« On peut battre une femme quand il n’y a pas d’autre moyen de la faire taire. » Georges COURTELINE
C’est peut-être pour ça que le mec anglais a tué sa maîtresse au Bristol : elle criait encore trop fort… Brrr ça me donne le frisson. A demain, mes amis non-violents ! Miss Comédie
LA DAME Oh, voyez-vous, des boutons sur tout le corps, ça ne me donne pas spécialement envie de rire. LUI (se tapant le front) Ah, vraiment, les femmes, non vraiment, les femmes !... LA DAME (le regardant férocement) Quoi les femmes.... Est-ce que je vous demande si votre allergie est typiquement masculine, moi ? LUI Non, excusez-moi, mais cette histoire de vieux vêtements, pour moi c’est... cousu de fil blanc... non ? LA DAME Je n’ai pas à m’expliquer de mon allergie avec vous. (A part) Les hommes n’y comprennent rien. LUI Rien. LA DAME Vous spécialement, vous n’avez pas l’air doué. Depuis le temps que je vous vois tourner autour de cette dame et que rien ne se passe... LUI Qu’est-ce que vous en savez ? LA DAME Je vous vois tous les deux, vous êtes sinistres. Vous n’irradiez pas le bonheur. LUI Le bonheur m’apparaît comme l’ennemi juré des femmes. Par tous les moyens elles cherchent à l’éviter. LA DAME C’est qu’il ne faut pas se tromper de bonheur... LUI Se tromper de bonheur... Mais le bonheur c’est tout simple, ça tombe sous le sens, c’est fulgurant, on ne peut pas se tromper, quand il est là il crève les yeux ! Et vous, vous restez là à douter, à vous demander ... “et si ça n’était pas ça le bonheur” et patati et patata..et pendant ce temps-là, le bonheur... il se taille !
«Certains maris ne sont bons qu’à être cocus mais encore faut-il que leur femme les aide. » Georges FEYDEAU
Une réplique comme celle-là fait exploser une salle entière sans exception. Encore faut-il avoir l’idée de l’écrire. S’il y en a une à la minute, on est dans le vaudeville. Miss Comédie
LUI (comme pour lui-même) Il neige. Si elle était au ski, elle aurait de la neige. (Après un bref coup d’oeil au poste) Quelle connerie... LA DAME On a l’air idiot, à regarder ça. Mais le temps passe plus vite, non ? (elle rit) Tiens, Claudia Schiffer... c’est un défilé de mode... ça, c’est intéressant. (entre ses dents) Galliano... Elles ont toutes l’air de folles... Oui de folles. Qui peut porter ça ? ... Moi je pourrais, à la rigueur. Ah ! la mariée. Et ben dites donc, les seins nus. N’importe quoi. Il est fou ce mec. Le voilà qui salue. Il me fait penser à Richard III...(à MAXIME) Vous avez vu Richard III ? LUI ( explosant) Ah ça suffit, à la fin, vous allez vous taire ! Arrêtez ce charabia inepte ou bien... allez dehors ! LA DAME (saisie) Oh. Monsieur je vous prie de m’excuser. (La main sur le coeur) Quelle grossièreté... un charabia “inepte” ! LUI, l’air embêté Ecoutez... vous m’avez vraiment poussé à bout. Vous... vous ne comprenez rien... Vous parlez, vous parlez... Vous ne respectez rien... Vous ne voyez pas que la coupe est pleine ? LA DAME Ca veut dire quoi, ça ? LUI (découragé) Rien, une formule. Pour clore le débat. LA DAME N’en parlons plus. Mais je plains votre femme. LUI Je n’ai pas de femme. LA DAME Et la jolie qui était là l’autre jour ? LUI Ce n’est pas ma femme. Oooh .... (il paraît excédé à nouveau) LA DAME D’accord. Je me tais.
Silence. Ils ont tous les deux le regard fixé sur le poste de télé, l’air assez stupide. Un temps assez long se passe.
LUI (sans la regarder) Vous avez une allergie à quoi ? LA DAME (sans le regarder non plus) Aux vieux vêtements. LUI (ahuri, la regardant) Aux vieux vêtements !.... LA DAME (les yeux toujours fixés sur le poste) Quand j’enfile une robe achetée il y a plus d’un an, j’attrape instantanément des boutons. LUI C’est une plaisanterie ?
" Que c’est un dur métier que d’être belle femme… » Charles BAUDELAIRE (Les Fleurs du Mal)
Je dédie cette réplique à Jane Gordon, à Charlotte Gainsbourg et à toutes celles qui ont fait de leur beauté leur outil de travail. Je vous dis à demain mes chers concitoyens. Miss Comédie
La salle d’attente. Il y a maintenant dans un coin de la pièce un poste de télévision qui passe une bande enregistrée de publicités ou de documentaires. LUI est assis contre la fenêtre, le dos tourné au poste TV, les bras croisés. La porte s’ouvre doucement. La tête de LA DAME apparaît puis elle entre sans bruit et va s’asseoir face au poste, qu’elle regarde avec curiosité. Elle jette un regard à Maxime, qui fait comme s’il ne l’avait pas vue entrer.
LA DAME Ils ont acheté une télé... (elle le regarde en souriant) c’est une bonne idée... C’est rigolo, non ? LUI (sans tourner la tête) Hmm. LA DAME Oui, c’est vivant... C’est mieux que des vieux magazines, non ? (Il ne daigne pas répondre.) Vous ne regardez pas ? LUI Non. Je reste dans mes pensées. LA DAME Elles sont plus drôles, vos pensées ? LUI Non. Elles sont extrêmement morbides, et c’est ça qui me plait. Je préfère mes pensées morbides à leurs émissions marrantes. LA DAME Ah, bon. Vous voulez peut-être que l’on éteigne ? LUI Je m’en fous. LA DAME Madame Aufray va bien ? LUI Oui. LA DAME Elle n’est pas venue avec vous ? LUI Elle est au ski. LA DAME Ah ! (un temps) Elle a de la chance. LUI, distraitement Òui, elle a de la chance. LA DAME Vous allez la retrouver ? LUI Non. (un temps) Je... j’ai du travail. Ecoutez, je dois préparer dans ma tête ce que je vais dire au docteur, je n’ai pas envie de parler. LA DAME Oh, excusez-moi. Je me tais. Elle s’absorbe dans la contemplation du poste TV. (A suivre) ____________________________________________________
« Comment se fait-il que les enfants étant si intelligents, la plupart des hommes sont bêtes ? Cela doit tenir à l’éfucation. » Alexandre DUMAS père
Sur cette interrogation à peu près sans réponse, je vous quitte joyeusement jusqu’à lundi. A propos, qui a écrit LES TROIS MOUSQUETAIRES, DUMAS Père ou DUMAS Fils ? J’ai la mémoire qui flanche je ne me souviens plus très bien… Miss Comédie
ELLE Je veux retrouver ma santé. LUI Va la chercher, elle ne doit pas être très loin.
Ils restent silencieux un long moment. Elle n’a pas bougé de sa place. Lui n’a pas changé d’attitude.
