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C EST LUI QUI LE DIT...
Miss Comédie
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE _ scène 59 et fin
Le bureau de Maxime.
MAXIME, TTHOMAS, puis SONIA
HAPPY END;;;
THOMZD
Si tout d’un coup, là, elle débarquait, sans crier gare, parcequ’elle aurait oublié un bouquin, un gant, je sais pas moi, ou pour te dire au revoir, adieu, si elle débarquait sans crier gare, maintenant...
LUI
Allez, allez...
THOMAS
Qu’est-ce que tu ferais ?
LUI (se tenant la tête)
Oh ben je crois que je pourrais en pleurer, tiens.
THOMAS
Oui ?
LUI
Je la prendrais dans mes bras en pleurant. Je crois que tout serait dit.
THOMAS
Elle est là.
LUI
Quoi ?
THOMAS
La voilà, je l’entends.
LUI
Tais-toi.
La porte s’ouvre sur SONIA.
LUI
Thomas, tu es le diable.
THOMAS
Oui, papa.
ELLE s’avance vers LUI dans la pénombre et ils s’étreignent.
THOMAS, s’avançant vers le devant de la scène
Bon, lui sa toux c’est le tabac, on le sait. Mais elle, ses boutons, si ça n’est pas lui, c’est quoi ?
F I N
C'EST LUI QUI LE DIT;;;
Bon farniente, mes amis, je vous dis à très bientôt,
Miss COMEDIE
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 58
Le bureau de Maxime.
MAXIME, THOMAS
ON DIRAIT QUE C'EST FOUTU...
LUI
C’est trop tard. Elle m’a vu comme j’étais : un vieux con. Elle a raison de partir. Je lui aurais rendu la vie impossible. Je l’oublierai.
THOMAS
Ah ah ah ! Ne me fait pas rire. Tu ne veux pas faire un petit geste ?
LUI
Quel geste ? Pour qu’en plus de l’appellation “vieux con” elle m’ajoute “bêlant” et le compte est bon. Un vieux con bêlant, on le fuit à toutes jambes et sans regret. Faire un geste... pfff.
THOMAS
Elle n’attend que ça.
LUI
Mais non, elle n’attend pas que ça ! Qu’est-ce que tu t’imagines ? Elle est venue te pleurer dans le gilet parce qu’aujourd’hui elle n’avait pas de copine sous la main, et puis qui sait, elle a peut-être des vues sur toi ?
THOMAS
Papa.
LUI
Oui, non, excuse-moi mon vieux, j’en perds les pédales, je ne sais plus ce que je dis. Je ne sais pas quoi faire... mais quoi ! je ne vais pas aller me traîner à ses genoux pour lui expliquer que c’est une erreur médicale ! C’est grotesque ! Je suis dans le pétrin, c’est sûr.
(A suivre)
C'EST LUI QUI LE DIT...
« Je me souviens des photos de Brigitte Bardot nue dans l’Express. »
Oui et à propos, qu’est-ce qu’elle devient, Brigitte Bardot, la bombe absolue
des années … 60 ? Elle est comme Sonny Rollins, elle se tient à la barre de son passé. Mais lui, il joue encore…
A très bientôt mes chers amoureux du théâtre, pour la suite des souvenirs de ce candide trop tôt disparu.
Miss COMEDIE
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 57
Le bureau de Maxime.
MAXIME, THOMAS
MAXIME se retourne vers son fils)
Elle a cru que j’étais assez bête pour me faire avoir... Mais pour qui me prend-elle, cette gourgandine ? Je l’aime, je l’aime comme un fou, elle n’a jamais compris ça...
Et tu crois que je vais avoir le coeur à aller à Megève faire le clown sur les pistes, tout seul comme un con ?
Autrefois j’y allais pour toi, mon fils, mon Thomas, je t’emmenais à l’école de ski, et puis je te faisais faire la descente de Princesse, tout ému de te voir si petit sur tes petits skis, et nous n’en finissions pas de reprendre le tire-fesse l’un derrière l’autre, pour descendre cette petite pente qui te mettait en joie, tu riais au éclats, souviens-toi, quand tu tombais du haut de tes trois pommes sur ton derrière...
J’étais heureux, à l’époque, j’avais perdu ma femme mais j’avais un but : c’était toi, te rendre heureux, te rendre un homme.
Maintenant...
THOMAS
Maintenant je suis toujours là, papa.
LUI
Les jours sont comptés. Déjà tu t’échappes, Megève pour toi ce n’est plus le ski avec ton vieux père, c’est la planche avec tes copains. C’est normal, j’aurais dû le voir venir....
THOMAS
Ta chance, c’est Sonia. Ne la laisse pas échapper.
(A suivre)
______________________________________________
UNE REPLIQUE QUI ME PLAIT
- Oui… Et bien moi, ce qui m’intéresse (…) c’est le théâtre d’aujourd’hui ! »
(Jean Anouilh - Le Rendez-vous de Senlis)
Celle-ci je vous l’ai déjà citée, mais ça fait du bien de la relire !
Au revoir mes chéris, le mois d’août approche… mais je ne vous quitte pas.
Miss Comédie
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 56
Le bureau de Maxime
MAXIME, THOMAS
THOMAS TIENT LE BON BOUT
LUI
Elle va dégager ?
THOMAS
Oui, c’est décidé, elle déménage le 24 et elle part s’installer en province, elle n’a pas voulu me dire où. Elle se retire de ta vie, pour te laisser guérir en paix ! Voilà, tu es content ? C’est tout réfléchi, non ?
LUI se lève, contourne son bureau, se plante devant son fils, les bras ballants.
Elle t’a dit ça ?
THOMAS
Oui.
LUI
Elle bluffe.
THOMAS
Arrête ton char, tu sais très bien qu’elle dit la vérité. C’est d’ailleurs la seule chose à faire, dans sa situation.
LUI
Mais elle aurait pu m’en parler !
THOMAS
Tu ne voulais plus lui parler, rappelle-toi, rappelle-toi...
LUI
Ah, ça suffit ! (Il passe de l’autre côté de la scène, parlant au mur.)
