VANESSA PARADIS, LA GRÂCE
« J’ en ai marre… Je vais sauter. J’ose pas regarder en bas. Oh mon dieu c’est très loin, en bas… Ca brille… J’ai froid, je grelotte… Bon, je ferme les yeux et je saute. A trois… non, à cinq… oh putain j’ai la trouille… Mais j’en ai trop marre, ça suffit cette vie de galère… Un… deux… »
Sur les derniers mots de son soliloque, la caméra la quitte pour cadrer la silhouette d’un homme qui s’est approché et qui l’observe en fumant une cigarette.
- Vous avez l’air d’une fille qui va faire une connerie.
- Non non, merci, ça va.
- Vous avez l’air désespérée…
- Pensez-vous.
- Alors vous jouez à quoi ? A pile ou face ? Vous voulez épater qui ?
- J’ai jamais épaté personne, c’est pas aujourd’hui que je vais commencer…
- Alors qu’est-ce que vous attendez ?
- Il me manque juste un petit peu de cran parce qu’ai peur qu’elle soit glacée…
- Ben évidemment, qu’elle est glacée ! Qu’est-ce que vous croyez ? Qu’ils la chauffent ?
« Coupez i »
Le décor est brusquement plongé dans le noir. Vanessa enjambe le parapet factice et allume une cigarette. Elle grelotte vraiment, c’est vrai que ça caille sur le pont Bir-Hakeim. Pendant que les techniciens s’affairent autour Du réalisateur Patrice LECONTE, je m’approche de Vanessa.
« Vous allez vraiment sauter ?
- Tout à l’heure, oui. Mais pas du haut du pont… N’empêche, j’aimerais bien qu’il n’y ait qu’une prise !
- C’est un rôle à risque, on dirait ! Après la noyade, vous allez être la cible d’un lancer de couteaux !
Elle rit. Son rire, comme sa voix, est une grappe de groseilles acides.
- Oui, mais je l’adore. Le rôle, je veux dire. Cette scène du pont, je l’ai vraiment vécue, j’ai vraiment voulu me suicider au début.
- Au début de quoi ?
- A mes débuts, dans la chanson. Les gens ne m’ont pas fait de cadeau… j’en ai bavé des ronds de chapeaux, je me suis fait traiter de pute…
- Mais pourquoi ?
- Monter sur scène trop jeune, ça fait mauvais genre, vous comprenez.
Sur le pont, le vent souffle par rafales. Elle relève le col de son manteau.
- Ca n’a pas duré longtemps… Après votre trophée aux Victoires de la Musique en 1990, Gainsbourg vous a offert ses derniers couplets…juste avant de disparaître.
- Oui, pour mon 2ème album Variation sur le même t’aime. Il m’a porté bonheur, Serge. C’était un ami de Jean-Paul GOUDE, et c’est comme ça que je suis devenue COCO !
- L’oiseau en cage de CHANEL…
- Oh, c’était beau, ce film, j’ai adoré tourner cette pub, l’ambiance était géniale,
- Vous voyez, heureusement que vous n’avez pas sauté…
Elle rit en grelottant. Un peu plus loin, AUTEUIL plaisante avec Patrice LECONTE, on sent que là aussi, l’ambiance est bonne. Mais l’œil du réalisateur ne la quitte pas. La scène suivante est bientôt en place.
- Vous êtes plus heureuse sur scène ou sur un plateau de cinéma ?
- Tourner avec Patrice est aussi emballant que chanter au Zénith, sauf q
ue c’est beaucoup plus cool !!! C’est pas pareil, pas du tout. On peut pas comparer. Avant de monter sur scène je pète de trouille, avec Patrice je n’ai jamais peur, j’ai confiance.
- C’est votre second film avec lui ?
- Oui et je repart pour le suivant, quand il veut !
- Ca va vous coûter, de vous couper les cheveux très court comme il le demande ?
- Un peu… Mais le rôle en vaut la peine.
- Quelle est votre actrice préférée, votre modèle ?
- Marilyn MONROE. C’est elle qui m’a donné envie de faire du cinéma. Et puis Jeanne MOREAU. J’adorerais chanter avec elle.
Où aimerez-vous vivre, plus tard ?
- Dans plein d’endroits, à Los Angeles avec Johnny, à Paris, et aussi en Provence, bien cachée…
- Quel est votre rêve de bonheur ?
- Me marier avec Johnny et avoir deux enfants, une fille et un garçon.
.- Vous avez piqué Johnny DEPP à Kate MOSS et apparemment ça lui réussit, il n’est plus interdit de séjour dans les hôtels…
- Je l’ai pas piqué à Kate MOSS, c’est elle qui l’a quitté pour un rocker. Johnny et moi c’est LA rencontre d’une vie.
- Alors,vous devez rêver de tourner ensemble ?
- Oui… Comme il a d’abord été mon amant américain, on aimerait tourner l’histoire de l’amant américain de Simone de Beauvoir…
- Tiens donc… et vous joueriez qui, à-dedans ?
- Ben, Simone de Beauvoir !
- Non.
- Si si ! Je peux me transformer, vous savez !
Elle se précipite sur Patrice LECONTE :
« Dis-lui, toi, que je peux avoir l’air d’une prof de philo, si je veux !
Patrice la retient alors qu’elle revenait vers moi :
« Non, tu restes là. On va tourner la scène du plongeon. Dis au revoir à la dame.
Alors la voilà qui devient soudain très calme, très grave. Elle regarde le décor où doit se tourner la scène du plongeon, on la sent un peu tendue.
Elle ne grelotte plus. Elle ne me voit plus. Elle est ADÈLE, qui va noyer sa peine dans les eaux de la Seine.
La salle de projection de la propriété de Liz TAYLOR à Beverly Hills. C’est la nuit. Richard BURTON et Liz TAYLOR sont assis dans les profonds fauteuils face à l’écran géant où la NBC retransmet « QUI A PEUR DE VIRGINIA WOOLF ».

