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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 11:03

 

 

Gainsbourg JOAN SFAR N'A PAS TRAHI SON MODÈLE

Je ne voulais pas y aller.  Encore un biopic !  Et en plus, GAINSBOURG !

Aucun acteur au monde ne peut incarner GAINSBOURG !  Sa gueule !  Son œil  torve !  Son indolence !  Son élégance !  Ses blessures intimes…

Et  puis, qui c’est, ce SFAR ?  J’ai su avant de voir le film que c’était un génial dessinateur de BD.  Et j’ai compris alors l’inventivité des premières images, et aussi de certaines trouvailles poétiques.

Oui,  heureusement, j’y suis allée  et  j’ai passé deux heures de pur délice.

Si si, l’acteur existe.  C’est pas n’importe qui, même si son nom ne dit rien à personne, sauf aux professionnels du théâtre.  C’est même un grand acteur de théâtre, et ça se voit, mais ça ne suffisait pas pour incarner GAINSBOURG. Il fallait avoir la dégaine, et tout ce que j’ai cité plus haut.   Il a tout ça, ERIC ELMOSNINO.

Pourquoi Joann SFAR appelle-t-il son film « un conte » ?  C’est la réalité même, privée de la trivialité qu’affichait parfois ce poète maudit.  Il y a du Boris Vian dans sa première chanson.  Les Frères JACQUES sont parfaits,

excellent QUATUOR !

 L’apparition de Claude  CHABROL est succulente.

L’incarnation de Brigitte BARDOT par Laetitia CASTA est époustouflante.

Cette fille a la sensualité beaucoup plus exubérante que Brigitte, qui était finalement très réservée même dans ses scènes les plus torrides, question d’époque.

Toutes les autres femmes de la vie de GAINSBOURG sont ratées,  surtout France GALL, une caricature.

J’étais émue de voir la petite Lucy GORDON, dont je vous annonçais la mort dans un blog de l’année passée, mort affreuse et incompréhensible, elle avait l’avenir devant elle.    C’est Jane BIRKIN qui a dû avoir un choc,  comme si d’incarner son personnage avait porté malheur à la comédienne…

Enfin, tout le film est empreint de poésie, dans les images et dans les enchaînements musicaux, et j’ai trouvé géniale  l’idée  du « double » de GAUINSBOURG, son mauvais ou bon génie qui a quelque chose de shakespearien.

Mais le mot de la fin c’est quand même Eric ELMOSNINO.  Il a le charme trouble de GAINSBOURG, il a sa voix, il a  son insolence innée.

On nous a épargné sa mort, restant sur l’image d’un fumeur qui semble se demander s’il va enfin arrêter.

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 11:01

1ere étape : LE SUSPENSE (suite)

 

Chic, je n’ai pas eu de message décommandant le rendez-vous de cet après-midi.

Donc, tout à l’heure  je mets pour la première fois le pied dans le lieu où va se monter ma pièce.  Je ne vous dis pas encore son nom, tout sera dévoilé en même temps.

 Ca va quand même  me faire drôle, de  ne pas entrer au théâtre en comédienne, ni en spectatrice, mais en auteur.  C’est la première fois.

Lundi vous aurez le récit du déroulement des opérations.

A bientôt,

Miss Comédie.

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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 22:23

En ce moment, je remarque que certaines  têtes d’affiche se produisent en petit comité.

 

  zoom_affiche20091211124929.jpgPATRICE LECONTE  MET SA GRIFFE SUR GAVALDA

 

Au théâtre de l’Atelier, Patrice LECONTE dirige un homme  et une femme dans « JE L’AIMAIS », une pièce tirée d’un film que vous avez peut-être vu, lui-même tiré d’un livre que vous avez peut-être lu.

Lui, c’est Gérard DARMON, grand escogriffe aux mille ressources, capable de jouer sur le rire ou sur les larmes avec le même talent.   Il raconte, elle écoute et se plaint. Dans le film, la maîtresse a la part belle du récit.  Ici, c’est l’inverse : Irène JACOB est la femme délaissée qui cherche le réconfort auprès de son beau-père.

Je vous parlerai de la pièce lorsque je l’aurai vue, mais quel est mon souci ?  Juste ceci : Patrice LECONTE aura-t-il réussi à donner au texte la dimension qui manque à la prose de GAVALDA ?   Je vous fiche mon billet qu’il en est capable...

