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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 16:30

 

250px-Johnny 1 Cannes

 

 

 

Affiche-Paris.jpgSeptembre 2011.  Dans sa loge du théâtre Edouard VII, Johnny HALLYDAY tremble.  Le fauve n’est pas dans son élément. Seul espoir, que « TENNESSEE » lui porte chance, comme sur la scène du Zénith.

Il va falloir parler, et non chanter.   Johnny éteint la lumière et s’étend sur le canapé. Exercices de relaxation, il connaît.

On frappe à la porte.  Qui a pu franchir les barrages  interdisant l’accès à la loge ?  Johnny se redresse, furieux .

La porte s’ouvre, une ombre se glisse dans l’ombre, vient s’asseoir sur le fauteuil  devant la table de maquillage.

« Qui êtes-vous ?

« Take it easy, boy.  I am Marlon BRANDO. I juste come to talk to you.

« Pourquoi ?  Dégage.

« Okay, tu vas jouer Tennessee ?

« Ouais. Et alors ?

«  Ecoute-moi deux minutes. Je suis monté sur scène pour la première fois  à Broadway en 1947.  C’était pour jouer quelque chose de Tennessee WILLIAMS.Brando-Tramway.jpg

 

Johnny se lève, marche vers cette forme massive, assise dans son fauteuil.

 

« Bon alors, comme ça, tu ES Marlon BRANDO  ou tu te fous de ma gueule ?

« I AM Marlon BRANDO, you stupid ass, je me dérange pas souvent pour venir me mêler à vos conneries, mais là… A cause de Tennessee, j’ai voulu voir comment tu allais t’en sortir. 

« Tu jouais quoi ?

« UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR.  Comme toi, trois personnages, une ambiance de folie sur le plateau.  Et le public, en plein orgasme.

Johnny  s’agite.

« N’allume pas la lumière. Ecoute-moi, be good, Johnny.  I love you singing TENNESSEE.   It’s glorious.  But playing TENNESSEE is another fucky  thing.

 

Johnny  s’allonge à nouveau sur le canapé, les coudes derrière la tête.

« Vas-y, partner.  Dis-moi comment il faut faire.  Je meurs deJohnny-trac.jpg trac.

 

Marlon BRANDO éclate d’un rire tonitruant.

 

« Moi aussi, je mourais de trac.  Je ne connaissais rien au théâtre. J’avais fait savoir à Elia KAZAN, le metteur en scène, qui me voulait absolument, que je refusais le rôle.  Il m’a fait signer quand même.

« Et comment ça s’est passé ?

« J’ai joué au feeling.  Tu es chanteur, tu connais la recette pour « avoir » ton public. C’est un atout énorme.  Prends ton public à bras le corps, ne le fuis pas.  Un spectateur de théâtre est aussi sentimental qu’un spectateur de concert. Tu as beaucoup de texte, c’est sûr, chez Tennessee on n’arrête pas de jacter… tu l’as bien en tête ?

« En tête, en tête, ouais et non, je sais pas moi, je l’ai répété des nuits entières, mais voilà, je suis pas à l’abri d’un trou !

«

« Rien à foutre, un trou !  Tu reprends vite pied. Tes partenaires t’aideront.

Moi, j’en ai eu quatre ou cinq, de trousj  j’improvisais, et Jessica TANDY qui jouait Blanche me renvoyait la balle.   Sutout, n’essaie pas de chercher les mots du texte, remplace-les par d’autres, les tiens !  Ton metteur en scène n’est pas trop à cheval  ?

«  Non, Bernard MURAT ça va, mais le public ?  je ne veux pas décevoir mon public . 

 

« Tu ne peux pas le décevoir.  Le public adore les types  qui ont du culot. Tout d’un coup, il va voir un nouveau Johnny HALLYDAY. Ca, ça leur plait. Ils en redemandent.  Fais-leur ton numéro d’acteur !

 

Ils se taisent un moment.  Le haut-parleur annonce : lever de rideau dans quinze minutes…

« Johnny, je vais te laisser.  Je serai dans les coulisses, comme Elia KAZAN était pour moi, à Broadway.  On a eu la victoire, un succès énorme !

