….. à l’Institut LUMIERE à LYON, pour sa vocation de cinémathèque qui nous invite à redécouvrir des chefs-d’œuvre oubliés ou jamais vus, dans une salle immense aux fauteuils confortables, chacun portant sa plaque de cuivre gravée du nom d’une star. Ce soir j’ai vu LES TONTONS FLINGUEURS, de Georges LAUTNER, avec une brochette d’acteurs uniques : Lino VENTURA, Bernard BLIER, Francis BLANCHE, Jean LEFEBVRE, Paul MERCEY et j’en oublie. Tous, absolument fantastiques dans la démonstration de leur pouvoir comique. Ils ne font rien. Ils ne jouent pas, ne grimacent pas, n’en rajoutent pas, ils ne sourient même pas, à peine, mais leur vue provoque le rire le plus fou qui soit. Il y a une scène où ils dégustent un certain scotch hors d’âge, tous les quatre assis autour d’une table de cuisine, et la première gorgée de chacun est un morceau d’anthologie. Les dialogues d’Audiard sont la pincée de sel dans leur bouche : « c’est du brutal. » Ou bien « Laisse tomber cent sacs pour le toubib ». C’est du noir et blanc haut en couleurs, je vous le dis. On sort de là tout guilleret, le sourire bloqué sur les lèvres, mais au fond un peu tristes qu’ils soient tous morts.
LE FANTÔME DE LA LIBERTE (suite) Il m’a prise par le bras et m’a dit « On va àux costumes » et nous avons suivi un couloir qui menait à une immense salle parcourue par des rangée de cintres chargés de costumes. Il y avait des panneaux (historique - années folles - musicals. Certains costumes portaient une étiquette avec un nom d’acteur et le titre du film. On m’a choisi une veste en tricot marquée « Bulle Ogier » et on m’a dit de garder ma jupe, elle était très bien mais il fallait une veste beige. Incidemment, en allant ensuite au maquillage, j’ai demandé à l’assistant : « Qu’est-ce que je dois jouer ? Il m’a regardée : - Tu ne sais pas ? La maîtresse d’école. Tu es dans la classe et tu lis une dictée à des petites filles. - Ah. Je réfléchis. - Et la dictée ? - Quoi la dictée ? - Et ben, où elle est ? L’assistat s’est arrêté net de marcher. - Oui, bonne question. Je vais voir don Luis. La suite est un grand millésime... vous la lirez demain.
Bonjour ! Huit Oscars pour SLUMDOG MILLIONNAIRE, dont celui du meilleur film ! Comme quoi l'industrie cinématographique a ses mystères, toujours insondables. Un film qui a failli ne pas être distribué ! Sans gros budget, sans vedettes, juste une histoire genre conte de fée dans un décor où la misère fait claquer des dents... Les foules ont toujours adoré les extrêmes, il faut rêver mais en même temps avoir peur, et puis le succès d'un film tient aussi à quelque petit souffle d'air venu d'on ne sait où et qui fait exploser les statistiques... Et bien, ça rassure, ce genre de surprise, on se dit que peut-être tout n'est pas arrangé d'avance, hein ? Mais revenons au théâtre : dans cette scène de ROSE AUTOUR DE MINUIT, le scénariste est mis en position de grande faiblesse face au couple d'amoureux qu'il a surpris dans leurs épanchements...
CHRIS Vous m’avez bien eu. Cette deuxième version est meilleure que la première. Quelle belle histoire ! Je me demande si j’aurais pu l’inventer.
NAT se précipite vers lui et le saisit par le col.
NAT Salaud ! Casse-toi. Sors d’ici ou je te bute. Bon dieu, j’ai envie de te tuer.
ROSE, s’interposant Laisse-le. On va s’expliquer.
NAT, hors de lui Il n’a rien à expliquer. C’est une ordure. Un bouffeur de vie privée, un paparazzi, un débile du cerveau, incapable d’écrire une histoire à lui, un prédateur, un monstre !
CHRIS Je vous ai déjà dit que vous n’avez rien à voir avec notre film. Rien...
NAT, id Essaie un peu de parler de nous dans ton film. Les dommages et intérêts, tu vas savoir ce que c’est ! Et mon poing sur la gueule en supplément ! Ah tu croyais pouvoir te servir de nous, comme ça....
ROSE Arrête, c’est un pauvre pigeon comme nous.
La phrase tombe comme une pierre et les deux hommes se figent, attendant la suite.
ROSE, calmement Mais oui, c’est un scénariste. (voyant qu’ils ne réagissaient pas) Un scé-na-riste ! La profession pigeon par excellence !
CHRIS Bon. Alors là, je ne vous permets pas. Je vous ai agressée, moi ?
ROSE Je ne vous agresse pas, je vous plains. Je suis sincère. A quoi servira votre histoire, si vous arrivez à l’écrire ?
CHRIS A faire le sujet d’un film.
ROSE, éclate de rire Ah oui ? Le sujet du film, c’est le metteur en scène qui le trouve et qui le filme. Accessoirement, il vous appelle pour la syntaxe. Et au final, qui est-ce qui gagne le gros lot ? Le metteur en scène. Qui est-ce qu’on voit dans les journaux, sur les affiches, dans les critiques ? Le réalisateur. (Mutine :) C’est le même. (A Nat) Tu peux me citer un nom de scénariste ?
NAT .... ROSE Vous voyez... Rien. Vous n’êtes rien. Vous êtes un larbin. Nous, encore, nous sommes des êtres de fiction, il nous suffit d’exister, nous n’avons rien à faire d’autre. C’est noble. Vous, vous êtes une ombre laborieuse, rien de plus. (à suivre)
…..aux acteurs qui dansent dans les films ! Vendredi je vous parlais de Patrick CHESNAY et Pierre ARDITI dansant un rock endiablé dans le film « LE CODE A CHANGE » de Danielle THOMPSON. Ca me rappelle d’autres morceaux de bravoure, des scènes dansées par des acteurs en plein délire, comma ça, sur une impulsion subite semble-t-il, mais d’une façon inoubliable. C’est Jean Rochefort dansant sur une musique berbère dans LE MARI DE LA COIFFEUSE, de Patrice LECONTE. Epoustouflant ! C’est Nathalie BAYE se lançant avec la frénésie du désespoir dans une improvisation échevelée, magnifique, dans le film de Noémie LVOVSKY « LES SENTIMENTS ». C’est Fabrice LUCHINI complètement décomplexé par l’amour, nous faisant un numéro à la Fred Astaire de plus de trois minutes inouïes, dans « CONFIDENCES TROP INTIMES » de Patrice LECONTE. Il y a aussi Emmanuelle SEIGNER, (tiens, elle est aussi dans LE CODE A CHANGE, elle est épatante) qui fait une danse des sept voiles dans LUNE DE FIEL de Roman POLANSKI. Je suis sûre qu’il y en a d’autres. Mais ceux-là on est pas près de les oublier.
