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UN CRIME PARFAIT

Publié le par Miss Comédie

     La pièce allait s’achever sur le meurtre de son rival.  Ils avaient échangé leurs répliques avec ce qu’il fallait de  froideur pour ménager l’effet de surprise.

C’était deux comédiens de talent, ils se mesuraient pour la première fois sur les planches.  Dans la vie aussi  ils étaient  rivaux puisque Mathieu avait épousé l’ex-femme  de Robert, lequel ne s’en était pas remis.

Pour l’instant, Robert pensait surtout qu’il devait être crédible dans cette scène du meurtre qui, au théâtre, devient facilement du Grand Guignol.

Sa haine devait être à la fois visible et invisible.   Un sentiment qui devait venir de l’intérieur, sans aucun effet de jeu.  La veille, il avait mal joué, déconcentré par la pensée de son petit garçon qui jouait dans sa loge.  Il emmenait Louis tous les mardi soir au théâtre car le lendemain il n’avait pas école.  Ce soir il se sentait parfaitement dans la peau de son personnage.

« Tu es foutu, Montgoméry.  J’ai  dans ma poche de quoi te faire coffrer. »

« Vraiment ? »

Robert (ou plutôt Montgomery) ouvrit le tiroir de son bureau et dans un seul geste, saisit le revolver et tira.

Mathieu s’écroula en même temps que le rideau tombait sur la fin du premier acte.

On entendit le brouhaha du public qui se levait pour l’entracte.

Derrière le rideau, c’était l’effervescence.  Mathieu ne se relevait pas et un filet de sang s’écoulait de sa poitrine.  Robert, interdit, assistait à la disparition de son rival sans faire un geste, le revolver encore à la main.

Les comédiens faisaient un cercle autour du corps allongé sur le sol.

  Le metteur en scène surgit.

« D’où vient ce revolver ?

- Du tiroir, articule Robert toujours immobile derrière son bureau.

-  Qui a pu remplacer l’arme factice par ça ? 

Le metteur en scène  arrache le revolver de la main de Robert.

« Mais c’est un revolver de femme !    il prend les autres à témoin : regardez la taille de l’arme  et la crosse en nacre…   Qu’est-ce que c’est que ce bordel… »

Le visage de Robert prit soudain une couleur de cire.   « C’est le revolver d’Irène… » pensa-t-il affolé.    Son ex-femme ne sortait jamais sans cet objet dans son sac.  Une manie qui le faisait sourire.  Tout son corps  se mit à trembler.  Il y eut un instant de silence.    Puis à nouveau le metteur en scène :

Il va y avoir une enquête…  C’est forcément un meurtre.  Mais qui est l’assassin, et pourquoi ?

Tous les yeux se tournent vers Robert.

« Je ne pouvais pas savoir que …

-  Naturellement, Robert, tu n’es pas en cause, c’est clair.

On entendait la sonnerie de fin de l’entracte.

-  Bon dieu, il faut faire une annonce !  Le spectacle ne reprendra pas.

Je reviens. 

Le metteur en scène écarta le rideau et prononça les mots qui firent courir un murmure de protestation

 dans la salle qui se vida lentement.

Il y eut les formalités, l’enlèvement du corps, la déclaration à la police, l’arrivée des enquêteurs.  Tout cela dura jusqu’au petit jour.

En rentrant chez lui,  Robert alla comme tous les soirs sur la pointe des pieds jusqu’à la chambre de son fils.  C’était son bonheur, contempler le sommeil de l’enfant de sept ans qui était désormais son seul compagnon.   Il en ferait un acteur comme lui, déjà le gamin était un habitué des coulisses, il apprenait des bouts de rôles de son père et les lui récitait comme des poésies.

Parfois Louis  pleurait dans son lit en appelant sa mère, c’est la nounou qui avait prévenu Robert, « ces soirs-là, on le sent tellement malheureux. »   Robert haïssait Mathieu doublement : il lui avait pris sa femme et la mère de son enfant.

Ce soir son trouble était si grand qu’il heurta le coffre à jouets. La lumière s’alluma dans la chambre de la nounou qui laissait la porte de communication ouverte.

« C’est vous, Robert ?

-  Oui, c’est moi,  souffla-t-il à mi-voix, vous pouvez éteindre.

Son fils bougea, émit une petite plainte, mais ne se réveilla pas.

Robert   se pencha pour caresser  son front moite.

« Dors, mon ange. Tout va bien. 

Il remonta la couverture sur laquelle était posé un objet noir et luisant, qu’il reconnut aussitôt.   C’était le revolver factice.  Louis avait dû le ramener du  théâtre hier soir après avoir mis  à sa place….. il ferma les yeux. L’enfer allait commencer.

 

 

 

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LA PHRASE REVOLVER

Publié le par Miss Comédie

« L’amour platonique est un revolver dont on fait semblant d’ignorer qu’il est chargé »

Somerset MAUGHAM

Puisqu’il est question de revolver… Il y a aussi les yeux revolver, qui font une mort plus douce.  Mais est-ce que les revolver de femme marchent à la poudre de riz ?

Allez, je ris.   Bon week-end, amis du showbiz.

Miss Comédie

 

 

 

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L' ANNIVERSAIRE

Publié le par Miss Comédie

 

Le bouquet de roses rouge est là, sur la table.  Un jardin, une forêt, un brasier, un ruissellement de rouge digne d’une loge de diva.

Et le bristol, comme un pense-bête sournois :  « Bon anniversaire, mon amour. Hugo. »

Isabelle est immobile, pétrifiée.   Elle est née un 1er juillet, Hugo le sait, et c’est aujourd’hui le 15 septembre.  Le bouquet ne lui est pas destiné.  Le livreur s’est trompé d’étage.  C’est sûrement pour elle, l’immonde, la bad girl du sixième, qui la nargue avec ses tenues de rock star, l’œil fardé, la mini affolante sur ses jambes de top model.  Elle sait très bien que Hugo est sous le charme.  Il lui a raconté qu’un jour ils s’étaient retrouvés dans l’ascenseur et qu’elle l’avait accompagné jusqu’à son garage. « Elle est marrante, plus futée qu’elle n’en a l’air… »  Son œil avait pris un reflet rêveur et lubrique.  L’alerte, alors, s’était estompée jour après jour.

Maintenant tous les doutes remontent à la surface.

Et s’ils se retrouvaient tous les jours, mais plus loin que le garage ?

Personne n’est à l’abri de ce genre de choses.  Les hommes peuvent très bien adorer leur femme et succomber aux harmes d’une autre. C’est même courant.

Isabelle est en proie à un tsunami intérieur.  La jalousie et la colère  se mêlent à la douleur et à la résignation.  Oui, hélas, demain il faudra partir. Quitter cet homme qui est son double, son unique amour . Elle ne le partagera avec aucune autre.  


Vingt heures.  Isabelle attend son mari.   Depuis le matin sa rage n’a pas faibli.  Ses mains tremblent tandis qu’elle ramasse le bouquet et se lève, car voilà la porte de l’ascenseur qui claque, tiens ce soir il rentre plus tôt que d’habitude, la clé dans la serrure, Hugo  est là, il reçoit le bouquet en pleine figure  et s’arrête net sur le pas de la porte.

 Isabelle hurle  « va porter ce bouquet à ta maîtresse ! Moi, mon anniversaire  c’est le 1er juillet ! »

Elle s’écroule en sanglotant sur le canapé.

Elle  entend  les pas d’Hugo, et puis sa voix calme :

« Je sais, ma chérie, mais toi, tu as oublié qu’aujourd’hui nous fêtons nos dix ans de mariage, non ? »

 

 

 

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LA PETITE PHRASE EXPRESS

Publié le par Miss Comédie

« Ce n’est pas la peine d’avoir du talent à la cinquième ligne si le lecteur ne dépasse pas la troisième. »

Françoise GIROUD

 

C’est fracassant, comme vérité. Mais le lecteur qui ne dépasse pas la troisième ligne, c’est peut-être qu’il a perdu ses lunettes.

A bientôt, chers lecteurs qui êtes arrivés jusqu’ici !

Miss Comédie

 

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FLAGRANT DÉLIT

Publié le par Miss Comédie

Ils sont sur le pas de la vieille porte en bois qu’il suffit de pousser pour ouvrir, sous la minuscule tonnelle de vigne muscate.

Ils entrent en même temps, un seul et même corps pressé de se laisser tomber dans l’amour, ils titubent encore en riant , ils vont entrer dans l’unique pièce où le lit attend, toujours défait.

 

Arnaud a laissé tomber le journal qu’il lisait et il les a considérés à travers sa mèche blonde.

A contrejour, leurs deux corps collés l’un à l’autre.

Suzanne a réalisé en quelques secondes. Arnaud était arrivé à savoir où elle était.  Il était venu la rejoindre, sans la prévenir, comme un grand enfant idiot qui ne se méfie de rien.

C’était un immense gâchis qu’elle entrevoyait déjà, avant même qu’un mot fût prononcé.   Les conséquences défilèrent à toute vitesse dans sa tête, imparables.

La minute était de celles qui font déraper une vie, imprévisible mais décisive.

 

Elle parla la première.  Elle entendit sa propre voix, ridiculement naturelle.

-  C’est toi ?

Il ne crut pas nécessaire de répondre.  Elle enchaîna :

-  Tu es arrivé quand ?

-  Par le bateau de dix heures.

-  Comment as-tu su...

Il eut un geste évasif.

-  Oh, tu sais, quand on veut vraiment savoir.... (Il se leva)  Je suis désolé, j’aurais dû prévenir… Je vais.... J’ai vu une auberge sur la place, j’attendrai le premier bateau demain matin et...

Elle eut un geste, un élan.

-  Non... oh, écoute, non... Ah, tu aurais dû me dire....(elle cacha son visage dans ses mains et puis très vite se redressa)  mais tu sais, ce n’est  rien, je t’expliquerai...

 

Elle sentit ce que ces mots avaient de trivial  et s’arrêta net. Elle redescendait de son nuage en chute libre, elle retrouvait brutalement le contact avec la terre. Elle se dit qu’elle était en train de vivre une situation de vaudeville, qu’ils étaient grotesques tous les trois, et en même temps elle avait la conscience de l’irréparable.  Elle essaya de réfléchir à une solution possible, entre mensonge et arrangement à l’amiable, mais rien ne vint.

Déjà l’homme de la plage avait fait un pas en arrière.

-  Salut, je vous laisse.  Tout ça n’est pas bien grave.

Et il sortit de la maison, les mains dans les poches.

 

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L'APOSTROPHE QUI INTERPELLE

Publié le par Miss Comédie

       

 

« Il n’y a plus d’auteurs au théâtre, s’il y en avait ils seraient publiés. »

Bernard PIVOT

 

C’est si vrai que les édieurs ne lisent jamais les manuscrits des pièces qui n’ont pas été jouées. J’en sais quelque chose !  Comme quoi, le théâtre est aussi à la source de la culture littéraire.

A bientôt, mes amis du théâtre et du très chaud business !

Miss Comédie

 

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LE BAISER DE FERNANDEL

Publié le par Miss Comédie

   Dans FREDDY, je devais séduire FERNANDEL. 