ELLE Bon, je vais partir. LUI Pourquoi es-tu venue ? ELLE C’est toujours cette attirance, cet aimant... LUI La salle d’attente ? ELLE La salle d’attente... ou toi dans la salle d’attente. LUI Finalement, il nous est arrivé quoi, au juste ? ELLE Une hallucination commune. LUI Joli. ELLE Favorisée par le contexte débilitant de ce cabinet médical. LUI hochant la tête Oui... bien sûr... Et donc, maintenant qu’on sait, on arrête. ELLE On arrête d’être bêtement mené par le destin, on se reprend en mains. On prend du recul. LUI OK, OK... Et on vient voir de temps en temps, si la salle d’attente est, quand même ! toujours à la même place, avec lui assis dedans. ELLE Voilà. Comme dans un tableau de Hopper. Les choses, les gens, ne sont jamais aussi désirables que lorsque leur mystère est entier. LUI Alors tu es déjà allé trop loin dans le tableau. ELLE J’ai seulement tendu la main et je t’ai touché. Maintenant j’attends. LUI Que l’homme sorte du tableau ? ELLE Que l’homme sorte du tableau.
Il est assis, seul. Il y a des bribes de musique qui nous parviennent des profondeurs de l’appartement. Il semble plongé dans des réflexions amères. La musique s’arrête. Le silence est meublé par le bruit de la pluie qui tombe dans la rue. Le décor doit dégager une impression de solitude et de tristesse. La porte donnant sur la sortie s’ouvre doucement et Sonia apparaît. Elle porte un béret noir et un imperméable ruisselant. Sur le pas de la porte elle s’arrête en voyant que Maxime est là. Il a senti une présence et se retourne.
LUI Tu as les clefs du cabinet, maintenant ? ELLE La porte était entrouverte.
Il s’est remis dans sa position première, penché en avant les coudes sur ses genoux, le cou rentré dans les épaules.
ELLE reste debout à le regarder. ELLE Pour quelqu’un qui n’aime pas les toubibs il me semble que tu viens souvent consulter. LUI Je déteste tousser. (Un temps) Et toi ? ELLE, regardant autour d’elle Je déteste cette salle d’attente. LUI Ca devait arriver. ELLE Certains lieux sont propices aux erreurs. On y perd tout contrôle de soi-même, on s’y découvre de faux besoins, de faux désirs. LUI Fausses attirances, faux aimants. ELLE Faux amants. LUI Microbes...
« Tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive. » ST LUC (Evangile)
Il y a bien aussi « Aimez-vous les uns les autres », mais il ne faut pas trop en demander. S’abstenir de cracher sur celui qui ne vous a rien fait, c’est déjà pas mal. Miss Comédie
La salle d’attente. LUI, ELLE, puis LE PETIT HOMME
LA LOGIQUE FEMININE
ELLE Mais non ! Pas plus que maintenant je ne pourrai dire ça ! Personne ne peut être sincère en disant ça ! Comment peut-on s’engager ainsi à la légère ? Ceux qui le font n’ont pas le respect de l’autre. (voyant son visage changer de couleur) Préfèrerais-tu que je te fasse mille serments de fidélité pour ensuite disparaître et te laisser avec une immense frustration ? LUI Tout ça c’est trop compliqué. Tu m’aimes, oui ou non ? ELLE Déjà, le terme “je t’aime” est définitif. Je suis attirée par toi mais je ne sais pas si c’est de l’amour. LUI Tu m’énerves à la fin avec ta psychologie. Moi je ne demande qu’une chose, c’est que mon amour ne soit pas à sens unique. Voilà. ELLE Et moi je demande que tu respectes mon désir de ne pas m’engager à la légère. LUI On a un couple dont l’un donne et l’autre se contente de promesses. Joli partage ! ELLE On ne se comprend pas. LUI Je commence à m’en inquiéter sérieusement. (Il va vers la porte) Mais qu’est-ce qu’il fout, à la fin, ce toubib ! Tu délires de plus en plus ... Allez, arrêtons ces conneries, j’en perds les pédales. ELLE Ce qui arrive, c’est que tu réalises que je ne suis pas bien pour toi, tu comprends aujourd’hui que je suis la cause de tout ! LUI Ecoute, c’est moi seul qui suis juge, tu entends ? Je te conjure de te taire et de te calmer. (à la cantonnade) Ces retards sont insupportables, à chaque fois c’est pareil. Il y a quelqu’un chez lui ou il s’est endormi, cet abruti !
Il ouvre la porte du couloir menant au cabinet.
LUI Il y a quelqu’un ? Mademoiselle ! (à la cantonnade) Madame est très mal, elle a de la fièvre, au moins quarante, et il serait souhaitable que le docteur la reçoive d’urgence, ou bien nous repartons dans la minute qui suit ! VOIX DE L’ASSISTANTE Le docteur est avec un grand malade, monsieur. Nous ne sommes pas au dispensaire, ici. Les visites durent longtemps, c’est pour le bien de chacun. LUI, furieux Et bien dites au docteur...
(on entend des bruits de voix et entre le petit homme) LE PETIT HOMME, enfilant ses gants Oui, le problème c’est l’antidote... Les microbes se transmettent l’antidote... Il y a pourtant une solution... mais personne n’en aura le courage... L’extermination... totale... de la Femme !
(Il prononce ces derniers mots en passant la porte, on ne distingue que vaguement le mot “femme”).
« Deux grands mobiles font agir les hommes : la peur et la nouveauté. » Nicolas MACHIAVEL (Le Prince)
Il oublie l’argent, mais peut-être que c’est un sous-produit des deux autres. Voilà, le sujet Cannes est épuisé, mais tous ces films lâchés dans les salles vont encore faire parler… Bonne journée ! Je vous retrouve demain, peut-être… Miss Comédie
LUI Réfléchissons. Voilà presque un an que nous nous connaissons, que nous croyons nous aimer, et je te vois perdre chaque jour un peu de ta joie de vivre. Tu deviens fébrile, inquiète, méfiante... Est-ce là l’effet que l’on attend généralement de l’amour ? ELLE ET... je ne guéris pas de mes boutons. On ne sait où chercher la cause de mon allergie. LUI C’est troublant, je l’avoue. Mais bon dieu il y a quand même un truc tout simple à savoir d’urgence : est-ce que tu m’aimes ? ELLE en grelottant Je ne sais pas. Je ne sais pas. LUI C’est pourtant ça l’important, non ? Le reste n’est que suppositions, foutaises... du v... ELLE, le coupant Et toi ? Cette toux qui devient chronique et t’empêche de dormir, qui est apparue un beau jour alors que tu fumes depuis trente ans, et qui ne guérit pas non plus, que je sache ? LUI Ma toux je m’en fous. ELLE Tu dis que tu t’en fous mais inconsiemment, je dis bien inconsciemment, tu me soupçonnes et tu voudrais que je m’éloigne. LUI, la regardant fixement Tu crois ça sincèrement ? ELLE, grelottant Oui, sincèrement je le crois.
LUI Alors il faut faire quelque chose.
Ils restent silencieux. LUI se met à marcher comme un ours en cage ou peut-être, selon la nature de l’acteur, préfèrera-t-il se tasser sur une chaise, dans l’attente des mots qui vont suivre.
ELLE , d’une petite voix Arrêtons de nous voir ? LUI s’arrête brusquement de marcher - ou relève brusquement la tête C’est toi qui l’auras dit. Je suis mortellement triste. ELLE Tu n’as pas eu le courage de le dire avant moi mais tu sais très bien que c’est la seule solution. LUI C’est une tentative de solution. Il faudra avoir le courage de tenir pendant une période donnée. (après un temps) Mais c’est vrai que c’est le seul moyen de savoir si nous sommes allergiques l”un à l’autre. Et s’il s’avère que ça n’est pas le cas, tu seras enfin libre de me dire “je t’aimerai toujours!”