Alors cette pauvre idiote a cru que je tenais absolument à guérir ma toux, comme un papy, une toux que je traîne depuis dix ans et qui vient du tabac, c’est notoire ! Je le vois bien, maintenant, qu’elle vient du tabac, ma toux, et je continuais à aller chez ce... conn... ce salaud de médecin pour faire comme elle, pour arpenter encore cette salle d’attente où je l’avais vue pour la première fois, et je ne pensais pas à mal, et inconsciemment j’étais en train de me faire manipuler et tout à mon amour pour elle je ne m’en souciais pas, je continuais à aligner mes chèques pour le seul plaisir de retourner m’asseoir dans cette pièce grise et sale, avec ce demi fou allergique aux microbes et cette allumée du sac à main...
A SUIVRE)
MA PETITE PHRASE À MOI
Voilà, c’est une variante de la phrase de Ruquier de mercredi… Pas mal non plus. Le tout est de ddire ça très doucement, très gentiment.
A bientôt mes amis, je ne vous quitte pas.
Miss Comédie
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 55
Le bureau de Maxime.
MAXIME, THOMAS
L’avocat du diable ?
THOMAS
Sonia est en dépression nerveuse.
LUI
Ah bon, voilà autre chose.
THOMAS
A cause de toi.
LUI
De mieux en mieux.
THOMAS
Pourquoi tu refuses de la voir depuis une semaine ?
LUI
Parce que j’ai besoin de réfléchir.
THOMAS
A ce que t’a dit ton connard de toubib ?
LUI
Oui... entre autres choses. Mon connard de toubib, comme tu dis si joliment, m’a amené à me poser des questions. Il est toujours bon de se poser des questions, à mon âge.
THOMAS
Il l’a amenée, elle aussi, à se poser des questions. Et de questions en questions, on en perd le ciboulot. Parce que tu crois, toi, que Sonia est la “cause” de ton allergie ?
LUI
Je ne le crois pas, je le refuse. Mais je l’envisage.
THOMAS
Faut-il te rappeler que d’après ton connard de toubib, Sonia était la “cause” de MON allergie ?
LUI
Oui, c’est vrai.
THOMAS
Et où elle en est, mon allergie ? Il y a belle lurette que je suis guéri. Et Sonia est toujours dans les parages.
LUI
Oui... c’est vrai.
THOMAS
“Oui, c’est vrai”.... A ça, tu n’avais pas réfléchi, hein ? Et maintenant je vais te faire réfléchir sur quelque chose de bien embêtant. Tu as eu l’air tellement froid et distant au téléphone, chaque fois qu’elle t’appelait, qu’elle est maintenant persuadée que tu appliques le traitement de ton connard de toubib. Et donc, qu’il faut qu’elle dégage. Donc, elle va dégager.
(A suivre)
MA PETITE PHRASE POUR GROSSE CHALEUR
- Tu as de la chance, tu sais, d’avoir un mari aussi attentif. Il est un peu rustre, pas très cultivé, un peu beauf même, je dirais… Mais vous allez tellement bien ensemble !
(Laurent RUQUIER - Grosse chaleur)
C’est pas méchant ! C’est rigolo ! Et vous savez quoi ? J’en ai une qui est exactement l’inverse, et je vous la donnerai demain ! Elle va aussi pour
les grosses chaleurs.
MISS COMEDIE
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTEBTE - scène 54
Le bureau de Maxime.
MAXIME, THOMAS
LES MOTS QUI FONT MOUCHE
THOMAS
Et la faute à qui ?
LUI
La faute à qui...
THOMAS
A ce connard de toubib.
LUI
Qu’est-ce que tu racontes ?
THOMAS
Depuis que tu le vois, tu pédales dans la choucroute. Et tu tousses toujours.
LUI
Bon, ça va. Tu pars quand au ski ?
THOMAS
Quand les parents de Grégory auront libéré le chalet... samedi prochain, je crois, pour les vacances scolaires. Vous viendrez passer le week-end à Megève ?
LUI
Je viendrai peut-être.
THOMAS
Seul ?
LUI
Oui, seul. Mon destin est d’être seul.
THOMAS
Oh, arrête tes conneries. C’est fini, ce numéro de grand incompris ?
Tu deviens parano ou quoi ?
(Brusquement) J’ai déjeûné avec Sonia aujourd’hui.
LUI
Depuis quand tu déjeûnes avec Sonia ?
THOMAS
C’est elle qui me l’a demandé.
LUI
Tiens donc.
THOMAS (éclatant de rire)
Mais ma parole, c’est qu’il est jaloux, le paternel !
LUI
Jaloux, moi ? Et de toi ? Mais ça va pas !
THOMAS
Oh, je t’en prie, ne me traite pas comme un demeuré. Toujours est-il que j’ai appris des choses bien tristes, si tu veux savoir.
LUI
Oui, je veux savoir. Quelles choses tristes ?
La petite phrase pour pêcheurs au long cours
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 53
Le bureau de Maxime. C’est la nuit. Il est assis dans son fauteuil, les pieds sur le bureau, et il fume, le regard absent, fixé sur le plafond.
Seule une lampe posée sur la table, éclaire de son faisceau les papiers épars. Le reste de la pièce est dans l’ombre.
On frappe à la porte. Il se fige mais ne répond pas. La porte s’entrouvre puis une silhouette se glisse doucement dans la pièce.
LUI
Ca va, fiston ?
THOMAS
Ca va.
LUI
Tu sors de ton cours ?
THOMAS
A cette heure-ci, quand même pas. Tu sais quelle heure il est ?
LUI
Non.
THOMAS
Dix heures dix. Tu travailles ?
LUI
Tu vois.
THOMAS
Qu’est-ce que tu fais ?
LUI
Je rumine.
THOMAS
J’étais à la maison. Je t’attendais.
LUI
Mon fils. Je ne sais plus où j’en suis. Et même, je te délaisse. (Il se passe la main sur le front, éteint sa cigarette, reprend une position normale) Qu’est-ce qui m’arrive ? Ne m’en veux pas.
THOMAS
Je ne t’en veux pas. Je voudrais que tu sois heureux.
LUI
Je ne sais pas où est mon bonheur.
