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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 17:30

 

 

Prince.jpgCap Kennedy, Floride, le 26 juillet 1971.  Le jour  n’est pas levé. A la cantine du  Space Center, l’équipage de la mission APOLLO 15 prend son petit déjeuner avant de partir pour l’aire de lancement.

Là, après un dernier contrôle médical, les trois pilotes de la mission, avec à leur tête le commandant David L. Scott, enfilent leur combinaison et prennent place à bord du  module de command/service. Ils ne sont pas seuls : derrière eux, un pilote suppléant et un passager inattendu, muni d’une autorisation spéciale de Washington : Michaël JACKSON.

 Il a à peine 13 ans et c’est déjà une star.  avec les Jackson Five. Dans ses écouteurs, il entend ma voix qui lui parvient de la salle de  contrôle au sol.Enfant.jpg

 

-       Michaêl, ça va ?  Le lancement est imminent. Comment vous sentez-vous ?

-       I’m fine !  Regardez les deux mecs devant moi. Ils sont cool.

-       Oui, mais eux, ils sont préparés…

-       Mais moi, figurez-vous, je suis fait pour ce genre de voyage.

-       Vous avez eu une autorisation spéciale…

-       Top secret.

-       Vous allez revenir sur terre ?

-       Oui, je n’ai accompli qu’une partie de ma mission.

-       Quelle mission ?

-       Rassembler les hommes autour de la Musique.

-       Vous êtes déjà, avec vos frères, au top du succès.

-       Je veux accomplir ma mission SEUL.

-       Qu’allez-vous faire sur la Lune ?

-       Blanchir ma peau.  J’ai payé mon tribut à ma race originelle,

-       il faut maintenant que le reste du monde me reconnaisse.

 

Il est 13h 34.  Le premier étage de la fusée Saturn est propulsé dans un bruit épouvantable en haute atmosphère, puis le second étage, et pendant quelques minutes il fut impossible de se parler.Fusee.jpg

 

-  Allo Michaël, tout va bien ?

- Ah, je respire.  L’atmosphère terrestre m’étouffe. C’est plein de microbes chez vous, it makes me sick.

-La Terre est la planète la plus polluée ?

- Chaque planète a sa pollution. Le tout est de s’y adapter.

-Vous êtes né sur Terre, vous avez eu le temps de vous adapter !

- Je venais d’ailleurs, j’ai eu du mal. J’ai eu une enfance douloureuse, un martyre.   Les hommes me faisaient peur.

-Pourquoi  ?

-  Les hommes sont comme les loups. Quand je redescendrai sur Terre, je chercherai la compagnie des enfants, comme le Christ.

- On vous accusera de pédophilie…

- Je sais. I don’t care.  Avec les enfants il ne sera pas question de sexe, mais d’amour. 

Les enfants n’ont pas encore perdu l’innocence. Je chanterai pour eux.  Je leur apprendrai le moonfoot et je mettrai le beat dans leur corps, pour qu’ils dansent comme moi.


_ La mission APOLLO, pour vous, c’est des vacances ?

- Yeah !  Ces trois mecs vont marcher sur la Lune, ça me fait bien rire, tous les Terriens vont  crier au miracle ! Moi, je n’ai pas besoin de scaphandre,  je peux  débronzer en paix.

-       Pour vous, Michaël, le bonheur c’est quoi ?

-       Hapiness is dangerous.smiling-2.jpg

-       Pensez-vous déjà à l’amour ?

-       Love is a Thriller

-       Etes-vous bon ou méchant ?

-       I am Bad.

-       Votre prénom préféré ?

-       Billie Jean.

-       Quel est le point fort de la planète Terre ?

-       History.

-       Votre point fort ?

-       Invincible.

La liaison s’interrompt.  Puis Michaël reprend  la parole :

 

 -n Nous sommes à 310km d’altitude.  Les instruments de bords ont une défaillance. Le commandant Scott n’est pas inquiet, ça va se réparer.  De toute façon, je sais que je reviendrai sur Terre sain et sauf.    En répondant à vos petites questions, je vous ai énuméré  les titres de mes fururs  albums, de 1982 à 2003.  Ils vont tous cartonner, all over the world. .  Mais je ne connaîtrai pas le bonheur pour autant.Implorant.jpg

-       Comment le savez-vous ?

-       Je sais que je ne pourrai plus  revenir sur la Lune avant ma mort. Les missions Apollo seront abandonnées.  Blanchir ma peau va devenir un supplice. Je ne pourrai plus me montrer en public.

-        Mais pour les concerts…

-        -  Chapeau noir, lunettes noires, gants blancs, maquillage. Ils me reconnaitront à ma voix et à mon swing.   Il y aura des sosies de moi partout …

-       Vous pouvez influencer votre destin !

-        Non, je dois jouer le jeu jusqu’au bout. J’ai choisi une mission humaine, je dois accepter mon destin d’homme.

-       Vous aurez bien des instants de bonheur ?

-       Smiling.jpgOh yes, on stage,  sur scène entouré de mes musiciens, tout mon corps envahi d’ondes rythmiques, et devant moi une foule hypnotisée, délirante, soulevée de terre, oubliant le MAL par la force de la Musique.  That is happiness.

-       Et la fin, comment la voyez-vous ?

-       Je suis devenu un fabuleux trésor !  Ils veulent tous leur part du trésor !  Un ultime concert qui  cartonnera all over the world !  Ils vendent des tickets et des tickets, ils ne rentreront pas tous, mais qu’importe, le blé rentre, lui, et ça fait un méga pacson à se partager !  Moi je regarde ça et je laisse faire.  Je suis dépassé.  Je fais le mort,  je les laisse me shooter, me droguer, me déglinguer. Ils veulent ma peau because Assurances, you know  ? C’est bon, ça. C’est ce que je voulais.  Je laisse derrière moi la preuve que je suis Invincible : ce film qui montre que deux semaines avant le début du concert à Londres, j’étais en pleine forme !  Il sera vendu à des millions d’exemplaires… et…

 

Sa voix devient inaudible.

 

-       Allo ?  Michaël ? Allo ?  Comment s’appelle ce film ?sur-la-Lune.jpg

-       … THIS IS IT .

 

Et ce fut tout.

 

 

… 

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 17:24

 

MARILYN  MONROE,   la Blonde sans filtremarilyn 1

 

5th Helena Drive, Brentwood, fin  juin 1962.

La gouvernante Eunice Murray  nous introduit dans la chambre de Marilyn. « Ten minutes, no more ! » nous dit-elle avant de se retirer.

Marilyn  est en plein tournage de « SOMETHING’S GOT TO GIVE», qui ne se passe pas très bien.  Elle a pris une journée de repos.  Allongée sur son lit, elle semble dormir.

Nous sommes, la photographe et moi,  pétrifiées d’émotion à la vue de la star dépourvue de tout artifice, d’une beauté  angélique, presque immatérielle.

 

 

«  Miss Monroë, merci de nous accorder un peu de temps…

 

Marilyn  ouvre les yeux.  Sa main droite pend dans le vide, blanche et potelée. Elle a déjà quelques tâches brunes, annonciatrices de la vieillesse qu’elle ne connaîtra pas.  Il paraît que  les lignes de ses paumes forment  un M dans chaque main.

