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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 14:10

Oui,son nom est sur toutes les une, oui le 4 janvier 1960 il disparaissait et tout-à-coup il ressuscite dans les louanges et les regrets.

Il y a cinquante ans il était fatigué, miné par les critiques, doutant de lui-même à la veille de la première de sa pièce LES POSSEDES au Théâtre Antoine.

 J’étais venue lui faire signer les derniers contrats, nous avons eu une conversation.  La dernière.  LA scène est toujours dans mon coeur, d’une précision intacte.

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 14:05

 

LES-POSSEDES001.jpgCamus est vêtu d’un costume léger bleu marine. Sous la veste, son éternel gilet de laine gris.  Il a l’air fatigué.  Son bureau est encombré de livres, de papiers, de photos d’acteurs.  La fenêtre est fermée.

Il se lève pour m’accueillir.

- Alors, ma chère, nous avons enfin un théâtre...

- Oui, monsieur, enfin !

- Je n’aurais jamais cru que ce fût si difficile, soupire-t-il.

 Bon, la pièce est longue, lourde... une lourde machine... Et tous ces comédiens.... Mais enfin voilà : c’est encore une femme qui a le courage.

Je souris :

-  C’est elle qui en aura le succès...

- Chut... ne mettons pas les dieux contre nous... Si vous saviez comme je doute... Dans un mois on répète et je ne suis sûr de rien...

Ce n’est pas à moi à le réconforter.  J’ouvre ma serviette et sors les documents à signer.  Il tend la main, les pose devant lui tout en suivant le cours de sa pensée.

-  Que pensez-vous de Catherine Sellers ?  L’avez-vous déjà vue sur une scène ?

Il me parle comme à un agent. Après tout, oui, je suis la secrétaire de son agent.

-  Non, je ne l’ai jamais vue.  Seulement des photos...  Elle a un beau visage tourmenté... des pommettes hautes comme les slaves... Je l’imagine bien jouant Maria.

Il rêvait.

-  Elle est parfaite.  Et quel métier... Une actrice shakespearienne.

N’y tenant plus, je lance :

-  Vous l’aimez ?

Il est pris au dépourvu.  Je vois dans ses yeux le travail de décodage : “veut-elle dire que je l’aime comme artiste, que j’aime son jeu, ou bien a-t-elle le culot de me demander si je l’aime d’amour ?”

Mais il est trop fin pour douter longtemps.  Il est honnête, aussi.  Et puis il est devant une femme.

-  Oui, je l’aime.

Il prend un crayon posé sur la table et le fait rouler, du doigt, entre deux piles de livres. Avancer, reculer, avancer, reculer.  Lui a décidé d’avancer.  De se livrer.

-  J’aime plusieurs femmes, d’un amour total et différent.  Il y a plusieurs sortes d’attentes... il y a plusieurs sortes de charmes qui opérent sur moi... et qui n’enlèvent rien aux autres... Pourquoi n’aimer qu’une fois ?  Il y a tant à donner.

-  Mais votre femme ?

-  C’est ma femme.  Elle est mon point d’attache.

 

Il a l’air grave, celui qu’il doit avoir en écrivant. Nous avons trop parlé de lui.

-  Et vous ?

 Il dit cela sans vraiment questionner, comme une parade.

-  Je vais prendre des cours de comédie.

 

Bien,  sa pensée bascule. Il accuse le coup, avec soulagement semble-t-il.  Il n’est plus question de ses amours, mais il n’aime pas ce qu’il entend.  D’un ton rude, il lance :

-  Pour quoi faire ?

-  Pour faire du théâtre.

Il regarde la secrétaire qui veut faire du théâtre.  C’est comme si j’avais enlevé une perruque et qu’il découvrait que j’étais chauve.

-  Vous avez tort.

-  Et pourquoi s’il vous plait ?

-  Parce que faire du théâtre n’est pas ce que vous croyez.

-  Savez-vous seulement ce que je crois ? 

Il se lève. Sa voix a quitté le ton de la conversation mondaine.

-  Oh oui, je le sais : vous croyez que c’est facile, que ça brille, qu’on n’a qu’à parler et que les gens applaudissent, et que l’on joue tous les rôles qu’on veut, toujours,...

-  Non, vous vous trompez.  Je sais que c’est difficile et long, et frustrant. Mais je veux essayer. Et pourquoi toutes ces comédiennes que vous admirez ont-elles le droit d’en faire et pas moi ?

Il se plante devant moi et me parle en se penchant, avec véhémence.

-  Parce qu’elles sont folles !   Oui, il faut avoir la folie en soi pour faire du théâtre, il faut être fou !   Et vous êtes tout ce qu’il y a de plus normale !

Il me gifle avec ce mot.  Il n’y a plus de larmes, il y a la colère.

-  Qu’est-ce que vous en savez ? Est-ce que vous me connaissez?

 

Il se redresse et retourne s’asseoir à son bureau.