« Un homme, par la réputation dont il jouit, donne plus souvent la mesure de ses partisans que la sienne. » DANTE (LEnfer)
Bon. C’est clair et sous-entendu mais je ne veux pas dire que l’homme en question est tout blanc non plus, hein ? A demain, mes amis cinéphiles, on va parler d’autre chose. Miss Comédie
LES AMOUREUX TRANSIS La salle d’attente. On entend la pluie tomber au dehors. ELLE est assise, recroquevillée dans son manteau. LUI est près de la fenêtre, regardant dans la rue.
LUI C’est quand même incroyable, non seulement il ne t’a pas guérie de tes boutons, mais voilà maintenant que tu as de la fièvre. ELLE Je dormirai chez moi ce soir. LUI Pourquoi ? Si ton allergie est contagieuse, et bien le mal est fait ! ELLE C’est vrai que nous n’arrivons pas à guérir, ni toi ni moi... Et si c’était la même allergie ? LUI après un silence Moi allergique à toi, et toi allergique à moi ? ELLE Oui. C’est le diagnostic du docteur, rappelle-toi.
Ils restent silencieux un moment. Il regarde toujours dans la rue, elle grelotte. Il va vers la table basse, prend un magazine, le feuillette rapidement, le remet. Il sort son paquet de cigarettes, en allume une et se plante devant ELLE.
LUI Ca voudrait dire que tant que nous resterons ensemble, je tousserai et tu auras des boutons ? ELLE Exactement. LUI Voilà un bel avenir qui se dessine. ELLE Parce que toi, tu acceptes cette éventualité sans broncher. LUI Elle ne m’empêche pas de t’aimer. Je ne peux rien contre ça.
ELLE reste silencieuse. Puis : Alors d’où vient cette... réticence, ce refus que je sens en toi ? LUI, réfléchissant Peut-être que tu me communiques tes doutes... ELLE Mes doutes... Et si cette... manifestation pathologique était un signe, une alerte, pour me dire “attention danger, cet homme-là n’est pas pour toi !” LUI C’est sûr que si je te donne des boutons, c’est pas la peine d’aller plus loin. ELLE Il faut écouter son corps ! LUI Avant son coeur ?
« Le cinéma est un art beaucoup plus périssable que les pyramides. » ISABELLE HUPPER Ca dépend du film et de la pyramide. En tant que présidente du Jury de Cannes elle devrait croire un peu plus en la pérennité du cinéma ! Je vous laisse dans la grande kermesse et je vous retrouve lundi avec tous les résultats et toutes les polémiques. Bon week-end ! Balades, vélo, expos et parachute ascensionnel… !. Miss Comédie
THOMAS Le passé, personne ne nous l’enlèvera, ça c’est sûr, mais l’avenir... LUI Quoi, l’avenir ?... Tu le vois comment, l’avenir ? Vieux garçon vivant encore sous le toit de ton vieux papa ? Allez.... (il se lève et arpente la scène) L’avenir c’est demain... C’est demain que tu vas trouver bien plus excitant d’aller rouler ta bosse ailleurs. Et alors, moi, comment tu me vois, hein ? Je te demande un peu, quand tu seras parti, comment tu me vois ? THOMAS On n’en est pas là...
LUI Ca vient plus vite que tu crois. Je me demande comment je peux encore plaire à une femme, avec cette brioche, ces cheveux gris, j’étais mince et droit et j’avais l’oeil vif et le rire facile, et voilà... c’est venu, c’est là. THOMAS T’as un super style, papa. T’es sapé comme il faut, tu dégages quelque chose, ton âge on s’en fout. LUI, lui jetant un oeil noir Tout ça nous dit pas pourquoi tu es enrhumé. THOMAS On va bientôt le savoir. LUI Peut-on avoir deux allergies en même temps ? THOMAS éclate de rire On va peut-être se faire jeter !
La porte s’ouvre.
VOIX DE L’ASSISTANTE Monsieur Thomas Sévère.
Ils se lèvent et entrent dans le cabinet bras dessus b ras dessous.
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, c’est un téléfilm que vous faites. » Jean-Luc GODARD
Ca c’est comme l’histoire du tableau sous le tableau, de Picasso. Mais l’invisible de Godard n’est peut-être pas celui que je vois, moi. Et si l’invisible n’existait pas ? Et s’il n’y avait pas de tableau sous le tableau ? Allez ne cherchez pas, faites ce que vous avez à faire et passez une bonne journée. Miss Comédie.
THOMAS On peut toujours ? LUI Oui. THOMAS Alors... LUI Alors quoi ? THOMAS Et bien, supprimons-la. LUI Quoi ? THOMAS La cause... LUI, se prenant la tête dans les mains Thomas, tu joues avec mes nerfs... THOMAS Papa. On tourne en rond. Qui parlera le premier ? LUI Pas ici. THOMAS Où tu veux. Quand tu veux. J’ai besoin de parler de mon allergie. LUI Que vas-tu dire au docteur ? THOMAS Des mensonges. LUI Pourquoi ne pas lui dire, à lui, la vérité ? Je n’entrerai pas avec toi. THOMAS, se levant, furieux A quoi ça sert, de ne pas entrer avec moi ? Pour ne pas entendre ce que tu ne veux pas entendre depuis des mois ? Toujours jouer l’autruche ? (il tourne sur lui-même, fait les cent pas) Ah, je ne m’en sortirai pas. LUI Et moi. Comment je vais m’en sortir.
Silence. Thomas se poste devant la fenêtre, respire un grand coup.
THOMAS Oui, je sais, c’est toi qui en souffres, de mon allergie. Je te plains, papa, je te plains. Je fais des efforts, tu sais, je fais des efforts. (Il revient s’asseoir) LUI, d’une voix brisée Et tu crois que ça ne s’arrangera jamais ? THOMAS Je sais pas, papa. Peut-être... (un temps) Quand maman est partie, j’ai mis longtemps à comprendre qu’il fallait qu’on se débrouille tous les deux tous seuls. Je chialais dans mon lit, parce que je te voyais si malheureux, et puis parce que moi il me manquait quelque chose .... d’énorme !... tu vois... Et puis... petit à petit... ça a marché. On s’est débrouillés tous seuls et je me suis senti bien avec toi, papa. Vraiment bien.
Ils ne se regardent pas.
LUI Personne ne nous enlèvera jamais ça. Personne.
(A suivre) ____________________________________________________________
« Un sot n’a pas assez d’étoffe pour être bon. » La ROCHEFOUCAULT
Souvent l’intelligence est bouffée par la vanité. Ca, c’est moi qui le dis. Cannes est un grand réservoir de vanités. Les artistes doivent en passer par là, c’est une sorte de bizutage. A demain, mes chéris. Miss Comédie.
La salle d’attente. Maxime est assis avec Thomas. Ils sont plongés dans des magazines. Thomas éternue plusieurs fois de suite et se mouche.
RHUME DES FOINS OU… ?