Dans le film de Bunuel LE FANTÔME DE LA LIBERTE, je l’ai dit, j’étais dans le sketch de La Petite Fille disparue. On ne m’avait pas donné de brochure, je n’avais donc rien à dire. logiquement, mais dans ce film on ne disait rien à personne, aucune indication de jeu, rien. Bunuel surveillait les prises depuis son fauteuil roulant devant un videoscope et c’est l’assistant qui réglait les places. Tout était une question de place. Il y avait des marques à la craie sur le sol pour chaque comédien, départ - fin- stop. Il faut pas croire, tourner avec Bunuel n’avait rien de glorifiant. Même des acteur connus comme Rochefort ou Pascale Audret étaient traités comme des figurants. Il ne savait pas nos noms. Il ne devait connaître aucun nom de comédien à part peut-être celui de Jeanne Moreau qui ne tournait pas dans ce film. Il parlait aux stars, seulement aux stars. Les autres avaient à faire avec l’assistant.
Nous ne savions pas exactement ce qui se passait dans cette scène. Rochefort devait avoir une idée, il avait un script avec ses répliques marquées en rouge. Mais moi j’avais rien, je ne savais pas ce que j’allais jouer - et visiblement, Pascale Audret et Agnès Capri non plus. On attendait l’assistant. A un moment il est apparu et nous a considérés l’un après l’autre. « Vous, monsieur Rochefort, vous tournez avec votre costume, n’est-ce pas ? - C’est ce qu’on m’a dit. Costume sombre. - OK. Vous deux, (Pascale Audret et Agnès Capri) ça va… Mais vous, (moi) vous devez être neutre. Il faut du beige, là. La jupe ça va, mais la veste non. J’avais mis une veste rouge. J’ai eu la trouille qu’il me vire mais non. Je vous raconte demain la suite de l’histoire parce que ça fait long.
Dans l'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON : Benjamin M’aimeras-tu encore quand tu devras changer mes couches ? Daisy Tu sais, nous porterons tous à nouveau des couches !
En attendant ce jour funeste, je vous dis à demain, et ne vous inquiétez pas si je vous parle beaucoup de cinéma en ce moment, je reviendrai bientôt au théâtre, c'est ma vie ! Miss Comédie
Bonjour les amoureux ! C'est aujourd'hui qu'enfin ils vont se déclarer. ROSE et NAT arrêtent leur petit jeu de faux-fuyants et se tombent dans les bras. Vous croyez que c'est une fin heureuse ? Ah s'il n'y avait pas ces faiseurs d'histoires qui veulent à tout prix en faire des héros de cinéma... Leur amour est en danger, vous verrez.
Bon, à part ça, l'anti-cyclone est toujours au-dessus de nous et ça donne des envies de printemps...
ROSE La vie, oui, d’un mari et d’une femme - ou même d’un couple comme ça, vivant ensemble continuellement… (elle a une expression de dégoût) jour et nuit, nuit et jour.... Où est la magie ?
NAT, soudain intéressé La magie ? ...
ROSE va se placer derrière lui et pose ses mains sur ses épaules.
A ce moment, entre CHRIS qui, apercevant les deux personnages, reste en retrait dans un coin d’ombre et assiste à la suite du dialogue sans qu’ils le voient.
ROSE, d’une voix assourdie par l’émotion, soudain transformée, humaine Je partage avec toi ce que j’ai de meilleur.
NAT Avec moi !....Mais tu ne me connais pas. Que suis-je pour toi...
ROSE Tu es celui qui rend tout possible.
NAT De loin ?
ROSE Il faut être loin, pour avoir envie de se rapprocher.
(Ils restent un moment silencieux, immobiles.)
Depuis que le patron de ce bar m’a engagée pour être ta partenaire, je vis pour ces quelques heures que nous passons ici, toi et moi, dans la musique.
I ROSE s’éloigne doucement de lui et se tient droite, les yeux fermés, lui tournant le dos.
ROSE C’est une déclaration. Mais autre chose que la tienne.
NAT se lève, va vers elle et l’oblige à le regarder en face. Ils se contemplent pendant quelques secondes. Puis il l’enlace et la serre contre lui. Il faut qu’on sente que c’est la première fois.
Le couple reste ainsi sans bouger et les répliques suivantes sont dites sans se regarder, par-dessus l’épaule de l’autre.
NAT Moi, mon bonheur serait de tout partager, toi quelques heures te suffisent.
ROSE Autour de minuit, le temps s’arrête. Ce sont les plus belles heures. Je t’épargne le pire, pour te donner le meilleur.
NAT Il faut que je réfléchisse à ma chance. Tu me donnes quelques jours ?
Elle rit et s’écarte de lui.
C’est à ce moment qu’ils découvrent CHRIS, qui est sorti de l’ombre et s’est avancé vers eux. Ils restent figés (A suivre)
..... au duo ARDITI-CHESNAY dans le film de DANIELE THOMPSON "LE CODE A CHANGE". Ca va de l'émotion la plus troublante, comme s'ils étaient en pleine improvisation, soudés par la constatation d'un parcours achevé, d'une vieillesse ennemie, tout en écoutant l'un de leurs tubes de jeunesse, reflet absolu de la nostalgie universelle : LES PLATTERS. Et ça tourne à la scène d'anthologie quand ils se lancent dans un rock effréné à deux toujours sur une musique des années 60, interrompu par l'arrivée de la fille de l'un qui est aussi la fiancée de l'autre... Ils forment dans ce film un duo un peu à part, un peu absent, comme soustrait à l'ambiance survoltée qui règne dans ce diner puisqu'ils ont atteint un âge où l'idéal ne représente plus grand-chose.
