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MA PIÈCE DORT... D'UN OEIL

Publié le par Miss Comédie

 

TENTATIVE D’ÉVASION  SUR LE TARMAC

 

(TENTATIVE D’ÉVASION c’est le titre de ma pièce, vous vous souvenez ?)

Derniers check-up avant l’embarquement des acteurs : relecture du texte par le metteur en scène seul, avant la réunion où il me livrera ses réactions et ses suggestions éventuelles.

Cette réunion ne pourra avoir lieu que dans  la semaine du 14.  Je pars mercredi à Paris jusqu’à vendredi.

Thierry  m’a demandé un texte de présentation de la pièce, à distribuer à la presse. 

Tout ça semble bien laborieux, mais le rythme s’accélerera avec le début des répétions, prévu le 19 avril.   D’ici là, il peut se passer plein de choses… j’aime autant que ça piétine, plutôt que d’affronter un cataclysme (style clash, désistement, maladie, etc…)   Nous n’avons encore signé aucun contrat.  Thierry et moi nous marchons la main dans la main.

 

A bientôt chers bonhommes de neige, le printemps va arriver sans crier gare !

 

Miss Comédie.

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UNE PIÈCE MONTÉE ...

Publié le par Miss Comédie

 

...MAIS PAS LA MIENNE !   


Pour Danielle DARRIEUX,  l’émission était l’occasion d’annoncer son prochain film : « PIECE MONTÉE », avec autour d’elle, que du beau monde  :  Jean-Pierre MARIELLE, Caroline CELLIER, Jane BIRKIN, Dominique LAVANANT,.. Les filles  sont venues l’entourer, visiblement sous le charme. 

 Cette PIECE MONTÉE est un film réalisé par Denys GRANIER-DEFERRE d’apèrs le roman de Blandine LE CALLET.

Ca raconte un mariage, vu par quelques-uns des invités : voué au désastre, en somme !

On a changé pas mal de choses dans le texte initial mais… l’auteur n’aura certainement pas à s’en plaindre !

 

Je vous quitte sur cette pièce montée qui, elle, est un vrai gâteau, alors que la mienne, c’est pas du gâteau.

Vous devez commencer à croire que je vous ai monté de toutes pièces un énormé baba ?  Non. Patience.  A bientôt,

 

Miss Comédie.

 

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JE MONTE MA PIÈCE À LYON (si Dieu le veut)

Publié le par Miss Comédie

 

 

A partir d’aujourd’hui j’arrête ce titre stupide puisqu’il ne correspond à rien… pour l’instant.  Je fatigue, à essayer de meubler l’article tant qu’il ne se passe rien.

Donc, je reprendrai le fil de ce feuilleton quand la locomotive s’ébranlera.

En attendant, je me  défoule avec l’actualité qui est riche de rebondissements, elle…   Gardez l’œil sur mon blog, ça peut reprendre d’un jour à l’autre !

Plus que quelques jours et Lyon se repeuplera de travailleurs définitivement las de devoir reprendre la tâche alors qu’il pourrait y avoir un seul et même break de 52 semaines, mais ça viendra !

Je relis ce blog et je m’aperçois qu’il est écrit, comme en musique, sur le mode mineur.  Un mode qui glisse vers la mélancolie, mais qui colle bien avec le climat actuel…

Miss Comédie

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JE MONTE MA PIÈCE A LYON

Publié le par Miss Comédie

CHE VA PIANO VA SANO

 

La réunion de jeudi 18 a été annulée.  Thierry était  malade. Nous devons nous rappeler aujourd’hui pour fixer une autre date.

Tout se passe donc comme prévu, on avance sur un chemin vierge et semé d’embûches vers un sommet qu’on ne distingue pas encore.

De mon côté j’ai revu le texte et la nouvelle version me paraît satisfaisante, tant sur le plan typographique (j’ai corrigé cent mille fautes de frappe ou de grammaire) que sur le plan de l’action.

Je suppose que dès notre première lecture à la table il y aura encore des modifs.  Il ne faut pas plaindre le papier ! Les versions vont se succéder au fil des lectures avec les deux autres comédiens, jusqu’à ce que je dise « stop ! »

et qu’on coule la pièce dans le béton.

Il faut, à un moment, fermer la porte aux tergiversations car on peut toujours modifier !    On arrive parfois à un résultat catastrophique, comme pour ce TRAMWAY   à  l’Odéon  dont on a enlevé  le DESIR et qui est carrément une autre pièce, signée d’un autre auteur que Tennessee WILLIAMS !

 

On se retrouve bientôt, avec la suite de mes aventures théâtrales.

Miss Comédie

 

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JE MONTE MA PIÈCE A LYON

Publié le par Miss Comédie

 

   TRAVAIL SUR LE TEXTE.

 

Grand moment creux.  Thierry est revenu de vacances, il a été content d’apprendre que le problème de l’aquarium était facile à régler.

Je n’ai pas encore reçu le devis du marchand d’aquarium, mais je le relancerai avant jeudi.

Jeudi, nous nous voyons avec Thierry pour relire la pièce ensemble, et entériner la version définitive avant de commencer à la lire avec les deux autres comédiens.

 Quand je vois le degré de perfection de la mise en scène de la pièce dont je vous parle aujourd’hui, je me dis qu’on n’est jamais trop exigeant, et l’exigence commence avec le texte, réplique après réplique.

  Je vous donnerai un petit écho de cette réunion, vendredi.  J’espère qu’elle ne sera pas reportée.

Abientôt donc, pas à pas nous allons vers le printemps, c’est long mais ça

vient…

  Miss Comédie

 

 

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JE MONTE MA PIÈCE À LYON

Publié le par Miss Comédie

L’AQUARIUM N’EST PAS UN PROBLÈME

 

Après investigations, il sera possible de placer un aquarium réel garni de poissons vivants, au milieu du décor, sans que cela pose le moindre prolème.

Reste à déterminer le coût, sachant qu’il est plus intéressant d’acheter que de louer.

Nous avons demandé un devis tenant compte d’une publicité faite par le théâtre  pour le magasin dans l’affiche, les flyers  et  sur scène  à la suite du nom des acteurs.

Mais déjà, la somme paraît très abordable

Que ferons-nous de l’aquarium après le spectacle ?  Si la pièce devait avoir une suite rapprochée, soit en tournée, soit dans un autre théâtre,  l’un de nous le garderait chez soi, c’est beau, un aquarium, bon il faut s’en occuper,  mais beaucoup moins qu’un chien ou un chat.

Si la pièce s’arrête, et bien on le rendra au magasin.  Avis à ceux qui seraient tentés de le récupérer, c’est pour cet été.

Pour ceux qui auraient loupé le début de l’aventure PIECE MONTÉE, je rappelle le rôle de l’aquarium :  remplacer la télé au domicile conjugal, ce qui est du goût de l’un mais pas de l’autre, naturellement…  D’où petites tempêtes autour de l’aquarium et même dedans, sous l’œil atterré de l’ami du couple, impuissant.  La chute est très rigolote.

Notre prochaine réunion a lieu seulement le jeudi 18, c’est loin mais la vie est trépidante,

nous sommes aussi débordés l’un que l’autre, j’ai honte de le dire.  C’est très mauvais signe d’être débordé, je sais. Mais je n’ai pas le temps de faire du yoga.

Et pourtant, ça me donnerait le détachement nécessaire pour gravir pas à pas cette butte qui mène à une première de théâtre !

 

A bientôt,  ne vous lassez pas !

Miss Comédie

 

 

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JE MONTE MA PIÈCE À LYON

Publié le par Miss Comédie

L'AQUARIUM EN QUESTION

 

 

Il faut que je règle cette histoire d’aquarium avant notre prochaine réunion.

J’ai l’impression qu’on bute sur un grain de sable, ça ne doit pas être si difficile

de maintenir des poissons en vie sur une scène de théâtre, quelle est la différence avec un appartement ?

Pour ce qui est de les nourrir, il y aura toujours quelqu’un pour le faire, puisque le théâtre abrite aussi un cours d’art dramatique qui fonctionne régulièrement.

Il y a le problème du léger ronronnement que fait le moteur d’alimentation en oxygène.

Mais cela ne gène en rien l’action, on l’oubliera très vite, il sera même indécelable au-delà du troisième rang.

En attendant de dénouer ce problème ensemble, je relis la pièce, que j’avais laissé reposer quelque temps, et je lui trouve encore des longueurs.  Je sabre avec délices,  le recul me donne une apprécciation plus nette des dialogues.  Des répliques courtes, mon petit, me dirait mon premier mentor, tu te laisses trop emporter par ton lyrisme.  Je fais donc comme Kryzstof  WARLIKKOVSKI, je coupe.

A l’heure où j’écris (mercredi 3, 18h) je devraus être à Paris en train de me préparer pour aller voir un spectacle à Paris-Villette.  Merci la SNCF.  (Une fois de plus).

Je vous donne rendez-vous très bientôt,

Miss Comédie.

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JE MONTE MA PIÈCE A LYON

Publié le par Miss Comédie

L’AQUARIUM  EN QUESTION  


Le rendez-vous de jeudi s’est très bien passé.  J’adore l’endroit, un petit théâtre    bien vétuste, où l’on sent que de longues années de succès ont patiné les murs, avec une scène spacieuse, un bar où l’on vous offre le petit coup de rouge d’avant le spectacle, et  ce climat de mystère qui n’appartient qu’aux espaces professionnels.

Nous avons travaillé dans la salle.  Désignation des trois comédiens pressentis, ddéfinition des dates envisagées pour la première, et pour les répétitions.  Pour l’instant, rien ne bloque.

Ensuite, travail sur le texte et sur le décor.  L’aquarium  est le point de mire autour duquel l’action se déroule, mais aussi pour nous la principal objet de perplexité.  Il faut étudier la solution qui évitera l’achat ou la location d’un véritable aquarium avec ses poissons, solution onéreuse et surtout irréalisable : les poissons n’y survivraient pas.

Nous nous sommes quittés après avoir mis la question en priorité sur le

tapis. 

Nous nous revoyons dans la semaine du 8 pour échanger nos idées.

Cette première réunion in situ s’est passée dans un climat d’ouverture,

de cordialité, de bonne humeur.  On est en phase.

 

 

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JE MONTE MA PIÈCE À LYON

Publié le par Miss Comédie

1ere étape : LE SUSPENSE (suite)

 

Chic, je n’ai pas eu de message décommandant le rendez-vous de cet après-midi.

Donc, tout à l’heure  je mets pour la première fois le pied dans le lieu où va se monter ma pièce.  Je ne vous dis pas encore son nom, tout sera dévoilé en même temps.

 Ca va quand même  me faire drôle, de  ne pas entrer au théâtre en comédienne, ni en spectatrice, mais en auteur.  C’est la première fois.

Lundi vous aurez le récit du déroulement des opérations.

A bientôt,

Miss Comédie.

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JE MONTE MA PIÈCE À LYON

Publié le par Miss Comédie

1ère étape : LE SUSPENSE  (suite).

 

J’ai eu une réponse de mon metteur en scène qui était engagé dans le montage de son nouveau spectacle, j’avais oublié ce détail, c’est pourquoi il ne me rappelait pas.