Johnny HALLYDAY crie :

« Brando, tu avais 23 ans ! Toute la vie pour te remettre d’un bide ! Moi j’ai soixante balais !

Brando répond sur le même ton :

« Tu as l’âge du rôle, non ?  Tu es  un géant, Johnny, exactement le type que TENNESSEE WILLIAMS réclame pour ses pièces.

 

Johnny HALLYDAY se lève.

  

 « Je suis prêt.  Merci pour les conseils, Parrain.

 

Il rallume la lumière.  Dans le fauteuil, Marlon BRANDO a laissé une fleur de tiaré.

 

 

 

 

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 15:24

 

 

ETRE OU NE PAS ÊTRE HAMLET

 

 

 

hamlet.jpgJuillet  2011.  La cour d’honneur du château de GRIGNAN dans la Drôme.  La nuit est claire mais le mistral souffle et les spectateurs frissonnent autant de froid que de terreur devant le spectacle de la folie d’HAMLET que joue Philippe TORRETON.

Deux spectateurs non autorisés arpentent les terrasses qui dominent la cour, leurs voix se perdent  dans le vent du nord.

 

chateau.jpgLaurence OLIVIER se souvient du décor de l’Old VIC Theater à Londres  où il joua HAMLET pour la première fois en 1938.

« Un vieux théâtre délabré près de la gare de Waterloo, un quartier mal famé où l’on n’osait pas entrer dans un pub pour boire une bière après le spectacle…. Ici, c’est un paradis pour les acteurs !

« Oui, enfin, s’il n’y avait pas ce foutu vent !  gémit   Vivien LEIGH.

« Toujours à te plaindre…Tu ne changeras jamais. Regarde donc le spectacle !

 

Les deux amants se penchent dangereusement par-dessus les épaisses murailles.

« Ils ont rempli la cour à ras bord !  Look, il y a des gens qui n’ont pas pu entrer, ils sont des centaines dans la petite rue… 

«  L’affiche est barrée : c’est complet jusqu’à la fin.

« Il doit y avoir des amoureux de Shakespeare frustrés…

« C’est la loi des grands nombres !  Et dans ce petit espace, ne peuvent être admis que ceux qui ont réservé dès les premiers jours…

« … et certains privilégiés…

« Ca donne ça :  « Allo ? Je voudrais réserver… On vous coupe : « c’est complet, madame ! » Elle insiste « mais c’est pour fin Août… C’est complet jusqu’à la fin. Au revoir madame.  Elle n’a pas donné son nom, c’est une inconnue, on ne lui vendra pas les places disponibles du premier rang.

« 0n a peine à imaginer que dans quelques jours le village de GRIGNAN retombera dans le silence et les ruelles seront désertes.

 

Ils sont sur le toit de la Collégiale.  La vue s’étend jusqu’aux monts de la Lance, la plaine est tranquille, un parfum de lavale couple 1nde monte jusqu’à eux.

On entend les bribes d’une réplique d’OPHELIE qui s’effiloche dans le vent.  Elle est minuscule, face à HAMLET qui l’invective.  La voix puissante de TORRETON domine le bruit des rafales.

Ils se serrent l'un contre l'autre. Laurence OLIVIER murmure :

"Te souviens-tu, mon Ophélie, comme nous nous sommes déchirés dans cette scène ?

"Oui, mon Hamlet, tout ça a très mal fini.


 

 

 

 

 

Et puis, à quelques mètres du couple, dans l’ombre de la terrasse, une autre voix s’élève :

«  Bel organe, le TORRETON, tu ne trouves pas, Gad ?

C’est  Edouard  BAER.  Avec son compère Gad ELMALEH ils s’amusent à lancer des cocottes en papier sur la scène.  Avec le vent, certaines atterrissent sur la tête des spectateurs  interloqués.

 

« Ils croient que c’est dans la mise en scène ! s’esclaffe Edouard.

« Ah !   HAMLET en a reçu une dans le cou ! Il pipe pas, le bougre !