Il y a quelque chose dans une pièce de théâtre qui compte autant que le décor, la lumière et le jeu des acteurs : ce sont les saluts. Oui, les saluts ! Tous les metteurs en scène n’en font pas un morceau de bravoure, comme l’a fait Jean-Louis Thamin pour Les Fourberies de Scapin on répétait les saluts comme on répétait les scènes, au millimètre. Ca donnait un final chorégraphié sur une musique sicilienne, ce devait être superbe à voir, nous formions un défilé dansant qui faisait halte devant le public puis repartait en coulisses pour revenir faire encore quelques figures et dans mon souvenir il n’y avait pas de distinction de rôles, chacun à son tour se détachait du groupe et venait saluer seul, très rapidement, avant de reprendre sa place dans la ronde. C’était étudié pour durer le temps des applaudissements, les figures se reproduisaient à l’infini. Ce perfectionnisme m’a marquée. Depuis, chaque fois que j’assiste à une pièce de théâtre, j’attends les saluts avec impatience. Est-ce qu’ils signeront une œuvre parfaite ? c’est souvent non, hélas. Les comédiens arrivent en trombe du fond du plateau, ils se mettent en ligne en se donnant la main, ils respectent la préséance des rôles principaux à qui ils laissent les places du centre, et ils se cassent en deux en cadence, ils repartent en courant vers les coulisses, et ils ressortent dans un ordre différent, en riant et se poussant, c’est un beau désordre.. Les saluts les plus chiadés font revenir les comédiens deux par deux en commençant par les moins importants, pour laisser le triomphe aux deux derniers qui plongent en révérence avec plus ou moins de grâce mais toujours une vraie allégresse, même s’ils ont été médiocrement applaudis. Ouf, la pièce est finie.
Bonjour ! Le soleil est au rendez-vous pour illuminer la scène d'amour entre ROSE la chanteuse et NAT le pianiste, son pianiste... Il trouve enfin le courage de lui dire, d'une façon détournée mais si éloquente, qu'il voudrait bien que la nuit ne s'arrête jamais...
ROSE Lui ne te demandait rien, que je sache ! Leur histoire, ils peuvent l’écrire sans qu’on leur dise un mot ! Qu’est-ce que tu es allé t’impliquer là-dedans ? Et m’impliquer par la même occasion ?
NAT, sans la regarder J’aime l’idée que nous soyons impliqués, toi et moi, dans quelque chose.
ROSE, esquissant un sourire Ah oui ?
NAT Oui.
ROSE Je me demande pourquoi.
NAT, très ému et la gorge serrée Pourquoi... ? (Il respire un grand coup) Je bénis ces mecs. Je les adore. Pourquoi ? Parceque tout d’un coup, j’y vois clair. ils me montrent le chemin.
ROSE, la voix tremblante Quel chemin ?
NAT Ils me donnent les moyens de briser le mur.
ROSE Quel mur ? Parle, parle...
NAT, enflammé Ce mur qui nous sépare, toi et moi. quand le jour arrive et que tu as fini de chanter sur mes notes de musique, et que tu t’en vas. Et que je me mets à attendre, attendre, seul, perdu, attendre le soir qui te ramènera.
ROSE, sans le regarder, dans un souffle Tu es perdu ?
NAT, sur sa lancée, enchaîne Ils écrivent une histoire sur nous... Tu te rends compte ? L’aubaine ? Je leur dis ce que je veux : tu es ma femme... ma femme... (Il se tourne vers elle) Oh, Rose, c’est très difficile. Tu m’as poussé à bout, je n’aurais pas dû te dire...
ROSE l'a écouté sans manifester d’émotion. Elle se lève et face à la scène : ROSE C’est une déclaration ?
NAT, implorant Pourquoi sommes-nous si proches dans ce bar, le soir, et pourquoi devenons-nous deux étrangers lorsque le jour se lève ?
ROSE Tu ne réfléchis à rien. Tu ne connais donc pas la vie ?
Moi qui étais faite pour la comédie, j’ai quand même joué CINNA au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, mis en scène par Pierre Vielhescase. Bon, c’était encore le rôle d’une confidente, les confidentes sont dans les tragédies ce que les soubrettes sont dans les comédies. Je m’appelais Fulvie et j’essayais de faire entendre raison à cette exaltée d’ Emilie qui voulait à tout prix que CINNA tue AUGUSTE. J’avais un texte d’une gravité profonde, presque abyssale, et je me demande encore par quel miracle le public n’a pas explosé de rire à chacune de mes interventions. Par exemple, je devais dire à Emilie, avec une mine de circonstance : « …. Mais encore une fois, souffrez que je vous die « Qu’une si juste ardeur devrait être attiédie ; « Auguste chaque jour, à force de bienfaits, « Semble assez réparer les maux qu’il vous a faits ; « Sa faveur envers vous paraît si déclarée « Que vous êtes chez lui la plus considérée « Et que des courtisans parfois les plus heureux « Vous pressent à genoux de lui parler pour eux." C’est un rôle pour une confidente sexagénaire! !Heureusement le rôle de Fulvie se borne à une scène parlée, le reste du temps elle se contente de suivre Emilie sans mot dire. Si j’avais eu une scène avec Cinna ou Maxime, qui étaient joués respectivement par Gérard Ortega et Alexandre Arcady, deux parfaits déconneurs, ça aurait tourné au fou rire chaque soir. C’est drôle, je ne me souviens pas des autres : qui jouait Emilie ? Mystère. Auguste ? Mystère. Si : Jacqueline Jefford jouait l’impératrice Livie. Avec elle comme avec le duo Ortega-Arcady, j’ai passé des moments fugaces mais assez loufoques, hors théâtre.
Bonjour ! Ste Bernadette, faites quelque chose pour les Antilles ! Je sais, je suis hors sujet mais ça me fend le coeur. Ensuite, j'aime pas Février. Je n'ai pas trouvé de photos pour égayer la page d'aujourd'hui. Mon bloc-notes est toujours bloqué sur mon bouquin. Je constate un manque notoire de commentaires sur mon blog. Et dans la scène 39 de ROSE AUTOUR DE MINUIT, ROSE a pris un look rock star et NAT perd le contrôle. Ca va nous mener où, tout ça ?
Le bar de jour. NAT est seul, assis à une table, l’air abattu. Il est vêtu pour la première fois d’un smoking blanc. Il regarde sa montre comme s’il attendait quelqu’un. Entre ROSE. Elle est méconnaissable, vêtue d’un jean délavé, de baskets aux lacets défaits, d’un petit pull trop court sur lequel elle a jeté un blouson de garçon. Ses cheveux sont défaits. Elle se dirige droit vers la table du pianiste, écarte un fauteuil et s’assied en face de lui.
ROSE Il arrive à quelle heure ?
NAT Qui, le barman ? Oh... vers huit heures.
ROSE Nous avons un peu de temps devant nous.
NAT, très guindé, évitant de la regarder Mais qu’est-ce qui se passe ? Je ne te vois jamais dans les parages à cette heure-ci... Tu t’es engueulée avec ton mec ?
ROSE Non... (réagissant soudain et sur un ton anodin comme entre parenthèses) Qu’est-ce qui te fait croire que j’ai un mec... J’avais des choses à voir avec toi.
NAT, tics nerveux Ca a à voir avec le boulot ?