LUI, levant le nez de son journal On aurait pu y penser plus tôt. THOMAS A quoi ? LUI A l’allergie. Un rhume, ça ne dure pas trois mois. THOMAS (replongé dans son journal) Ouais. LUI On est le 5 septembre, Thomas, et tu traînes ça depuis début juillet. Tu étais encore à Paris. Donc, l’allergie est ici. Soit chez nous, soit au lycée. THOMAS Ouais. LUI En juillet les arbres sont en feuilles, il n’y a pas de pollen dans l’air... Tu ne te souviens pas d’avoir respiré, ou mangé, ou approché quelque chose qui... le docteur va te le demander. THOMAS Non. LUI L’allergie, ça peut être invisible, impalpable, imprévisible... Ca peut entrer par la fenêtre, la nuit, pendant que tu dors... Ca peut être aussi provoqué par un dégoût, une répulsion à un environnement, à un aliment... à une vision... à un devoir... à... THOMAS A une personne. LUI, marquant un temps A une personne, oui...
On les sent tendus, ils évitent de se regarder.
THOMAS d’une voix douce Ca met longtemps à se déclencher ? Un mois ? Deux mois ? LUI Je ne sais pas. Tu penses à quoi ?
THOMAS, brutalement On pourrait pas parler d’autre chose ? Dans un moment on saura tout. On aura l’explication. LUI Peutêtre qu’on pourrait la trouver tout seuls... THOMAS Et le remède ? Y a qu’un toubib qui puisse trouver le remède. LUI Oh, c’est simple. Le remède, c’est de supprimer la cause de l’allergie. THOMAS Ouais. Quand on peut. LUI, la voix sourde On peut toujours.
« J’ai fait du théâtre pour des gens comme mes parents, qui étaient des illétrés ». ROGER PLANCHON
Il a ouvert toutes grandes les portes du rêve à tous ceux qui croyaient que le théâtre était réservé aux initiés. Avec son copain Jean VILAR ils se prenaient pas pour des initiés. Chers amis je vous quitte jusqu’à lundi, mes copains de la presse écrite sauront vous raconter les hauts faits du week-end…. Miss Comédie.
LA MERE Tu te sentais seule ? ELLE Oui, bien sûr !
LA MERE Tu adores ton métier.
ELLE Oui, oui, mon métier, mon métier... Un gagne-pain pas trop abrutissant, c’est tout... LA MERE Bon, écoute, arrêtons de pleurnicher, pour l’instant tout est bien dans le meilleur des mondes, Maxime t’aime, tu l’aimes, et ça va durer longtemps, et vous aurez beaucoup d’enfants.
ELLE, sursautant Ah ! Arrête... ne prononce pas des mots... “un enfant” ! Un enfant de lui mon dieu, le ciel me tomberait sur la tête, ce serait inimaginable, féérique... le bonheur sur terre...
LA MERE Reprends-toi ma chérie. Un enfant c’est le plus gros emmerdemment que la femme puisse imaginer, en dehors de quelques guiliguilis qui sont très vite ridicules.
ELLE regardant sa mère en face Merci pour moi.
LA MERE Oh, quand on l’a, on fait avec, il faut bien, ça vous suit toute votre vie et un jour on se demande si cette créature en face de vous est bien restée recroquevillée neuf mois dans votre ventre...
ELLE, horrifiée Maman ! Tu dis ces énormités pour la première fois ? LA MERE Oui, je ne sais pas ce qui m’arrive. C’est pourtant bien le fond de ma pensée.
ELLE Moi, si j’avais un enfant avec Maxime, je n’arrêterais pas de m’émerveiller à le regarder grandir…..
LA MERE Arrête ces niaiseries, je te croyais intelligente, évoluée. Tu es comme ces femelles qui ne savent rien faire d’autre que mettre bas.
ELLE Mais tu es horrible ! Je dis ce qu’ont toujours dit les femmes depuis que le monde est monde ! C’est un sentiment qui reste encore vénérable dans notre société de merde !
LA MERE Oui, bon d’accord. Je ne te suivrai pas sur ce terrain. Nous en reparlerons dans trente ans, si tu as réalisé ton rêve
La porte s’ouvre. VOIX DU MEDECIN Madame Aufray et madame Aufray !
Elles sursautent toutes les deix. LA MERE Crois-tu qu’il a tout entendu ? ELLE S’il te demande combien tu as eu d’enfants, c’est peut-être qu’il aura tout entendu. Elles sortent ensemble.
La salle d’attente est plongée dans la pénombre, tous stores baissés. On sent que dehors le soleil tape. Sonia est assise en compagnie d’une dame plus âgée, visiblement sa mère. Elles portent des tenues d’été et la mère s’évente avec un journal. SONIA, SA MERE.
LA MERE Il n’y a pas la climatisation chez ton médecin ? ELLE Non maman. Pas pour un mois par an ... LA MERE Deux... parfois trois. Enfin. L’essentiel est que ce docteur trouve la cause de mes insomnies. ELLE Tu sais, il ne fait pas de miracles. Si ça se trouve, tes insomnies ont une tout autre cause que l’allergie. Allergie à quoi ? LA MERE Ben, je sais pas, moi, la plume, la poussière, le noir, le Duphalac... c’est à lui de voir. ELLE Je te préviens, c’est long à trouver. Il n’a pas encore trouvé la mienne... ni celle de Maxime. LA MERE Je croyais qu’il était guéri. ELLE D’une crise d’urticaire causée par les crustacés qu’il avait mangé à Noël. LA MERE Ca me rappelle ce film terrifiant sur le type qui était allergique aux méduses... ELLE Il y laissait sa peau... C’était cette garce de fille jalouse de sa mère... LA MERE A propos... tu t’entends mieux avec le fils de Maxime ? ELLE Oh oui... Il m’a adoptee. Surtout depuis notre dernière rupture. Il a pris mon parti, figure-toi !
LA MERE Il est sûrement amoureux de toi.
ELLE Tu plaisantes ? Je suis une vieille, pour lui !
LA MERE Ils en rêvent, des vieilles. Surtout une vieille comme toi, regarde-toi. Et Maxime, là-dedans ? ELLE Il est un peu jaloux ! (Elle rit). L’autre jour Thomas et moi avons déjeuné ensemble, il paraît qu’il a fait une tête …
LA MERE Tu as déjeûné seule avec Thomas ?
ELLE Oui... La brouille avait assez duré. Il fallait trouver un terrain d’entente. Thomas a été un parfait entremetteur.
LA MERE Quand meme…. Vous vous disputez souvent !
ELLE Oui, mais ça ne veut rien dire ! Je l’aime de plus en plus. Je sens que je m’attache. Et en même temps, je sens en moi une réticence étrange.
LA MERE Une réticence ? ELLE Oui, comme si une force en moi m’éloignait de lui. Et je sens la même réticence chez lui !
LA MERE Et si vous étiez allergiques l’un à l’autre ? ELLE Ben voilà, c’est bien la théorie de ce docteur.
LA MERE Tiens, d’ailleurs, tu ne devais plus revenir le voir ?
ELLE Oui, il m’avait sérieusement gonflée. Mais je crois qu’il a raison. Maxime supporte mal mon intrusion dans sa vie.
LA MERE D’habitude, les hommes ne supportent pas de vivre seuls.
ELLE Lui, oui ! Il s’est arrangé un petit célibat cocon, avec tout le fric qu’il gagne c’est facile, tu sais, de faire repasser ses chemises et livrer un dîner tout prêt. Maxime est un homme libre.
LA MERE, songeuse Toi aussi, tu étais une femme libre... mais aujourd’hui, s’il te quittait... ELLE Je n’étais pas une femme libre, j’étais une femme seule.