« Comment va-t-il se sortir de to be or not to be ?  Ecoute bien, Gad !

 

Laurence OLIVIER s’approche :

« Vous aussi vous avez joué HAMLET ?

Gad ELMALEH désigne Edouard BAER :

« C’est lui. Il a joué HAMLETaux Bouffes du Nord, qui est un peu l’équivalent parisien du Old Vic Theater, n’est-ce pas ? Et ce soir…

Edouard s’interpose :

s aec04 - cm - - edouard baer - 1 - 048« Ce soir je suis la doublure de Philippe TORRETON. A la moindre défaillance, je saute sur le plateau.  Et là, vous verrez un HAMLET …grandiose, unique, irremplaçable.

« Mais pourquoi vous lancez des…

« C’est censé être les âmes de tous ces morts qu’il va y avoir sur scène :

Polonius 

 , Claudius, Laerte, et finalement Hamlet.  Mais… vous êtes Laurence OLIVIER ?

« Yes I am.

«  Pleased to meet you.  My name is BAER, Edward BAER THE FIRST.

Ils se serrent la main.

gad web p« Et lui c’est  Coco, mon partenaire chouchou. Son nom est ELMALEH, Gad ELMALEH.

« Enchanté.

« Alors, vous, illustrissime Mr OLIVIER, vous avez traité le monologue to be or not to be sur quel mode ?

« Well… au théâtre je l’ai traité sur le mode  furioso, et dans mon film HAMLET, je l’ai joué pianissimo.  Et vous ?

« Et bien, moi j’ai choisi de mélanger les deux. Un mot très très fort, le mot suivant inaudible. Cela maintient l’attention des spectateurs, car cette tirade est un peu lassante, vous êtes d’accord ?

Pas de réponse. Une rafale plus forte que les autres soulève un nuage de poussière sur les dalles de la terrasse. Ils sont seuls.Chateau-de-Grignan_carrousel_gallery.jpg

 

 

 

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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 14:58

 

 

 

kubrick80.jpgOctobre 1978.  Childwickbury House (Hertfirdsgure) au sud de Londres. Dans son manoir entouré de bois et protégé comme une forteresse, Stanley KUBRICK travaille sur le montage de son prochain film SHINING.  Il est de mauvais poil. Stephen KING, l’auteur du roman qui a inspiré le film, vient de lui renvoyer  le scénario : il ne l’aime pas.  Il ne retrouve plus rien de son roman, à part les personnages principaux et l’hôtel hanté. Il lui a fait savoir qu’il refusait de figurer au générique du film. La tuile, car Stephen KING est un écrivain phare aux US.

 

 

200px-20050613-007-childwickbury.jpgDans la salle de montage installée dans les écuries du manoir, KUBRICK est assis dans l’ombre et repasse en boucle la scène  où Wendy et son fils Dannys s’engouffrent dans le labyyrinthe.

 

labyrinthe.jpg« Il n’y a pas assez de menace dans ce labyrinthe !  On les croit à la fête foraine…

KUBRICK se retourne.

« Si tu t’occupais de ta  promo de FILMING OTHELLO et me laisses avec mon labyrinthe…

« Stanley, ne le prend pas mal,  mais question labyrinthes, je m’y connais ! Tu te souviens peut-être de mon film LA DAME DE SHANGAÏ ?

 

miroirs.jpg« Ah oui ! La tuerie dans le labyrinthe de miroirs…

« Avoue que c’était un autre traquenard  que tes couloirs en feuillages.

« Mais enfin, on n’est pas dans le même univers, Orson ! Je fais un film d’horreur où l’horreur ne doit pas se voir, mais se deviner, se faire attendre jusqu’à l’insupportable, je ne veux pas d’effets visuels qui casseraient la tension nerveuse !

« OK. Mais ton labyrinthe est quand même très accueillant !

« Stephen KING ne le trouve pas accueillant, il le trouve inepte ainsi que l’ensemble de mon scénario, et il est furieux que j’aie changé la fin.

« Je le comprends un peu !