ROSE Non, pas vraiment. Ca a à voir avec les deux mecs qui traînent dans ce bar, soi-disant pour écrire un scénario de film.
NAT Àh ! Oh, tu sais, moi... Je n’en sais pas plus que toi.
ROSE Avec ce que tu sais et avec ce que moi je sais, on va peut-être en savoir plus.
NAT Quel intérêt ?
ROSE, penchée vers lui et le scrutant Pourquoi tu fais croire à ce type que je suis ta femme ? NAT, secoué de tics .... ROSE Explique.
NAT C’est pour le mener en bateau.
ROSE Arrête ! Qu’est-ce que ça peut lui faire à lui, que je sois ou non ta femme ?
NAT, bredouillant C’est pour... brouiller les pistes...
ROSE Quelles pistes ?
NAT Parce qu’ils n’ont pas besoin de savoir la vérité !
…… du bout des lèvres au film de Maiween qui nous montre le vrai ( ?) visage de quelques actrices un peu connues. Quel intérêt de savoir que ces filles qui peuvent être géniales dès qu’on leur donne un rôle, sont dans la « vraie vie » des chochottes capricieuses, jalouses et aigries dont l’ego est aussi gros que le Ritz (elles en ont plein la bouche de leur ego) ? Les quelques minutes de vérité qui révèlent de vraies natures, ne sauvent pas le film de l’autodérision stérile. Il y a Charlotte Rampling, bien sûr, toujours impeccable mais pas très émouvante, il y a Romane Bohringer, oui d’accord, il y a surtout Muriel Robin qui a la vocation d’une tragédienne n’en déplaise à cet Auguste Jacques Weber (Auguste, c’est l’un des deux clowns, celui qui n’est pas blanc). C’est ordurier comme langage, mais ça c’est la mode. Ces jeunes filles ont l’injure au bord des lèvres entre deux castings. Un docu réservé aux professionnels qui se régalent de ce strip tease entre amis. Moi j’ai pas aimé mais vous pouvez me donner des arguments pour me faire revoir ma copie. _____________________________________________
Moi qui étais faite pour la comédie, j’ai quand même joué CINNA au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, mis en scène par Pierre Vielhescase. Bon, c’était encore le rôle d’une confidente, les confidentes sont dans les tragédies ce que les soubrettes sont dans les comédies. Je m’appelais Fulvie et j’essayais de faire entendre raison à cette exaltée d’ Emilie qui voulait à tout prix que CINNA tue AUGUSTE. J’avais un texte d’une gravité profonde, presque abyssale, et je me demande encore par quel miracle le public n’a pas explosé de rire à chacune de mes interventions. Par exemple, je devais dire à Emilie, avec une mine de circonstance : « …. Mais encore une fois, souffrez que je vous die « Qu’une si juste ardeur devrait être attiédie ; « Auguste chaque jour, à force de bienfaits, « Semble assez réparer les maux qu’il vous a faits ; « Sa faveur envers vous paraît si déclarée « Que vous êtes chez lui la plus considérée « Et que des courtisans parfois les plus heureux « Vous pressent à genoux de lui parler pour eux."
C’est un rôle pour une confidente sexagénaire ! Heureusement le rôle de Fulvie se borne à unescène parlée, le reste du temps elle se contente de suivre Emilie sans mot dire. Si j’avais eu une scène avec Cinna ou Maxime, qui étaient joués respectivement par Gérard Ortega et Alexandre Arcady, deux parfaits déconneurs, ça aurait tourné au fou rire chaque soir. C’est drôle, je ne me souviens pas des autres : qui jouait Emilie ? Mystère. Auguste ? Mystère. Si : Jacqueline Jefford jouait l’impératrice Livie. Avec elle comme avec le duo Ortega-Arcady, j’ai passé des moments fugaces mais assez loufoques, hors théâtre.
Bonjour ! Les évadés ont été arrêtés. Tant mieux, ils auraient pris froid dehors, avec cette température. Toujours la glaciation, c'est bon pour les stations de sport d'hiver qui sont pleines à craquer, c'est pas bon pour les rapports entre CHRIS et NAT qui manquent de plus en plus de chaleur. La musique de Bach ne tempère plus le caractère emporté de ce beau ténébreux de NAT...
NAT ne répond plus et se lance dans le fameux prélude N°1 du Clavier bien Tempéré. A la fin du morceau, il referme le couvercle du piano, se lève et traverse la scène sans un mot au scénariste. Il va lentement vers le bar et fait signe au barman.
NAT Tiens, donne-moi un scotch. Ca va m’aider à chasser les idées noires.
Le barman lui sert un scotch. NAT saisit le verre, boit le scotch d’un trait, puis soudain lance le verre en direction de CHRIS, qui l’évite de justesse. Le verre va se briser au pied du piano. CHRIS se lève affolé.
CHRIS Vous êtes fou ?
NAT, en ricanant J’essayais de chasser une idée noire. Mais ça n’a pas marché. (Changeant de ton, brusquement sérieux) Oui, je suis fou. Vous ne saviez pas ? C’est pour ça que ma femme me fuit. Parce qu’elle me rend encore plus fou. Vous, elle ne vous rend pas fou ? (voyant que le scénariste ne répond pas) Non ? C’est pas comme votre copain.... Lui, on dirait qu’elle le rend vraiment cinglé. J’exagère ? (prenant le barman à témoin) Dis-lui : est-ce que j’exagère ?
CHRIS, au barman Il est alcoolique ?
LE BARMAN, l’ignorant et s’adressant à NAT Tu vas me ramasser ça. (Il lui tend une balayette et une pelle)
NAT, s’exécute D’accord. Et moi, quand je serai en miettes... qui viendra ramasser les morceaux ? Qui ? Qui ?
(Il se met à quatre pattes et tout en balayant les débris de verre, il répète avec la voix qui se brise ) Qui viendra ramasser les morceaux ? Personne... Personne... (le dernier mot est inaudible tandis que le noir se fait.)
….. à Philippe Bouvard qui répond à une question dans le Figaro Magazine : - Quelle mode vous horripile en ce moment ? - Celle qui évoque en claquant des dents le réchauffement de la planète.