 

-  Je ne veux pas parler de ce tournage, s’il  vous plait…Something

Elle parle d’une voix enfantine  qui donne le frisson.

 

-  Nous voudrions vous parler des MISFITS, votre dernier film.

-  Que voulez-vous savoir ?  tous les journaux ont déjà tout dit.

-   Vous avez dû éprouver un grand chagrin en apprenant la mort de votre

    partenaire, Clark Gable ?

Elle soupire,  se souleve  et saisit un verre d’eau posé sur sa table de nuit. Elle but une gorgée, puis  se laissa  retomber.

 

-  Vous savez ce qu’on dit ?  Que c’est moi qui l’ai tué.  Pourquoi les gens sont-

    ils si méchants ?  J’adorais Clark, il était comme mon père. 

-  Mais il ne supportait pas vos absences répétées, vos retards…

- Il avait le coeur malade….  Le tournage était éprouvant pour lui.  Il ne m’a jamais fait un reproche. 

-  On a dit aussi que vous aviez  essayé de le séduire ?Avec Clark Gable

-  Il était mon amant dans le film,  nous avions des scènes très hot, cela ne veut pas dire que…

-  Et Montgoméry Clift ? 

-  Il ne m’adressait pas la parole en dehors du plateau.  Son accident de voiture l’a défiguré, physiquement et moralement.  Il s’est refugié en lui-même… Avant, il était très sexy.

-   Etes-vous très proche du Président John Kennedy ?

 

Elle sourit vaguement, presque amèrement.

 

«  Le 19 mai dernier j’ai chanté pour lui devant dix mille personnes, on

  entendait à peine ma voix tellement ils criaient… quoi, c’était une petite chanson, rien de plus,  ma robe était très sexy, c’est vrai…  Mais le Président a été touché, je l’ai vu, il a eu l’air heureux…  Ca n’était pas mon idée, on m’avait demandé de chanter pour lui.  Quelle actrice ne l’aurait pas fait ? 

 

Elle ferma les yeux, tourna la tête pour cacher son visage.  A ce moment, la gouvernante, entra dans la pièce.

-  Miss Monroe, l’entretien a assez duré.    Le docteur Greenson sera là dans dix minutes.

 

Elle prit un comprimé dans un flacon et le tendit à Marilyn avec un verre d’eau.   Marilyn se redressa, son visage prit une expression de soulagement.

 

-  J’ai grand besoin de lui… ce cher Dr Greenson.

 

Elle avala son comprimé et dans un mouvement d’une grâce infinie, elle

jeta ses jambes hors du lit et se mit péniblement debout.

 

-  Mes amies, je suis tellement désolée…

 

Elle alla vers la coiffeuse et se pencha pour étudier de près son visage.  Sans maquillage, elle avait l’air d’une toute jeune fille.   Tout en brossant ses cheveux  elle poursuivit comme pour elle-même :

 

« Je n’ai pas été très coopérative … toujours à me justifier…  Toujours coupable, Norma Jean…

 

 

La photographe et moi nous levâmes pour prendre congé.  Il n’y avait pas eu un seul cliché  de pris, c’était impossible, une sorte de viol.  J’osai une dernière question :

 

-   Miss Monroe,  quel  est votre meilleur souvenir de tournage ? 

 

Elle arrêta le geste  et la brosse à cheveux s’immobilisa en l’air.Men prefer Blondes

 

  

-  Oh… le meilleur souvenir ?   Mon dieu, je ne sais plus…  MEN PREFER BLONDES, peut-être… Jane Russel fut une merveilleuse partenaire, elle avait un cachet dix fois plus élevé que le mien, mais elle était sans prétention aucune, on s’amusait bien.


_  Et votre plus mauvais souvenir  ?

-  Sans hésiter, LE MILLIARDAIRE  !  Oui, un cauchemar, qui m’a laissée  vidée de moi-même… Je n’aimais pas mon personnage. Chaque jour était une torture et j’arrivais de plus en plus tard sur le plateau.    La production  a monté en  épingle cette histoire avec Montand, pour la promotion…  et pour me punir aussi  !   Personne n’y a cru, j’espère !!

 

  DeboutElle eut un sourire gamin et nous l’avons quittée sur cette image juvénile.

 

Ce sourire, qui s’évanouit quelques semaines plus tard, à jamais.  Elle avait 36 ans.

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 16:00

 

 

GLENN GOULD,  LE TÉNÉBREUXGould 1

 

C’est à Chicago, le 10 avril 1964, que Glenn GOULD donna son dernier concert en public. 

Ce soir-là, il avait  joué quelques fugues de l’Art de la Fugue, puis la partita n° 4, puis  la sonate opus 110 de Beethoven, et la troisième Sonate de Kreneg.

A quel moment y a t-t-il eu le déclic ? 

Ses doigts ont continué à jouer jusqu’au bout, mais lui n’était plus là.

Rentré à son hôtel, il prit la décision qu’il savait irrévocable, de ne plus jamais jouer en public.

 

 

 

 

-  Glenn Gould, vous souvenez-vous de la raison qui vous a poussé, ce soir-là, à  renoncer définitivement à jouer en concert ?     Ce soir-là le public vous

   a-t-il paru spécialement inattentif ?

 

Glenn Gould parut chercher dans sa mémoire, alors qu’il se souvenait très bien.  Il regarda la jeune fille qui attendait,  attentive, son magnéto sur les genoux.  Elle était jolie, avec un visage enfantin et paraissait totalement envoutée par son sujet.  Mais Glenn Gould était insensible à la beauté des femmes.  Il n’aimait pas le côté sexuel des rapports humains. Il détestait qu’on le touche.  Il appréciait Barbra Streisand pour son engagement humanitaire, et Petula Clark, bizarrement, pour sa voix.  Mais d’une manière générale, les femmes ne l’intéressaient pas.   Pour lui, un  dialogue avec une femme était une torture.

 

-   La raison ?  J’ai  soudain pris conscience de… ( Il hésita.   Sa pensée devait être difficile à exprimer sans  choquer).   Cette présence oppressante du public. Un public est fait d’auditeurs trop   dissemblables,  je ne peux apporter à chacun ce qu’il  attend, ils me...

 

-  Les réactions des spectateurs vous gênaient ?La-chaise.jpg

 

Glenn Gould pointa son index vers elle. 

-  Justement,  justement ! Vous avez dit « les spectateurs » !  Voilà ce que je

  ne voulais plus être : un spectacle !  Je dois être un son, une abstraction, une émotion pure, pas un objet de curiosité, mes mains, mon visage, ma chaise,

   mon piano, tout cela n’est pas la Musique !...

 

Il se leva, alla vers la baie vitrée qui surplombait  Lexington Avenue.  Le double vitrage n’empêchait pas de percevoir  l’effervescence nocturne  de Broadway, 26 étages plus bas.   

 

-  L’idée de concert est une ineptie, continua-t-il, le dos tourné,  rassembler des gens aussi différents qu’un médecin, un professeur de dessin, un banquier  ou un peintre, devant un homme seul, envahi par sa propre émotion,  qui doit cacher sa peur, oui, sa peur, j’ai un trac paralysant avant chaque concert, vous savez.