Il me demande une date de rendez-vous.  Je la lui donne.   Il l’accepte. Nous

sommes d’accord pour nous rencontrer au théâtre, jeudi à 14h.

Que va-t-il se passer ?   Mystère.

Vous saurez tout sur cette rencontre dans le blog qui suivra.

Mais il faut être conscient de l’extrême fragilité d’un projet théâtral.

A tout instant, je peux venir et vous dire « On arrête tout, je ais vous parler de comment  monter les œufs en neige.  Vous comprenez ?

Dans l’étape « Suspense », tout peut arriver.

Mais si nous arrivons à franchir le cap des contrats et de la première répétition, alors nous pourrons dire que l’affaire est en bonne voie.

Mais  je tiens à vous raconter ce périple sans omettre le moindre caillou, la moindre bosse qui pourrait faire vaciller l’équipage, comme ça si un jour il vous vient l’envie de monter votre pièce de théâtre, vous saurez à quoi vous attendre.

 

 

A bientôt donc, pour avancer dans la première étape, toujours le suspense !

Miss Comédie.

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MA PIÈCE MONTÉE : LE SUSPENSE CONTINUE

Publié le par Miss Comédie

point-d-interrogation.jpg     Pour me rassurer, je repense aux galères que j’ai connues autour de moi, et chez des gens qui avaient du pouvoir, des relations et tout, et qui ont mis des mois à monter leur pièce.

Je pense à Albert CAMUS lui-même, dont l’adaptation des POSSÉDÉS ne trouvaient pas de théâtre,  tous reculaient devant l’énormité de la production.

Et pourtant, quelle  affiche !   Pierre Blanchar, Pierre Vaneck, Michel BOUQUET, Tania BALACHOVA, Catherine SELLERS, Charles DENNER… et j’en passe, sans compter l’auteur, CAMUS  lui-même.   Son agent Micheline ROZAN s’est démenée comme un beau diable pour arriver à convaincre enfin Simone BERRIAU d’accueillir la pièce dans son  théâtre, le Théâtre ANTOINE.

Le spectacle n’a eu qu’un succès d’estime et de curiosité mais les Parisiens ont boudé LES POSSÉDÉS.    Tout ça pour ça… CAMUS  a  éprouvé une grande déception.

Donc, pas de panique, restons zen, ça finira bien par démarrer…

 

A bientôt,

Miss Comédie     

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LE RENDEZ-VOUS MANQUÉ

Publié le par Miss Comédie

 

LES-POSSEDES001.jpgCamus est vêtu d’un costume léger bleu marine. Sous la veste, son éternel gilet de laine gris.  Il a l’air fatigué.  Son bureau est encombré de livres, de papiers, de photos d’acteurs.  La fenêtre est fermée.

Il se lève pour m’accueillir.

- Alors, ma chère, nous avons enfin un théâtre...

- Oui, monsieur, enfin !

- Je n’aurais jamais cru que ce fût si difficile, soupire-t-il.

 Bon, la pièce est longue, lourde... une lourde machine... Et tous ces comédiens.... Mais enfin voilà : c’est encore une femme qui a le courage.

Je souris :

-  C’est elle qui en aura le succès...

- Chut... ne mettons pas les dieux contre nous... Si vous saviez comme je doute... Dans un mois on répète et je ne suis sûr de rien...

Ce n’est pas à moi à le réconforter.  J’ouvre ma serviette et sors les documents à signer.  Il tend la main, les pose devant lui tout en suivant le cours de sa pensée.

-  Que pensez-vous de Catherine Sellers ?  L’avez-vous déjà vue sur une scène ?

Il me parle comme à un agent. Après tout, oui, je suis la secrétaire de son agent.

-  Non, je ne l’ai jamais vue.  Seulement des photos...  Elle a un beau visage tourmenté... des pommettes hautes comme les slaves... Je l’imagine bien jouant Maria.

Il rêvait.

-  Elle est parfaite.  Et quel métier... Une actrice shakespearienne.

N’y tenant plus, je lance :

-  Vous l’aimez ?

Il est pris au dépourvu.  Je vois dans ses yeux le travail de décodage : “veut-elle dire que je l’aime comme artiste, que j’aime son jeu, ou bien a-t-elle le culot de me demander si je l’aime d’amour ?”

Mais il est trop fin pour douter longtemps.  Il est honnête, aussi.  Et puis il est devant une femme.

-  Oui, je l’aime.

Il prend un crayon posé sur la table et le fait rouler, du doigt, entre deux piles de livres. Avancer, reculer, avancer, reculer.  Lui a décidé d’avancer.  De se livrer.

-  J’aime plusieurs femmes, d’un amour total et différent.  Il y a plusieurs sortes d’attentes... il y a plusieurs sortes de charmes qui opérent sur moi... et qui n’enlèvent rien aux autres... Pourquoi n’aimer qu’une fois ?  Il y a tant à donner.

-  Mais votre femme ?

-  C’est ma femme.  Elle est mon point d’attache.

 

Il a l’air grave, celui qu’il doit avoir en écrivant. Nous avons trop parlé de lui.

-  Et vous ?

 Il dit cela sans vraiment questionner, comme une parade.

-  Je vais prendre des cours de comédie.

 

Bien,  sa pensée bascule. Il accuse le coup, avec soulagement semble-t-il.  Il n’est plus question de ses amours, mais il n’aime pas ce qu’il entend.  D’un ton rude, il lance :

-  Pour quoi faire ?

-  Pour faire du théâtre.

Il regarde la secrétaire qui veut faire du théâtre.  C’est comme si j’avais enlevé une perruque et qu’il découvrait que j’étais chauve.

-  Vous avez tort.

-  Et pourquoi s’il vous plait ?

-  Parce que faire du théâtre n’est pas ce que vous croyez.

-  Savez-vous seulement ce que je crois ? 

Il se lève. Sa voix a quitté le ton de la conversation mondaine.

-  Oh oui, je le sais : vous croyez que c’est facile, que ça brille, qu’on n’a qu’à parler et que les gens applaudissent, et que l’on joue tous les rôles qu’on veut, toujours,...

-  Non, vous vous trompez.  Je sais que c’est difficile et long, et frustrant. Mais je veux essayer. Et pourquoi toutes ces comédiennes que vous admirez ont-elles le droit d’en faire et pas moi ?

Il se plante devant moi et me parle en se penchant, avec véhémence.

-  Parce qu’elles sont folles !   Oui, il faut avoir la folie en soi pour faire du théâtre, il faut être fou !   Et vous êtes tout ce qu’il y a de plus normale !

Il me gifle avec ce mot.  Il n’y a plus de larmes, il y a la colère.

-  Qu’est-ce que vous en savez ? Est-ce que vous me connaissez?

 

Il se redresse et retourne s’asseoir à son bureau.

-  Oh, non, bien sûr je ne vous connais pas.  Il y a bien un peu de folie dans chacun de nous.... Mais je vous vois plutôt mariée, avec de beaux enfants, vous êtes si tendre...

Normale et tendre.   Je hais cet homme qui ne comprend rien aux apparences.

Il y a un silence.

Camus  feuillette les documents  posés devant lui, il les lit à peine et les signe.

Puis il referme le dossier et me le tend.  Je me lève. 

Alors il fait le tour du bureau, vient face à moi et comme je baisse la tête, il lève du doigt mon menton, et ses yeux plongent dans les miens.  C’est le moment où mes larmes arrivent malgré moi.

-  Mon petit.  Je vous ai fait de la peine.  Je vous ai dit le fond de ma pensée, je n’avais pas le droit, c’est absurde...

Il essuie la première larme sur ma joue d’un doigt paternel.

-  Ecoutez-moi.  Nous allons faire un pacte.  Après cette conversation, réfléchissez.  Faites ensuite exactement ce que vous sentez, suivez votre instinct. Je vous donne rendez-vous dans un an. Nous prendrons une soirée entière, je vous emmènerai dîner.   Et  vous me raconterez  ce que vous aurez tenté... ou non tenté... Vous me prouverez peut-être que j’ai eu tort ? 

 

Il me serre contre lui.

-  Nous voulons tout... Je suis comme vous... Il faudrait plusieurs vies.  Après tout se tromper est encore la meilleure façon de se trouver.  Mais le théâtre est un maquis...    

Je m’écarte de lui :

-  Tous les métiers sont un maquis, monsieur.

-  C’est la vérité.  Vous avez le dernier mot.  Maintenant les choses vont se précipiter, je n’aurai plus une minute à moi.  Mais n’oubliez pas : dans un an... Je n’ai qu’une parole.

Nous étions le 28 décembre 1958.   Un an plus tard, il  allait quitter sa maison de Lourmarin et prendre la route vers Paris où je l’ai attendu en vain.

 

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IL M'A DIT...

Publié le par Miss Comédie

« Pourquoi n’aimer qu’une fois ?  Il y a tant à donner. »

Que répondre à cela ?

Albert Camus avait une conception christique de l’amour.  

Maintenant, le Panthéon, pourquoi pas ?

Miss Comédie

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WHAT IS AN AVATAR ?

Publié le par Miss Comédie

On a tendance à parler des avatars d’une copine comme de ses mésaventures.  Ce mot a une connotation péjorative, en tous cas c’est celle qui lui est restée de ses différentes interprétations.  Mais voilà que le film de James CAMERON le réhabilite en le mettant au goût du jour.

 

Prenons le Petit Robert :

« Avatar.  n.m. (1800)  du sanscrit « avatara », descente.

1°)  Dans la religion hindoue, chacune des incarnations de Vishnu.

2°)  fig.  Métamorphose, transformation.  (« Cette Cisalpine s’appellera République italienne, puis, par un nouvel avatar, Royaume d’Italie. » (MADELIN).

3°)  XXème. Par contresens, mésaventure, malheur.

 

Dans la prochaine édition, il sera probablement mentionné en 4ème position le terme « avatar » comme un terme utilisé par les internautes pour signifier le portrait définissant son profil dans un blog ou dans Facebook…

Maintenant on sait qu'un avatar est un fait-divers courant chez les extra-terrestres.

 

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DERNIER AVATAR DANS LE SUD-EST ?

Publié le par Miss Comédie

le-paysage-de-neige.JPG

Oui, le mot est vraiment d’actualité ces jours-ci !  J’en abuse même aujourd’hui mais le mot me plait.   Oui, LA NEIGE est en train de nous tomber dessus  sans mollir et c’est le chaos, paraît-il, sur les routes.  Pourtant cette belle neige avait fait correctement son travail de promo, comme tout avatar de haute volée.  Mais les gens sont si négligents…

Survivrons-nous à ce refroidissement de la planète ?

A bientôt peut-être,

Miss Comédie

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MA NOUVELLE PIÈCE EN CHANTIER

Publié le par Miss Comédie

RAS pour l’instant.  Ne quittez pas mon blog des yeux, ça va venir.