Pendant toute la durée des répétitions  nous avions sauté la scène du baiser, qui devait être le clou du spectacle. Un baiser, ça ne se répète pas, ça se fait comme ça.  Je le redoutais un peu, mais   je  n’avais aucune idée de l’effet qu’il  allait produire.  Fernandel, lui, savait.   La veille de la première il m’a dit « Tu le feras durer jusqu’à ce que je te serre le bras. »  Il avait ajouté : « Il faudra le faire durer, hein ? » et devant mon air affolé, il avait croassé « quoi, je te dégôute, peut-être ? » toutes dents dehors.

Assis côte à côte  face au public, nous faisions connaissance sur un ton plutôt mondain avant le moment fatidique qui devait être totalement inattendu.

Le premièr soir, donc, suivant les indications du metteur en scène, je l’attrapai soudain  par le cou et lui plantai le fameux baiser.  J’étais dans un état second, ignorant la suite. Il me maintenait fermement par le bras. Et je découvris son jeu de scène avec stupeur. Les yeux exorbités, agitant bras et jambes dans une tentative de fuite, faisant mine de tomber de sa chaise, la bouche collée à la mienne, il faisait du grand Fernandel.  Pris par surprise, le public réagit exactement comme il l’avait prévu :  un immense éclat de rire, mêlé de cris et d’applaudissements frénétiques.  C’était Guignol.

Tétanisée,  je  réalisai  vite qu’il fallait jouer le jeu.  Nous comptions donc les secondes.  J’attendais le signal.  Peu à peu, l’hystérie s’est calmée dans la salle, les bravos faiblirent.  Je sentis l’étau se desserrer  autour de mon bras.   Je m’écartai de lui avec une expression angélique  tandis qu’il rajustait son gilet. 

Les répliques suivantes se sont perdues dans le brouhaha d’une salle en délire.

Après le spectacle, au bar du théâtre, Fernandel faisait le modeste : « une scène pareille ça ne peut se faire que devant un public. Ca marche à tous les coups. »

Effectivement, nous avons eu droit au même tabac chaque soir sans exception.


 

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PENSÉE ASTRONOMIQUE

Publié le par Miss Comédie

 

« Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence. »

William SHAKESPEARE  (dans Le Roi Lear)

 

Pas seulement les étoiles tout là-haut, celles d’ici-bas gouvernent aussi pas mal le monde… Le monde du chaud business, en tout cas.

Bon week-end mes amis !

Miss Comédie

 

 

 

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SHOOTING CHEZ GUY BOURDIN

Publié le par Miss Comédie

Nous sommes en 1966. Guy Bourdin est une icône de la photo de mode, on se l’arrache.  Pour les mannequins, travailler avec lui est un pic de carrière.

Ce jour-là, il y avait  un shooting pour une campagne de pub Charles Jourdan  dans un  appartement du boulevard Malesherbes.

Nous sommes quatre, envoyées par l’Agence Catherine Harlé. On nous a choisies pour la minceur de nos jambes.

Pas de séance maquillage, on ne verra pas nos visages. Pour les visages, Bourdin demande des tops.

On se présente, il nous regarde à peine et nous demande d’aller revêtir nos maillots de bain dans la pièce à côté.   Son assistant  japonais, visage hermétiquement fermé, nous montre des chaises pour déposer nos vêtements. 

Guy Bourdin s’active sur le plateau, une immense pièce nue qui devait être un salon et qui donne sur la rue.   On a voilé les fenêtres de tissu noir.  Des échafaudages vont d’un mur à l’autre comme si nous allions repeindre les murs.

L’assistant japonais vient nous faire signe de prendre place, au moment où une musique assourdissante envahit l’espace.  C’est un groupe anglais déchaîné et nous nous rappelons que Guy Bourdin   ne travaille que dans des ambiances sonores électrisées ou psychédéliques.  Ca évite la conversation.

Guy Bourdin est jeune, silouhette menue et visage calme, il est vêtu d’un pantalon de velours et d’un gilet noir sur une chemise blanche.  Clean.

Il s’approche et nous dévisage, ou plutôt dévisage nos jambes très attentivement, puis entreprend de nous diriger, l’une après l’autre, vers notre perchoir.  Nous allons passer quatre heures sur l’un des deux échafaudages, soit les jambes pendantes sur celui du haut, soit les jambes en l’air sur celui du bas, car l’idée est de faire croiser les modèles.

Une fois la pose prise, interdiction de bouger d’un millimètre.  Après chaque shoot, on change de souliers et de position.  Il y a cinquante paires d’escarpins à photographier. 

Nous sommes des mannequins de cire articulés.  S’il le pouvait, le maître manipulerait nos mollets à sa guise, mais il n’ose pas.  Simplement il prend l’air très las lorsqu’une fille n’arrive pas à dévisser sa cheville pour lui faire prendre un angle de 90°.   Et surtout, lorsqu’elle ne garde pas la pose : c’est impossible !  Il y a de la rébellion dans l’air.  L’ambiance est hyper-tendue.

On tient comme ça deux heures, une éternité.

Guy Bourdin appelle l’assistant et lui dit quelque chose en anglais. Puis il part dans le fond de l’appartement où il doit y avoir son « atelier ».  L’assistant nous fait signe qu’on peut descendre des perchoirs  et se détendre.  Il nous montre un distributeur de coca dans l’entrée et nous nous désaltérons en échangeant nos commentaires laconiques ou furibards.

La pause dure à peine un quart d’heure et Guy Bourdin réapparait avec un sourire poli, nous demande si ça va, si on veut bien reprendre le travail.

Et c’est reparti pour deux heures avec maintenant  la musique de Ravi Shankar. Malgré ça nous sommes à cran,  heureusement que nos visages sont hors champ.  Nous nous sentons comme des poupées désarticulées, des singes savants, des objets, humiliées, désincarnées, dépersonnalisées.

Et chacune de nous arrive au bout de cette expérience exaltante avec un sentiment de culpabilité.  Le comble !  Le soir dans nos lits, une petite voix se mit à résonner dans notre tête : tu l’as voulu ? Tu l’as eu !

 

 

 

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LE BONHEUR EST DANS LE PRÉ

Publié le par Miss Comédie

« Est heureux qui sait qu’il est heureux. »

SOPHOCLE

 

C’est fou comme ces gens trouvent des formules qui tombent sous le sens.

Il suffit de les noter noir sur blanc et elles passent à la postérité.

Moi, là, est-ce que  je suis heureuse ?  J’en sais rien.  Donc, je ne suis pas heureuse. N’est-ce pas, Pythagore ?

A bientôt, chers amis du chaud business.

Miss Comédie.

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UNE SCÈNE QUI DÉCOIFFE

Publié le par Miss Comédie

C’est chez son coiffeur adoré, elle arrive toute essoufflée, en retard à son rendez-vous, elle passe au shampoing, commence à raconter son avatar de stationnement à la shampouineuse qui bavarde avec sa collègue du siège à côté tout en frottant énergiquement son cuir chevelu.  Elles éclatent  de rire au même moment mais pour des raisons différentes et quand Joss se lève elle est ravie d’avoir eu son petit succès.

On la dirige vers un siège devant un miroir, le coiffeur va s’occuper d’elle.

A ce moment arrive sa meilleure amie qui vient prendre rendez-vous et qui, apercevant Joss, vient lui faire la bise.    Elles devisent un moment et de fil en aiguille, l’amie prend un tabouret et s’assied près de Joss.

Le coiffeur arrive.  Congratulations, effusions.  « Aujourd’hui, on coupe ! » dit joyeusement Joss au jeune homme ravi.  Il commence à donner des mouvements à la chevelure, précisant la direction à prendre « pas de frange, juste une mèche en travers, hein ? »  Oui oui, c’est ça, opine Joss qui est en train de raconter son avatar à la copine.

« Moi j’étais engagée, tu comprends, lui il avait une marche arrière à faire,  mais la place était encore vide alors moi j’y fonce droit devant, hi hi hi !  (Elles pouffent toutes les deux) Alors il sort de sa voiture furibard et m’injurie, moi très calme je le regarde comme ça, mais je bouge pas. Il me traite de pétasse  alors je lui dis « et vous, gros lard, avec votre chariot de Ben Hur, vous rentrez même pas dans la place !

 Et tu sais ce qu’il me répond ?  « vous vous croyez tout permis parce que vous êtes blonde ?»  Là, je me fâche : « et alors ?  je dis…. »

Tous les détails de l’histoire y passent, avec commentaires atterrés ou réjouis de la copine, jusqu’à la déroute du monsieur qui remonte dans sa voiture et démarre en faisant hurler son moteur, Joss écroulée de rire, etc.

Le coiffeur s’est arrêté, ciseaux en l’air,  et  demande : « ça va ou vous voulez plus court ? »

Là-dessus Joss jette un coup d’œil au miroir et se fige soudain.

Elle ne se reconnaît même pas.  C’est la coupe hooligan, nuque rasée, poils hérissés de deux centimètres à peine.   Sa chevelure est répandue  sur le sol tout autour du siège.  La copine étouffe un fou rire, le coiffeur est un peu inquiet.

« Ca vous plait  ?

Joss se lève.  Qu’est-ce que vous feriez à sa place ?  Le court-métrage s’arrête là, plus de pellicule.  Elles sont toutes par terre. 

 

 

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LA PERLE DU MENTEUR

Publié le par Miss Comédie

- Mais ètes-vous de Venise, ou bien étranger ?

 - Je suis gentilhomme napolitain.

 - Gentilhomme napolitain !  Deux mensonges d’un seul coup ! »

Carlo GOLDONI  (Le Menteur)

 

Il semble que Naples ne jouisse pas d’une excellente réputation, du moins au XVIIème siècle…

Amis du chaud business, je vous salue bien.

Miss Comédie

 

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MALSAINE, MA SCÈNE ?

Publié le par Miss Comédie

 

CONSULTATION GRATUITE

La plaque  indiquait  « Raymond Acquaviva, psychologue diplômé, 3ème étage. »

Rosellyne appuya sur l’interphone et la porte s’ouvrit d’elle-même.

Le couloir était sombre, elle chercha la  minuterie d’abord, l’ascenseur ensuite.

Elle ne trouva ni l’un ni l’autre et entreprit de monter l’escalier de bois qui sentait l’encaustique.  Sur le palier du 3ème étage, la porte du milieu devait être  celle du docteur Acquaviva.  Les deux autres portaient des noms inconnus.

 Elle sonna et entendit « Entrez ! » prononcé par une voix masculine.

Elle tourna la poignée et poussa la porte qui donnait directement sur une pièce

qui devait être le cabinet du docteur.  Un grand bureau encombré de papiers, une bibliothèque derrière, et deux fauteuils devant.

Le  docteur était assis, visiblement il ne l’attendait pas.

« Bonjour, que puis-je pour vous ?

- Et bien j’avais rendez-vous à quatre heures…

- Ah bon ?  (Il feuilleta un agenda)  Non, pas trace de rendez-vous.

-  Pourtant… je suis sûre… et bien je reviendrai…

- Ecoutez puisque vous êtes là, asseyez-vous, expliquez-moi votre problème.

 Je verrai s’il est de mon ressort.

- Voilà, c’est que depuis quelque temps… je perds les pédales.

- C’est un peu normal à notre époque, vous n’êtes pas la seule. Vous cherchez un moyen d’échapper à… 

  - Oui,  il en demande toujours plus, vous comprenez.