LA MERE La différence ?
ELLE La différence, c’est qu’une femme libre ne se sent jamais seule.
(A suivre) _________________________________________________________
Ce qui est révoltant dans la guerre, c’est qu’elle prive l’homme de son combat individuel. François TRUFFAUT (dans JULES ET JIM)
Ca paraît étonnant que cette citation soit de TRUFFAUT. Elle pourrait être signée TolstoÏ… TRUFFAUT a mené son combat individuel de main de maître : il a fomenté la Nouvelle Vague. Il a peut-être refusé de faire la guerre. A demain, chers cinéphiles. Miss Comédie
LA CONFESSION DE MAXIME LUI se lève, contourne son bureau, se plante devant son fils, les bras ballants. Elle t’a dit ça ? THOMAS Oui. LUI Elle bluffe. THOMAS Arrête ton char, tu sais très bien qu’elle dit la vérité. C’est d’ailleurs la seule chose à faire, dans sa situation. LUI Mais elle aurait pu m’en parler ! THOMAS Tu ne voulais plus lui parler, rappelle-toi, rappelle-toi... LUI Ah, ça suffit ! (Il parle en marchant de long en large) Alors cette pauvre idiote a cru que je tenais absolument à guérir ma toux, comme un papy, une toux que je traîne depuis dix ans et qui vient du tabac, c’est notoire ! Je le vois bien, maintenant, qu’elle vient du tabac, ma toux, et je continuais à aller chez ce... conn... ce salaud de médecin pour faire comme elle, pour arpenter encore cette salle d’attente où je l’avais vue pour la première fois. Et j’étais en train de me faire manipuler. Et je continuais à aligner mes chèques pour le seul plaisir de retourner m’asseoir dans cette pièce grise et sale, avec ce demi fou allergique aux microbes et cette allumée du sac à main... (Il retourne vers son fils) Elle a cru que j’étais assez bête pour me faire avoir par un docteur de mes deux ! Elle n’a pas compris que je venais pour elle, parce que je l’aimais comme un fou ! Aachhh….. (Il tousse) Et tu crois que je vais avoir le coeur à aller à Megève faire le clown sur les pistes, tout seul comme un con ? Autrefois j’y allais pour toi, mon fils, mon Thomas, je t’emmenais à l’école de ski, et puis je te faisais faire la descente de Princesse, tout ému de te voir si petit sur tes petits skis, et nous n’en finissions pas de reprendre le tire-fesse l’un derrière l’autre, pour descendre cette petite pente qui te mettait en joie, tu riais au éclats, souviens-toi, quand tu tombais du haut de tes trois pommes sur ton derrière... J’étais heureux, à l’époque, j’avais perdu ma femme mais j’avais un but : c’était toi, te rendre heureux. Maintenant... THOMAS Maintenant je suis toujours là, papa. LUI Les jours sont comptés. Déjà tu t’échappes, Megève pour toi ce n’est plus le ski avec ton vieux père, c’est la planche avec tes copains. C’est normal, j’aurais dû le voir venir.... THOMAS Maintenant tu as Sonia. LUI C’est trop tard. Elle m’a vu comme j’étais : un vieux con. Elle a raison de partir. Je lui aurais rendu la vie impossible. Je l’oublierai. THOMAS Tu ne veux pas faire un petit geste ? LUI Quel geste ? Un vieux con bêlant c’est pire que tout. Faire un geste... pfff. THOMAS Elle n’attend que ça.
LUI, très tendu Depuis quand tu déjeûnes avec Sonia ? THOMAS C’est elle qui me l’a demandé. LUI Tiens donc. THOMAS (éclatant de rire) Mais ma parole, c’est qu’il est jaloux, le paternel ! LUI Jaloux, moi ? Et de toi ? Mais ça va pas ! THOMAS Oh, je t’en prie, ne me traite pas comme un demeuré. Toujours est-il que j’ai appris des choses bien tristes, si tu veux savoir. LUI Oui, je veux savoir. Quelles choses tristes ? THOMAS Sonia est en dépression nerveuse. LUI Ah bon, voilà autre chose. THOMAS A cause de toi.
LUI De mieux en mieux. THOMAS Pourquoi tu refuses de la voir ? LUI Parce que j’ai besoin de réfléchir. THOMAS A ce que t’a dit ton connard de toubib ? LUI Oui... entre autres choses. Mon connard de toubib, comme tu dis si joliment, m’a amené à me poser des questions. Il est toujours bon de se poser des questions, à mon âge. THOMAS Il l’a amenée, elle aussi, à se poser des questions. Et de questions en questions, on en perd le ciboulot. Parce que tu crois, toi, que Sonia est la “cause” de ton allergie ? LUI Je ne le crois pas, je le refuse. Mais je l’envisage. THOMAS Faut-il te rappeler que d’après ton connard de toubib, Sonia était la “cause” de MON allergie ? LUI Oui, c’est vrai. THOMAS Et où elle en est, mon allergie ? Il y a belle lurette que je suis guéri. Et Sonia est toujours dans les parages. LUI Oui... c’est vrai. THOMAS “Oui, c’est vrai”.... A ça, tu n’avais pas réfléchi, hein ? Et maintenant je vais te faire réfléchir sur quelque chose de bien embêtant. Tu as eu l’air tellement froid et distant au téléphone, chaque fois qu’elle t’appelait, qu’elle est maintenant persuadée que tu appliques le traitement de ton connard de toubib. Et donc, qu’il faut qu’elle dégage. Donc, elle va dégager. LUI Elle va dégager ? THOMAS Oui, c’est décidé, elle déménage le 24 et elle part s’installer en province, elle n’a pas voulu me dire où. Elle se retire de ta vie, pour te laisser guérir en paix ! Voilà, tu es content ?
Nous sommes la nostalgie de demain. Michel SARDOU (dans son autobiographie "Et qu'on n'en parle plus"
Lui et Johnny, même combat. Ils sont en train de se retirer sur la pointe des pieds. Ils sont la nostalgie d’aujourd’hui avant même celle de demain. Bonne semaine à vous tous, souriez, vous êtes la nostalgie de demain, vous aussi ! Miss Comédie
Le bureau de Maxime. C’est la nuit. Il est assis dans son fauteuil, les pieds sur le bureau, et il fume, le regard absent, fixé sur le plafond. Seule une lampe posée sur la table, éclaire de son faisceau les papiers épars. Le reste de la pièce est dans l’ombre. On frappe à la porte. Il se fige mais ne répond pas. La porte s’entrouvre puis une silhouette se glisse doucement dans la pièce.
LUI Ca va, fiston ? THOMAS Ca va. LUI Tu sors de ton cours ? THOMAS A cette heure-ci, quand même pas. Tu sais quelle heure il est ? LUI Non. THOMAS Dix heures dix. Tu travailles ? LUI Tu vois. THOMAS Qu’est-ce que tu fais ? LUI Je rumine. THOMAS J’étais à la maison. Je t’attendais. LUI Mon fils. Je ne sais plus où j’en suis. Et même, je te délaisse. (Il se passe la main sur le front, éteint sa cigarette, reprend une position normale) Qu’est-ce qui m’arrive ? Ne m’en veux pas. THOMAS Je ne t’en veux pas. J’ai l’impression que tu n’es pas heureux. LUI Je ne sais pas où est mon bonheur. THOMAS Et la faute à qui ? LUI La faute à qui... THOMAS A ce connard de toubib. LUI Qu’est-ce que tu racontes ? THOMAS Depuis que tu le vois, tu pédales dans la choucroute. Et tu tousses toujours. LUI Bon, ça va. Tu pars quand au ski ? THOMAS Quand les parents de Grégory auront libéré le chalet... samedi prochain, je crois. Vous viendrez passer le week-end à Megève ? LUI Je viendrai peut-être. THOMAS Seul ? LUI Oui, seul. Mon destin est d’être seul. THOMAS Oh, arrête tes conneries. C’est fini, ce numéro de grand incompris ? Tu deviens parano ou quoi ? (Brusquement) J’ai déjeûné avec Sonia aujourd’hui.