En attendant, regardez tomber la neige avec vos yeux d’enfant.  C’est si beau un paysage blanc, où tout le carbone devient invisible pendant quelques instants.

aquarium.jpg

De quoi elle parle, ma pièce ?  D’un mec qui vire sa télé  pendant l’absence de sa femme et qui la remplace (la télé) par un magnifique aquarium plein de poissons chatoyants.  Evidemment ça pose problème à son épouse qui ne veut pas lui faire de peine mais qui va regarder la télé en douce à l’hôtel…

Le copain du couple flaire le désastre et s’efforce de ramener l’ami à la raison et la femme à la maison.  Voilà, c’est censé être drôle.  Et la fin est très morale.

A bientôt !

Miss Comédie

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LE RIDEAU TOMBE... SUR 2009 !

Publié le par Miss Comédie

Donc, mon blog a un an, c’est fou, j’ai tenu le coup.  Parce que mine de rien c’est du boulot.   Chercher la matière, trier dans les actus, trouver les photos, rédiger les court-métrage, du coup je ne trouve plus le temps d’écrire des pièces de théâtre.  Mais le blog c’est aussi une drogue.    Parler de théâtre, de cinoche ou de livres à longueur de temps, ça me va bien !

Alors, rendez-vous l’année prochaine, pour vous raconter le montage de ma pièce (je tremble en écrivant ça, en principe il faut garder ça motus bouche cousue, mais là, il faut bien que je vous explique pourquoi ça va changer…)

Je vous souhaite de très joyeuses fêtes et  plein de projets pour 2010 !

Miss Comédie.

 

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COURT-ùÉTRAGE : BLANC

Publié le par Miss Comédie


champ-devant-neige.jpgPanne de pellicule ou d’imagination ? Les deux.  Nous sommes dans une période d’hibernation, végétale et animale. Mais c’est bon signe : sous la neige, le blé prend des forces pour germer.

 

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LA PETITE PHRASE QUI GLACE

Publié le par Miss Comédie



iceberg.jpgCa va parce que c’est Noël, mais bientôt plus de petite phrase.  Celle-la, elle est pas piquée des vers. 

 

« Chaque jour que nous cédons au scepticisme ou à  l’immobilisme

nous rapproche un peu plus de l’impasse planétaire. »

Nicolas HULOT

Brrr !  On ne peut pas faire de phrase plus creuse et plus vide de sens.

Mais c’est très fort : on se sent immédiatement coupable et on se demande de quoi… L’arme politique absolue.

Sur cette note que je voudrais humoristique, je vous dis … à bientôt !

Miss Comédie

 

 

 

 

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LES FILMS MARQUISE, UN ÎLOT DE FOLIE (suite et fin)

Publié le par Miss Comédie

 

Après “UN AMOUR DE PLUIE”,  film réalisé par Jean-Claude BRIALY avec Romy SCHNEIDER qui n’eut aucun succès, les négociations commencèrent avec un metteur en scène chilien, Helvio Sotto, pour produire son film “Il PLEUT SUR SANTIAGO » .

Entreprise de fous.  Traduction et frappe du script, une rigolade. Mais  l’affaire prit un tour dantesque quand il fallut s’occuper de la co-production bulgare.  Le film devait se tourner en extérieurs à  Sofia avec une distribution et une équipe technique mi-française mi-bulgare, infiltrée de quelques chiliens dont on ne savait trop s’ils étaient là par amour du cinéma ou par idéologie politique.

Pour corser l’aventure, je tombai amoureuse d’Helvio Sotto, qui était l’être le plus dénué de charme qui soit, sombre et renfermé, sujet à des crises d’état d’âme qui le rendaient inapprochable.  Je me mis à attendre pendant des soirées entières un coup de téléphone hypothétique pour un rendez-vous hypothétique qui n’arriva jamais. Tout ça pour un regard échangé un jour, où j’avais cru recevoir l’appel d’une soudaine passion. marquise.jpg

 

 

Jacques Charrier s’était lancé dans l’aventure avec fougue et détermination.  Le sujet du film, le récit de la chute d’Allende, l’enthousiasmait.   Il avait même  arrêté de jouer au poker.

Jean-Claude Brialy, lui, venait d’être engagé par Bunuel pour tourner dans le LE FANTÔME DE LA LIBERTÉ ».  Il   avait l’esprit ailleurs.   Il y eut des disputes.

Mais enfin, le film finit par sortir.  Je ne me rappelle plus l’accueil que lui fit la critique et le public.  Ce que je sais, c’est que les Films MARQUISE ne se remplirent pas les poches.  Ce fut la fin de notre aventure.

 

 

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LES FILMS MARQUISE, UN ILOT DE FOLIE

Publié le par Miss Comédie

Vendredi je vous parlais de Jacques Charrier.   Cela me rappelle l’époque des Films Marquise.  C’était le nom de la maison de production qu’avait créée Jacques Charrier avec son pote Jean-Claude Brialy. 

Pas beaucoup de moyens, mais un même regard sur le cinéma, ils voulaient faire leurs films, avec les réalisateurs qu’ils voulaient et les acteurs qu’ils voulaient.

Ma copine Denise avait dit oui au poste d’assistante de prod, elle avait le goût du risque.  Moi, j’étais au chômage  et je cherchais un peu de fric, j’ai dit oui  au poste d’assistante de l’assistante.

On a vécu une drôle d’aventure avec ces deux-là.  

 

L’ambiance aux Films Marquise était à la fois survoltée et super cool.  Tout était urgent : les appels téléphoniques, les chèques à payer, les lettres à taper, les rendez-vous à prendre, les scénarios à lire, les contrats à rédiger, les manuscrits à lire.

Mais la présence de l’un ou de l’autre des deux producteurs faisait passer sur l’ensemble un vent de folie douce, comme si tout cela n’était que poudre aux yeux, un bureau factice comme dans l’Arnaque.

 

Charrier et son humour corrosif, ses coups de gueule, et sa manie de chercher votre point faible pour vous pousser à bout. Il était bourré de tics.  On le voyait rarement sourire. Son rire était sardonique. 

  Parfois il arrivait  en trombe, le visage fermé,  et  s’enfermait dans son bureau sans un mot pendant la matinée entière.  Charrier avait un comportement de fou.  Il clamait qu’un jour il se tirerait une balle dans la tête.  Nous étions persuadées qu’il le ferait.

 

Jean-Claude Brialy  était la joie de vivre incarnée.   Sa folie, il la cachait très loin sous des manières courtoises et raffinées, sous des attentions exquises envers tous ceux qui l’entouraient.

Ils étaient beaux, tous les deux, et dans la fleur de l’âge.  Ensemble, ils jouaient les complices mais je n’ai jamais pu vraiment savoir ce qui les avaient poussés à s’associer.   Avaient-ils les mêmes ambitions artistiques pour chercher à produire le même genre de films ?  Ou tout cela n’était-il qu’une affaire d’argent ? Les films Marquise ne vécurent pas longtemps. Les quelques films lancés n’eurent qu’un succès d’estime. Les caisses se vidèrent un jour, et la petite maison de production dut mettre la clef sous la porte.

J’arrête pour aujourd’hui mais je finirai avec les Films Marquise en racontant l’épisode « IL PLEUT SUR SANTIAGO », le film d’Helvio Sotto qui fut le dernier produit par mes deux zigotos.

 

(à suivre)

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ALLUMEZ LES FEUX !

Publié le par Miss Comédie

 

   En attendant,  tous dans la rue pour admirer la Ville embrasée, c’est comme un flamboyant coup d’envoi à Noël  qui approche à grands pas. 

A très vite.

Miss Comédie

 

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C'EST MA FÊTE !

Publié le par Miss Comédie

 

Aujourd’hui pas de petite phrase, d’ailleurs j’en ai marre des petites phrases,  vous aussi peut-être, alors on va faire un peu de ménage et pour 2010 je vais donner un nouveau look à mon blog.

Donc  c’est la sainte Barbe, relookée en sainte Barbara pour faire plus in et moins rasoir,  vous saviez ça ?  On fête encore la sainte Barbe dans certaines provinces mais qui oserait appeler sa fille Barbe ?

Lyonnais, à vos bougies, et préparez-vous à arpenter la ville illuminée pendant quatre jours !

Miss Comédie

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LE TRÉSOR DE L'HÔTEL DE CRISSIEU

Publié le par Miss Comédie

EXT. JOUR

 

Vu de la rue, un édifice en travaux. C’est un hôtel particulier majestueux  en cours de restauration.  Le chantier fermé au public laisse entrevoir une cour pavée occupée par des engins, des tas de sable.

Au milieu de la façade XVIIIème s’ouvre le perron à double volée de marches en pierre. 

Une grosse BMW noire stoppe devant le chantier et se gare dans une encoignure.  En sort un homme en pardessus gris qui pénètre dans la cour par la porte réservée aux entreprises du bâtiment.  Son assurance et son comportement indiquent qu’il est le propriétaire de l’hôtel.

 

EXT. JOUR

la cour de l’hôtel de Crissieu

 

L’homme traverse la cour tout en inspectant les alentours. Il redresse une brouette renversée, donne un coup de pied dans une canette vide, lève la tête vers les derniers étages avant de gravir les marches du perron et d’ouvrir la porte principale et de pénétrer dans l’hôtel.

 

INT. JOUR

 

Rez de chaussée de l’hôtel de Crissieu

A l’intérieur règne une demi-obscurité.  Les pas de l’homme résonnent sur le parquet du hall, vaste espace vide sur lequel débouchent les galeries latérales, à droite et à gauche, et l’escalier monumental, en face.

L’homme s’arrête au milieu du hall et écoute : un bruit de musique venant des étages supérieurs le surprend.  Il va vers l’escalier et la caméra le suit tandis qu’il arrive au palier du premier étage et qu’il entre dans la première pièce.

 

INT. JOUR

 

Premier étage hôtel de Crissieu

La pièce est vide,  envahie d’une musique rock endiablée.  L’homme fait le tour de la pièce sans pouvoir discerner l’origine de la musique, passe dans la pièce voisine où résonne les mêmes rythmes  et s’aperçoit que chaque pièce de l’étage  est sonorisée de la même façon.

 A un moment la musique se tait, pour repartir aussi forte mais cette fois c’est une symphonie classique qu’il entend,  comme si quelqu’un manipulait un poste radio.

 

Le propriétaire  parcourt tout l’étage à la recherche de l’origine du bruit. Pas une âme ne se manifeste durant son inspection, le bâtiment semble absolument désert.

Au bout du couloir, un autre escalier s’envole vers le deuxième étage.

Le propriétaire  emprunte cet escalier jusqu’au  deuxième palier.

 

INT. JOUR

 

Deuxième étage hôtel de Crissieu

Le couloir est plongé dans l’obscurité mais une lueur provenant de l’une des pièces attire l’attention du propriétaire.  Il  marche dans sa direction. 

            A ce moment-là, la musique s’arrête brusquement.

Sur le pas de la porte, il s’arrête, interdit.

 

INT. JOUR

L’appentis.

 

La pièce est exigüe, c’est un appentis où sont entassés des outils, des vêtements de travail, une petite table avec un réchaud à gaz butane, deux chaises, une échelle…

Assis sur un coffre à outils, un homme en bleu de travail est en train de manger son casse-croûte.   Son visage est ridé, mal rasé, une casquette vissée sur le crâne.  A l’apparition du propriétaire il ne semble pas étonné et continue à manger sans dire un mot.

