ERRATA ---
Avec toutes mes excuses,
Miss Comédie
Avec toutes mes excuses,
Miss Comédie
L'INSTANT THÉATRE
PETITS CRIMES CONJUGAUX, D'Eric-Emmanuel Schmit
Le titre est trompeur. On s’attend à voir encore une de ces comédies légères sur les petites tromperies du couple.
Erreur.
Cette pièce est un électrochoc qui secoue joliment.
Oh, pas tout de suite.
Ca démarre comme un polar d’Hitchock, on se doute qu’il y a un mystère mais les dialogues sont encore alertes, presque drôles, il y a des rires dans la salle.
Un mari amnésique qui revient chez lui et qui cherche à savoir quel genre d’homme il était avant l’accident, quoi de plus savoureux ?
Il questionne, elle répond. Il s’agit de retrouvailles émues, juste un peu tendues.
Nous sommes encore dans l’expectative, sans méfiance. La suite va nous aiguiser l’attention.
L’écriture d’Eric Emmanuel Schmitt, somptueuse, foisonnante, impitoyable, prend peu à peu des accents à la Tennessee Williams pour dévoiler les ressentiments cachés de ce couple usé qui ne sait plus faire la différence entre l’amour et la haine.
Les aveux qui s’échappent, d’une violence libératrice, deviennent des mobiles de crime.
Nous ne rions plus, le silence se fait , nous sommes sous tension.
Construite comme une énigme policière, la pièce garde son mystère jusqu’à la fin. Lequel des deux a voulu tuer l’autre ?
Sam Karmann et Fanny Cottençon nous obligent à nous identifier à leurs personnages, tant ils y croient eux-mêmes. Le problème de leur couple devient un problème universel.
On se dit qu’on y réfléchira plus tard. Pour l’instant, on veut savoir la fin.
Jean-Luc Moreau a guidé ses acteurs vers une intériorité qui déclenche l’émotion. Mise en scène pleine d’humanité, si délicate qu’on ne la sent pas, on ne se doute pas qu’un sujet pareil doit être tenu serré, sans l’ombre d’effets faciles.
Petits crimes conjugaux n’est pas une pièce anodine. Elle nous laisse un goût amer, comme certaines pièces dont la profondeur surprend, émervreille, dérange et nous poursuit longtemps.
Miss Comédie
Au théâtre Rive Gauche à Paris jusqu’au 16 décembre, prolongation possible
Sergio Leone aux pieds de Maria Callas, Fausto Coppi apprenant à pédaler à Jacques Tati, Picasso furieux contre Woody Allen, Gainsbourg critiquant son biopic, Delphine Seyrig face à Steve Mc Queen…Steve Job au paradis de la pomme… Bon, j’arrête, il y en a cinquante…
Ces rencontres improbables mais tellement affriolantes, ces conversations secrètes entre terre et ciel, ces interviews impensables, je les ai réunies dans un ouvrage qui vient de paraître, aux Editions Le Manuscrit.
Vous pouvez le trouver en librairie ou sur commande sur le site
Manuscrit.com.
Un extrait ?
CONVERSATION IMAGINAIRE
<<< Au Crazy Horse Saloon à Paris. Le Trio à l’imperméable, Albert Camus, Humphrey Bogart et Peter Falke fument une cigarette à l’entracte. Ils discutent, ignorant totalement la présence d’une journaliste venue les interviewer.
Bogart dégrafe sa ceinture et fait un pas en arrière, la journaliste s’apprête à l’aborder enfin mais Camus intervient :
« Une gabardine, ça doit rester fermée, reproche-t-il.
« C’est pas une gabardine, c’est un trench, rétorque Bogart.
« Ah, fait Colombo, et c’est quoi la différence ?
Bogart fait passer sa cigarette entre le pouce et l’index et fait un pas en avant. La journaliste recule.
« La différence, c’est que le trench a obligatoirement les pattes des poignets, les pattes d’épaules et le bavolet.
Camus s’insurge.
« Ah, mais la gabardine aussi ! Moi, je porte une gabardine. Tu vois bien que j’ai les pattes des poignets, les pattes d’épaules et le bavolet. Sauf que moi, c’est une Burberry’s, le fin du fin.
Bogart jette sa cigarette par terre et l’écrase du pied.
« Camus, tu es snob. C’est l’air de Paris qui fait ça. Moi, mon trench je l’ai acheté chez Abercrombie quand j’ai reçu mon Oscar du Meilleur Acteur, en 1951. Tu le trouves démodé ?
Camus l’inspecte et hoche la tête.« Non, pas vraiment, mais tu mets trop les mains dans tes poches, ça les déforme.
La journaliste regarde sa montre et fait un demi-pas en avant.
Colombo éteint sa cigarette à demi consumée et la met dans sa poche.
« Et moi, à votre avis, mon imper, c’est une gabardine ou un trench ?
Bogart et Camus éclatent de rire. Effrayée, la journaliste recule.
« Pas de ceinture, pas de pattes, pas de bavolet, trop court et une odeur de commissariat… C’est pas du Burberry’s ni du Abercrombie, mais ça pourrait bien être du Galliano de la grande époque !
……………..ls se ruent vers la sortie, la journaliste sur les talons. Mais sur le trottoir de l’avenue George V, il n’y a plus personne.>>>
Miss Comédie
Quoi ? Mon blog a huit ans aujourd’hui ?
C’est l’équipe d’Overblog qui me souhaite cet anniversaire-surprise comme le feraient des amis très intimes !
Le temps passe vite au fil des articles sur le théâtre, le cinéma et la littérature, prodigieuses sources d’inspiration qui font qu’on en oublie de comptabiliser …
Voilà, c’est donc reparti pour quelques années encore, au gré des spectacles emballants, des scènes cultes dans des films de légende ou des écrits lus ou relus avec gourmandise.
Merci à toute l’équipe d’Overblog et à bientôt sur mon blog, le blog du théâtre, du cinéma et de la littérature à Paris et à Lyon : <<
TOUT CE QUE VOUS VOULEZ
Au théâtre Edouard VII
Cette pièce est comme le chapeau d’un prestidigitateur. Vide au début, bien vide, et puis après quelques manipulations, gesticulations, jeux de scène et entourloupettes, à la fin on voit sortir du chapeau un beau lapin blanc, c’est magique, le tour de passe-passe est fortiche.
Ici c’est un peu pareil. Ca commence comme un épisode de « Nos chers voisins », je n’en dirai pas plus.
Il est question d’un dégât des eaux, l’inondé vient se plaindre à la responsable à l’étage au-dessus, il tombe sur une jolie dramaturge qui est à cran car elle cherche un sujet de pièce et ne le trouve pas. Il se fait virer, il revient, le dialogue est une passe d’armes entrecoupée de sanglots et de confidences éplorées.
A ce stade j’étais très énervée car pour moi, la panne d’inspiration n’est pas un truc qui se règle en tapant du pied, c’est très douloureux et très intime, il faut au contraire se concentrer, rêver, faire le vide, bref cette fille hystérique m’horripilait. (J’oubliais totalement que j’assistais à une comédie.)
Mais… mais, heureusement, il y avait Stéphane de Groodt. Lui, tout auréolé de sa gloire d’humoriste très médiatique, était prodigieusement calme, sobre, intériorisé. On sentait qu’il était vraiment habité par son personnage car il ne fit aucun jeu de mots.
Pour lui j’avais envie de m’accrocher.
Bérénice Béjot, elle aussi auréolée de sa gloire d’actrice déjà un peu chevronnée, se donnait un mal fou pour exister. Premier rôle au théâtre, peut-être, mal dirigée probablement et pourtant, Bernard Murat… mais enfin.
Donc, je me demandais quel trait de génie allait faire basculer la pièce même si j’avais bien compris que le dégât des eaux allait se régler tôt ou tard par un débordement sentimental.
. Mais entre temps ?
Entre temps, et bien, l’intrigue a pris corps insensiblement, l’affaire de la panne devenait un souci majeur, le voisin s’intéressait davantage à l’inspiration de sa voisine du dessus plutôt qu’à ses mensurations, le suspense s’installait, et puis il y avait ce mari, là, qu’on ne voit jamais mais dont elle parlait beaucoup, n’allait-il pas changer la donne ?
On commence à dresser l’oreille. Cette page blanche, le charmant voisin s’ingéniait à la remplir envers et contre le gré de l’auteur, mais voilà, elle s’est laissée prendre au jeu et nous assistons, amusés, aux répétitions d’une pièce dans la pièce où l’on retrouve les mêmes personnages…
La ruse, c’est cette pièce enfin écrite qui se joue devant nous « in blue light » et qui fait un tabac (les applaudissement enregistrés sont communicatifs-) et puis le retour sur terre, et c’est là que la pièce bascule dans l’émotion devant l’étrange trouble de ce voisin qui devient soudain acteur de la pièce qu’il a aidé à écrire. C’est compliqué ? Ben oui, il faut aller voir la pièce.
La scène finale est effrontément happy end, avec ce baiser très attendu provocant une tempête d’applaudissements bien réelle cette fois dans la salle.
Le public est trop sentimental. Moi j’aurais fait une fin plus inattendue, une rencontre sous le signe de l‘ écriture, une entente dans les sphères de l’esprit, plus platonique que charnelle, beaucoup plus intéressante qu’un banal corps à corps. Mais aurais-je récolté cinq rappels et les cris de joie de ce soir ?
Avec « Le Prénom » et « Le diner d’adieu » Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patellière sont devenus des locomotives dans le convoi des auteurs dramatiques contemporains. Ce duo-là a tout pour les faire rester en tête. Non ? Vous pariez ?
TOUT CE QUE VOUS VOULEZ, mise en scène de Bernard Murat, au théâtre Edouard VII à ¨Paris.
Miss Comédie
Il faut revoir ce film pour réveiller le cinéphile qui somnole en chacun de nous.
Après Fargo, les frères Cohen donnent dans le délire avec deux acteurs méconnaissables.
Jeff Bridges a pris dix kilos, il est hallucinant dans un rôle de demi clochard poursuivi par un destin contrariant.
John Goodman est énorme en anar caractériel qui pique des crises à tout bout de champ, hurlant sur tout ce qui bouge.
John Turturro est surprenant dans un rôle secondaire qui se paie une scène culte.
Il y a du Cervantes, du Chandler, du Hellzapoppin dans le scénario qui pratique l’humour subliminal dans une intrigue de film noir..
Ils se sont trompé de Lebowski et ils ont pissé sur mon tapis…
Non, il faut voir Jeffrey Lebovwski alias Le Duc encaisser les coups sans une égratignure, toujours aussi déglingué, résigné, obsédé par son tapis souillé, essayant vainement de traquer les bandits et tombant à chaque fois dans un traquenard, accompagné par son ami Walter survolté.
Toutes ces images catapultées, burlesques ou violentes, oniriques ou surréalistes dans une histoire à dormir debout émaillée d’anecdotes intempestives et de personnages en transit, font un film qui ne ressemble à aucun autre, comme un tableau de Jérôme Bosch.
Sorti en 1998, le fim n’a pas fait exploser le box-office tout de suite, la critique a été tiède, l’accueil du public mitigé. Et puis… quand même, d’année en année, son prestige a grandi jusqu’à devenir un culte à travers le monde et il est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque du Congrès - malgré la profusion de mots orduriers que profèrent les personnages…
ZOOM SUR UNE SCENE CULTE
Le Duc adore le bowling – on ne le voit jamais jouer dans le film, mais il passe beaucoup de temps dans la grande salle où s’entraînent les joueurs.
Il est donc assis là, je dirai même « affalé », avec son ami Walter aussi affalé que lui, devant les pistes, et échangent quelques répliques salées, leur langage habituel. Entre eux est assis, de dos, Donnie le partenaire du Duc au bowling, personnage effacé et peu loquace mais qui se fait clouer le bec chaque fois qu’il l’ouvre par Walter : « Shut up fuck up ! »
Quelques plans sur des mains ajustant une chaussure de compétition, puis caressant les cordes d’une guitare, et déboule soudain Jésus, c’est John Turturro le magnifique, dégaine de matador moulé dans sa combine violette, cheveux noirs laqués. Il toise les trois compères et leur annonce qu’il va leur mettre une peignée à eux joueurs minables.
Puis il se place devant une piste et entreprend d’exorciser sa boule. Il la lèche - sa langue mesure bien vingt centimètres, la caresse et se concentre avant le tir.
Sa prestation va durer à peine dix minutes, le temps d’un lancer fulgurant qui fait place nette, puis d’une danse sur un « California » revu flamenco, qu’il exécute avec un déhanchement de torero.
Le trio l’a regardé faire sans piper.
Même pas un lever de sourcils.
La caméra se prélasse sur l’absence d’expression de chacun des deux acolytes rivalisant d’indifférence.
L’ensemble vaut son pesant d’or.
La scène est courte, mais elle reste dans les mémoires comme le clou du spectacle, alors qu’elle est complètement anecdotique dans l’intrigue
Il paraît que Turturro, qui trouvait son rôle un peu fluet, a tout fait pour lui donner de l’embonpoint. Pari gagné .
Miss Comédie
Rome, Chapelle Sixtine, 1481
Sandro Botticelli se repose en contemplant, au-dessus de l’autel l’immense croix de bois sculpté qui domine le chœur. C’est une lourde tâche que vient de lui confier le pape Sixte IV, celle de reprendre la décoration du plafond de la chapelle. Il a Botticelli a alors trente six ans et une belle notoriété mais l’énormité du travail qui l’attend l’envahit de doute.
Perdu dans sa méditation, il n’entend pas Léonard de Vinci qui s’approche doucement, les yeux levés vers la fresque que son ami vient de commencer. Il passe sous les échafaudages, longe la table à tréteaux où sont étalées les multiples esquilles du Châtiment de Core, l’une des trois fresques commandée par le pape Sixte Ier à Botticelli.
« Déjà du beau travail, murmure-t-il pour lui-même.
Botticelli se retourne et va vers lui.
« C’est une épreuve de force… Mais je ne veux pas décevoir le saint Père, je dois faire vite et bien.
Ils s’assoient tous les deux sur un banc dans un rayon de soleil poudreux qui s’infiltre par l’un des vitraux.
«Ce plafond en a vu de toutes les couleurs… Tu viens après Le Perugin, et la rumeur veut que Rosselli soit sur les rangs pour prendre ta suite…
« Je sais, je sais. Je ne prétend pas faire œuvre éternelle. J’ai en tête d’autres projets, plus accessibles aux regards !- dit-il d’un ton malicieux – et ils éclatent de rire.
« Ah c’est vrai qu’il faut se tordre le cou pour admirer votre travail ! plaisante Léonard de Vinci - Mais que prépares-tu ?
Botticelli ferme les yeux.
« J’ai rencontré une jeune fille si belle, si lumineuse, si pure, que je veux en faire le portrait.
Léonard de Vinci le prend par l’épaule.
« Toi aussi ? J’ai moi-même l’idée d’un portrait de femme que m’a inspiré une dame de mon entourage.
Ils se regardent un moment en silence. Puis Botticelli se confie :
« Je ne veux pas faire un portrait académique, je veux faire une allégorie… enfin, vois-tu, je veux que cette beauté suggère un mythe, une légende universelle… Mon modèle restera anonyme.
«Tu as là un sujet de travail passionnant ! A quelle allégorie penses-tu pour ton portrait ?
Botticelli hésite un instant.
« J’ai confiance en toi, Léo. Je te confie cela en grand secret.
Puis-je compter sur ta discrétion ?
« Sois certain que je ne trahirai pas ta confiance, Sandro.
« Leo, mon tableau sera celui de la naissance de Vénus, une jeune fille aux cheveux d’or flottant sur la mer dans une conque de cristal.
Leonard de Vinci prend le temps de visualiser, les yeux fermés, la révélation de son ami.
Puis il se lève :« Magnifique ! Ton idée est magnifique. Je souhaite que tu en finisses au plus vite avec tes trois fresques pour venir admirer la réalisation de ce rêve.
Botticelli se lève à son tour et ils s’étreignent.
« Mais toi, Leo, dis-moi quel est ton modèle idéal ?
Leonard de Vinci sourit :
« Mon portrait à moi ne sera pas une allégorie, mais j’aimerais qu’il reste le symbole universel du mystère de la femme.
« Comment feras-tu ?
Leonard de Vinci soupire.
« C’est peut-être un pari fou, mais je veux mettre tout le mystère de la femme dans un sourire.
« Un sourire ?
« Oui, un certain sourire, plein de retenue, à peine esquissé, dans un visage lisse, celui d’une femme au maintien faussement sage, une femme qui fera poser la question : est-ce une bourgeoise ? Une courtisane, une princesse ?
« Cette femme, tu la connais donc ?
« Oui, bien sûr. Mais je garde son nom secret. Elle sera connue du monde entier par le nom de mon tableau : la Gioconda.""
Ce fut ma rencontre imaginaire entre ces deux prodiges de la Renaissance italienne.
Revenons maintenant à la réalité pour se rafraîchir la mémoire :
Les fresques de Botticelli furent recouvertes en 1508 par celles de Michel-Ange avec ses scènes de La Genèse, qui ornent encore aujourd’hui le plafond de la chapelle Sixtine.
Botticelli acheva La Naissance de Vénus en 1485 et ce tableau restera son œuvre majeure, conservée au musée des Offices à Florence.
Leonard de Vinci, lui, acheva La Joconde en 1506. et son vœu fut exaucé : le sourire de Mona Lisa reste l’énigmatique symbole du mystère de la femme.
Conservée au musée du Louvre à Paris, la Joconde est l’œuvre d’art la plus visitée au monde.
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Botticelli (1445-1510)
Leonard de Vinci (1452-1519)
Michel Ange (1475-1564)
Miss Comédie
©oup de coeur : concert du 8 août 2016
THARAUD PUREMENT ET SIMPLEMENT
Pur et simple, inspiré seulement par la musique de Bach, tel nous apparaît Alexandre Tharaud ce soir à la Roque d’Anthéron.
Ce n’est pas la rigueur mathématique de Gould, c’est la juste restitution de la note, claire et nette, comme l’a écrite le compositeur.
Les Variations Golberg sont un exercice de haute voltige auquel s’attelent nombre de pianistes confirmés, chacun à sa manière. Trente trois morceaux dont le premier et le dernier sont identiques : un aria pianissimo, langoureux pourrait-on dire s’il ne s’agissait pas d’une œuvre presque sacrée.