(A suivre) ____________________________________________________
« Papa dit qu’il a vu ça, lui. » Charles TRENET (dans Le Soleil a Rendez-vous avec la Lune.)
Les mots simples du poète. Chacune de ses chansons contient une phrase comme celle-là. Demain, Johnny débute sa tournée « M’arrêter là » à Saint-Etienne, au nouveau Zénith. J’aimerais y être. A Lundi pour en parler.
La salle d’attente. La porte du cabinet s’ouvre et Sonia paraît, l’air hagard, son manteau sur le bras
. VOIX DE L’ASSISTANTE Monsieur Hyde !
Le petit homme sort précipitamment.
En scène SONIA, LA DAME
LA DAME Vous avez l’air bouleversée !
ELLE, se laissant tomber sur une chaise Je viens de comprendre beaucoup de choses.
LA DAME Ah bon ? Vous avez trouvé la cause de votre allergie ?
ELLE Oui.
LA DAME Et c’est quoi ?
ELLE (elle parle sur un ton monocorde) Maxime Sévère. LA DAME (pouffant) Allons donc.
ELLE Il n’y a pas de quoi rire. Ce bon docteur vient de briser notre couple.
LA DAME Mais non ! Ce n’est pas possible... Qu’est-ce qu’il lui reproche, à monsieur Maxime ?
ELLE, toujours sur un ton monocorde Ses défenses ne m’acceptent pas.
LA DAME Ses défenses ?
ELLE (explosant) Oui ! Ces milliards de petits corpuscules qui régentent nos petits bobos !.... Qui prennent des décisions à notre place ! (Elle se lève) “Ce type-là, il va pas, il est pas bon pour elle, allez paf ! on va lui mettre une alopécie... et tiens, lui, on va dire qu’il en a marre de son chien... on va lui balancer l’herpès !... Et tout comme ça !... Vous, votre ex, comme vous dites, que vous aimez toujours, n’est-ce pas ? si, si !... qui c’est, à votre avis, qui a décidé qu’il fallait l’exterminer ? Vos défenses !...
LA DAME, très perturbée Hon... Que...Vous.. Oui ?
ELLE (les yeux brillant de colère) Et qui est-ce qui a inventé le truc des défenses ? Le bon docteur.
LA DAME Mais je suis guérie !
ELLE Oui, vous avez cru à la bonne parole. Comme devant Jésus, “lève-toi et marche”, la foi vous a sauvée.
LA DAME Tiens, c’est justement ce qu’il dit, le petit homme.
ELLE Qu’est-ce qu’il dit ?
LA DAME Qu’il n’y a que la foi qui sauve, mais que malheureusement personne n’a plus la foi en Dieu, ni en personne.
ELLE Et bien on a bien raison de perdre la foi aveugle et bête, qui vous fait obéir aux charlatans comme celui-là !
LA DAME Mais expliquez-moi... Vous parlez des défenses et tout ça... Qu’est-ce qu’il vous a dit, au juste, ce... docteur, pour vous mettre dans cet état ?
ELLE Que je ferais bien de quitter Maxime si je ne veux pas passer ma vie à me gratter.
LA DAME Non ! Quel rapport ?
ELLE Le rapport, c’est justement les défenses ! Il a déréglé ma vie et actionné le signal d’alarme. Les défenses ont déclenché l’urticaire.
LA DAME Oui, vu comme ça...
ELLE (rugit) Et il lui dit la même chose, à lui ! Et vous voyez à quoi ça aboutit ? A la rupture ! Et pour quel motif ? Incompatibilité d’humeur ? Coups et blessures ? Impuissance ? Frigidité ? NON ! Motif : cause directe psychopathologique de phénomènes allergiques chroniques ! (Soudain) Bon, je pars.
LA DAME Qu’est-ce que vous allez faire ?
ELLE Je vais d’abord essayer de savoir si Maxime a la même envie que moi d’être sauvé. (Elle sort).
L’éternité c’est très long, surtout vers la fin. Woody ALLEN
Je sais, l’actu était un peu maigre aujourd’hui. Ce sont les aléas des lecteurs de blogs. Il faut tomber sur une belle page, ça n’arrive pas tous les jours… Demain, peut-être… La semaine prochaine sûrement, avec le début d’une tournée historique…. Mais le mieux, c’est encore de me lire tous les jours ! A demain donc, Miss Comédie
LE MEDECIN Et bien madame, si j’interprète vos réponses au premier degré, votre urticaire n’a aucune source psychosomatique. C’est une banale irritation de l’épiderme.
ELLE Et au deuxième degré ?
LE MEDECIN Au 2ème degré, il pourrait s’agir d’un déséquilibre psychique provoqué par votre perception douloureuse du désarroi de votre partenaire.
ELLE baisse la tête sans répondre.
LE MEDECIN Le problème, c’est que je ne peux vous soigner VOUS, pour un pathos qui se manifeste chez monsieur Sévère.
ELLE Et lui, comment le soignez-vous ?
LE MEDECIN Je regrette... Je ne puis répondre à cette question.
ELLE Ah oui... le secret professionnel... Mais je veux bien faire l’effort de deviner toute seule.
(Elle se lève et fait le tour du fauteuil) Ca n’est pas très difficile, vous savez.
(Elle se passe la main sur le front. On sent qu’elle a compris quelque chose d’important). ... mon Dieu, mais c’est bien sûr... Il faut supprimer la cause... Voilà ce que vous lui dites. Non ?... Je me trompe ? “Essayez de rompre avec Sonia Aufray... ce sera la fin de tous vos ennuis...”
(Elle se tourne vers le médecin et hausse le ton jusqu’à ce que sa voix se brise) Et qu’est-ce qu’il vous répond, quand vous lui ordonnez ce traitement ? Ca, vous pouvez me le dire, ça pourrait m’aider, moi aussi...
LE MEDECIN Calmez-vous, madame. Je ne suis que le révélateur de vos faiblesses.
ELLE (perdant tout contrôle) Et vous êtes fier de vous, monsieur le révélateur ? Vous obtenez de bons résultats, en sabrant dans les histoires d’amour ? Combien d’urticaires avez-vous soigné par ce moyen radical ?
LE MEDECIN (se lève) Madame taisez-vous, je ne vous permets pas. Vous parlez sans savoir !
ELLE Je sais seulement que vous soignez les gens en exploitant leur naïveté... (Ils sont maintenant face à face) Ma mère adorait son chien. Vous l’avez obligée à le tuer et vous saviez que non seulement elle ne vous en voudrait pas mais qu’elle allait VOUS REMERCIER ! (Elle se détourne et passe côté cour) Voilà les bienfaits de la médecine. Cinquante pour cent de guérisons spontanées due à l’illusion.