«  Dans son livre Jack meurt dans l’incendie de l’hôtel, et moi je le fais mourir gelé dans le labyrinthe.

Orson WELLES éclate de rire.

« Oui, c’est carrément l’esprit de contradiction !

« Je le fais comme je le sens.

« Tu enchaînes des films qui n’ont aucun point commun. Après BARRY LYNDON, tu passes au film d’horreur…

« Ne me parle pas de BARRY LYNDON, le plus beau bide de ma carrière. Tu n’as

jamais connu ça, toi.

« Moi ?  Et mon DON QUICOTTE qui n’a jamais vu le jour, c’est pire !  Moi, après CITIZEN KANE, j’ai cru que le monde m’appartenait. J’ai pris un ego de pharaon.  Fais gaffe :  si tu fais un succès mondial, tu ne seras plus jamais satisfait.   Tu seras condamné au succès.  Tu passeras le restant de ta vie suspendu au box-office. C’est ce qui m’est arrivé.   Après CITIZEN KANE je n’ai fait que descendre.   Et ça ne tient pas à la qualité du film ! Non, c’est seulement que le hasard est maître du jeu.

 

citizen-kane.jpgKUBRICK hoche la tête.

« Je sais. Moi, j’attend mon CITIZEN KANE, film après film mais chacun d’eux est un remède à mes tourments.  Ca me suffit.  Je méprise la profession et ses honneurs.

« Tu dis ça mais tu aimerais bien présider le jury des Césars ou du Festival de Cannes ! Je t’assure que c’est assez plaisant !

 

KUBRICK hausse les épaules.  Il débranche la table de montage et prend Orson WELLES par le bras.

 

« Allez, on rentre. J’ai un bourbon d’Ecosse hors d’âge.  Toi et moi, nous avons renoncé à la silhouette Beau Brummel, tu pèses combien ?

« J’ai dépassé les cent kilos mais je mesure quelques inches Avec-Rita.jpgde plus que toi !

« J’avais dix ans quand tu as affolé les Etats-Unis avec ton canular radiophonique Les Martiens arrivent sur terre ! A l’époque tu étais beau comme un jeune premier, et un peu plus tard quand tu filais le parfait amour avec Rita HAYWORTH, je t’enviais  beaucoup.  Moi j’ai toujours été laid.

«  Veinard, tu ne t’es pas vu vieillir. Et tu as gardé ta femme. Moi, elles m’ont toutes quitté, même Jeanne MOREAU !

 

 

Sortant de la salle de montage,  ils marchent dans le parc éclairé par la lune, entourés d’un monde végétal envahissant et protecteur à la fois. Le monde de KUBRICK  Après un moment d’un silence fraternel, Orson demande :

« Tu as quel âge, Stanley ?

« Cinquante ans.

« J’ai 13 ans de plus que toi et je suis au bout du rouleau.  J’ai tourné mon dernier film il y a trois ans. C’est fini. J’arrête.  Plus envie.

 

Dans le fumoir, KUBRICK sert un verre de bourbon à Orson WELLES qui allume son dixième cigare de la journée.

 

« Orson, tu feras d’autres films.  F COMME FAKE n’est pas une conclusion.

 

vérités et mansonges

« Mais si ! Justement ! VERITÉS ET MENSONGES le titre français, le dit bien ! Je suis un prestidigitateur et je raconte l’histoire du plus grand faussaire de tous les temps Elmyr DE HORY, dont les copies de grands maîtres ont trompé les experts du monde entier.  Tout ici-bas n’est que mensonge mais l’illusion est universelle.

 KUBRICK l’a  écouté attentivement.

« Je te rejoins complètement. Mon dernier film sera semblable au tien. Je l’appellerai EYES WIDE SHUT et personne n’y comprendra rien.

Orson WELLES lève son verre , il lance un défi à KUBRICK :

« Je te parie que tu n’oseras pas terminer le film sur un mot-clé qui sera ta conclusion claire et nette !

« Quel mot, Orson ?

« FUCK !

 

Ils trinquent en riant et boivent leur whisky cul sec. Le pari a été tenu. Eyes-wide-shut.jpg

 

 

 

 

 

.