Entre les deux, chaque variation allant de l’adagio à l’allegro nous emmènent tour à tour du calme à la tempête.
Tharaud garde le cap dans cet océan de caprices, il ne cède à aucune tentation de dérive, chaque note reçoit sa frappe propre, détachée des autres, pleine de son sens harmonique, sans affect ajouté - Bach exige une exécution spartiate.
Tharaud joue comme il respire, sans mouvements d’épaule, hochements de tête, d’effets de poignets.
Du côté du public c’est le recueillement absolu. Combien sommes-nous ? Six cents ? Huit cents ? Une heure et quelques minutes passent dans un silence attentif, sans une minute d’ennui. Cela tient à la diversité étourdissante de l’œuvre, où l’on retrouve tous les charmes mystérieux de l’écriture de Jean Sébastien Bach, mais aussi à l’exécution envoûtante de Tharaud qui, les yeux fermés, le visage levé, nous emmène dans sa jubilation intérieure.
2ème coup de coeur : Concert du 10 août 2016
LUGANSKY, INTENSEMENT
Point culminant de La Roque d’Anthéron, le flamboyant NicolaÎ Lugansky a mis ce soir le feu aux gradins. Pas seulement parce qu’il est beau comme Bowie, mais par son pouvoir émotionnel sur le public .
Il aime venir jouer à la Roque d’Anthéron et pour ceux qui l’ont suivi depuis ses débuts Il est chaque année plus convaincant. Chaque année plus étonnant.
Il parcourt le monde, de concert en concert et ses apparitions sont partout des moments de grâce.
Il peut tout jouer, il joue tout, de Chopin à Prokofiev, Debussy, Rachmaninov – son maître, son père spirituel.
Il les aime tous, il plonge à la recherche de leur moi profond, il les ressuscite.
Ce soir, il débute par César Frank, malicieusement, l’air de ne pas y toucher, comme pour dire « voyez-vous ce soir j’ai décidé d’être sage », juste agile sur le clavier, sans trop d’impulsions.
Mais la suite nous bouleverse. Les impromptus de Schubert, on les connaît, ce sont des merveilles, bien sûr, mais nous les entendons ici pour la première fois.
L’émotion est là, le cœur, la douleur de Schubert s’exhale sous les doigts légers de Lugansky, on se demande pourquoi aujourd’hui il se passe quelque chose.
Son visage est serein, il se laisse regarder, on ne s’en prive pas… Il se tient droit, détaché du clavier d’où sort, comme par miracle, la musique la plus volupueuse comme la plus déchaînée.
Il a gardé pour la fin Six Moments musicaux de Rachmaninov, pleins de fougue romantique qui ont soulevé le public d’un élan de reconnaissance frénétique.
Généreux, il nous offre cinq rappels tout aussi intenses.
On peut difficilement rester dans la sobriété lorsqu’on parle de Nicolaï Lugansky…
D’autres grands interprètes se produiront encore au festival de La Roque d’anthéron, jusqu’au 18 août .
Miss Comédie
L'INSTANT THÉÂTRE
La nuit tombe sur cette place qui domine le vieux village de Grilllon que Jean-Claude Penchenat a choisie pour y planter le décor de cette pièce au titre mystérieux.
La malvoyante distingue, au fond de la scène, un très haut mur de pierres percé de fenêtres qui donnent sur le vide, sur le ciel qui s’obscurcit lentement.
Le plateau est vide, lui semble-t-il.
Mais des ombres se glissent sur scène, se mettent en place, la pièce va commencer.
Elle regarde, mais elle ne voit pas.
Elle entend la musique d’ouverture, une zarzuela martiale qui doit donner des ailes aux acteurs, , et le souffleur annonce le début de la « première journée ».
Très vite, on est au cœur de l’intrigue. Cette nuit, dans la forêt, le cheval de la Reine d’Espagne s’est emballé et la Reine aurait fait une chute fatale sans le secours d’un valeureux chevalier qui l’a recueillie dans ses bras.
Les dames de sa suite racontent et se lamentent, car le sauveur de la Reine risque la peine de mort, pour crime de lèse majesté : persibbe, à part le Roi, ne doit toucher à la Reine d’Espagne.
La malvoyante aimerait voir les échanges de regards sur les visages des actrices, surtout sur celui de Beatrix de Astorga , qui, émue par cet acte chevaleresque, promet sa main à cet inconnu, disparu dans la nuit, promettant de tout faire pour obtenir sa grace. Mais qui peut-il être ?
Un peu plus tard,elle ne voit pas non plus le visage du comte de san Lucar son vieil ami, qu’elle connaît pourtant si bien, Grand Maître de Cérémonie, impitoyable gardien du protocole, mais elle se régale du dialogue ente lui et son jeune neveu, le bouillant don Melchior de Bovadilla , qui va semer la zizannie à la Cour.
La malvoyante oublie qu’elle ne voit pas la même chose que ses voisins. Derrière elle, les rires la réjouissent, elle mêle son rire à ceux du public, elle est émue comme les autres.
Quand surgit sur le plateau, enveloppé de sa cape, essoufflé, échevelé, galvanisé, le jeune don Gaspard , « chevalier de fortune » , qui prétend être le sauveur de la Reine, la malvoyante regrette de ne pas voir son œil qu’elle devine de brause, ni ses traits juvéniles. Est-il plus beau que don Melchior ?
Les acteurs, pour elle, sont devenus des voix, des voix dotées d’un corps plus ou moins svelte, plus ou moins gracieux.
Avec l’entrée de don Gaspard, la pièce prend son second souffle.
Plus besoin de 3D pour frémir aux envolées de capes, aux croisement des épées, aux murmures de couloir, pour s’émouvoir d’une méprise dangereuse, d’un quiproquo à la Marivaux.
L’humour est omniprésent, distillé par des acteurs inspirés, portés par leur bonheur de jouer. La troupe est fusionnelle, les talents se conjuguent dans le même professionalisme.
Pas besoin de 3D pour découvrir la grâce d’une langue aussi pure que savoureuse, classique mais tellement actuelle.
C’est une comédie de cape et d’épée comme on les peaufinait au XIXème chez Hugo, Dumas fils ou Rostand.
C’est un régal.
A la fin, sous les premières gouttes d’un orage que Dieu a bien voulu retarder, le public debout manifestait sa joie, indifférent à la pluie.
La malvoyante m’a regardée (sans me voir !) et m’a serrée le bras.
« Quel bonheur ! j’ai l’impression d’avoir tout vu !..… »
A peine surprise, je lui dis simplement « Claro ! c’est la magie du théâtre ! »
Grand admirateur de Victor Hugo, dont il fut l’ardent défenseur de son « Hernani », Théophile Gautier écrit cette pièce en 1847 sous le titre « Ne touchez pas à la Reine ».
Elle fut créée au théâtre de l’Odeon à Paris en février 1847 et ne fut jouée qu’une fois
Jean-Claude Penchenat nous l’a ressuscitée et après l’avoir créée à Paris au Lucernaire en 2013, puis au Ranelagh en 2014, la troupe l’emmena en tournée autour du monde pour quelques 300 représentations. Ce soir, nous assistions à l’avant-dernière, à Grillon dans le Vaucluse, avant l’ultime adieu au public en Octobre dans le Maine-et-Loire…
Penchenat, œil malicieux, puits de culture, fervent admirateur de Balzac comme Gautier, est une figure majeure du théâtre populaire. Co-fondateur du Théâtre du Soleil, il a ensuite touché à tout, comédien de théâtre, acteur de cinéma, metteur en scène accompli, il est aussi bien l’homme du Bal que l’homme du Campagnol et les initiés le vénèrent.
Son grand défaut : la modestie poussée à ‘extrême. Son nom seul est connu, pas lui. Ce qui lui donne un attrait supplémentaire lorsqu’on découvre son sourire, sa gentillesse, son charme.
Miss Comédie
…
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C'était hier. A cette époque les agences fleurissaient à Lyon et s’appropriaient de sacrés morceaux de budgets, régionaux et nationaux - dont celui de la Ville de Lyon !
Mais les publicitaires lyonnais ne se prenaient pas au sérieux, c’était avant tout un métier ludique même s’il rapportait gros.
Quand je pense à la manière dont j’ai été embauchée chez RSCG-Ferton-Billière, à cet entretien où je me suis présentée, les mains dans les poches mais pas rassurée quand même, car postuler dans une agence du clan Séguéla sur la seule recommandation d’un copain du patron, c’était pas gagné.
De la pub, je ne connaissais que le devant de la caméra de Jacques Tati et encore, ce n’était pas vraiment un bon souvenir.
Bernard Billière me considérait derrière son bureau, l’œil froid. J’avais tout dit, c’est-à-dire pas grand-chose et je pensais qu’il allait me virer gentiment quand :
« Bon, si je comprends bien, vous savez jouer la comédie, mais à part ça, qu’et-ce que vous savez faire ?
Perdu pour perdu, j’ai répondu du tac au tac .
« Si vous allumez un cigare, je vous dirai que je sais danser le tango.
Il n’a pas mais il a enchaîné très sérieusement : « Vous allez faire un stage à la création. Vous êtes plus à l’aise au dessin ou à l’écriture ? »
« Euh, à l’écriture…
« Vous commencez demain.
Je n’ai pas signé de papier, je suis arrivée le lendemain et Violaine, la rédactrice, m’a fait une place tout naturellement. Elle m’a enseigné les rudiments du métier et je suis devenue petit à petit conceptrice-rédactrice en titre. Ca ne se passe plus tout à fait comme ça aujourd’hui.
Nous avons déménagé de la rue de la République, au cœur de la Presqu’ile, à la rue Sully dans le 6ème arrondissement. Nous quittions le quartier commerçant pour le quartier chic.
Chez RSG-Ferton-Bilière la journée de travail commençait comme ça :
9h, arrivée de la direction, Bernard Billière et sa compagne Antillia Dufourmantelle dans une voiture discrète, je ne me souviens plus de la marque.
Bernard s’habillait chez Barbour, Antillia chez Madeleine Vergoin, un magasin de mode très select de l’avenue Foch (un nom prédestiné dans la topographie urbaine…).
Antillia était une superbe martiniquaise au port altier et au comportement arrogant, surtout envers le petit personnel.
Elle occupait le bureau mitoyen du bureau directorial avec les fonctions de directrice de clientèle Elle tutoyait les top models qui posaient pour ses campagnes. Devernois, Le Chat, Marese étaient ses clients privilégiés.
Son ironie s’exerçait avec jubilation sur les textes de ses annonces qu’elle lisait à haute voix devant la rédactrice mortifiée.
Antillia Dufourmantelle n’était pas l’idole de l’agence. Les commerciaux la craignaient, mais les créatifs la détestaient ouvertement. Elle trouvai ainsi collé sur la porte de son bureau un panneau affichant son nom : Antillia Dufou ‘mantelle. C’était la belle écriture de notre DA.
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9h 30 : entrée en trombe de la Toyota du chef de fabrication, Marc Girard, œil goguenard, moustache et tignasse rousses,éternellement vêtu en broussard. Réactionnaire par provocation, il adorait brancher la sono sur des chants nazis, pour écouter les réactions virulentes qui jaillissaient des étages et il se tordait de rire.
Il régnait sur l’étage de la création en compagnie d’Alain Herry le chef de studio. Graphistes, maquettistes, tous les auteurs des visuels qui sortiraient de l’Agence, leur obéissaient au doigt et à l’œil. Nous, les DA et rédactrices, avions un bureau à part.
10h : arrivée d’une Cadillac blanche décapotable, intérieur cuir rouge, d’où l’on voyait descendre une santiag puis une autre, puis un jean très serré, chemise immaculée, écharpe noire ou blanche selon l’humeur, blouson en jean ou perfecto selon la saison, c’est Michel Trichelieu le directeur de la Création. Sous lui, il y a les directeurs artistiques (AD) qui lui soumettent leurs idées géniales.
« Trich » n’abuse pas de son pouvoir, d’ailleurs il participe à la gestation des campagnes, c’est lui qui a eu l’idée d’engager Serge Gainsbourg pour la marque Bayard, avec l’accroche « Un Bayard, ça vous change un homme, n’est ce pas, monsieur Gainsbourg ? »
Pur produit du star-system prôné par Séguéla, l’affiche a fait un tabac et Trichelieu enchaîna avec Birkin, un beau doublé pour Trich et pour l'agence.
Michel Trichelieu était l’âme de l’Agence avec Béatrice Patrat, la briseuse de coeurs . Deux stars de la création lyonnaise avec qui j’ai adoré travailler.
10h30 : arrivée d’une Jaguar bleu navy qui se gare dans la dernière place libre de la cour. En descend la conceptrice-rédactrice Barbara Laurent, probablement en Dorothée Bis.
La Jaguar n’était pas forcément au rendez-vous, elle servait aussi à JMO son compagnon et auteur du piston de la première heure…
La cour ne contenait pas plus de cinq voitures, il fallait laisser une place pour le client éventuel. Les autres employés venaient à pieds.
Commençait alors une journée travail pleine de rebondissements, ponctuée de rires ou d’engueulades.
La réunion planning du lundi matin donnait le coup d’envoi. Toute la semaine se construisait là, chacun percevait la notion d’urgence. Tout était toujours en retard. Les commerciaux déversaient sur les créatifs leurs récriminations et chacun remontait à son étage courbé sous le poids de l’urgence. Mais le grand art des artisans de la communication était de ne se mettre à l’ouvrage qu’à la dernière extrémité.
Miss Comédie
IR
ZOOM SUR UNE SCENE CULTE
La scène du balcon
C’est plus qu’une scène culte, c’est un monument dédié à l’amour que l’on visite encore, des cars entiers de touristes déversent les fidèles dans cette ruelle tranquille de Vérone, ils pénètrent dans la petite cour, émus, lèvent la tête vers ce balcon où s’est échangé le fameux baiser - mais…
Non, tout cela est du rêve, il n’y a jamais eu de Romeo ni de Juliette dans cette maison, Shakespeare a tout inventé ! D’ailleurs le balcon du film de Zéffirelli n’a rien à voir avec ce petit balcon que les Véronais ont choisi d’immortaliser.
La demeure des Capulet est une forteresse et le balcon de Juliette domine une haute muraille de pierres cachée derrière un bosquet d’arbres touffus.
Non, rien n’est vrai dans cette histoire d’amour.
Mais ces deux adolescents se sont incarnés dans nos esprits comme des créatures d’un autre siècle.
Donc Romeo a bien escaladé ce mur de pierre pour arriver au balcon où Juliette se morfondait d’amour en pensant à lui, et ils se sont rejoints dans un élan passionné. Elan décuplé par l’interdit, l’urgence, le risque, grands stimulateurs du désir.
Olivia Hussey et Leonard Whiting sont évidemment d’une beauté archangélique, surtout elle, et leurs épanchements, aussi tumultueux qu’ils soient, paraissent étonnamment chastes.
Ils se sont rencontrés au sortir de l’enfance dans un bal donné par la Maison Capulet, où s’est introduit Romeo l’indésirable fils des Montaigu. Leurs regards se sont croisés, quelques mots échangés et le premier baiser a suivi tout de suite, déjà incendiaire.
« Qui est cette merveilleuse ? demande Romeo à une servante.
Qui est ce charmant jeune homme ? demande Juliette à sa nourrice.
Ils apprennent alors que leur amour est interdit.
D’où, cette scène du balcon, dangereuse, affolante.
On entend la voix de la nourrice appelant Juliette mais Romeo n’arrive pas à se décider. Plusieurs fois ils se séparent, pour se ruer à nouveau l’un vers l’autre.
Ils ne savent pas encore que leurs jours sont comptés.
Demain, sur la place de Vérone, les Capulet et les Montaigu vont s’affronter, comme n’importe quelle bande de jeunes, comme dansWestside story, mais avec une haine ancestrale qui va les pousser au crime.
Zeffirelli a choisi ses acteurs principaux parmi les plus beaux specimens du théâtre anglais. Mercutio (John McEnery) l’ami de Romeo, Tybald (Michael York), le cousin de Juliette, un Capulet pur et dur. Ils ont tous l’épée au côté et dégainent à la moindre bravade. Ca commence avec quelques plaisanteries, provocations qui virent vite à l’affront, et Mercutio est la première victime, sous les coups de Tybald. Fou de rage Romeo va le venger pour son malheur.
Cette scène est magnifiquement filmée, haletante. C’est le point culminant du film.
La belle histoire bascule alors dans l’horreur.
Les larmes effacent les baisers. Les deux amants deviennent ennemis malgré eux.
Tout le monde connaît cette histoire, bien sûr.
Jusqu’à la fin cruelle, stupide malentendu, le grain de sable qui enraye le stratagème salvateur. L’intrigue est celle d’un polar, avec sa chûte fatale.
UN FILM SUBLIME
Sorti en 1968, c'est l’un des meilleurs films de Franco Zeffirelli, et son plus grand succès.
Tourné en Italie et en décors naturels à Vérone, dont le réalisateur a fait reconstruire la place principale où se déroule le combat, les décors sont d’une telle opulence qu’on lui a reproché de minimiser le texte… Quelle erreur ! Une si belle langue ne pouvait être mieux servie que par des images grandioses.
Et l’on retrouve dans les dialogues certains accents shakespeariens au lyrisme suranné mais tellement émouvant.
Et la musique ? On pourrait s’attendre à Monteverdi, mais c’est Nino Rota qui plonge le film dans une atmosphère intemporelle.
ZEFFIRELLI, L’ORPHELIN
Enfant de l’amour, peut-être, le petit Franco fut confié à l’Assistance par sa mère sous le nom de Zeffiretti, un aria de Mozart qu’elle chérissait.
Mais par une erreur de calligraphie, son nom devint Zeffirelli pour la vie. Comme toujours, son destin est marqué par des rencontres décisives, celle d’une Anglaise vivant à Florence qui l’adopte, l’instruit et lui inculque l’amour de Shakespeare.
Ensuite, c’est Luchino Visconti qui l’engage comme assistant et lui communique son goût du raffinement dans des images somptueuses en toiles de fond de tous ses films. Zeffirelli devient son disciple, ils ont les mêmes goûts, ils s’aiment.