Je me souviens d’avoir passé la main dans les cheveux de Jean-Pierre Aumont. C’était pour un téléfilm qui s’appelait JOYEUX CHAGRINS, tiré d ’une comédie de Noël Coward. Il n’a pas apprécié du tout. Il jouait mon vieux mari et le metteur en scène voulait que j’aie l’air amoureuse. Evidemment, ses cheveux étaient clairsemés, et il les avait coiffés soigneusement de part et d’autre d’une raie sur le côté. Il s’est levé du fauteuil où il était assis et m’a regardée, l’air furieux. « Ne me touchez pas ! il a dit à mi-voix, comme s’il voulait que la scène passe inaperçue du reste de l’équipe. Le metteur en scène s’est approché de lui. « C’est juste un jeu de scène… « Oui, et bien trouvez autre chose. Je ne veux pas qu’on touche à mes cheveux. Pourtant, c’était bien les siens, j’aurais compris s’il s’était agi d’une moumoutte, mais là, il y en avait très peu, d’accord, mais… J’ai perçu quelques rires étouffés. « On reprend ! dit le metteur en scène. Le grand, l’immense acteur qu’était Jean-Pierre AUMONT se rassit dans son fauteuil, l’air misérable. Ses pommettes étaient rouges. Je mis ma main sur son épaule. Il tressaillit, mais enchaîna sur son texte. On répéta la scène jusqu’au bout et la première prise fut la bonne. A peine entendit-il le mot « coupez ! » qu’il se leva comme un ressort et fila dans sa loge. Je fus pleine de compassion pour lui, qui subissais son déclin sans résignation, avec la sale révolte qui amplifie le mal.
Bientôt les Césars ! voici encore une très belle de Rochefort : - Quel est votre dernier coup de cafard ? - Mon César d’honneur. Bon, à demain mes jeunes agneaux, portez-vous bien. Miss Comédie. PS Vous êtes un peu paresseux pour les commentaires... Allez, réagissez, quoi !
Bonjour ! C'est lundi. Exit St-Valentin, on va pouvoir s'aimer en silence. Pendant mon absence j'ai vu une très belle pièce de théâtre et je vous en parle brièvement mais il vaudrait mieux que vous y alliez, c'est à la Comédie des Champs-Elysées à Paris. Ma pièce à moi, ROSE AUTOUR DE MINUIT, continue à mêler le vrai au faux - un peu comme dans Pinter - et à nous faire douter de la bonne foi de ses personnages. En scène, CHRIS le scénariste et NAT le pianiste. Ils ne sont pas vraiment copains.
(Entre le scénariste et le pianiste, ça devient inquiétant.)
CHRIS Àrrêtez de me parler de vous et de votre femme.
NAT Ca ne vous intéresse plus ?
CHRIS Ca ne m’a intéressé que par politesse. Je vous ai écouté par politesse. Mais aujourd’hui, j’ai besoin de travailler. Je n’ai pas envie de parler.
NAT OK, OK... (il murmure comme pour lui-même) Par politesse... Il est en train de me rouler dans la farine, le mec... Qu’est-ce que je lui ai fait ? Pourquoi il me raconte un bobard ?
CHRIS, qui a entendu Ca n’est pas un bobard, excusez-moi, mais votre vie ne m’intéresse pas. Pourquoi m’intéresserait-elle ?
NAT Parce que vous allez en faire un film.
CHRIS, agacé Non, non, et non ! Arrêtez de vous faire des idées ! Arrêtez de croire ce que vous a dit ce tordu de barman !.... Nous écrivons une histoire de pianiste et de chanteuse, mais ça n’est pas VOTRE histoire !... Compris ?
NAT, agité de tics Du calme. Ne vous énervez pas. Il pourrait y avoir des similitudes.
CHRIS S’il y en a, ce sera PURE COINCIDENCE. C’est une mention légale. Vous connaissez ? “Toute ressemblance avec... etc etc... serait pure coïncidence”. Voilà.
NAT C’est pour ne pas avoir à nous payer ?
CHRIS, figé Non mais, alors là, j’aurai tout entendu !
NAT Oui, comme ça, on prend des idées, on écrit un film, et puis on engage un autre pianiste, et une autre chanteuse, soi-disant que ce ne sont pas le même pianiste, ni la même chanteuse, n’empêche que nous, on se reconnaît, et au final... (il fait un signe des doigts) le pacson pour l’équipe, et nous autres le vrai pianiste et la vraie chanteuse… du vent ! (menaçant) Hein ?
……à MICHEL FAGADAU et à sa vision de l’ANNIVERSAIRE de Pinter. Les Français ont du mal avec Pinter. Ils ne savent pas très bien dans quelle catégorie le classer. Ils croient que c’est un auteur comique. Dès les premières répliques, j’entendais les rires fuser alors que c’était pas drôle du tout, comme pour montrer qu’ils avaient compris, eux, que c’était comique. Par la suite ils se sont calmés et ont admis qu’il devait y avoir dans ce texte quelque chose de menaçant. « Le théâtre de la menace », disait Pinter lui-même. J’ai tout de suite adhéré au choix des acteurs. Je ne vais pas en rajouter une louche sur Lorant Deutsch, qui est magnifique comme toujours, pour ne pas minimiser le talent des autres, Nicolas Vaude en particulier, ils sont parfaits. Mais quand même, Lorant Deutsch, dans le rôle de Stanley ! Qui es-tu, Stanley ? Je te croyais un sale gosse vainement rebelle, un peu perdu dans tes souvenirs mais… caches-tu quelques ombres louches dans ton passé ? Ou bien es-tu seulement une victime ? Un pantin dans les mains de deux malfrats ? Rien n’est sûr, rien n’est dit, rien n’est clair et l’on s’enfonce dans la méprise de cette soirée d’anniversaire dingue. Bravo pour cette mise en scène si alerte, à ces miroirs qui créent la confusion et accentuent le trouble, à ces petites notes de musique ironiques et grinçantes qui font monter la tension. La pièce nous montre des apparences qui sont peut-être la réalité, avec des mots simples et drôles parfois, des mots qui ne veulent rien dire. L’important c’est le ton. Ce ton dénué de toute fioriture caractérielle, et qui flirte avec l’absurde. C’est le ton Pinter. C’est une musique un peu sophrologique pour le spectateur et qui l’entraîne vers le mystère. Voilà. (La photo qui montre Michel Fagadau donnant des indications à Lorant Deutsch est de Pascal Victor).
