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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 09:46


……à MICHEL FAGADAU  et à sa vision de l’ANNIVERSAIRE de Pinter.
Les Français ont du mal avec Pinter.  Ils ne savent pas très bien dans quelle catégorie le classer.  Ils croient que c’est un auteur comique.  Dès les premières répliques, j’entendais les rires fuser alors que c’était pas drôle du tout, comme pour montrer qu’ils avaient compris, eux, que c’était comique.
Par la suite ils se sont calmés et ont admis qu’il devait y avoir dans ce texte quelque chose de menaçant.  « Le théâtre de la menace », disait Pinter lui-même.
J’ai tout de suite adhéré au choix des acteurs.  Je ne vais pas en rajouter une louche sur Lorant Deutsch, qui est magnifique comme toujours, pour ne pas minimiser le talent des autres, Nicolas Vaude en particulier, ils sont parfaits.
Mais quand même, Lorant Deutsch, dans le rôle de Stanley !  Qui es-tu, Stanley ?  Je te croyais un sale gosse vainement rebelle, un peu perdu dans tes souvenirs mais… caches-tu quelques ombres louches dans ton passé ?  Ou bien es-tu seulement une victime ?  Un pantin dans les mains de deux malfrats ?  Rien n’est sûr, rien n’est dit, rien n’est clair et l’on s’enfonce dans la méprise de cette soirée d’anniversaire dingue.
Bravo pour cette mise en scène si alerte, à ces miroirs qui créent la confusion et accentuent le trouble, à ces petites notes de musique ironiques et grinçantes qui font monter la tension.
La pièce nous montre des apparences qui sont peut-être la réalité, avec des mots simples et drôles parfois, des mots qui ne veulent rien dire.  L’important c’est le ton.  Ce ton dénué de toute fioriture caractérielle, et qui flirte avec l’absurde.  C’est le ton Pinter.  C’est une musique un peu sophrologique pour le spectateur et qui l’entraîne vers le mystère.  Voilà.
(La photo qui montre Michel Fagadau donnant des indications à Lorant Deutsch  est de Pascal Victor).

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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 09:40
Dans Le Fantôme de la Liberté de Bunuel, Jean Rochefort et moi
 faisions partie de la même histoire, celle de La petite fille  disparue,
avec Pascale Audret  et Agnès Capri.
Comme toujours, une fois maquillés, habillés, prêts à tourner,
on attendait.  
Nous étions tous les quatre, là, assis dans une loge étroite,
et personne ne venait.
Moi, je ne savais même pas ce que jallais devoir faire.
Je n’avais pas de brochure. Rochefort et Pascale Audret, si. 
Agnès Capri avait sorti son tricot et tricotait sans rien dire,
un sourire énigmatique aux lèvres.
Ca durait, ça durait.  Rochefort commençait à s’agiter.
Il ouvrait la porte de la loge, regardait à l’extérieur, revenait « personne, personne », murmurait-il.
A un moment il a éclaté « C’est insupportable à la fin !  Moi je vais quitter cet endroit, je vais partir ! Non ?  (il nous regarda l’une après l’autre, cherchant un encouragement, mais nous ne disions mot, un peu inquiètes)  On nous traite comme du bétail, ici !   Moi je suis mieux à la ferme, avec mes chevaux, je n’ai pas besoin de me faire traiter par-dessus la jambe par des … tout ça pour deux lignes de texte  ! »
Je traduis approximativement  son monologue, ce ne sont pas exactement ses mots, c’est loin tout ça mais enfin, il était de plus en plus remonté et c’est à ce moment-là que l’assistant est arrivé pour nous appeler sur le plateau.
Tout-à-coup, Rochefort s’est calmé.  Il a fait un sourire charmeur  à l’assistant qui l’avait appelé « monsieur Rochefort » et nous a précédées  impérial, comme attiré par la lumière et par la caméra.