 

Il n’avait pas touché au plateau  que le valet de chambre de l’hôtel lui

   avait apporté au début de l’entretien.  Il  se versa  une tasse de thé et but

   quelques gorgées.

 

-  Mais, lorsque vous interprétez un concerto, vous n’êtes

   pas seul sur scène !

Glenn Gould reposa brusquement sa tasse.

 

-  Ah, ne me parlez pas de concerto !   Je déteste les concertos. 

 

Il se laissa tomber dans  le canapé, comme terrassé par une douleur terrible.

 

-  Qu’y  a-t-il ?  Vous souffrez ?

-   Je   souffre de mille maux dans mon corps.

 

 La journaliste le regarda respirer un grand coup et se dit qu’il devait surtout souffrir de la chaleur, habillé comme il l’était, dans cette chambre d’hôtel surchauffée.  Il portait plusieurs épaisseurs sous une veste de trappeur, des bottes fourrées et les gants qu’il ne quittait jamais.  Une mèche de cheveux noirs lui couvrait le front, on distinguait à peine ses yeux immenses et noirs.Avec-ses-gants.jpg

 

-  Pourquoi détestez-vous les concertos ?

-  Parce que je déteste les conflits. Un homme seul qui doit répondre à une meute d’instruments.   J’en ai joué pourtant, souvent.  J’essayais de placer le piano au milieu de l’orchestre, de le noyer, le dissimuler et j’avais ainsi la sensation -  fausse, bien sûr ! -  d’être des leurs.

 

-  Vous aimez la musique, mais aimez-vous toutes les musiques ?

- Ah non ! je  déteste  la musique de Stravinsky, son Sacre du

Printemps avec ses éjaculations sarcastiques, mordantes, laconiques      brutales.  D’une manière générale, je n’aime que les musiques virginales,

débarrassées de toute connotation sexuelle.   La musique de Bach, celle de

Beethoven, et quelques œuvres  de Mozart.  Chopin  me révulse par

son désir d’être aimé, que l’on sent à travers toutes sa musique.

 

-  Aimez-vous les animaux ?

- J’ai aimé dans ma jeunesse mon chien Nikki et ma perruche Mozart… hélas ils sont morts depuis longtemps.

 

-  Et les femmes ?  (elle lança la phrase sans réfléchir)

-  Pourquoi aimerais-je particulièrement les femmes ?  Pourquoi ne me demandez-vous pas si j’aime les êtres humains ?  Je ne fais pas de distinction

entre les hommes et les femmes.

 

Elle ne savait plus quel sujet aborder. Il y eut  un silence.

Il se leva,  ôta un de ses gants, fit jouer ses articulation. last-recording.jpg

«  J’ai des fourmis dans les phalanges, je ne sens plus mes doigts…

Excusez-moi, mais… je dois faire mon immersion d’eau chaude avant l’enregistrement de ce soir.  Pardonnez-moi.

 

La journaliste arrêta le magnéto, se leva pour partir.  Il s’était déjà enfermé dans la salle de bains.   

Le  soir-même il enregistrait son dernier disque, la sonate op 3 N° 1 de Strauss (et non les Variations Goldberg comme on le croit souvent) au Studio A de RCA Records à New-York. C’était en septembre 1982.  La photo ci-contre fut prise ce jour-là.

Et un mois plus tard, il tirait sa révérence, à cinquante ans.

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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 17:49

 

AVA  GARDNER, la grâce.Ava-gardner-1.jpg

 

 

Juillet 1955.  La Moraleja, superbe propriété près de Madrid.

Ava Gardner vient de s’y installer après le succès planétaire de LA COMTESSE AUX PIEDS NUS, une histoire qui lui ressemble.

Elle a 33 ans.  Elle n’a jamais été aussi belle.  Avec Luis Miguel Dominguin elle forme un couple pharaonesque. 

C’est le soir. Dans sa chambre, elle essaie des robes pour la soirée donnée au Palacio Real  où elle rencontrera Picasso, Hemingway et son future réalisateur Darryl F. Zanuck qui prépare  le film « Le Soleil se Lève aussi ».

 

*  Etes-vous définitivement séparée de Frank Sinatra ?

* Non, malheureusement non.  Nous avons pris comment dire …

   une respiration… un an ou deux… après nous verrons.  Nous ne

   pouvons pas vivre en harmonie ensemble.

*  Vous n’avez trouvé l’harmonie avec aucun de vos maris, il semble ?

avec miroir

 

Elle émerge d’un flot de taffetas rouge qui pourrait mettre le feu au Palacio si elle apparaissait ainsi vêtue ce soir.

 

*  L’harmonie, jamais. Ni avec Mickey Rooney, ni avec Artie Shaw, ni avec Frankie.  Mais j’ai toujours gardé leur amitié.  Même avec mes amants.  J’aime toujours Howard Hughes, qui me harcèle encore, j’aime Robert Taylor, j’aime Clark Gable, je suis un vrai coeur d’artichaut !… Et en ce moment, je suis folle de Luis Miguel Dominguin… vous l’avez vu toréer ?  Il est impérial.

*  Mais quel caractère de cochon !

 

Elle rit et enfile un fourreau en satin blanc.  On croit rêver.  Le plus beau félin de la création.  Elle ondule devant la glace sans la moindre forfanterie, exactement comme un animal.

 

*  Oui, il est déroutant.  Mais pas avec moi. Il se conduit comme un vrai hidalgo avec les femmes… 

* On ne peut pas parler tauromachie avec lui :  si vous n’êtes pas espagnol vous n’y connaissez rien.

*  C’est vrai.  Picasso l’a bien remis à sa place un jour.  Mais c’est cet orgueil de madrilène.  Manolete était plus modeste, mais il est mort.

* A cause de Dominguin !

 

Elle se retourne, prête à griffer.

 

* Non, pas « à cause ».   Luis Miguel lui a lancé un défi, et le combat a mal tourné pour Manolete.  C’est le Destin.

 

Je change de sujet.

* Il n’y a pas une seule robe noire dans tout ça ?jambes.jpg

*  Non, je n’aime pas le noir.  Vous ne me verrez jamais en noir, sauf dans un film évidemment.  Marilyn non plus, ne porte jamais de noir. Il n’y a que les Françaises pour porter cette couleur funèbre.

*  *  De toute façon, quelle que soit la couleur, vous forcez l’admiration.  Une telle absence de handicap, c’est rare.

 

Elle éclate de rire.

 

* Vous n’auriez pas dit ça si vous m’aviez connue à mes débuts !  J’avais un terrible handicap : mon accent de Caroline du Sud.  Longtemps on ne m’a donné que des rôles muets, lorsque j’ouvrais la bouche tout le monde riait.  Il m’a fallu prendre des années de cours de diction pour décrocher de vrais rôles !

 

Son rire s’est arrêté net.

 

*  Rendez-vous compte : j’ai tourné jusqu’à ce jour 44 films. Dans les 40 premiers je suis passée inaperçue.  Je viens seulement d’obtenir le succès, avec les 4 derniers que j’ai tourné…

*  Oui : Les Neiges du Kilimandjaro,  Les Chevaliers de la Table Ronde (tiens ! dans ce film vous portiez du noir !), Mogambo et La Comtesse aux Pieds Nus !  Et avec quels réalisateurs prestigieux !

