JULES ET JIM, LE POUR ET LE CONTRE
La Brune et la Blonde se retrouvent à la terrasse du Flore pour regarder passer les touristes en buvant une blonde et une brune.
LA BRUNE
Hier soir j’ai vu JULES ET JIM qui repasse à la Pagode.
LA BLONDE
Quel chef-d’œuvre !
LA BRUNE
Ah, tu trouves ? 
LA BLONDE
Pas toi ?
LA BRUNE
Je déteste ce film.
LA BLONDE
Ah. Voyons. Tu détestes quoi, dans ce film ?
LA BRUNE
Je déteste l’image qu’il donne de la femme, une image méprisable, abominable.
LA BLONDE, (riant)
C’est tout ce que tu as vu dans ce film ?
LA BRUNE
J’ai vu des scènes de camaraderie à trois surjouées, comme leur course folle ridicule. J’ai aussi vu l’histoire d’une amitié magnifique détruite par les manœuvres perverses d’une femme.
LA BLONDE
C’est un sujet de tragédie antique, comme….
LA BRUNE
Sauf que ça se passe aujourd’hui et que cette femme est le prototype actuel d’une vraie salope.
LA BLONDE
Salope ?
LA BRUNE
Difficile de trouver mieux comme salope.
LA BLONDE
Tu y vas fort. Elle n’est peut-être qu’ insatisfaite.
LA BRUNE
Elle se les fait tous les deux et elle est insatisfaite ? Pourquoi elle va pas voir ailleurs, alors ? Pourquoi elle s’acharne à tourner en rond entre les deux ?
LA BLONDE
Tu n’essaies même pas d’entrer en profondeur dans le thème du film. Tu ne vois que la partie émergée de l’iceberg.
LA BRUNE
Quel iceberg ? Moi je vois ce que Truffaut nous montre.
LA BLONDE
Mais c’est justement ce qu’il ne montre pas qui est important pour comprendre le film ! Tu n’as pas saisi le drame intérieur de ce personnage . Truffaut l’a pourtant expliqué dans Télérama, c’est son incapacité à choisir qui sème la discorde entre les deux hommes et il démontre par là l’impossibilité de toute combinaison amoureuse en dehors du couple.
La brune écoute la blonde avec un petit sourire.
LA BRUNE
Tu l’as appris par cœur, l’article ? Alors si ce qui compte dans un film c’est ce qu’on ne voit pas, pourquoi il a pris une caméra ?
LA BLONDE
Truffaut nous demande de saisir sa pensée intime sous l’apparence légère et gaie – ou bien morbide de ses images.
LA BRUNE
Mais dis donc, tu fais une thèse sur Truffaut ?... En attendant pour un « homme qui aimait les femmes », dans JULES ET JIM il nous arrange bien !
LA BLONDE
C’est l’histoire d’un personnage, c’est pas ton histoire !
LA BRUNE, troublée
Ouais… là, tu dis un truc sensé. Mais ça ne sauve pas le film. Moi je trouve que c’est un mauvais film.
LA BLONDE
C’est ton avis mais tu ne m’as pas convaincue. Tu n’as aucun argument-massue. Tu viens ? Je vais prendre le bus, je suis en retard.
Elles se lèvent après avoir payé l’addition.
LA BRUNE
Attend, tu veux un argument-massue ? Et bien le voilà, c’est la fin !
LA BLONDE
La fin de quoi ?
LA BRUNE
La fin du film ! C’est du grand-guignol ! Le coup de massue ! Un suicide aussi inattendu que grotesque, le plongeon, quoi ! Tu sors de là anéantie. Pauvre Jim. C’était mon préféré, Jim.
(Elle se tourne vers la blonde) Et toi, lequel tu préfères, Jules ou Jim ?
LA BLONDE
Je ne sais pas, je n’ai pas vu le film.
Miss Comédie- 31 juillet 2014
(Attention, le dialogue peut très bien inverser les rôles, pas de parti pris de ma part il s’agit de distinguer la chevelure et rien d’autre !
AVIGNON, juillet 1956
Gérard Philipe et Jeanne Moreau, les deux acteurs principaux, ont proposé d’abandonner leur cachet mais si le mauvais temps persiste, c’est toutes les représentations qui devront être annulées, une catastrophe.
Soulevant sa barrette dégoulinante de pluie, l’homme d’église dévoile son visage, faisant sursauter Jean Vilar.
Miss Comédie - Juillet 2014
QUI ? OÙ ? QUAND ?
Elle est plantée là, sur le paddock, ne sachant où se poser. Autour d’elle c’est l’effervescence mais on l’ignore totalement. Son mari l’a abandonnée, après avoir tant insisté pour qu’elle l’accompagne à cette course . Elle déteste le bruit et la violence des circuits. Mais enfin, il fallait bien un jour aller le voir courir. Tout le monde dit que c’est un grand pilote. En plus, elle a peur, horriblement peur qu’aujourd’hui, justement, il lui arrive quelque chose. Elle cherche où elle va bien pouvoir se cacher pour ne pas assister à la course.
Les formules Ford - les stars - attendent, désarticulées, déshabillées. Elles poussent parfois un cri rauque et prolongé qui la fait sursauter. Ce sont vraiment des bêtes fauves. Chacune représente le Danger.
Les pilotes sont partis se changer. Soudain, l’air devient irrespirable, chargé de stress. Elle est prise d’un trac fou, elle a envie de fuir. Elle sort du paddock et elle voit venir vers elle un pilote en combinaison rouge, ganté, son casque posé sur son bras. C’est lui. C’est son mari.
autour d’elle est aux anges, les femmes, les parents des pilotes se pressent autour de leur idole. Elle, ne sait pas où est passé son mari, elle ne voit que des casques rutilants, identiques.