Mais… les histoires d’amour finissent mal, en général et la jalousie s’installe lorsque Zeffirelli s’affirme comme un rival dangereux. C’est la fin d’une relation castratrice.
C’est dabord l’opéra qui l’attire puis irrésistiblement, Shakespeare. Il monte La Mégère apprivoisée avec Elisabeth Taylor et Richard Burton – gros succès, (qui s’en souvient encore ?
Et puis, en 1968, ce Romeo et Juliette d’anthologie qui lui vaudra deux Oscars. Il a alors 45 ans.
Sur la demande du pape Paul Vi, il tourne une vie de Jésus, Jésus de Nazareth, pour la télévision. Dix ans plus tard il s’oppose violemment à Martin Scorsese qui sort La Dernière Tentation du Christ … Deux artistes italiens, deux visions différentes de la Foi chrétienne.
Son dernier film, Callas forever, avec Fanny Ardant, beau succès pour l’actrice, était sans doute un rappel émouvant pour lui qui avait dirigé la diva dans un opéra à la Scala de Milan… C’était en 2002.
. Et puis plus rien. Mais le temps a passé, il a aujourd’hui 93 ans.
La scène du balcon est sur YouTube, et le film, incontournable, dans toutes les FNAC ;
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PETIT LEVER DE RIDEAU SUR LE ROI DES ANNÉES PUB
Il a aujourd’hui 80 ans – est-ce possible ? Il a l’âge de ses campagnes, qui affichent encore une insolente jeunesse.
Il fonde l’Agence RSCG (Roux-Seguéla-Cayzac et Goudard) en 1970.
Pour moi, avec Bleustein-Blanchet, c’est la figure emblématique des années pub. Il faut dire que je l’ai bien connu, j’ai travaillé pour lui, nous étions quelques-uns à le prendre pour un nouveau Copernic.
Je regarde sa photo de maintenant, tout rabougri. A-t-il gardé cette pêche qui a traversé le monde de la communication pendant une décennie ?
Pourquoi ne parle-t-on plus jamais de lui dans les médias ?
Mais n’a-t-il pas raison de se retirer en beauté au lieu de continuer à émettre des messages que l’on jugerait ringards ? Il n’est plus dans l’air du temps.
Pourrait-on aujourd’hui faire du bonheur l’idée-force d’une campagne ? Celle du Club Med, dans un spot réalisé par Patrice Leconte, nous fait aujourd’hui rêver mais aucune agence de com ne pourrait la revendiquer !
La Com a chassé la Pub, elle a mis Séguéla au placard.
Et pourtant, lorsqu’on revoit ses campagnes, on rêve devant leur efficacité. Bon, vous allez me dire, montrer des fesses pour donner envie d’aller au Club Med, c’est un peu facile !
Oui, mais quelles fesses ! Et quelle classe ! Culottée, mais pas vulgaire.
Séguéla adorait les stars. L’idée force de sa stratégie publicitaire était Le Star-System.
Mais Séguéla était lui-même une star. A l’époque, on le voyait partout. Oh, il n’était pas beau, non ! Il attirait les foules par ce je ne sais quoi qu’on appelle le charisme.
Il donnait l’impression d’avoir l’intelligence communicative. Il s’arrangeait pour que son interlocuteur le plus primaire se sente intelligent.
Lorsqu’il venait visiter son agence de Lyon, tous les publicitaires de la ville se pressaient pour l’écouter, le questionner, sous le charme.
Mon tout nouveau compagnon qui s’occupait de la revue Lyon Poche, magazine de loisirs lyonnais, avait déjeûné avec lui et disait à qui voulait l’entendre que si Séguéla lui avait demandé de tout quitter pour le suivre dans la publicité, il l’aurait suivi. C’est le danger des hommes charismatiques, ajoutait-il.
Et puis surtout, il aimait rire. L’humour débordait de ses créations et donnait envie d’y adhérer illico. La joie est le premier ingrédient de la réussite, personne n’a envie d’acheter un produit qui donne envie de pleurer. Un exemple de cet humour complètement déjanté, sa campagne pour la Citroën CX GTI, l’une de ses marques fétiches
Encore un coup de Jean-Paul Goude qui photographiait souvent Grace Jones en état d’hyper activité.
En 1979 il publie : « Ne dites pas à ma mère que je suis dans la publicité… elle me croit pianiste dans un bordel. »
Le livre était sur les bureaux de tous les membres de l’Agence, dédicacé par l’auteur. Je me suis empressée de l’acheter, mais jamais je n’ai trouvé un moment propice pour le lui faire signer.
J’avoue qu’en le relisant aujourd’hui, je lui trouve beaucoup moins de saveur qu’à l’époque. Tout en voulant faire un portrait satirique de la pub, il se met en scène avec complaisance dans un style de potache.
(Je me suis beaucoup plus régalée avec le « 99 francs » de Frédéric B eigbeder écrit vingt ans plus tard)
A chaque époque ses porte-drapeaux ! Séguéla n’est plus à la mode ?
Traitons-le comme Michael Jackson : le roi de la pub vaut bien le roi de la pop.
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Fou comme Perrier, l’une des marques emblématiques de ces années-là, celle qui a osé les campagnes les plus insolentes, les plus drôles aussi. Et d’abord, en 1970, ce slogan impérissable : PERRIER C’EST FOU !
Lancé par Jean Davray, le publicitaire de la marque qui n’avait pas froid aux yeux, ce slogan magique a ouvert la route à toute une génération de créatifs galvanisés par le succès de ce nouveau genre de discours. Cela a donné des campagnes choc, libérées de tous les tabous. Et les clients suivaient !
Nous avons vu des pubs insensées, en forme de BD, de contes de fées, de science-fiction, de comédies musicales, on allait au cinéma pour voir la Pub ! Les magazines doublaient de volume, boostés par la pub !
C’était une époque où les annonceurs ne se souciaient pas encore de marketing, tout ce qu’ils voulaient c’était que leur marque ait du panache et crève les écrans.
C’est d’ailleurs ce que leur ont reproché leurs héritiers : ils valorisaient la marque mais ne faisaient pas vendre les produits.
La Com a chassé la Pub pour reprendre les rènes de la Rentabilité.
Dommage pour le spectateur. Le consommateur, lui, s’y retrouve-t-il ?
Faut voir…
N’empêche, nous nous souvenons tous de Perrier et de ses campagnes mythiques, comme LE LION où La Belle fauche la bouteille au nez de la Bête en rugissant aussi fort qu’elle , ou La Tour Eiffel qui se penche tendrement vers le goulot pour boire un coup.
Il y avait une vraie surenchère dans l’humour, les agences s’arrachaient les talents créatifs comme les clubs s’arrachent les joueurs fétiches.
Souvenez-vous : « Ajax vitres ? Quelles vitres ? » ou « Il y a moins bien mais c’est plus cher », ou «C’est doux, c’est neuf ? » ou bien sûr : « Just do it ! » ou encore « What else ? »
A vous d’en rajouter, il y en a plein d’autres… Quand on se met à les revoir, on regrette cette époque d’insouciance.
Mais celle qui dame le pion à toutes les autres, c’est encore Perrier qui l’a trouvée, c’est toujours fou fou fou, et ce sera la scène du jour.
La photo que vous allez voir n'est que vaguement évocatrice de l'esprit pervers de son concepteur et réalisateur, en l'occurrence Serge Gainsbourg. Mais vous devez avoir un peu d'imagination !
Heureusement il y a YouTube (cela ne vous rappelle pas un slogan célèbre de ses années là, justement ?)
LA SCENE DU JOUR
PERRIER C'EST FOU !
Campagne "La main".
.
Dommage, vous ne voyez là que le début. Je vous raconte :
Cette main fine et élégante va commencer à caresser la bouteille, légèrement, en prenant son temps, de bas en haut, pendant qu’une voix de soprano module une mélodie langoureuse.
Nous voyons la bouteille grossir, (mais oui !) frémir, tandis que la main continue son manège, toujours lentement, toujours légèrement… jusqu’à ce que le bouchon se dévisse peu à peu, libérant tout d’un coup un jaillissement de liquide pétillant, joyeux, plein d’une énergie virile longtemps contenue.
C’est une très belle image, filmée par… Serge Gainsbourg. Un sujet de choix pour ce grand libertin. Mais qui d’autre eût pu réaliser une telle pub sans tomber dans la vulgarité ?
Le film est délicat, élégant, esthétique, magnifique.
Pourtant,il fut censuré dès sa diffusion à la télévision en 1976, et interdit dans tous les autres medias. Certains téléspectateurs avaient violemment réagi contre le message sexuel qu’il contenait « à une heure de grande écoute, c’est inadmissible, les enfants regardent la télé !… »
Et bien, ces enfants, s’ils ont perçu le message sexuel, c’est qu’ils ont l’esprit bien mal tourné !
Je vous reparlerai des années Pub. En attendant, allez sur YouTube pour voir LA MAIN dans son intégralité. Tapez <<<Perrier c’est fou LA MAIN>>>
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Isolée du film, cette scène est réjouissante, drôle, sans danger pour les moins de douze ans.
Ce n’est pas le cas du film. Tout Tarentino est déjà là, c’est un réalisateur dont on reconnaît tout de suite le style. La violence, d’abord, c’est son dada. Mais il la filme de façon emblématique, ce qui la rend à peu près supportable pour les âmes sensibles.
Ce n’est pas la violence de Scorsese, qui fait frémir d’horreur. On reste dans le domaine de l’esthétique.
Plus tard, dans Kill Bill 1 et 2 on assiste à une marée d’hémoglobine qui finit par amuser tant cette violence est caricaturale.
On n’en est pas là dans Pulp Fiction. Les dialogues sont très chiadés, c’est du Michel Audiard à l’américaine, c’est vulgaire et incisif. Travolta est là pour donner de l’humour et de la distance à son personnage de truand. Quant à Uma Turman, elle est d’une beauté violente, renversante.
Les autres, Bruce Willis compris, sont de simples gangsters.
Pulp Fiction est devenu un film culte.
Sorti en 1994, deux ans après Reservoir Dogs, c’est le deuxième film de Tarentino et il lui apporte son statut de star.
Il faut croire que le monde du cinéma comme le public n’attendaient que lui pour les bousculer dans leur fauteuil.
Pulp Fiction a eu un succès phénoménal.
Palme d’Or au Festival de Cannes, Oscar du meilleur scénario, et catalogué comme l’un des meilleurs films de gangsters du cinéma américain.
Comme dans Reservoir Dogs, le scénario se déroule en plusieurs épisodes non reliés entre eux mais où l’on retrouve les mêmes personnages.
Toujours des gangsters, inspirés par des modèles du genre dans ses films préférés : aussi bien Le Bon, la Brute et le Truand, que Taxi Driver ou La Grande Evasion. Ses gangsters à lui ont de la culture, ils causent beaucoup et connaissent leurs classiques, citations à l'appui...
ZOOM SUR UNE SCENE CULTE
LLe concours de twist
Nous sommes dans un restaurant de Los Angeles, style années cinquante. Vincent (Travolta) accompagne Mia (Uma Thurman) que lui a confié son époux, le truand Wallace, et ils dinent tranquillement.
Au cours de la soirée est organisé un concours de twist pour lequel on demande des volontaires. Mia lève la main, elle veut participer malgré la désapprobation de Vincent.
Il la suit néammoins sur la piste, les organisateurs les présentent au public, et la musique commence.
On est attentif, on sent qu’il va se passer quelque chose.
En fait, il ne se passera rien, que le spectacle fascinant de ces deux acteurs concentrés sur les figures improvisées de leur danse, donnant au twist, la danse la plus niaise qui soit, une fantaisie hyper sexy.
Elle est ravissante dans un chemisier blanc sur un pantalon noir, chaussée de ballerines, face à Vincent un peu gauche, qui a quitté ses pompes pour danser en chaussettes.
Elle se dandine un peu pour s’échauffer, puis prend le rythme et se donne à fond, tandis que lui cherche ses marques et ne fait encore qu’imiter la gestuelle de Mia. Il est inénarrable.
Le morceau, « You can never tell » de Chuck Berry, est
un sommet de dancing music, il réveillerait un mort.
Il faut absolument voir la video de cette scène, car ma photo est loin de suggérer le dixième de la folie de la scène.
Elle est visiblement en transes, ignorant son partenaire qui se met progressivement dans le rythme, ils sont chacun dans leur bulle, même si Vincent garde un œil sur Mia pour imiter ses mouvements, ce qui donne parfois l’impression d’un numéro bien répété.
La caméra va et vient sur eux, cadrant chaque visage avec son expression : elle, absente, habitée, lui tendu, appliqué, puis descendant jusqu’à leurs pieds qui glissent en saccade dans le swing du twist, sans jamais décoller du sol.
Ils vont remporter le concours, bien sûr. Nous les retrouverons dans l’appartement de Mia pour une scène aux antipodes de celle-ci, une horreur à la Tarentino.
Le concours de twist est sur youtube en tapant « Pulp Fiction – dancing scene ». Repulpez-vous
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Le rideau à peine levé, nous sommes saisis d’effroi.
Un violent coup de tonnerre déchire nos tympans, suivi du vacarme d’une mer déchaînée que nous devinons dans l’obscurité zébrée d’éclairs aveuglants.
Les spectateurs des premiers rangs sont durement touchés. Soudain des cris s’élèvent dans la tempête, les hurlements d’un homme appelant à l’aide. Sur la plage, une ombre passe, portant une lanterne. L’homme répond aux appels par des injures.
L’appel se répète, longues plaintes diminuant d’intensité pour se perdre dans le bruit des vagues. Puis c’est le silence.
L’homme à la lanterne est rentré dans sa cahute, c’est le garde-côte, on se demande pourquoi ce refus d’assistance.
Le rideau retombe.
Nous sommes tétanisés. La pièce promet d’être shakespearienne (la tempête…)
Mais le rideau se lève à nouveau sur une scène digne du Bourgeois Gentilhomme. Un marchand de tissus volubile s’évertue à vendre ses coupons à une madame Ratti réticente, exigeante, tonitruante (Cécile Brune, épatante) qui n’en voudra pas.
Cela va durer encore dix minutes où nous entendons ce drapier égrener des récriminations belliqueuses contre les méfaits des extra-terrestre sur les océans, selon lui à l’origine de tous les naufrages, puis il diverge sur les difficultés de vivre de son métier.
Sortie impatientée de madame Ratti. Rideau.
Surpris, le public est encore dans l’attente d’une montée du suspense.
Mais la pièce ne sera qu’une succession de tableaux alternant l’humour et le drame, retraçant l’histoire très banale d’un village vivant au rythme monotone des vagues de la mer du Nord, pour qui ce naufrage est un événement fauteur de troubles.
Je ne suis pas un critique mais une spectatrice naïve qui ne demande qu’à s’émerveiller.
Mais après ces premières dix minutes étourdissantes, et bien… voilà. On peut appeler cela un pétard mouillé.
Les comédiens Français sont à la hauteur de leur réputation. Ils se donnent à fond, ils sont formidables, on reconnaît le style de la Maison à la diction impeccable, à la vérité du jeu où tous les effets sont parfaitement maîtrisés. Ils sont à la fois détachés et habités, ils ne jouent pas un personnage, ils incarnent le personnage. Pas seulement les têtes d’affiche, mais jusqu’aux plus petits rôles, ils sont formatés « Comédien Français ».
Or, dans LA MER, nous avons vu de la fougue, de l’humour, de la cruauté, de la lâcheté, du chagrin, de l’amour, tout cela parfaitement fidèle au texte d’Edward Bond.
Alors pourquoi rien ne s’est-il passé dans nos rangs ?
L’émotion n’a pas passé la rampe.
Cette histoire nous a laissés complètement indifférents.
Cela s’est senti à la politesse des saluts, au petit nombre de rappels.
On dit parfois que « les acteurs ont sauvé la pièce ». Mais on ajoute aussi qu’il « faut leur donner quelque chose à manger », très vulgairement. Ici les acteurs, comme Alain Françon le metteur en scène, ont fait un travail magnifique. Ont-ils sauvé la pièce ? Les avis divergeront peut-être.
Le théâtre est un univers énigmatique. Chaque représentation est porteuse d’ondes positives ou négatives qui vont de la scène à la salle sans rime ni raison. Un vrai mystère transcendental, dirait Salvador Dali.
C’est à la Comédie Française, salle Richelieu, jusqu’au 15 juin.
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LA PHOTO MYSTÈRE DE MAI
Elle a joué dans « Nelly et monsieur Arnaud » de Sautet, il n'y a pas si longtemps.
Ici, elle joue le rôle principal dans un film de 1963, tourné par un
réalisateur-romancier sulfureux mort en 2008.
Qui est cette actrice ? Et de quel film s’agit il ?
Réponse au mois de juin.
)Pour la photo mystère du mois d’avril, il s’agissait de Ava Gardner et Humphrey Bogart dans « La Comtesse aux pieds nus », film réalisé par Joseph Mankievicz en 1954.
Vous avez tous reconnu les acteurs, mais seuls quelques-uns ont cité le titre du film et le nom du réalisateur. Google n’est pas l’ami de tout le monde semble-t-il ?
A bientôt !
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Non, ce n’est pas celui de Podalydes, pas celui de Claude Barma surtout pas celui de Pitoizet, mais celui de Rappeneau, avec son Depardieu inégalable.
Ah, c’est un rôle difficile, Cyrano, tout en contradictions, il faut posséder tous les emplois à la fois : comique, tragédien, valet, jeune premier. Mais il faut avoir des bleus à l’âme et des balafres au cœur, savoir manier l’épée aussi bien que la plume. . Il faut avoir du sang de mousquetaire dans les veines. (Brave et voyou à la fois).
On ne peut pas composer le rôle de Cyrano.
Et dans quelle langue ! Les alexandrins non plus, ne supportent pas la mécanique.
Monter Cyrano de Bergerac au cinéma en 1990 dans le contexte historique est un vrai défi. L’entreprise est téméraire. Le travail sur le texte est complexe, Jean-Claude Carrière doit ramener la durée du film à deux heures et demie, la pièce de Rostand en comptait quatre…
Pari réussi sur toute la ligne, un casting éblouissant, décors et costumes «césarosés », il croûle sous les récompenses.
