Bonjour ! Le rideau se lève sur la dernière représentation de la semaine... et oui ! Je vais retrouver ST-VALENTIN à Paris et ROSE AUTOUR DE MINUIT fait relâche jusqu'à lundi 16 où vous aurez encore des surprises. Notez bien le rendez-vous ! Aujourd'hui amusez-vous des prises de bec entre CHRIS le scénariste et NAT le pianiste. Bientôt les choses vont bouger et l'ambiance va devenir survoltée....
Scène VIII de la version originale. Résumé des épisodes précédents : Dans ce bar tranquille où ils ont choisi de se retrouver une fois par semaine pour travailler à leur prochain scénario, YANN et CHRIS découvrent que l’intrigue de leur film est peut-être là, sur l’estrade des musiciens. Tout en essayant de percer le secret de la chanteuse et du pianiste, ils s’éloignent peu à peu l’un de l’autre, entraînés chacun par leurs propres rêves.
Le bar de jour. Le scénariste est seul à une table, il écrit. Des feuillets s’amoncellent autour de lui. De temps en temps, il tire une bouffée de cigarette. Le barman lit le journal derrière le bar. Entre NAT. Il est vêtu de son costume noir sur une chemise blanche au col ouvert. Il s’arrête un moment au bar, serre la main du barman, ils échangent quelques mots à voix basse. Ils regardent le scénariste plongé dans ses écritures. NAT s’avance vers lui.
NAT Vous avez l’habitude de travailler dans les bars ?
CHRIS, continuant à travailler, pour montrer qu’il n’est pas disposé à parler J’aime bien celui-ci.
NAT Vous voulez que je vous joue du Bach ?
CHRIS, même jeu Non, merci, ça va.
NAT Bien, je vais me jouer du Bach.
Il se dirige vers le piano, soulève le couvercle et commence à faire des gammes. Le scénariste s’arrête d’écrire, l’air contrarié. Dans le dialogue qui suit, les répliques seront dites entre deux phrases musicales, des improvisations du pianiste.
NAT, léger tic Vous écrivez ce que je vous ai dit ?
CHRIS Non.
NAT Ma femme m’a dit que votre ami l’avait branchée.
CHRIS Il ne l’a pas branchée.
NAT Ah bon ? Elle m’aurait menti... Oh... elle en est capable...
ax jeunes écervelés de TARTUFFE qui se chamaillent à coeur joie avant de se réconcilier sous la bénédiction de Dorine. La scène est un miracle de modernité et Molière le plus intemporel des psychologues. C’est une scène très longue, haletante, faite de rebuffades et de ripostes que je ne puis transcrire ici. Mais les dernières répliques sont, à n’en pas douter, des mots d’amour :
« MARIANNE Je ne vous réponds pas des volontés d’un père, Mais je ne serai point à d’autres qu’à Valère. VALERE Que vous me comblez d’aise ! Et quoi que puisse oser… DORINE, la suivante Ah ! jamais les amants ne sont las de jaser… »
Je me souviens, toujours dans ARLEQUIN VALET DE DEUX MAITRES, d’Anne ALVARO jouant Béatrice en costume d’homme, pourpoint et culotte de velours noir et chemise à jabot. Elle était impériale. Elle se battait à l’épée comme un gentilhomme et sa grâce faisait oublier les imperfections d’un visage habité par la fougue de son rôle. Jean-Louis THAMIN lui avait fait donné comme maître d’armes un homme de théâtre qui lui était proche : Denis LLORCA. Il venait de monter TETE D’OR à l’Odéon. C’était l’un de nos plus beaux metteurs en scène. Nous assistions tous aux répétitions des combats. Les voir s’affronter du regard et de l’épée, seuls sur un plateau désert, nous remplissait d’envie et de trouble. Leur fougue n’était pas que théâtrale. Qu’est devenu Denis LLORCA ? Sa dernière production remonte, je crois, à 1999, c’était LES MISERABLES avec Odja LLORCA. Depuis, le silence. Anne ALVARO, même si elle se fait rare, a toujours sa place au premier rang de nos grandes actrices françaises. On vient de la voir à l’ODEON THEATRE DE L’EUROPE dans GERTRUD (Le Cri) d’HOWARD BARKER.