(A suivre)
LE COUAC DU JOUR
Cette superbe photo d’Alain DELON qui vante les mérites de l’Eau Sauvage de Dior, vous l’avez repérée ? On lui a piqué sa cigarette !C’est vrai, je ne l’aurais peut-etre pas remarqué mais oui, regardez, il a la main qui pend, inutile, tout ça à cause de la loi Evin.
C’est comme la photo de Jacques TATI dans le métro, il était en vélo et fumait la pipe, et bien ils lui avaient sucré la pipe !
Non, mais on touche le fond du riducule dans notre société moralisatrice, castratrice et tueuse de rêve. Et si c’était que le ridicule.
Chers théâtreux en vacances ou laborieux, je vous envoie une bouffée de blonde et beaucoup d’amitié.
Miss Comédie
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 52
La sale d’attente.
ELLE, LA DAME.
SONIA SUR LE FIL
ELLE
Il m’a dit… Que je ferais bien de quitter Maxime si je ne veux pas passer ma vie à me gratter.
LA DAME
Non ! Quel rapport ??
ELLE
Le rapport, c’est justement les défenses ! Il a déréglé ma vie et actionné le signal d’alarme. Les défenses ont déclenché l’urticaire.
LA DAME
Oui, vu comme ça...
ELLE (rugit)
Et il lui dit la même chose, à lui ! Et vous voyez à quoi ça aboutit ? A la rupture ! Et pour quel motif ? Incompatibilité d’humeur ? Coups et blessures ? Impuissance ? Frigidité ? NON ! Motif : cause directe psychopathologique de phénomènes allergiques chroniques ! (Elle se lève et va vers la porte)
Bon, j’y vais.
LA DAME
Où vous allez ?
ELLE
Je ne sais pas.
LA DAME
Qu’est-ce que vous allez faire ?
ELLE
Je vais peut-être bien faire ce que me dit le bon docteur. Et s’il avait raison ? Je veux voir.
Elle sort.
(A suivre)
MA REPLIQUE NIHILISTE
c’est de les avoir réalisés. »
CESARE PAVESE
Vous comprenez qu'il vaut mieux ne rien entreprendre et attendre.
La réplique interpelle par sa logique mais ne vaut rien sur le plan
philosophie, non ?
Mais enfin, on admire ces esprits détachés de tout, qui ne s'enlisent
pas dans une recherche désespérée de l'impossible.
Je ne vous dis pas à demain, c'est trop risqué, mais je ne vous quitte pas.
Restez avec moi.
Miss Comédie.
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - SCÈNE 51
La sale d’attente
ELLE, LA DAME
LA BONNE PAROLE
ELLE, très remontée
(Elle se lève)
“Ce type-là, il va pas, il est pas bon pour elle, allez paf ! on va lui mettre une alopécie... et tiens, lui, on va dire qu’il en a marre de son chien... on va lui balancer l’herpès !... Et tout comme ça !... Vous, votre ex, comme vous dites, que vous aimez toujours, n’est-ce pas ? si, si !... qui c’est, à votre avis, qui a décidé qu’il fallait l’exterminer ? Vos défenses !...
LA DAME, très perturbée
Hon... Que...Vous.. Oui ?
ELLE (les yeux brillant de colère)
Et qui est-ce qui a inventé le truc des défenses ? Le bon docteur.
LA DAME
Mais je suis guérie !
ELLE
Oui, vous avez cru à la bonne parole. Comme devant Jésus, “lève-toi et marche”, la foi vous a sauvée.
LA DAME
Tiens, c’est justement ce qu’il dit, le petit homme.
ELLE
Qu’est-ce qu’il dit ?
LA DAME
Qu’il n’y a que la foi qui sauve, mais que malheureusement personne n’a plus la foi en Dieu, ni en personne.
ELLE
Et bien on a bien raison de perdre la foi aveugle et bête, qui vous fait obéir aux charlatans comme celui-là !
LA DAME
Mais expliquez-moi... Vous parlez des défenses et tout ça... Qu’est-ce qu’il vous a dit, au juste, ce... docteur, pour vous mettre dans cet état ?
(A suivre)
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE _ scène 50
La salle d’attente. Les éléments du décor ainsi que les costumes montrent que la scène va reprendre au moment où Sonia l’avait quittée pour entrer dans le cabinet du médecin.
La porte du cabinet s’ouvre et Sonia paraît, l’air hagard, son manteau sur le bras. La dame et le petit homme se lèvent ensemble.
Au même moment, la porte s’ouvre.
VOIX DE L’ASSISTANTE
Monsieur Hyde !
Le petit homme sort précipitamment.
LA DAME
Vous avez l’air bouleversée !
ELLE, se laissant tomber sur une chaise
Je viens de comprendre beaucoup de choses.
LA DAME
Ah bon ? Vous avez trouvé la cause de votre allergie ?
ELLE
Oui.
LA DAME
Et c’est quoi ?
ELLE (elle parle sur un ton monocorde)
Maxime Sévère.
LA DAME (pouffant)
Allons donc.
ELLE
Il n’y a pas de quoi rire. Ce bon docteur vient de briser notre couple.
LA DAME
Mais non ! Ce n’est pas possible... Qu’est-ce qu’il lui reproche, à monsieur Maxime ?
ELLE, toujours sur un ton monocorde
Ses défenses ne m’acceptent pas.
LA DAME
Ses défenses ?
ELLE (explosant)
Oui ! Ces milliards de petits corpuscules qui régentent nos petits bobos !.... Qui prennent des décisions à notre place !
(A SUIVRE)
MA REPLIQUE ETERNELLE
« L’hypocrisie est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour des vertus. » MOLIERE ( Réplique de Don Juan dans DON JUAN)
Un sage, don Juan ? Et pourquoi pas. Le libertinage est une forme de philosophie.
A bientôt mes amis, je vous salue bien.
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - Scène 49
Le cabinet du médecin
ELLE, LE MEDECIN
LES PORTES CLAQUENT.
ELLE (perdant tout contrôle)
Et vous êtes fier de vous, monsieur le révélateur ? Vous obtenez de bons résultats, en sabrant dans les histoires d’amour ? Combien d’urticaires avez-vous soigné par ce moyen radical ?