-  C’est vrai, ils sont de plus en plus gourmands… Vous êtes mariée ?

-  Oui mais  c’est pas une raison pour me sucer jusqu’à la moëlle !

- Vous êtes  à découvert  ?

-  Focément, il  faut  faire des acrobaties…

- Vous  pouvez vérifier  votre position sur Internet.

-  Oui mais c’est toujours pour me retrouver en-dessous !

-  Et bien, le mois suivant vous vous redressez ?

-   C’est pas tous les mois, c’est tous les jours !

-  Impôt quotidien ?   Ca m’étonne.   

-  Oh la plupart du temps  ça se passe sans avoir besoin d’un pot.

-  Vous n’êtes pas très claire. Et votre mari est impuissant à assumer ?

Roselyne fond en larmes.

-  Impuissant ? Il est pas impuissant, il me viole chaque soir !

Un blanc.

-  Attendez.  Vous me parlez de quoi, là ?

- De mon problème !  Vous êtes psychologue, je vous raconte mon problème

  de couple !

L’homme assis derrière le bureau se leva et  tendit la main à Roselyne :

- Madame je  me présente : Robert Joly, conseiller fiscal.  Vous vous êtes

  trompée d’étage.

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MAIS QUI S'EN SOUVIENT ?

Publié le par Miss Comédie

… toujours dans l’Année du Tigre, mercredi 7 octobre 1998 :

 

« Jean-Luc Godard dans Libération :

- C’est important pour vous d’être publié chez Gallimard ?

- Après la Libération, Schérer (qui s’appelera Rohmer pour faire du cinéma) a publié son premier roman chez Gallimard.  Alexandre Astruc aussi. Moi j’étais en admiration, je les jalousais un peu.  Pendant longtemps, avant de savoir que pour moi c’était du cinéma, j’ai cherché à écrire un roman. J’ai vu que je ne savais pas, parce que je ne dépassais pas la première

   phrase.  Je me disais : « mais pourquoi celle-la ? »   J’ai commencé par :  « le ciel est noir » et après tout, est-il noir ?  Et puis, à un moment, le cinéma  m’a aidé en disant : « écoute, tu mets la caméra là, c’est elle qui te dira s’il

     est noir ou pas. Et ensuite, tu continueras. »

 Première phrase du PARC (1961) : « Le ciel au-dessus des longues avenues luisantes, est bleu sombre.  Le reste a suivi.

 Phulippe SOLLERS

La comparaison avec son propre livre  est tirée par les cheveux. Mais d’abord, quel est le roman que Godard a publié chez Gallimard ?  Ceux qui savent me laissent un commentaire.

A bientôt, amis du chaud-business.

Miss Comédie

 

 

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MON COURT-MÉTRAGE

Publié le par Miss Comédie

LES  DEUX  VIOLONS

 

Ce soir encore il fit un triomphe.  Son violon flottait  dans ses mains et l’archet s’envolait, tirant des sons archangéliques de l’instrument.

L’après-concert avait traîné  en longueur.   Les gens n’en finissaient plus de frapper à la porte de sa loge, à la fin la porte resta ouverte et ils venaient lui rendre hommage, le public, le chef et les musiciens de l’orchestre,

 ses élèves admiratifs, quelques belles actrices mélomanes.

Ce fut une belle soirée, oui il le sentait, il avait été inspiré, il y a des soirs comme ça    où la musique s’empare de votre corps tout entier et c’est ensuite si facile de la restituer aux autres, de déverser ce trop-plein de sons parfaitement agencés.

Il dit à son chauffeur de rentrer, il avait envie de marcher. La nuit était douce et  du Studio des Champs-Elysées il n’avait que l’avenue Marceau à remonter pour se retrouver dans sa petite rue tranquille.

Il était plein d’un épuisement bienfaisant, son esprit apaisé menait l’équipage de ses membres las.   Il marcha d’abord d’un pas rapide,  finissant d’écouler l’énergie accumulée pour le concert.  Peu à peu son allure prit un rythme plus lent. A chaque pas il laissait derrière lui le bruit, l’effort, la parade, le factice  de cette journée.  Il prit une longue inspiration et se sentit plus léger et aussi plus seul.  Les parures dont la société vous affuble  sont les rubans et les clochettes accrochées aux sapins de Noël.  Une illusion de gloire.

Je suis un sapin de Noël, pensa-t-il.  Mais alors   que faire de son talent ?

Il entendit un son diffus émerger de la nuit.   Trop loin pour être identifié. Des notes de musique.   Le son, intermittent, étouffé par  le passage d’une voiture, devient peu à peu perceptible.  C’est du violon.

L’artiste s’arrête, cherchant à localiser cette musique solitaire, il oriente ses pas dans sa direction.

L’homme est assis  sur le trottoir à l’entrée  d’une petite rue fréquentée par  les habitués d’un bar d’hôtel.

Il joue les yeux fermés une danse hongroise de Liszt. Personne ne l’écoute.

L’artiste s’approche et regarde le visage du musicien, une expression de profond bien-être.  Devant lui il y a une soucoupe avec quelques pièces.

Comment quantifier mon bonheur de jouer par rapport au  sien ?  C’est le même !  Le même bonheur.  Et moi j’ai droit aux bravos, aux articles de presse, et lui à une pièce jaune.  Moi je suis lié par contrat, mon emploi du temps est bouclé. Lui est libre d’aller jouer sur le  quai de la Tournelle, par beau temps, pour donner du bonheur aux amoureux fauchés.

L’artiste lança une pièce dans la soucoupe, le violoniste n’ouvrit pas les yeux.

Puis il tourna les talons.

Le lendemain, les premiers voyageurs de la ligne 1 qui s’engouffrèrent dans la station George V entendirent résonner dans les couloirs une musique divine.  Assis sur un pliant Hermès, un homme en manteau de cachemire jouait du violon, les yeux fermés. Devant lui, une soucoupe  avec quelques pièces jaunes.

Dans le hall du studio des Champs-Elysées, les affiches de son concert étaient barrées d’un panneau transversal « ANNULATION  POUR RAISON DE SANTE ».

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LA PETITE PHRASE QUI NOUS RAPPELLE...

Publié le par Miss Comédie

 

.....  l’Année du Tigre, lundi 5 octobre 1998 :

« La procédure de destitution de Clinton est en cours.  Cette fois, plus personne ne rit. »

Philippe SOLLERS

C’est vrai que tout le monde s’en donnait à coeur joie pour se moquer des fredaines de ce pauvre Bill.  Et pourtant, même après ses aveux, ses excuses et son procès, il a quand même été  destitué.  C’est insensé cette histoire.

D’autres se sont suicidés pour moins que ça.

A bientôt, très chers.

Miss Comédie

 

 

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MON COURT-MÉTRAGE

Publié le par Miss Comédie

UN DINER CHEZ  DALI

 

Un jeune  garçon vêtu de noir accueille Jean et Gloria et les dirige vers une allée blanche bordée de grenadiers.

Il y a beaucoup d’invités dans l’immense patio  à peine éclairé par des coupoles lumineuses et ouvert sur le ciel violet où s’allument déjà quelques étoiles.  

Tout de suite, Gloria perd la trace de Jean.    Happé par un groupe aux allures étranges, il ne s’intéresse plus à elle.  Des rires fusent dans l’ombre.  La galerie  entourant  le patio est peuplée de créatures de sexe indéterminé, arborant des tenues insensées.

Elle est en robe de percale blanche, chaussée de ballerines, personne ne remarque sa présence, elle est  transparente.

Un plateau chargé de coupes de champagne passe, Gloria en prend une et la vide instantanément.

Autour d’elle personne ne parle Français.  Elle ne comprend pas l’Espagnol.

 

Plus tard :  une longue table de bois chargée de plats froids et chauds, de vaisselle en terre cuite.  Deux énormes chandeliers en fer éclairent faiblement les convives, une dizaine d’hommes et de femmes placés au hasard.  Gloria se retrouve assise entre deux précieux en chemise de soie blanche qui lui jettent un bref coup d’oeil puis lui tournent le dos. 

Jean est face à elle, en discussion animée avec un homme aux cheveux noirs laqués.  

En bout de table,  ce personnage au turban c’est lui, Dali, en veste chamarrée,  moustaches dressées comme des bois de cerf.  Son regard foudroyant parcourt  l’assemblée, cherchant sa prochaine cible.

Chacun aura droit à son apostrophe, plus ou moins incisive, à laquelle il faudra répondre par un éclat de rire.

 Gloria cherche des yeux Gala.  Elle n’est pas là.

A l’instant où Dali fixe les yeux sur elle, Jean devance l’appel.

-  Amiga mia, dit-il seulement.

Dali lance sa flèche :

- Si c’est une fille, elle est d’une platitude sidérrrrale  mais... mais !... Si c’est un garçon elle est d’une beauté astrrrale !

 Toute la table éclate  de rire et tous les regards se portent sur l’absence de poitrine de Gloria.

 

Le diner s’éternise.  Les plats se succédent, les conversations deviennent assourdissantes,  avinées. Gloria surprend soudain  Dali dans un état de retirement troublant.  Ses yeux fixent  le vide avec une expression somnambulique. Il était absent, planant au-dessus d’eux dans une extase totalement égoïste. Elle eut alors  l’envie de partager sa solitude.

Mais cette  fuite ne dura qu’un instant. Il reprit possession de lui-même, il redevint tour à tour  provocateur, sybillin, théâtral.  Son regard ne croisa plus jamais celui de Gloria.

 

 

Maintenant elle  marche le long des couloirs, elle gravit des marches, elle  s’égare . Elle traverse des salons blancs et vides, sans un seul meuble.

Gloria cherche Dali. Elle a oublié Jean, elle ne cherche  pas Jean, elle cherche  Dali.

Elle entre dans une pièce vide en forme  d’oeuf, et soudain rencontre le regard de Gala fixé sur elle.  Un regard effrayant, magnétique.   La photo  est fixée au plafond et se balance, cadrant  les yeux noirs et rien d’autre. Pétrifiée, Gloria soutient ce regard car il est le seul, ce soir, à s’intéresser à elle.

Mais très vite, elle tourna le dos à Gala car il est tard, il faut trouver Dali et lui parler, l’approcher, subir encore une fois son regard. 

Gloria arpenta couloirs et galeries jusqu’au lever du  jour sans jamais rencontrer le Maître.

On la retrouva au petit matin, endormie   sur un banc de pierre de la Voie Lactée, l’allée blanche bordée de grenadiers.  La maison  de Port-Lligat était plongée dans le silence. Le jardinier  appela un taxi.

 

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LA PETITE PHRASE

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« Je  suis parti de rien pour arriver nulle part. »

Groucho MARX

 

Grand philosophe, il avait l’immense qualité de ne pas se prendre au sérieux.

Sa correspondance est inénarrable, on l’a vu au Festival de la Correspondance à Grignan l’an passé, dans une lecture de Jean-Pierre Marielle  mise en espace par Patrice Leconte.

Bon week-end d’été indien,

Miss comédie

 

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MON COURT-MÉTRAGE

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    LE PALAIS DU LUXEMBOURG

 

Dans l’un des salons privés de son palais tout neuf, Marie de Médicis est en conversation avec son confident et ami, Concino Concini.

Concini se plaint à la Régente :

-       Madame, votre fils dépasse les bornes.

-        Qu’a-t-il fait encore ?