*  Les  40 premiers aussi !  Mais les rôles qu’ils me donnaient étaient uniquement des rôles de potiche sexy  !   Quatre personnages de premier plan, ça fait une carrière bien mince !   A dix ans, Shirley Temple en avait tourné le double  !

*   Votre carrière ne fait que commencer mais elle sera immense.Gardner-3.jpg

 

Elle ferme les yeux.

 

*  Quelqu’un m’a dit cela, un jour. J’avais dix-sept  ans.  J’étais sténo-dactylo dans mon bled en Caroline du Nord et j’allais voir ma sœur à New-York le week-end, pour respirer un peu.  Son mari était photographe et faisait des tas de photos de moi qu’il mettait dans la vitrine de son studio.  Un jour, un mec de la MGM a flashé sur mes photos.  Il m’a fait faire un bout d’essai.  Ca les a emballés et ils m’ont fait signer un contrat de sept ans à 50 dollars par semaine…  Ce garçon s’appelait Barney Duhan.  Il ne m’a pas touchée. Il m’a seulement dit : « Honey, you’ll be the greatest but it will take time… »  Je l’ai perdu de vue…

*  Il doit être très fier, aujourd’hui !

 

Elle se lève, va à la fenêtre et soupire :

 

*  C’est ma sœur et mon beau-frère qui doivent être fiers, ce sont eux qui ont tout déclenché…  Je n’ai plus le temps d’aller les voir.  Le succès rend ingrat, vous savez ?

 

La pièce est soudain plongée dans l’obscurité.  Je rejoins AVA près de la baie vitrée mais elle n’est plus là.

Dehors, les lampadaires du parc se sont éteints.  Le ciel a pris des nuances violet sombre au-dessus du halo rouge qui surplombe Madrid.

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 17:27

 

 

  Paul-Newman-1-copie-1.jpgPAUL  NEWMAN, Grand Prix d’excellence


 

 

Mars 2005,  la piscine de l’Holliday Inn de Daytona Beach.  Allongé à même le deck, Paul Newman semble dormir.  En caleçon de bain hawaïen, bronzé et mince, il ne paraît pas ses 80 balais.

Il se repose pendant que ses deux co-équipiers, Sébastien Bourdavec-lunettes.jpgais et Bruno Junquera sont en piste pour les 24h de Daytona.  Dans une heure, il prendra le relais.

Je m’approche et mon ombre sur son visage lui fait ouvrir les yeux. Quels yeux ! Le bleu du ciel.  Il se souleve sur un coude, attrape ses lunettes de soleil et les met sur son nez.  Je sais, il déteste qu’on lui fasse des compliments sur ses yeux. S’abstenir, donc. 

 

Puis il s’assied en tailleur et m’invite à en faire autant.

 

-  Posture yoga, vous tiendrez le coup ?

 

Il me montre.  Souple, le vieillard.  Le sport automobile ça demande une condition physique draconienne.

 

-  Vous avez vu un peu de la course ?iEn-pilote.jpg

-  Heu, non, je suis venue direct, j’avais hâte…de vous voir.

 

Il rigole pendant que je branche le magneto.

 

-  Hâte de voir un vétéran hors d’âge ?

- Hors d’âge mais pas hors course !  Vous faites équipe avec des jeunots pour ces 24h…

-  L’endurance, c’est moins fatigant que la monoplace à mon âge.

-  Et ça peut faire une 2ème place, comme aux 24h du Mans en 79 !

- Mais dites-moi vous en connaissez un rayon sur la course automobile ?

-  Non, sur la carrière de Paul Newman.

 

Il se lève, s’étire, regarde les nageurs dans la piscine, regarde sa montre.

 

- Je crois que je vais piquer une tête, ça va me réveiller.

- Mais attendez ! Je n’ai pas encore commencé ! …

-  Just  a minute,  I’ll soon be back !

 

Et le voilà qui part en boîtant (il s’est foulé la cheville en faisant du ski dans les Rocky Mountains) et  plonge la tête la première, comme les enfants.  Quelques brasses crawlées, et il est de retour, entortillé dans sa serviette.  Je le regarde s’allonger sur ladite serviette. Il a gardé ses lunettes noires pour nager.  Bon, il a des poils gris sur la poitrine, mais les muscles tiennent bon, pas un brin de bide, juste la peau un peu flasque, que faire. 

 

-  Ok, what do you want to know ?  Il nous reste une petite demie-heure.

 

Il n’a aucun complexe, il se laisse regarder, comme ça, sans bouger.  Il se fout pas mal que je voie ses poils blancs et sa peau flasque.

 

-  Vous vous sentez plutôt acteur ou plutôt pilote ?

-  Easy to answer :  je me sens acteur quand je joue, je me sens pilote quand je pilote. Funny, isn’t it ?

-  Dans votre immense carrière, citez-moi trois films que vous marqueriez d’une pierre blanche, trois films plus importants pour vous que les autres.

 

Il réfléchit.  Retire ses lunettes, les mordille.  On sent qu’il prête l’oreille au bruit lointain des moteurs sur le circuit.   Ses yeux sont plus bleus que bleu.  Mais je ne dis rien.iL'arnaque

 

- Voyons… et bien d’abord LES FEUX DE L’ÉTÉ, en 58 ; car c’est sur ce tournage que j’ai rencontré la femme de ma vie, Joanne WOODWARD… Ensuit e  

 L ’ARNAQUE, où j’ai eu l’Oscar du meilleur acteur… le problème ce fut de faire avaler la pilule à REDFORD, qui avait un rôle équivalent au mien, il fallait voir sa tête !  (Il se marre-)

 

 

 

 

 

- Vous détenez le record de longévité du couple ?  45 ans deJoanne-woodward.jpg  m a riage !

-  Yeah..,ce  n’est pas du tout héroïque de notre part… On s’enten d  bien, voilà tout, et ça dure.  On ne s’ennuie pas ensemble.

Je suis persuadé que l’origine de la plupart des divorces, c’est l’ennui. 

 

 

-  Et le troisième film  ?

-  Le troisième, ce film que j’ai réalisé moi-même  sur les méfaits du tabac, RACHEL, RACHEL et pour lequel j’ai été récompensé  aux Golden Globes… Je me suis beaucoup battu pour cette cause-là.

 

- Est-ce que vous avez un regret dans la vie ?

 

Il ouvre les yeux et le ciel l’éblouit. Il remet ses lunettes noires pour répondre.

 

- Yes I have one regret… J’ai déçu mon père dans ses vieux jours. Il voulait que je reprenne sa suite dans son magasin d’articles de sport… Je l’ai laissé tomber pour faire l’acteur.

Mais je lui ai prouvé mon amour d’une autre façon. Mon père était Juif et ma mère catholique. J’ai très vite choisi la religion de mon père, comme un défi.

 

Là-dessus il regarde sa montre et se lève prestement.

 

- Je dois encore m’habiller et aller au spee dway…  Sorry my dear… J’étais heureux de vous rencontrer.  Are you okay with you quizz ?

  

-  J’ai ce qu’il me faut, thank you mister Newman… 

 

Je débranche le magnéto. Je relève la tête.  Il a disparu.

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 14:54

 

 

DELPHINE  SEYRIG,  L’ENSORCELEUSE220px-Delphine_Seyrig.jpg

 

 

 

Mars 1975. Le Château Rothschild à Boulogne-Billancourt où se tourne INDIA SONG, le film de Marguerite Duras.