LE MEDECIN (se lève)
Madame taisez-vous, je ne vous permets pas. Vous parlez sans savoir !
ELLE
Je sais seulement que vous soignez les gens en exploitant leur naïveté... Vous révélez leurs faiblesses pour les dépouiller ensuite de ce qu’ils ont de plus cher...Vous les manipulez pour vous sentir le plus fort, et peu à peu vous vous prenez au jeu, n’est-ce pas ?
(Ils sont maintenant face à face)
Vous cherchez la faille et vous frappez toujours juste. Ma mère adorait son chien. Vous l’avez obligée à le tuer et vous saviez que non seulement elle ne vous en voudrait pas mais qu’elle allait VOUS REMERCIER !
LE MEDECIN
Madame, la visite est terminée. Je vous prie de sortir. Vous me devez soixante euros.
ELLE (le regarde)
Je vous les ferai parvenir par la poste.
Elle se lève lentement, ramasse son manteau et sort.
(A suivre)
LA REPLIQUE QUI TUE
Françoise DORIN
L’un de nos meilleurs auteurs dramatiques contemporains est un femme, et donc pour elle, le bonheur est derrière elle. Heureusement c’est une boutade, et pour un acteur, cette réplique c’est du bonheur, elle porte à tous les coups.
Pour Michael Jakson, qui a voulu étirer le temps, il a l'éternité devant lui... A lundi.
Miss Comédie.
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 48
Le cabinet du médecin.
ELLE, LE MEDECIN
LE MEDECIN MALGRE LUI...
LE MEDECIN
Et bien madame, si j’interprète vos réponses au premier degré, votre urticaire n’a aucune source psychosomatique. C’est une banale irritation de l’épiderme.
ELLE
Et au deuxième degré ?
LE MEDECIN
Au 2ème degré, il pourrait s’agir d’un déséquilibre psychique provoqué par votre perception douloureuse du désarroi de votre partenaire.
ELLE baisse la tête sans répondre.
LE MEDECIN
Le problème, c’est que je ne peux vous soigner VOUS, pour un pathos qui se manifeste chez monsieur Sévère.
ELLE
Et lui, comment le soignez-vous ?
LE MEDECIN
Je regrette... Je ne puis répondre à cette question.
ELLE
Ah oui... le secret professionnel... Mais je veux bien faire l’effort de deviner toute seule. (Elle se lève et fait le tour du fauteuil)
Ca n’est pas très difficile, vous savez.
(Elle se passe la main sur le front. On sent qu’elle a compris quelque chose d’important).
... mon Dieu, mais c’est bien sûr... Il faut supprimer la cause... Voilà ce que vous lui dites. Non ?... Je me trompe ?
“Essayez de rompre avec Sonia Aufray... ce sera la fin de tous vos ennuis...”
(Elle se tourne vers le médecin et hausse le ton jusqu’à ce que sa voix se brise)
Et qu’est-ce qu’il vous répond, quand vous lui ordonnez ce traitement ? Ca, vous pouvez me le dire, ça pourrait m’aider, moi aussi...
LE MEDECIN
Calmez-vous, madame. Je ne suis que le révélateur de vos faiblesses.
(A suivre)
MA REPLIQUE FOFOLLE
« Dommage que dans la tournée de la Cage aux Folles, Poiret et moi n’étions pas homosexuels, nous aurions économisé beaucoup de chambres d’hôtel «
Michel SERRAULT
Dommage que lui ne soit plus là pour assister à la longue carrière de cette
pièce écrite comme une pochade et qui n’en finit pas de réjouir le public…
Je vous dis à demain, chers fous de théâtre.
Miss Comédie
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 47
Le cabinet du médecin.
ELLE, LE MEDECIN
CA VA BARDER.
LE MEDECIN
Votre relation avec Maxime Sévère a-t-elle bouleversé votre vie quotidienne ?
ELLE
Si elle l’a bouleversée ? Ah, ça oui, alors !
LE MEDECIN
Par oui ou par non. Je ne vous en demande pas plus.
ELLE
Oui !
LE MEDECIN
Désiriez-vous ce changement ?
ELLE
Oui.
LE MEDECIN (contrarié)
Ah.
ELLE
C’est lui, qui ne le désirait pas.
LE MEDECIN (rassuré)
Ah ! Et comment le savez-vous ?
ELLE
Je le sais, parce que ça se voit !
LE MEDECIN
Il vous manifeste de l’hostilité ?
ELLE (haussant les épaules)
S’il me manifestait de l’hostilité, je cesserais de me poser des questions. Je partirais. Non, vous croyez que c’est si simple que ça ? Sans aller jusqu’à l’hostilité, il y a mille nuances dans le comportement d’un homme amoureux que seule une femme peut déceler... Mille nuances...
LE MEDECIN
C’est quoi, par exemple ?
ELLE
Là vous allez trop loin. J’ai répondu à vos deux questions, à vous de jouer, maintenant.
(A SUIVRE)
MA REPLIQUE DURASSIENNE
Marguerite DURAS (Ecrire)
Pourquoi Duras ? Comme ça, parce que je n’avais pas d’autre idée.
Mais alors, celle que je vous ai trouvée était la seule possible. Les autres,
que des aphorismes prétentieux ou des lapalissades. Et pourtant, j’adore Duras, je la lis passionnément. Mais vraiment, quelle péroreuse !
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - Scène 46
Le cabinet du médecin.
ELLE, LE MEDECIN
IL GAGNE DU TEMPS
LE MEDECIN
Momentanément, oui.... C’est bien ça. Mais dans le cas de Monsieur Sévère, les troubles sont différents. L’urticaire a disparu, et la toux prend le relais. Hmm... humm... En dehors de Monsieur Sévère, avez-vous entamé une relation ... amicale ou conflictuelle avec... une collègue de travail ?
ELLE
Non.
LE MEDECIN
Un membre de votre famille ?
ELLE
Non.
LE MEDECIN
Avez-vous adopté un animal ?
ELLE
Non.
LE MEDECIN
Utilisez-vous dans votre travail des produits chimiques ?
