié le par Miss Comédie

FERNANDEL L’ETERNEL SOURIRE

J’ai connu Fernandel, alors qu’il était à l’apogée de sa fabuleuse carrière. Moi, j’étais élève dans un cours d’art dramatique parisien et je n’avais encore jamais mis les pieds sur une scène de théâtre.

Un jour un metteur en scène à la recherche d’une jeune comédienne vint demander de faire une audition de quelques élèves et je fus choisie pour être présentée à Fernandel.

Le destin aime ce genre de hasard improbable…

Nous étions en 1970. Cette année là, Fernandel avait eu envie de remonter sur les planches et de jouer un personnage, qu’il n’avait encore jamais incarné.

Robert Thomas, le célèbre hauteur de « Piège pour un homme seul », lui écrivit donc une pièce sur-mesure avec un clown comme rôle principal dans une ambiance d’intrigue policière.

La pièce pris le nom du clown et ce fut Freddy.

La première saison au Théâtre des Variétés eut un énorme succès mais Fernandel ne se contentait pas de séduire les Parisiens, il voulut rencontrer son publique de ville en ville dans la France entière.

Et ce fut la tournée. C’est là que j’entrais dans la dance.

J’attendais le premier contact avec des palpitations comme si j’allais rencontrer Dieu en personne, et en effet il m’apparut ainsi en majesté, assis dans son fauteuil, l’œil vif le manuscrit en main. A ma vue il se leva, esquissa un salut qui se voulait cérémonieux, et son sourire m’enveloppa. Son regard m’offrait sa totale confiance, un second sourire en somme.

« Elle parle anglais la petite ? » dit-il, s’adressant à Robert Thomas.

Cela lui plaisait beaucoup que je parle anglais car je devais jouer une Américaine en français avec l’accent.

J’étais sous le charme. 

Dans cette pièce, qui alternait les scènes comiques dans l’univers du cirque et les scènes au tribunal pendant le procès, le clou du spectacle était le baiser.

Moi, l’intrigante Américaine coupable du meurtre, je devais jouer la séduction pour écarter les soupçons et le baiser à Freddy devait être dévastateur.

Dès la première répétition Fernandel s’aperçut d’une certaine réserve que j’avais de la peine à cacher. Avec un grand éclat de rire il me rassura : « Pas de baiser avant la première, petite, et tu seras étonnée de ce qui va se passer… »

En effet il se passa dans le public une sorte d’explosion de rires et de bravos. La consigne était de m’écarter lorsque le vacarme retombait. L’enthousiasme, lui, ne retomba qu’a la dernière réplique ou la salle manifesta indéfiniment sa joie.

Du nord au sud, chaque ville, offrait à Fernandel, son lot de reconnaissance plus ou moins délirante.

C’était le tour de France de notre star nationale.

Sur les routes de campagne, nous chantions à tue-tête dans le car qui transportait la troupe. Devant nous, la Cadillac noire de Fernandel avec son chauffeur Albert traçait la route.

Il s'ennuyait tout seul, et nous demandait parfois à Patricia Karim et moi de lui tenir compagnie sur la banquette arrière.

Nous déjeunions dans un relais ou une auberge au milieu de la nature, et il s’installait au milieu de nous pour nous raconter son passé, ses anecdotes marseillaises, toujours avec son éternel sourire.

Chaque soir, sur le plateau, tous en rang pour le dernier salut, nous tenant par la main, nous attendions sans bouger la fin de ce déluge de bravos, de baisers, de fleurs et de cris de joie.

Fernandel ne venait jamais seul en scène pour le dernier salut, il voulait partager son succès avec toute sa troupe.

Moi, à sa droite, je voyais couler ses larmes alors qu’il souriait encore et encore à son cher public.

Il savait qu’il vivait là ces derniers moments d’allégresse car il était déjà malade et ce fut sa dernière pièce.

Il avait pourtant prévu une deuxième tournée, un deuxième tour de France, qui cette fois, englobait Marseille, sa ville, son berceau, ces toutes premières heures de gloire.

Mais le destin ne lui accorda pas cette chance et son ultime sourire fut pour les anges du paradis…

Miss Comédie

 

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