Gérard Depardieu est couronné meilleur acteur de sa génération, avec Cyrano il porte à l’apothéose son talent protéiforme.
Le film, qui a reçu le César du meilleur film, est un régal pour les yeux, tourné dans des décors naturels ou des lieux historiques et les images de Pierre Lhomme sont magnifiques.
Quant à,Cyrano, il prend souvent l’aspect d’un gnome hieux, chauve, affublé d’un nez monstrueux qui le défigure – cela n’enlève rien à leur talent, mais… Depardieu, lui, porte son nez si fièrement qu’on arrive à l’oublier pour ne voir que son regard enflammé et sa chevelure héroïque.
La tirade du nez est une scène d’anthologie, c’est celle que j’ai choisie aujourd’hui. Mais la scène finale du film ; la mort de Cyrano, est un monument d’émotion. Les alexandrins ont rarement tiré des larmes dans le répertoire classique. Ici, on sanglote.
ZOOM SIR MA SC!NE CULTE
La tirade du nez
Nous sommes au théâtre, on attend que Cyrano se produise sur scène mais il refuse tant que sa bête noire Montfleury s’y trouve. Il vient de l’apostropher vertement, d’ailleurs, et s’attire les foudres du public.
Dans le brouhaha, on le chahute, quelqu’un l’énerve en lui reprochant de faire scandale. Cyrano se retourne contre lui : « Et dites moi pourquoi vous regardez mon nez ? » Il voit rouge, s’emporte, tandis que la foule commence à se lasser.
Le vicomte de Valvert prend l’initiative de la révolte : « Il commence à nous fatiguer. Je vais lui lancer un de ces traits ! » et voilà le jeune coq qui s’avance vers Cyrano : « Vous ! Vous avez un nez… (Cyrano l’attend de pied ferme)… très … grand ! »
Le HA ! » de Cyrano n’augure rien de bon.
« C’est tout ?
« Oui.
Valvert n’en mène pas large. Sa boutade, au lieu de le calmer, attise le feu. Cyrano affûte sa riposte.
« Ah non ! C’est un peu court, jeune homme !
Valvert tourne les talons mais Cyrano le poursuit, lançant ses banderilles. Chacun de ses traits sera porté face à son jeune écervelé qui n’arrive pas à s’y soustraire (excellent Philippe Volter dans ce rôle ingrat).
Et c’est parti.
Les alexandrins s’envolent, les images sont hilarantes, poétiques, truculentes, naïves, tendres, insolentes, où diable Rostand est-il allé puiser ces définitions géniales d’un nez surdimensionné ?.
Rappeneau a filmé cette scène comme un grand mouvement d’ensemble, dans le rythme même de la tirade, chaque trait trouvant son écho dans les rires ou les protestations de la foule, Cyrano donnant le ton, ouvrant la marche toute en élans ponctués par le face à face avec Valvert.
Dans cette scène, on reste confondu par cette somme de talents : Rostand d’abord, Rappeneau ensuite, et Depardieu, tudieu. Et tous les autres, bien sûr, et ils sont nombreux !
Miss Comédie
Vous reconnaissez certainement ces deux acteurs. Mais la photo a été prise dans quel film ?
Ce n'est pas un poisson d'avril et vous trouverez la réponse le mois prochain, joli mois de mai.
REPONSE DE LA PHOTO MYSTÈRE DE MARS
Vous avez été nombreux à deviner qu’il s’agissait de François Truffaut, moins nombreux à citer LA NUIT AMÉRICAINE, encore moins nombreux à identifier Jean-François Stévenin et Nathalie Baye…,En regardant bien, on aperçoit aussi Jacqueline Bisset, la toute belle, et Jean-Pierre Léaud……
u mois prochain pour une nouvelle photo-mystère !
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L'INSTANT THÉÂTRE
TRAINE PAS TROP SOUS LA PLUIE
Au théâtre de l’Atelier, j’ai vu hier soir Richard Bohringer ressuscité. Un autre Bohringer… Mais qu’a-t-il de changé ?
On le sait, le sale gosse a reçu une grosse baffe qui l’a mis par terre. Mais il s’est relevé en disant « même pas mal ! ». C’est tout lui, cette hargne.
N’empêche que ça lui a fait mal. Très très mal.
Aujourd’hui, il raconte.
La performance vaut le détour. Un comédien de cinéma, mais aussi de théâtre, très très connu, qui vient, seul sur scène dans une absence de décor qui le montre tel qu’il est. Il ne bombe pas le torse, il ne redresse pas les épaules, il ne cache pas qu’il a encaissé sévère. Mais ce soir il est là, il tourne en rond, il ne tient pas en place.
Il dit « pourquoi je suis là ? Pour recommencer à vivre. »
Il fallait un texte, il se l’est écrit tout seul, il ne savait pas au juste ce qu’il voulait dire, il voulait simplement montrer qu’il était vivant, qu’il avait des souvenirs, qu’il se rappelait parfaitement certains épisodes de sa vie.
Ecrire, il l’a déjà fait, et avec quel talent ! Mais là… c’était comme se mettre à nu.
Là, ses mots balancés comme ça, murmurés souvent, à peine audibles, comme s’il s’en voulait de se dévoiler ainsi, ses mots sont magnifiques.
Poète, il l’est sans artifice, sans recherche, sans chichis, le poète de la rue, de la ville si belle la nuit, pas un poète de salon. Mais son art est difficile car il évite les pièges de la vulgarité, du facile, du lieu commun.
Dans ces histoires qu’il raconte, à bâtons rompus, il y a ses personnages favoris, pris sur le vif. Sa grand-mère, sa fille, son chat, un boxeur, un acteur disparu, et ses anecdotes sont tantôt burlesques, tantôt déchirantes.
Parfois, il s’adresse à nous, le public, il ne peut pas s’empêcher de franchir la ligne de fuite du comédien, cette barrière qui le sépare des spectateurs, il la refuse, il est avec nous, tout le temps.
Il nous demande par quel miracle nous sommes là, car l’inquiétude plane sur la ville, pourquoi nous sommes là ?
De la salle une voix de femme lui a répondu : « parce qu’on vous aime ! »
Surpris, il n’a pas trouvé la réplique, il lui a envoyé un baiser.
C’est vrai, il est attachant, le sale gosse. Encore plus qu’avant l’Absence, une aussi longue absence, si longue et si douloureuse qu’il n’a pu s’empêcher de nous la faire partager, dernier épisode de son monologue. Des instants si longs et si durs à revivre qu’il nous les jette en pâture avec des mots qu’il a du mal à articuler.
Mais voilà, il est là pour les dire. De sa voix « éraillée par l’alcool, le tabac… et le chagrin », phrase qu’il a relevée dans une critique et qui le fait doucement rigoler.
Miss Comédie
C’est au théâtre de l’Atelier à 19h à partir du 8 mars pour 30 représentations exceptionnelles.
Cette scène a un sens caché. Ce n’est pas seulement un couple mythique qui danse dans un décor de conte de fées.
Pour mieux la comprendre, situons-là dans le contexte du film et de l’époque où il a été tourné.
Visconti, comte de Lonate Pozzolo, avait l’âme et les goûts aristocratiques de son illustre famille.
Après avoir donné dans la mouvance gauchiste des intellectuels de son époque, avec des films poétiquement dédiés au peuple et à ses misères, il fait une reconversion vers ses origines avec ce film, Le Guépard, où il raconte l’union forcée entre l’aristocratie milanaise désargentée et la nouvelle bourgeoisie affairiste qui s’impose alors.
Un sujet qu’il traite avec une évidente nostalgie.
« Le Guépard ». Pourquoi ce titre ?
Dans le roman de Giuseppe Tomasi d’où est tiré le film, l’auteur décrit la fin d’un monde « de lions et de guépards remplacé par un monde de chacals et de hyènes ».
Le prince Fabrizzio est le guépard. A travers son personnage, Visconti nous donne sa vision d’un monde qui s’achemine vers la décadence. C’est le pouvoir de l’argent contre celui de la tradition.
Il faut pactiser – et le prince pactisera, à contre-cœur mais avec élégance, comme le montre de façon éblouissante la scène du bal, la dernière demie-heure du film.
Le Guépard fut le plus grand succès de Visconti – un tournant dans sa carrière.
Il reçut la Palme d’Or au Festival de Cannes 1963.
Alberto Moravia s’exclame « C’est le film de Visconti le plus pur, le plus équilibré et le plus exact. »
Il aurait pu ajouter : et le plus convaincant. Car comment ne pas être dans le camp du prince Fabrizio Corbera di Salina ? Sa beauté sur le déclin, son charisme, la pureté de ses convictions prennent vie en la personne d’un Burt Lancaster sublime.
Quant à Alain Delon, son neveu dans le film, qui trahit son oncle et protecteur en se rangeant dans le camp garibaldien, il est à tomber.
On avait oublié à quel point sa beauté était à multiples facettes, dévastatrice, redoutable. On rêve : Alain Delon, que l’on croyait indestructible, a aujourd’hui quatre-vingts ans. Comment y croire ?
On accepte plus facilement le déclin de Claudia Cardinale. Pourquoi ?
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La scène du bal.
Dans cette scène sont réunis tous les protagonistes de cette société hétéroclite : aristocrates et bourgeois vont danser sur la même piste, sur la même musique.
On aperçoit entre autres Paolo Stoppa qui joue le nouveau maire du village de Sicile où se trouve la résidence d’été du prince Fabrizio.
Il représente le nouveau pouvoir du peuple. Il est aussi le père de la belle Angelica, jouée par Claudia Cardinale, un nouveau riche arrogant qui vient d’accorder la main de sa fille au bel aristo Tancrède Falconeri. (C’est presque du Molière, le bourgeois gentilhomme est intemporel !)
Tout autour de la piste de danse se pressent, entre battements d’éventails et commentaires aigres-doux, nobles et bourgeois dans une nouvelle fraternité.
Lorsque le prince s’avance vers le jeune couple Angelica-Tancrède et s’incline devant la jeune fille pour l’inviter à cette première valse, chacun comprend que c’est le signe d’une ère nouvelle pour la Sicile – et l’Italie toute entière.
Le visage de Tancrède est impénétrable. Sa fine moustache frémit mais l’accord est donné tacitement. Il ne les quittera pas du regard durant tout le temps de leur danse.
Les premiers accords de la valse de Nino Rota résonnent, et le couple magique, face à face, après un balancement très court, ( j’adore ce balancement, comme une hésitation, ou une certitude, un avant-goût du plaisir), s’élance sur la piste.
D’autres couples de danseurs les entourent, les regards furtifs se croisent.
Ils tournent, leurs pas s’accordent avec élégance, la valse les entraîne dans sa mélodie, ils ont l’air heureux mais ne se parlent pas pendant de longues minutes.
Gros plan sur Tancrède, qui les fixe toujours d’un œil vaguement inquiet.
Il faut dire que le prince, malgré son âge, est un sacré rival pour le jeune homme, il se dégage de sa personne un charme dévastateur.
Angelica rompt le silence. Elle dit qu’elle est heureuse et fière d’être là, elle le remercie car elle lui doit tout, et surtout elle lui doit Tancrède…
Il lui répond que non, « vous devez tout à vous-même », belle phrase socratienne qu’il prolonge par un compliment énorme :
« Belle comme vous êtes…vous pourriez avoir tous les hommes.
Bref, ils se draguent innocemment.
Tout autour, les danseurs peu à peu ont déserté la piste et leur couple évolue seul, comme suspendu dans l’espace quand la valse s’achève.
De retour auprès de Tancrède, ils échangent encore quelques courtoisies tandis que Claudia pose tendrement sa tête sur l’épaule de son fiancé. Une manière de se faire pardonner… quoi, au juste ?
Tout a été dit dans cette scène, le mélange des genres, le mariage arrangé, le cynisme d’un neveu pourtant chéri, l’attrait sexuel à peine ébauché, la jalousie, l’amertume, tout cela dans un décor fastueux qui évoque les derniers vestiges d’une époque révolue.
¨Plus qu’une scène culte, c’est un symbole.
Miss Comédie
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MON COUP DE COEUR
C’est la petite phrase de mon mari à la boulangère qui lui rappelait qu’aujourd’hui c’est la Journée de la Femme :
« Et bien profitez-en bien, puisque le reste du temps, c’est tous les jours la Journée de l’Homme !
C’est vrai, si l »on y réfléchit, pour respecter vraiment la PARITÉ, il faudrait soit établir une Journée de l’Homme, soit supprimer la Journée de la Femme.
Il n’y a pas de logique, dans nos institutions.
Miss Comédie
ZOOM SUR UNE SCÈNE CULTE
L’Apparition, la Femme, la Divine, arrive avec le plateau du café.
« Vous venez ? dit-elle de sa voix surréelle.
Il vient. Il s’assied sur le canapé, les genoux serrés.
Il n’ose pas la regarder.
Elle s’assied en face de lui et entreprend de servir le café, d’abord sa tasse lui, puis la sienne. Ses gestes sont précis, coulés, des gestes de femme du monde mais empreints – ou serait-ce une illusion ? – d’une certaine sensualité. Pourtant, elle ne fait pas la coquette, elle ne le drague pas, non, elle est dans les limites de la courtoisie.
Pas un mot n’est prononcé, le silence est presque pesant.
Elle tend le sucrier, il prend un sucre, puis deux. Il remue le café, il ne l’a toujours pas regardée mais lorsqu’elle se lève pour s’activer sur le meuble du magnétophone, il la dévore des yeux. Son jeu est très subtil, on sent à la fois sa gêne, son émotion, son attente d’il ne sait trop quoi…
Antoine Doisnel est amoureux fou de madame Tabard, sa patronne, depuis le premier jour, depuis qu’elle lui est apparue dans le magasin à une heure tardive. Sa beauté, sa douceur, sa voix !
Aujourd’hui il est face à elle, incrédule mais prêt à tout.
Elle sort un disque de sa pochette et s’apprête à le poser sur la platine.
« Vous aimez la musique, Antoine ?
« Oui monsieur.
Le monde s’écroule. Il est foudroyé par l’énorme lapsus. Il se lève d’un bond, la tasse de café se renverse sur la moquette, il fuit, Antoine, il s’échappe, c’en est trop, il faut disparaître de ce monde, il dévale les escaliers, fait irruption dans le magasin qu’il traverse comme un fou.
« Où allez-vous Antoine ? lui demande la vendeuse.
« Je suis malade, je rentre chez moi.
La scène culte s’arrête là mais on pourrait bien le suivre et le retrouver chez lui couché dans son lit, les draps jusqu’au menton, et voir la Divine frapper à sa porte et entrer, et lui parler doucement…
Une telle situation est impensable aujourd’hui - et encore, François Truffaut l’avait mise au goût du jour à l’époque, une histoire d’amour tirée du roman de Balzac Le Lys dans la Vallée !
Jean-Pierre Léaud incarne à la fois Félix de Vandenesse et Antoine Doisnel avec le plus grand naturel, face à une Delphine Seyrig plus comtesse de Mortsauf que jamais.
Tout a été dit sur Léaud, sa ressemblance avec Truffaut, et sur son rôle dans cette trilogie un peu désespérée qui va suivre avec Domicile Conjugal et l’Amour en fuite.
J’ai eu envie, à la manière de Modiano, de découvrir ce magasin de chaussures qui avait servi de décor à Baisers Volés. Existait-il toujours ?
Le 63 m’a déposée à la station Pompe (mais oui !) et j’ai marché jusqu’au numéro 1, devant le magasin de chaussures Maralex.
J’ai eu la surprise de me heurter à un camion de déménagement stationnant devant la vitrine. Un va-et-vient de cartons à chaussures et de meubles m’a fait craindre le pire. Je suis entrée, j’ai vu au milieu d’un espace dévasté, un homme âgé, au visage fatigué, de haute stature, qui observait le déroulement des opérations.
« Pardon monsieur…Vous êtes le directeur du magasin ?
« Oui madame. Pourquoi ?
« Oh… je voulais juste voir le décor de Baisers Volés…
Il a eu un sourire triste, un haussement d’épaules.
« Tout ça c’est du passé… On ferme, vous savez ? Maralex, c’est fini.
J’ai eu le cœur brisé comme s’il s’agissait de ma famille.
C’est ainsi que j’ai assisté, in extremis, à la disparition d’un rêve.
L’appartement où ont été tournées les scènes d’intimité des Tabard était la propriété de Michael Lonsdale, dans le 7ème arrondissement de Paris.
D’ailleurs, dans Baisers Volés, il y a tout un pan d’histoire dont on ne parle pas assez, autour du personnage de Pierre Tabard, joué par Michael Lonsdale. « ¨Personne ne m’aime et je veux savoir pourquoi. »
Une réplique qui en dit long sur la personnalité secrète de ce patron qui a tout réussi, sauf sa vie.
Truffaut a dit que le cinéma était plus important que la vie.
Il nous a pourtant souvent montré que sans la vie il n’y aurait pas de (bon) cinéma.
Miss Comédie
LA PHOTO MYSTÈRE
Pour clôturer ce mois capricieux, reprenons notre petit jeu.
Qui sont ces acteurs et dans quel film ?.
Réoonse dans la Photo-Mystère de Mars.
A bientôt !
Miss Comédie
LIBRES SONT LES PAPILLONS au Théâtre Rive Gauche
C’est une pièce dont on ne peut pas dévoiler l’intrigue.
Je pourrais d’ailleurs utiliser ce mystère pour vous inciter à aller la voir !
Mais il y a tout le reste.
D’abord ; c’est une histoire d’amour. Compliquée, mais justement, pas banale. Les dialogues ont été peaufinés par Eric Emmanuel Schmidt – ce n’est pas n’importe qui – qui a déniché cette pièce d’un auteur new-yorkais, Leonard Gershe, écrite dans les années 70. Vous verrez, rien n’a changé dans les comportements aujourd’hui.
La mise en scène est signée Jean-Luc Moreau.
On reconnaît tout de suite les déplacements comme spontanés, le rythme qui colle à l’action, et la subtilité du jeu des acteurs.
Les acteurs ne sont pas des stars mais quoi, ils sont parfaits. Avec ce mystérieux truc autour duquel tourne la pièce, ils ont de quoi nourrir leurs personnages, chacun dans son élément.