Voilà, je ne vous dis pas à demain puisque des engagements m’appellent à la capitale jusqu’à samedi…. Je vous retrouve donc lundi 16, toujours avec le même plaisir, pour parler théâtre ! Miss Comédie
Bonjour tout le monde ! Aujourd'hui je vais commencer cette semaine dédiée à St-VALENTIN en vous parlant de MON histoire d'amour à moi, celle que j'ai écrite dans le roman qui vient de sortir, "SA LENTE TRAVERSEE DU MOIS D'AOUT". Pour en savoir plus, lisez mon bloc-notes ! Mais YANN et CHRIS sont au rendez-vous dans le bar, et leur dialogue est assez loin des mots d'amour...
YANN, rêveur Ce que j’ai envie de filmer ? C’est l’illusion, le mensonge des apparences. Je voudrais filmer une histoire et son contraire en même temps, je voudrais montrer un couple qui s’aime et que les spectateurs comprennent qu’ils ne s’aiment pas... tu vois, ce que je veux dire?
CHRIS S’ils font semblant de s’aimaient, c’est qu’ils se mentent. S’ils se mentent, ils ont une raison. Sinon...
YANN Et pourquoi faudrait-il tout expliquer ? Tu es trop cartésien. (le regardant avec méfiance) Je me demande si tu es bien le scénariste qu’il me faut pour cette histoire.
CHRIS, blessé J’arrête demain, si tu veux.
YANN En quoi est-ce que tu m’aides ?
Ils se regardent, face à face.
CHRIS Qu’est-ce que tu veux ? Que je mette en forme tes pensées, ou que je pense pour toi ?
YANN On est deux, Chris. Ne raisonne pas comme si j’étais la tête et toi l’outil. Non, tu le sais bien : on est deux à inventer une histoire. C’est TON histoire, autant que la mienne.
CHRIS, découragé Au départ, c’est notre histoire. A l’arrivée, ce sera ton histoire.
Silence. YANN regarde CHRIS avec tristesse.
YANN Et entre les deux ? CHRIS Entre les deux...
YANN Je suis seul.
(Il se lève, fait quelques pas puis retourne se placer face à CHRIS)
Est-ce que tu connais le poids d’un film ? C’est lourd, Chris. Très lourd.
(Il se dirige lentement vers la porte. Avant de l’atteindre, il se retourne et lance une dernière phrase.) Si le film est un succès, je le partage avec beaucoup de gens. Mais si c’est un bide..... qui montre-t-on du doigt ? .... Je te le demande, Chris : qui montre-t-on du doigt ?
… au génie de RACINE qui nous plonge dans des abîmes de sensualité déraisonnable… Phèdre aime Hyppolite, et sa façon de le lui dire nous donne le vertige. La plus belle Phèdre au théâtre ? Maria Casarès, face à Michel Piccoli, mise en scène par Jean Vilar en 1957.
« Ah ! cruel ! Tu m’as trop entendue ! Je t’en ai dit assez pour te tirer d’erreur. Et bien, connais donc Phèdre et toute sa fureur : J’aime. Ne pense pas qu’au moment que je t’aime, Innocente à mes yeux je m’approuve moi-même, Ni que du fol amour qui trouble ma raison Ma lâche complaisance ait nourri le poison. Objet infortuné des vengeances célestes, Je m’abhorre encor plus que tu ne me détestes… » ( Jean RACINE - PHEDRE acte ii scène 5)
Je ne me souviens pas comment m’est venue l’idée de ce roman. J’ai dû m’asseoir un jour, devant mon Mac, l’esprit vide, et j’ai tapé une phrase. Souvent, tout vient d’une phrase. Les personnages sont venus tout seuls, avec leur prénom et leur envie de vivre cette histoire. Je ne me souviens pas comment ce tableau s’est introduit dans l’histoire. Et s’il n’était pas, au fond, le point de départ. Oui, ce tableau existe. Il était dans le salon de ma grand-mère jusqu’à ce que ma mère le vende avec d’autres objets pour se faire un peu d’argent. Un jour je l’ai revu, accroché chez un brocanteur de l’Isle-sur-Sorgues. J’ai eu un coup au coeur, j’ai demandé le prix. Il était bien trop cher pour moi, je l’ai laissé. Et maintenant, il est quelque part, où ? L’histoire d’amour, elle, je ne me souviens pas comment elle m’est venue. Qunad je la relis je me sens triste comme si je l’avais vécue. Alors à demain, tous les amoureux !