LE MEDECIN Madame, la visite est terminée. Je vous prie de sortir. Vous me devez soixante dix euros.
ELLE (le regarde) Je vous les ferai parvenir par la poste.
Elle se lève lentement, ramasse son manteau et sort.
Il s’agit donc de faire une société, après quoi nous ferons peut-être du bon théâtre. Jean VILAR (De la tradition théâtrale)
Ah, très bien. Il pensait qu’il allait changer la société à son idée. Moi je voudrais d’abord faire du bon théâtre, après quoi la société se fera une idée. J’admire Jean Vilar quand même, parce qu’il a fait du bon et du beau théâtre. Mais il n'a pas changé grand-chose à la société. Des mots, tout ça, des mots ! A demain, chers lecteurs-spectateurs. Miss Comédie.
LE MEDECIN Votre relation avec Maxime Sévère a-t-elle bouleversé votre vie quotidienne ?
ELLE Si elle l’a bouleversée ? Ah, ça oui, alors !
LE MEDECIN Par oui ou par non. Je ne vous en demande pas plus.
ELLE Oui !
LE MEDECIN Désiriez-vous ce changement ?
ELLE Oui.
LE MEDECIN (contrarié) Ah.
ELLE C’est lui, qui ne le désirait pas.
LE MEDECIN (rassuré) Ah ! Et comment le savez-vous ?
ELLE Je le sais, parce que ça se voit !
LE MEDECIN Il vous manifeste de l’hostilité ?
ELLE (haussant les épaules) S’il me manifestait de l’hostilité, je cesserais de me poser des questions. Je partirais. Non, vous croyez que c’est si simple que ça ? Sans aller jusqu’à l’hostilité, il y a mille nuances dans le comportement d’un homme amoureux que seule une femme peut déceler... Mille nuances...
LE MEDECIN C’est quoi, par exemple ?
ELLE Là vous allez trop loin. J’ai répondu à vos deux questions, à vous de jouer, maintenant.
LE MEDECIN Vous m’en direz tant. Bien... bien... C’est curieux, ça... Donc, quand vous êtes venus tous les deux ensemble, le... voyons le 5 mars, vous ne vous connaissiez que depuis deux mois ?
ELLE Depuis deux petits mois, oui.
LE MEDECIN Vous veniez chacun pour des troubles différents, et à la suite de ces visites, vos troubles ont disparu...
ELLE Momentanément, oui...
LE MEDECIN Momentanément, oui.... C’est bien ça. Mais dans le cas de Monsieur Sévère, les troubles sont différents. L’urticaire a disparu, et la toux prend le relais. Hmm... humm... En dehors de Monsieur Sévère, avez-vous entamé une relation ... amicale ou conflictuelle avec... une collègue de travail ?
ELLE Non.
LE MEDECIN Un membre de votre famille ?
ELLE Non. LE MEDECIN Avez-vous adopté un animal ?
ELLE Non.
LE MEDECIN Utilisez-vous des produits chimiques ?
ELLE Non... Je me passe parfois du vernis à ongle entre deux rendez-vous... Enfin, le reste est conforme à ce que je vous ai répondu il y a un an...
LE MEDECIN Donc, monsieur Sévère me paraît être le seul élément nouveau dans votre vie.
ELLE Eh, oui.
LE MEDECIN Il y maintenant 2 questions à se poser, et je vous les pose. Vous y répondrez par oui ou par non.
Telle est la vie des hommes. Quelques joies vite effacées par d’inoubliables chagrins. Marcel PAGNOL (Le château de ma mère)
L’auteur de MARIUS serait-il pessimiste ? N’aurait-il donc aucune volonté ? Allez, il n’y a pas de vérité universelle, il n’y a que des vérités très personnelles. A demain ! Miss Comédie
Le cabinet du médecin. ELLE est assise en face du médecin.
LE MEDECIN Madame Aufray, qu’est-ce qui vous ramène à mon cabinet ? Je vous ai vue, je crois... (il feuillette un dossier) le 5 novembre dernier...
ELLE Tout d’abord, laissez-moi vous féliciter, docteur : je vous ai envoyé ma mère qui souffrait d’insomnies, et vous lui avez prescrit un traitement qui l’a complètement guérie.
LE MEDECIN, modeste C’était un cas banal : allergie aux poils de chien. La santé de Madame votre mère est toujours bonne, j’espère ?
ELLE La santé, oui. Le moral, c’est autre chose. Quant à moi, depuis ma dernière visite il y a un mois, je ne vais pas mieux.
E MEDECIN Vous aviez une bonne grippe. Je vous ai envoyée à mon confrère, le docteur Gabor. Je vous rappelle que je ne peux rien contre la grippe.
ELLE Je sais, docteur. Je n’ai pas la grippe.
LE MEDECIN Qu’avez-vous ? ELLE La même chose que l’année dernière à cette époque : une crise d’urticaire, ou d’éczéma, je sais pas, mais je me gratte.
LE MEDECIN Voyons voyons... (il regarde son dossier) A l’époque vous aviez des éruptions eczémateuses sans cause psychosomatique apparente... (il marmonne) je vous ai ordonné un traitement local.... corticoïde...(nom de médicament incompréhensible)... Le 5 juillet vous êtes revenue me voir et apparemment les éruptions avaient disparu.
ELLE Exact.
LE MEDECIN Elles ont repris quand ?
ELLE Dimanche dernier.
LE MEDECIN Au même endroit ?
ELLE Oui.
LE MEDECIN Bien. Nous allons donc passer au stade thérapeuthique suivant : la recherche des causes psychopathologiques.
ELLE Mais nous avons déjà passé en revue les causes possibles l’an dernier et on n’en a trouvé aucune !
LE MEDECIN C’est que nous n’avons pas poussé assez loin l’investigation... ou bien que certains paramètres ont changé... en un an, il s’en passe, des choses... Excusez ma question, mais... avez-vous opéré des changements dans votre vie depuis un an, madame Aufray ?
ELLE (troublée) Non... c’est-à-dire oui..., un grand changement, mais pour être précis, ce chamboulement-là a commencé le jour de ma première visite, le 5 janvier de l’année dernière.
LE MEDECIN Le 5 janvier ?
ELLE Oui, le 5 janvier, c’était aussi le jour de la première visite de Maxime Sévère, et ... (elle marque un temps d’hésitation) c’est lui la cause du chamboulement.
Tous les vices à la mode passent pour des vertus. MOLIERE
Tout ça n’a pas bien changé. Les vices collent à l’humanité comme des ventouses. (On va encore dire que je suis pessimiste mais cette réplique colle à l'actu !) A demain, chers spectateurs vertueux ! Miss Comédie
La sale d’attente LE PETIT HOMME, LA DAME, LE MARI
CONSEIL D’AMI
La porte du cabinet s’ouvre et la dame en sort. Son visage s’éclaire en voyant son mari et elle s’élance vers lui. (Pendant qu’elle parle, le petit homme sort peu à peu de son immobilité pour prêter visiblement l’oreille à ses paroles. Bien qu’il ne la regarde pas, gardant les yeux fixés sur un point vague droit devant lui, son visage prend une expression haineuse.)