Tout de suite on sent qu’il y a quelque chose qui cloche entre ces deux-là, et c’est un vrai problème mais je ne peux pas en dire plus.
A un moment, le problème n’en est plus un, on respire, l’amour est le plus fort, et puis… non, il y a maldonne, la mère s’en mêle,c’est un désastre... Mais quand le rideau tombe, le sourire est revenu et l’amour n’est plus aveugle.
Anouchka Delon est étourdissante. Elle est belle, elle bouge bien, elle ne marmonne pas comme la plupart des juniors en scène, elle se régale à balancer ces répliques tellement calquées sur le vocabulaire ado..
Julien Dereims, le jeune homme mystérieux, entretient son mystère avec une sensibilité à fleur de peau. Diction impeccable dans la réserve ou la violence, il est très convaincant.
Enfin Nathalie Roussel, la mère, domine son cruel dilemme avec beaucoup de nuances. Elle est à la fois infernale, drôle, émouvante…. Elle a du métier, et n’en rajoute pas. Du grand art.
LIBRES SONT LES PAPILLONS… joue les prolongations jusqu’au 29 mai, succès oblige !
THÉÂTRE RIVE GAUCHE, 6 rue de la Gaîté 750014 Paris Tél. 01 43 35 32 31
Miss Comédie
RIDICULE
Film de Patrice Leconte
Le sermon de l'abbé de Villecourt
Pour moi, RIDICULE est le plus beau film de Patrice Leconte, mais aussi l'un des plus beaux de nos films historiques.
Mais ce n’est pas seulement un beau film.
C’est un film qui ne datera jamais. L’auteur ne porte aucun jugement, il décrit seulement ce que nous sommes depuis la nuit des temps.
RIDICULE, je l’affectionne particulièrement car il repose sur le pouvoir des mots.
Les mots, les mots… les hommes s’en emparent, s’en drapent, s’en affublent pour se distinguer, s’affirmer, se dissimuler. Pour porter des coups mortels, à l’occasion.
Ici, dans la débauche de richesse de la Cour de Versailles, une poignée d’aristocrates désoeuvrés jouent à se provoquer avec une élégante hypocrisie. On assiste à des duels où les mots se décochent comme autant de flèchettes empoisonnées.
Jean Rochefort qui fut le premier à lire le scénario de Rémi Waterhouse, le remit à Patrice Leconte avec ce commentaire : « Lis ceci, c’est un western où les mots remplacent les colts. »
Rémi Waterhouse n’a pas pu se réjouir la mort a mis un point final à son jeune talent. Patrice Leconte lui a offert, avec la magie de sa caméra, un chef d’œuvre intemporel.
RIDICULE a été un énorme succès en 1996. Ovationné à Cannes, plusieurs fois récompensé aux Césars, il manqua de peu l’Oscar du meilleur film mais qu’importe ? Il reste un fleuron du cinéma français.
Le casting n’est pas ridicule, avec les acteurs qu’il fallait : Rochefort, Giraudeau, Fanny Ardant, et la clique de seconds rôles attitrés qui ne déparent pas dans le décor. Et puis un inconnu pour trancher sur ce parterre de célébrités : Charles Berling, héros et victime de ce ces jeux du cirque. Son personnage, le baron Ponceludon de Malavoy, est venu de sa province pour implorer la faveur du Roi. Ce jeune homme a de lesprit, ce qui en fait très vite le rival et l’ennemi du beau parleur en titre, l’abbé de Villecourt, que joue Bernard Giraudeau avec panache.
C’est lui que j’ai choisi pour ma scène culte, mais j’aurais aussi bien pu en choisir une dizaine d'autres, tout aussi succulentes.
Toute la Cour réunie autour du couple royal, assiste au sermon dominical de l’abbé de Villecourt. Giraudeau s’échauffe peu à peu. Il nous offre une démonstration héroïque de son éloquence théâtrale, une débauche de citations bibliques, de périphrases incompréhensibles, il se déchaîne, il entre en transes devant un auditoire pantois.
Pour finir, échevelé, les yeux brillants de fièvre, le front ruisselant, il s’écrie « et voilà comment, mes chers frères, je viens de prouver l’existence de Dieu ! » Le Roi Louis XVI donne le signal des applaudissements. C’est un triomphe. Encouragé, l’abbé enchaîne : « … et je pourrais tout aussi bien prouver le contraire… s’il plait à sa Majesté ! »
La boulette. Le Roi, offusqué, se lève, visage fermé, visiblement choqué par le blasphème, et quitte la chapelle, suivi de toute la cour, avec cette phrase ; « La Bastille vous attend, philosophe ! J’y veillerai. »
L’abbé reste planté, bouleversé, fou de regret de sa maladresse, et s’adresse à la comtesse de Blayac sa maîtresse :
« Mais… mais c’était juste un bon mot ! Madame, faites quelque chose ! »
Le Roi n’a pas apprécié le bon mot, il est des boutades qu’il vaut mieux éviter d’adresser aux souverains de droit divin…
« Je ne peux rien pour vous, rétorque la comtesse froidement tout en passant son chemin.
Il n’aura plus accès à sa chambre. Ni aux faveurs du Roi. L’abbé de Villecourt est « mort ».
Une mort parmi quelques autres dans ce film où les aristos s’entretuent tranquillement à coups de pointes assassines, sans savoir que la Terreur allait bientôt leur faire beaucoup plus mal.
Le grand talent de Patrice Leconte est d’avoir donné aux noirceurs de cette époque les couleurs d’un univers de magnificence un régal pour les yeux.
Miss Comédie
Il était une fois Sergio Leone, le rédempteur du western de papa, l’auteur de ce film mythique qui inaugure un nouveau genre, le western spaghetti. Passons sur cette étiquette idiote et redécouvrons l’Ouest américain à travers la vision d’un Italien génial.
Ses images stupéfiantes, il les a tournées en Andalousie, mais aussi dans le décor impressionnant de Monument Valley.
Ses acteurs… Des monuments aussi. Mais avant ce film, ils n’étaient que des valeurs sûres du box-office. Depuis, on les a regardés avec d’autres yeux : Charles Bronson, Henry Fonda, Eli Wallach, Jason Robards… Leone en a fait des brutes sanguinaires, effrayants de vérité.
C’était vraiment ça, « l’Ouest américain » ? Des bagarres à n’en plus finir ? Mais oui, puisque c’est dans le film.
Ah oui, j’oubliais, il y a aussi Jack Elam ; illustre acteur inconnu de nous, à la filmographie impressionnante, qui joue l’homme à la mouche de ma scène culte. On ne le revoit plus, puisqu’il fait partie des troIs bandits massacrés par l'homme à l'harmonica à la quinzième minute du film.
La scène d’ouverture, c’est un gros plan parfaitement immobile et silencieux de Jack Elam endormi. Dans ce silence, qui va durer onze minutes, on entend juste le bzzz lancinant d’une mouche qui s’amuse à lui chatouiller la moustache. Ca l’agace, il remue les lèvres, soupire, souffle, mais la mouche est tenace. Il finit par se réveiller et d’une détente rapide, coince la mouche dans le canon de son revolver.
Fin de la séquence.
Onze minutes drôlatiques qui ne préfigurent pas la suite de l’histoire…
Quand on regarde ce visage endormi, on se dit qu’on n’aimerait pas le rencontrer au coin d’une rue, la nuit.
Pareil pur tous les autres, surtout ceux qui portent le fameux « cache-poussière », leur signe distinctif.
Entre parenthèse, à l’époque de la sortie du film, tous les ados et adultes dans le vent se sont mis à porter ce long manteau de daim plus ou moins griffé, la rue avait pris des allures de décor western ou Directoire. C’était très beau et nos mecs avaient une sacrée dégaine, avec leurs cheveux longs et leurs cigarettes au bout des doigts.
Mais je m’égare. Il s’agissait de l’aspect menaçant des personnages de ce film dont la violence est dans toutes les mémoires. Tuer des enfants ! Même Tarentino n’ose pas.
Un autre coup de génie de Sergio Leone, c’est d’avoir choisi Ennio Morricone pour la musique. Cette bande-son est devenue le symbole d’un suspense palpitant, et l’harmonica l’instrument légendaire du cow-boy guerrier, le banjo étant celui du cow-boy pacifique.
Miss Comédie
LA LÉGENDE DU PIANISTE SUR L’OCÉAN
La scène du duel au piano
Nous sommes tous de grands enfants et le cinéma est notre grand pourvoyeur de rêves, avec des histoires à dormir debout que nous écoutons avec ravissement.
Après Edward aux mains d’argent, en voici une tout aussi envoûtante dans son étrangeté. Comme le dit Max, le narrateur, au début du film, « personne ne croira un traitre mot de mon histoire ».
On n’y croit pas, peut-être… mais on s’en souvient, longtemps après, comme on se souvient de Cendrillon ou de Robinson Crusoê.
Le film, sorti en 1998, est tiré d’un roman d’Alessandro Barrico que Giuseppe Tornatore a adapté et mis en scène avec une musique d’Ennio Morricone.
Il raconte l’histoire insensée d’un enfant trouvé dans la salle des machines d’un paquebot et qui grandit dans ce navire sans jamais mettre le pied à terre. Baptisé Noveccento comme l’année en cours, mystérieusement doué pour le piano, il devient célèbre, refuse toutes les propositions de concerts sur la terre ferme. Il tombe amoureux d’une belle passagère jouée par Mélanie Thierry et renonce à l’accompagner lors de son débarquement, pris d’une peur panique de l’inconnu. Qui l’attend au sol. Il refuse même de quitter le navire lorsque celui-ci, trop vétuste, est condamné à être dynamité.
La dernière image, celle du paquebot disparaissant dans les flammes et glissant lentement dans la mer, serre le cœur.
Belle et triste histoire, que raconte son ami Max inconsolable de n’avoir pas su convaincre Noveccento de le rejoindre dans une vie normale.
La scène du duel au piano
La scène du duel au piano culmine au milieu du film, lorsqu’une star du jazz, Jelly Roll Morton, contrarié de la gloire de Noveccento, vient faire étalage de son talent pianistique devant l’assistance, sûr de sa domination.
Dans ce morceau de bravoure, Tim Roth qui joue Noveccento, dépasse le stade de la naïveté voulue par le rôle, pour frôler la niaiserie. Il a des expressions qui se veulent innocentes mais qui cachent mal la ruse qu’il prépare. Mais cela participe peut être à la note outrancière de la scène.
La scène est pleine d’effets énormes, depuis l’arrivée de Clarence Williams qui joue le musicien provocateur, quand on entend son pas lent résonner sur le parquet avant qu’il n’arrive près du piano et s’adresse à Noveccento sur un ton à peine aimable, on le voit venir, ça continue avec la cigarette qu’il pose ostensiblement sur le clavier avant de se mettre à jouer, et qui s’enflamme à la fin d’un numéro de virtuose magistral, au contact des touches brûlantes….(oui oui !) . La salle exulte … C’est le tour de Noveccento… C’était prévu, il fait une misérable improvisation sur le thème de « Holly night… » C’était prévu, on le hue. « Et alors ??? » on halète, on connaît la fin, mais le suspense est fonctionne.
Il avait bien préparé son coup… Pour sa troisième prestation, il s’assoit lentement, demande une cigarette…. La pose sur le clavier… Aïe, on se doute de la suite. Démonstration fulgurante, ben oui.
La cigarette s’enflamme aussi, et il la plante dans la bouche de Jelly Roll Morton pétrifié sous les flashes des photographes et les vivats de la foule.
Tout çela est gros comme une maison, mais c’est ce que l’on voulait voir, le bon qui corrige le méchant, c’est une fin logique et jubilatoire pour le spectateur lambda.
D’ailleurs, toutes les scènes culte ont un point commun : elles repoussent les limites du crédible.
Et puis, ce n’est qu’une scène, le reste du film n’est que délicatesse, et finit dans la tragédie.
Une légende qui pourrait bien être une histoire vraie.
Miss Comédie
Je reviens au théâtre, après avoir passé sous silence Le Roi Lear défiguré par Olivier Py.
Aujourd’hui, parler de la pièce de Philippe Madral montée par Christophe Lidon est plus facile.
Il n’y a pas de surenchère dans l’avant-gardisme, la mise en scène est sans chichis, elle se confond avec les dialogues percutants ou émouvants,et les déplacements des personnages qui suivent leurs impulsions. Tout simplement.
Le décor, lui aussi, est sans artifice, celui d’une modeste maison de campagne avec vue sur l’océan.
Seul, un grand panneau transparent aux couleurs des Nymphéas descend sur le devant de la scène lorsque Monet vient lire une de ses lettres à Clémenceau.
Après sa création à Paris au théâtre Montparnasse l’an dernier, la pièce revient aux Célestins de Lyon.
Claude Brasseur tient toujours le rôle de Clémenceau,Yves Pignot remplace Michel Aumont dans le rôle de Claude Monet.
Je n’ai pas vu Michel Aumont, mais Yves Pignot fait le poids face à l’écrasante présence de Claude Brasseur. Il incarne un Monet meurtri, diminué par une vue défaillante, incapable de convaincre son ami de son incapacité à peindre.
J’étais émue de le revoir après avoir été sa partenaire dans une lointaine production pour l’ORTF… Sa carrure a suivi l’évolution de sa carrière : imposante !
Le duo fonctionne parfaitement, ils sont de stature égale, et dans le conflit qui les oppose ils montrent la même énergie dans leur entêtement, la même ferveur dans leur amitié.
Lequel des deux aura le dernier mot ? Ils ont de brefs affrontements, très violents, durant ce séjour du peintre chez son ami de toujours. Mais ils reviennent vite à leur complicité, à leurs confidences, à leur amitié qui semble indestructible.
C’est tout ? Vous dormez déjà ?
Non, voilà qu’apparaît Sophie Broustal qui joue Marguerite, l’amie, la bien-aimée.
Dans sa correspondance publiée en 2008 Clémenceau révèle son amour platonique pour Marguerite Baldensperger, de 40 ans sa cadette, dont la fille vient de se suicider. « Je vous aiderai à vivre, vous m’aiderez à mourir », lui écrit-il.
Dans la pièce, Sophie Broustal incarne avec grâce cette jeune femme éprise d’un tigre qui, pour elle, a rentré ses griffes.
Cette histoire d’amour improbable, on y croit. C’est tout le talent de l’une et de l’autre : de l’émotion pure.
L’amitié et l’amour se mêlent donc dans cette ambiance équivoque entre la colère et les larmes du tigre, sous les yeux de la servante bretonne, inénarrable. Marie-Christine Danède est là pour détendre l’atmosphère et ça marche !
Je n’ai rien dit sur Claude Brasseur ? Et bien, ma foi, il est sans surprise, égal à lui-même, grand professionnel, surtout quand on sait qu’il y a quelques mois à peine il faisait au cours du tournage de « L’étudiante et monsieur Henri », ,une chute qui l’immobilisa durant tout l’été...
Le spectacle a quitté le théâtre des Célestins le 112 déceùbre dernier
Miss Comédie
Merci à la belle équipe d’Overblog pour leurs vœux pleins d’optimisme pour l’année à venir. Ils nous annoncent d’importants changements pour le début de l’année et je tremble. Maintenant que je me suis péniblement (et incomplètement) adaptée aux nouvelles manettes de cette machine interplanétaire, s’il faut encore réviser le code, je renoncerai à passer le permis.
Aujourd’hui je peux encore me lancer dans l’espace Over-blog pour vous parler d’une triste nouvelle, la première de l’année, la disparition de Nathalie Cole, qui nous a quittés le 31 décembre.
J’ai le souvenir d’une chanteuse en pleine gloire qui était venue chanter au Sporting de Monte-Carlo un été. Je fêtais mon anniversaire dans la Principauté et nous avions assisté à son récital. Elle était magnifique, en fourreau noir, et son tube planétaire « Unforgettable » qu’elle chante accompagnée de la voix de son père Nat King cole, avait déchaîné l’enthousiasme.
J’avais écrit un blog sur eux en janvier 2011 que vous pouvez revoir en tapant sur google <<<unesceneparjour.com nat king cole>>>
Et puis bien sûr, Michel Galabru, lui aussi, a quitté la scène. Pour lui je n’ai pas d’archives personnelles mais les medias se chargent de lui rendre hommage. C’était une immense figure de notre paysage comique, peut-être la dernière de la génération des Bourvil, Fernandel, Raimu, de Funès…
Et puisqu’on parle de de Funes, voici la scène culte d’Oscar, un film fou qui a fait pleurer six millions de spectateurs en 1967.
Dernière minute : voilà que ce matin, Pierre Boulez a lui aussi tiré sa révérence ! Le monde est-il devenu invivable ? Il y a déjà un raz de marée d'hommages qui fait déjà oublier celui de Galabru.
Lequel des deux aura la priorité au paradis ?
Prions pour que ce mois de janvier ne devienne pas un record de disparitions...
OSCAR, d’Edouard Molinaro
La scène du nez
Cette scène est une tuerie, comme d’ailleurs de nombreuses séquences de ce film qui n’a pas pris une ride.
Elle est inracontable. Il faut la voir. Et la revoir, on pleure à chaque fois. Enfin, moi.
Le film est adapté d’une pièce de théâtre de Claude Magnier dans laquelle Louis de Funes faisait déjà un numéro étourdissant.
Dans le film, Claude Rich est formidable de rouerie, d’humour et de cynisme. Beau début de carrière, après Les Tontons Flingueurs(1963) !
J’adore aussi Mario David, hilarant dans son rôle de brute au cœur tendre.
Mais il faut aussi appuyer sur « pause »à chaque apparition de Paul Préboist.
Ah, Paul Préboist, un monument d’ingénuité, de sincérité, le bonheur de jouer personnifié, son sourire est une bouffée d’air provençal, c’est un personnage à la Daudet, irremplçable, irremplacé. Il est mort en 1997, je ne m’en souviens pas, on en a très peu parlé. Il avait seulement 70 ans et il avait confié, peu de temps avant, à la télévision, qu’il était toujours vierge. On le croit !
Paul Préboist n’apparaît pas dans la scène du nez. Il n’y a que Mario David, Agathe Natanson et Claude Gensac, alignés, bouche bée, qui assistent à l’improvisation très chiadée de de Funès.
Un moment inénarrable, qui se prolonge au-delà du raisonnable, pour finir couché sur le canapé.
