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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 09:56
Bonjour ! C'est lundi.  Exit St-Valentin, on va pouvoir s'aimer en silence.
Pendant mon absence j'ai vu une très belle pièce de théâtre et je vous en parle brièvement
mais il vaudrait mieux que vous y alliez, c'est à la Comédie des Champs-Elysées à Paris.
Ma pièce à moi, ROSE AUTOUR DE MINUIT, continue à mêler le vrai au faux - un peu comme
dans Pinter - et à nous faire douter de la bonne foi de ses personnages.
En scène, CHRIS le scénariste et NAT le pianiste.  Ils ne sont pas vraiment copains.
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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 09:50


(Entre le scénariste et le pianiste, ça devient inquiétant.)

CHRIS
Àrrêtez de me parler de vous et de votre femme.

NAT
Ca ne vous intéresse plus ?

CHRIS
Ca ne m’a intéressé que par politesse.  Je vous ai écouté par politesse. Mais aujourd’hui, j’ai besoin de travailler.  Je n’ai pas envie de parler.

NAT
OK, OK... (il murmure comme pour lui-même)  Par politesse...  Il est en train de me rouler dans la farine, le mec...  Qu’est-ce que je lui ai fait ? Pourquoi il me raconte un bobard ?

CHRIS, qui a entendu
Ca n’est pas un bobard, excusez-moi, mais votre vie ne m’intéresse pas.  Pourquoi m’intéresserait-elle ?

NAT
Parce que vous allez en faire un film.

CHRIS, agacé
Non, non, et non !  Arrêtez de vous faire des idées !  Arrêtez de croire ce que vous a dit ce tordu de barman !....  Nous écrivons une histoire de pianiste et de chanteuse, mais ça n’est pas VOTRE histoire !...  Compris ?

NAT, agité de tics
Du calme.  Ne vous énervez pas.  Il pourrait y avoir des similitudes.

CHRIS
S’il y en a, ce sera PURE COINCIDENCE.  C’est une mention légale.  Vous connaissez ? “Toute ressemblance avec... etc etc... serait pure coïncidence”.  Voilà.

NAT
C’est pour ne pas avoir à nous payer ?

CHRIS, figé
Non mais, alors là, j’aurai tout entendu !

NAT
Oui, comme ça, on prend des idées, on écrit un film, et puis on engage un autre pianiste, et une autre chanteuse, soi-disant que ce ne sont pas le même pianiste, ni la même chanteuse, n’empêche que nous, on se reconnaît, et au final... (il fait un signe des doigts)  le pacson pour l’équipe, et nous autres le vrai pianiste et la vraie chanteuse… du vent ! 
(menaçant)   Hein ?

CHRIS
Vous délirez.

(À suivre)

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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 09:46