Bonjour ! St-VALENTIN moins 8, c'est le sujet du jour dans les medias (il faut sauver l'amour de la récession) (au fait, Sarkozy en a-t-il parlé hier soir ?) M
Moi je continue à vous restituer quelques-unes des plus belles déclarations, le choix est difficile. Dans ma pièce, vous lirez plus tard la déclaration de ROSE à NAT.... mais zut je brûle les étapes, vous ne devez rien savoir encore. Pour le moment, le réalisateur YANN et le scénariste CHRIS, censés écrire la même histoire, sont en train de doucement diverger...
YANN Quoi que tu en penses, cette dualité flagrante qu’il y a en elle la rend encore plus fascinante. Cela la rend capable de tout. Parce qu’il y a une constante : son regard. Ce regard... Et, tu vois... (il rassemble ses souvenirs) tout ce qu’elle m’a dit me semble maintenant suspect, inventé... Et même, quand elle m’a demandé de l’engager pour le rôle, ce petit chantage, là, je le vois maintenant, c’était un jeu.
CHRIS C’est comme lui. Cette histoire de boulot de traducteur, c’est du pipeau. J’en suis sûr.
Ils restent silencieux un moment. Le barman les regarde de derrière son bar, l’air indifférent.
YANN, rêveur C’est la nuit et le jour...
CHRIS Elle ? YANN Oui. Comment pourrait-on supposer, en la voyant sur scène, qu’elle soit aussi... aussi...
CHRIS Vulgaire ?
YANN Vulgaire... oui... et racoleuse.
CHRIS Tu le disais toi-même : la nuit transforme les gens.
Ils méditent sur cette évidence. Au bout d’un moment, YANN se lève et frappe du poing sur la table.
YANN Oui, et bien ! Continuons, bordel, écrivons NOTRE histoire !
CHRIS Oui, c’est ce que je dis. Ecrivons notre histoire. (Un temps) Alors, c’est quoi, ton histoire à toi ? Tu as pensé à quoi ?
YANN, soudain maussade Ecoute, c’est toi qui est censé écrire.
CHRIS Excuse-moi. Mais le vrai sujet du film, qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que tu as envie de filmer ?
… à ce coquin de DON JUAN qui se lance dans une déclaration qui a tous les accents de l’amour : « Don Juan à Charlotte …le ciel m’a conduit ici tout exprès pour empêcher ce mariage et rendre justice à vos charmes.. car enfin, belle Charlotte, je vous aime de tout mon coeur et il ne tiendra qu’à vous que je vous arrache de ce misérable lieu et que je vous mette dans l’état où vous méritez d’être. Cet amour est bien prompt, sans doute, mais quoi, c’est un effet, Charlotte, de votre grande beauté ; et l’on vous aime autant en un quart d’heure qu’on feroit une autre en six mois. » (Molière - Don Juan)
Mais après tout, pourquoi ne serait-il pas sincère ? Le nombre des amours n’altère en rien l’intensité de la flamme, à chaque fois renouvelée.