L’ énergie de cet homme de 53 ans qui venait à peine de se faire connaître après vingt ans de carrière anonyme, est sidérante.
Cette énergie dévastatrice , il l’emploiera jusqu’à sa mort à crever les écrans et à brûler les planches. Elle lui vaudra quelques infarctus dont il se sortira, boulimique de travail, mais vaincu il s’endormira en janvier 1983. Sa mort fut un drame national, il faisait partie de notre vie, il nous redonnait le moral dans les moments difficiles, il suffisait d’aller voir un de ses films, et de Rire.
Mais il est toujours là, dans les salons le soir, quand les enfant assis par terre en rang d’oignon partagent la même hilarité que leurs parents devant un comique immortel.
Miss Comédie
EDWARD AUX MAINS D'ARGENT
C’est une histoire qui nous rend notre âme d’enfant. Une histoire à couper le souffle, qui nous emporte dans un monde imaginaire où l’on retrouve les bons et les méchants du monde réel mais tellement plus poétiques !
C’est une histoire qui tombe à pic, puisqu’elle parle d’un garçon qui pouvait faire tomber la neige le soir de Noël, par la magie de ses mains d’argent.
J’adore Tim BURTON et son monde fantasmagorique à la fois terrifiant et émouvant. Je suis, devant ses films, une enfant éblouie qui retrouve ses premières émotions, les plus pures, celles d’un monde étrange que l’on a quitté pour venir sur terre.
D’Edward aux Mains d’argent il dit que c’est son œuvre la plus personnelle, nourrie de ses souvenirs d’enfance dans la banlieue deBurbank en Californie.
Peut-on imaginer un autre acteur que Johnny Depp pour ce rôle de créature artificielle mais tellement humaine ? Non. Il est sublime.
Et pourtant, la production avait d’abord approché Tom Cruise. Puis Tom Hanks, qui préféra s’engager sur Le Bucher des Vanités. Puis… Michael Jackson….
Tim Burton et Johnny Depp se rencontrèrent pour la première fois au bar de l’hôtel Bel Age de Beverly Hills en avril 1989 et Burton vit tout de suite dans les yeux de Johnny Depp le regard de sa créature, un regard d’une fixité extraordinaire, le regard idéal pour le personnage quasi muet de son histoire, son seul moyen d’expression.
Ce fut une rencontre décisive dans leur carrière à tous les deux. Après ce premier film ensemble, ils se sont retrouvés plusieurs fois encore pour des films tout aussi ensorcelants.
La scène culte de ce conte de fée se passe le soir de Noël.
Tandis que la famille adoptive d’Edward s’occupe de décorer la maison brillamment illuminée, Edward est dans le jardin où le froid a transformé le jet d’eau en bloc de glace. Soudain inspiré par ce spectacle, Edward entreprend de sculpter ce bloc informe et ses ciseaux d’argent se mettent en action avec une dextérité, une rapidité stupéfiantes, faisant jaillir des milliers de flocons qui semblent venir du ciel.
Kim, la jeune fille dont il est amoureux, attirée par cette magie, offre son visage à la caresse de cette neige que l’on n’attendait plus.
Et le quartier tout entier se réunit autour d’Edward en transes, pour admirer ses sculptures de glace d’où naissent les flocons miraculeux.
C’est cette vision céleste que raconte Kim, devenue grand-mère, à sa petite fille qui lui demande « d’où vient la neige, grand-mère ? »
L’histoire se poursuit dans le drame, Kim ne reverra plus Edward, mais son souvenir restera gravé pour la vie dans son coeur.
C’est le début et la fin de ce film merveilleux, baigné d’une musique divine. Un vrai conte de Noël que vous allez adorer si vous le projetez chez vous devant vos enfants éblouis.
Joyeux Noël à tous,
Miss Comédie
LES GRANDS DUCS, film de PATRICE LECONTE
Attention, ce film sera bientôt un film culte !
Ereinté par la critique à sa sortie, en février 1996, boudé par le public, il s’est fait remarquer par un clan de groupies qui se le repassent dans les soirées d’initiés.
Complètement déjanté, tourné à un rythme d’enfer, joué par des acteurs au sommet de leur folie, il multiplie les scènes d’anthologie.
`Difficile de choisir…
Patrice Leconte est spécialiste des castings de rêve. En plus, il adore les stars et apparemment c’est réciproque.
Là, il a fait fort encore une fois : trois des plus grands acteurs du moment : Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle et Philippe Noiret ensemble dans des rôles de comédiens ringards. C’était gonflé. Le scénario l’était plus encore, et quand ils l’ont lu, les trois ont plongé en chœur.
C’était pourtant un peu risqué. Jouer les ringards quand on est trois têtes d’affiche, c’est jouer sur la corde raide. Un effet de trop et l’on tombe dans le grand guignol.
Dans ce film, les trois acteurs – et leurs partenaires – sont complètements zinzins – mais crédibles. Difficile à expliquer.
Chercher une scène fétiche dans Les Grands Ducs c’est chercher une tache noire sur le dos d’un dalmatien.
Depuis les péripéties de leur casting jusqu’à la pièce de théâtre Scoubidou qu’ils interprètent de ville en ville dans la plus grande confusion, chacun des trois a sa minute de folie.
Mais prenons la scène de la scène où Noiret, Rochefort, après avoir décroché leurs rôles grâce à une honteuse remise sur le cachet de base, vont proposer à Marielle d’être leur partenaire dans la tournée.
Ils le trouvent en pleine crise de fureur contre son voisin avant de le voir démolir une cloison de son appartement à coups de piolet.
On est d’emblée dans le bain avec les trois personnages bien positionnés sur le terrain.
Noiret l’attaquant , conquérant, beau parleur, théâtral.
Rochefort, l’ailier gauche, très gauche, simulateur, séducteur, comique au 38ème degré, impérial.
Marielle, le gardien de but, hyper-buté, parano, belliqueux, imprévisible et grandiose.
Ensuite, il n’y a qu’à les suivre dans leur tournée à travers la France et traquer les mini scènes-culte.
Nous assistons à une pièce de théâtre dont nous ne voyons que quelques scènes, chaque fois un désastre. Personne n’est à son poste au moment voulu.
Marielle obsédé par l’état de santé de son bébé, pendu au téléphone entre chacune de ses entrées en scène, (essayez de l’imaginer disant « des cloques ? » d’une voix tremblante) Rochefort éperdu dans le décolleté de l’actrice principale récalcitrante, Marielle encore, fuyant les avances d’un partenaire gay, Noiret au commissariat, Rochefort en plein délire sexuel, Marielle jouant les intermittents du spectacle pour solliciter la générosité du public.
Et je ne parle pas de Michel Blanc, inénarrable dans son rôle de « méchant » producteur au bord de la faillite, qui hait les acteurs et n’a qu’une idée en tête, handicaper l’actrice principale pour saboter la pièce.
Et enfin cette actrice principale, Catherine Jacob qui joue la diva avec panache, incompréhensible mais pleine de panache, toute en rondeurs pulpeuses.
Je vous le dis, ce film est inénarrable, on ne peut le narrer, il faut le voir, un soir de déprime, et le revoir le lendemain pour être sûr de n’avoir pas rêvé.
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LA DOLCE VITA ET LA FONTAINE DE TREVI
Ce film, sorti en 1960, inaugure bien la décennie la plus f oldingue, la plus poétique et la plus novatrice depuis les années trente.
C’est une fresque insensée qui décrit notre monde en douze tableaux évoluant sur la via Veneto. Un monde où les plaisirs ont la part belle au milieu des interrogations mystiques, des préoccupations de l’esprit, de la douloureuse fuite du temps, thèmes graves dominés par la présence charnelle de la Femme, instigatrice de tous les maux.
Tout cela est quand même très subversif, pessimiste et légèrement pornographique.
Lors de la première projection du film à Milan, le 5 février 1960, Fellini et Mastroianni ont été agressés par la foule et à deux doigts d’être lynchés.
N’empêche, au Festival de Cannes qui a suivi, le film reçut la Palme d’Or. Les foules sont versatiles.
Au milieu d’une distribution pléthorique, en majorité italienne, Marcello Mastroianni se promène en Candide tour à tour émerveillé, perverti ou meurtri en compagnie de partenaires féminines à la beauté pulpeuse – le type féminin de prédilection de Fellini. Dans la scène qui nous occupe, celle ô combien légendaire de la fontaine de Trevi, Anita Eckberg les surpasse toutes. Elle est fantastique.
C’est la nuit, la nuit romaine porteuse de tous les envoûtements, obscure et bruissante d’appels, de murmures.
Anita Ekberg erre dans les rues à la recherche de Marcello qui a pu obtenir un rendez-vous nocturne. Il est tombé sous le charme de cette star américaine venue en visite à Rome. Il lui a donné une vague adresse et elle le cherche dans les rues désertes. Elle a entre les mains tout contre son cou, un tout petit chat qui miaule de toutes ses forces, elle lui parle doucement tout en criant le nom de Marcello et sa voix résonne sur les murs des ruelles.
Elle sait qu’elle finira par le retrouver, elle savoure les minutes qui passent, sûre de son pouvoir, grisée par la douceur de la nuit romaine.
Lui, à quelques mètres de là, doit éprouver la même sensation. Peut-être qu’il la voit de loin, il s’amuse à la suivre sans bruit.
Elle débouche tout à coup sur la place de Trevi, face à la fontaine jaillissante, assourdissante, fantasmagorique. « Oh my Goodness ! ».
Immobile un instant, elle contemple. Elle s’avance, le chaton sur la tête, et vacille devant le spectacle.
Elle n’y tient plus, libère le chaton qui s’enfuit, marche, vers le bassin et dans un dernier appel à Marcello, s’immerge jusqu’aux cuisses.
Le visage levé, les yeux fermés, elle se laisse asperger par la cascade et c’est cette image-la que la caméra de Fellini fixa pour l’éternité.
C’est aussi cette image là que contemple Marcello. On imagine son désarroi. Mais quoi, elle l’attend, il faut y aller.
Du banc de pierre où il s’est assis, il se dit qu’après tout, la situation n’est pas dénuée de charme.
Au moment où Marcello rejoint Anita en extase au milieu du bassin, voilà que soudain… la fontaine se tait, les eaux cessent de jaillir, c’est le silence.
Ils sont face à face et… et bien, encore une scène qui finit par un baiser, je ne le fais pas exprès mais c’est courant dans des situations comme celle-ci, même dans la vie.
De nos jours la vision de cette scène nous fait sourire « bien trouvé, le coup de la fontaine… » ou « qu’est-ce qu’elle était belle Anita Ekberg ! »,
Cette scène est certes d’une grande poésie, mais finalement très chaste. Pas de quoi lyncher ce pauvre Fellini, encore moins Mastroianni qui n’a fait que faire semblant ! (en tout cas sur le plateau…)
Enfin, quoi qu’il en soit, il nous reste cette image magnifique, digne du plafond de la Sixtine ! Et une musique, celle de Nino Rota, bien sûr. Le complément direct de l’image fellinienne.
A voir et revoir sur YouTube
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L
Avant de me lancer dans une analyse assez difficile (car qui suis-je pour juger une pièce choisie par un metteur en scène aussi original et talentueux que Marcial di Fonzo Bo et qui semble séduire un public très large ?) je vous livre un extrait savoureux de la critique du magazine ELLE : « pour mettre en bouche ces dialogues sèchement fouettés, un casting XXXL inédit. » Ouah ! Plus loin, on parle de la mise en scène : « infusé à Alfredo Arias, avant d’essorer son univers au contact de Claude Régy. » J’ai apprécié le vocabulaire. C’est presque du Audiard (Michel). Il donne des complexes à qui veut écrire quelque chose de fort sur un spectacle. Mais enfin, pas trace de jugement de valeur, juste une description et je vais tenter d’aller plus loin.
Au début je me suis crue dans une pièce mineure de Tennessee Williams. Un couple qui se livre à une sorte de combat rituel que l’on devine fréquent, provocations perverses, reproches lancés en rafale, bref la vraie scène de ménage vue et revue, pas un mot nouveau qui éveille l’attention, pas une réplique canon, mais on écoute et on regarde car les deux acteurs sont prodigieux, Romain Duris en Casanova élégant, Marina Foïs belle et féline, on pense à une Elisabeth Taylor de trente ans dans La Chatte sur un toit Brûlant. Plus la pièce avance, plus elle est impressionnante.
Mais ça dure, ça dure. On s’ennuie. Tant de violence va mener où ?
Et bien justement, au bout d’une petite heure arrive le couple de voisins du dessus (ou du dessous ?) également prodigieux dans des seconds rôles qu’ils vont vite survolter : Gaspard Ulliel, surprenant en époux modèle d’une femme obsédée par sa maternité, une Anaïs Demoustier très mignonne.
Le face à face n’est pas tout de suite évident. L’entreprise de séduction est ardue. Un moment fort, Romain Duris en démon tentateur face à Gaspard Ulliel à peine réticent.
Mais la scène ne vaut que par leur présence et leur talent.
Le texte est plat, démodé, sans surprise, mais les intentions sont là et les acteurs les font passer avec un naturel étonnant. Ils sont habités, convaincants, menés par une direction d’acteur « infusée » à la Claude Regy. Bref, ils sauvent la pièce.
C’est ce que j’ai ressenti, c’est ce qui rend difficile l’analyse : on est bluffé par le jeu des comédiens, on oublie la pièce.
Finalement, je me suis mouillée un peu plus que la journaliste de ELLE, quitte à me faire des détracteurs mais j’assume.
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DEMONS, au théâtre du Rond-Point jusqu’au 11 octobre.
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l’HOMME MODERNE, c’est lui
Après un an, le revoilà dans sa ville natale. Il n’a pas changé heureusement ! Toujours joli garçon, sourire charmeur, cabot à mort mais sans se prendre au sérieux – si, c’est possible !
Son public l’attendait, à l’Espace Gerson plein à craquer.
Sa force, on le savait, c’est d’avoir d’emblée trouvé son positionnement : le jeune homme bien élevé, Quoi ? Pas marrant comme type de personnage ? Détrompez-vous ! On n’imagine pas ce qu’un jeune homme bien élevé peut receler comme turpitudes.
Il se moque de tout avec une élégante cruauté. De caricature en caricature, il se transforme en « jeune » dépenaillé, en rom vautré, en blonde demeurée, en grand-père gaga, en DRH obsédée sexuelle, c’est inénarrable.
Ce qui frappe, c’est sa volonté de traiter le public en partenaire, d’en faire un complice.
A l’inverse de beaucoup de ses confrères qui font leur numéro en solitaires, centrés sur eux-mêmes, Jeremy Charbonnel ne nous quitte pas des yeux, nous prend à témoin, nous interpelle, et c’est un bonheur de lui donner la réplique avec quelques onomatopées sur lesquelles il rebondit allègrement.
A la fois très préparé et structuré, son one-man show laisse la part belle à l’improvisation et souvent, c’est succulent , ces petites parenthèses entre deux tableaux prémédités.
Un spectacle mené à un train d’enfer. On le sent en pleine possession de ses moyens, sa voix va de la basse à l’alto au gré des vicissitudes de ses personnages.
Son jeu est libre, instinctif et en même temps parfaitement maîtrisé. Surtout, il aime son public et ça se voit.
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Le public, lui, en redemandait. Il nous a offert en rappel quelques improvisations comme celle sur Steve Jobs (très irrévérencieuse !)
Sous les bravos, redevenu lui-même c’est-à-dire simplement séduisant, il prolongeait le spectacle à plaisir, et quelques-unes des jeunes spectatrices se préparaient probablement à l’attendre la sortie pour lui proposer un dernier rappel en privé…
Beau, bien élevé et foldingue à la fois, c’est pas donné à tous les fils à papa - ni à tous les humoristes…
A L’Espace Gerson du 1er au 3 octobre et à suivre sur son site :
ww. jeremycharbonnel.com
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L’AFFAIRE THOMAS CROWN : LA PARTIE D’ÉCHECS
Changement de registre.
Après la partie de cartes drôlatique, voici la partie d’échecs érotique. Restons calme.
Le film, réalisé par Norman Jewison est sorti en 1968. En `France cette année-là on découvrait sous les pavés la plage. Les spectateurs du film, eux, découvrent sous l’échiquier, l’orage.
Cet échiquier est la plaque tournante du film, le « pré » où vont s’affronter un homme et une femme en combat singulier.
L’éternelle guerre des sexes, en somme.
Nous avons ici la victoire de l’homme dans une fin très machiste, c’est pourquoi une deuxième version a été tournée par un John Mc Tiernan qui inversait les rôles en 1999.
Les acteurs sont deux stars en pleine gloire :
Steve Mc Queen s’empare du rôle que Sean Connery venait de refuser. Il dira plus tard que ce fut son r ôle favori. Evidemment, une scène comme la partie d’échecs ne se retrouve pas souvent dans une carrière… A la lecture du scénario, il a dû immédiatement flairer la scène d’anthologie, même s’il a sauté la partie elle-même pour ne s’intéresser qu’à la fin.
Il avait 38 ans et jouait son rôle de séducteur à la ville comme à l’écran.
Faye Dunaway, elle aussi, se vit offrir le rôle de Vicky Anderson après le refus d’ Anouk Aimée et de… Brigitte Bardot. Elle avait le vent en poupe après son succès dans Bonnie and clyde.
Cette année-là, elle débutait une love affair avec Marcello Mastroianni – double échec pour Thomas Crown !
Regardons maintenant cette scène.
Les amateurs d’échecs, tout à l’observation de la stratégie de chacun des coups, ne seront sûrement pas insensibles à la bouffée d’érotisme qui s’en dégage, et pourtant, à première vue il ne se passe rien.
Ils sont dans la pénombre, leur visage est impassible. Ils sont visiblement concentrés sur… l’issue de la partie.
Front plissé pour Thomas Crown, il évalue, anticipe, et joue. Geste précis, regard froidement satisfait de son coup.
Elle, en fait un peu plus. Elle réfléchit, cela se voit, mais tout en passant négligemment la main sous le tissu de son décolleté, geste innocent qui veut dire « voyez, je fais n’importe quoi, sans y penser vraiment » et elle jette un regard rapide sur l’adversaire, et elle prend une pièce noire et elle joue.