Dans Le Fantôme de la Liberté de Bunuel, Jean Rochefort et moi faisions partie de la même histoire, celle de La petite fille disparue, avec Pascale Audret et Agnès Capri. Comme toujours, une fois maquillés, habillés, prêts à tourner, on attendait. Nous étions tous les quatre, là, assis dans une loge étroite, et personne ne venait. Moi, je ne savais même pas ce que jallais devoir faire. Je n’avais pas de brochure. Rochefort et Pascale Audret, si. Agnès Capri avait sorti son tricot et tricotait sans rien dire, un sourire énigmatique aux lèvres. Ca durait, ça durait. Rochefort commençait à s’agiter. Il ouvrait la porte de la loge, regardait à l’extérieur, revenait « personne, personne », murmurait-il. A un moment il a éclaté « C’est insupportable à la fin ! Moi je vais quitter cet endroit, je vais partir ! Non ? (il nous regarda l’une après l’autre, cherchant un encouragement, mais nous ne disions mot, un peu inquiètes) On nous traite comme du bétail, ici ! Moi je suis mieux à la ferme, avec mes chevaux, je n’ai pas besoin de me faire traiter par-dessus la jambe par des … tout ça pour deux lignes de texte ! » Je traduis approximativement son monologue, ce ne sont pas exactement ses mots, c’est loin tout ça mais enfin, il était de plus en plus remonté et c’est à ce moment-là que l’assistant est arrivé pour nous appeler sur le plateau. Tout-à-coup, Rochefort s’est calmé. Il a fait un sourire charmeur à l’assistant qui l’avait appelé « monsieur Rochefort » et nous a précédées impérial, comme attiré par la lumière et par la caméra.
- Qu’est-ce qui vous séduit chez Pinter ? - L’évidence. Prenons par exemple, « La Collection ». Il est écrit : « Harry descend l’escalier, trébuche sur la tringle de l’escalier et dit : « J’ai trébuché sur la tringle de l’escalier. Merveilleux ! (Jean Rochefort)
Ce théâtre lui va comme un gant. Mais il faudrait qu'il s'arrête de vieillir, Jean Rochefort. Et demain sera un autre jour pour nous tous. A demain... Miss Comédie
Bonjour ! Le rideau se lève sur la dernière représentation de la semaine... et oui ! Je vais retrouver ST-VALENTIN à Paris et ROSE AUTOUR DE MINUIT fait relâche jusqu'à lundi 16 où vous aurez encore des surprises. Notez bien le rendez-vous ! Aujourd'hui amusez-vous des prises de bec entre CHRIS le scénariste et NAT le pianiste. Bientôt les choses vont bouger et l'ambiance va devenir survoltée....
Scène VIII de la version originale. Résumé des épisodes précédents : Dans ce bar tranquille où ils ont choisi de se retrouver une fois par semaine pour travailler à leur prochain scénario, YANN et CHRIS découvrent que l’intrigue de leur film est peut-être là, sur l’estrade des musiciens. Tout en essayant de percer le secret de la chanteuse et du pianiste, ils s’éloignent peu à peu l’un de l’autre, entraînés chacun par leurs propres rêves.
Le bar de jour. Le scénariste est seul à une table, il écrit. Des feuillets s’amoncellent autour de lui. De temps en temps, il tire une bouffée de cigarette. Le barman lit le journal derrière le bar. Entre NAT. Il est vêtu de son costume noir sur une chemise blanche au col ouvert. Il s’arrête un moment au bar, serre la main du barman, ils échangent quelques mots à voix basse. Ils regardent le scénariste plongé dans ses écritures. NAT s’avance vers lui.
NAT Vous avez l’habitude de travailler dans les bars ?
CHRIS, continuant à travailler, pour montrer qu’il n’est pas disposé à parler J’aime bien celui-ci.
NAT Vous voulez que je vous joue du Bach ?
CHRIS, même jeu Non, merci, ça va.
NAT Bien, je vais me jouer du Bach.
Il se dirige vers le piano, soulève le couvercle et commence à faire des gammes. Le scénariste s’arrête d’écrire, l’air contrarié. Dans le dialogue qui suit, les répliques seront dites entre deux phrases musicales, des improvisations du pianiste.
NAT, léger tic Vous écrivez ce que je vous ai dit ?
CHRIS Non.
NAT Ma femme m’a dit que votre ami l’avait branchée.
CHRIS Il ne l’a pas branchée.
NAT Ah bon ? Elle m’aurait menti... Oh... elle en est capable...
ax jeunes écervelés de TARTUFFE qui se chamaillent à coeur joie avant de se réconcilier sous la bénédiction de Dorine. La scène est un miracle de modernité et Molière le plus intemporel des psychologues. C’est une scène très longue, haletante, faite de rebuffades et de ripostes que je ne puis transcrire ici. Mais les dernières répliques sont, à n’en pas douter, des mots d’amour :
« MARIANNE Je ne vous réponds pas des volontés d’un père, Mais je ne serai point à d’autres qu’à Valère. VALERE Que vous me comblez d’aise ! Et quoi que puisse oser… DORINE, la suivante Ah ! jamais les amants ne sont las de jaser… »
Je me souviens, toujours dans ARLEQUIN VALET DE DEUX MAITRES, d’Anne ALVARO jouant Béatrice en costume d’homme, pourpoint et culotte de velours noir et chemise à jabot. Elle était impériale. Elle se battait à l’épée comme un gentilhomme et sa grâce faisait oublier les imperfections d’un visage habité par la fougue de son rôle. Jean-Louis THAMIN lui avait fait donné comme maître d’armes un homme de théâtre qui lui était proche : Denis LLORCA. Il venait de monter TETE D’OR à l’Odéon. C’était l’un de nos plus beaux metteurs en scène. Nous assistions tous aux répétitions des combats. Les voir s’affronter du regard et de l’épée, seuls sur un plateau désert, nous remplissait d’envie et de trouble. Leur fougue n’était pas que théâtrale. Qu’est devenu Denis LLORCA ? Sa dernière production remonte, je crois, à 1999, c’était LES MISERABLES avec Odja LLORCA. Depuis, le silence. Anne ALVARO, même si elle se fait rare, a toujours sa place au premier rang de nos grandes actrices françaises. On vient de la voir à l’ODEON THEATRE DE L’EUROPE dans GERTRUD (Le Cri) d’HOWARD BARKER.
Voilà, je ne vous dis pas à demain puisque des engagements m’appellent à la capitale jusqu’à samedi…. Je vous retrouve donc lundi 16, toujours avec le même plaisir, pour parler théâtre ! Miss Comédie
Bonjour tout le monde ! Aujourd'hui je vais commencer cette semaine dédiée à St-VALENTIN en vous parlant de MON histoire d'amour à moi, celle que j'ai écrite dans le roman qui vient de sortir, "SA LENTE TRAVERSEE DU MOIS D'AOUT". Pour en savoir plus, lisez mon bloc-notes ! Mais YANN et CHRIS sont au rendez-vous dans le bar, et leur dialogue est assez loin des mots d'amour...
YANN, rêveur Ce que j’ai envie de filmer ? C’est l’illusion, le mensonge des apparences. Je voudrais filmer une histoire et son contraire en même temps, je voudrais montrer un couple qui s’aime et que les spectateurs comprennent qu’ils ne s’aiment pas... tu vois, ce que je veux dire?