 

  image_paradis_gde.jpgRACHIDA BRAKNI  DOMPTE  ERIC CANTONA

 

Au théâtre Marigny, c’est    la belle et talentueuse comédienne Rachida BRAKNI qui prend le fouet et entre dans la cage aux lions pour la pièce de Nathalie SAUGEON que je ne connais pas : « FACE AU PARADIS ».

L’homme de sa vie, Eric CANTONA,  face au paradisiaque Lorànt DEUTSCH.

Moi, entre les deux, j’aurais pas pris le footballeur, mais chacun ses goûts.

C’est son premier rôle au théâtre à lui, et c’est sa ptremière mise en scène à elle.  Au milieu,  le  Lorànt DEUTSCH doit avoir les jetons.

De toute façon, lui, il tirera son épingle du jeu.

Mais quand même !  Marigny !  Y en a qui ont du bol.

 

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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 22:21

1ère étape : LE SUSPENSE  (suite).

 

J’ai eu une réponse de mon metteur en scène qui était engagé dans le montage de son nouveau spectacle, j’avais oublié ce détail, c’est pourquoi il ne me rappelait pas.

Il me demande une date de rendez-vous.  Je la lui donne.   Il l’accepte. Nous

sommes d’accord pour nous rencontrer au théâtre, jeudi à 14h.

Que va-t-il se passer ?   Mystère.

Vous saurez tout sur cette rencontre dans le blog qui suivra.

Mais il faut être conscient de l’extrême fragilité d’un projet théâtral.

A tout instant, je peux venir et vous dire « On arrête tout, je ais vous parler de comment  monter les œufs en neige.  Vous comprenez ?

Dans l’étape « Suspense », tout peut arriver.

Mais si nous arrivons à franchir le cap des contrats et de la première répétition, alors nous pourrons dire que l’affaire est en bonne voie.

Mais  je tiens à vous raconter ce périple sans omettre le moindre caillou, la moindre bosse qui pourrait faire vaciller l’équipage, comme ça si un jour il vous vient l’envie de monter votre pièce de théâtre, vous saurez à quoi vous attendre.

 

 

A bientôt donc, pour avancer dans la première étape, toujours le suspense !

Miss Comédie.

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 11:50

        GOLDEN GLOBES,  AVATAR  IN THE POCKET !

 

 golden globes poster 2Les Américains aiment ceux qui gagnent.  C’est pas comme nous, qui chouchoutons 

d’abord ceux qui rament, ça part d’un bon sentiment, remarquez.

Nous, on aurait dit : « AVATAR, il a pas besoin de récompense, il casse déjà la baraque avec ses entrées, donnons plutôt le Golden Globe à ce petit film sans moyens qui fera une semaine en salle… »

C’est comme ça qu’on fonctionne en France. 

Là-bas, ce qui compte, c’est récompenser celui qui fait flamber l’orgueil national,  et qui a plus de talent que les autres pour faire flamber le box-office.

Donc, AVATAR, meilleur film, meilleur réalisateur.  Pas mal pour un mec qui avait déjà fait le coup avec TITANIC en 1997.   C’était il y a treize ans, d’accord.  Mais en treize ans il aurait pu perdre la main, non il mijotait ce qui allait être le film-événement du siècle, une vision délirante du futur.

James CAMERON a une allure énergique, un visage lisse et un regard tranquille.  On le sent très sûr de lui et les pieds sur terre, lui qui connaît tous les secrets interplanétaires.

 

Jeff BRIDGES, que je croyais rangé des voitures, et heureusement que non, il gagne le GOLDEN GLOBE du meilleur acteur dans un drame : « Crazy Heart ».

CHRISTOPH WALTZ, que tout le monde a adoré dand UNGLORIOUS BASTARDS de Quentin TARENTINO, remporte le prix du meilleur second rôle dans ce film épatant.   TARENTINO espérait peut-être mieux, mais c’est le jeu.

 

Et puis, et puis, notre petite MARION COTILLARD s’est inclinée devant la grande Meryl STREEP, impériale douairière, leur Catherine DENEUVE à eux en moins belle, pour le prix de la meilleure actrice dans une comédie.

Que voulez-vous, elle avait déjà eu la statuette l’an dernier, il faut pas trop en demander, on a le droit d’être chauvins  outre-atlantique.

Elle était toute jolie et nette, à son arrivée sur le red carpet on l’appelait de partout et elle a répondu à un journaliste, très bien, très sobre.