Delphine Seyrig est recroquevillée dans un fauteuil, entre deux  prises elle a demandé qu’on lui apporte un thé au rhum pour se réchauffer un peu.

Le vent souffle violemment contre la haute fenêtre de la petite pièce qui lui sert de loge. Seule source de chaleur, un petit radiateur électrique. 

Lorsque l’assistant m’a introduite dans la pièce, Delphine a laissé tomber le script dans lequel elle revoyait son texte et m’a gratifiée d’un sourire charmeur.

Les sourires de Delphine Seyrig sont toujours charmeurs, qu’ils soient le reflet d’une joie sincère ou bien le signe d’une désapprobation totale.

 

 

 India-song.jpg- Bonjour !  Asseyez-vous, vous avez préparé  vos questions ?  Parce que vous savez, je n’ai pas beaucoup de temps… (re-sourire charmeur )

- Oh, ce sera très rapide, j’avais prévu de vous soumettre au questionnaire de Proust, si vous êtes d’accord ?

-  Ah oui, c’est très amusant le questionnaire de Proust !

 

Visiblement elle s’en fout.  Cette interview est une purge mais  sa bonne éducation lui permet de faire illusion.   Elle répondra à chaque question sans hésiter, très sérieusement, prenant de temps en temps une gorgée de son thé au rhum.

 

-  Quelle est votre qualité préférée chez un homme ?

-  Le mystère.

-  Et chez une femme ?Fee.jpg

-   La détermination.

-  Et chez vos amis ?

-  La légèreté.

-  Quel est votre principal défaut ?

-  Le perfectionnisme.

-  Quelle est votre occupation préférée ?

-  Le dédoublement.

-  Votre rêve de bonheur ?

-  L’égalité entre les hommes et les femmes.  Je m’emploie de mon mieux à aider ceux et celles qui militent pour cette cause, vous le savez (sourire charmeur)…

-  Quel serait votre plus grand malheur ?

-  Celui d’être incomprise dans ma volonté d’égalité.  Que mon engagement soit réduit à un vulgaire geste d’auto-promotion… alors que c’est le but de ma vie.

-  Quelle est  l’action récente dont vous êtes le plus fière  ?

-   Avoir défilé en tête de la manifestation MLF de mai 1968.

 

Subitement, le questionnaire de Proust me rase. J’ai envie d’aborder des domaines plus personnels.  Je tente le coup :.

 

-  Il nous reste un quart d’heure.   Acceptez-vous de répondre à des questions plus indiscrètes ?

 

Elle me regarde, soupçonneuse. Mais elle joue le jeu. D.Serryg-1.jpg

 

-  Allez-y.  Je verrai bien…

-  Curieusement, le nom de Sami Frey n’apparaît jamais dans vos interviews…

-  Pourquoi « curieusement » ?  Notre relation intime ne regarde personne.

 

Un coup pour rien. Je  change de sujet.

-

-   En 1968  vous avez refusé de faire des essais dans le Midi pour un film avec Alain Delon, sous prétexte qu’il comportait des scènes en maillot de bain.

 

Elle ne sourit plus, elle cherche dans sa mémoire.

 

-  Oui… en effet.  J’ai refusé. Cela ne m’intéressait pas de me mettre à poil pour M. Deray.

-  Mais un an plus tard, vous avez tourné des scènes très dénudées dans « Mr. FREEDOM », de William Klein …

-  Oui… (elle hésite)  Le réalisateur était un ami.Mr-Freedom.jpg

-  Vous ne pensez pas que vous avez fait une erreur ? 

-  Non, pourquoi ?

-   « LA PISCINE » a été un succès mondial, alors que « Mr. FREEDOM » est passé inaperçu !

 

Là, elle se redresse et me lance  un regard  dur, démenti  par un sourire extra-charmeur.

 

-  Justement, ma chère.  Je considère que j’ai  fait le bon choix.  Et je n’ai pas besoin, j’espère, de vous expliquer pourquoi.  Là  réside mon soi-disant mystère.  Dans l’ambigüité de mes choix.

 

Un peu ébranlée, je déplace le sujet.

  Et ce film que vous tournez en ce moment-même, INDIA  SONG, est pour vous à la hauteur de vos exigences ?

Elle se détend et détourne son regard en soupirant.   Chacun de ses mouvements est empreint d’une grâce infinie.

 

-  Oui, absolument.  Je suis en parfaite osmose avec Marguerite Duras.

 

 Avec Duras- Comme avec Alain Resnais pour l’ANNÉE DERNIÈRE À MARIENBAD ?

-  Bien sûr. C’est le même univers.

-  Y a-t-il une image de MARIENBAD qui vous reste et qui pourrait résumer le film ?

Elle la trouve tout de suite, elle la décrit.

 

-  Cet homme qui joue, inlassablement, et qui gagne toujours… Le film évolue dans cet univers du jeu et du hasard.  Un univers onirique, intemporel.

 

Je voudrais qu’elle n’arrête jamais de parler.  Sa voix a un pouvoir d’hypnose.

Elle continue.

 

-  Oui, à quatorze ans de distance, je retrouve  ce même bonheur, je retrouve Michael Lonsdale, un château en ruines, des couloirs  où l’on danse… Tout ce que j’aime !

 

  Elle semble planer au-dessus de notre monde   

de brutes  comme un extra-terrestre invulnérable.  Marienbad   

 

-  Qu’est-ce qui vous fait peur dans ce monde-ci ?

-  Vieillir.  V oir les  rides envahir mon visage, sentir mes forces me trahir, mes jambes se dérober, devenir dépendante… Et ne plus séduire.  Cela est le vrai purgatoire avant la mort.

 

Elle ne connaîtra pas ce purgatoire-là.  Delphine Seyrig nous quitte dans le bel éclat de son automne, le 15 octobre 1990, à 58 ans.

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 19:19

 

 

 NINO  FERRER,  L’insatisfaitNINO 1

 

 

 

  Décembre 1965, rue du Dragon à Paris.   Chez des amis, Nino Ferrer fête le succès de MIRZA, son premier tube. Au milieu de tous ces gens euphoriques et déjà un peu partis, il est sobre, mélancolique, d’une beauté surnaturelle. Son teckel ne le quitte pas d'une patte.

Je l’ai déjà vu souvent ici, il est le cousin de notre hôte, musicien de jazz.

Il vient vers moi.  Notre conversation  a tout d’une INTERVIEW IMAGINAIRE.

Il m’entraîne à l’écart.            …

 

- Venez, tous ces gens sont répugnants.

-  Mais enfin, ce sont vos amis…

-  Non.  Ils se réjouissent, ils  ne comprennent pas.

-  Comprendre quoi ?

Il me regarde intensément.

-  Vous savez bien, vous, que ce disque… je l’abomine, je le renie, son succès m’avilit.

Je ne dis rien.  Il est vrai que MIRZA est à des années-lumière de l’univers musical de Nino, qui n’aime que le jazz.

 

 

-  Grâce à ce succès, Nino, tu es célèbre. Tu vas pouvoir faire la musique que tu aimes. 

-  Ne me tutoyez pas.  Notre relation est au-dessus de la mêlée.