CHRIS S’ils font semblant de s’aimaient, c’est qu’ils se mentent. S’ils se mentent, ils ont une raison. Sinon...
YANN Et pourquoi faudrait-il tout expliquer ? Tu es trop cartésien. (le regardant avec méfiance) Je me demande si tu es bien le scénariste qu’il me faut pour cette histoire.
CHRIS, blessé J’arrête demain, si tu veux.
YANN En quoi est-ce que tu m’aides ?
Ils se regardent, face à face.
CHRIS Qu’est-ce que tu veux ? Que je mette en forme tes pensées, ou que je pense pour toi ?
YANN On est deux, Chris. Ne raisonne pas comme si j’étais la tête et toi l’outil. Non, tu le sais bien : on est deux à inventer une histoire. C’est TON histoire, autant que la mienne.
CHRIS, découragé Au départ, c’est notre histoire. A l’arrivée, ce sera ton histoire.
Silence. YANN regarde CHRIS avec tristesse.
YANN Et entre les deux ? CHRIS Entre les deux...
YANN Je suis seul.
(Il se lève, fait quelques pas puis retourne se placer face à CHRIS)
Est-ce que tu connais le poids d’un film ? C’est lourd, Chris. Très lourd.
(Il se dirige lentement vers la porte. Avant de l’atteindre, il se retourne et lance une dernière phrase.) Si le film est un succès, je le partage avec beaucoup de gens. Mais si c’est un bide..... qui montre-t-on du doigt ? .... Je te le demande, Chris : qui montre-t-on du doigt ?
… au génie de RACINE qui nous plonge dans des abîmes de sensualité déraisonnable… Phèdre aime Hyppolite, et sa façon de le lui dire nous donne le vertige. La plus belle Phèdre au théâtre ? Maria Casarès, face à Michel Piccoli, mise en scène par Jean Vilar en 1957.
« Ah ! cruel ! Tu m’as trop entendue ! Je t’en ai dit assez pour te tirer d’erreur. Et bien, connais donc Phèdre et toute sa fureur : J’aime. Ne pense pas qu’au moment que je t’aime, Innocente à mes yeux je m’approuve moi-même, Ni que du fol amour qui trouble ma raison Ma lâche complaisance ait nourri le poison. Objet infortuné des vengeances célestes, Je m’abhorre encor plus que tu ne me détestes… » ( Jean RACINE - PHEDRE acte ii scène 5)
Je ne me souviens pas comment m’est venue l’idée de ce roman. J’ai dû m’asseoir un jour, devant mon Mac, l’esprit vide, et j’ai tapé une phrase. Souvent, tout vient d’une phrase. Les personnages sont venus tout seuls, avec leur prénom et leur envie de vivre cette histoire. Je ne me souviens pas comment ce tableau s’est introduit dans l’histoire. Et s’il n’était pas, au fond, le point de départ. Oui, ce tableau existe. Il était dans le salon de ma grand-mère jusqu’à ce que ma mère le vende avec d’autres objets pour se faire un peu d’argent. Un jour je l’ai revu, accroché chez un brocanteur de l’Isle-sur-Sorgues. J’ai eu un coup au coeur, j’ai demandé le prix. Il était bien trop cher pour moi, je l’ai laissé. Et maintenant, il est quelque part, où ? L’histoire d’amour, elle, je ne me souviens pas comment elle m’est venue. Qunad je la relis je me sens triste comme si je l’avais vécue. Alors à demain, tous les amoureux !
Bonjour ! St-VALENTIN moins 8, c'est le sujet du jour dans les medias (il faut sauver l'amour de la récession) (au fait, Sarkozy en a-t-il parlé hier soir ?) M
Moi je continue à vous restituer quelques-unes des plus belles déclarations, le choix est difficile. Dans ma pièce, vous lirez plus tard la déclaration de ROSE à NAT.... mais zut je brûle les étapes, vous ne devez rien savoir encore. Pour le moment, le réalisateur YANN et le scénariste CHRIS, censés écrire la même histoire, sont en train de doucement diverger...
YANN Quoi que tu en penses, cette dualité flagrante qu’il y a en elle la rend encore plus fascinante. Cela la rend capable de tout. Parce qu’il y a une constante : son regard. Ce regard... Et, tu vois... (il rassemble ses souvenirs) tout ce qu’elle m’a dit me semble maintenant suspect, inventé... Et même, quand elle m’a demandé de l’engager pour le rôle, ce petit chantage, là, je le vois maintenant, c’était un jeu.
CHRIS C’est comme lui. Cette histoire de boulot de traducteur, c’est du pipeau. J’en suis sûr.
Ils restent silencieux un moment. Le barman les regarde de derrière son bar, l’air indifférent.
YANN, rêveur C’est la nuit et le jour...
CHRIS Elle ? YANN Oui. Comment pourrait-on supposer, en la voyant sur scène, qu’elle soit aussi... aussi...
CHRIS Vulgaire ?
YANN Vulgaire... oui... et racoleuse.
CHRIS Tu le disais toi-même : la nuit transforme les gens.
Ils méditent sur cette évidence. Au bout d’un moment, YANN se lève et frappe du poing sur la table.
YANN Oui, et bien ! Continuons, bordel, écrivons NOTRE histoire !
CHRIS Oui, c’est ce que je dis. Ecrivons notre histoire. (Un temps) Alors, c’est quoi, ton histoire à toi ? Tu as pensé à quoi ?
YANN, soudain maussade Ecoute, c’est toi qui est censé écrire.
CHRIS Excuse-moi. Mais le vrai sujet du film, qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que tu as envie de filmer ?
… à ce coquin de DON JUAN qui se lance dans une déclaration qui a tous les accents de l’amour : « Don Juan à Charlotte …le ciel m’a conduit ici tout exprès pour empêcher ce mariage et rendre justice à vos charmes.. car enfin, belle Charlotte, je vous aime de tout mon coeur et il ne tiendra qu’à vous que je vous arrache de ce misérable lieu et que je vous mette dans l’état où vous méritez d’être. Cet amour est bien prompt, sans doute, mais quoi, c’est un effet, Charlotte, de votre grande beauté ; et l’on vous aime autant en un quart d’heure qu’on feroit une autre en six mois. » (Molière - Don Juan)
Mais après tout, pourquoi ne serait-il pas sincère ? Le nombre des amours n’altère en rien l’intensité de la flamme, à chaque fois renouvelée.