4747ELLE
Non... Je me passe parfois du vernis à ongle entre deux rendez-vous... Enfin, le reste est conforme à ce que je vous ai répondu il y a un an...
LE MEDECIN
Donc, monsieur Sévère me paraît être le seul élément nouveau dans votre vie.
ELLE
Eh, oui.
LE MEDECIN
Il y maintenant 2 questions à se poser, et je vous les pose. Vous y répondrez par oui ou par non.
ELLE
Je vous écoute.
(A suivre)
MA REPLIQUE RELIQUE
J.C. BRIALY (Le ruisseau des singes)
Oui bien sûr, quand on est un acteur comme lui, qui ne vit que pour jouer.
Je me souviens de lui toujours souriant. Il cachait tout sous un sourire.
L’ultime élégance. Il m’appelait « petite folle ». C’était pour moi un compliment énorme. Je l’aimais tendrement.
A demain, peut-être…
Miss Comédie
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 45
Le cabinet du médecin.
ELLE, LE MEDECIN
CA SENT L'EMBROUILLE, NON ?
LE MEDECIN
Bien. Nous allons donc passer au stade thérapeuthique suivant : la recherche des causes psychopathologiques.
ELLE
Mais nous avons déjà passé en revue les causes possibles l’an dernier et on n’en a trouvé aucune !
LE MEDECIN
C’est que nous n’avons pas poussé assez loin l’investigation... ou bien que certains paramètres ont changé... en un an, il s’en passe, des choses... Excusez ma question, mais... avez-vous opéré des changements dans votre vie depuis un an, madame Aufray ?
ELLE (troublée)
Non... c’est-à-dire oui..., un grand changement, mais pour être précis, ce chamboulement-là a commencé le jour de ma première
visite, le 5 janvier de l’année dernière.
LE MEDECIN
Le 5 janvier ?
ELLE
Oui, le 5 janvier, c’était aussi le jour de la première visite de Maxime Sévère, et ... (elle marque un temps d’hésitation) c’est lui la cause du chamboulement.
LE MEDECIN
Vous m’en direz tant. Bien... bien... C’est curieux, ça... Donc, quand vous êtes venus tous les deux ensemble, le... voyons le 5 mars, vous ne vous connaissiez que depuis deux mois ?
ELLE
Depuis deux petits mois, oui.
LE MEDECIN
Vous veniez chacun pour des troubles différents, et à la suite de ces visites, vos troubles ont disparu...
ELLE
Momentanément, oui...
(A suivre)
_____________________________________________________
MA REPLIQUE FOLDINGUE
W. SHAKESPEARE (La Nuit des Rois : Le Fou s’adressant à Viola
déguisée en homme)
Oui, vraiment, la folie est dans les pièces de Shakespeare comme la trame d’un tissu chatoyant.
J’aurais voulu revoir La Nuit des Rois dans cette mise en scène ! Ce sera à Paris cet hiver peut-être.
A demain, mes amis du théâtre, portez-vous bien.
Miss Comédie
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 44
Le cabinet du médecin. ELLE est assise en face du médecin.
ELLE JOUE AVEC LE FEU ?
LE MEDECIN
Madame Aufray, qu’est-ce qui vous ramène à mon cabinet ? Je vous ai vue, je crois... (il feuillette un dossier) le 5 novembre dernier...
ELLE
Tout d’abord, laissez-moi vous féliciter, docteur : je vous ai envoyé ma mère qui souffrait d’insomnies, et vous lui avez prescrit un traitement qui l’a complètement guérie.
LE MEDECIN, modeste
C’était un cas banal : allergie aux poils de chien. La santé de Madame votre mère est toujours bonne, j’espère ?
ELLE
La santé, oui. Le moral, c’est autre chose. Quant à moi, depuis ma dernière visite il y a un mois, je ne vais pas mieux.
LE MEDECIN
Vous aviez une bonne grippe. Je vous ai envoyée à mon confrère, le docteur Gabor. Je vous rappelle que je ne peux rien contre la grippe.
ELLE
Je sais, docteur. Je n’ai pas la grippe.
LE MEDECIN
Qu’avez-vous ?
ELLE
La même chose que l’année dernière à cette époque : une crise d’urticaire, ou d’éczéma, je sais pas, mais je me gratte.
LE MEDECIN
Voyons voyons... (il regarde son dossier) A l’époque vous aviez des éruptions eczémateuses sans cause psychosomatique apparente...
(il marmonne) je vous ai ordonné un traitement local.... corticoïde...(nom de médicament incompréhensible)... Le 5 juillet vous êtes revenue me voir et apparemment les éruptions avaient disparu.
ELLE
Exact.
LE MEDECIN
Elles ont repris quand ?
ELLE
Dimanche dernier.
LE MEDECIN
Au même endroit ?
ELLE
Oui.
(A suivre)
MA REPLIQUE COUP DE FOUET
Louis JOUVET
Et oui.
La semaine s’achève en feu d’artifice. A lundi pour d’autres festivités…
Miss Comédie
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 43
La salle d'attente.
ELLE, LA DAME, LE PETIT HOMME.
L'ALLERGIE AU GENRE HUMAIN : INGUÉRISSABLE ?
Elle se lève et va éteindre le poste TV. Le petit homme s’ébroue.
LE PETIT HOMME
Les livres. Contamination du cerveau humain par les livres.
ELLE
Les livres ?
LE PETIT HOMME sans la regarder
Comme l’eau des rivières est polluée, l’esprit des hommes est pollué... depuis des millénaires... L’humain s’est désolidarisé du Cosmos, sa seule chance de survie !... L’homme s’est cru Dieu et il l’a écrit dans les livres et Dieu l’a renié.. Plus d’espoir.
ELLE
Mais il y a plein de livres qui parlent d’espoir !
LE PETIT HOMME
Ceux-là sont tournés en ridicule et vont bientôt disparaître. L’homme est subjugué par le Mal. Le héros incontesté de notre époque ? Le SERIAL KILLER ! A lui l’admiration des foules ! Les livres qui racontent les serial killers sont les plus lus dans le monde.
ELLE
Je croyais que la Bible était le livre le plus lu dans le monde.