Mais elle n’est pas repartie sans rien : on lui a remis le Prix Cecil B. de Mille pour l’ensemble de sa carrière.   Joli !

 J’ai été frappée, en regardant les vidéos de cette cérémonie, par l’affluence dingue qui se bouscule aux abords et à l’intérieur du Beverly Hilton à Hollywood.  Des centaines d’invités en tenue de soirée  se pressaient sur le tapis rouge, et circulaient ensuite autour des tables dans le plus parfait désordre. 

A noter que George CLOONEY, Johnny DEPP, Daniel DAY-LEWIS, qui étaient nommés, n’ont obtenus aucune récompense…

 

 

 

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 11:37

point-d-interrogation.jpg     Pour me rassurer, je repense aux galères que j’ai connues autour de moi, et chez des gens qui avaient du pouvoir, des relations et tout, et qui ont mis des mois à monter leur pièce.

Je pense à Albert CAMUS lui-même, dont l’adaptation des POSSÉDÉS ne trouvaient pas de théâtre,  tous reculaient devant l’énormité de la production.

Et pourtant, quelle  affiche !   Pierre Blanchar, Pierre Vaneck, Michel BOUQUET, Tania BALACHOVA, Catherine SELLERS, Charles DENNER… et j’en passe, sans compter l’auteur, CAMUS  lui-même.   Son agent Micheline ROZAN s’est démenée comme un beau diable pour arriver à convaincre enfin Simone BERRIAU d’accueillir la pièce dans son  théâtre, le Théâtre ANTOINE.

Le spectacle n’a eu qu’un succès d’estime et de curiosité mais les Parisiens ont boudé LES POSSÉDÉS.    Tout ça pour ça… CAMUS  a  éprouvé une grande déception.

Donc, pas de panique, restons zen, ça finira bien par démarrer…

 

A bientôt,

Miss Comédie     

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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 12:26

 

Stylo_Plume-copie-1.jpgMON  2ÈME ROMAN ENTRE DANS LA DANSE 

 

  IL  est sur le point d’être publié, aux Editions Le Manuscrit comme le premier, vous vous souvenez : Sa Lente Traversée du Mois d’Août ?   Vous avez été nombreux à le commander, pas assez nombreux évidemment,  il est loin d’avoir atteint ke score de Dan Brown mais faut pas rêver.

Ce deuxième roman s'intitule  LES BALS DE DOUVRES et j’espère que sa carrière sera aussi brillante que celle du premier, et si elle est beaucoup plus brillante, ça sera parfait.

Je vous raconte en deux mots.  Il s’agit des aventures d’une petite Toulousaine exilée en Angleterre pour suivre des études de lettres et qui va de surprise en surprise  devant les excentricités de ce peuple anglo-saxon, à des années-lumière du nôtre !   Une autre planète !   Mais de jour en jour elle prend goût à leurs rites  bizarroïdes, aux  festivités et aux rencontres qui sont pour elle autant de sujets de fou-rire que de fascination.

Voilà, elle tombe amoureuse évidemment, d’un Anglais de pur souche qu’elle tente de ramener en France mais… enfin, je vais pas tout vous dévoiler.

  Bon, le projet est en bonne voie, j’ai déjà signé mon contrat, mais j’attends le  BAT (bon à tirer) et ça peut prendre un bout de temps avant d’arriver  à la livraison en ligne et en librairie. Donc, soyez patients, comme je le suis…

 


Dans la vague d’actu de ce début d’année, il y a beaucoup de reGainsbourgvenants.  Serait-ce pour pallier à une certaine crise de nouveaux talents ?


GAINSBOURG for ever, et ça va bon train les commentaires, plutôt flatteurs d’ailleurs, sur la sortie du film de Joann SFAR, inconnu au bataillon, mais ce qui attise l’émoi c’est surtout l’évocation de Gainsbarre lui-même, le film certains iront le voir par dévotion pour l’artiste, les autres n’iront pas le voir pour les mêmes raisons.

Il aurait eu 80 ans cette année !  Imaginez.  Sa main tremblante tenant toujours son cigare, et l’œil goguenard.


 

DUTRONC SE LANCE  (encore un amateur de cigare.  Vestige d’une société où il restait encore quelques petits plaisirs à se partager.   Aujourd’hui, il reste le badminton)  dutronc-tourneeDUTRONC, lui, s’offre un come-back vivant,  ce qui est un peu plus joyeux.

