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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 09:11

Ma mère jouant du piano.  Ca la prenait un soir, comme ça, quand elle revenait du travail et qu’elle n’avait pas envie de parler, elle s’asseyait devant le piano,  soulevait le couvercle et restait quelques minutes immobile, comme cherchant dans sa tête la musique qui pouvait le mieux convenir à son état du moment.  Elle fouillait dans le tas de partitions, en choisissait une et la plaquait sur le pupitre.
Encore une minute de concentration, les yeux fixés sur les notes, et ses mains commençaient à courir sur le clavier.
Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours été fascinée par son jeu comme l’oiseau devant le sifflement du serpent.
J’arrivais en catimini, j’avais sept ans, puis dix, puis quinze et toujours sa musique me prenait à la gorge. 
Je sais pourquoi maintenant.   Je sais maintenant que je recevais sa douleur. Après sa mort j’ai compris beaucoup de choses sur ma mère.  Je l’ai comprise trop tard, comme tout un chacun…
Quand elle jouait, c’était comme  d’autres entrent en méditation.
Leur esprit s’évade de leur corps et la sérénité  prend possession de tout leur être.
Je la voyais, habitée, les yeux fixés sur le papier ou bien fermés, son corps avait  des élans vite réprimés, des balancements, elle scandait, elle murmurait pour elle toute seule.
Son mal de vivre passait tout entier dans ses doigts et se mêlait au  mal de vivre de Chopin, de Liszt ou de Schuman.
Ma mère aurait été une comédienne hors pair.


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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 09:07
Il n’y a pas de petits rôles, il n’y a que des petits acteurs.
Stanislavski

Mais on donne souvent les petits rôles aux petits acteurs, c'est un cercle vicieux.
Allez je vous retrouve lundi, passez un très bon week-end sous l'anti-cyclone et
surtout, à la montagne, restez bien sur les pistes à l'écart des avalanches...
Miss Comédie
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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 09:12
Bonjour !  Voici une page dédiée à Bernard Giraudeau.   Il est dans mon souvenir,
avec la dernière pièce où je l’ai vu sur scène, et il est dans l’actualité avec le succès
 de son dernier livre et l’annonce d’un nouveau pour le mois de mai… 
Pour nos deux acolytes de ROSE AUTOUR DE MINUIT, et bien ça se gâte
vraiment.  CHRIS abandonne son script et YANN se retrouve seul.  Va-t-il
abandonner le film ?


 

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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 09:05

LE BAR.   YANN, CHRIS, le BARMAN, les
musiciens.

Le renoncement de CHRIS.

YANN
Je ne suis pas Kubrick !

CHRIS
Qu’importe !  Votre ego à tous est incommensurable.  Il lui disait : “Cette scène-là, tu peux la refaire ?”  Et Raphaël refaisait. Il faut savoir que plus tu réécris une scène , plus tu montres que tu es prêt à te vendre. C’est ça, descendre bas.   Abandonner tout respect de son propre talent.  Et le plus beau, c’est qu’à la fin, pris à son propre jeu, on en arrive à s’oublier soi-même pour ne plus vouloir que le bien du FILM.  La plus belle parole de RaphaËL, vers la fin, alors que son scénar n’était plus qu’un album de coloriages dans lequel Kubrick mettait ses couleurs, fut : “Tout ce que je veux c’est que tu fasses un grand film”.  Admirable !!!
YANN
Tu as pris de la drogue, quelque chose ?

CHRIS
Non, non. Ca va très bien.
(Il se passe la main dans les cheveux, comme s’il cherchait à se ressaisir.)

YANN
Je cherche à comprendre.  Tu as viré net. D’accord, tu n’étais pas un parangon d’optimisme, mais là...

CHRIS
Je suis simplement découragé.
(Il pousse le manuscrit vers YANN dans un geste désabusé)
Je sens qu’on n’y arrivera jamais.

YANN
Moi qui venais de te féliciter pour ton travail...

CHRIS
Trop aimable. Je rougis.

YANN
Je suis triste parce que je vois que tu m’abandonnes ton script sans un regard, comme un serveur vous apporte un hamburger... 
(Après un silence :)
J’avais très envie de travailler avec toi.

CHRIS
Je ne suis pas l’homme de la situation. Heureusement, nous nous en apercevons à temps. Prends le script, fais-en ce que bon te semble. Moi, je disparais.

YANN
Comment, tu disparais ?

CHRIS
Oui, je pars avec ma femme et ma gamine dans un bled de Normandie. Je vais enfin pouvoir écrire mon bouquin. Je vais redevenir écrivain.  Je suis écrivain, tu sais

(A suivre)

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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 08:59
… au  merveilleux GIRAUDEAU, qui est aussi bon écrivain qu’il est acteur fétiche, metteur en scène inspiré et wonderboy éternel.  Son dernier livre  LES DAMES DE NAGE vient de passer la barre des 150 000 lecteurs…
Je ne l’ai pas lu.  Mais si son prochain roman s’intitule bien « CHER AMOUR » , je vais me laisser tenter.
Je subodore qu’il parlera encore de voyages, de mers lointaines et d’inaccessibles étoiles…



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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 08:56