 

Je ne peux m’empêcher de rire.  Il a ce côté vieille France qui  étonne de la part d’un chanteur de variétés mais qui colle bien avec son allure de dandy.

 

-  Ecoutez-moi. Vous savez ce qui est le plus absurde ?  C’est que personne ne sait que la musique de MIRZA  m’a été inspirée par un tube de Stevie Wonder.  Là-dessus, je mets des paroles idiotes, histoire de rigoler un peu, et paf !  ça fait un tabac…

 

Il me regarde encore, je vais me trouver mal tellement il est beau.

 

-  … et j’ai signé avec Barclay pour  trois autres titres aussi stupides  : Les Cornichons, Oh Hé Hein Bon, Gaston ya’l téléfon qui sons’…    


-  Ils auront le même succès que MIRZA !Dicie Cats


-  Dieu du ciel, je ne veux pas de ce succès-là !  Je regrette le temps des Dixiecats,

là je faisais du vrai jazz, je jouais de la contrebasse, notre hôte Stéphane Guérault de la clarinette, et avec les autres on accompagnait Bill Coleman, c’était du délire, le Vieux Colombier était plein chaque soir !

-  Pourquoi avoir arrêté ?

-  Oh, je voulais faire mes chansons à moi. C’est toujours pareil, à 20 ans on croit qu’on peut  avoir tous les talents à la fois.

 

On passe à table. Il est à côté de moi.  Il me glisse sur le ton de la confidence  :

Nino-et-moi-003.jpg

-  J’ai le projet d’une très belle chanson qui, j’en ai peur, n’intéressera personne…

-  De quoi parle-t-elle ?

-  C’est une chanson qui parle d’un pays de cocagne, où tout le monde est heureux, où le soleil brille toute l’année… comme au paradis…

-  On dirait  le Sud…

-   C’est ça.  On dirait  le Sud.  Vous avez trouvé le titre !

Il me prend la main.

 

 

LE SUD-  Cette chanson  fera le tour du monde. Elle effacera tout le reste, elle sera la seule empreinte de mon passage sur terre...

-   Mais non ! Vos premières chansons resteront, tout le monde les aime, l’une d’elle   figure même dans le film d’Almodovar « Talons Aiguilles », non ?

-  « Un An d’Amour », oui, en Espagnol, hum…

 

 

 

Nino  répond à des hôtes qui l’interpellent de l’autre bout de la table.

 

-  Nino, tu es venu seul ?   Qui est la femme de ta vie en ce moment ?

-  Vous voulez le savoir ? C’est Brigitte Bardot !

Tout le monde s’esclaffe.   Et pourtant, un an plus tard, BB répondait à son appel.

Il se tourne vers moi. 

-  La femme de ma vie, je ne le dis qu’à vous, c’est ma mère, merveilleuse

Mounette.  Un jour ou l’autre, je repartirai pour l’Italie avec elle, nous habiterons à nouveau piazza Navona à Rome, comme dans mon enfance.Nino-Ferreet-sa-mere001.jpg

-  Elle est votre premiere fan ?

-  Pas toujours.  Elle n’aime pas MIRZA.  Pour elle il n’y a que le jazz ou la canzonetta !  Quand j’ai rencontré Armstrong, elle aurait préféré  que je fasse partie de son orchestre,  plutôt  que j’écrive « je veux être Noir », elle a trouvé ça très choquant…

Il rêve.

-  Ma mère a toujours raison.  Tant qu’elle est près de moi, il ne peut rien m’arriver de mal.  Le plus grand malheur qui pourrait m’arriver, c’est qu’elle parte avant moi.

- Où ?

-  Au ciel.  Quand elle mourra, je mourrai.

-  Nino, vous vous souvenez des paroles de votre première chanson : « Ma Vie pour rien « ?

- « Moi j’ai voulu vivre ma vie- et j’ai perdu ma vie pour rien ».

- Comment peut-on écrire ces mots-là, quand on a  toute la vie devant soi ?

-  Je ne sais pas.

 

 

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 18:59

 

 

MARIANNE  FAITHFULL,   Sister MorphineFaithfull-1.jpg

 

Au Birdland, rue Guisarde à Paris.  Nous sommes en 2009 mais j’ai eu envie  de situer mon interview de  Marianne Faithfull  dans ce lieu qu’elle a  dû fréquenter dans sa jeunesse, tel qu’il était en ce temps-là.  Aujourd’hui ça n’a plus rien à voir.

 

 Dans ce bar bondé, enfumé, la meilleure discothèque de jazz du moment,  on ne s’entend pas.  il y a là tous les musiciens américains qui vont accompagner Marianne FAITHFULL dans son concert  à la Cité de la Musique.  Ils occupent la plupart des tables. Au bar sont accoudés les habitués, des musiciens blacks en résidence à Paris, ici la clientèle est jazz, soul ou latino.

Elle est là, coincée entre son manager-boyfriend et un grand blond hirsute, bien entourée, bien gardée.  Devant elle, un Coca.   Comme on est en 2009,  personne ne fume sauf elle.  On sait que si on l’empêche, elle s’en ira.

Je me glisse à la place du grand blond qui, justement, sort fumer une clope.

Ca va pas être facile pour se faire entendre.

 

-  Mick Jagger assistera à votre  concert ?

Elle croit que la question vient d’une fille de sa bande.



-  Non.

-  Vous êtes brouillés ?

-  Il m’a usée.  On ne se voit plus.Avec Jagger

-  Vous vous sentez libérée ?

-  Absolutely.  Mick adore   les animaux  et les enfants,  mais il n’aime pas les femmes.  J’ai découvert ça trop tard.

-  C’est tout une époque  de votre vie, que vous effacez ?

- Non, je garde une grande amitié pour Keith Richards, Charlie Watts  et même pour Anita Pallenberg, qui m’a trahie un jour mais passons.  Cette fille m’a fait plus de mal que de bien.  C’est elle qui m’a initiée au cannabis, quand même !!   …Faithfull Pallenberg

-  Mais c’était la compagne de Brian Jones, non ?

-  Oui, et elle est allée s’envoyer en l’air avec Mick 

dans une « pe rformance » …qui a fait scandale et bien sûr je l’ai appris...

-  Dans  le film Performance de Donald Cammell ?

-  Exactement.  A l’époque j’étais enceinte de Mick et

j’étais partie me reposer en Irlande.  J’ai reçu un tel

choc que j’ai perdu mon enfant. 

-  Vous étiez donc très amoureuse à l’époque ?


-  I was deeply in love, yes. It was in… 1970… Cette enfant aurait… 39 ans maintenant, oh good lord !    Anyway, j’ai pardonné à Anita, mais pas à Mick Jagger.    

 

- On dit que Keith Richards sera avec vous sur scène  le 18 ?

- Non, hélas. J’aurais aimé qu’il chante avec moi… Mais il est devenu bourgeois, il fait très attention à lui, il a arrêté de boire… Il est trois fois grand-père, vous savez ?

(Elle rigole)

 

-  Et vous, quand allez-vous arrêter ?

-  De boire ?  C’est fait.  De fumer ? Jamais. C’est tout ce qu’il me reste.

-  Non, de bosser, d’enregistrer, d’écrire, de chanter…

-  Qu’est-ce que je ferais d’autre ?