-         Il joue du clavecin en compagnie d’une troupe de baladins, dans le salon de musique contigu aux appartements de Galigaï, aux heures où celle-ci désire prendre du repos.

-       Mais enfin, Concini, vous êtes capable de lui faire savoir qu’il doit se tenir tranquille !

-       -  Nous l’avons tancé plusieurs fois et Monseigneur nous fait toujours la même réponse !

-       Quelle réponse, Concini ?

-       Il répond que Paris est assez grand pour aller se reposer ailleurs.

-       - L’impudent !

-       -  Oui Madame.  Il est difficile de faire entendre raison à un jeune homme de seize ans.

La Régente se lève et va à la haute fenêtre donnant sur la pièce d’eau. Elle ne répond pas tout de suite, mais Concini sait bien que la riposte sera dure et il savoure sa victoire.

-       Faites-le mander à l’instant.

Concini s’exécute.  Bientôt le jeune Louis XIII se présente devant sa mère et plonge dans une  profonde révérence.

-       Madame…

-       Louis, vous êtes dans une tenue débraillée qui ne convient pas à votre rang.

-       -  Quel rang, Madame ?

-         Le rang de  prince, fils du défunt roi Henri IV.

-       Vous vous trompez,  Madame, je suis roi de par la loi et la volonté de Dieu.  Il est grand temps que je revendique ce pouvoir, après des années de frustrations et de brimades à l’enfant que je ne suis plus.

-       -  Qu’est-ce à dire ?

-       Le visage de la Reine Mère s’empourpre de rage. Elle  marche vers son fils et va pour le souffleter, mais  Louis lui saisit le poignet et la repousse violemment.  Concini s’approche, sur la défensive, prêt à intervenir.

-        Que dois-je faire, Madame ?

Louis répond avec fermeté :

-        Rien, monsieur Concini.  Vous avez assez dicté sa conduite à ma mère, pour le malheur de tous.

-       Louis XIII recule de trois pas et leur fait face.  Il prend un ton solennel et sans réplique pour asséner sa  première sentence royale :

-        Madame ma Mère, je vous enjoins de quitter ce jour ce Palais et le royaume de France.  J’ai prévenu ma garde de vous faire escorte jusqu’à la frontière de Belgique.  Vous avez jusqu’à la tombée du jour pour organiser votre départ.

 

Marie de Médicis sait bien qu’il n’y a pas de parade.  Elle a vu, à l’entrée du salon, une escouade de gens d’armes accompagner l’entrée du Roi.  Elle devine qu’elle a sous-estimé l’ascendant de son fils sur les fidèles sujets de son père défunt.  Et surtout qu’il a su profiter habilement de l’hostilité croissante du peuple contre Concini, homme cruel et vénal.

-       Louis XIII le lui confirme justement :

-       -  Quant à vous, Concini, je vous réserve une retraite moins glorieuse que l’exil.

Concini  fut fait prisonnier par les amis du roi menés par le duc de Luynes. Au cours de son arrestation, faisant mine de tirer son épée, il reçut la décharge d’un fusil en plein visage, puis  son corps fut lardé de coups d’épée.

Marie de Médicis tenta sans succès  de lever une armée contre son fils.

Ces deux êtres  si proches par le sang  vécurent de brouilles en réconciliations  jusqu’à l’humiliation suprême de la Reine-Mère qui quitta le pays et ne revit jamais son fils, ni la somptueuse demeure qu’elle avait fait édifier et où elle ne résida que cinq années, le Palais du Luxembourg.

 

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LA PETITE PHRASE

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« Tout ce qui sort un peu de l’ordinaire est détestable pour l’Américain moyen ».

Ray Bradbury

Est-ce qu’on ne pourrait en dire autant du Français moyen ?  La peur de l’inconnu est viscérale chez l’être  humain.  Au revoir mes amis, au revoir

Septembre, tu finis en beauté.

Miss Comédie

 

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LE COURT-MÉTRAGE DE MISS COMÉDIE

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PRENOM  ALBERT

 

Le jour de la rentrée des classes, ils sont une trentaine, entre          douze et treize ans, et l’ambiance est chaude lorsque le professeur entre dans la classe et demande le silence. Il reste debout à côté du bureau, lance un regard circulaire sur l’ensemble de son troupeau et annonce : Bonjour, je suis Monsieur Lebrun,  votre professeur principal et nous allons passer une bonne moitié de l’année ensemble.  J’espère que nous nous entendrons bien. Vous êtes tous prêts à travailler dur ? (des « non » en majorité et des « oui » très clairsemés s’élèvent, ponctués de rires.)  Bon, ça commence bien.  Je vais faire l’appel. »

Les élèves se lèvent chacun à leur tour, rangée après rangée, et se présentent à l’appel du professeur.

Tout se passe bien jusqu’à l’avant-dernière rangée, premier élève.

-       Nom ?

-       Camus.

-       Prénom ?

-       Albert.

Eclat de rire général.

-       On ne plaisante pas, je vais me fâcher.  Prénom ?

-       Monsieur, je m’appelle Albert.

-       Albert Camus ?

Des rires fusent à nouveau, une voix crie « c’est qui déjà, Albert Camus ? » « C’est lui ! » crie une autre voix. « Non, c’est le patron de la salle des Fêtes »’ rigole un autre.

-       Silence !  Monsieur Albert Camus, voulez-vous me montrer votre bulletin d’inscription ?

-        Oui monsieur.

L’élève fouille dans son sac et sort son bulletin. Le prof l’examine et s’exclame :

-  Et ça tombe sur moi ! Un nommé Albert Camus dans la classe d’Albert Lebrun  ! Ils vont pas le croire, à l ‘Académie !…

Un doigt se lève.

-       Monsieur, c’est qui Albert Lebrun ?

-       Et bien donc, c’est moi, mais c’est aussi le nom d’un président de la 4ème République Française, que vous aurez à étudier cette année, ainsi que le prix Nobel de littérature 1958 Albert Camus !  Vous comprenez que ça fait beaucoup !

 

 

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LES PETITES PHRASES DES ÉLUS

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Celle de de Gaulle d’abord, que tout le monde connaît : à un mec qui criait à son passage « Mort aux cons ! » il réponde « Vaste programme ».   Superbe.

Edgar FAURE n’est pas en reste : à quelqu’un qui le traitait de girouette, il réplique « ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent. »  Joli.

Et enfin Chirac nous gratifie de la plus virile : quand on lui rapporte une  certaine critique, il balance « ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. »

Edifiant.

On ne citera pas celle de Sarkozy au Salon de l’Agriculture. Tout le monde peut se tromper.

Miss Comédie

 

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LE COURT-MÉTRAGE DE MISS COMÉDIE

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L’ESPRIT DE MOZART

 

Il est minuit.  Dans le salon de la grande maison, Dolorès laisse tomber son livre et s’étire longuement dans le canapé. Le CD qu’elle avait mis pour accompagner sa lecture vient de s’achever, les dernières notes d’un concerto de Mozart qu’elle ne se lasse pas d’écouter en boucle.  Dehors, le vent secoue les jalousies qu’elle laisse toujours  baissées. 

Elle se lève, va à la fenêtre, cherche à percer l’obscurité profonde de cette nuit de septembre.  Pas d’étoiles.  Le vent est annonciateur d’orage.  Des éclairs commencent à illuminer le ciel mais l’orage est encore loin.

Dolorès  n’enlève pas le CD de son socle mais elle éteint le lecteur.

Elle ramasse son livre, éteint les lumières du salon et monte dans sa chambre en baillant, elle est morte de fatigue.

Pour rien au monde elle ne serait allé à cette soirée où elle aurait pu rencontrer « plein de gens », où sa copine Mercédes voulait absolument la traîner.  Ce soir, non. La journée a été vraiment dure à l’atelier, le théâtre attendait les costumes pour la générale, il fallait  mettre les bouchées double.

Et puis cette maison, où elle vient d’aménager, qui est devenu son palais, qu’elle a achetée sur un coup de foudre.  En plein milieu du quartier Sol, à deux minutes de la Puerta del Sol et du kilometro cero  qui est le point de  départ de toutes les routes d’Espagne, et aussi le point de rencontre de tous les Madrilènes.

Le jardin qui entoure la demeure est mal entretenu et la maison n’est pas non plus dans un état parfait, mais les pièces gardent encore les vestiges d’un passé fastueux.   Dolorès est tombée amoureuse des frises peintes sur les murs, des grands miroirs baroques, des meubles et des tapis que les anciens propriétaires ont laissés là, depuis si longtemps.

Dolorès monte l’escalier et arrive dans sa chambre où le lit monumental surmonté d’un dais   est toujours ouvert.

Elle passe dans le cabinet de toilette vétuste, se déshabille promptement, fait une rapide toilette et saute avec délice dans ce lit  immense où elle a toutes ses aises.  Calée sur les oreillers, elle ouvre le livre commencé au salon et tente de poursuivre sa lecture.  Mais ses yeux se ferment, elle va s’endormir, elle s’endort

 

 

Dolorès dort depuis longtemps, deux heures ? Trois heures ?  Dans son sommeil, le concerto de Mozart  égrène les notes nostalgiques du mouvement lent.  Elle accueille ce rêve avec bonheur, d’abord, et puis lentement émerge du sommeil.  Ce n’est pas un rêve.  La musique est bien réelle, elle résonne entre les murs de la maison, elle vient du salon.

« Je suis sûre d’avoir éteint le lecteur… »

Dolorès saute hors du lit et dévale l’escalier. « Qui a pu entrer pendant mon sommeil ? »

Le salon est plongé dans l’obscurité. La petite lumière verte du lecteur est éclairée et la musique est au maximum, trop forte, mon dieu, trop forte ! 

Elle allume en tremblant  mais le salon est vide. 

 Aucune fenêtre n’a été fracturée, la porte est verrouillée.

Elle se précipite alors sur le lecteur de CD et l’arrête.

Comme une voix qui se tait, la musique s’évanouit.   


Un violent coup de tonnerre la fait sursauter.  Elle croit entendre le vent siffler quelques mots qui la remplissent de terreur  :  « l’esprit de Mozart ».

 

 

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LA PETITE PHRASE...

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...  C’est celle que vous auriez dû lire mercredi mais… l’homme qui

courait après son chien nous a menés trop loin… plus de place.

Donc, cette phrase, elle est de Valéry Giscard d’Estaing (tiens, pourquoi ?) et  frappe par son bon sens.

« Il n’y aurait pas tant de malaise s’il n’y avait autant d’amateurs de malaise. »

 

Si on met un « s » à malaise, ça change tout ! 

A lundi mes amis, une nouvelle page d’histoires. (Là, si on enlève le « s », ça devient très prétentieux !  Bye bye.

Miss Comédie

 

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LES COURTS MÉTRAGES DE MISS COMÉDIE

Publié le par Miss Comédie

L’HOMME ET SON CHIEN

 

C’est l’histoire d’un homme qui a perdu son chien.  Cet homme qui adorait son chien, part à sa recherche dans les rues de New-York. 