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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 09:34
- Qu’est-ce qui vous séduit chez Pinter ?
-  L’évidence.  Prenons par exemple, « La Collection ». Il est écrit : « Harry descend l’escalier, trébuche sur la tringle de l’escalier et dit : « J’ai trébuché sur la tringle de l’escalier.  Merveilleux !
(Jean Rochefort)

Ce théâtre lui va comme un gant.  Mais il faudrait qu'il s'arrête de vieillir, Jean Rochefort.
Et demain sera un autre jour pour nous tous. A demain...
Miss Comédie

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 09:05
Bonjour !   Le rideau se lève sur la dernière représentation de la semaine... et oui !  Je vais retrouver
ST-VALENTIN à Paris et ROSE AUTOUR DE MINUIT fait relâche jusqu'à lundi 16 où vous aurez
encore des surprises.  Notez bien le rendez-vous !
Aujourd'hui amusez-vous des prises de bec entre CHRIS le scénariste et NAT le pianiste.
Bientôt les choses vont bouger et l'ambiance va devenir survoltée....

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 08:59


Scène VIII  de la version originale.
Résumé des épisodes précédents :
Dans  ce bar tranquille où ils ont choisi de se retrouver une fois
    par semaine pour travailler à leur prochain scénario, YANN et
    CHRIS découvrent que l’intrigue de leur film est peut-être là,
    sur l’estrade des musiciens.
    Tout en essayant de percer le secret de la chanteuse et du
pianiste, ils s’éloignent peu à peu l’un de l’autre, entraînés
 chacun par leurs propres rêves.



Le bar de jour.
Le scénariste est seul à une table, il écrit.  Des feuillets s’amoncellent autour de lui.  De temps en temps, il tire une bouffée de  cigarette. 
Le barman lit le journal derrière le bar.
Entre NAT. Il est vêtu de son costume noir sur une chemise blanche au col ouvert. Il s’arrête un moment au bar, serre la main du barman, ils échangent quelques mots à voix basse.  Ils regardent le scénariste plongé dans ses écritures.  NAT s’avance vers lui.

NAT
Vous avez l’habitude de travailler dans les bars ?

CHRIS, continuant à travailler, pour montrer qu’il n’est pas disposé à parler
J’aime bien celui-ci.

NAT
Vous voulez que je vous joue du Bach ?

CHRIS, même jeu
Non, merci, ça va.

NAT
Bien, je vais me jouer du Bach.

Il se dirige vers le piano, soulève le couvercle  et commence à faire des gammes. Le scénariste s’arrête d’écrire, l’air contrarié.  Dans le dialogue qui suit, les répliques seront dites entre deux phrases musicales, des improvisations du pianiste.

NAT, léger tic
Vous écrivez ce que je vous ai dit ?

CHRIS
Non.

NAT
Ma femme m’a dit que votre ami l’avait branchée.

CHRIS
Il ne l’a pas branchée.

NAT
Ah bon ?  Elle m’aurait menti...  Oh... elle en est capable...

(À suivre)

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 08:57
ax jeunes écervelés de TARTUFFE qui se chamaillent à coeur joie avant de se réconcilier sous la bénédiction de Dorine.
La scène est un miracle de modernité et Molière le plus intemporel des psychologues.
C’est une scène très longue, haletante, faite de rebuffades et de ripostes  que je ne puis transcrire ici. Mais les dernières répliques sont, à n’en pas douter, des mots d’amour  :

« MARIANNE
Je ne vous réponds pas des volontés d’un père,
Mais je ne serai point à d’autres qu’à Valère.
VALERE
Que vous me comblez d’aise !  Et quoi que puisse oser…
DORINE, la suivante
Ah !  jamais les amants ne sont las de jaser… »

MOLIERE  -   Tartuffe  (Acte II  scène 4)

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 08:53
Je me souviens, toujours dans ARLEQUIN VALET DE DEUX MAITRES, d’Anne ALVARO jouant Béatrice en costume d’homme, pourpoint  et culotte de velours noir et chemise à jabot.
Elle était impériale.  Elle se battait à l’épée comme un gentilhomme et sa grâce faisait oublier les imperfections d’un visage habité par la fougue de son rôle.
Jean-Louis THAMIN lui avait fait donné comme maître d’armes un homme de théâtre qui lui était proche : Denis LLORCA.
Il venait de monter TETE D’OR à l’Odéon. C’était  l’un de nos plus beaux metteurs en scène.
Nous assistions tous aux répétitions des combats.  Les voir s’affronter du regard et de l’épée, seuls sur un plateau désert, nous remplissait d’envie et de trouble.
Leur fougue n’était pas que théâtrale.
Qu’est devenu Denis LLORCA ?  Sa dernière production remonte, je crois, à 1999, c’était LES MISERABLES avec Odja LLORCA.
Depuis, le silence.
Anne ALVARO,  même si elle se fait rare, a toujours sa place au premier rang de nos grandes actrices françaises. On vient de la voir à l’ODEON THEATRE DE L’EUROPE dans GERTRUD (Le Cri) d’HOWARD BARKER.
 
