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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 16:40
Le TARTUFFE qui s’est joué à la rentrée  à l’Odéon Théâtre de l’Europe est une production du Théâtre National de Strasbourg.
Stéphane Braunschweg, qui en est le Directeur, l’a créée en Avril dernier avec les comédiens de sa troupe.
Ici, dans ce cadre mythique, elle prend une dimension de « grand » spectacle.  Non, pas de grand spectacle, au  sens de grandiose, car , elle est montée avec une grande sobriété de décor et de costumes, la mise en scène est nette, précise et sans effets inutiles.
Simplement,  le texte admirable de Molière est magnifiquement interprété par des acteurs à la technique irréprochable.  Ils parlent la langue de tous les jours, en alexandrins.
Tout est réglé au petit poil.  Pas un flou, pas un doute sur la façon d’envoyer sa réplique.
Dire qu’ils sont habités serait un peu niais, car comment ne pas habiter un texte pareil ?
D’ailleurs, chaque soir, je dis bien chaque soir, Stéphane Braunschweg les attend à la sortie du plateau, les réunit au bar et leur fait un petit débriefing .  Chacun en prend pour son grade.  Il assiste à chaque   représentation et il voit tout.
C’est comme ça qu’on fait les « grands » spectacles.  C’est du béton. Ca ne bouge pas d’un soir à l’autre, ça ne tombe pas dans la routine.
Peu de metteurs en scène ont cette rigueur.

On peut lui contester sa vision de la pièce, toute dans l’oubli de Tartuffe pour se concentrer sur Orgon et ses motivations, pourquoi a-t-il pu se laisser embobiner de la sorte ?
Moi je trouvais le personnage de Tartuffe beaucoup plus intéressant.
Là, il est un peu falot, pas du tout inquiétant.
Orgon, par contre, est parfait.
Et les autres, aussi, parfaits.
Un grand spectacle.
D’ailleurs, demain je vous parlerai de mon impression en sortant du théâtre, cette impression de redécouvrir à chaque fois notre plus grand auteur dramatique.
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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 16:37
Je dois dire qu’après la joie immense d’avoir décroché ce rôle, Zerbinette des Fourberies de Scapin, j’ai compris que jouer pouvait avoir un autre sens que celui des cours de récré.
Je savais rire, d’accord, mais mon metteur en scène estimait que tout restait à apprendre.
 Jean-Louis Thamin était un tortionnaire. Ce que nous faisions n’était jamais bien.
Il fallait toujours aller plus loin, chercher son personnage ailleurs qu’à la pointe de ses souliers..
Il nous disait que nous allions être des costumes vides.
Nous l’écoutions, navrés et honteux.  Nous partions à la découverte de nous-mêmes, toujours plus loin.

Je pense aujourd’hui  qu’il avait raison.  C’est ainsi qu’on arrive à trouver le deuxième souffle, celui de notre moi inconnu.
Je ne savais jamais quand j’atteignais le niveau d’excellence que demandait Jean-Louis.

  Quand je sortais de scène, la gorge sèche, je trouvais mon Scapin qui me tendait une bouteille d’eau avec un commentaire bref. Ca allait du »bravo », « gagné », « super », au « merdique », « en-dessous », « laborieux » ou « à chier » qu’il ne m’a dit qu’une fois, heureusement.

Nous avons joué au Théâtre de l’Ouest Parisien pendant un mois, les critiques étaient bonnes.
Ensuite nous sommes partis en tournée et ça c’était moins drôle, mais le pire, c’était  les matinées classiques.
J’ai un souvenir cuisant de l’une de ces matinées, et je vous le conterai demain, si vous le voulez bien.


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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 16:23
Nous sommes en 1960. La décennie promet d’être riche enproduction
artistique en tous genres.  Mais au théâtre ?  La production était-elle à
la hauteur ? 
Voici ce que distille le critique André CAMP sur les pièces qu’il
qualifiait de « mélodrames »…  Ces pièces étaient des comédies,
 mais on riait alors surtout des malheurs d’autrui. Avec le boulevard,
 nous sommes devenus plus humains.  Nous rions  surtout  des histoires de cul.