-  Vous vous occuperiez de vos petits-enfants.

Elle éclate d’un rire rauque, elle se met à tousser.

-  Goodness no !  I should go to London… I hate London.

-  Vous préférez vivre  à Paris  ?

-   Oui, à  Paris je me sens jeune !              

On lui apporte ainsi qu’à son manager une assiette de chili con carne, le plat traditionnel et unique du Birdland.   Elle se jette dessus, affamée.

Pendant qu’elle mange j’arrête de la questionner et puis le bruit est vraiment assourdissant.  On entend à peine la voix de Billie Hollyday  en fond sonore.

Mais Marianne enchaîne :

 

- Vous m’avez connue quand j’étais junkie ?junkie.jpg

-  Seulement par la presse et les films.

-  Vous trouvez que je suis vraiment décatie ?

-  Ah mais pas du tout, au contraire je trouve que vous avez maintenant un charme unique, envoûtant.

-  Thank you.

-  J’adore aussi votre voix maintenant.  Au début vous aviez une voix très douce…

-  Oui c’est vrai. C’est l’alcool et le tabac qui m’ont fait cette nouvelle voix. Moi aussi je la préfère à celle d’avant…

  

 -  Quand vous chantez la chanson de La Fille Sur le Pont, je meurs.

   La FilleElle me regarde et elle sourit.

   -  La scène est mortelle, non ?

-Elle allume une cigarette et me souffle la fumée  dans le nez.

 

-  Vous me donnez envie de fumer, mais moi je n’ai pas le droit !

-  Ah ah, il faut savoir braver l’interdit, mon petit.   J’ai passé ma vie à ça.

-  Cet album « Easy come, easy go » c’est le combientième ?

-  Vingt-cinquième ou trentième, je ne sais plus…

 

-  J’adore les titres de vos albums.  Ce sont des invitations au vice, à l’amour

   ou à la désolation.

-  Oui, je ne les choisis pas.  Ils viennent tout seuls.  Vous composez ?

-  Non, je décompose.

-  Ah, pas mal.  « Décomposition », un titre pour la fin.   Mon  titre préféré c’est le premier de tous, celui que Mick et Keith ont écrit pour moi, j’étais encore

presque pucelle…

-  « As Tears Go by » ?

-  Sublime, non ?...  Les larmes vont et viennent dans une vie, dont’they ? 

 

La lumière s’éteint brusquement.   La musique s’arrête. Panne de secteur.  `Ca tombe bien, je ne savais plus quoi lui dire.  Je me lève et à tâtons je vais vers la sortie.  Pour une fois, c’est moi qui me barre, l’interviewée reste sur le carreau dans ce décor qui n’était qu’un prétexte.

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 18:11

 

FERNANDEL, LE  DÉFROQUÉDon-cam.jpg


 

Cet homme a attiré au cinéma plus de cent millions de spectateurs dans les années 50-60-70.  Ce champion du box-office,  plus fort que de Niro, est tombé dans l’oubli.  Pourquoi ?  Lui-même croit avoir la réponse.

 

 

 

 

Toulouse, une étape de la tournée de la pièce FREDDY.  La loge de Fernandel au théâtre du Capitole. J’ai voulu revoir cette loge qui avait été habitée avant lui par Luis Mariano et tant de ténors  (ou de divas-) illustres.  Où il me donnait des conseils sur mon jeu avant le spectacle, paternel  et complice.

Il est assis à sa table de maquillage, je  vois son reflet dans la glace, du canapé rouge en velours râpé où je suis assise.

 

 

- Dans cette pièce FREDDY de Robert Thomas, qui est votre dernière apparition sur scène, vous avez fait le clown pendant une année à Paris et en tournée.  Ca devait être lassant, certains soirs, non ?Freddy-001.jpg

- Bonne mère !   Tous les soirs une jolie gonzesse me roulait une pelle,

  c’est pas des choses dont on se lasse, peuchère !     

-  Mais vous étiez déjà très affaibli ?

-  Affaibli, affaibli !  J’étais affaibli avant d’entrer en scène. 

Après, le public me tenait à bout de bras, rien que d’entendre leurs rires, je reprenais du poil de la bête.  Surtout pour la scène du baiser, hein ?

 

 

 

 

- Vous avez tourné combien de films ?

-  126 exactement.  Je ne parle que des longs métrages.

 

- Quelle est la partenaire qui vous a laissé le plus grand souvenir  ?

 

Il me montre   l’étendue de sa dentition (éclatante de blancheur, du reste).

- J’ai eu un coup de grisou  pour Silvana Mangano sur le

tournage du Jugement Dernier. Cette nana était un volcan endormi, on sentait que ça bouillonnait là-dedans (il fait les gestes) et quel regard ! Elle te zigouillait un mec à trois mètres.  Mais c’est Gassman qui avait ses faveurs, pas moi !

 

- Vous étiez conscient, de votre célébrité ?pastis.jpg

-  Moi conscient ?  Non, entre les tournages je filais à Carry-le-Rouet jouer à la p étanque avec mes potes, boire le pastis, écouter les cigales… là-bas ils me montaient pas le bourrichon, ils m’appelaient Fernand et ils parlaient pas cinéma !  J’étais con, mais pas chiant. (il  se marre.)

 

 

(Puis  il se frappe le front)

Ah  si, peuchère, le jour où j’ai cru que le ciel me tombait sur la tête, c’est à Rome en 1953, je me baladais avec ma fille Janine et de retour à l’hôtel on me tend un billet en provenance… du Vatican !!! Figure-toi que le Pape  Pie XII me demandait la faveur d’accepter une entrevue avec lui, il voulait faire la connaissance de don Camillo, le curé le plus célèbre dans le monde après le Pape !   Il m’a béni et Janine aussi, j’ai raconté ça aux potes à Carry, ils sont tombés à genoux en se bidonnant… ils m’ont pas cru.

 

-  Vous aimeriez tourner un film à notre époque ?

-  Oh pôvre,  aucun metteur en scène ne voudrait me faire tourner aujourd’hui.

-  Et pourquoi ?

- Pour la bonne raison qu’aujourd’hui  les gens ils rient plus pareil qu’avant.

Les grimaces et les contorsions, rouler les yeux et les r, jouer les abrutis, ça leur fait ni chaud ni froid. Ce qu’ils veulent c’est du comique de situ-ationn… Moi c’était du comique troupier, nuance, c’était bon pour les troufions. 

Non, si on me demandait, aujourd’hui,  j’aimerais tourner un remake des GRANDS DUCS, de Patrice Leconte !  Avec Gabin et Jean Lefèvre on  ferait un trio épatant, non, qu’est-ce que tu en penses ?   


 

    Il rit- Votre plus grand malheur ?  

-  C’est ma gueule !

- Votre plus grand bonheur ?      

- C’est ma gueule !

 

Nous rions tous les deux.

 

-  D’ailleurs à cause de ma gueule j’ai été nommé très souvent « chevalier » :

de la Légion d’Honneur, du Mérite, des Arts et des Lettres, en me voyant ça leur tombait sous le sens !

 

-  Il y a un acteur dont vous avez été jaloux ?

- Oui, Bourvil parce que tous les films où il a fait pleurer ont marché, alors que moi dans MEURTRES, j’ai fait un bide. 