Attente. Non, il ne se passe rien, on se dit « mais non, c’est moi qui pense toujours au… » et la caméra tourne autour d’eux, fait des plans impossibles, on voit le feu de cheminée qui brûle, lui, ouvertement, on revient sur les deux adversaires qui se mesurent.
On entend deux mots, murmurés au sujet de la partie ? On ne comprend pas bien ce qu’ils disent.
Encore deux ou trois coups, les pièces avancent vers la fin. La tension monte. (car après tout, le jeu est passionnant, et puis il faut gagner, ce n’est pas le moment de penser à autre chose…)
Le front de plus en plus plissé, beau à tomber, Thomas Crown a un regard féroce et elle l’ignore, avec un doigt posé sur sa bouche, qui lisse la pulpe des lèvres. Elle est vraiment garce. Surtout qu’elle prend son Roi et le place, échec et mat.
A ce moment du film, la Femme est la plus forte. Mais…ça va changer.
Ils restent un moment immobiles. Il se lève, fait le tour de la table, l’arrache à son siège et… fin de la bouffée d’érotisme. On est dans l’acte enfin, et si longtemps retenu le désir est d’une douce violence. Le baiser aussi restera dans la mémoire collective.
Dans ce genre de scène, la première prise est la bonne, ou alors on tombe dans le film porno. On imagine donc Mr Jewison après avoir dit « coupez ! », s’avancer vers ses deux acteurs pour leur serrer la main. « Wonderful ! Thank you very much ! ».
C’est marrant, le métier d’acteur...
Miss Comédie
En ces temps instables, nous sommes tous à la recherche des valeurs sûres – au fait, c’est quoi au juste, les valeurs sûres ? des idées, des marques de voitures, des denrées alimentaires, des personnages célèbres ? on peut en tout cas trouver des valeurs sûres au théâtre et au cinéma. Et en particulier dans certaines scènes mythiques qu’on ne se lasse pas de revoir.
Au théâtre, Gérard Philipe fut une valeur sûre, ô combien. Et puis pfffuit ! Disparu. Personne ne peut plus revoir Lorenzaccio avec lui dans le rôle titre, puisqu’il est mort. Les scènes mythiques du théâtre restent dans nos mémoires, c’est à chacun de restituer dans son souvenir la magie de ce que l’on ne reverra jamais.
Mais au cinéma, les valeurs sûres laissent des traces. Et certaines scènes ont encore un succès d’enfer sur les grands et petits écrans.
Par quel miracle ?
J ai revu quelques-unes de ces scènes et après mon instant d’extase j’ai eu envie d’en savoir plus sur leur histoire. Et c’est passionnant de voir à quel point l’impact de ces scènes était imprévisible ! C’est juste le résultat d’une équation réussie entre le savoir-faire et le naturel, l’humeur fusionnelle des acteurs entre eux.
Au fond d’eux-mêmes ils auraient dû le savoir, au moment où ils la tournaient, que la scène allait faire un tabac. Mais on n’est sûr de rien et en tout cas le réalisateur, lui, tout satisfait qu’il put être de la prise, ne se doutait pas qu’elle était plus que parfaite.
Voilà le mystère de ces scènes mythiques qui restent des valeurs sûres à travers le temps.
On commence par la plus célèbre, honneur aux anciens : depuis 1931 elle n’a pas pris une ride.
LA PARTIE DE CARTES dans MARIUS
LE FILM
Réalisé par Alexandre Korda (1931) mais supervisé par Marcel Pagnol, MARIUS est le premier volet de la « Trilogie Marseillaise » de Pagnol, MARIUS, FANNY et CÉSAR.
Tourné en extérieurs sur le Vieux Port de Marseille, le film est une adaptation de la pièce de Pagnol qui fit un trimphe deux ans plus tôt
S au théâtre de Paris avec Raimu et Orane Demazis.
Sorti en 1931, c’est l’un des premiers films parlants où Raimu put se faire un nom grâce à sa voix tonitruante… et à son accent méridional.
LES ACTEURS
Qui joue quoi dans cette scène ?
César : Raimu
Panisse : Fernand Charpin
Escartefigue : Paul Dulac
Monsieur Brun : Robert Vattier
LA SCENE
Ils sont quatre autour de la table pour une partie de manille , dans ce bar de la Marine que dirige César avec sa tonitruante hospitalité.
Ses partenaires, ce sont les habituels : Panisse, maître voilier dans le Vieux Port, Escartefigue, le Capitaine du ferry-boat, et monsieur Brun, l’œil des douanes, un lyonnais pur beurre qui parle pointu.
Ca commence calme, on galège juste comme il faut, mais il y a tout de suite quelque chose qui cloche, une petite malice qui pointe et qui va très vite dégénérer.
César est un tricheur, c’est notoire. Nous avons droit à un échange de mimiques inénarrables entre lui et Escartefigue. Après quelques passes d’armes bien envoyées, Panisse finit par quitter la table.
Les trois autres continuent à jouer en devisant. Il est question maintenant de Marius et de sa mystérieuse maîtresse.
Sujet scabreux s’il en est, dont César s’empare allègrement pour faire rebondir la scène qui faisait semblant de s’endormir !
Maintenant, après le « coup » du « Panisse coupe à cœur », on entend une vérité qui fait mal. César, l’air de rien, balance que « c’est dans la marine qu’il y a le plus de cocus… »
Escartefigue est marin, et fier de l’être. Il est aussi cocu et tout le monde le sait… Touché au cœur, il quitte à son tour la table non sans avoir clôt la scène par un magistral « la Marine française te dit merde ! »
Tout cela est à pleurer de rire, on ne se lasse pas d’entendre cette truculence marseillaise débitée avec un naturel phénoménal par des acteurs grandioses.
A voir et revoir sur YouTube.
Et à bientôt pour une autre scène de folie.
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AOOM
AU BUREAU LA NUIT (Office at night, Edward Hopper 1940-)
« Daisy, ne me quittez pas…
« Mais monsieur, je vais me marier ! J’arrête de travailler !
« Comment vais-je faire sans vous ?
« Je ne peux pas me passer de vous !
« Je vous ai trouvé une remplaçante qui a de bonnes références.
« Ma préférence c’est vous, Daisy.
« C’est la secrétaire parfaite sous toutes ses formes.
« Vos formes sont plus que parfaites, je n’en veux pas d’autres !
« Elle tape à la machine aussi vite que moi !
« Vous, c’est dans l’œil que vous m’avez tapé c’est l’essentiel.
« Elle parle trois langues !
« La vôtre me suffit ! Bon, Daisy, je double votre salaire si vous restez.
« Je vous ai dit que j’épousais un milliardaire !
« Je vous emmènerai en voyage d’affaires à Paris.
« Monsieur vous me gênez, n’insistez pas, voyons !
« Bon alors, je me vois obligé d’employer la manière forte.
« Quoi, vous allez être brutal ?
« Non pas brutal, mais convaincant . Vous n’aimeriez pas que votre futur époux sache à quoi vous occupez vos heures supplémentaires avec moi ?
« Monsieur…
« Oui, je peux lui conseiller d’aller questionner le veilleur de nuit de l’hôtel Bijou, à deux pas d’ici.
« C’est indigne de vous !
« L’amour peut conduire à des extrémités regrettables !
« Mais vous m’aimez vraiment ?
« Comme un fou, Daisy. Alors, je préfère passer pour un mufle que me passer de vous.
« Ah oui ? Et bien vous savez quoi ? Je ne me marie pas !
« Ah, bien. Je vois que mes arguments ont porté… je suis rav…
« … non, à vrai dire, ces heures supplémentaires me font horreur. je vais chercher un job sans heures supplémentaires.
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CONCERT DU 19 AOUT 2015 ; ALEXANDRE LE BIEN-AIME
THARAUD est notre chouchou à tous. Pas une place vide sur les gradins hier soir. Ses adorateurs viennent l’écouter, avant même de connaître son programme.
Mozart, pour commencer, avec une succession de sonates ingrates puis cent mille fois entendues qui m’ont plongée dans l’ennui. Tharaud joua les premières sans entrain, pour reprendre un peu de nerf à la dernière, la trop célèbre Marche Turque.
Fin de la première partie.
Je suis triste, Tharaud m’a déçue. Pourquoi ce choix sans audace qui semblait l’ennuyer lui-même ?
Le public applaudit cependant, je le trouve bienveillant.
Un public plus abondant chaque année, qui se répand dans le parc à l’entracte, se presse autour du bar pour la rituelle coupe de champagne. L’ambiance est toujours magique dans un mélange coloré d’accoutrements et de dégaines, des bourgeoises en tenue chic, aux artistes un peu débraillés et aux marginaux des concerts, habillés comme au marché. Mais l’ensemble fait le bonheur des habitués qui viennent aussi pour les rangées de séquoïas et les 365 platanes qui bordent le parc.
Tharaud a-t-il lui aussi avalé sa petite gorgée pétillante en coulisses ?
Car la suite me rassure vite. Passant du classique au romantique, il réveille la flamme de son regard et l’éloquence ses doigts dans la sublime Fantaisie en fa mineur de Chopin. L’euphorie renaît dans le public. On entend enfin crier « bravo » au milieu des applaudissements.
Pour la fin il a choisi Ravel, dans lequel il excelle. La belle suite « Miroirs », toute en contrastes, nous rappelle l’étendue du talent de l’artiste et de l’interprète. La violence succède à la douceur, les frémissements de l’eau calme puis l’agitation impatiente du vent dans les arbres, toute la folie douce de Ravel dans ces courtes pièces d’inspiration bucolique.
(Pardonnez le lyrisme…)
Oui, le talent de Tharaud est intact.
Il salue, tout frêle dans son smoking noir, son éternel sourire d’enfant sage aux lèvres.
On le rappelle, il ne se fait pas prier. Tharaud est généreux, les rappels ne lui font pas peur, quatre fois il est revenu avec des morceaux délicieux tirés de son répertoire éclectique : Scarlatti, Chopin, Rameau et… le voluptueux « The Man I Love » de Gershwin qu’il exécute avec le tempo d’un jazzman de carrière !
Belle soirée- à propos, il fait toujours beau à La Roque d’Anthéron, je n’ai pas subi d’orage ni même de pluie en trente-cinq ans de concerts !
Belle fin d’été en musique, donc. Plus de festivals, plus de concerts, plus de canicule, il va falloir affronter la jungle des villes avec au cœur ces souvenirs sans importance mais tellement bienfaiteurs.
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CONCERT DU 9 aout 2015 . LA SYMPHONIE TESTAMENT
ll y a eu d’abord ce premier choc pianistique, à 18h, avec la toute jeune et frêle Béatrice Rana qui nous a nous a entraînés dans un récital en forme de crescendo avec une dextérité et une technique infaillibles : une partita de Bach délicatement allègre suivie d’ une sonate de Chopin où se mêlent la fougue et la mélancolie, pour finir avec une valse de Ravel étourdissante – les trois temps d’une démonstration de virtuosité qui laissa le public pantois. Ovation, rappels, on est là devant une future grande concertiste.
Beau début de soirée avant de saluer le talent confirmé d’Anne Quéffelec, qui partage le plateau avec l’orchestre Sinfonia Varsovia.
Un concerto de Mozart, pas le plus envoûtant, mais la magie de Mozart opère toujours. Un concerto de Beethoven, le sublime n°4 – comme un défi à Mozart
Et puis, Anne Quéffelec s’est retirée après trois rappels très jolis.
Et l’orchestre est resté pour cette Symphonie N° 2 de Beethoven.
Je n’aime pas les symphonies, pas plus celles de Beethoven que les autres. Mais celle-ci était annoncée dans le programme comme étant la « symphonie- testament » du compositeur.
Comme preuve, un document rare était joint au programme, une lettre de Beethoven à ses frères, formulée comme un testament. Déchirante. L’ultime sanglot d’un être privé de son sens le plus précieux depuis déjà de longues années.
Après avoir lu cette lettre, on est prêt à entrer dans cette symphonie avec émotion. On imagine Beethoven devant sa partition, écrivant chaque note avec le souvenir de cette note, sans pouvoir l ‘ entendre sur le clavier. Comment est-ce possible ? Il faut se laisser guider par l’instinct de la Musique, sa main guidée par une force mystérieuse comme l’ écriture automatique des médiums.
Bizarrement, je n’ai pas trouvé poignante l’écoute de cette symphonie. Au contraire, elle contient de nombreux passages empreints d’allégresse au point que l’on se demande si l’écriture du Testament de Helligenstaadt,adressé à ses frères, ne l’a pas soulagé d’un poids trop longtemps contenu et ne lui a pas inspiré une œuvre pleine d’espoir.
Comme dans un nouvel élan, Beethoven écrivit encore huit symphonies et ce n’est que 25 ans après sa lettre-testament qu’il rendit le dernier soupir, à l’âge de 56 ans.
Il écrit : « Après ma mort, ne m’oubliez pas… » et il ne se doutait pas que 125 ans plus tard son œuvre allai lui survivre et résonner sous les séquoIas du Parc de Florans à La Roque d’Anthéron.
Je vais avoir neuf ans ce mois-ci et mes parents m ‘ont emmenée au théâtre en plein air à Grignan voir un spectacle de Feydeau.
C’était magique, quand on s’est installés sur les gradins, il faisait encore jour et nous avions en face de nous l’immense façade du château où la marquise de Sévigné passait ses vacances, paraît-il, il y a très longtemps.
C’était impressionnant, toutes ces fenêtres fermées et cette grande cour vide où les comédiens allaient jouer.
Je m’attendais à voir des dames en crinoline et des messieurs en culottes de velours se faire des révérences, j’avais hâte que ça commence.
Il y a eu tout d’un coup un coup de canon et une grosse fumée est sortie d’un monticule en bois posé par terre, et j’ai cru qu’un incendie s’était déclaré et qu’on ne verrait pas la pièce.
Mais un homme en noir est venu annoncer quelque chose, on m’a dit que c’était le Diable et j’ai compris que c’était lui qui avait fait de la fumée pour nous intriguer.
Le spectacle a commencé et je me suis crue revenue au jardin du Luxembourg à Paris, devant le théâtre de Guignol, mais avec de vrais gens.
Et puis là, il se passait des choses qui intéressent surtout les grandes personnes, la femme se tenait le ventre et criait de douleur, le mari essayait de la calmer mais elle le traitait de tous les noms et finalement elle lui a ordonné de se mettre un pot de chambre sur la tête et il l’a fait. C’était horrible. Ensuite les parents de la dame sont venus et ils se sont moqués de lui, et puis un homme déguisé en femme est arrivée, il faisait le docteur et il a envoyé la dame dans sa chambre, le mari est resté avec son pot de chambre sur la tête et à la fin il l’a planté sur la tête du papa de la dame, exactement comme à Guignol, sauf qu’à Guignol je comprends bien tout ce qui se passe, là non.
J’ai pas trop aimé cette pièce.. Les gens ont applaudi, ils avaient l’air très contents. J’ai regardé mes parents, ils faisaient une tête d’ enterrement. Je pense qu’ils n’ont pas compris non plus cette histoire de pot de chambre.
Après il y avait un lit sur la scène et une dame qui dormait était réveillée par son mari qui rentrait d’une fête déguisé en Roi Soleil. Ca, c’était drôle, elle l’engueulait, c’est normal, ils ont discutaillé pendant des heures jusqu’à ce qu’il se couche et là, on a sonné et c’était le Diable qui venait annoncer que la maman de la dame était morte. La dame a fait une crise et le mari s’est depéché d’écrire à la Pompe Funèbre de préparer la tombe. Je me doutais bien qu’il fallait attendre un peu et crac ! voilà qu’on apprend que la morte, c’était pas la maman de la dame mais sa voisine de palier. Exactement comme à Guignol.
Ca, c’était plus drôle, j’aimais beaucoup le personnage du Diable (ils auraient dû lui mettre des cornes, comme à Guignol).
J’étais un peu inquiète parce que je voyais mes parents, ils avaient l’air de s’embêter, ils ne riaient pas du tout. Pourtant, les acteurs gesticulaient bien et on entendait bien les mots quand ils criaient.
La troisième pièce, j’ai vraiment détesté, c’était dégoûtant. Soi-disant un bébé avait pas fait dans son pot et la maman voulait le purger. Le père s’en fichait complètement, vu qu’il essayait de vendre des pots de chambre incassables à un client. Là, il y a eu un truc très marrant, quand le père a lancé un pot de chambre à l’autre bout de la cour et qu’il s’est cassé ! La tête qu’ils ont fait, bon, c’était pas fin-fin, mais je riais comme à Guignol, ou à Astérix, mais j’avais un peu honte de rire puisque mes parents ne trouvaient pas ça drôle.
Alors le soi-disant bébé est arrivé, et j’ai reconnu le Diable déguisé en bébé qui arrêtait pas de dire « j’veux pas me purger » et tous ils s’y mettaient pour lui faire avaler sa potion, ça n’en finissait plus. Finalement, il la leur a fait avaler à tous, ils sont tous partis en courant et le bébé-diable est resté à rigoler.
Je me demandais ce que je dirais si je tombais sur Feydeau à l’interro de Français, je n’oserais pas citer les sujets de ses pièces. Je dirais seulement que ce devait être très difficile à jouer pour des acteurs, et très fatigant.
C’est sûrement pour ça qu’ils ont été très applaudis, même par mes parents qui n’ont pas ri du tout. J’ai entendu ma mère dire à mon père en soupirant « il faut aimer Feydeau .. " ! ».
J’ai cru comprendre qu’elle conseillait d’aimer Feydeau. Je veux bien essayer, mais c’est vraiment pas un auteur pour les enfants.
Miss Comédie
PS Bravo au travail des comédiens et de Didier Bezace, le metteur en scène qui, eux, aiment Feydeau et le prouvent !
Peut-on trouver une similitude avec ce qui se passe aujourd’hui ?
C’est une belle histoire, celle de la belle Hélène, mais il serait fâcheux que la Grèce, cette belle Hellène que le monde entier admire, connaisse une nouvelle guerre, celle de l’Europe.
Hélène était la fille de Zeus et de Leda. Fille illégitime, bien sûr car Zeus était un incorrigible dragueur, malgré la jalousie de sa femme Héra, qui était aussi sa sœur.