    « La fin de l’année 1959 a été marquée, sur les théâtres parisiens,
    par une dangereuse offensive du mélodrame.  Cette offensive se
    poursuit, avec des fortunes diverses, en ce début de 1960.
    Evidemment, l’on ne dispose pas tous les jours d’une nouvelle pièce
    de Jean Anouilh (qui occupe déjà trois scènes à lui tout seul !) ,
    d’Eugène Ionesco, voire même de Marcel Achard .  Certaines salles
    sont difficiles à remplir et ne supportent pas l’intimité  (Sarah Bernhardt
    par exemple).
    Alors il faut bien se rabattre sur Victorien Sardou, ou sur son héritier
    le plus direct, Jacques Deval.  Ce qui n’est pas faire injure à ce
    dernier, le père Sardou savait fort bien ficeler une intrigue, et la
    débrouiller prestement.   Persuadé que le théâtre est avant tout
    de l’action, encore de l’action, toujours de l’action, il affectionnait
    les histoires compliquées.   Jacques Deval aussi.
    Il faut croire, cependant, que le mélodrame garde ses adeptes.
    Tout au moins parmi les directeurs de théâtre.  Sinon, comment
    expliquer que Victorien Sardou ait deux comédies (historiques)
    à l’affiche en ce moment à Paris ? »

On pourrait remplacer les noms d’Anouilh, Sardou, Deval ou Achard par
ceux de Yasmina Reza,  Florian Zeller,  Ray Conney, Eric Assous ou
Ruquier… Ce qui ne saurait faire  injure ni aux uns, ni aux autres…bien entendu.
   
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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 19:07
Début de blog, début de saison théâtrale. Les deux pièces que j’ai vues pour démarrer cette rentrée sont aux antipodes l’une de l’autre.
A Lyin, « HAPPY ANOUKA » au Théâtre Tête d’Or.
A Paris,  TARTUFFE  à l’Odéon Théâtre de l’Europe.
Aujourd’hui je vais vous parler de la première, et ce ne sera pas long.
C’est bête, de commencer un blog sur le théâtre par une pièce que l’on n’a pas aimé, mais ce sont les hasards de l’actualité. 
D’ailleurs, je suis peut-être la seule à n’avoir pas aimé car dans la salle, tout le monde riait, chaque réplique déclenchait un déluge de rires.
Moi j étais venue pour la mise en scène de Jean-Luc Moreau qui est un vieux copain  que j’admire beaucoup. Là, je pense qu’il a dû y avoir un malentendu.  D’habitude, il choisit bien ses textes.
Si,  j’ai admiré la prestation de Maïke Janssen, dans un rôle à la Popesco qu’elle a joué avec maestria.
Tous les autres sont bien aussi, en tout cas ils sont très applaudis et la pièce marche bien.
Vous me direz, on ne va pas voir une pièce de boulevard pour se prendre la tête.  Non, non, j’adore rire au théâtre , d’ailleurs dans la même salle il y a deux ans, j’avais cru mourir de rire en voyant Galabru donner la réplique à son fils, un morceau de bravoure, à tous les deux, c’était grandiose, ils en faisaient des tonnes.
Mais c’était une bonne comédie.
Bon, demain je vous parlerai de la deuxième pièce, le TARTUFFE de Stéphane Braunchweg à l’Odéon.



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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 19:05

Je fus donc engagée pour jouer Zerbinette des Fourberies de Scapin.
J’avais dû lire cette pièce pour pour la dernière en classe de 3ème et je n’en avais aucun souvenir.
Zerbinette ?  C’est la fille qui rit.  Elle rit à perdre haleine en racontant une histoire à dormir debout, une tirade interminable entrecoupée de rires.  Il faut que ces rires soient eux-mêmes hilarants,  pour entraîner une salle entière.
Devant elle sur le plateau il y a le vieux Géronte qui tempête, mais ça ne suffit pas pour déclencher le rire de Zerbinette.  Il faut qu’elle le trouve ailleurs, et qu’elle s’appuie sur une technique en béton.