LA DAME Tu es arrivé, mon chéri, mon sauveur ! Que je suis heureuse, tu sais je n’avais pas vraiment la tête à moi tout à l’heure, je n’aurais pas dû te déranger pour rien... enfin, pour si peu de choses, d’ailleurs le docteur m’a grondée, vraiment il m’a dit, vous devez devenir adulte, madame Dufour, ne soyez plus la petite fille qui appelle au secours son papa, il faut vous assumer maintenant, et je vais vous aider à le faire. Il va me débarrasser de mon allergie aux vieux vêtements, tu sais, chéri ? Il me l’a promis. LE MARI, déjà debout et pressé de partir Bien. On y va ? LA DAME Ce n’était pas une vraie consultation aujourd’hui, le docteur n’a pas voulu voir mes boutons parce que je n’avais pas été gentille avec toi.
Le petit homme s’avance alors vers le mari et l’entraîne par le bras en aparté.
LE PETIT HOMME d’une voix sourde De la poigne. LE MARI interloqué Hein ? LE PETIT HOMME Traitez-la durement. Elle ne guérira pas autrement. Plus un sou pour sa garde-robe. C’est son allergie que vous entretenez. Compris ?
La gloire est une incompréhension, peut-être la pire. Jorge Luis BORGES
Qu’est-ce que ça veut dire au juste ? Que les gens célèbres ne méritent pas leur gloire ? Ou bien que la gloire n’est pas aussi plaisante qu’on croit ? Je préfère celle-ci :
Ce qui d’abord est gloire à la fin est fardeau. Victor HUGO. Et en plus, c’est un alexandrin. Chers anonymes, je vous souhaite une bonne semaine. Miss Comédie
La sale d’attente. LA DAME, LE PETIT HOMME, LE MARI
ALERTE AUX MICROBES !
VOIX DE L’ASSISTANTE Madame Dufour ! La dame se lève précipitamment et passe dans le cabinet. Le petit homme se retrouve seul. Il se lève et va ouvrir la fenêtre. On entend les bruits de la rue. Il va se rasseoir sur sa chaise et au bout d’un moment, se déplace d’une chaise.
LE PETIT HOMME marmonnant Les miasmes de la rue vont bouffer ceux des femelles. Ils ont l’avantage du nombre...
Il pousse un ricanement sardonique et se replonge dans l’immobilité et le silence. Au bout d’un moment on entend la sonnette. Bruit de porte, voix d’homme. Entre un homme petit, trapu, le visage rond et jovial, qui salue à la ronde. C’est le mari de la dame.
LE MARI, regardant autour de lui Mais elle n’est pas là ! VOIX DE L’ASSISTANTE, par la porte restée entrouverte Madame Dufour est reçue en ce moment par le docteur. LE MARI Ah, je comprends. Je vais l’attendre. Il s’assied, se déboutonne, regarde le petit homme avec curiosité, se penche vers la table basse, saisit un magazine.
LE PETIT HOMME N’y touchez pas. Elles les ont contaminées et avant elles, des centaines d’autres femmes contagieuses. LE MARI Mais... Quelle maladie...? LE PETIT HOMME Toutes ! Les vénériennes, les génétiques, les microbiennes ! Oxyde d’azote, dioxyde de soufre et de carbone… Les microbes prolifèrent !... (il crie) Nous n’y échapperons pas ! Vous savez combien de maladies ils vont nous transmettre ? Entre 15 et 20 millions !...Les victimes ? Surtout des hommes... (il s’essuie le front avec son mouchoir, reprend sa respiration)
LE MARI (l’air affolé) Que faut-il faire ? LE PETIT HOMME chuchotant Il faut essayer de différer notre mort. Prenez de très courtes aspirations... Economisez vos mouvements... Ne touchez à rien de suspect...Faites le mort. Rentrez en vous-même. Soyez sur vos gardes. Constamment... constamment...(de plus en plus bas) Constam... const... (tout en parlant il se rasseoit et se tasse sur lui-même. LE MARI, ratatiné sur sa chaise Oui... d’accord... d’accord...
Le petit homme est retombé dans son mutisme. Son menton repose sur sa poitrine comme s’il dormait. Le silence s’installe, aucun des deux ne fait un mouvement.
MAXIME (entre ses dents) Madame... m’sieur... Pas là... Tiens. Mince alors. LA DAME Vous êtes le monsieur de la dame ? MAXIME Vous l’avez vue ? LA DAME Il y avait là une jeune femme très belle en tailleur noir qui pleurait parce que son monsieur lui avait fait faux bond. MAXIME Ah vraiment. LA DAME Non, excusez-moi, ce n’est pas tout-à-fait ça. Elle a dit qu’elle était allée trop loin. MAXIME Qu’est-ce que c’est que ces salades. Expliquez-vous clairement, madame. LA DAME Vous voulez savoir quoi, au juste ? MAXIME Seulement si elle est venue, si elle a été reçue par le médecin, et si elle est déjà repartie. LA DAME Réponse : un, elle est venue. Deux, elle n’a pas été reçue par le médecin, trois : elle est partie. MAXIME Avant d’avoir été reçue ? LA DAME Oui, parce qu’elle avait du chagrin et elle a dit que cela ne l’intéressait plus de se faire soigner. MAXIME Idiote. Non, pas vous. Bon, merci. Au revoir madame. (il va pour sortir et se ravisant, se tourne vers le petit homme) au revoir monsieur.
LE PETIT HOMME l’attrapant par le pan de sa veste L’espèce humaine est en danger ! Le mâle est phagocyté. La femelle a pactisé avec l’élément destructeur de toute vie, le MICROBE !
« Les années soixante n’existent pas. Je le sais, je les ai vécues. » Patrick MODIANO fait dire cette phrase à Jean-Marie PERIER dans sa préface au très beau livre de celui-ci : MES ANNEES SOIXANTE. Les PROCOL HARUM ne savaient pas qu’ils étaient les années soixante. Aujourd’hui, ils ont beau dire, ils ne sont plus les années soixante. A demain chers contemporains ! Miss Comédie
La sale d’attente. LA DAME, le PETIT HOMME puis MAXIME
DIALOGUE DE SOURDS
La dame a un coup d’oeil vers le petit homme, toujours immobile sur sa chaise. La sonnerie du portable se fait entendre, elle sursaute et le porte à son oreille. LA DAME Allo ? Chéri ? Oh mon amour comme tu as été méchant, je ne voulais plus rentrer à la maison du tout, du tout, jamais, tu sais .? Ton client est parti ? Ouiiiii ? Oh, mais c’est que je ne suis pas encore passée... Tu viens me chercher ? Oh tu es un ange, je le savais bien que tu étais un ange. Oui, je t’attends, mon amour. (Elle fait des bruits de baisers dans l’appareil puis raccroche.)
LE PETIT HOMME Les détritus se ramassent à la pelle.
LA DAME (sans le regarder et chantonnant comme pour elle-même) Les feuilles mortes... (Elle range le portable dans son sac et pousse un cri) Ah ! les voilà ! Dans la petite poche intérieure zippée elles étaient... Ca c’est un raffinement que je n’ai pas encore tout-à-fait intégré dans mon Lady Dior... Chez Vuitton, les poches intérieures ne sont pas zippées, on voit bien ce qu’il y a dedans... Ah mon dieu, et mon Hubert qui va venir me chercher... Il va être furieux. Je ne vais pas lui dire que je les ai retrouvées.
On entend la sonnette. Bruit de porte. Voix d’homme. Entre Maxime Sévère. Il regarde dans la salle d’attente, semble désorienté.