Pour séduire Leda, qui était mariée à Tyndare le roi de Sparte, il prit la forme d’un cygne comme chacun sait.
Leda mit donc au monde Hélène, qui fut adoptée par Tyndare et sacrée plus belle femme du monde après Aphrodite. .
(Dans la mythologie européenne, la Grèce, pays des dieux, est le plus beau pays du monde après la France. )
Lorsqu’elle fut en âge de se marier Hélène ne manquait pas de prétendants… mais son beau-père Tyndare lui choisit comme époux Ménélas, un prince riche mais sans attrait, et fit signer un pacte à tous les prétendants évincés où ils s’engageaient à porter secours à Hélène si elle se trouvait en danger. Hélène se soumit à la décision paternelle, devenant ainsi reine de Sparte avec une garde rapprochée.
Aujourd’hui la Grèce, à qui la Commission Européenne a imposé un mariage forcé avec l’Europe, a choisi de revenir au célibat - perdant ainsi l’appui de sa garde rapprochée, les pays d’Europe ayant pactisé avec l’Euro. Bon, la belle Hellène a mené une vie de patachon, dissipant la fortune que l’Euro, son époux, lui dispensait sans compter.
Et voilà qu’elle crie famine, implorant sa garde rapprochée qui a d’autres chats à fouetter !
Pour Hélène, le destin prit la forme d’un des plus beaux princes troyens, Paris qui profita d’un voyage de Ménélas en Crète pour enlever Hélène sous le charme et l’emmener à Troie, allumant ainsi la violente jalousie de Ménélas qui déclara ouverte la Guerre de Troie.
Ici s’arrête la similitude des mythologies, car l’avenir de la belle Hélène reste un mystère. Sera-t-elle sauvée par une puissance étrangère à l’Euro et déclenchera-t-elle alors une Guerre des Trois ?
Pourra-t-on encore naviguer le long de ses côtes et accéder à ses îles féériques ? Les dieux déserteront-ils ces rivages bleutés aux profondeurs mystérieuses ? Les pêcheurs danseront-ils toujours le sirtaki aux terrasses des cafés au rythme des bouzoukis ?
En disant non au mariage, ils se sont coupés les vivres… mais si l’Olympe est toujours habité par les dieux, Hermès, le dieu des voyages, peut leur donner une nouvelle chance en faisant affluer chez eux les humains à la recherche des mythologies perdues.
Mais les dieux ont peut-être changé de résidence ?
L’Olympe est peut-être redevenue une simple montagne, la plus haute de la Grèce, lieu de transhumance des troupeaux de chèvres menés par un berger du nom d’Euclide. …
Miss Comédie
Que fait donc Zeus, sur son Olympe, entouré de ses camarades les dieux et déesses nantis de pouvoirs extra
Ils s’étaient rencontés en 1971 sur le tournage des Mariés de l’An II, de Jean-Paul Rappeneau et depuis c’était l’amour fou. Deux stars en pleine gloire. L’année 1973 ils survolent ensemble l’univers cinématographique : Laura Antonnelli enflamme les salles avec Malizia. On la compare à Marlène Diétrich dans l’Ange Bleu, à Rita Hayworth dans Gilda, à Marilyn Monroe dans Sept ans de Réflexion…Tandis que Belmondo tourne Le Magnifique, sans commentaire, le titre dit tout…
Comme une étoile filante dont la traîne lumineuse perd peu à peu de son éclat pour se perdre dans le néant, l’étoile de Laura s’éteint.
En 2000 le réalisateur de Malizia tente de lui redonner sa chance avec Malizia 2000. Il l’encourage à se soumettre à une opération esthétique qui est un échec, comme le film.
Laura intente un procès contre le chirurgien, elle saura seulement treize ans plus tard qu’elle est déboutée.
Le chirurgien a fait valoir que la substance injectée n’est pas responsable de l’allergie qui l’a défigurée.
Que faire lorsque le sort s’acharne contre vous ?
Laura est désormais vouée à la solitude et à l’obscurité.
Elle quitte Rome et s’installe dans une banlieue lointaine, à Ladispoli, se réfugie dans la prière. Elle fréquente la Communauté religieuse de Ladispoli où elle découvre les bienfaits de l’anonymat.
Le monde l’a oubliée. Mais un journaliste du Correre de la Sera tente un jour de l’interviewever par téléphone. Elle répond : « Laura Antonelli n’existe plus. » Et elle raccroche.
Laura Antonelli n’existe donc plus. On l’oublie pour de bon.
Et voilà qu’en ce lundi 22 juin, sa femme de ménage la trouve étendue dans la salle de bains de son modeste appartement. Crise cardiaque ? Elle avait 71 ans.
Rangez vos mouchoirs. Si je vous raconte cette histoire si triste, c’est parce qu’en écoutant le flash d’information annonçant sa mort, j’ai soudain revu son beau visage si pur et j’ai eu envie de savoir à quoi avait ressemblé sa vie. Et bien, j’étais servie.
Belmondo n’a pas une fin de vie plus belle. Ils n’auraient jamais dû se séparer.
Miss Comédie
Comme une étoile filante dont la traîne lumineuse perd peu à peu de son éclat pour se perdre dans le néant, l’étoile de Laura s’éteint.
En 2000 le réalisateur de Malizia tente de lui redonner sa chance avec Malizia 2000. Il l’encourage à se soumettre à une opération esthétique qui est un échec, comme le film.
Laura intente un procès contre le chirurgien, elle saura seulement treize ans plus tard qu’elle est déboutée.
Le chirurgien a fait valoir que la substance injectée n’est pas responsable de l’allergie qui l’a défigurée.
Que faire lorsque le sort s’acharne contre vous ?
Laura est désormais vouée à la solitude et à l’obscurité.
Elle quitte Rome et s’installe dans une banlieue lointaine, à Ladispoli, se réfugie dans la prière. Elle fréquente la Communauté religieuse de Ladispoli où elle découvre les bienfaits de l’anonymat.
Le monde l’a oubliée. Mais un journaliste du Correre de la Sera tente un jour de l’interviewever par téléphone. Elle répond : « Laura Antonelli n’existe plus. » Et elle raccroche.
Laura Antonelli n’existe donc plus. On l’oublie pour de bon.
Et voilà qu’en ce lundi 22 juin, sa femme de ménage la trouve étendue dans la salle de bains de son modeste appartement. Crise cardiaque ? Elle avait 71 ans.
Rangez vos mouchoirs. Si je vous raconte cette histoire si triste, c’est parce qu’en écoutant le flash d’information annonçant sa mort, j’ai soudain revu son beau visage si pur et j’ai eu envie de savoir à quoi avait ressemblé sa vie. Et bien, j’étais servie.
Belmondo n’a pas une fin de vie plus belle. Ils n’auraient jamais dû se séparer.
Coucou, me revoilou ! Au bas de ce texte, vous lirez mon premier article depuis… trois mois, intitulé LA POMME D’ALAN. Depuis ON NE SE MENTIRA JAMAIS , mon article sur la pièce de Jean-Luc Moreau, silence sur le blog. Pourquoi ?
Ce n’était pas une panne d’inspiration mais une panne de transcription. Une « mise à jour » de la mise en forme des textes est venue soudain tout chambouler, tout compliquer.
J’ai dû faire appel à des spécialistes qui restaient perplexes devant ce nouveau procédé, j’ai tâtonné, cherché, essayé, j’ai bien cru que j’allais devoir arrêter de publier chez Over-blog. A force d’obstination j’ai pu trouver les clics nécessaires pour que ma rédaction apparaisse sur mon blog. Il me reste à régler le problème des photos. J’y arriverai.
Une MISE A JOUR est un cauchemar pour tous les internautes. C’est un moyen de faire croire qu’avant c’était moins bien alors que c’est en réalité un moeyn de compliquer les choses.
Si tout va bien, je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouvel article. Une Miss Comédie over-branchée
C’est une belle et triste histoire, que l’histoire d’Alan Turing.
Qui connaît Alan Turing ?
Sûrement tous les amoureux et utilisateurs d’Apple et de sa galaxie élitiste. Pourquoi ? Quel rapport entre Alan Turing et Apple ?
Bien sûr, Steve Jobs reste dans les esprits comme le fondateur de cette marque qui a changé le monde. C’est donc lui et son associé Wodniak qui ont choisi leur logo : une pomme… mordue.
Pourquoi mordue ?
C’est là qu’on entre dans l’histoire d’Alan Turing.
C’était un mathématicien, informaticien, cryptologue surdoué. Anglais, beau et gay.
C’est lui qui a permis aux Alliés de gagner la Seconde guerre Mondiale en décryptant le code secret des nazis contenu dans leur machine Enigma. Un exploit énorme passé sous silence pour une raison précise liée à son orientation sexuelle. Un délit, à l’époque. Et puis ? Quel rapport avec la pomme ?
L’histoire vire au drame.
Un jour la maison de Turing à Manchester est cambriolée. Complice de ce vol, un ax-amant de Turing. La loi est sévère à cette époque envers les homosexuels. Turing est inculpé et mis en demeure de choisir entre deux peines : la prison ou la castration. Le coup dont on ne se remet pas. Il choisit la castration. Même chimique, le traitement a des effets secondaires dramatiques sur son état psychique.
Un an plus tard il est retrouvé mort dans sa chambre, empoisonné par une pomme imprégnée de cyanure. L’affaire est retentissante, on épilogue sur « accident ou suicide ? ».
La clé de l’énigme est dans un conte de fée que Turing adorait : Blanche-Neige et les sept Nains dont il regardait le film en boucle. Il aimait particulièrement la scène où la sorcière plonge une pomme dans le chaudron pour l’imprégner de poison. On l’ entendait souvent la chanson de la sorcière.
Ce serait donc un suicide. Il avait 42 ans.
Et l’histoire ajoute qu’il aurait choisi cette forme inattendue pour que sa mère puisse croire à un accident. En effet, les pépins de pomme contiennent, paraît-il, du cyanure…
L’histoire commence en récit d’espionnage et finit en roman d’Agatha Christie.
En tous cas c’est en hommage à son prédécesseur méconnu,que Steve Jobs a grignoté un morceau de la Pomme. Et ça, c’est du sûr.
Version:1.0 StartHTML:0000000174 EndHTML:0000004817 StartFragment:0000002471 EndFragment:0000004781 SourceURL:file:///Users/barbara/Desktop/MISE%20A%20JOUR%20PLOMB.doc
Comme on le vérifie souvent, le mieux est l’ennemi du bien.
Voilà comment sous prétexte d’une mise à jour imposée, nous découvrons perplexes, au lieu de nos étapes familières, un parcours inconnu où il faut tenter d’insérer nofre texte.
Nous n’avions rien demandé, tout marchait très bien, et voilà que soudain on brouille les cartes et la règle du jeu a changé.
Sans avoir le choix, nous voilà devant le fait accompli. Des otages payants.
C’est très malsain pour l’ensemble des bloggeurs qui ne sont pas tous informaticiens.
Pour ma part, je vais essayer de rassembler les morceaux du puzzle pour vous poster un nouveal article qui tienne debout.
Je ne garantis rien. Si je n’y arrive pas c’est que je ne suis pas à la hauteur d’un hébergeur aussi ingénieux. Et j’irai voir ailleurs.
A bientôt j’espère,
Miss Comédie
PS Il se peut que cette mise à jour comporte certains avantages. Dans ce cas, je serai honnête, je ferai amende honorable mais je maintiens que nous aurions pu être consultés.
V
Affirmation gratuite, promesse non tenue, le titre est trompeur, lui aussi !.
Si vous décidez d’aller voir cette pièce pour passer un bon moment de rigolade, vous faites fausse route.
Enfin, ça dépend… si vous êtes de ceux qui pleurez de rire devant un type qui glisse sur une peau de banane, alors vous pouvez y aller. Mais attention : cette histoire-là peut un jour être la vôtre. .. si elle ne l’est pas déjà.
De toute façon vous passerez un moment intense, entre rire et larmes.
Le sujet, l’adultère (sujet favori de l’auteur) n’a rien de très original mais il est ici traité avec une intelligence, une finesse, une cruauté qui le rapprochent d’ une tragédie d’Eschyle.
Mais que serait un tel texte sans ses interprètes ? Une conférence sur la problématique du mensonge.
Or, nous avons devant nous un duo d’acteurs étonnants, aussi percutants l’un que l’autre. Ils ne quittent pas le plateau durant 90 minutes, le temps de procéder à une subtile recherche de la vérité au moyen d’un interrogatoire haletant.
Décrire ici le talent de l’un et de l’autre dans leur duel amoureux serait dévoiler les ressorts de l’intrigue. Donc je m’abstiens.
Dommage, j’aurais aimé vous détailler leur virtuosité, leur beauté, leur élégance… Bref, ils sont tous deux un régal à écouter et à voir se démener dans cette situation infernale…
Eric Assous ne donne pas dans le rabâchage sur ce thème éculé. Il nous invente un vrai suspense.
A la moitié de la pièce, on ne sait vraiment pas, du mari ou de la femme, lequel est la victime, lequel est le bourreau.
…
Fanny Cottençon est tour à tour comique, révoltante., touchante, frémissante, et en plus elle est belle.
Jean-Luc Moreau nous confond par l’attraction de sa seule présence, la sobriété de son jeu tout intérieur, dans un personnage dont on se demande si sa sérénité est feinte ou réelle, si son amour conjugal est sincère ou factice, jusqu’à la révélation finale.
Je dois être honnète. Cette pièce d’Assous m’a d’abord agacée par son ambigüité. Que cherche-t’il ? A faire rire de cette situation cocasse ? A faire réfléchir tristement sur la duplicité des deux sexes ? On sort de là ébranlé plutôt que réjoui. Mais comment ne pas être sensible à la justesse de son analyse et la richesse de son écriture ? A eux trois, ils m’ont eue.
Miss Comédie
C’est au théâtre La Bruyère jusqu’au 30 avril
Au fil des années il gardera ce regard farouche, mais le cigare grossira avec lui. Réponse le mois prochain.
A bientôt !
Miss Comédie
« Quel temps magnifique ! « … Plate ?
« Oui, rien à l’horizon… C’est un peu inquiétant…
« Nos hôtes ont disparu.
« Et puis ils nous laissent seuls, là, qu’est-ce qu’ils font, tous les deux ?
« Il l’aide à préparer les apéritifs, je crois.
« Bon, on n’est pas mal, on prend le soleil…
…………..
« Vous voyez, cette perspective, là, devant nous ?
« Oui ?
« Et bien, avec nous en face, c’est les Etres et le Néant.
« Bien dit !
Ils rient tous ensemble. Puis dressent l’oreille.
« Vous entendez ?
« Oui… quelqu’un joue du piano.
« Qui cela peut-il être ?
« Un de leurs enfants ?
« Oui, parce que qui préparerait le dîner ?
« C’est la Sonate au Clair de Lune.
« C’est vrai que si ça continue, nous serons encore là au clair de lune.
« Mais enfin, qu’est-ce qu’ils font !
« Attendez, c’est peut-être un diner trois étoiles…
(Rires)
« Vous savez, elle, c’est un vrai cordon bleu, on m’a dit.
« Mais vous avez vu une table dressée, vous ?
« Non, ils nous ont fait passer par le jardin.
« Vous croyez qu’il n’y aura pas de dîner ?
« « Ils nous ont peut-être conviés à un concert ?
« Regardez, le soleil est prêt à passer derrière la colline.
« On est bien, on se détend, vous ne trouvez pas ?
« Et bien moi, je commence à avoir faim...
« Tiens, la musique s’est arrêtée.
On entend un cri horrible dans la maison puis des pas précipités et une voix leur parvient sur un ton brutal :
« Ne bougez pas, vous autres ou vous êtes morts !
Tétanisés, ils restent figés, immobiles. Ils ne se retournent pas.
L’un d’eux chuchote :
« Je vous l’avais dit, ce paysage avait quelque chose d’inquiétant.
4 mars 2015
Miss Comédie "Conversations imaginaires"
Evidemment, on ne peut s’empêcher de penser à DIPLOMATIE, autre récente pièce à succès, autre moment d’Histoire, autre suspense, celui-ci un peu moins haletant que le premier.
Toujours Niels Arestrup, aussi imposant, voix métallique, manières aristocratiques, assurance souveraine, c’est Talleyrand.
Face à lui, Patrick Chesnais, venu du boulevard comme pour illustrer la différence d’origine des deux personnages. Mais il n’est pas là pour nous faire rire. Cinglant, exalté, il est un Fouché très crédible.
L’histoire les a-t-ellle réellement réunis pour décider de l’avenir de la France ? Fouché aurait-il accepté de partager un souper fin arrosé au champagne avec son ennemi juré ? Mais la scène est du gâteau pour un historien. Après Waterloo, la France se contente d’un gouvernement provisoire, que préside Fouché. Mais ensuite ?L’un veut réinstaller la royauté, l’autre veut donner le pouvoir au peuple. Vaste débat, éternel débat. On ne va pas juger ici si leur alliance fut bonne pour la France ou non.
Mais Chateaubriant décrit ainsi les deux personnages venus rencontrer Louis XVIII pour lui rendre le trône : « Le vice appuyé sur le bras du crime ». On ne sait lequel des deux tirera le plus d’avantages de la situation.
Le texte de Jean-Claude Brisville est puissant, éloquent, émaillé de pointes d’humour (aigre-doux) et entrecoupé d’appréciations gustatives, comme on pose son arme entre deux assauts.
Les deux adversaires sont de force égale, même si Chesnais, avec sa voix sourde, son ironie défensive et quelques poussées d’humeur bruyante ne donne qu’une petite idée de la férocité de son personnage. Niels Arestrup a la force tranquille de Talleyrand mais en a- t -il la finesse ?
N’importe, le texte parle pour eux. Chacun avec sa technique, ils s’imposent.
On ne décroche pas une minute de leurs joutes verbales. Ils ne quittent pas le plateau, allant et venant autour de la table au rythme de leur querelle, dans un décor sobrement d’époque.
C’est une pièce drôle et grave à la fois. Avec un texte de belle tenue et des comédiens inspirés. Comme j’aimerais qu’il s’en monte davantage dans le privé. Du boulevard, oui, mais du grand boulevard !.
Le Souper est servi au théâtre de la Madeleine, jusqu’au 29 mars 2015.