 

Il marche dans un froid terrible, grelottantdans son petit manteau. Il sait qu'il n'a pas beaucoup de chances d'apercevoir son chien dans la foule qui arpente les trottoirs, il se dit que s'il y avait une justice, ce serait son chien qui partirait à sa recherche, mais non, il se trouve que les rôles sont renversés et tout en marchant il se demande pourquoi son chien l'a quitté. Il cherche à se souvenir, mais qu'ai-je donc fait, quelle maladresse, quel mauvais traitement,  à ce petit animal qui n'était que douceur, fidélité et bonté. Pourquoi es-tu parti ? murmure-t-il, les larmes aux yeux.  Son chien était sa seule possession, son unique compagnon de solitude.  

Dans sa longue marche, il rencontre des chiens, certains accompagnant leur maître, d'autres lâchés en liberté, les narines frémissantes, peut-être en quête de nourriture, ils ne lui prêtent aucune attention.

Plus tard il est assis derrière la vitre d'un snack-bar, il mange un hot-dog. Il regarde dans la rue et il voit encore passer toutes sortes de chiens. La plupart sont grands, massifs, beaucoup plus impresionnants que son chien à lui, qui est frêle et craintif.  Il est pris de terreur à la pensée qu'un de ces molosses puisse s'attaquer à son petit chien.

Il reprend sa route et traverse des quartiers entiers, bientôt le jour baisse et le froid devient intense, il est maintenant très loin de chez lui.  La fatigue s'abat sur lui en même temps que le froid et il est pris de panique.  Quel fou je suis pense-t-il, je suis perdu.  Où suis-je ?  Il  distingue l'entrée d'une bouche de métro et s'y engouffre, reprend le chemin de chez lui, il lui faut changer plusieurs fois, les gens le regardent curieusement, il se demande pourquoi.

Enfin il arrive dans son quartier, dans sa rue. Il fait nuit noire. Il est affamé, transi, désespéré de n'avoir pas retrouvé son chien. Il n'aspire plus qu'à rentrer chez lui, se verser un verre de bourbon, se coucher et dormir. Ce sera sa première nuit sans son chien, absolument seul.

Il relève le col de son manteau et s'apprête à faire les cent dernièrs mètres entre le métro et la porte de son immeuble.

Soudain, il le voit.

Le chien court d'une foulée légère, droit devant lui, son poil  blanc étincelant par instant, lorsqu'il passe sous un réverbère. 

L'homme dévie sa trajectoire, file derrière l'animal qui ne l'a pas vu.  Où va-tu ?  Il s'empêche de siffler, il veut voir ce que poursuit son chien, quelle proie inaccessible, quel idéal de vie de chien, quel maître plus intelligent.

Le chien poursuit sa route d'une allure régulière. Il ne s'arrête ni pour flairer une trace, ni pour lever la patte, ni pour chercher son chemin. 

C'est lui, c'est bien lui, son collier de cuir rouge autour du cou, ses deux taches noires, l'une  en forme de béret sur la moitié du crâne et une oreille,  l'autre en forme de chaussette sur sa patte gauche.   L'homme doit courir pour garder la distance, mais il ne sent plus la fatigue, ni le froid.

Le chien ralentit enfin, et le voilà qui s'arrête devant la porte d'un hôtel. 

Cet hôtel, l'homme le connaît bien, il n'est pas à plus de cinq cents mètres de chez lui, il y a quelquefois rencontré des prostituées, et ces soirs-là il laissait son chien seul à la maison, la mort dans l'âme. Il savait que jusqu'à son retour le chien pleurerait, couché sur le seuil de la porte.

L'homme s'est arrêté lui aussi, et regarde. C'est un petit hôtel très modeste, la porte est fermée la nuit, on distingue les lettres lumineuses de l'enseigne  "Hôtel Bijou".

Le chien, assis sur ses pattes de derrière, pousse un léger aboiement, puis un second, puis un troisième, pas plus.

La porte de l'hôtel s'entrouvre, on aperçoit un  fond de lumière.  Le chien s'élance à l'intérieur.  La porte se referme.

Lentement, l'homme rentre chez lui. Il sait qu'il ne reverra jamais son chien.

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LA PETITE PHRASE... A SUIVRE

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LES COURTS MÉTRAGES DE MISS COMÉDIE

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L’AMOUR CONJUGAL

 

L’ intérieur d’un café parisien.  Au fond de la salle, sur la banquette, une jeune femme lit un journal en buvant un café.  Elle est d’une beauté étrange, un peu slave, avec des yeux étirés aux paupières lourdes et de hautes pommettes pâles.  Ses cheveux d’un blond cendré, raides, sont tirés en arrière et attachés par un ruban.  Elle ne prête pas attention aux mouvements de la salle, au va-et-vient du serveur, aux clients assis autour d’elle.

Un homme vient s’asseoir sur la banquette, à la table voisine. Lui aussi a un journal à la main et commence à le déplier, tout en guettant le serveur pour lui commander un café et un cognac.

Il est grand et mince, brun aux tempes grisonnantes, son maintien révèle une aisance et une autorité d’homme du monde. Il porte une veste à chevrons sur une chemine blanche au col ouvert.

Ces deux personnages sont absorbés chacun dans leur lecture et sirotent leur café sans se presser, en gardant les yeux fixés sur leur journal.

Au bout de quelques minutes, l’homme dans son geste pour passer à la page suivante, bataille avec le grand format qui refuse de se plier, tente de discipliner les feuillets qui s’obstinent à lui échapper des mains, et dont l’un se détache pour faire un vol plané jusqu’à la table voisine où il atterrit sur la tasse de café.

Consternation, balbutiements, congratulations.   Chacun affiche la plus parfaite civilité, lui se confondant en excuses, elle affichant le plus gracieux des sourires.

LUI

Garçon, un autre café, s’il vous plait !

ELLE

Mais non, voyons, j’avais fini !

LUI

Et bien vous en boirez un deuxième et je vous accompagnerai, si vous le permettez !

Elle ne répond pas à cette invite mais baisse les yeux et re plie son journal.

LUI

Ah, vous lisez le Figaro Littéraire ? C’est drôle, je lisais le Monde Littéraire…

ELLE

Et oui, nous sommes jeudi…

Il se rassied à sa table et se débarrasse de son journal récalcitrant en le posant sur la table à côté.

Il la regarde.  Elle le sent, lève les yeux et lui sourit.

LUI

Vous êtes adorable.

Elle éclate de rire. Elle murmure « à ce point-là ? » et il rit à son tour.

Le client assis à la table contre la vitrine, près de la porte, et qui a assisté à la scène, ne les quitte plus des yeux.  Il voit deux étrangers soudain rapprochés par un incident infime se lancer dans une manœuvre de séduction qui le fascine.  Il n’a pas besoin d’entendre ce qu’ils se disent, il comprend qu’il la drague et qu’elle se laisse draguer. Les regards, les sourires, et maintenant leurs mains qui s’enlacent. Le client est ému à la pensée qu’il pourrait, lui aussi, vivre un instant pareil, il suffit de le vouloir, non ? Les jolies femmes ne manquent pas dans les cafés.  Le coup du journal, c’est un jeu d’enfant.

L’homme et la femme se lèvent, ils vont partir ensemble. Ils passent devant lui et il tend l’oreille.

ELLE

Et en partant ce matin, je parie que tu as laissé la fenêtre de la chambre des enfants ouverte ?

LUI

Raté, mon chéri. J’ai même acheté du pain pour ce soir.

 

 

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MA PETITE PHRASE DE FIN

Publié le par Miss Comédie

 

« Quand les gens sont de mon avis, il me semble que j’ai tort. »

Oscar WILDE

 

Pourquoi est-ce que cette phrase me fait pleurer de rire ?

Peut-être parce que je l’imagine prononcée par Luchini ?

Je vous quitte jusqu’à mercredi, car le plaisir doit se déguster lentement, et la cadence d’un jour sur deux est ma nouvelle cadence.  Cool !

 Miss Comédie

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COURTS MÉTRAGES POUR L'ÉTÉ

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UNE MINUTE DE SILENCE

 

Elle les suit. Elle ne les lâchera pas. Son coeur cogne dans sa poitrine, la hâte, mais surtout la colère. Sa rage monte. Elle aperçoit la partie inférieure de son sac à main qui dépasse du blouson du voleur. Voir dépasser son sac du blouson du voleur, c’est l’aiguillon, la banderille. Elle se hâte, mais elle attend son moment.

Ils marchent vite, sans se retourner. Ils sont deux. Elle se souvient, ils sont passés très vite dans cette agence de voyages où elle était assise, son sac à ses pieds. Elle discutait avec la fille devant son ordinateur. Quand elle s’est levée, plus de sac, elle a tout de suite compris.

Ils arrivent au bout de la rue, débouchent sur une place très animée. Ils ralentissent le pas, ils se croient hors d’affaire mais ils ne se retourneront pas. Voilà, elle est derrière eux à présent, tout près.

C’est le moment. La fille fonce sur celui qui porte son sac, elle s’accroche à son dos, pèse de tout son poids et crie, elle ne sait pourquoi cette phrase stupide :

“Qu’est-ce que tu as sous ton blouson ?”

 

Le voleur a été vachement surpris mais il était encore sur ses gardes. Elle sent les muscles durs comme l’acier qui se tendent. Il se dégage d’un coup d’épaule, la repousse violemment, le sac tombe à leurs pieds. Les deux voyous lui font face à présent. Elle voit l’éclair de la lame dans la main de l’autre. Elle plonge ses yeux dans les siens.

La minute est interminable.

Quand le voleur détale, c’est le signal. En une seconde, ils ont disparu. La fille se baisse, ramasse son sac et regarde autour d’elle. Personne n’a semblé s’apercevoir de la scène. Tout s’est passé à la vitesse de l’éclair.

 

 

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:A PHRASE DU JOUR

Publié le par Miss Comédie


Je continue à égrener L'Année du Tigre et   je lis la page du  vendredi 11 septembre 1998. 
 Cette année-là, les Twins Towers étaient encore en place, sinonle commentaire aurait été sanglant !

« Le coeur de notre galaxie, on le sait, comporte un trou noir

avaleur d’étoiles. Celles-ci, dans sa proximité, tournent à une vitesse de 4, 8 millions de kilométres à l’heure. Exercice : tenter d’imaginer cette vitesse.

Cette information, quoique réelle, n’a aucun sens pour les humains. Et pourtant, leur galaxie est percée.  Pour que le Soleil soit avalé, il faudra une dizaine de milliards d’années.

Hugo, en mourant :  « Je vois un soleil noir d’où rayonne la nuit. »

Philippe Sollers « L’Année du Tigre ».

Ce sont des choses qu’il est bon de rappeler… Oui, notre galaxie est

percée, c’est fou, et on ne s’inquiète pas. Mais que faire ?

Et si le Soleil était avalé dans un an ou deux ?

Vite, je vous retrouve très vite.

Miss Comédie

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COURTS MÉTRAGES POUR FIN D'ÉTÉ

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MEA CULPA


Julie est assise en face de sa mère, dans le fauteuil des visiteurs.

Sa mère est dans le fauteuil qu’elle ne quittera plus.

Dans les maisons de retraite, le temps s’est arrêté et les pensionnaires ne savent plus nommer les jours.

Il y a dans les yeux de sa mère, qui fut si dure, une tristesse douce,

et cela doit être de la résignation. Parfois ces yeux croisent ceux de Julie et envoient un message, un appel de détresse, ils s’accrochent aux yeux de Julie, crient leur angoisse muette.  A ces moments-là, il faut parler de choses légères et gaies.  Il faut ignorer le message. A quoi bon ?  La vieillesse et la mort qui approche, PERSONNE N’Y PEUT RIEN.

