ROBERT MITCHUM, PAS MORT !
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Janvier 1954. Otto PREMINGER tourne la dernière scène de RIVIERE SANS RETOUR. C’est le moment crucial où Matt (Robert MITCHUM) va à la rencontre de Harry Rory CALHOUN) pour s’expliquer.
Kay (Marilyn MONROE) et le petit Mark, le fils de Matt ont tenté en vain de le calmer mais Harry a décroché son fusil et semble bien décidé à tuer Matt.
Les deux hommes marchent l’un vers l’autre, dans le petit jour, le long de la rive, devant la maison de Harry.
Robert MITCHUM marche, désarmé, de son pas élastique il glisse sur le sol avec sa nonchalance légendaire. Son visage affiche la même tranquillité teintée d’ironie que l’on retrouve dans tous ses rôles. Il crève l’écran. Face à lui, Rory CALHOUN qui est un sacré beau gosse, n’existe pas.
A cinquante mètres de Matt, Harry s’arrête et met en joue, puis s’écroule avant d’avoir tiré. Derrière lui le petit Mark l’a devancé d’une balle dans le dos, sauvant la vie de son père. Fin de la séquence.
Robert MITCHUM sort une flasque de son blouson, dont il boit une gorgée. Puis il va s’asseoir dans le fauteuil marqué à son nom, près de la caravane des accessoiristes. Marilyn MONROE est prise en mains par son habilleuse et va s’enfermer dans sa caravane.
La jeune journaliste s’approche de MITCHUM qui a allumé une cigarette et qui se détend, jambes allongées, le chapeau rabattu sur les yeux.
* Mr. Mitchum, j’ai droit à combien de questions ?
* Une question idiote et dix questions intelligentes.
* Je commence donc par la question idiote : vous vous entendez bien avec Marilyn Monroe ?
Il relève le bord de son chapeau et regarde la jeune fille.
* Question de journaliste à scandale. Vous attendez que je vous dise combien de fois je l’ai sautée ? Je ne répond pas à cette question. Miss Monroe est mariée à un joueur de base-ball et je ne prends aucun risque. Question suivante ?
* Vous finissez bien le film dans les bras l’un de l’autre ?
* Don’t bother me with this. Next question !
* Avez-vous des projets, après ce film ?
Il sort à nouveau sa flasque de whisky et en vide un trait au goulot. Puis il rabat son chapeau sur ses yeux tout en marmonnant :
* Cette fille est une gourde. (Fort :) Question idiote. Si je n’avais pas de projets, je serais mort. Donc, oui, j’ai des projets. L’année prochaine je vais tourner mon plus beau rôle dans LA NUIT DU CHASSEUR de Charles LAUGHTON. Un film qui restera dans les mémoires, I can tell you. Next ?
* Est-ce qu’il y a un rôle que vous auriez aimé jouer, dans un film récent ?
Il se redresse et soulève son chapeau.
* Ah ! Enfin ! Voilà une question intelligente, honey. Let me see : oui, bien sûr, j’étais vert de jalousie quand j’ai vu ce crétin de Humphrey BOGART dans
LE GRAND SOMMEIL. Ce rôle sublime du Privé mythique, Philip Marlowe, joué par un nabot ! Et avec quelle partenaire ! Mon idéal féminin… ne me parlez pas de cette petite saucisse de Monroe, à côté de la grande, l’immense Lauren Bacall !
Il se carre dans son fauteuil :
* Listen to me, my girl, one day I will BE Philip Marlowe. I will play the part. Et vous verrez que mon GRAND SOMMEIL plongera dans l’oubli celui de Bogart.
* Comment vous définissez-vous en tant qu’acteur ?
* Flegmatique, instinctif, cynique.
*Et en tant qu’homme ?
* Cynique, instinctif, flegmatique.
* Vous êtes satisfait de vous-même ?
* Assez, oui.
* Vous avez bien une face cachée, comme la Lune ?
* Ah ah. Jekyll and Hyde… Mon côté fleur bleue… Je chante. Des ballades très douces, des calypsos… Avec mon ukulélé, je me transforme en crooner. Voilà. J’ai envie d’enregistrer un disque.
* Qu’est-ce qui vous énerve ?
* Qu’on me prenne pour le symbole du cinéma hoollywoodien. Un jour vous verrez, on tournera un film qui s’intitulera « ROBERT MITCHUM EST MORT »…
* Pourquoi on ferait ça ?
* Pour montrer aux gens que le western américain est foutu, ringard, has been. Et c’est moi qui porterai le chapeau.
Un peu plus loin, la porte de la caravane de Marilyn s’ouvre et la star en descend, drapée dans un peignoir rose. Elle vient vers Robert MITCHUM, de son pas chaloupé, un manuscrit à la main, et lui lance :
* Hey Bob, I have some little things to show you in the script !
* What sort of things ?
* Well… you should be a litlle more tender with me, you know ?
Il ne bouge pas d’un millimètre, son chapeau toujours enfoncé sur les yeux.
* Otto Preminger didn’t tell me that. I play just like he wants me to play. OK ?
Marilyn s’approche de lui et lui enlève son chapeau, qu’elle envoie faire un vol plané jusqu’à la rivière.
La jeune journaliste ramasse ses affaires et vide les lieux prestement.
Elle n’aura pas le fin mot de l’histoire : love affair ou non ?