Je me souviens d’avoir joué la soubrette SMERALDINE dans ARLEQUIN VALET DE DEUX MAÎTRES, monté par Jean-Louis THAMIN. Comme la DORINE de TARTUFFE, celle-ci a un rôle important. C’est un dragon mais aussi une défenseuse des faibles, en l’occurrence des femmes. Elle a une tirade, peuchère, ultra féministe. Cette tirade elle m’a donné du mal. Parce qu’en plus d’être enflammée par son indignation contre les hommes, ça c’est facile, elle doit rester comique et provoquer une explosion de rires à la dernière phrase. Et ben, impossible de les faire rire. A croire que je les avais bouleversés avec ma diatribe mais la dernière phrase tombait dans le vide. Voyez plutôt ce qu’elle dit : « Vous parlez comme si vous étiez semblables à nous ! Oui et je dirai comme le proverbe : c’est nous autres qui gaulons les noix et vous autres qui les mangez. Les femmes ont la réputation d’être infidèles mais les infidélités ce sont les hommes qui les commettent tant qu’ils peuvent. On parle toujours des femmes, mais des hommes on ne dit rien. Nous autres, on nous critique, mais vous autres on vous passe tout. Vous savez pourquoi ? Parce que les lois, ce sont les hommes qui les ont faites. (…) Si c’était moi qui commandais, j’ordonnerais que tous les hommes infidèles se promènent une branche d’arbre à la main et je suis sûre que, du coup, toutes les villes se transformeraient en forêt ! »
Voilà. C’est drôle comme final, non ? Et ben figurez-vous que pour provoquer le rire, il s’agit seulement d’une inflexion de voix. ANNE ALVARO, qui jouait BEATRICE m’a donné le tuyau alors que je me lamentais : « tu finis en bas. Essaie de finir en haut», elle me dit. J’ai vaguement compris ce qu’elle voulait dire et le lendemain j’ai fini ma phrase, contrairement à toute logique, en montant d’une note, comme si d’autres mots allaient suivre. Ca a marché. C’est tout.
Bonjour ! Par Jupiter (le jeudi est le jour de Jupiter) ! La journée s'annonce stotmy weather. VALENTIN a encore 9 jours pour ramener le beau temps et pendant ce temps les amoureux se débitent de belles déclarations. Pour YANN et CHRIS, le scénario piétine devant l'énigme que leur posent leurs deux personnages, ROSE la chanteuse et NAT le pianiste.
Résumé des épisodes précédents : Dans ce bar tranquille où ils ont choisi de se retrouver une fois par semaine pour travailler à leur prochain scénario, YANN et CHRIS découvrent que l’intrigue de leur film est peut-être là, sur l’estrade des musiciens. Tout en essayant de percer le secret de la chanteuse et du pianiste, ils s’éloignent peu à peu l’un de l’autre, entraînés chacun par leurs propres rêves.
Le bar de jour. YANN et CHRIS sont assis à une table couverte de papiers, d’un cendrier et de deux verres. Le barman est en train de débarrasser les autres tables.
YANN Je n’y comprends rien.
CHRIS Moi non plus.
YANN Ce qui est sûr, c’est qu’il y mettent de la mauvaise volonté.
CHRIS Mais qu’est-ce qui peut leur déplaire, là-dedans ?
YANN Soit ils ont le sens des affaires, soit ils ont quelque chose à cacher.
CHRIS Nous nous sommes fait cafter par le barman.
YANN Mais oui, c’est ça la connerie. C’est fini, plus un mot de notre affaire devant lui.
CHRIS Non, mais le mal est fait. Maintenant qu’ils savent, ils se méfient.
YANN Mais enfin, on ne leur veut pas de mal ! C’est insensé, cette histoire ! Il y en a qui ne demanderaient pas mieux que d’être le sujet d’un film ! (cherchant l’approbation) Non ?
CHRIS Oui, bien sûr. Mais eux... Vraiment, ils sont bizarres.
YANN Très bizarres. Surtout qu’on ne raconte pas LEUR vie mais une histoire fictive que NOUS inventons au fur et à mesure...
CHRIS Exactement. Et ils n’ont pas pensé à une chose : pour l’instant, ils marchent côte à côte avec leurs doubles... Mais ils vont se faire dépasser ! il y aura un moment où nos personnages marcheront dans le futur ! Rose et Nat sont condamnés à vivre au présent.
YANN Tu as raison. Ils ne connaissent pas la fin ! Heureusement, d’ailleurs. La fin sera tragique. (à suivre)
… à la déclaration de CHIMENE, qui emploie pudiquement des mots détournés, mais RODRIGUE ne s’y trompe pas, et leur détresse est commune. Comment, elle ne le hait point ? Lui, l’assassin de son père, elle ne le hait point ? Peut-on être plus clair : si elle ne le hait point c’est qu’elle l’aime, évidemment.