……à MICHEL FAGADAU  et à sa vision de l’ANNIVERSAIRE de Pinter.
Les Français ont du mal avec Pinter.  Ils ne savent pas très bien dans quelle catégorie le classer.  Ils croient que c’est un auteur comique.  Dès les premières répliques, j’entendais les rires fuser alors que c’était pas drôle du tout, comme pour montrer qu’ils avaient compris, eux, que c’était comique.
Par la suite ils se sont calmés et ont admis qu’il devait y avoir dans ce texte quelque chose de menaçant.  « Le théâtre de la menace », disait Pinter lui-même.
J’ai tout de suite adhéré au choix des acteurs.  Je ne vais pas en rajouter une louche sur Lorant Deutsch, qui est magnifique comme toujours, pour ne pas minimiser le talent des autres, Nicolas Vaude en particulier, ils sont parfaits.
Mais quand même, Lorant Deutsch, dans le rôle de Stanley !  Qui es-tu, Stanley ?  Je te croyais un sale gosse vainement rebelle, un peu perdu dans tes souvenirs mais… caches-tu quelques ombres louches dans ton passé ?  Ou bien es-tu seulement une victime ?  Un pantin dans les mains de deux malfrats ?  Rien n’est sûr, rien n’est dit, rien n’est clair et l’on s’enfonce dans la méprise de cette soirée d’anniversaire dingue.
Bravo pour cette mise en scène si alerte, à ces miroirs qui créent la confusion et accentuent le trouble, à ces petites notes de musique ironiques et grinçantes qui font monter la tension.
La pièce nous montre des apparences qui sont peut-être la réalité, avec des mots simples et drôles parfois, des mots qui ne veulent rien dire.  L’important c’est le ton.  Ce ton dénué de toute fioriture caractérielle, et qui flirte avec l’absurde.  C’est le ton Pinter.  C’est une musique un peu sophrologique pour le spectateur et qui l’entraîne vers le mystère.  Voilà.
(La photo qui montre Michel Fagadau donnant des indications à Lorant Deutsch  est de Pascal Victor).
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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 09:40
Dans Le Fantôme de la Liberté de Bunuel, Jean Rochefort et moi
 faisions partie de la même histoire, celle de La petite fille  disparue,
avec Pascale Audret  et Agnès Capri.
Comme toujours, une fois maquillés, habillés, prêts à tourner,
on attendait.  
Nous étions tous les quatre, là, assis dans une loge étroite,
et personne ne venait.
Moi, je ne savais même pas ce que jallais devoir faire.
Je n’avais pas de brochure. Rochefort et Pascale Audret, si. 
Agnès Capri avait sorti son tricot et tricotait sans rien dire,
un sourire énigmatique aux lèvres.
Ca durait, ça durait.  Rochefort commençait à s’agiter.
Il ouvrait la porte de la loge, regardait à l’extérieur, revenait « personne, personne », murmurait-il.
A un moment il a éclaté « C’est insupportable à la fin !  Moi je vais quitter cet endroit, je vais partir ! Non ?  (il nous regarda l’une après l’autre, cherchant un encouragement, mais nous ne disions mot, un peu inquiètes)  On nous traite comme du bétail, ici !   Moi je suis mieux à la ferme, avec mes chevaux, je n’ai pas besoin de me faire traiter par-dessus la jambe par des … tout ça pour deux lignes de texte  ! »
Je traduis approximativement  son monologue, ce ne sont pas exactement ses mots, c’est loin tout ça mais enfin, il était de plus en plus remonté et c’est à ce moment-là que l’assistant est arrivé pour nous appeler sur le plateau.
Tout-à-coup, Rochefort s’est calmé.  Il a fait un sourire charmeur  à l’assistant qui l’avait appelé « monsieur Rochefort » et nous a précédées  impérial, comme attiré par la lumière et par la caméra.
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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 09:34
- Qu’est-ce qui vous séduit chez Pinter ?
-  L’évidence.  Prenons par exemple, « La Collection ». Il est écrit : « Harry descend l’escalier, trébuche sur la tringle de l’escalier et dit : « J’ai trébuché sur la tringle de l’escalier.  Merveilleux !
(Jean Rochefort)

Ce théâtre lui va comme un gant.  Mais il faudrait qu'il s'arrête de vieillir, Jean Rochefort.
Et demain sera un autre jour pour nous tous. A demain...
Miss Comédie
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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 09:05
Bonjour !   Le rideau se lève sur la dernière représentation de la semaine... et oui !  Je vais retrouver
ST-VALENTIN à Paris et ROSE AUTOUR DE MINUIT fait relâche jusqu'à lundi 16 où vous aurez
encore des surprises.  Notez bien le rendez-vous !
Aujourd'hui amusez-vous des prises de bec entre CHRIS le scénariste et NAT le pianiste.
Bientôt les choses vont bouger et l'ambiance va devenir survoltée....
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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 08:59


Scène VIII  de la version originale.
Résumé des épisodes précédents :
Dans  ce bar tranquille où ils ont choisi de se retrouver une fois
    par semaine pour travailler à leur prochain scénario, YANN et
    CHRIS découvrent que l’intrigue de leur film est peut-être là,
    sur l’estrade des musiciens.
    Tout en essayant de percer le secret de la chanteuse et du
pianiste, ils s’éloignent peu à peu l’un de l’autre, entraînés
 chacun par leurs propres rêves.