La salle de projection de la propriété de Liz TAYLOR à Beverly Hills. C’est la nuit. Richard BURTON et Liz TAYLOR sont assis dans les profonds fauteuils face à l’écran géant où la NBC retransmet « QUI A PEUR DE VIRGINIA WOOLF ».

- Let me see.., je crois bien que c’est CLEOPATRE. C’était des personnages fascinants. Je me sentais impérial en Marc-Antoine, je me sentais dans sa peau, vraiment réincarné… Nous étions les rois du monde. C’était un film immense, géant, magnifique.


- J’en peux plus, j’ai besoin d’une cigarette. Et d’un 102. Je vais voir où je peux trouver ça.
Cap Kennedy, Floride, le 26 juillet 1971. Le jour n’est pas levé. A la cantine du Space Center, l’équipage de la mission APOLLO 15 prend son petit déjeuner avant de partir pour l’aire de lancement.



Oh yes, on stage, sur scène entouré de mes musiciens, tout mon corps envahi d’ondes rythmiques, et devant moi une foule hypnotisée, délirante, soulevée de terre, oubliant le MAL par la force de la Musique. That is happiness.




Elle eut un sourire gamin et nous l’avons quittée sur cette image juvénile.






PAUL NEWMAN, Grand Prix d’excellence




- Bonjour ! Asseyez-vous, vous avez préparé vos questions ? Parce que vous savez, je n’ai pas beaucoup de temps… (re-sourire charmeur )


- Comme avec Alain Resnais pour l’ANNÉE DERNIÈRE À MARIENBAD ?



- Cette chanson fera le tour du monde. Elle effacera tout le reste, elle sera la seule empreinte de mon passage sur terre...




Elle me regarde et elle sourit.


- Votre plus grand malheur ? 



LORENZACCIO, celui-là même qui fut exposé en 2003 à la Bibliothèque Nationale de Paris, celui-la même, défraîchi, portant la trace de sa divine sueur, contemplé silencieusement par des files de jeunes filles pensives.





sur
KARL LAGERFELD, ENFIN SEUL

LADY DIANA SPENCER ou L'AMOUR PUNI




4 février 1959. Le foyer du Théâtre Antoine à Paris, durant l’un des deux entractes de la pièce LES POSSÉDÉS d’Albert Camus, qui dure trois heures vingt-cinq





GLEN GOULD, LE TÉNÉBREUX
On ne lésine pas avec la sonorisation de la piste de danse.
LE RIDEAU TOMBE
Le coup de gong d’une retraite imposée est un assassinat.


Du côté de KARL LAGERFELD, j’ai eu davantage encore d’étonnement à
L’été nous a enlevés dans sa bulle d’insouciance, nous rendant sourds et aveugles aux dures réalités du quotidien.


haut perché de la rue du Dragon.

C’est le moment qu’il a choisi pour s’éclipser, peut-être pour passer inaperçu, lui si modeste, le grand, le beau, s’inspiré
Lire son rôle sur scène, pour moi c’est pas du théâtre. Je m’étonne du manque d’ardeur de certains acteurs qui, par manque de temps ou d’envie, se privent de l’exercice de mémoire/. Oui, c’est par la mémoire que l’on entre au plus profond de son personnage.

Antonin ARTAUD serait abasourdi aujourd’hui, s’il voyait grossir le nombre de textes écrits pour le théâtre transformés en épreuves de dictée.


.....sur TENTATIVE D’ÉVASION au NOMBRIL DU MONDE.