 

                                               LE PROPRIÉTAIRE

                                               Bonjour !

                                               L’HOMME ASSIS, continuant à manger

                                               Bonjour. 

                                               LE PROPRIÉTAIRE

                                               D’Où vient cette   musique ?

                                               L’HOMME

                                               Chais pas.

                                               LE PROPRIÉTAIRE

                                                Il y a quelqu’un d’autre ici  ?

                                               L’HOMME

                                               Non, personne ne travaille le week-end.

                                               LE PROPRIÉTAIRE

                                               Alors d’où vient la musique  ?

                                               L’HOMME, hausse les épaules

                                               Elle vient toute seule, comme ça, des murs.

                                               Depuis que j’habite là, je l’entends.

                                               LE PROPRIÉTAIRE

                                               Vous habitez là ?

                                               L’HOMME

                                               Oui, c’est chez moi ici.  Je surveille les travaux.

                                               LE PROPRIÉTAIRE, désarçonné

                                               Ah.

                                               (un temps)

                                               Vous savez que la maison a été vendue…

                                               L’HOMME, ricane

                                               Ouais, ils disent ça.  Mais moi je veux bien voir le

                                               type qui a acheté ça !

                                               LE PROPRIÉTAIRE

                                               Ben, c’est moi.

 

L’homme considère le propriétaire, la fourchette en l’air, la tête levée

pour l’examiner attentivement.

                                               L’HOMME

                                               Donc,  vous allez me virer.

                                               LE PROPRIETAIRE

                                               Je suis désolé, mais…

L’homme se lève péniblement, pose son assiette sur la table, époussette sa salopette, et se plante devant le propriétaire, qui le dépasse de deux têtes.

                                               L’HOMME

                                               Je partirai.  Mais je ne vous dirai pas où est le trésor.

                                               Moi seul, sait où se trouve le trésor. 

                                               LE PROPRIETAIRE

                                               D’accord. Je crois en effet, qu’il vous faut partir.


Il tourne  les talons et repasse dans le couloir.  L’homme attrape son blouson, sa sacoche et lui emboîte le pas, descendant l’escalier derrière lui.

 

INT. JOUR

Le hall de l’hôtel de Croissieu

 

Les deux hommes se retrouvent dans le hall et soudain, la musique reprend, aussi forte, dans les pièces du premier étage.

Le propriétaire semble affolé.

 

                                               LE PROPRIÉTAIRE

                                               Mais enfin, il y a quelqu’un ici !  

                                               L’HOMME, l’air goguenard

                                               Si vous trouvez le trésor, vous aurez peut-être

                                               la clé de l'énigme...

  Il se dirige vers la porte et sort en faisant un grand signe de la main :

 

                                               L’HOMME

                                               Ciao ciao !  Bonne chance à l’hôtel de Crissieu !

 

Le propriétaire reste pétrifié alors que la musique s’arrête brusquement.

Son portable sonne.

 

                                               LE PROPRIÉTAIRE

                                               Allo, oui, je viens de faire un tour.  Non, personne,

                                                               à part un vieux cinglé qui traînait…

                                                               Oui, c’est déblayé à l’intérieur, mais les

                                               travaux n’ont pas commencé… comment ?

                                               Ils ont installé l’acoustique avant d’entamer la

                                               peinture… oui, c’est normal…  qu’est-ce qu’il y a ?

                                                               La télécommande générale  ?  Comment ça disparue…

                                               Attendez… je commence à comprendre…

                                               Je crois savoir où elle est.   Rendez-vous  lundi à

                                               la réunion de chantier OK ?

 

Il remet le téléphone dans sa poche et sort de l’hôtel.

On le voit traverser la cour et marcher jusqu’à sa voiture.  

GP sur son visage illuminé d’un large sourire. Il monte dans la voiture et démarre.

Le plan suivant, on voit de dos l’homme du chantier qui marche en claudiquant, son sac sur l’épaule, sans se presser.

 

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ROSE FAIT SON NUMÉRO (2ème partie)

Publié le par Miss Comédie

YANN, riant

La chanteuse fait des claquettes ?…  Je veux voir !

 

ROSE

Si c’est pour une audition, je vais regarder mon emploi du temps, mais ça peut se faire.  Si c’est pour mater, vous repasserez.  Il faut payer pour voir.

 

YANN, un peu scandalisé par son langage

Quel langage... En vous voyant, la toute première fois, si lumineuse, si pure, toute droite, le menton levé, le regard absent, et cette suprême élégance, jamais, vous m’entendez, jamais je n’aurais cru que vous soyez capable d’un langage aussi...

 

ROSE

... vulgaire ?

 

YANN

Je dirais... relâché.

 

ROSE, regardant le barman

Relâché.  C’est affreux, comme mot.

 

YANN

Oui, bon. Venez par ici.  Vous faites vraiment des claquettes ?

 

ROSE descend de son tabouret et suit YANN vers le milieu de la scène.

 

ROSE

Vous ne me croyez pas ? Et bien, regardez !

 

Elle va vers un sac à dos posé au pied du fauteuil, en sort une paire de chaussures. Elle se débarrasse l’une après l’autre de ses bottes et chausse les chaussures de claquettes puis commence, d’abord lentement, puis de plus en plus vite, un numéro de claquettes, en vrai professionnelle. Tout en dansant, elle a jeté son blouson au loin et semble s’amuser comme une folle.

YANN la regarde, médusé.  Lorsqu’elle s’arrête, essouflée, et va se jeter contre le bar où le barman lui tend un verre d’eau, il met un moment à lui adresser la parole.  Elle ne le regarde pas, ne quête aucun compliment.

 

YANN

Vous avez un réel talent.

Il reste figé, la fixant avec  une expression de ravissement.  ROSE semble l'avoir oublié et boit son verre d'eau lentement, avec attention sous le regard du barman qui attend la suite.

YANN se reprend vite. Il sort une carte de sa poche, va vers ROSE et lui tend la carte.

 

YANN

Voilà.  C’est mon bureau.  Venez demain matin à 10 heures.  Nous parlerons sérieusement.

 

Et sans plus lui jeter un regard, il va vers le bar, règle sa consommation et sort.

 

LE BARMAN, fataliste

Et voilà comment on décroche un rôle sans se fatiguer.

 

ROSE, ramassant ses affaires

Je vais me changer, je vais être en retard. Tu sais, moi, je demande qu’une chose, c’est continuer à chanter dans les bars.  Tiens, tu peux mettre ça à la poubelle ?

Elle lui tend la carte de YANN qu’elle a déchirée en mille morceaux.

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LE MOT DE LA FIN

Publié le par Miss Comédie

Comment va le monde, môssieur ? Il tourne, môssieur !

François BILLETDOUX  

 

Cette phrase est le titre de sa pièce montée au théâtre de la Colline en 1994 par Jean-Pierre Miquel.  Une pièce où jouait Jean-Luc MOREAU, qui décrivait un monde post-guerrier où des survivants un peu fous s’inventaient un monde nouveau.  Dernière phrase de la pièce : « Par quoi je commence ? »

Je retiens cette phrase.  Elle sous-entend que tout n’est pas fini ou plutôt que l’on tourne une page.  

A bientôt, mes chers amis.

Miss Comédie

 

 

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ROSE FAIT SON NUMÉRO 1ère partie

Publié le par Miss Comédie

ROSE entre dans le bar. Elle est en avance pour son tour de chant et porte encore son vieux jean délavé  avec un blouson de cuir rouge.  Dessous, une petite blouse en soie rose vif. Elle porte des bottes en lézard éculées et ses cheveux sont relevés en queue de cheval retenue par un ruban rose.

Apeès avoir embrassé le barman elle va s’affaler avec un magazine dans  un fauteuil près du bar.  Le barman la couve du regard tout en s’activant.

Un disque de Billie Holliday égrène ses plaintes en sourdine.

Entre Yann, le réalisateur. Depuis qu’il a entendu Rose chanter, il rêve de la faire tourner. Ce soir, il revient au bar pour l’écouter à nouveau.

  Il ne la reconnait pas et s’asseoit non loin d’elle.

 

YANN, au barman

Je suis en avance, mais j’attends les musiciens.  Donnez-moi un bon scotch avec des glaçons et une bouteille de Perrier.

 

ROSE,  se lève et va se jucher sur un tabouret du bar

Vous attendez spécialement quelqu’un ?  Le pianiste ?  Ou le guitariste ?   Ou la chanteuse ?

 

YANN,  surpris

On se connaît ?  (Il la reconnaît) Mais… Vous êtes la chanteuse  ?

 

ROSE

Heureusement que vous avez un peu d’oreille, parce que pour l’esprit d’observation, ça manque.

 

YANN

Oh, écoutez, quand on s’amuse à se métamorphoser comme vous le faites, à se déguiser en...

 

ROSE

Je ne suis pas déguisée, je suis habillée en moi le jour. Le soir je suis en chanteuse, tenue de travail.

 

YANN, la regardant intensément

C’est vraiment extraordinaire.  Vous n’êtes pas la même femme.  Vous êtes une autre.

 

ROSE, comme une évidence

C’est ça, le paradoxe du comédien.

 

YANN, soufflé

Vous lisez Diderot, maintenant ?

 

ROSE

Non, il y a longtemps.

 

YANN, se levant et allant vers elle

Vous avez de la mémoire ?

 

ROSE

Pour apprendre un texte ?  Parce que je sais qui vous êtes, vous êtes le réalisateur et vous cherchez à savoir si je serais capable de jouer mon rôle.

 

YANN

Vous m’épatez.  De plus en plus.

 

ROSE

Et vous n’avez encore rien vu.

 

YANN

Ah bon ?

 

ROSE, se tournant vers le barman

Dis-lui, ce que je fais quand tout le monde est parti, et que le bar est à nous !

 

LE BARMAN, l’air détaché

Elle fait des claquettes.

 

(à suivre)

 

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PAROLE DE DINOSAURE

Publié le par Miss Comédie

« Le comique étant l’intuition de l’absurde, il me semble plus désespérant que le tragique. »

Eugène IONESCO

 

Moi je suis d’accord.  D’ailleurs, quoi de plus émouvant qu’un comique qui joue la tragédie ?

Ionesco, éternel enfant, avait le sens des vérités inattendues.

Ses comédies laissent un goût plus amer que les tragédies de Tennessee Williams.

A bientôt, chers amis.

Miss Comédie

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ILLUSION DE CONVERSATION

Publié le par Miss Comédie

Un quartier de Paris. Nadia et  Christine marchent chacune dans une rue différente, le portable à l’oreille.

 

-  Allo ?

-  Bonjour c’est Nadia.  Un message et je vous rappelle. A bientôt !

-  Oui, c’est Christine, je voulais te parler du dîner d’hier soir chez les Durand.   A propos du  petit incident  tu vois ce que je veux dire…… enfin  j’aimerais que tu me rappelles pour qu’on en parle ! A bientôt, ciao !.

- Allo ?

-  Bonjour c’est Christine. Vous pouvez me laisser un message, merci !