CHIMENE Va, je ne te hais point. DON RODRIGUE Tu le dois ! CHIMENE Je ne puis… ‘(CORNEILLE - Le Cid)
LES GUICHETS DU LOUVRE (suite) Ma scène se passait dans le métro à la station St François d’Assise. Je jouais une juive sortant de la rame et voyant une des sorties du quai bloquée par une patrouille de la Gestapo occupée à des contrôles d’identité. Affolée, je devais me mettre à courir comme une dératée vers l’autre sortie où, hélas, m’attendaient un autre groupe de la police allemande. Mitrani m’avait dit « Ils vont t’arrêter. Il faut que tu sauves ta peau. Tu te mets à courir le plus vite que tu peux, courir, courir ! Tu vois ? » Il était menaçant. Bien sûr, je voyais. Je tremblais de peur. Au signal je me suis mise à courir, courir, vite, très vite, le plus vite que je pouvais. « Coupez ! » Mitrani était sur moi. « Mais tu n’as pas compris ? Ils vont t’arrêter ! C’est comme ça que tu cours, quand tu risques ta vie ? » J’ai recommencé. Plusieurs fois. De plus en plus vite. Mais ce n’était jamais assez vite. Hors d’haleine, j’essuyais la colère de Mitrani, le doux, l’affable. Il avait pris le masque d’Ivan le Terrible et me hurlait dessus. Terrorisée, j’ai mis le turbo et à la septième prise c’était bon pour lui. Je m’écroulai sur les dalles et la Gestapo vint me secourir pendant qu’on changeait de décor. J’ai vu les rushes et c’est vrai, je donnais bien l’impression de vouloir sauver ma peau. Ils ont toujours raison d’être durs, les réalisateurs.
Bonjour ! Ah, les images de Londres enseveli sous la neige... On se retrouve soudain dans un roman de Walter Scott, on regarde cette ville fantômatique brusquement coupée du monde comme l'illustration même du splendide isolement de l'île tout entière... Chez nous, on attend ST VALENTIN et on prépare la relance ... de tous les gadgets en forme de coeur. Le chômage chez les amoureux, ça n'existe pas.
Après la sortie de ROSE, il y a un moment de flottement. Le réalisateur va vers le bar, pose son verre vide dessus et s’asseoit sur un tabouret, l’air accablé. Le barman se retourne et pose un CD sur le lecteur. On entend la musique qui a inspiré le nom du bar : Round Midnight.
YANN, pour lui-même La nuit et le jour...
LE BARMAN, avec un sourire sarcastique Ah, il y a loin de la coupe aux lèvres... (un temps) Vous avez vérifié le nom, sur la boîte aux lettres ?
YANN, sortant de son rêve Non, j’ai demandé à un type qui descendait.
LE BARMAN Qu’est-ce que vous lui avez dit ?
YANN “A quel étage habite Rose, la chanteuse ?” Il a dit “Ca doit être au sixième...”
LE BARMAN, sourire aux lèvres Ah ! Et vous l’avez cru. (un long silence) Et la fille en duffle-coat rouge.... vous êtes sûr que c’était elle ?
YANN, ignorant la question et plaquant un billet sur le bar Tenez, payez-vous. LE BARMAN Vous ne restez pas pour l’écouter chanter ? YANN, furieux Mêlez-vous de vos affaires, vous.
I enfile son blouson et sort en claquant la porte.
... et BIENVENUE A ST.VALENTIN, qui met un peu de douceur dans ce mois chagrin.
Je lui dédie les plus belles déclarations d’amour du répertoire. Et pour commencer, la plus belle de toutes : Juliette S’ils te voient ils te tueront… ROMEO Hélas, il y a plus de péril pour moi dans ton regard que dans vingt de leurs épées…
Nos jeunes gens ont le langage plus fleuri mais c'est toujours d'amour qu'il s'agit !
LES GUICHETS DU LOUVRE de Michel MITRANI C’est un film magnifique et terrible. Il raconte la grande rafle du Vélodrome d’hiver à Paris, où le quart des juifs français arrêtés ce jour-là furent exécutés à Auschwitz. Une fois arrêtés on les faisait monter dans des autobus direction le Vélodrome d’hiver et de là… Du quartier St-Paul où la rafle était intense, il fallait essayer de franchir les guichets du Louvre et de âsser rive gauche. C’est ce que Jeanne, la jeune fille juive refusera de faire, pour ne pas laisser sa famille derrière elle.