LE PETIT HOMME
Faux ! Fausse information. Faux sondages. Faux espoir.
La dame et Elle se regardent.
ELLE
Vous n’avez donc aucun livre chez vous, je suppose ?
LE PETIT HOMME
Un seul. Le manuel du Parfait Jardinier. Mais il va bientôt disparaître car je souffre toujours d’allergie.
ELLE
Que vous conseille le docteur ?
LE PETIT HOMME
La guérison par le vide.
ELLE
Peu à peu il vous dépouille de tout ?
LE PETIT HOMME
Oui.
ELLE
Et vous vous sentez mieux ?
LE PETIT HOMME
Non.
LA DAME
Mon garçon, je ne vois qu’une chose : changez de médecin. Celui-ci
ne vous vaut rien.
LE PETIT HOMME
Non ! Je crois en lui. Il voit au fond des âmes. Il a su tout de suite pourquoi j’avais tué Mina.
Silence. Les deux femmes n’osent plus se regarder.
ELLE
Qui était ... Mina ?
LE PETIT HOMME se tasse sur son siège, se renfermant en lui-même, sans daigner répondre.
La porte du cabinet s’ouvre et paraît le docteur.
LE MEDECIN
Madame Aufray !
(Pendant qu’elle ramasse ses vêtements et salue la dame, il remarque le poste éteint.) Vous avez éteint le poste ? Vous n’aimez pas ça ?
ELLE passe devant lui et d’un ton détaché
Je suis allergique à la télé.
(A suivre)
MA REPLIQUE BEL CANTO
Maria CALLAS
Il se cache sous cette réplique une bonne dose d’auto-satisfaction. Non ?
Il vaut mieux être Patricia KAAS qu’essayer d’être Maria CALLAS, c’est ça ? Et l’humilité, bordel !
A demain, mes ténors.
Miss Comédie
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 42
La sale d’attente.
ELLE, LA DAME, LE PETIT HOMME.
SUPPRIMER LA CAUSE....
ELLE
Il... vous habite ?
Signe de la tête de la Dame. Sonia semble perplexe. Elles se taisent un long moment.
ELLE
Mais pourtant vous disiez que le docteur vous avait guérie ?
LA DAME
Il m’a fait prendre conscience des choses. D’ailleurs c’est bien simple : je suis guérie puisque je n’ai plus de boutons. (un temps)
Ce bon docteur... (un temps) Dommage qu’il ait commencé par me faire arracher les tentures murales, les double rideaux et la moquette... Il aurait pu commencer par le porte-clefs... Ca m’aurait coûté moins cher...
(A Sonia) C’est drôle, que pour vous il n’arrive pas à trouver ?
ELLE
Peut-être que je ne lui donne pas tous les éléments... j’ai horreur de raconter ma vie.
LA DAME
Ah ça, il faut se déboutonner (elle pouffe de rire) c’’est le cas de le dire, ah ah ah ! Moi, j’ai laissé ma pudeur au vestiaire, voyez-vous, il faut bien coopérer. Comment voulez-vous savoir les choses... Il vous questionne ?
ELLE
Oui, mais je reste dans le vague... Ou bien je l’égare sur de fausses pistes... Je m’amuse. Il prend au sérieux des problèmes bidon. Comme de détester conduire, par exemple... Il y a réfléchi pendant des heures, pour aboutir à rien.
LA DAME
Mais alors, comment il vous soigne ?
ELLE
Avec un traitement local. Il cherche toujours la cause, la cause... Quand on voit dans quoi je vis : un appart nickel, totalement zen, sans rideaux, sans tapis... je dors sur un futon sans oreiller... Où mon allergie peut-elle bien se nicher ?
LA DAME, apitoyée
Oui, où ?
(A suivre)
MA REPLIQUE SO JAZZY
Miles DAVIS
Quelle merveilleuse philosophie. C’était un sage, Miles Davis. Il avait connu tous les silences. Je l’ai entendu jouer à Vienne, dans sa veste pailletée il était muré dans un silence intérieur et délivrait des notes déchirantes, dos au public.
A demain pour un autre festival, mes très chers.
Miss Comédie.
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - Scène 41
GUERISON SPONTANEE...
La salle d’attente. ELLE, la Dame, le petit homme dans un coin.
Le poste TV est en marche. On entend le son en sourdine. Au lever du rideau, ils regardent tous trois l’image sans parler, l’air absent.
ELLE sans lever les yeux du poste
Je n’en reviens pas. Le porte-clef à peine jeté, vos boutons ont disparu ?
LA DAME (idem)
Mais oui. En fait, j’avais des boutons lorsque je portais les vêtements que m’avait offerts mon ex, du temps que nous étions ensemble...
ELLE
Et de jeter le porte-clef...
LA DAME
... ce fut un geste de libération. Un geste courageux, croyez-le, comme un coup de bistouri dans une plaie purulente...
ELLE
Une plaie ?
LA DAME (la regardant et articulant doucement, comme pour un enfant)
Si je gardais secrètement ce porte-clefs... c’est que j’avais toujours mon ex dans la peau ... Vous ne voyez toujours pas ? C’est de la psychologie.
ELLE
Et de jeter le porte-clefs...
LA DAME (avec patience)
... ça voulait dire que je renonçais à lui une fois pour toutes. Et ensuite, j’ai jeté tous les vêtements qu’il m’avait offerts.
ELLE hoche la tête
Et depuis, vous ne pensez plus du tout à lui ?
LA DAME regardant Sonia intensément
Si. Mais autrement.
ELLE
Vous pensez toujours à votre ex ?
LA DAME regardant toujours Sonia
J’y pense.... avec bonheur.
ELLE
Je ne comprends pas.
La Dame se lève, fait quelques pas, visiblement émue.
LA DAME
Il m’habite.
(A suivre)
MA REPLIQUE EPISTOLAIRE
Madame de SEVIGNE (Lettre à sa fille.)
C’est vrai surtout entre mère et fille mais beaucoup moins entre
deux amants, qui n’ont pas besoin de parler pour se comprendre…
A demain, vous à qui je parle avec les mains !…
Miss Comédie
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 40
Le cabinet du médecin.