Jean-Louis Thamin m’a pris rendez-vous avec Micheline Boudet, la tenancière du titre de Zerbinette d’Or, pour qu’elle me délivre une partie de ses secrets de fabrication.
Dans son salon Louis XV nous avons passé une heure à la regarder minauder et distiller de temps à  autre un petit rire de fauvette comme on donne aux enfant des miettes du gâteau de la veille.
En fait, elle était flattée mais elle ne se souvenait pas du tout de la manière dont elle s’y était prise pour donner sa Zerbinette.


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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 16:07
La critique d'aujourd'hui est signée Bertrand POIROT-DELPECH, journaliste au MONDE, et date de 1967.
« LE REVIZOR » est, avec « LE MANTEAU », l’œuvre la plus connue en
France de Gogol.
 La Comédie de Saint-Etienne     a présenté pour la première fois cette pièce le 22 Novembre 1967 au Théâtre de l’Est  Parisien.
Jean Dasté tenait le rôle principal  à la tête de pas moins de 25 comédiens.

La critique de Poirot-Delpech titre :
"    « Un recueil de Daumier »
    « … Une petite ville de la Russie tsariste se traîne aux pieds d’un
    jeune voyageur parce qu’elle a cru reconnaître en lui un haut
    fonctionnaire incognito. C’est tout : pas même une escroquerie
    à rebondissements, rien que les marques d’un aveuglement et
    d’un avilissement volontaires.
    La mode étant aux exégèses, le programme invite à deviner, sous
    le gros ridicule des personnages, une solitude d’orphelins que la
    capitale abandonne et qui se trompent de dieu.
    Pourquoi pas ? Mais il s’agit d’abord d’une satire de mœurs.
    Gogol dénonce le régime de corruption à travers ses serviteurs
    abêtis. (…)
    La force du proocès en déshumanisation n’empêche que la pièce
    répète de bout en bout le même effet comique.
    A peu de choses près, le comportement des fonctionnaires et
les péripéties de l’inspection imaginaire renvoient à la même
    stupidité obséquieuse.
Pour donner l’impression de mouvement et de diversité, il faudrait
mener le jeu tambour battant….
Edmond Tamiz choisit au contraire de le conduire  posément,
comme il tournerait les pages d’un recueil de Daumier,
s’attardant sur des ensembles muets, ajoutant de la comedia
dell’arte…

(Le Monde)

L’homme connaît ses classiques… Sa critique est noble mais perfide, non ?



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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 16:31
Commencons par le commencement. . Je remonte au tout début de ma carrière, au cours d’art dramatique que je fréquentais alors, pour faire les choses comme il fallait.
 Entre autres choses, notre professeur nous apprenait à rire.
Faire rire est déjà difficile, mais rire en scène, aux éclats, je veux dire, et de manière prolongée, c’est un exploit.  Ca s’apprend.
Chaque élève qui montait sur l’estrade donnait sa démonstration personnelle de l’impuissance.
Evidemment, s’il n’y a pas la motivation du rire, il ne reste que toussotements piteux.
Le prof nous apprenant d’abord à respirer. Ca devait partir du ventre et non de la poitrine.
Il fallait ensuite projeter hors de notre ventre des « ha » sonoreset en cascade sur l’expiration.
Quand la mécanique était au point, on pouvait essayer de mettre « lh’umeur », en pensant à quelque chose de drôle.
J’ai trouvé le procédé amusant et j’ai très vite assimilé la méthode.  Je suis devenue la rieuse number one.

C’est comme ça que j’ai décroché mon premier rôle au théâtre. Un jour, un metteur en scène qui cherchait une Zerbinette vint assister à un cours et fut terrassé par ma démonstration de rire.
Je fus convoquée le lendemain pour répéter ma prestation devant l’acteur qui jouait Scapin.
Le metteur en scène s’appelait J.T et il montait « Les Fourberies de Scapin » avec Jean-Luc Moreau dans le rôle titre.
Demain je vous en dirai plus sur cette première expérience.
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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 15:14

Dans mon blog vous lirez surtout des critiques d’hier sur des pièce à succès d’hier.  Pourquoi ? Et bien les critiques d’aujourd’hui sont disponibles dans les kiosques, pardi !
J’ai retrouvé  certaines critiques de pièces qui ont été ou qui sont reprises de nos jours, c’est intéressant de voir comment chaque époque  voit midi à sa porte…




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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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