Alors maman renonce et baisse enfin les paupières. Sa tête se penche, elle fixe un point sur sa jupe et le manège commence, ce petit geste léger qui veut dire voilà, j’essaie de  balayer mes fautes passées, à gratter jusqu’à la moindre trace d’égoïsme, de lâcheté, mea culpa, je sais, je n’ai pas été parfaite, j’ai fait beaucoup d’erreurs, je gratte sur ma jupe ces petites taches, elles résistent, je n’en viendrai jamais à bout, c’est  devenu ma prière quotidienne, mon mea culpa.

 

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LA PHRASE DE FIN D'ÉTÉ

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Le lundi 7  septembre 1998, Philippe SOLLERS écrivait :

« Quelqu’un qui dit exactement le contraire de ce que

vous avez envie de dire, c’est rare.  (Et précieux.)  C’était le cas de X., autrefois.  Je ne manquais jamais de le consulter, afin, même sans réfléchir, de faire exactement le contraire de ce qu’il me disait.  C’était d’une sécurité absolue, quasi génétique. »

Philippe SOLLERS  (L’année du Tigre)

Moi je trouve que ce n’est pas si rare, quelqu’un qui…etc.  Et sa recette pour bien agir n’est pas à 100% garantie, les gens sont si imprévisibles.

Son agenda est plein de réflexions comme ça, je vais regretter de m’arrêter, on pourrait aller jusqu’au 31 décembre sans jamais s’ennuyer. Mais enfin, un blog, c’est fait pour la variété, non ?

A bientôt, mes amis fidèles, et les autres à plus tard !

Miss Comédie

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COURTS MÉTRAGES POUR FIN D'ÉTÉ

Publié le par Miss Comédie




PRESENCE D’ESPRIT

Deux filles marchent l’une vers l’autre dans la rue, le portable collé à l’oreille.

-  Allo, c’est moi !

-  Salut, t’es où ?

-  Dans la rue ! Je te dérange pas ?

-  Ben je suis chez le coiffeur, là …

-  Ah, désolée !  C’était juste pour avoir des nouvelles, vu que tu m’appelles jamais.

-  C’est que je suis débordée, sous l’eau, je touche pas terre…

-  On peut pas déjeuner ?

- Pas en ce moment, je suis à  Porto Rico !

-  Chez le coiffeur ?

-  Oui, chez le coiffeur à Porto Rico !

-  Tu reviens quand ?

- Dans un mois ou deux…

-  Qu’est-ce que tu fais à Porto Rico ?

-  Heu, je défile pour Kenzo.

-  Ah ?  Et ça dure deux mois ?

-  Ben oui, on fait la banlieue  aussi…

-  Bon, tu m’appelles quand tu rentres ?

-  OK, promis, je t’appelle !


Elles tombent nez à nez.


-  Ah, t’es là ?

-  Ouais, chuis là, moi, mais toi tu es à Porto Rico, non ?

  -  J’étais en train de me dire que j’avais plus de nouvelles de toi !

  - Tu te fous de moi ou quoi ?

-  Non, c’est vrai, tu as exactement la même voix que cette peste de Judith !

  

- 

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LA PHRASE DE FIN D'ÉTÉ

Publié le par Miss Comédie


Toujours dans L’ANNEE DU TIGRE de Philippe SOLLERS, à la date du 4 septembre 1998 :

« … Le style, c’est Dieu. Le Diable est farouchement opposé au style, c’est-à-dire à l’individuation (sic) ultime et intime, au réel. Le mot définitif de Flaubert : « Je crois à la haine inconsciente du style. »

Le début de la citation est  une tartine sur Choiseul et Detienne, il connaît beaucoup de monde, Sollers.

Ce qu’il dit sur le style est rédhibitoire (ce mot existe-t-il ?) mais je respecte la pensée de Sollers.

C’est fini pour aujourd’hui, je vous retrouve lundi avec un immense plaisir.

Miss Comédie.+

 

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COURTS MÉTRAGES POUR L'ÉTÉ

Publié le par Miss Comédie


L’EFFET  TANGO.
Dans le taxi, une Mercedes bleu marine, je m’enfonçai dans le siège de velours pour revoir dans ma tête les moments précieux entre tous que je venais de vivre.
 Le chauffeur  était un beau garçon au type métis, jamaïcain peut-être.  Chemise blanche impeccable, costume bleu marine assorti à la carrosserie. La radio jouait un tango argentin. Je le vis me guetter dans le rétroviseur.  Il était en veine de marivaudage, je n’avais qu’une envie : me taire.  M’enfermer, me murer.
- Vous aimez cette musique, mademoiselle ?
- Oui.
- Vous êtes très élégante, c’est une chose que j’apprécie chez les dames. Moi, voyez-vous, je ne pourrais pas travailler en tenue négligée. C’est qu’avant de faire le taxi, j’étais dans la  couture...

Mon dieu.  Après la couture... le taxi...   Pourvu qu’il se taise enfin... Mais non.
-  C’était une époque formidable. .. J’avais vingt ans...
Il ne me regardait plus.  Il parlait pour lui, pour lui tout seul.
- J’avais une patronne, mademoiselle... C’était une dame exceptionnelle... 45, 50 ans... Très belle... Très élégante... Je suis tombé fou d’amour. Je peux vous dire, mademoiselle que nous avons été des amants heureux pendant presque trois ans...  Si heureux... moi surtout... Elle, avait des complexes, elle me disait toujours, mais regarde-moi, j’ai des rides...  Pensez-vous, des rides.  Elle était belle avec ses rides.... Ah, je l’ai aimée follement...
Il conduisait comme un automate, les yeux fixés droit devant lui.
Il avait accaparé mon attention. Je l’écoutais. Mais il sembla s’éveiller d’un songe et ses yeux me cherchèrent encore dans le rétroviseur.
-  C’est loin, tout ça... Pourquoi je vous raconte ma vie, dites ?
Je cherchai quelque chose à dire, une façon de lui prouver ma sympathie.
-  C’est le tango...
Il tourna la tête vers moi, sourit de ses dents très blanches dans son visage bronzé.
-  Oui...  C’est le tango.

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LA PHRASE DE FIN D'ÉTÉ...

Publié le par Miss Comédie


Je l’ai trouvée dans L’ANNEE DU TIGRE, de Philippe SOLLERS, qui fait un éphéméride de l’ année 1998 et il se trouve, ô hasard propice, que cette année-là le 2 septembre était un mercredi !
Je vous transcris donc sa phrase du jour :
« Orage violent.  J’aime la pluie, le tonnerre, la foudre au-dessus des toits.  Envie de roman, tout-à-coup, de partir de nouveau à l’aventure, donc de reprendre Passion Fixe laissé de côté pour écrire Casanova…. »

Le mercredi 2 septembre 1998 il y a donc eu un violent orage, comme cette année à Lyon…  Et moi, j’étais où, je faisais quoi, ce jour-là ?  Onze ans déjà.
A très bientôt pour cette passion fixe qu’est mon blog.
Miss Comédie

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COURTS METRAGES POUR L'ETE

Publié le par Miss Comédie



QUNAD LES MOTS S’EMMËLENT


Deux hommes pédalent l’un derrière l’autre.

LE PREMIER
Ca va ?
LE DEUXIEME
Oui, je suis…
UN
Tu es QUOI  ?
DEUX
Rien, je suis,  là !

UN
Tu es  déjà las ?
DEUX
Non, je suis toujours là !
UN
Tu  suis toujours  ?
DEUX
Mais oui, je suis ! Tu vois bien !
UN
Je  peux pas te voir,  figure-toi….
DEUX
C’est sympa de me dire ça maintenant.
UN
Je te dis ça maintenant parce que je suis devant, pardi.
UN
J’ai compris, tu ne peux pas me voir parce que je suis derrière.
UN

Et oui.
DEUX
Permets-moi de te dire que tu n’es pas très élégant.
UN
Peut-être, mais je suis devant !
DEUX
Tu me dépasses.
UN
Ca  c’est sûr !
DEUX
C’est pas parce que je suis derrière, qu’il faut me détester, le vent peut tourner, tu sais !
U N
Mais il n’y a pas de vent !
DEUX
Planque-toi ducon,  je passe  !  (Il sprinte et dépasse  UN)
Et maintenant tu peux toujours pas me voir ?
UN
Si,  je te vois, mais pourquoi t’es de mauvais poil comme ça  ?

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LA PHRASE DE FIN D'ETE

Publié le par Miss Comédie

« Je pris mon verre dans mes mains et l’avalai d’un trait. La pièce était dans une demi-obscurité, je voyais l’ombre de mon père devant la fenêtre. La mer battait sur la plage. »
Françoise SAGAN (Bonjour Tristesse)
On ne peut pas faire plus désolant pour une fin de vacances.  Heureusement qu’elles ne se terminent pas toutes comme dans le roman…
Bon, le mois d’Août s’achève et c’est à la fois triste et très excitant.
Je vous retrouverai bientôt avec une nouvelle pièce, et des  des coups de coeur, des coups de gueule, des coups de soleil, des coups de chapeau, des photos et des ratons laveurs.
Miss Comédie 

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COURTS METRAGES POUR L'ETE

Publié le par Miss Comédie

LE COUP DU MEPRIS
Deux filles à la terrasse d’un café.
Un brune et une blonde, jolies toutes les deux.
LA BLONDE
Hier soir j’ai revu LE MEPRIS en DvD. Quel film ! Il n’a pas pris une ride. Brigitte Bardot est fabuleuse.
LA BRUNE
C’est là, où elle a une perruque brune ?
LA BLONDE
 Oui. Ca lui va super bien. Mais en plus, elle est drôle, légère, elle a l’air de se balader dans ce film comme dans la vie…
LA BRUNE
 Et pourtant, tu n’aimes pas Brigitte Bardot ?
 LA BLONDE, indignée
J’adore Brigitte Bardot !
LA BRUNE Ah ? Je croyais…
LA BLONDE
C’est Marylin Monroe, que je n’aime pas.
LA BRUNE
Brigitte Bardot et Marylin Monroe, c’est pourtant le même genre d’actrices…
LA BLONDE, indignée
Quoi ? Pas du tout !
 LA BRUNE
Ce sont toutes deux des blondes superbes avec un petit pois dans la tête !
LA BLONDE, d’un ton aigre
 Un petit pois dans la tête ç’est valable pour Marylin, mais Bardot, je te demande pardon, c’est une futée, très intelligente, Bardot, très fine… Elle JOUE les niaises, elle n’est pas niaise.
 LA BRUNE
Marylin c’est pareil. Elle joue les niaises à la perfection.
LA BLONDE
 Mais elle, elle l’est ! Et à l’Américaine, en plus ! Une vraie conne !

Un silence.