-  Oui, c’est Nadia, moi aussi je voulais t’en parler c’était affolant, non ?  Bernard qui se met à déblatérer sur le film de Yvan sans savoir qu’il était en face de lui !  J’en meurs de rire, rappelle-moi !

- Bonjour c’est Nadia, un message et je vous rappelle. A bientôt !

-  Allo Nadia, oui c’est encore moi, pour la gaffe de Bernard, c’était affreux,  la tête de Yvan ! Rappelle-moi, bye.

-  Allo ?

-  Bonjour c’est Christine. Vous pouvez me laisser un message, merci.

-  Allo, t’es où ?  Moi, ce qui me frappe, c’est la crétinerie des Durand, qui ne les ont même pas présentés !   C’est goujat, non ?  ça aurait pu mal tourner,  t’es d’acccord ?  Rappelle-moi, bon sang !

- Allo ?

-  Bonjour c’est Nadia,  un message et je vous rappelle.  A bientôt !

-  Nadia, t’es pas joignable, c’est un monde !   Je suis d’accord avec toi, les Durand sont responsables… Mais j’ai plus envie de parler de ça avec ton répondeur.   Si on prenait un café ensemble ? Je te propose demain 14h au Petit Zinc.  Ne me rappelle pas si t’es d’accord, OK ?

 

Christine referme son portable, le fourre dans sa poche et rentre chez elle.

On la voit s’engouffrer dans une porte cochère.

Nadia a aussi fermé son portable et s’engouffre dans une bouche de métro.

 

Les portables servent de plus en plus rarement à se parler. 

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GONFLÉ !

Publié le par Miss Comédie

« Si les maris permettaient un ou deux amants à leurs femmes pour qu’elles puissent comparer, il y aurait beaucoup plus de femmes fidèles. »

Georges FEYDEAU

 

FEYDEAU était très bon en adultère, je ne sais pas dans la vie, mais dans ses vaudevilles on ne pensait qu’à ça.  Eric ASSOUS suit ses traces et ça lui réussit… aussi, comme Félicie.

A bientôt  mes fidèles amis qui, j’espère, ne sont pas solubles dans l’océan de l’oubli.

Miss Comédie

 

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LA JEUNE FILLE ET L'ÉCRIVAIN

Publié le par Miss Comédie

Le taxi la déposa rue Sébastieh  Bottin. C’est une rue où l’on entend les oiseaux chanter.

Elle entra  chez Gallimard avec un sentiment d’exaltation. Elle avait rendez-vous avec Albert Camus, prix Nobel de littérature.

Il était 14 h, les couloirs étaient déserts. Les pièces qu’elle apercevait derrière les portes ouvertes étaient vides.

Où pouvait bien être le bureau de Camus ?  Elle prit l’escalier jusqu’au premier étage et frappa à la première porte.

 

-  Entrez !

L’homme qui est assis derrière une table encombrée de livres et de papiers, tournant le dos à la fenêtre ouverte, ne peut pas être Camus.

-  Pardon monsieur, je cherche le bureau d’ Albert Camus…

-  C’est celui-ci, mademoiselle. Et donc, je suis Albert Camus.

La jeune fille resta muette.

-  Entrez donc, qu’est-ce qui se passe ?

Elle entre et bredouille :

-  Excusez-moi… c’est que je croyais… je vous imaginais plus âgé, plus…

Son rire éclata et elle eut la gorge serrée.   Mais voilà qu’il se lève, va vers elle, la guide vers le fauteuil.

-  Je sais. Vous devez être la secrétaire de mon agent et je dois vous remettre quelques feuillets. Mais pourquoi est-ce que je devrais être vieux ?

    Et  comme elle restait muette :

-  Bon, ma secrrétaire est en train de taper les dernieres pages.  Vous avez deux minutes ?

Elle a l’éternité devant elle.

Elle le regarde.  Il a 45 ans, elle le sait. Il est beau, son visage et ses mains sont bronzés, il revient de Grèce, elle le sait, elle sait tout de lui puisqu’elle est la secrétaire de son agent.

Il lui revient des bribes de potins qui courent au bureau, Camus bourreau des coieurs, un don juan… Elle ignorait ces bavardages, elle s’en foutait.

A cet  instant elle comprend tout. Il se dégage de lui quelque chose à la fois de très doux et de très animal.

Il peut avoir toutes les femmes.

 

Ils se regardent.   La chaleur de l’après-midi de juillet monte de la cour par la fenêtre ouverte. en même temps que les chants d’oiseaux.

Les phrases naissent peu à peu, questions banales, réponses banales. Il est curieux des êtres.  Elle est fascinée.

Plus tard elle reverra souvent dans son souvenir  ce face à face, essayant de reconstruire le dialogue, butant sur des mots, souvenir de la chaleur d’un regard, de ma surprise d’un sourire et tout s’effrite avec le temps. 

La jeune fille ne disait pas grand-chose.  Il aimait parler, d’une voix un peu éteinte, un léger accent pied-noir. Il commença à lui confier que l’adaptation des Possédés avait été - il chercha le mot, ne le trouva pas.

Il parle de l’été à Paris « un avant-goût du paradis », il souriait.  « Et vous, vous aimez Paris ? Vous y vivez depuis longtemps ? »

Quand il parlait, ses yeux qui se voulaient enjôleurs laissaient deviner autre chose de plus profond, une soif de comprendre, une quête de justice qui soudain donnèrent à la jeune fille une envie folle de le connaître. De partager avec lui d’autres moments plus intimes.

Elle se dit « c’est fini.  Ma mission va s’achever, je vais devoir partir, le quitter, et d’ailleurs il n’y a plus rien à dire.  Il m’oubliera. »

 

La secrétaire frappe à la porte. Elle entre et dépose son travail sur le bureau. Camus  a un mot gentil.

-  Merci Suzanne.  Espérons que ces pages nous ouvriront des portes !

La secrétaire sortie, il reste encore un moment silencieux, feuilletant le manuscrit d’un air pensif.  Puis il prend  une grande enveloppe et le glisse dedans, après avoir griffonné quelques mots sur une feuille de papier à lettre à l’intention de son agent.

La jeune fille se leve.  Il a  un dernier regard sur elle, comme si tout n’avait pas été dit.  Il prend sur la table un exemplaire de LA CHUTE, son dernier roman paru.

Elle le voit écrire quelques lignes sur la page de garde et refermer le livre.

« Pour vous.  Lisez-le en pensant à moi.  Mais ne tombez pas dans le panneau : je ne suis pas Clamence ! »

Tout en parlant il s’est  levé, il contourne le bureau et vient poser sa main sur l’épaule de la jeune fille.

« Revenez me voir.  J’aime la compagnie des jeunes filles sages… »

Elle, c’était son vœu le  plus cher.  Mais lui, il n’eut pas le temps de lui donner un deuxième rendez-vous.

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SES MOTS D'AMOUR

Publié le par Miss Comédie

« Je ne connais qu’un seul devoir : aimer. »

Albert CAMUS (Carnet de notes.)

 

Oui, il a dit ça. Son charisme est enfin reconnu, quarante ans plus tard. Sera-t-il au Panthéon ?  Je le crois plus à l’aise dans le petit cimetière de Lourmarin, sous les buis et les lavandes qui l’embaument.

Le Panthéon ? « Absurde ! » je crois l’entendre.

A bientôt, chers amis du théâtre et de la vie.

Miss Comédie

 

 

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LA RONDE DE NUIT

Publié le par Miss Comédie






INTERIEUR JOUR

 

La salle de peintures flamandes du musée du Louvre.

Assis à l’entrée, sur une chaise, un garde en uniforme défraîchi, le dos vouté, la mine revêche, est perdu dans ses pensées.

Entre une très jeune fille, une  brochure à la main. Elle hésite sur le seuil, jette un coup d’œil circulaire sur les murs de la salle, puis s’adresse au gardien :

 

                                    LA JEUNE FILLE

                                    Pardon, je cherche le tableau qui s’appelle

                                    LA RONDE DE NUIT… ?

                                    LE GARDIEN, sans lever la tête, ronchon :

                                    Bonjour.

                                    LA JEUNE FILLE

                                    Bonjour !  (Un peu agacée)   Bon, vous pouvez

                                             me dire ?

                                    LE GARDIEN

                                    C’est pas ici.

                                    LA JEUNE FILLE

                                    Comment c’est pas ici ?  C’est où ?

                                    LE GARDIEN

                                    C’est au Rikj Museum à Amsterdam.  (Furieux)

                                    vous devriez savoir ça !

 

         La jeune fille est un peu interloquée, regarde sa brochure puis le gardien.

                                    LA JEUNE FILLE

                                    Merci.

Elle s’avance dans la salle et commence à regarder les toiles de très grand format qui couvrent les murs.  Elle passe un long moment devant chacune d’elles.  Elle finit par s’asseoir sur le banc central pour examiner la dernière toile, un immense tableau de bataille dans des couleurs sourdes.

Le gardien la regarde faire, sortant de sa prostration, et ne la quitte pas des yeux jusqu’à ce qu’elle soit assise sur le banc. 

Au bout d’un moment il se lève et va vers elle en claudiquant. 

 

 

 

                                   LE GARDIEN

                                   Mademoiselle, si vovoulez je peux vous raconter l’histoire de

                                   tous ces tableaux.

       

                                   LA JEUNE FILLE

                                    Non, merci, je voulais seulement voir LA

                                    RONDE DE NUIT.  Ceux-là ne m’intéressent

                                    pas.

                                    LE GARDIEN

                                    J’étais gardien au Rikj il y a longtemps.  J’ai

                                    bien vu ce tableau, LA RONDE DE NUIT.   

                                    Du bidon.

                                    LA JEUNE FILLE

                                    Quoi ?

Le gardien, toujours debout devant elle, se balance d’un pied sur l’autre.

 

 

                                   LE GARDIEN, chuchotant

                                   C’est un tableau trafiqué.  Rembrant l’avait peint pour…

                                   Je peux vous raconter ça aussi.

                                   LA JEUNE FILLE

                                   Mais...


Le gardien avance  la main comme pour inviter la jeune fille à se lever et à le suivre. 

                                    LE GARDIEN

                                    Les jeunes filles ne connaissent pas la peinture.  J’aimerais…  vous

                                    avez l'air....

Il laisse retomber sa main.

                                    LA JEUNE FILLE

                                    j’ai l’air de quoi ?

                                    LE GARDIEN

                                    Il faudrait trop de temps… vous, les minettes,

                                    il faut d’abord vous séduire, et après  seulement vousécoutez ce 

                                    qu(on vous raconte...

Son regard s’éteint, il reprend sa posture voûtée, les mains derrière le dos, et il s’éloigne en soupirant.   il  reprend sa place sur la chaise à l’entrée de la salle et les coudes sur les genoux, replonge dans ses pensées.

La jeune fille l’a regardé partir avec une expression de curiosité attendrie.

Au bout d’un moment, elle se lève et s’approche de lui.  Il ne la voit pas arriver.

Elle lui pose une main sur l’épaule, il sursaute et  lève la tête.

                                     LA JEUNE FILLE

                                             j’aimerais tellement vous entendre raconter l’histoire de

                                             LA RONDE DE NUIT !