Voilà, je ne vous dis pas à demain puisque des
 engagements m’appellent à la capitale jusqu’à
 samedi….
Je vous retrouve donc lundi 16, toujours avec
 le même plaisir, pour parler théâtre !

Miss  Comédie

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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 09:29


Bonjour tout le monde !  Aujourd'hui je vais commencer cette semaine dédiée à St-VALENTIN en vous parlant de MON
histoire d'amour à moi, celle que j'ai écrite dans le roman qui vient de sortir, "SA LENTE TRAVERSEE DU MOIS D'AOUT".  Pour en savoir plus, lisez mon bloc-notes !
Mais YANN et CHRIS sont au rendez-vous dans le bar, et leur dialogue est assez loin des mots d'amour...

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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 09:23


(YANN et CHRIS  au bord de la crise.)


YANN, rêveur
Ce que j’ai envie de filmer ? C’est l’illusion, le mensonge des apparences.  Je voudrais filmer une histoire et son contraire en même temps, je voudrais montrer un couple qui s’aime et que les spectateurs comprennent qu’ils ne s’aiment pas... tu vois, ce que je veux dire?

CHRIS
S’ils font semblant de s’aimaient, c’est qu’ils se mentent.  S’ils se mentent,   ils ont une raison. Sinon...

YANN
Et pourquoi faudrait-il tout expliquer ?  Tu es trop cartésien. 
(le regardant avec méfiance) 
Je me demande si tu es bien le scénariste qu’il me faut pour cette histoire.

CHRIS, blessé
J’arrête demain, si tu veux.

YANN
En quoi est-ce que tu m’aides ?

Ils se regardent, face à face.

CHRIS
Qu’est-ce que tu veux ?  Que je mette en forme tes pensées, ou que je pense pour toi ?

YANN
On est deux, Chris.  Ne raisonne pas comme si j’étais la tête et toi l’outil.  Non, tu le sais bien : on est deux à inventer une histoire.  C’est TON histoire, autant que la mienne.

CHRIS, découragé
Au départ, c’est notre histoire.  A l’arrivée, ce sera ton histoire.

Silence. YANN regarde CHRIS avec tristesse.

YANN
Et entre les deux ?
CHRIS
Entre les deux...

YANN
Je suis seul. 

(Il se lève, fait quelques pas puis retourne se placer face à CHRIS)

Est-ce que tu connais le poids d’un film ?  C’est lourd, Chris.  Très lourd.

(Il se dirige lentement vers la porte.  Avant de l’atteindre, il se retourne et lance une dernière phrase.)
Si le film est un succès, je le partage avec beaucoup de gens.  Mais si c’est un bide..... qui montre-t-on du doigt ?  .... Je te le demande, Chris :  qui montre-t-on du doigt ?

Il sort en claquant la porte.
(à  suivre)

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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 09:18



…  au génie de RACINE qui nous plonge dans des abîmes
de sensualité déraisonnable…   Phèdre aime Hyppolite, et
sa façon de le lui dire nous donne le vertige.
La plus belle Phèdre au théâtre ?  Maria Casarès, face à
Michel Piccoli, mise en scène par Jean Vilar en 1957.

« Ah ! cruel !  Tu m’as trop entendue !
Je t’en ai dit assez pour te tirer d’erreur.
Et bien, connais donc Phèdre et toute sa fureur :
J’aime. Ne pense pas qu’au moment que je t’aime,
Innocente à mes yeux je m’approuve moi-même,
Ni que du fol amour qui trouble ma raison
Ma lâche complaisance ait nourri le poison.
Objet infortuné des vengeances célestes,
Je m’abhorre encor plus que tu ne me détestes… »   
( Jean RACINE -  PHEDRE    acte ii  scène 5)

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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