 LA BRUNE
Pourquoi tu es désagréable ?
LA BLONDE
 Moi, désagréable ?
LA BRUNE
 Oui, très désagréable. Qu’est-ce que je t’ai fait ?
 LA BLONDE Mais rien ! Simplement tu me dis que Marylin…
LA BRUNE
Et alors, j’ai pas le droit d’aimer Marylin Monroe ?
LA BLONDE
 Si, mais tu la compares à Brigitte Bardot, c’est inepte !
 LA BRUNE
Ca veut dire que tu juges Bardot au-dessus de Marylin, de quel droit ?
 LA BLONDE
 Du droit que c’est ce que je pense.
 LA BRUNE
 Est-ce que tu détiens la vérité ?
LA BLONDE
Cette fois c’est toi qui es désagréable, non ?
 LA BRUNE
Je remets les choses à leur place. Tu m’as agressée à tort.
 LA BLONDE
 Je t’ai agressée ?
 LA BRUNE
En bavant sur Marylin Monroe, tu avais l’air de me dire que je n’avais aucun goût, que je n’y connaissais rien, tu crois que je n’ai pas compris ?
LA BLONDE
 Tu es parano à un point !
LA BRUNE
 je suis parano et toi tu te prends pour le président du Jury du Festival de Cannes.
 LA BLONDE, faisant signe au serveur
Garçon ! Elles se lèvent tandis que le serveur tend l’addition. Elles sortent chacune leur porte-monnaie de leur sac et posent leur écot sur la table.
LA BRUNE Au fait, samedi j’ai un truc qui me tombe dessus, je ne serai pas là pourton anniversaire… ça t’embêtes pas trop ?
LA BLONDE Non, non, au contraire… Allez salut !
 LA BRUNE Salut. Elles partent chacune de leur côté. ,

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C'EST UN AUTRE QUI LE DIT

Publié le par Miss Comédie

Changement d’humeur, et d’humoriste ! Voici les annotations perfides de Pierre DESPROGES sur son Almanach de l’année 1988 . Ouvrons-le à la semaine du 21 au 27 août, puisque nous y sommes. Il y a 7 rubriques. Prenons la première : « LE CON DE LA SEMAINE ». On lit ceci : « Léo Ferré, dont les anarchistes sincères fêteront jeudi le 73ème anniversaire, ne figure pas dans l’annuaire. Il est dans le Who is who. Un buste du chanteur sur un socle illustre le propos. Méchant, non ? Et bien c’est une des plus gentilles. L’Almanach est un ramassis de sarcasmes, quolibets et tirs à boulets rouges sur tous les personnages marquants de l’année. Lundi je vous en balancerai une pas piquée des vers sur l’un de nos plus sympathiques hommes d’Etat actuels. Hou, Desproges, qui se moquait aussi de lui-même : « Plus cancéreux que moi, tumeur. » Tout ça n'est pas très réjouissant. Mais vous êtes en vacances et l'humeur est encore au beau fixe, non ? Vous en rirez sûrement. A bientôt, Miss COMEDIE

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COURTS METRAGES POUR L'ETE

Publié le par Miss Comédie

LA COMBINAISON ROUGE

.
Elle accompagne pour la première fois son mari pilote à un Grand Prix. Elle  s’est dérobée jusque là, elle n’a pas le goût de la vitesse ni d’attirance pour le milieu des circuits. Plutôt craintive, elle déteste le bruit et la violence des courses automobile.  Mais  un jour, il a bien fallu aller le voir courir.
Très vite il l’a abanndonnée pour aller se mêler aux autres pilotes. Il est dans sa bulle, hors du monde réel. Elle se souvient d’avoir éprouvé cette sensation-là,  elle comprend.
Elle attend, debout, un peu raide, dans le paddock où s’activent les mécaniciens autour des monoplaces. Elle revoit les plateaux de cinéma qu’elle fréquentait autrefois. Les habilleuses, maqueilleuses, coiffeuses qui s’affairaient autour des stars.
Ici les Formule Ford sont les stars.    Elles sont là, désarticulées, déshabillées, poussant parfois un cri rauque et prolongé, on les force à répéter ce cri qui sera tout à l’heure un feulement de bolide.
L’attente est longue comme au cinéma. Son mari fait de temps en temps une apparition, il lui demande si tout va bien. Elle dit oui, il a l’air rassuré. Il a rajeuni, il est gai. Puis il va vers sa voiture, la considère d’un œil pénétré, tourne autour, échange quelques mots avec le mécano. Il lui fait signe de venir, il lui présente son auto, sa maîtresse, elle l’admire.

L’heure du départ approche, les mouvements se font plus précis, les ordres brefs, l’air devient chargé de stress.
Les pilotes sont allés se changer.  Les autos sont rhabillées, rutilantes. Les moteurs hurlent. Elle a envie de fuir.  Soudain elle a le trac, le même que sur le plateau de cinéma, autrefois.
Elle se dit qu’elle n’a rien à faire là. Elle sort du paddock et elle voit ariver devant elle un pilote en combinaison rouge bardée de badges, ganté, son casque posé sur son bras, un héros de bande dessinée.  C’est son mari.
 
 Il sourit. Il est singulièrement svelte, juvénile, tout-à-coup.  Et calme.
Ce n’est plus le même mari. Ce n’est même plus un homme. C’est une image, une abstraction. Elle revoit soudain  le grand Litri sortant de l’hôtel à Barcelone,  habillé en matador.  La même émotion devant l’image du Héros.
L’uniforme du danger est souvent rouge, ignifugé, armé, doublé, rembourré et accessoirement orné de dorures, de pampilles ou bien de noms de marques célèbres.  

Maintenant tout se précipite. Il y a des ordres lancés, les pilotes se regroupent.  Elle voit son mari glisser sa tête dans le casque et prendre soudain une apparence invulnérable.  Il lui fait un signe de la main et s’approche de sa voiture, se glisse dans le cokpit.  
On lui dit qu’elle peut accompagner son mari “en pré-grille”, juste avant le départ. Affolée, elle se perd dans la foule qui se presse devant les stands, dans le hurlement des haut-parleurs qui annoncent les gagnants de la course précédente.  Elle a l’impression d’un danger imminent, elle voudrait rentrer chez elle, retrouver son mari dans son fauteuil en train de lire Les Echos.

Elle est entraînée par le flot des amis et des parents des pilotes et se retrouve le long du couloir de départ, les autos sont à la q ueue leu leu, l’une derrière l’autre. Les moteurs sont silencieux.   Elle cherche son mari et soudain, elle l’aperçoit.

Elle n’ose s’approcher car elle ne connaît pas cet homme. Il a maintenant en tête le circuit, la moindre courbe, le bruit des pneus qui glissent, l’attente de la ligne droite pour tenter le dépassement, ou bien quoi d’autre ?  N’a-t-il pas trop serré le lacet de son chausson droit ?
Ce qu’il pense à cet instant, personne ne le saura. Il est seul.  C’est peut-être  là, à cette minute précise, juste avant le départ,  avant le risque, puisque même minime, malgré tout il y a toujours un risque, à cette minute plus qu’à tout autre instant dans sa vie, il comprend qu’il est seul et que personne ne peut rien pour lui sur cette terre.  Et tout-à-coup cette pensée le remplit d’un calme insensé, une indifférence à son propre sort, une confiance immense en lui-même.
Elle  torne les talons. Il ne faudrait pas qu’il l’aperçoive et perde soudain ce détachement suprême. _______________________________________________________________

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C'EST LUI QUI LE DIT...

Publié le par Miss Comédie

« Je me souviens des trois Evéchés, Metz, Toul et Verdun. » Comment ? Il n’y avait que trois évéchés à l’époque ? Et moi je me souviens que le département des Alpes de Haute Provence s’appelait les Basses-Alpes, et les Pyrénées Atlantique s’appelaient les Basses Pyrénées, on a changé les noms pour une question de susceptibilité. Georges PEREC me donne le « ça me revient » avec son « Je me souviens »… A bientôt, mes très chers et lointains amis, MISS COMEDIE

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COURTS METRAGES POUR L'ETE

Publié le par Miss Comédie

LA PARFUMERIE DES ARTISTES ¨

La photo représente l’enseigne d’un vieux magasin dans une rue de Montmare. « La Parfumerie des Artistes. » L’enseigne est surmontée de deux fenêtres closes. Visiblement le photographe a voulu saisir le caractère naïf et touchant de l’inscription. Il a occulté la vitrine. . Or, les deux fenêtres closes éveillent l’attention et la photo prend soudain un caractère mystérieux. Ls rideaux, en tissu lourd et soyeux, sont trop soigneusement tirés. Les balcons sont fraîchement repeints. On en conclut que l’appartement qui se cache derrière ces fenêtres doit être confortable, sinon cossu. Bien sûr, ses dimensions doivent être modestes, si l’on considère la taille des fenêtres et leur position très basse, au-dessus du magasin. O note encore que la photo a été prise de jour. Si les rideaux sont tirés, c’est donc pour cacher quelque chose. La parfumerie est-elle un lieu de rendez-vous ? Cette pièce est-elle un studio photo ? Une chambre mortuaire, l’espace d’une journée ? L’occupant est-il parti précipitamment, en retard, sans prendre le temps d’aérer sa chambre ? Le local est-il fermé, à vendre, ainsi que l’habitation qui s’y rattache ? Le mystère devient tangible, les suppositions toutes aussi plausibles. L’imagination élabore un scénario. La femme qui habite là a choisi ce quartier populeux de Paris pour échapper à son passé. C’est une bourgeoise des belles rues de la rive gauche et quelques objets l’ont suivie, ces rideaux de velours, entre autres. Elle a bâti tant bien que mal sa nouvelle vie entre ces quatre murs, elle n’est pas complètement à l’aise, et puis il y a cette rupture, cette félure dans sa vie, qui l’empêche de s’endormir le soir. Ce qu’elle aime, c’est descendre l’escalier vermoulu qui mène à la parfumerie, et ouvrir la porte sur la rue, balayer le trottoir comme elle l’a vu faire aux boutiquiers voisins. Et respirer l’odeur des parfums mêlés, aligner les flacons, épousseter les présentoirs, se persuader qu’elle a trouvé là le but de sa vie. Elle parle avec ses clientes des progrès de la cosmétique, elle sait tout sur les nouveaux produits, les nouvelles techniques. Elle conseille avec tact, elle regarde attentivement les visages fanés qui cherchent la crème miracle, elle les aime, ces visages qui ont été beaux, ces joues flêtries qui ont été fraîches et rebondies, ces cous fripés qui ont été graciles. Elle est comme ces femmes. Personne n’échappe à la vieillesse. Elle n’a pas choisi le nom de sa parfumerie. Elle est tombée dessus par hasard, c’est la main de son ange gardien qui l’a uidée jusque dans cette rue, avec cet écriteau pendu à la vitre de la porte d’entrée : """Pas-de-porte à vendre”. La Parfumerie des Artistes était faite pour elle. Elle n’a même pas eu à la repeindre, les couleurs étaient encore fraîches. Elle aime ce quartier vivant, bruyant. A midi elle ferme sa porte et part marcher à l’aventure. Elle sait qu’elle ne rencontrera personne de son ancienne vie. C’est ce qu’elle voulait à tout prix, rester à Paris mais ne plus voir personne, tirer un trait. C’est fait. Personne ne viendra la reconnaître ici, dans ces rues sales et sans charme. Quelquefois elle a un coup au coeur, c’est plus fort qu’elle : un visage, un regard... C’est lui. Mais non. Ce ne peut être lui.
 Elle sait bien pourquoi cette parfumerie s’appelle ainsi. C’est à cause de la proximité du théâtre du Tertre. D’ailleurs elle a servi plusieurs fois des “artistes”, qui jouaient dans le spectacle et qui, avant de s’installer dans leur loge, cherchaient un produit qui leur manquait. De pauvres filles, sans éclat, sans rien de l’allure d’une vedette. Mais allez les voir sur scène, et vous serez surpris. Elles sont métamorphosées, sublimées. De vraies stars. Ah, la vie vous met de sales couleurs au visage. Le théâtre, il n’y a que ça de vrai. Le théâtre, il vous prend et puis il vous jette. Un jour, ça ne marche plus. Il n’y a plus aucun rôle pour vous, vous arrivez toujours trop tard, ou trop tôt... Le bureau du chômage devient votre refuge et ça, c’est mauvais signe. C’est la descente aux enfers. On en remonte rarement. Il vaut mieux rompre, vite, et chercher des parfumeries à vendre. Le soir, la femme n’a même pas à tirer les rideaux. Depuis qu’elle habite là, elle ne les a jamais ouverts. Un jour, peut-être, il lui viendra l’envie de faire entrer le soleil.