Ses fans ont fait 30 km pour aller assister à la première à Evry, il a fait un très beau prologue à sa soirée du Zénith.  Bien sûr,  son public a l’âge canonique, mais ça ne veut pas dire qu’il est tiède, il sait hurler sa joie et lever les bras.  J’aimais bien DUTRONC, mais je crois que je ne me serais pas déplacée.  Il a toujours la même dégaine (regardez sur You Tube), il brandit son cigare en entrant en scène mais il ne le fume pas, il le met dans sa poche.  Lui il est plus jeune, il n’a que 67 ans. C'est un jeunot, comme Johnny.

 

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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 12:21


 

 

point-d-interrogation.jpgOui, on est en plein suspense.  Première étape : LE SUSPENSE.

J’ai l’air fin, moi avec mes projets, que j’ai eu le tort de vous annoncer trop tôt.

Cette pièce dont je vous annonçais le making-off, et bien ça piétine, mon metteur en scène et premier rôle  est aux abonnés absents.  J’espère toutefois qu’il n’a pas renoncé à ce projet, qui était un très beau projet ma foi, et qui nous promettait bien du bonheur.

Maintenant écoutez bien !  Cette entrée en matière qui peut sembler pessimiste, est déjà l’avant-propos du récit lui-même.   Je m’explique :  tout projet théâtral ou cinématographique se doit de passer par  les stades successifs  de l’incertitude, du doute, des problèmes d’argent,  du risque de capotage, du renoncement puis du rattrapage de l’un ou l’autre des intervenants, pour arriver, si tout va bien, à poser la première pierre qui est en l’occurrence, soit la Première Répétition, soit le Premier Tour de Manivelle.

Un parcours initiatique, finalement.

Donc, restons dans le suspense pour l’instant et regardons autour de nous le monde qui tourne, et la terre qui tremble.  Nous regardons les images de Haïti comme on regarde un film d’horreur.  Mais la réalité est inregardable.

A bientôt !

Miss Comédie

 

 

 

 

 

 

 

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 14:10

Oui,son nom est sur toutes les une, oui le 4 janvier 1960 il disparaissait et tout-à-coup il ressuscite dans les louanges et les regrets.

Il y a cinquante ans il était fatigué, miné par les critiques, doutant de lui-même à la veille de la première de sa pièce LES POSSEDES au Théâtre Antoine.

 J’étais venue lui faire signer les derniers contrats, nous avons eu une conversation.  La dernière.  LA scène est toujours dans mon coeur, d’une précision intacte.

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 14:05

 

LES-POSSEDES001.jpgCamus est vêtu d’un costume léger bleu marine. Sous la veste, son éternel gilet de laine gris.  Il a l’air fatigué.  Son bureau est encombré de livres, de papiers, de photos d’acteurs.  La fenêtre est fermée.

Il se lève pour m’accueillir.

- Alors, ma chère, nous avons enfin un théâtre...

- Oui, monsieur, enfin !

- Je n’aurais jamais cru que ce fût si difficile, soupire-t-il.

 Bon, la pièce est longue, lourde... une lourde machine... Et tous ces comédiens.... Mais enfin voilà : c’est encore une femme qui a le courage.

Je souris :

-  C’est elle qui en aura le succès...

- Chut... ne mettons pas les dieux contre nous... Si vous saviez comme je doute... Dans un mois on répète et je ne suis sûr de rien...

Ce n’est pas à moi à le réconforter.  J’ouvre ma serviette et sors les documents à signer.  Il tend la main, les pose devant lui tout en suivant le cours de sa pensée.

-  Que pensez-vous de Catherine Sellers ?  L’avez-vous déjà vue sur une scène ?

Il me parle comme à un agent. Après tout, oui, je suis la secrétaire de son agent.

-  Non, je ne l’ai jamais vue.  Seulement des photos...  Elle a un beau visage tourmenté... des pommettes hautes comme les slaves... Je l’imagine bien jouant Maria.

Il rêvait.

-  Elle est parfaite.  Et quel métier... Une actrice shakespearienne.

N’y tenant plus, je lance :

-  Vous l’aimez ?

Il est pris au dépourvu.  Je vois dans ses yeux le travail de décodage : “veut-elle dire que je l’aime comme artiste, que j’aime son jeu, ou bien a-t-elle le culot de me demander si je l’aime d’amour ?”

Mais il est trop fin pour douter longtemps.  Il est honnête, aussi.  Et puis il est devant une femme.

-  Oui, je l’aime.