- Let me see.., je crois bien que c’est CLEOPATRE. C’était des personnages fascinants. Je me sentais impérial en Marc-Antoine, je me sentais dans sa peau, vraiment réincarné… Nous étions les rois du monde. C’était un film immense, géant, magnifique.


- J’en peux plus, j’ai besoin d’une cigarette. Et d’un 102. Je vais voir où je peux trouver ça.
Cap Kennedy, Floride, le 26 juillet 1971. Le jour n’est pas levé. A la cantine du Space Center, l’équipage de la mission APOLLO 15 prend son petit déjeuner avant de partir pour l’aire de lancement.



Oh yes, on stage, sur scène entouré de mes musiciens, tout mon corps envahi d’ondes rythmiques, et devant moi une foule hypnotisée, délirante, soulevée de terre, oubliant le MAL par la force de la Musique. That is happiness.




Elle eut un sourire gamin et nous l’avons quittée sur cette image juvénile.






PAUL NEWMAN, Grand Prix d’excellence




- Bonjour ! Asseyez-vous, vous avez préparé vos questions ? Parce que vous savez, je n’ai pas beaucoup de temps… (re-sourire charmeur )


- Comme avec Alain Resnais pour l’ANNÉE DERNIÈRE À MARIENBAD ?



- Cette chanson fera le tour du monde. Elle effacera tout le reste, elle sera la seule empreinte de mon passage sur terre...




Elle me regarde et elle sourit.


- Votre plus grand malheur ? 



LORENZACCIO, celui-là même qui fut exposé en 2003 à la Bibliothèque Nationale de Paris, celui-la même, défraîchi, portant la trace de sa divine sueur, contemplé silencieusement par des files de jeunes filles pensives.





sur
KARL LAGERFELD, ENFIN SEUL

LADY DIANA SPENCER ou L'AMOUR PUNI




4 février 1959. Le foyer du Théâtre Antoine à Paris, durant l’un des deux entractes de la pièce LES POSSÉDÉS d’Albert Camus, qui dure trois heures vingt-cinq





GLEN GOULD, LE TÉNÉBREUX
On ne lésine pas avec la sonorisation de la piste de danse.
LE RIDEAU TOMBE
Le coup de gong d’une retraite imposée est un assassinat.


Du côté de KARL LAGERFELD, j’ai eu davantage encore d’étonnement à
L’été nous a enlevés dans sa bulle d’insouciance, nous rendant sourds et aveugles aux dures réalités du quotidien.


haut perché de la rue du Dragon.

C’est le moment qu’il a choisi pour s’éclipser, peut-être pour passer inaperçu, lui si modeste, le grand, le beau, s’inspiré
Lire son rôle sur scène, pour moi c’est pas du théâtre. Je m’étonne du manque d’ardeur de certains acteurs qui, par manque de temps ou d’envie, se privent de l’exercice de mémoire/. Oui, c’est par la mémoire que l’on entre au plus profond de son personnage.

Antonin ARTAUD serait abasourdi aujourd’hui, s’il voyait grossir le nombre de textes écrits pour le théâtre transformés en épreuves de dictée.


.....sur TENTATIVE D’ÉVASION au NOMBRIL DU MONDE.