                        

FONDU ENCHAINE

EXTERIEUR JOUR

L’esplanade du Carrousel du  Louvre.  La place déserte est baignée de soleil.  Deux silhouettes de dos marchent côte à côte.

On reconnaît le gardien et la jeune fille.

C’est elle qui, à un moment, lui prend la main. Leurs silhouettes en s’éloignant, deviennent de plus en plus floues, nimbées de lumière.

 

 

 

 

 

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LES BONS CONTES FONT LES BONS AMIS

Publié le par Miss Comédie

« Les diamants et les pistoles

Peuvent beaucoup sur les esprits,

Cependant les douces paroles

Ont encore plus de force et sont d’un plus grand prix. »

Charles PERRAULT  (Les Fées)

 

Les Fées, un conte que je ne connnaissais pas.  Très moral, à ce qu’il paraît,

mais on adhère.

Je vous laisse en compagnie des bonnes fées   pour une bonne semaine. Je vous rapporterai des échos de la capitale.

Laissez-vous en conter, mes amis.

Miss Comédie

 

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SILVANA MANGANO, REINE DE LA NUIT

Publié le par Miss Comédie

Le Cap Ferrat.  Réception chez le producteur Dino de Laurentis et sa femme, l’actrice Silvana Mangano.  Je suis invitée par deux journalistes copains de mon père, à les accompagner.

 Un jardin aux terrasses ponctuées de cyprès, livrant aux   dernières dorures du couchant l’impeccable désordre de sa végétation et la surface limpide de ses pièces d’eau.

Une villa s’offrant aux regards avec indécence, toutes fenêtres ouvertes, débordant de lumières, contre le ciel mauve et les cyprès noirs.

Debout sur le perron, le couple accueille ses invités dans  une attitude souveraine.  J’eus un choc : la beauté de cette femme Silvana Mangano.  La grâce innée de chacun de ses gestes . Elle, la fille aux cuisses nues de « Riz Amer »,  portait une robe noire dont le  col très montant laissait ses épaules nues et dont la soie fluide glissait le long de sa minceur.  Un bijou scintillait à l’endroit de son coeur.  Un léger diadème en fleurs de jasmin éclairait la masse sombre de sa chevelure.

Queslques années plus tard on cla voyait dans « MORT A VENISE », toujours aussi belle. C’était pour elle qu’il fallait mourir.

Mes deux compagnons journalistes avaient disparu. Un instant, mon coeur se serra dans un souvenir imprécis. Une autre soirée, un autre cavalier fantôme... Mais Philippe R.  ne me quittait pas des yeux.  Entre deux interviews,  il revenait vers moi :

-  Ca vous plait ?  C’est merveilleux, n’est-ce pas ?

Il veillait à ce que j’ai toujours du champagne.  Son acolyte le photographe guettait, l’objectif à l’épaule.  Parfois un éclair de flash trouait la nuit.  Il y avait un instant de panique, une fuite, des voix protestaient.  Mais tout se calmait vite.  Les stars jouaient le jeu.

Je m’approchai de la villa.  Un flot de musique s’échappait de ses fenêtres ouvertes.  On dansait à l’intérieur.

Un homme en veste de smoking blanc d’une classe incroyable me croisa sur les marches et me sourit :

« Are you alone ?  Are you looking for someone ?

« No, no, I am just visiting, it is such a beautiful place…

« How old are you, honey  ?

« Eighteen.

« My goodness !  Help !  fit-il en descendant les dernières  marhces avec un grand rire.

Je me retourdnai, croyant avoir eu une vision.  Mais non, c’était lui, c’était  Dean Martin.

Ce soir-là, tout me paraissait normal.  Aujourd’hui, ce souvenir ne m’appartient plus.  Il est tombé dans un champ de prescription, comme un vieil autographe dont l’auteur n’a plus la cote.

 

 

 

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MODIANO LE DIT SI BIEN

Publié le par Miss Comédie


 

 

« Pourquoi certaines choses du passé surgissent-elles avec une précision photographique ? »

Patrick MODIANO  (Rue des Boutiques Obscures)

 

Il vit dans le souvenir et il en parle mieux que personne.  Le souvenir est son

pain quotidien.

A bientôt, chers astronautes de la mémoire  !

Miss Comédie

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L'ABSENCE

Publié le par Miss Comédie

(2ème partie et fin)

 

 

 

EXTERIEUR NUIT -  RUES DE PARIS

Scène 4

THERESE  marche dans une rue plongée dans l’obscurité.  Quelques passants  pressés. On entend  un klaxon au loin.  Elle  marche, les mains dans les poches de son imperméable.  On la suit un moment puis la caméra la précède et cadre son visage.   L’expression est neutre, indéchiffrable.

 

CUT

INTÉRIEUR NUIT

Scène 5

LE SALON DE THÉRESE

 

Perché sur le dossier d’un fauteuil, le chat est immobile devant la fenêtre, scrutant la nuit.

 

CUT

EXT. NUIT -  RUES DE PARIS

Scène 6

THERESE marche toujours dans Paris. Toujours au même pas, ni lent ni pressé, toujours les mains dans les poches, même visage impassible.

La rue, cette fois, est animée, les cafés sont encore ouverts, les gens de la nuit sont dehors.

 

 

FONDU ENCHAINÉ

EXT. NUIT -  RUES DE PARIS

Scène 7

THÉRESE marche maintenant dans une avenue très large, bordée d’arbres. Quelques voitures passent et  disparaissent au loin. L'une d'elle, surprise par la  silhouette prise dans les phares, donne un coup de klaxon qui se prolonge dans le lointain.

Thérèse  s’arrête soudain et semble désorientée.  Elle regarde autour d’elle,  hésite un moment immobile, puis reprend sa marche vers l’extrémité de cette avenue interminable, vers la nuit profonde.

 

CUT.

INTERIEUR JOUR.

Scène 8

Le hall de l’immeuble de THÉRESE.

La voisine et ses deux enfants partent pour l’école.

 La concierge est en train de rentrer les poubelles.

 

                                                LA VOISINE

                                                Le chat a miaulé toute la nuit…

                                                LA CONCIERGE

                                                Oui, elle n’est pas rentrée…  Elle ne m’a rien dit.

                                                LA VOISINE

                                                C’est étrange qu’elle  soit partie sans son chat…

                                                LA CONCIERGE

                                                Si, maintenant ça me revient…  Elle est descendue

                                                vers huit heures, j’allais fermer la porte cochère à clé

                                                elle m’a dit « je reviens, je vais jusqu’au tabac  j’ai

                                                encore oublié d’acheter des clopes… »

 

FIN.

 

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LE CHEMIN DU PARADIS

Publié le par Miss Comédie

 

« Quand la maison d’un homme est pleine de chiens sauvages, il lui faut aller chercher la paix ailleurs. »

Pearl BUCK 

 

Celle qui a écrit le super best-seller « Vent d’Est, vent d’Ouest » savait de quoi elle parlait.   C’est comme ça que tant de gens ont pris le chemin du paradis, le chemin de chez nous !

A bientôt, chers anges …

Miss Comédie

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L'ABSENCE

Publié le par Miss Comédie

(première partie)

SCÈNE 1

 

INTERIEUR JOUR.

Un salon meublé à l’ancienne, bourré de photos et de souvenirs.

Allongée dans une méridienne, une femme entre deux âges regarde la télé.

Posé sur le récepteur, un portrait d’homme en noir et blanc dans un cadre

de bois sombre.

A ses pieds, un chat noir et blanc dort, roulé en boule.

 

                                                THÉRESE

Quand est-ce que tu vas  te décider à mettre le cable ?

                                                On est obligé de se farcir ces crétineries alors qu’il

                                                existe des chaînes de théâtre, de littérature, de

                                                mode….  Tu devrais y penser, un jour…

 

Pas de réponse puisque Thérèse est seule dans la pièce.   Elle ne paraît pas s’en émouvoir.  Au bout d’un moment, elle remue ses pieds pour réveiller le chat.

                                                THERESE

                                                Voilà les infos.  Je vais te faire à manger.

 

Elle se lève et va vers la cuisine, le chat sur ses talons.  Elle commence à s’activer puis :

                                                THERESE

                                                Mince alors !  J’ai oublié ta boîte de Whiskas chez

                                                l’épicier.   J’y vais vite, il ferme à la demie.

 

Elle décroche un imperméable au porte-manteau de l’entrée.

                                                THÉRESE

                                                Tu bouges pas d’ici, hein ?  J’en ai pour une minute !

Elle claque la porte et on la suit dans l’escalier.  Elle descend son étage et dans le hall, croise une femme jeune avec deux enfants accrochés à ses basques.

                                                LA FEMME

                                                Bonjour madame vous sortez ?

                                                THÉRESE

                                                Oui, j’ai oublié quelque chose chez l’épicier…

                                                LA FEMME

                                                Vous avez de la visite ?

                                                THÉRESE

                                                Non, pourquoi ?

                                                LA FEMME

                                                Je vous ai entendue  parler à quelqu’un, en

descendant …

                                                THÉRESE

                                                Je devais parler à mon mar… à mon chat.  Au revoir !

Elle sort de l’immeuble et fonce chez l’épicier.

 

EXTERIEUR JOUR.

Scène 2

I’EPICERIE

                                                THÉRESE

                                                Re-bonjour !  Dites, j’ai oublié le Whiskas tout à `                                                           l’heure !

                                                L’ÉPICIER

                                                Mais non madame Boulle, je vous ai vue le mettre

                                                dans votre cabas !


                                              THERESE

                                                Ah ?

Une lueur de panique passe dans son regard.

                                                Bon, merci…

Elle sort de l’épicerie.

 

FONDU ENCHAINÉ

Scène 3

Dans la cuisine, elle ouvre la boîte de Whiskas devant son chat qui a sauté sur la  table.

                                                THÉRESE

Tu vois, ç’est arrivé encore une fois… il y a des choses qui m’échappent…  Je perd la mémoire…  Tu crois que c’est grave ?…  Ca m’inquiète…

Elle pose l’assiette pleine de nourriture sur le sol  et  s’assied à la table pour regarder manger son chat.

                                                THERESE

                                                Moi ?  Non mon chéri je n’ai pas faim.  Depuis que tu

                                                es parti je n’ai plus jamais faim…

Puis son regard va se poser sur la photo de son mari posée sur le buffet et elle reste plongée dans une sorte d’hébétude.

(À suivre : mercredi 11)

 

 

 

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LE PHILOSOPHE A DIT

Publié le par Miss Comédie

« Autrui, c’est les autres, c’est-à-dire le moi qui n’est pas moi. »

Jean-Paul SARTRE  (L’Etre et le Néant-)

 

Une façon très particulière de dire que l’enfer c’est les autres.

Bon, on termine avec l’ener, demain j’écris sur le paradis.

Bonne semaine, chers internaute et particulièrement à ma chère minette qui se reconnaîtras !