Il prend un crayon posé sur la table et le fait rouler, du doigt, entre deux piles de livres. Avancer, reculer, avancer, reculer.  Lui a décidé d’avancer.  De se livrer.

-  J’aime plusieurs femmes, d’un amour total et différent.  Il y a plusieurs sortes d’attentes... il y a plusieurs sortes de charmes qui opérent sur moi... et qui n’enlèvent rien aux autres... Pourquoi n’aimer qu’une fois ?  Il y a tant à donner.

-  Mais votre femme ?

-  C’est ma femme.  Elle est mon point d’attache.

 

Il a l’air grave, celui qu’il doit avoir en écrivant. Nous avons trop parlé de lui.

-  Et vous ?

 Il dit cela sans vraiment questionner, comme une parade.

-  Je vais prendre des cours de comédie.

 

Bien,  sa pensée bascule. Il accuse le coup, avec soulagement semble-t-il.  Il n’est plus question de ses amours, mais il n’aime pas ce qu’il entend.  D’un ton rude, il lance :

-  Pour quoi faire ?

-  Pour faire du théâtre.

Il regarde la secrétaire qui veut faire du théâtre.  C’est comme si j’avais enlevé une perruque et qu’il découvrait que j’étais chauve.

-  Vous avez tort.

-  Et pourquoi s’il vous plait ?

-  Parce que faire du théâtre n’est pas ce que vous croyez.

-  Savez-vous seulement ce que je crois ? 

Il se lève. Sa voix a quitté le ton de la conversation mondaine.

-  Oh oui, je le sais : vous croyez que c’est facile, que ça brille, qu’on n’a qu’à parler et que les gens applaudissent, et que l’on joue tous les rôles qu’on veut, toujours,...

-  Non, vous vous trompez.  Je sais que c’est difficile et long, et frustrant. Mais je veux essayer. Et pourquoi toutes ces comédiennes que vous admirez ont-elles le droit d’en faire et pas moi ?

Il se plante devant moi et me parle en se penchant, avec véhémence.

-  Parce qu’elles sont folles !   Oui, il faut avoir la folie en soi pour faire du théâtre, il faut être fou !   Et vous êtes tout ce qu’il y a de plus normale !

Il me gifle avec ce mot.  Il n’y a plus de larmes, il y a la colère.

-  Qu’est-ce que vous en savez ? Est-ce que vous me connaissez?

 

Il se redresse et retourne s’asseoir à son bureau.

-  Oh, non, bien sûr je ne vous connais pas.  Il y a bien un peu de folie dans chacun de nous.... Mais je vous vois plutôt mariée, avec de beaux enfants, vous êtes si tendre...

Normale et tendre.   Je hais cet homme qui ne comprend rien aux apparences.

Il y a un silence.

Camus  feuillette les documents  posés devant lui, il les lit à peine et les signe.

Puis il referme le dossier et me le tend.  Je me lève. 

Alors il fait le tour du bureau, vient face à moi et comme je baisse la tête, il lève du doigt mon menton, et ses yeux plongent dans les miens.  C’est le moment où mes larmes arrivent malgré moi.

-  Mon petit.  Je vous ai fait de la peine.  Je vous ai dit le fond de ma pensée, je n’avais pas le droit, c’est absurde...

Il essuie la première larme sur ma joue d’un doigt paternel.

-  Ecoutez-moi.  Nous allons faire un pacte.  Après cette conversation, réfléchissez.  Faites ensuite exactement ce que vous sentez, suivez votre instinct. Je vous donne rendez-vous dans un an. Nous prendrons une soirée entière, je vous emmènerai dîner.   Et  vous me raconterez  ce que vous aurez tenté... ou non tenté... Vous me prouverez peut-être que j’ai eu tort ? 

 

Il me serre contre lui.

-  Nous voulons tout... Je suis comme vous... Il faudrait plusieurs vies.  Après tout se tromper est encore la meilleure façon de se trouver.  Mais le théâtre est un maquis...    

Je m’écarte de lui :

-  Tous les métiers sont un maquis, monsieur.

-  C’est la vérité.  Vous avez le dernier mot.  Maintenant les choses vont se précipiter, je n’aurai plus une minute à moi.  Mais n’oubliez pas : dans un an... Je n’ai qu’une parole.

Nous étions le 28 décembre 1958.   Un an plus tard, il  allait quitter sa maison de Lourmarin et prendre la route vers Paris où je l’ai attendu en vain.

 

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

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