Ca se passait le 16 juillet 1942 et il y a là-dedans, au-delà du fait divers, une histoire d’amour qui finit mal. Christian RIST et Christine PASCAL qui jouent les deux amoureux séparés par la fatalité, sont fascinants. Je me souviens de la musique de Mort Shuman et de la beauté des images, vibrantes et bleues dans le Paris de juillet, lumière zébrée par les ombres lentes des autobus chargés de leurs victimes. Je préfère vous raconter demain l’épisode assez comique de ma scène dans ce film dramatique.
J'espère que votre journée sera bonne et je vous retrouve demain, donc. Miss Comédie.
Bonjour ! Février commence bien comme il faut, pluie, gris, vent, brouillasseux, cafardeux. Après le petit chantage que fait ROSE à YANN, je fais un détour par la case littérature mais nous restons dans l'esprit du théâtre puisque c'est pour parler d'un roman écrit par moi-même, myself MISS COMEDIE sous mon vrai nom. Vous êtes tous les bienvenus sur le site ci-dessous mentionné, MANUSDRIT.COM !
YANN Je n’ai pas encore réfléchi au casting. C’est une idée qui nous est venue comme ça, à Chris et à moi...
ROSE Une idée qui vous est venue en nous voyant.
YANN, faisant mine de réfléchir Ben... oui, si on veut, en vous voyant... Oui, en vous voyant, c’est vrai.
ROSE Alors, forcément, les rôles sont nos rôles.
YANN Non, pas forcément. Savez-vous seulement jouer la comédie ?
ROSE, secouée d’un rire intérieur Si je sais jouer la comédie !
YANN Oui, parce que c’est un métier, vous savez ?
ROSE, feignant d’être impressionnée Oh, un métier...
YANN Oui, un film est une entreprise où des gens engagent beaucoup d’argent, où chaque minute de tournage compte, on n’a pas le temps de recommencer vingt fois une prise, vous savez, si la coméd....
ROSE, ramassant ses affaires et se levant Bon, j’ai compris. Je perds mon temps. (au barman) Quelle heure est-il ?
LE BARMAN Bientôt huit heures.
ROSE Ils vont arriver. Je vais me reposer dans ma loge. A tout de suite. (au réalisateur) J’espère que votre film sera réussi. (Petit rire) Salut... (elle sort par le fond de la salle, derrière l’estrade). (À suivre)
…. et merci à tous ceux et celles qui ont eu la curiosité de cliquer sur MANUSCRIT.com pour lire un extrait de mon roman « Sa Lente Traversée du mois d’Août », et ensuite, de le commander… La couverture est très belle, toute blanche et brillante, le contenu est une histoire comme celle des Feuilles Mortes, celle d’un amour perdu dans un enchevêtrement de hasards. Fin de ma petite promo perso, mais ça me rappelle un souvenir…
Lorsque j’étais comédienne et que je traversais de longues périodes de chômage, j’arrondissais mes fins de mois en co-écrivant des scénarios. Je me souviens d’avoir aidé Michel MITRANI à mettre en forme ses « GUICHETS DU LOUVRE » et ensuite, à le taper. J’allais tous les matins rue Mazarine et il me lisait les scènes qu’il avait écrites la veille, nous en parlions ensemble et quand il les jugeait abouties, je les tapais à la machine. C’était un homme courtois et discret, on le croisait souvent à St-Germain-des-Prés dans son loden bleu marine, il hantait la librairie La Hune et rencontrait ses amis au fond de la salle des Deux Magots. Pour me remercier de mon aide pourtant très minimaliste, en plus de ma rétribution il m’offrit les quatre ouvrages de Julien GRACQ publiés chez José Corti, parce que je lui avais dit que j’adorais cet auteur. Surtout, il me proposa un petit rôle dans son film et là, après avoir connu l’homme affable et docile de l’écriture, je découvris le metteur en scène rigoureux et sûr de lui, exigeant jusqu’au cynisme sur un plateau. Je raconterai plus tard la scène difficile que j’avais à tourner dans ce film magnifique : LES GUICHETS DU LOUVRE.