Un grand souvenir de théâtre, c’est l’image de Bernard GIRAUDEAU à genoux, torse nu, face au public, dans « BECKET OU L’HONNEUR DE DIEU » d’Anouilh au Théâtre de Paris.
Il jouait Henri II Plantagenet, meurtrier de son meilleur ami devenu son ennemi par amour pour Dieu.
Quel moment !  
 C’était en octobre 2000.  Face à lui, il avait Didier SANDRE, un formidable BECKET, aussi rigide que GIRAUDEAU était voluptueux, mais ils auraient pu, eux aussi, échanger les rôles, c’est ça aussi la magie du théâtre, c’est que les comédiens ont un
secret pour se transfigurer…
Le metteur en scène Didier LONG avait fait là un travail magnifique,
 la pièce toute entière était un régal à voir et à entendre.
C’est pour moi la plus belle pièce d’Anouilh, qui ne tombe jamais dans la mièvrerie et dont la langue reste très actuelle.
Je donnerais beaucoup pour revoir cette pièce, ces acteurs, dans ce théâtre.  Un bonheur total.

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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 08:52
La vraie séduction de l’acteur, c’est de faire admettre au public qu’il est vraiment le personnage.
Bernard GIRAUDEAU

Ils ont tous leur définition et elles sont toutes justes... 
A demain, l'anti-cyclone est là, nous aurons un beau week-end.
Lots of Love !
Miss Comédie

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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 09:24
Bonjour !  Je vous parle aujourd'hui de la magie du théâtre. Oh, quelques mots seulement... Des impressions qui
me reviennent, comme une nostalgie.  On ne devrait jamais s'arrêter de jouer la comédie.
CHRIS le scénariste a un autre problème : il sent que son travail ne sera jamais reconnu comme une création
à part entière.  Il est jaloux du rôle prépondérant du metteur en scène. Il compare YANN à Kubrick, qui
était un dictateur. YANN ne comprend pas bien ces états d'âme qui arrivent un peu tard...
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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 09:19

LE BAR. 
YANN, CHRIS, les musiciens, LE BARMAN

La confession de CHRIS.…

CHRIS, les yeux fermés, continue sur sa lancée d’une voix sourde
…. Et jusqu’à ce que mes mots soient le reflet exact de ta pensée, tu  me fera refaire et refaire.  Jusqu’à ce que les mots désignent enfin le contraire de ce que moi, j’ai voulu décrire.


YANN
Mais cela ne peut arriver que si ta pensée est diamétralement opposée à la mienne !   Ca n’existe pas !  On n’a jamais vu ça, ou alors les deux zozos n’avaient rien à faire ensemble !  Qu’est-ce qui te mets des idées pareilles dans la tête, mon dieu, tu es devenu  parano ! 

CHRIS
Ecoute.  Tu as le beau rôle.  Mais tu es le chef.  Tu en es conscient, n’est-ce pas ?  Sais-tu ce qu’exigeait Stanley Kubrick de son scénariste ?  Qu’il numérote et date les différentes version de son script au fur et à mesure qu'il les lui faisait refaire.

Un silence.  YANN semble effondré par la virulence de CHRIS.

CHRIS
Et tu sais ce que disait Kubrick encore ?  Il disait qu’aucun écrivain vraiment bon ne pouvait vraiment investir tout son talent dans un travail dont un autre type allait faire la mise en scène. C’est une impossibilité psychologique.

YANN, désarçonné
Il disait ça, Kubrick ?

CHRIS
Oui.  Et son scénariste écrivait dans la souffrance, à la fois subjugué par son metteur en scène, par cette énigme vivante, et crucifié de descendre chaque jour plus bas dans l’estime qu’il se portait à lui-même.

(A suivre)

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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 09:16

La magie opère des deux côtés de la rampe.  Au théâtre, les deux camps qui se font face sont là chacun pour se donner du plaisir et non pour se livrer bataille.  En principe.
Le camp du public prend possession des fauteuils, de la salle, de l’air ambiant, il emplit cet espace de l’accumulation de ses ions positifs et négatifs, et très vite ce public, ce soir-là,   devient ami ou ennemi.
Il n’empêche que le plaisir d’être là remplit chaque spectateur d’une attente frémissante, d’une curiosité presque malsaine devant le mystère d’un rite qui va se dérouler devant lui. 
Le spectateur est passif, en apparence, mais ses réactions intimes vont émaner de lui pour influencer le jeu des acteurs et pour peu que ces réactions soient négatives, et qu’elles s’additionnent avec un nombre important d’autres réactions négatives,  les acteurs se sentiront très vite en position de repli.
Pour les comédies, le problème ne se pose pas d’une manière aussi troublante.  Le public rit, ou il ne rit pas.  C’est clair et net, et s’il ne rit pas, c’est que l’effet n’a pas porté  mais il est rare qu’aucun effet ne porte, ou alors c’est la cata absolue.
Non, le mystère réside dans une pièce qui joue sur la corde sensible, où le talent de l’acteur consiste à dévoiler son intimité sans être impudique.  Face à lui, le public frémit, ou s’indigne, ou absorbe ce rayonnement de l’intime comme on absorbe la lumière du soleil.  Il y a alors un silence et la salle s’emplit d’ions positifs.  L’osmose est alors immédiate entre les deux camps.
Il y a de bonnes salles et de mauvaises salles, nous le savons tous, et il arrive que lorsque la fusion fut parfaite, la troupe d’un commun accord, aux saluts, se mette à applaudir son public.

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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