LUI, LE MEDECIN
LES PORTES CLAQUENT
Maxime arpente la scène.
LUI
Putain de bordel de merde...
LE MEDECIN
Comment va-t-il, votre fils ? Toujours enrhumé, je présume ? (LUI ne répond pas) Le jour où son rhume s’arrêtera, vous comprendrez qu’il a enfin accepté l’intruse. Mais il se peut qu’il ne l’accepte jamais.
LUI
Il se peut aussi qu’il l’accepte, et moi pas, n’est-ce pas. Enfin, qu’il continue à la détester mais que ses défenses l’acceptent, et moi, que je continue à l’aimer pendant que mes défenses la refusent, c’est bien ça, docteur ? (Il se frappe le front) Non mais on est en plein délire, je deviens fou, moi !...
(Il se rassied face au docteur)
Arrêtons ce jeu stupide. Résumons : il faut supprimer la cause de l’allergie, il faut donc rompre avec Sonia.
LE MEDECIN
Vous faites ce que vous voulez.
LUI
Je préfère continuer à tousser.
LE MEDECIN
Très bien. Vous me devez 60 euross.
Maxime sort son carnet de chèques et commence à écrire.
LUI
Je vous paie pour tout le mal que vous m’avez fait.
LE MEDECIN
Le mal que je vous ai fait ?
LUI
Oui, le mal, le mal ! Vous avez introduit en moi le virus de la méfiance, du soupçon vis-à-vis d’une femme qui m’aime et que j’aime.
(Tout-à-coup il se fige)
Et elle ?
LE MEDECIN
Quoi, elle ?
LUI
Vous lui avez tenu le même discours à vomir ? Quand elle vient vous consulter pour ses crises d’urticaire, vous lui dites comme à moi “il faut supprimer la cause, voyez du côté de Maxime Sévère “ ?
LE MEDECIN
Ca ne vous regarde pas.
LUI
Saligaud.
(Il se lève, jette son chèque sur le bureau.)
Monsieur, vous me voyez pour la dernière fois. Vous êtes un charlatan. Je vous quitte avant que votre traitement de merde n’ait accompli l’irréparable.
Il va vers la porte, qu’il ouvre, et avant de sortir :
Pour ce qui est de la publicité, vous allez voir de quoi je suis capable sans même avoir besoin de feutres, ni de colle !
Il sort en claquant la porte. Le médecin se lève, contourne son bureau, va vers la fenêtre qu’il ouvre.
LE MEDECIN
Il pue le tabac. Tout compte fait, sa toux vient du tabac, il n’y a pas de doute.
(A suivre)
MA REPLIQUE FATALISTE
J.J. ROUSSEAU (Emile ou de l’education)
… et c’est l’affluence des humains qui détruit la planète ?
Il y a déjà affluence de poussettes sur les trottoirs, moi je vous le dis.
J’espère qu’il y a aussi affluence sur mon blog !
Bon week-end, tout le monde.
Miss Comédie
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 39
Le cabinet du médecin.
LUI, LE MEDECIN
CA SE GÂTE.
LE MEDECIN
Il y a seulement deux questions à se poser et je vous les pose. Vous y répondrez par oui ou par non.
LUI
Allez-y.
LE MEDECIN
Un : votre vie quotidienne a-t-elle changé depuis que vous avez rencontré Sonia Aufray ?
LUI
Oui.
LE MEDECIN
Deux : désiriez-vous ce changement ?
LUI
Ah, mais ça n’est pas du jeu !
LE MEDECIN
Oui ou non ?
LUI
Je ne le voulais pas parce que je ne l’imaginais même pas !
LE MEDECIN
Oui ou non ?
LUI
J’avais pas de problème, mais quand on découvre qu’il y a mieux que de n’avoir pas de problème, on ne...
LE MEDECIN
Oui ou non, désiriez-vous ce changement ?
LUI
Non, je ne le désirais pas à l’époque, non...
LE MEDECIN
C’est clair.
LUI
Quoi : c’est clair ?
LE MEDECIN
Il y a eu ce jour-là un déséquilibre dans votre processus de défense. Tout votre processus s’est focalisé sur l’intrusion de l’élément étranger. Vous avez contracté une éruption réactive et nous avons mis cela sur le compte des crustacés.
LUI
Et maintenant, je tousse !
LE MEDECIN
Oui, l’élément étranger n’étant toujours pas évacué, votre système de défense cherche une autre forme de réponse.
LUI
L’élément étranger ?
LE MEDECIN
Sonia Aufray.
LUI, se levant et pointant son index sur le médecin.
Vous essayez de me dire que Sonia, avec ses yeux, son sourire, son amour, est en train de me détruire la santé ?
LE MEDECIN, sans se démonter
Oui, et je dirais même, celle de votre fils.
(A suivre)
MA REPLIQUE BRITISH
Harold PINTER
Et ben s’il ne l’a pas voulue, il l’a eue !
Miss Comédie
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 38
Le cabinet du médecin
LUI, LE MEDECIN
CA PIETINE...
LUI
Vous avez tout passé en revue ?
LE MEDECIN
Je crois... Enfin, tout... Tout ce que VOUS avez bien voulu me dire...
Qu’est-ce qui a pu changer dans votre vie depuis un an pour provoquer un déséquilibre ?
LUI
Mais rien... Enfin, si... je suis tombé amoureux.
LE MEDECIN
C’est pas rien, ça.
LUI
D’ailleurs, vous le savez bien ! C’est ce jour-là que je suis venu vous voir pour la première fois... Un 5 janvier, un an jour pour jour, tiens... J’avais une allergie aux crustacés...(à part) soi-disant...
LE MEDECIN
Oui, aux crustacés, c’est exact... aux crustacés.
LUI
Et vous m’avez guéri ... momentanément...
LE MEDECIN
Oui, momentanément, c’est clair : les crustacés n’étaient qu’un transfert...
LUI, se redresse, soudain agressif
Un transfert de quoi ?
LE MEDECIN
D’une raison profonde à une raison superficielle.
LUI
Et la raison profonde, ce serait, d’après vous ?
LE MEDECIN (évasif)
Cherchez bien.