-  Oh, non, bien sûr je ne vous connais pas.  Il y a bien un peu de folie dans chacun de nous.... Mais je vous vois plutôt mariée, avec de beaux enfants, vous êtes si tendre...

Normale et tendre.   Je hais cet homme qui ne comprend rien aux apparences.

Il y a un silence.

Camus  feuillette les documents  posés devant lui, il les lit à peine et les signe.

Puis il referme le dossier et me le tend.  Je me lève. 

Alors il fait le tour du bureau, vient face à moi et comme je baisse la tête, il lève du doigt mon menton, et ses yeux plongent dans les miens.  C’est le moment où mes larmes arrivent malgré moi.

-  Mon petit.  Je vous ai fait de la peine.  Je vous ai dit le fond de ma pensée, je n’avais pas le droit, c’est absurde...

Il essuie la première larme sur ma joue d’un doigt paternel.

-  Ecoutez-moi.  Nous allons faire un pacte.  Après cette conversation, réfléchissez.  Faites ensuite exactement ce que vous sentez, suivez votre instinct. Je vous donne rendez-vous dans un an. Nous prendrons une soirée entière, je vous emmènerai dîner.   Et  vous me raconterez  ce que vous aurez tenté... ou non tenté... Vous me prouverez peut-être que j’ai eu tort ? 

 

Il me serre contre lui.

-  Nous voulons tout... Je suis comme vous... Il faudrait plusieurs vies.  Après tout se tromper est encore la meilleure façon de se trouver.  Mais le théâtre est un maquis...    

Je m’écarte de lui :

-  Tous les métiers sont un maquis, monsieur.

-  C’est la vérité.  Vous avez le dernier mot.  Maintenant les choses vont se précipiter, je n’aurai plus une minute à moi.  Mais n’oubliez pas : dans un an... Je n’ai qu’une parole.

Nous étions le 28 décembre 1958.   Un an plus tard, il  allait quitter sa maison de Lourmarin et prendre la route vers Paris où je l’ai attendu en vain.

 

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 14:02

CAMUS.jpg

 

Il y a 50 ans, la plus belle décennie du siècle venait à peine de commencer, quand cet homme juste entre les justes est mort dans une Facel Vega.

On s’agite beaucoup aujourd’hui autour de cet anniversaire.  On n’a jamais autant de reconnaissance que lorsqu’on est mort.

Dieu sait combien cet homme a subi de critiques et de malveillances, tout un fatras d’injustices qu’il traînait après lui comme un lourd fardeau, qui empoisonnait sa vie, lui qui était  gai, frivole et blaqueur quand on lui foutait la paix.

Sa fille Catherine, qu’on avait laissée tranquille jusque-là, a dû sortir de sa réserve pour venir aux micros parler de son père.  Elle dit : « qui suis-je pour parler à sa place ? »

Il y a sept ans, elle m’avait gentiment autorisée à monter une pièce de théâtre que j’avais écrite et qui utilisait de larges extraits de LA CHUTE. 

Malheureusement malgré tous mes efforts, la pièce n’a jamais trouvé preneur, aussi bien auprès des directeurs de théâtre que des metteurs en scène.  Qui sait, elle aurait peut-être plus de succès aujourd’hui ?  Les modes, les humeurs changent…  Mais je n’ai pas le courage de reprendre la route avec mon sac sur le dos et de frapper aux portes.  Les auteurs inconnus n’ont aucun crédit auprès des responsables des lieux de fréquentation.

Catherine Camus, elle, ne voyait rien de mal au fait que je sois inconnue.

Elle publie un livre de photos « Camus, solitaire et solidaire », encore des photos de lui, était si beau.

Un autre livre encore : « Camus, l’homme intranquille ».  Un peu balourd, le qualificatif.  On pourrait trouver mieux.

On n’en finit pas de parler de lui.  Tout, absolument tout, a été dit.   On a frôlé la question traditionnelle  : « Qui l’a tué ? »   Comme tous les mythes, il faut qu’il y ait un mystère autour  de sa mort, jamais élucidé comme il se doit.  Laissez tomber, s’il vous plait.

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 13:59

« Pourquoi n’aimer qu’une fois ?  Il y a tant à donner. »

Que répondre à cela ?

Albert Camus avait une conception christique de l’amour.  

Maintenant, le Panthéon, pourquoi pas ?

Miss Comédie

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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 12:53

  J’imagine une scène d’anthologie : James CAMERON, serrant la main de Dan BROWN avec un clin d’œil complice.

Deux mecs qui jouent dans la cour des géants, -pieces-d-or GDpas des gens comme nous.

Et pourtant, ils répondent aux interviews avec beaucoup de simplicité, d’ingénuité même.   Je pense qu’ils sont les premiers étonnés de leurs avatars.  Quelqu’un a décidé pour eux que leur truc, encore une fois, ferait de l’or.  C’est le mystère de la réussite.