C’est une histoire qui se tient, oui tout à fait possible. Mais qui a bien pu prendre cette photo, et pourquoi seulement l’enseigne et les deux fenêtres aux rideaux tirés ?

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C'EST LUI QUI LE DIT...

Publié le par Miss Comédie

Toujours Georges PEREC dans « JE ME SOUVIENS » Je me souviens de Robert Mitchum quand il disait « children… » dans le film de Charles Laughton « La Nuit du Chasseur ». Comment le disait-il ? Je n’ai pas vu ce film mais peut-être que vous revoyez la scène ? S’il s’en souvient c’est que ça devait être frappant ? Je revois le visage de Mitchum, il était marrant, petits yeux rieurs, sourire ironique… J ‘en ai encore d’autres comme ça, pour aller jusqu’à fin Août. J’espère que ça vous amuse ? A bientôt, mes chers amis, bonnes vacances. Miss COMEDIE

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COURTS METRAGES POUR L'ETE

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La  mouette

L’été, Julie laisse sa fenêtre grande ouverte la nuit pour être réveillée par le jour.  Ce matin pourtant, le lever du soleil n’aura pas lieu. Julie regarde les nuages lourds de pluie qui encombrent le ciel.  Les toits ont la brillance grise d’une aube pluvieuse et la ville semble prostrée dans un refus de s’éveiller.
De cette fenêtre au sommet de sa tour elle domine Paris. Parfois elle s’imagine que d’un geste, d’un regard, même, elle commande les mouvements de la ville.  Julie est heureuse au sommet de sa tour.

Julie descend de chez elle. La plaque “Place Corneille” apposée sur le mur à droite du porche de l’entrée lui semble aujourd’hui incongrue.
“Un oiseau de malheur”, pense-t-elle.  Et pourquoi, tout-à-coup, cette hésitation, ce pressentiment ?
Elle se souvient qu’elle a laissé sa fenêtre grande ouverte.
Elle leve la tête et regarde au-dessus d’elle, les rangées de baies vitrées de la tour Ouest , avec leurs stores bleus. Elle pense que même là-haut, tout peut arriver. Un orage, un vol de corneilles... Elle pourrait très bien ce soir retrouver son appartement saccagé.
Elle regarde sa montre.  Avec le métro, elle peut encore être  à l’heure au rendez-vous.  Elle fait demi-tour et se met à courir vers l’ascenseur.

Julie ouvre la porte de sa chambre et se fige. Quelque chose d’énorme bouge  sur la rembarde du balcon. Un oiseau monstrueux. Une mouette.
Elle est gigantesque, effrayante dans sa proximité. Ses  pattes roses et griffues s’aggrippent à la barre de fer.  La masse de son corps fumant, plumes hérissées, obscurcit la pièce comme une menace venue du ciel.  Son bec est entrouvert, comme prêt à saisir une proie. Son oeil rond est porteur de haine
Une peur subite s’empare de Julie. Les mouettes arrivent-elles jusqu’à Paris ? Les mouettes volent-elles à la hauteur d’un vingt-deuxième étage ?
Puis lle fait un geste du bras et l’oiseau s’envole pesamment, prend  de la hauteur et pousse son cri de désespoir avant de disparaître , grise sur le gris du ciel.

Julie met la main sur son coeur qui bat follement. Pourquoi cette peur ?  C’est ridicule. “Une mouette en vol, pense Julie, est une autre sorte d’oiseau. On aime la voir tournoyer, presque irréelle, comme un symbole  d’évasion, et son cri nous parle de l’immensité de la mer. La voilà posée sur mon balcon et elle est  menaçante, épaisse et prosaïque comme un pigeon géant.  Un oiseau de malheur.”

Julie pense à ce pressentiment qui l’a fait remonter en toute hâte. Depuis combien de temps la mouette était-elle en observation sur son balcon  ?
Ne s’était-elle pas engouffrée,  par l’ouverture, pour aller se poser, qui sait, sur sa couverture, sur sa table de  chevet, sur son bureau ?  Quel esprit maléfique habitait  ce corps répugnant ?  L’idée que l’oiseau eût pu frôler ses vêtements, déposé ses immondices dans quelque endroit de la chambre qu’elle ne découvrirait que plus tard, “à l’odeur”, lui donne la nausée.
Elle reste là, ne sachant quoi faire.  
“Elle va revenir.”  Cette certitude l’envahit de terreur.  Elle sait qu’elle ne pourra plus jamais regarder le lever de soleil avec la même quiétude. Maintenant elle saitu’elle doit quitter cet appartement.    Elle se sent soudain au centre d’une sinistre machination, obligée de fuir sur un ordre d’évacuation venu d’ailleurs.
Elle aurait dû se méfier de la plaque.  C’était ici la place des corneilles et autres oiseaux de malheur.
Julie se dirige vers la fenêtre avec repugnance et la ferme, au moment  où le premier coup de tonner fait trembler les vitres.   Elle s’allonge sur son lit. L’heure de son rendez-vous

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C'EST LUI QUI LE DIT

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Georges PEREC dans « Je me souviens ». En exergue, il y a une phrase qui dit qu’il s’est inspiré d’un certain Joe, et de son livre « I remember ». Qui était Joe ? « Je me souviens de Lester Young au Club Saint-Germain ; il portait un complet de soie bleue avec une doublure de soie rouge. » Ca me rappelle Miles Davis au Festival Jazz à Vienne ; il portait une veste de satin chamarré qui jetait mille feux. Les grands musiciens de jazz américains ont toujours eu un grand souci de l’élégance. Notre Johnny perpétue cette tradition…
Miss Comédie

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COURTS METRAGES POUR L'ETE

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SCENE DE MENAGE

« Mathilde  t’a vu, hier après-midi, dans la rue !
- Ah bon ?
- Tu n’étais pas seul.
- Ah bon ?
- Tu étais, paraît-il, avec une superbe blonde.
- Ah bon ?
- Vous marchiez sur le trottoir, enlacés…
- Ah bon ?
- Vous avez marché jusqu’à une terrasse de café, dans un quartier chic…
- Ah bon ?
- Vous vous êtes assis et vous avez commandé deux coupes de champagne…
- Ah bon ?
-  Et apparemment, vous avez passé un bon moment !
- Ah bon !
- Et c’est tout ce que tu trouves à dire : ah bon ?
- Ben oui.
- Ca te laisse un peu morveux, hein ?
- Ca me laisse rêveur.
- Pourquoi rêveur ?
- Et bien, parce que ce type-là, c’est le roi du monde !
- Donc, ce n’était pas toi
- Non, hélas …
- Mais enfin, tu aimerais tellement être à sa place ?
-  Oui, mais pas parce qu’il trompe sa femme, mais parce qu’il peut
   boire des coups à la terrasse d’un café à  4h de l’après-midi,
   alors que moi je rédige des plaidoieries jusqu’à 212h !…
- Mais… puisque ce n’était pas toi, comment sais-tu qu’il trompait  sa
   femme ?

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C'EST LUI QUI LE DIT...

Publié le par Miss Comédie

Toujours Georges PEREC dans "Je me souviens" :
« Je me souviens qu’au Monopoly, l’avenue de Breteuil est verte, l’avenue Heni-Martin est rouge, l’avenue Mozart est orange. » Est-ce que c’est toujours le cas ? Je ne joue plus au Monopoly, mais le jeu existe encore dans les magasins de jouets… Et en ce moment, à quoi vous jouez petits fripons ?
Miss Comédie

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C'EST LUI QUI LE DIT...

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Toujours Georges PEREC dans "Je me souviens" :
« Je me souviens qu’au Monopoly, l’avenue de Breteuil est verte, l’avenue Heni-Martin est rouge, l’avenue Mozart est orange. » Est-ce que c’est toujours le cas ? Je ne joue plus au Monopoly, mais le jeu existe encore dans les magasins de jouets… Et en ce moment, à quoi vous jouez petits fripons ?
Miss Comédie

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COURTS METRAGES POUR L'ETE

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LES FILLES SONT COMME CA
Il m’a effleuré la main.  C’est fou.  Ca me fait un effet, pourquoi ça
me fait cet effet-là ?  
Je me demande s’il l’a fait exprès.  Et pourquoi il aurait effleuré ma main ?
Et pourquoi pas ?
  Il a l’air complètement indifférent.  Est-ce qu’il est conscient que nos mains se sont effleurées ?  On dirait que non. Et pourtant, je sais pas, il aurait pu empêcher ça, il a laissé sa main toucher la mienne.
Ce qui est fou, c’est l’effet que ça me fait.  C’est parce qu’il y a longtemps que j’attend que quelque chose se passe, c’est ça.
Il me plait trop.  Il fait comme s’il ne s’en apercevait pas, ça me rend folle.
Mais il le sait, il sait parfaitement qu’il me plait.  Il fait celui qui ne s’en aperçoit pas.  Pourquoi ?  Parce qu’il s’en fout ?  Parce qu’il veut retarder le moment ?  Parce que moi, je ne lui plais pas ?
Alors pourquoi il a effleuré ma main ?
 C’était pas un geste anodin, involontaire, non. On sent ces choses-là.
Il marche devant, là, il ne voit même pas que j’ai ralenti, moi, parce que j’ai pris un coup au coeur. Il parle fort, trop fort même, je trouve, pour quelqu’un qui est eb dehors du coup…
S’il se retourne, je saurai qu’il a compris  qu’il s’est passé quelque chose, et qu’il veut voir comment je réagis.
Il ne se re tourne pas.
Il est très fort. Il va le faire durer longtemps, ce petit jeu ?
Mais pour lui il n’y a  pas de petit jeu, voilà. Il est innocent, tranquille, je suis juste une copine comme les autres, il ne me voit pas, il…
 - Alors, Julie, tu traînes ou quoi ?
Les autres, ils ont bien vu que j’étais derrière. Et lui… ah tiens, le voilà qui vient vers moi, l’abruti.  Qu’est-ce qu’il veut maintenant ?
-  Ca va, Julie ?  Tu en as marre ?
S’il savait comme j’en ai marre.
-  Non, non, je vous suis.
- Viens.
Il prend ma main et il m’entraîne, il ne lâche pas ma main. Ca y est, nous marchons main dans la main, maintenant.  Et ça veut dire quoi ?
Rien, ça veut rien dire, juste deux copains qui marchent ensemble. Je crois que je me suis fait du cinéma.

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