LUI, furieux
Je vois. Maintenant vous allez téléphoner au docteur Freud, votre précieux confrère,
comme tous ceux qui sont à court d’explication.
(A suivre)
UNE REPLIQUE TRÈS PESSIMISTE
« La vie commence à cinquante ans, c’est vrai, à ceci près qu’elle se termine à quarante. »
Michel HOUELLEBECQ (La Possibilité d’Une Ile)
Rien qu’à voir sa tête, cette réplique me fait hurler de rire. Pourtant, c’est vrai, bordel de merde !
A demain, mes jeunes seniors.
Miss Comédie
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 37
Le cabinet du médecin.
LUI, LE MEDECIN
UN PATIENT RETIF
LE MEDECIN
L’odeur des feutres vous gêne ?
LUI
Non, pas du tout... j’adore cette odeur.
LE MEDECIN
Et la colle ?
LUI
Oh, la colle... Oui, c’est dur, l’odeur de colle. On la vaporise et il y a toujours des projections autour... Ca pique le nez...
LE MEDECIN
Bien. Il faudrait que vous vous isoliez de tout ça.
LUI
M’isoler ?
LE MEDECIN
Oui, dans un bureau à part.
LUI
Mais j’ai, un bureau à part ! Pour passer mes coups de fil, réfléchir à ma reco - ma recommandation, c’est.... Mais le gros du temps je dois être avec mes mecs... on bosse ensemble... la pub c’est un métier de groupe, vous savez...
LE MEDECIN
Oui oui, il paraît... Et bien ça n’est pas bon pour vous. Plus j’y pense, plus j’ai l’impression que votre problème vient de là.
LUI
Alors comme ça, brutalement, je deviendrais allergique à la colle ? Depuis vingt ans que je m’y colle...
LE MEDECIN
Et oui. Un jour les défenses ne répondent plus.
Silence. Maxime se passe la main dans les cheveux.
(A suivre)
UNE REPLIQUE TRES OPTIMISTE
Henri BERGSON
Même si l’on est sceptique, il vaut mieux le croire. C’est comme la théorie du verre à moitié plein ou à moitié vide. Ca peut varier selon l’humeur du jour.
Soyons bergsoniens cette semaine ! A demain mes très chers.
Miss Comédie.
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 36
Le cabinet du docteur .. Maxime est assis dans l’un des fauteuils.
LUI, LE MEDECIN
UN BILAN PAS TRES POSITIF
LE MEDECIN
Alors comment ça va.
LUI
Pareil. Je tousse toujours comme un malade.
LE MEDECIN (l’air sévère)
Vous ETES malade. Vous avez pris ce que je vous ai ordonné ?
LUI
Oui.
LE MEDECIN
Bien. Maintenant il va falloir procéder à l’élimination des causes.
LUI
Oui ?
LE MEDECIN
Nous avons fait, souvenez-vous, un rapide recensement des éléments suspects de votre environnement. En numéro 1, je mets le tabac, bien entendu.
LUI
Pas question de me faire arrêter.
LE MEDECIN
Vous êtes libre. Deuxièmement, vous travaillez dans une agence de publicité comme directeur de la création. je n’ai pas une grande expérience de cette activité mais je crois savoir que ce que vous appelez les “créatifs” travaillent tous dans une même pièce, le “studio de création”, et que certains d’entre eux utilisent sans le savoir des produits toxiques pour dessiner, tracer, coller...
Utilisez-vous vous-même des feutres indélébiles, par exemple, pour confectionner vos maquettes ?
LUI (haussement d’épaules)
Il y a longtemps que je travaille sur ordinateur.
LE MEDECIN
Et les autres ?
LUI
Les autres ? Ben, la plupart aussi... Il y a encore des gens qui font des maquettes au feutre, bien sûr...
(A suivre)
UNE REPLIQUE TRÈS VAUDEVILLE
« Je lui demande la main de sa fille.
- - Qui êtes-vous ?
- J’ai vingt et un francs de rentes…
- Sortez !
-… par jour !
- Asseyez-vous donc ! »
Eugène LABICHE (Un Chapeau de Paille d'Italie)
Comment on glisse doucement des phénomènes de mode au Vaudeville, encore et pour la dernière fois !
Décidément, ça donne envie d’aller au théâtre, non ?
Alors à lundi, pour la suite des aventures de :
Miss Comédie
LES AMOUREUX DE LA SALLE D'ATTENTE - scène 35
La sale d’attente.
LUI, LA DAME
QUAND ON AIME SON ALLERGIE
LA DAME, rêveuse
On croit qu’il faut faire place nette, que le passé est bon à jeter aux orties, que le nouveau est plus beau que l’ancien, que tout ce qui vous était doux et familier n’est plus que vieille dépouille propre à vous donner des boutons....
LUI (pour lui-même)
Le bonheur ça se reconnait du premier coup !
LA DAME (pour elle-même)
On fait l’hypocrite avec son porte-clefs...
LUI (de nouveau s’adressant à elle)
Vous croyez que le bonheur peut rester là à vous attendre, pendant des jours, des mois ?
LA DAME
Oui, je sais j’ai attendu trop longtemps. Mais j’avais peur...
LUI
Peur, peur... Vous, les femmes, n’avez que ce mot à la bouche. Peur de gêner, peur de décevoir, peur de vous tromper... peur d’être allergique !
LA DAME
Alors on reste là, et le bonheur s’en va plus loin.
LUI
Oui. Mais il est malheureux, lui aussi.
LA DAME
Vous croyez ?
LUI
Je le sais.
LA DAME
La solution serait de le retrouver, de repartir à zéro.
LUI
Tout simplement.
La dame semble abîmée dans un rêve merveilleux.
LUI regarde l’écran.
Si seulement les femmes étaient simples.
LA DAME
Qu’est-ce que cela changerait ?
LUI
J’arrêterais de fréquenter ce lieu sinistre.
LA DAME
Et votre allergie ?
LUI
J’aime mon allergie. Vous comprenez ? J’aime mon allergie.
VOIX DE L’ASSISTANTE
Monsieur Maxime Sévère !
Il se lève, salue la dame et passe dans le cabinet.
(A suivre)