- Mais vous étiez de grands amis ?

- Ah ça oui, dans LA CUISINE AU BEURRE, on était beurrés chacun son tour sur le plateau, et ensemble après. Le pastis était notre verveine du matin et du soir.  On un peu exagéré. 

-  Dans FREDDY on ne vous a jamais vu boire du pastis entre les scènes !

- Oui j’avais déjà adopté la devise « le pastis c’est comme les seins, un c’est pas assez, trois c’est trop ! »

Et d’éclater de rire.   Puis il se lève, se regarde dans la glace, bombe le torse.

-  J’ai quand même fait des conquêtes, malgré ma gueule.  J’avais du charme.

-  Oui, ça je peux en témoigner !

Il me tapote la joue.  A ton âge, tu draguais un vieux, c’est du joli !

-  Je jouais mon rôle, c’est tout !

 

Il ouvre la porte et sort dans le couloir dont le plancher centenaire craque sous les pas.

- Tu viens, petite ?  Je suis fatigué. 

Je lui emboîte le pas, mais je ne le vois plus.  J’entend seulement le plancher craquer sous ses pas qui s’éloigent dans la pénombre de ce couloir, interminable.

 J’entends alors  les hurlements de joie de la salle, les applaudissements, les rappels qui n’en finissaient pas.  Il souriait, il souffrait.  Quelques mois plus tard  il tirait sa révérence.

 

 

 

 

 

-

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 16:28

 

 

NAT  KING  COLE, UNFORGETTABLENat-King-cole-1.jpg

 

 

Hancock Park, quartier résidentiel  à Los Angeles.  Une villa cachée dans les araucarias et les hibiscus.  NAT KING  COLE est allongé sur un transat  sous

l’auvent de l’immense terrasse bordant la piscine de marbre gris. 

Le jardin est à l’abandon.

   On est accueilli par son sourire éclatant dans un visage déjà amaigri par la maladie.  La gorge entourée par un grand foulard bariolé, il parle avec difficulté.    

A  45 ans, il est déjà au bout d’une éblouissante carrière.  Trop d’alcool, trop de tabac… Le cancer de la gorge  l’emportera quelques mois plus tard à l’hôpital de Santa Monica, le 15 février 1965.

Aujourd’hui il a choisi de revenir chez lui, dix ans plus tard, pour revivre avec nous quelques moments de sa  courte vie.

   On entend,  s’échappant de la baie du salon, une musique trépidante de ukulélé.

 

-  Nat, c’est quoi le bonheur, pour vous ?

-  Ah ah ah !!!  Le bonheur c’est la musique, bien sûr ! 

-  Depuis toujours ?

-  Moi et mes quatre frères on chantait à la chorale de ma mère dans

   l’église où notre père était pasteur,  c’est pas un beau début, ça ?  on

   chantait la gloire de Dieu avec l’orgue, pour moi le gospel c’était

   la seule musique au monde !   Mama Cole m’a appris le piano et l’orgue, je n’ai plus jamais arrêté d’en jouer, même quand on m’a déclaré « chanteur », je suis pianiste devant l’Eternel !

-  La gloire, ce n’est pas le bonheur ?

-  Non non, la gloire c’est une épreuve.  Il faudra tout au long de sa vie la justifier vis-à-vis de tous ceux qui ne l’ont pas.  Vous êtes condamné à la mériter à perpétuité.

-  Votre idole ?

-   Le seul et unique :  Armstrong, c’est lui le king !  Je l’écoutais dans ma rue à Chicago avec mes frères, il jouait dans un club de jazz à côté, j’étais en transes !

-   Votre plus grand amour ?

-    Ma première femme Nadine… on s’est connu à 20 ans et on a créé un

      groupe ensemble.   Ca n’a duré que neuf ans… La vie sépare ceux qui s’aiment…, comme  dit Jacques Prévert,  et puis un amour chasse l’autre…

 

-   Pourquoi chantez-vous en Espagnol ?

-  Ah ah !  J’ai un très mauvais accent, non ?  C’est après une tournée en Argentine où j’ai chanté pour m’amuser Mona Lisa en Espagnol, ça a fait un tabac, alors j’ai commencé à écrire des chansons en Espagnol, ça marchait toujours. 

-  Tout a été facile pour vous ?

-  Oh non.  J’ai souffert toute ma vie d’être Noir. Dans ce pays, si vous saviez.

   En 1956 j’ai été attaqué en concert à Birmingham en Alabama, mon pays natal !  par un groupe de Blancs, j’ai dû interrompre le spectacle et fuir, avec mes musiciens… Jamais plus je n’ai chanté en Alabama.

-  Mais vous avez été invité par la reine Elisabeth II ?

-  Oui oui, au palais Victoria.  Et John F. Kennedy était mon ami… un véritable ami, je l’ai pleuré comme un membre de ma famille. Oh, il existe des Blancs qui ne sont pas racistes, heureusement !

 

 

-   Il y a quelques années, au Sporting d’Eté de Monte-Carlo, nathalie.jpg

la nuit la plus belle  fut celle où votre fille Nathalie a chanté

UNFORGETTABLE YOU en fourreau de velours noir  pailleté,  

superbe,  et le finale avec votre voix off  a déchaîné l’enthousiasme

du public…

-   Oui, j’ai vu ça… Un miracle, ma fille  a  chanté divinement.   Elle sentait ma présence. 

 

 

-  Vous avez vu le film « In The Mood for Love », où votre chanson « Aquellos ojos verde » donne à cette histoire d’amour impossible des accents inoubliables ?

-  Oui, je l’ai vu.  Ce film est à l’image de la vie,  la quête d’un idéal qu’il vaut mieux ne pas atteindre car on ne peut être que déçu.  L’idéal n’est pas de ce monde.

-   Vous êtes pessimiste !

-  Oui,  parce que  je vois encore la discrimination partout, partout…  Même OBAMA n’a rien pu faire, les hommes se haïront toujours.

-  Votre dernier souvenir douloureux ?

   Lorsque ma famille et moi sommes arrivés à Los Angeles.  Nous avons

   acheté cette maison, où nous sommes, ici (il fait un geste large pour

    montrer l’ensemble de la propriété)… J’ai reçu des lettres me demandant

    de m’en aller, des menaces… J’ai tenu bon.  Ils ne voulaient pas de nous.

     C’était dur pour moi mais encore plus pour mes enfants… l’école, tout ça.

     Vous savez, c’est une malédiction de naître Noir parmi les Blancs, comme

     de naître Juif dans le monde entier. Il faut attendre le Jugement dernier.

 

-  Vous avez une solution, pour que les hommes s’aiment entre eux . ?piano1.jpg

 

- Oui, remplacer l’argent par la musique.  La musique engendre l’amour, les notes de musique sont de petits germes d’amour.   Mais cela ne se fera jamais.

-  Pourquoi avoir accepté de revenir  ici pour cette interview ? 

 

Nat King Cole boit une gorgée de tequila et respire à pleins poumons.

 -    Tout ça est un monde factice.  L’essentiel, on le découvre après la mort.   Je passe un petit moment sur  terre, cela me fait rire.  Après votre départ je remonterai vite là-haut, dans l’espace où toutes les âmes sont de la même couleur.

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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