Miss Comédie

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L'HOMME DU TRAIN

Publié le par Miss Comédie

Hélène a pris place dans le TGV qui l’emmène à Paris.  C’est une place isolée avec vis-à-vis et en face d’elle s’installe un homme en costume gris.  C’est un beau mec élégant,  cartable Hermès, souliers cirés.  Elle est assez cotente et s’apprète à croiser ses jambes de façon discrète mais glamour lorsque le monsieur sort son portable.  Aïe !   Patatras, le rêve s’effondre,  c’est un plouc.  Il ne se lève pas pour aller parler dans le sas, il tapote un numéro et commence une conversation dont pas un mot n’échappera à Hélène.

 

« Allo  Luc ?  Tiens, tu réponds ?

-       …

-       -  dans le TGV je monte à Paris signer un marché.  Dis donc, je voulais te

demander…  Je dîne ce soir chez les Sanders… tu connais les Sanders ?

 

Hélène sursaute.  Elle aussi connaît les Sanders.  Même qu’elle dîne chez eux ce soir, elle aussi. Elle dresse l’oreille.

«  Tu  sais qui ils ont ivité ?

-       …

-       Hélène Laurent, la nouvelle directrice littéraire de Charing Cross Books.

-       -…

-       - Oui, et qui a viré Joseph pour mettre  son mec à sa place.  Il paraît que c’est une tueuse.

 

Hélène croise ses jambes et les décroise mais il ne la regarde pas, il est  le nez à la vitre à regarder défiler le paysage pendant qu’il parle.

-       Si elle est belle ?  Ca je sais pas, je te dirai demain.  Mais le bruit court qu’elle les tombe tous.  Mais moi tu comprends, je m’en fous qu’elle soit belle, je veux seulement venger mon copain Joseph.  Donc, j’ai un plan.

 

-       -…

-       - Non, mieux que ça : je vais la draguer.  Je vais lui proposer de la raccompagner chez elle, je ferai une halte au bar du Raphéël et là, si ça marche, je demanderai une chambre.

-       - …

-       -  J’y vais fort ?  Ben oui, j’y vais fort, mais c’est tout ce qu’elle mérite, la garce !  Le coup du mépris !  Tu sais comment elle a viré Joseph ?  En lui faisant du gringue pour qu’il l’invite à dîner et là elle lui a annoncé qu’il était viré.  Joli !

 

Hélène rugit intérieurement.  Ce salaud de Joseph avait fait passer les ventes d’un jeune auteur sur le compte d’un de ses protégés, ni vu ni connu, il a fallu que je mette le nez dans les comptes pour le voir !

Il ne fallait pas qu’elle croise son regard.  Elle se plongea dans le magazine qu’elle avait acheté dans la gare.  Elle bouillait, à la fois de  dépit de se découvrir une image  si peu flatteuse, mais aussi d’impatience de se retrouver ce soir, chez les Sanders, face à face avec son futur dragueur.

Ah, il voulait la draguer ?  Il allait comprendre sa douleur.

Il y eut un éclat de rire et l’homme, apparemment très satisfait de son plan, éteignit son portable et ouvrit sa serviette pour y saisir un ordinateur qu’il déploya sur la tablette.  C’est à ce  moment-là qu’il s’aperçut de la présence d’Hélène, et qu’il manifesta un certain intérêt.  Un « pardon » en retirant son pied, un sourire charmeur réitéré chaque fois que leurs regard s se croisaient. Mais devant le visage fermé d’Hélène, il n’osa pas entamer le dialogue.

A la gare de Lyon, ils se  retrouvèrent dans la file des taxis.  Là,  il risqua le tout pour le tout.

-       Vous avez un plan pour ce soir ?  demanda-t-il comme s’il était guide touristique.

-       Non…  pas encore, répondit Hélène avec un regard accrocheur.

-       Ah… très bien, voulez-vous que l’on se retrouve quelque part ?

 

II n’osait croire à une victoire aussi rapide et eu un sourire ravageur alors qu’elle susurrait :

-       J’ai une envie folle d’aller voir le spectacle du Crazy…  Vous accepteriez de m’y emmener ?

-       Avec joie !  C’est une idée géniale !

-       - Le spectacle est à 2Oh 15,  retrouvons-nous chez Francis à 2O heures ?

-       D’accord,  j’y serai.    A ce soir….. ?

-       Hélène.   Et vous ?  

-       Edouard.

-       - Ciao, à ce soir !

Ils s’engoufrèrent chacun dans leur taxi, sans même échanger leurs numéros de téléphone.

Le soir, les Sanders eurent un coup de fil de défection d’Edouard.

A   vingt et une heure,chez Francis,  Edouard  but trois coupes de champagne  puis, résigné, demanda l’addition.  Puis il appela un taxi et à tout hasard,  fila chez les Sanders.

On lui remit son couvert.  En face de lui,   le sourire d’Hélène lui fit l’effet d’un soufflet.

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DU BOUT DES LÈVRES...

Publié le par Miss Comédie

« Il ne suffit pas d’avoir du talent, il faut encore se le faire pardonner. » et comme ils sont deux  :

« Un livre n’est jamais un chef-d’œuvre, il le devient. »

Edmond  et Jules de GONCOURT

Moi je dirais qu’il est beaucoup plus difficile de se faire pardonner son talent que d’écrire un livre.

C’est le miracle qu’a accompli Frédéric Begbeider  avec son ROMAN FRANÇAIS.  Il aurait tout aussi bien pu se faire écharper.  Mystère…

A bientôt, chers amis de la plume  … et du show-business !

Miss Comédie

 

*   Vous n’avez pas réagi à la petite erreur que je vous signalais lundi, c’est que vous n’êtes pas de vrais cinéphiles.  Je vais  donc vous la révéler.

La musique d’Ennio Morricone que vous avez pu écouter en lisant le blog était celle de « POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS »  et non celle de « POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS » dont je vous donnai le compte-rendu.

 

 

 

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BARCELONA

Publié le par Miss Comédie

Flash-back : nous roulons  dans une avenue bordée d’immeubles cossus, dont certains arborent des façades ouvragées, ornées d’incrustations de céramiques colorées, de balcons torturés.  L’architecture de Gaudi. Je le reconnais, c’est le paseo de Gracia.

Barcelone me parait immense et vide - ce n’est pas le souvenir que j’avais gardé de mon premier voyage.  Mes parents et moi avions arpenté les ramblas à l’heure du paseo, au milieu d’une foule  bigarrée.  Des odeurs d’épices et d’huile d’olive montaient des ruelles inquiétantes. La Sagrada Familia avait imprimé en moi l’image d’une cathédrale de cauchemar.


Hubert  ne parle toujours pas.  Où m’emmène-t-il ? Je commence  à éprouver quelque chose comme de la peur.  Il ne reste rien de notre complicité du premier jour.  Pourquoi m’a-t-il proposé ce voyage ?  Je  le connais à peine.   Des histoires d’enlèvement me reviennent en mémoire. Les filles disparaîssent, direction Marrakech et plus jamais on ne retrouve leur trace. J’écarte ces idées noires et attend la suite.

Nous nous engageons dans une rue étroite, puis une autre, et soudain nous sommes enveloppés d’une ombre bienfaisante. La Mercedes s’est glissée sous un porche en pierre et débouche dans une cour plantée d’un palmier miteux.  Hubert coupe le moteur et se tourne vers moi.

-  J’ai quelqu’un à voir ici, dit-il.  Ce ne sera pas long.  Peux-tu m’attendre dans la voiture ?

Le tutoiement m’agace.  Quelle sorte d’intimité avons-nous gagnée pendant ces deux heures ?

Il n’attend pas la réponse et sort prestement de l’auto, son blouson sur l’épaule.  Il disparait dans un couloir sombre encombré de poubelles.

Je suis descendue pour me dégourdir les jambes et je me suis approchée de ce couloir nauséabond au bout duquel un escalier en bois s’enfonçait dans le noir.  Sur la façade, une plaque en émail à moitié écaillé :  “Vicente Gonzalez, Import-Export.  Primero piso derecha.”  Mais peut-être Hubert était-il monté plus haut.

Je suis remontée m’asseoir dans la voiture de plus en plus  inquiète.

J’ouvre alors la boite à gants comme ça, pour chercher de quoi lire, un mouchoir, que sais-je ? et je tombe sur un revolver posé là, comme une vulgaire paire de jumelles.  Mon coeur fit un bond. Tout ce que j’avais imaginé me semble maintenant une réalité.

Je ne réfléchis pas longtemps. Je glissai de mon siège sur celui du conducteur, tournai la clé de contact, entamai une marche arrière pour me retrouver dans le bon sens et démarrai en trombe.  Je  devais quitter cet endroit où Hubert était en train de marchander ma petite personne.

Je refis en sens inverse le trajet que j’avais bien observé et me retrouvai dans Diagonal.  La ville commençait à s’animer. Je roulai vers le Nord et trouvai vite l’autoroute  qui menait à Gijona et puis la frontière. Je savais que ma fuite ne me délivrerait pas d’Hubert mais en France il ne pouvait rien.  Il serait furieux de ne pas retrouver sa voiture et risquait de venir m’attendre en bas de chez moi pour me demander des comptes. Je m’en foutais, tout plutôt que de rester à Barcelone,  pseudo capitale, ville de sangre y sol.

 J’ai eu de la chance, aucun carabinier ne m’a arrêtée avant la frontière, et au Perthus la file d’attente était bien trop longue pour s’éterniser dans les détails.  Je me suis retrouvée à Toulouse et dès le lendemain je   quittai mon studio pour retrourner chez ma mère.

 

J’avais laissé la Mercédes dans un parking de supermarché, avec le revolver dans la boite à gants.

Au bout d’une année de silence, j’ai conclu que j’avais eu raison de m’enfuir : si Hubert ne s’était plus jamais manifesté, c’était qu’il n’avait pas la conscience tranquille.

 

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IL ÉTAIT UNE FOIS...

Publié le par Miss Comédie

« Ce mot de western spathetti, c’est le mot le plus con que j’aie jamais entendu de ma vie. »

Sergio LEONE

 

Quand il sont sortis, ses films se sont fait massacrer par la critiique.  Heureusement, le public a eu son mot à dire...

Aujourd'hui, on les classe parmi les chefs d'oeuvre.  Comme quoi.

Miss Comédie

* si vous avez constaté une petite erreur dans l'animation de ce blog, vous pouvez me la signaler dans un commentaire, ça me prouvera que vous êtes un vrai cinéphile...

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L'ADIEU À BUNUEL

Publié le par Miss Comédie

Pour en finir avec Bunuel, il faut quand même décrire ce face-à-face si fugitif que je pourrais croire que j’ai rêvé. Mais non, c’est bien noté dans mes carnets de bord de cette année-là. 

Et cette scène peut aussi être tournée seule, isolée de son contexte, comme un  portrait-souvenir.

Avec en voix-off, la narratrice.

 

Dans un tournage, Bunuel ne s’intéresse qu’à ses personnages. Entendons-nous : ses personnages ce ne sont pas les acteurs. Ce sont les êtres inventés qu’il a créés pour le film.  Il a mis dans chacun d’eux un zeste de sa folie.  Il les raconte comme des gens qu’il a connus, comme des êtres de chair et d’os.  Il ne parle jamais des comédiens qui les ont interprétés.