Le bar de jour.
Le scénariste est seul à une table, il écrit.  Des feuillets s’amoncellent autour de lui.  De temps en temps, il tire une bouffée de  cigarette. 
Le barman lit le journal derrière le bar.
Entre NAT. Il est vêtu de son costume noir sur une chemise blanche au col ouvert. Il s’arrête un moment au bar, serre la main du barman, ils échangent quelques mots à voix basse.  Ils regardent le scénariste plongé dans ses écritures.  NAT s’avance vers lui.

NAT
Vous avez l’habitude de travailler dans les bars ?

CHRIS, continuant à travailler, pour montrer qu’il n’est pas disposé à parler
J’aime bien celui-ci.

NAT
Vous voulez que je vous joue du Bach ?

CHRIS, même jeu
Non, merci, ça va.

NAT
Bien, je vais me jouer du Bach.

Il se dirige vers le piano, soulève le couvercle  et commence à faire des gammes. Le scénariste s’arrête d’écrire, l’air contrarié.  Dans le dialogue qui suit, les répliques seront dites entre deux phrases musicales, des improvisations du pianiste.

NAT, léger tic
Vous écrivez ce que je vous ai dit ?

CHRIS
Non.

NAT
Ma femme m’a dit que votre ami l’avait branchée.

CHRIS
Il ne l’a pas branchée.

NAT
Ah bon ?  Elle m’aurait menti...  Oh... elle en est capable...

(À suivre)

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 08:57
ax jeunes écervelés de TARTUFFE qui se chamaillent à coeur joie avant de se réconcilier sous la bénédiction de Dorine.
La scène est un miracle de modernité et Molière le plus intemporel des psychologues.
C’est une scène très longue, haletante, faite de rebuffades et de ripostes  que je ne puis transcrire ici. Mais les dernières répliques sont, à n’en pas douter, des mots d’amour  :

« MARIANNE
Je ne vous réponds pas des volontés d’un père,
Mais je ne serai point à d’autres qu’à Valère.
VALERE
Que vous me comblez d’aise !  Et quoi que puisse oser…
DORINE, la suivante
Ah !  jamais les amants ne sont las de jaser… »

MOLIERE  -   Tartuffe  (Acte II  scène 4)

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 08:53
Je me souviens, toujours dans ARLEQUIN VALET DE DEUX MAITRES, d’Anne ALVARO jouant Béatrice en costume d’homme, pourpoint  et culotte de velours noir et chemise à jabot.
Elle était impériale.  Elle se battait à l’épée comme un gentilhomme et sa grâce faisait oublier les imperfections d’un visage habité par la fougue de son rôle.
Jean-Louis THAMIN lui avait fait donné comme maître d’armes un homme de théâtre qui lui était proche : Denis LLORCA.
Il venait de monter TETE D’OR à l’Odéon. C’était  l’un de nos plus beaux metteurs en scène.
Nous assistions tous aux répétitions des combats.  Les voir s’affronter du regard et de l’épée, seuls sur un plateau désert, nous remplissait d’envie et de trouble.
Leur fougue n’était pas que théâtrale.
Qu’est devenu Denis LLORCA ?  Sa dernière production remonte, je crois, à 1999, c’était LES MISERABLES avec Odja LLORCA.
Depuis, le silence.
Anne ALVARO,  même si elle se fait rare, a toujours sa place au premier rang de nos grandes actrices françaises. On vient de la voir à l’ODEON THEATRE DE L’EUROPE dans GERTRUD (Le Cri) d’HOWARD BARKER.
 
Voilà, je ne vous dis pas à demain puisque des
 engagements m’appellent à la capitale jusqu’à
 samedi….
Je vous retrouve donc lundi 16, toujours avec
 le même plaisir, pour parler théâtre !

Miss  Comédie

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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 09:29


Bonjour tout le monde !  Aujourd'hui je vais commencer cette semaine dédiée à St-VALENTIN en vous parlant de MON
histoire d'amour à moi, celle que j'ai écrite dans le roman qui vient de sortir, "SA LENTE TRAVERSEE DU MOIS D'AOUT".  Pour en savoir plus, lisez mon bloc-notes !
Mais YANN et CHRIS sont au rendez-vous dans le bar, et leur dialogue est assez loin des mots d'amour...
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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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