 


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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 12:48

On a tendance à parler des avatars d’une copine comme de ses mésaventures.  Ce mot a une connotation péjorative, en tous cas c’est celle qui lui est restée de ses différentes interprétations.  Mais voilà que le film de James CAMERON le réhabilite en le mettant au goût du jour.

 

Prenons le Petit Robert :

« Avatar.  n.m. (1800)  du sanscrit « avatara », descente.

1°)  Dans la religion hindoue, chacune des incarnations de Vishnu.

2°)  fig.  Métamorphose, transformation.  (« Cette Cisalpine s’appellera République italienne, puis, par un nouvel avatar, Royaume d’Italie. » (MADELIN).

3°)  XXème. Par contresens, mésaventure, malheur.

 

Dans la prochaine édition, il sera probablement mentionné en 4ème position le terme « avatar » comme un terme utilisé par les internautes pour signifier le portrait définissant son profil dans un blog ou dans Facebook…

Maintenant on sait qu'un avatar est un fait-divers courant chez les extra-terrestres.

 

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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 12:44

 

Avatar-Nouvelle-affiche-en-ligne.jpgAprès TITANIC, deuxième bingo.  Et de taille… James CAMERON ne le fait certainement pas exprès, puisque la loi d’incertitude joue aussi pour lui, mais il doit savoir quels atouts mettre de son côté.

AVATAR, pour en parler il faut l’avoir vu et je ne l’ai pas encore vu.   Mais ce que je sais déjà c’est le montant des recettes, pharaonesque, et le bouche à oreille qui est très favorable, toutes générations confondues.

Sur ce film nous saurons tout,  depuis les procédures de financement jusqu’aux discussions sur le choix de l’affiche,  le nombre de figurants, les

caprices de stars, etc.   Chaque magazine ira de son interview exclusive du réalisateur, si ce n’est déjà fait.  Le making-off du film se vendra comme un long-métrage à succès.

Moi, ce qui m’intéresse, c’est la corde sensible qu’il va faire vibrer en moi : l’émotion ?  la curiosité, l’esthétisme ?   Va-t-il me faire réfléchir sur l’être humain ?  Va-t-il m’ouvrir des horizons sur notre devenir ?.

 

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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 12:40

le-paysage-de-neige.JPG

Oui, le mot est vraiment d’actualité ces jours-ci !  J’en abuse même aujourd’hui mais le mot me plait.   Oui, LA NEIGE est en train de nous tomber dessus  sans mollir et c’est le chaos, paraît-il, sur les routes.  Pourtant cette belle neige avait fait correctement son travail de promo, comme tout avatar de haute volée.  Mais les gens sont si négligents…

Survivrons-nous à ce refroidissement de la planète ?

A bientôt peut-être,

Miss Comédie

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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 11:05

 

symboles-religieux-355px.pngTiens, bonjour !  Qu’est-ce qui s’est passé ?  Je crois que j’ai un peu dormi.

Il y a eu Noël, vous dites ?  Noël, symbole de l’incarnation d’un dieu en homme, pour nous sauver paraît-il ?  Et puis là, nous avons un arrivage de rois, les rois mages venus apporter leurs présents au  nouveau-né Roi de la chrétienté.  Eux, sont le symbole de la suprématie d’un roi divin sur les rois humains.

Je pense que les symboles dont parle Dan Brown dans son livre sont encore d’une autre nature, mais notre monde regorge de symboles dont personne n’a la clef.

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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 10:51

le-symbole-perdu-copie-1.jpg600 000 exemplaires vendus en un mois du SYMBOLE PERDU  en France.

            Avec les autres titres de la trilogie  Langdon, il en est à plus de 200 millions de livres vendus dans le monde.

Déjà on s’incline, on cherche pas où est le trick, la recette, quelle recette ?

Il a le look, comme Kate Moss. 

Alors les journalistes  épluchent, mettent la loupe, remarquent une faute de syntaxe, reproduisent une phrase et disent c’est quoi ça ? ils cherchent la petite bête.  Ils se rendent ridicules.  Ils me font penser aux hommes préhistoriques qui tournaient autour du feu en criant sans savoir pourquoi ça brûlait.

Les gens s’en foutent, ils achèteront le 610 millième exemplaire, ils en rêvent la nuit.

 On n’y croit pas à ses révélations fracassantes, bien sûr. On rigole de lire que les francs-maçons boivent dans des crânes !

Moi je verrais bien Harrison Ford dans le rôle de Langdon, s’il n’avait pas déjà été tenu par Tom Hanks, qui est au demeurant un acteur que j’adore.  Mais il a pas ce côté aventurier  buriné que j’imagine bien à Langdon.

Mais en tout cas, plus de Audrey Tautou par pitié !   Même Susan BOYLE ferait l’affaire et Dan BROWN n’y aurait rien à redire, lui qui a mené une jolie carrière de chanteur aux US avant de tomber dans le pot de miel.

Il y a des gens comme ça :  le succès s'accroche à eux et ne veut plus les lâcher. C'est comme James CAMERON avec son AVATAR.  Encore un roi mage...Rois-mages.jpg

 

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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