J’ai lu qu’il admirait plus que tout chez Jeanne Moreau sa façon de marcher.  Parlant de son rôle dans Le Journal d’une Femme de chambre, il dit  “C’est un régal de voir Jeanne Moreau marcher ainsi, la façon dont elle fléchit sensuellement la cheville... Mais il y avait déjà le film de Louis Malle Ascenseur pour l’Echafaud. Là aussi elle marchait très bien, et longtemps.”

De son talent, de la façon  dont elle a fixé pour l’éternité  son fantasme de fétichiste, rien. Non, il n’en a rien dit.

 

Lorsque je sortis du décor, toutes lumières éteintes, je le vis : assis dans son fauteuil roulant  dans un coin reculé du plateau,  grignotant son cigare, il attendait, lui aussi. Autour de lui tous s’agitaient.  Il était calme, il attendait.  Que l’on mette en place la scène suivante.  Que l’on règle les éclairages.  Que l’on appelle les acteurs.  Que sur l’écran video devant ses yeux apparaisse la reconstitution exacte de son monde intérieur, un monde absurde.

Sans réfléchir, je me suis dirigée vers lui et personne à cette minute ne s’interposa entre lui et moi, et ce fut comme prémédité, répété, même, ce bref salut plein de respect pendant que je murmurai “don Luis, je garderai ce poème toute ma vie”.   Luis Bunuel  m’a-t-il entendue  ? Il m’a regardée derrière ses lunettes fumées et a dit simplement  “je vous remercie mademoiselle” en roulant effroyablement les « r ».

“Ce fleuve, dont les eaux passent devant mes yeux le long des rives immobiles qui retiennent sa fuite, le verrai-je revenir ?”

Les eaux des fleuves, comme les minutes des moments comme celui-ia, ne reviennent jamais.

Je quittai les studios un peu après 18h. La lourde porte en fer refermée sur un monde qui n’existait pas,

 

 

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AU MEGAPHONE

Publié le par Miss Comédie

 

« Les grandes nations ont toujours agi en gangsters, les petites en prostituées. »

Stanley KUBRICK

 

La France est-elle une grande nation ou une petite ?

Je vous souhaite un méga-week-end, en tout cas.

Miss Comédie

 

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LA DICTÉE DE BUNUEL

Publié le par Miss Comédie

Brialy m’avait fait engager dans le film de Bunuel « Le Fantôme de la Liberté ».  Je devais jouer une maîtresse d’école en train de lire une dictée à ses élèves.  Je devais juste détacher les mots, comme une vraie maîtresse dicte en détachant les mots, très lentement.  Une panouille ! Mais c’était Bunuel. J’avais  peur.

Brialy  m’avait dit :

“Ecoute, tu n’as rien à faire, ça se passera très bien.  Il faut juste que tu sois habillée de la bonne couleur,  placée à l’endroit précis qu’on t’indiquera, et que tu te déplaces exactement comme on te le demandera.  C’est tout.  Pas de talent, rien !  Laisse tout ça au vestiaire.  Avec Bunuel, pas besoin de talent.”

 

La bonne couleur, je le sus très vite, c’était l’absence de couleur.   L’assistant Pierre Lary m’emmena au magasin des costumes au sous-sol pour me choisir une tenue.  L’ambiance générale de la salle de classe était bleutée, les enfants avaient reçu la consigne d’être vêtues de couleurs pastel, seule la petite fille devait être en rouge.  Je devais être neutre, très neutre.

 Il me trouva un cardigan de laine  informe, qu’avait porté Bulle Ogier dans Le Charme Discret de la Bourgeoisie.  Couleur beige.  Je pouvais garder ma jupe en tweed gris.

-  Maintenant, tu peux aller déjeûner si tu veux, tu ne tournes que cet après-midi. Mais à partir de 14h tu dois rester dans les parages, on ne sait jamais.  Allez, ciao ! 

Quelque chose me tracassait.

- Hé !

-  Oui ?

-  C’est quoi, la dictée ?

Son regard s’est vidé de toute expression.  Il y eut cinq secondes de silence.

-  La dictée.  Bonne question.  Il te faut une dictée. Je vais en parler à don Luis.

 

J’étais là dans cette loge, avec en face de moi Jean Rochefort et Pascale Audret qui jouaient les parents, et Agnès Capri qui jouait la directrice.  Celle-ci, un peu à l’écart, était occupée à tricoter. Nous étions assis  dans une semi-pénombreet nous attendions. 

Jean Rochefort nous faisait part de son indignation.

-  Pas un mot sur nos rôles, pas une indication, rien...  Des objets, il nous traite comme des objets.

Nous opinions du bonnet, un peu inquiètes de cette attitude irrévérencieuse. Nous nous gardions bien d’apporter notre grain de sel.   Mais il n’en avait cure, de plus en plus nerveux :

-  Moi,  dans ma campagne, avec mes chevaux et mes chiens, je suis heureux.  Je n’ai pas besoin qu’un Bunuel vienne me faire poireauter sans un mot, pendant des heures.

Sa diction inénarrable me réjouissait. Pascale Audret, souriante, gardait son calme.  Agnès Capri, imperturbable, tricotait sans mot dire.

 

A quinze heure cinq, Pierre Lary vint me tendre un bout de papier sur lequel étaient griffonnées quelques lignes.

-  Voilà ta dictée.  Le maître  l’a écrite spécialement pour toi ... Tu tournes dans une demi-heure, on viendra te chercher.

Il était déjà reparti.  Les autres me regardaient, mon papier entre les doigts.  Je déchiffrai avec peine les mots écrits à la hâte d’une écriture fine et cahotique.

-  C’est de la belle prose, je présume ?  dit Jean Rochefort, goguenard.

Je lus à haute voix : Ce fleuve dont les eaux passent devant nos yeux le long des  rives immobiles qui retiennent sa fuite, le verrons-nous revenir ?”

Nous nous regardâmes sans mot dire.  Jean Rochefort eut un hochement de tête.

 

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TOP SECRET

Publié le par Miss Comédie

« Un scènariste doit chaque jour tuer son père, violer sa mère et trahir sa patrie. »

Luis BUNUEL

 

C’est donc le secret d’un bon film. Bunuel ne s’en est pas privé, puisqu’il écrivait ses scénarios lui-même quand il ne travaillait pas avec Jean-Claude CARRIERE, qui est lui aussi un sacré chenapan.

Vous savez tout, vous pouvez essayer. 

Bye bye amis du showbiz, je vous retrouve bientôt.

Miss Comédie

 

 

 

 

 

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ITINERAIRE D'UNE ENFANT GÂTÉE

Publié le par Miss Comédie

Elle sort de chez elle et remonte le cours Franklin-Roosevelt en sens inverse des voitures, longe toutes ces vitrines qui tentent tour à tour la gourmandise, la coquetterie ou la curiosité, et arrive au métro Foch.  Là, elle hésite. Evidemment avec le métro, elle y serait en cinq minutes.  Mais c’est sous terre, elle louperait une partie de cette belle journée qui commence.

Donc, elle prend à gauche l’avenue de Saxe, où les vitrines continuent à la tenter, la mode s’étale un peu partout jusqu’à la place Edgard-Quinet.  Là, il y a deux cafés-annexes du lycée du même nom.  Ils sont tous dehors à la terrasse, ils fument…

Elle continue et ça devient moins drôle, jusqu’au cours Lafayette, une sorte d’autoroute où les voitures remontent en trombe vers La Part-Dieu.  Pour les éviter, elle coupe par la rue Molière et arrive au pont Lafayette, qu’elle va franchir.

Elle ne peut résister au plaisir de s’arrêter et se pencher au-dessus du parapet pour admirer la belle perspective des bas-ports, le paradis des cyclistes et des promeneurs qui sont les rois, ici, dans cette voie plantée d’arbres où l’on accède aux péniches par un ponton de bois.  Il faudra qu’elle y aille marcher un jour, bien que l’absence de vitrines lui paraisse un peu rebutant.

Arrivée sur le quai opposé, elle le traverse pour prendre la rue du Président Carnot qu’elle préfère à la rue de la Ré (publique) trop encombrée de glandeurs ou de distributeurs de flyers et de tracts.

La rue Carnot est vite franchie, toutes les vitrines sont occultées par des calicots A VENDRE. Il n’y a plus rien.  Quelqu’un a acheté tous les immeubles de la rue pour faire quoi ?  On ne sait pas encore.  En attendant,  l’une des plus belles artères de la ville est morte il s’agirait qu’il prennent une décision, l’enfoiré.           Elle débouche place de la République, ses fontaines, ses bancs, son kiosque de fleuriste, nous sommes dans l’oreillette gauche du cœur de la Presqu’Ile, la droite étant la place des Jacobins où justement la dirigent ses pas.

Ensuite, il n’y aura qu’à prendre à gauche l’étroite mais affolante rue Emile-Zola où se côtoient les enseignes les plus hit de la mode, et l’on arrive sur la bien nommée place Bellecour.  Un panorama mangifique. Elle se sent toujours émue en la traversant, la place est toujours plus ou moins déserte, les passants semblent pressés d’arriver comme si un vent violent allait soudain les emporter dans le vide.

Rue Auguste-Comte. La rue des antiquaires. On ne pousse pas souvent leur porte, les pièces présentées sont hors de prix.  Elle, c’est Agnès B. dont elle pousse la porte.  Elle va y passer une petite heure, tranquille, à examiner un à un chaque vêtement, sur chaque portant. Elle ne repartira pas les mains vides, jamais, il y a toujours quelque chose qui lui plait chez Agnès B.

Un homme, derrière elle, a refermé la porte du magasin. Il l’a suivie jusqu’au bout du premier portant et là il lui a adressé la parole : « Vous avez perdu quelque chose… » Elle le regarde, il a l’air d’un chanteur fatigué, il a à la main une écharpe en soie rouge, la sienne.

« Ah, soupire-t-elle, vous l’avez ramassée ?

-       Je vous la rendrai si vous refaites l’itinéraire en sens inverse, avec moi.

-       - Et pourquoi je ferais ça ?

-       - Pour écouter mon histoire.

-       - Vous pensez qu’elle peut m’intéresser ?

-       - Ah, oui !

Elle sortit de chez Agnès B. en compagnie de l’homme à l’écharpe. Il l’avait enroulée autour de son cou.

Le long de ce chemin très court et très long à la fois, il lui rappela leur histoire.  Une très courte et très longue histoire, très loin de Lyon, dans une autre vie.

A la fin il lui dit « peut-on refaire ce chemin-là ensemble ?

Elle dit que non.  En sens inverse, on ne voit plus les choses sous le même angle.

 

Sur le pont Lafayette, ils se dirent adieu une seconde fois et il lui rendit son écharpe.   Puis il disparut  et  elle rentra chez elle.  Cette fois, l’itinéraire lui sembla terne et sans charme.  Bizarrement cette constatation lui procura un soulagement intense.

 

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LE TRAIT DE LUMIERE

Publié le par Miss Comédie

 

 

« Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière. »

Michel AUDIARD

 

Vous l’attendiez de Louis Lumière, et bien non, celle-ci est bien plus rigolote.

A bientôt, chers Lyonnais et aussi les autres, amis du show-business.

Miss Comédie

 

 

 

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