Je me souviens d’avoir joué la soubrette SMERALDINE dans ARLEQUIN VALET DE DEUX MAÎTRES, monté par Jean-Louis THAMIN. Comme la DORINE de TARTUFFE, celle-ci a un rôle important. C’est un dragon mais aussi une défenseuse des faibles, en l’occurrence des femmes. Elle a une tirade, peuchère, ultra féministe. Cette tirade elle m’a donné du mal. Parce qu’en plus d’être enflammée par son indignation contre les hommes, ça c’est facile, elle doit rester comique et provoquer une explosion de rires à la dernière phrase. Et ben, impossible de les faire rire. A croire que je les avais bouleversés avec ma diatribe mais la dernière phrase tombait dans le vide. Voyez plutôt ce qu’elle dit : « Vous parlez comme si vous étiez semblables à nous ! Oui et je dirai comme le proverbe : c’est nous autres qui gaulons les noix et vous autres qui les mangez. Les femmes ont la réputation d’être infidèles mais les infidélités ce sont les hommes qui les commettent tant qu’ils peuvent. On parle toujours des femmes, mais des hommes on ne dit rien. Nous autres, on nous critique, mais vous autres on vous passe tout. Vous savez pourquoi ? Parce que les lois, ce sont les hommes qui les ont faites. (…) Si c’était moi qui commandais, j’ordonnerais que tous les hommes infidèles se promènent une branche d’arbre à la main et je suis sûre que, du coup, toutes les villes se transformeraient en forêt ! »
Voilà. C’est drôle comme final, non ? Et ben figurez-vous que pour provoquer le rire, il s’agit seulement d’une inflexion de voix. ANNE ALVARO, qui jouait BEATRICE m’a donné le tuyau alors que je me lamentais : « tu finis en bas. Essaie de finir en haut», elle me dit. J’ai vaguement compris ce qu’elle voulait dire et le lendemain j’ai fini ma phrase, contrairement à toute logique, en montant d’une note, comme si d’autres mots allaient suivre. Ca a marché. C’est tout.
Bonjour ! Par Jupiter (le jeudi est le jour de Jupiter) ! La journée s'annonce stotmy weather. VALENTIN a encore 9 jours pour ramener le beau temps et pendant ce temps les amoureux se débitent de belles déclarations. Pour YANN et CHRIS, le scénario piétine devant l'énigme que leur posent leurs deux personnages, ROSE la chanteuse et NAT le pianiste.
Résumé des épisodes précédents : Dans ce bar tranquille où ils ont choisi de se retrouver une fois par semaine pour travailler à leur prochain scénario, YANN et CHRIS découvrent que l’intrigue de leur film est peut-être là, sur l’estrade des musiciens. Tout en essayant de percer le secret de la chanteuse et du pianiste, ils s’éloignent peu à peu l’un de l’autre, entraînés chacun par leurs propres rêves.
Le bar de jour. YANN et CHRIS sont assis à une table couverte de papiers, d’un cendrier et de deux verres. Le barman est en train de débarrasser les autres tables.
YANN Je n’y comprends rien.
CHRIS Moi non plus.
YANN Ce qui est sûr, c’est qu’il y mettent de la mauvaise volonté.
CHRIS Mais qu’est-ce qui peut leur déplaire, là-dedans ?
YANN Soit ils ont le sens des affaires, soit ils ont quelque chose à cacher.
CHRIS Nous nous sommes fait cafter par le barman.
YANN Mais oui, c’est ça la connerie. C’est fini, plus un mot de notre affaire devant lui.
CHRIS Non, mais le mal est fait. Maintenant qu’ils savent, ils se méfient.
YANN Mais enfin, on ne leur veut pas de mal ! C’est insensé, cette histoire ! Il y en a qui ne demanderaient pas mieux que d’être le sujet d’un film ! (cherchant l’approbation) Non ?
CHRIS Oui, bien sûr. Mais eux... Vraiment, ils sont bizarres.
YANN Très bizarres. Surtout qu’on ne raconte pas LEUR vie mais une histoire fictive que NOUS inventons au fur et à mesure...
CHRIS Exactement. Et ils n’ont pas pensé à une chose : pour l’instant, ils marchent côte à côte avec leurs doubles... Mais ils vont se faire dépasser ! il y aura un moment où nos personnages marcheront dans le futur ! Rose et Nat sont condamnés à vivre au présent.
YANN Tu as raison. Ils ne connaissent pas la fin ! Heureusement, d’ailleurs. La fin sera tragique. (à suivre)
… à la déclaration de CHIMENE, qui emploie pudiquement des mots détournés, mais RODRIGUE ne s’y trompe pas, et leur détresse est commune. Comment, elle ne le hait point ? Lui, l’assassin de son père, elle ne le hait point ? Peut-on être plus clair : si elle ne le hait point c’est qu’elle l’aime, évidemment.
CHIMENE Va, je ne te hais point. DON RODRIGUE Tu le dois ! CHIMENE Je ne puis… ‘(CORNEILLE - Le Cid)
LES GUICHETS DU LOUVRE (suite) Ma scène se passait dans le métro à la station St François d’Assise. Je jouais une juive sortant de la rame et voyant une des sorties du quai bloquée par une patrouille de la Gestapo occupée à des contrôles d’identité. Affolée, je devais me mettre à courir comme une dératée vers l’autre sortie où, hélas, m’attendaient un autre groupe de la police allemande. Mitrani m’avait dit « Ils vont t’arrêter. Il faut que tu sauves ta peau. Tu te mets à courir le plus vite que tu peux, courir, courir ! Tu vois ? » Il était menaçant. Bien sûr, je voyais. Je tremblais de peur. Au signal je me suis mise à courir, courir, vite, très vite, le plus vite que je pouvais. « Coupez ! » Mitrani était sur moi. « Mais tu n’as pas compris ? Ils vont t’arrêter ! C’est comme ça que tu cours, quand tu risques ta vie ? » J’ai recommencé. Plusieurs fois. De plus en plus vite. Mais ce n’était jamais assez vite. Hors d’haleine, j’essuyais la colère de Mitrani, le doux, l’affable. Il avait pris le masque d’Ivan le Terrible et me hurlait dessus. Terrorisée, j’ai mis le turbo et à la septième prise c’était bon pour lui. Je m’écroulai sur les dalles et la Gestapo vint me secourir pendant qu’on changeait de décor. J’ai vu les rushes et c’est vrai, je donnais bien l’impression de vouloir sauver ma peau. Ils ont toujours raison d’être durs, les réalisateurs.
Bonjour ! Ah, les images de Londres enseveli sous la neige... On se retrouve soudain dans un roman de Walter Scott, on regarde cette ville fantômatique brusquement coupée du monde comme l'illustration même du splendide isolement de l'île tout entière... Chez nous, on attend ST VALENTIN et on prépare la relance ... de tous les gadgets en forme de coeur. Le chômage chez les amoureux, ça n'existe pas.