 

 

 

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 16:27

 

 

Hitchcock-1.jpgVendredi 1er Juillet 2011.  La Tour Sainte-Marie, en haut du Rocher de Monaco. C’est la tour où flotte l’étendard indiquant la présence du Souverain dans le Palais.

La silhouette d’un petit homme obèse tout vêtu de noir se détache sur les pierres blanches de la tour. Il scrute  le fabuleux décor de la Principauté avec ses constructions vertigineuses derrière le petit port hérissé de mâts.

 

Tour-SteMarie.jpg« C’est  le souvenir de VERTIGO, qui vous a conduit jusqu’ici, Mr. HITCHCOCK ?

 

il se retourne, nullement étonné.

« Sûrement, oui, mais aussi cette vue d’ensemble.  Je cherche à apercevoir la limousine de Grace KELLY arrivant au mariage d’ALBERT.

albert-.jpg« Mais qui vous dit qu’elle  doit y assister  ?

« C’est la mère du marié, que je sache !  Elle sera là, soyez-en sûre.  Et moi, j’assisterai à ce mariage comme j’ai assisté à son union avec le Prince RAINIER en 1956.

«  Vous veniez de tourner ensemble LA MAIN AU COLLET…Grace-Kelly.jpg

« Oui… ce fut son dernier tournage. 

« Ce film avait pour décor la RIVIERA, une sorte de présage…

« Oui, et la course  poursuite…sur la Moyenne Corniche,  présageait  la fin tragique de ma petite  Grace… il y a de la sorcellerie là-dessous, je l’ai toujours pensé !

« Elle aurait dû épouser le comte Oleg CASSINI…

« Ce vieux chnoque ?  Non, non.  Elle aurait dû rester actrice.

 

HITCHCOCK sort un mouchoir et s’éponge le front. 

« C’est une fournaise, ici !  Je vais redescendre. Vous venez, nous allons boire quelque chose à l’hôtel de Paris, je la verrai mieux arriver.

« D’accord,   je vous  attend  en bas.

 

Je le précède dans l’étroit escalier qu’il entreprend de descendre laborieusement.    Cet exercice l’a épuisé,  Il  renonce à traverser la ville.

 

« Vous m’excuserez, je vais disparaître juste le temps du trajet jusqu’à la place du Casino.   Mon esprit est plus léger que l’air, sorti de mon corps  !

 

Quelques instants plus tard, installés dans un coin du bar devant deux coca-whiskies.

 

« C’est insensé, Albert ne veut pas se marier dans la cathédrale, comme ses parents !

«  Trop petite…

« Ridiculous… En 56 il y avait dedans la moitié de la planète de têtes couronnées… Seulement  voilà, , il veut que le PEUPLE monégasque entier  assiste au mariage !  Insensé…  Il aurait pu y avoir un magnifique lâcher d’oiseaux qui auraient envahi  la nef et semé la terreur, cela aurait fait un mariage inoubliable !  Vous imaginez ?

« Assez bien, oui… mais Grace n’aurait pas apprécié…

 

oiseaux.jpgHITCHCOCK  s’enflamme en imaginant la scène.

« Je regrette de n’avoir pas tourné une scène des OISEAUX dans une cathédrale… Avec les cris des oiseaux qui se mêlent aux grandes orgues, et la panique des fidèles, et le prêtre qui invoque le Seigneur, et… ah, vraiment, je regrette.

« Vous avez d’autres regrets, Mr. HITCHCOCK ?

«  Oui, j’aurais voulu faire revenir des personnages célèbres dans un de mes films, comme l’a fait Woody ALLEN dans MIDNIGHT IN PARIS !  Mais moi, j’aurais mis un meurtre, là-dedans !

« Et qui auriez-vous fait revenir ?

« Oh…  Shakespeare, mon idôle, et tous les poètes de ma jeunesse universitaire à Londres : COLERIDGE, Lord BYRON, et mon inspiratrice Agatha CHRISTIE, disparue quatre ans avant moi ! 

« On dit que si vous n’êtes pas attiré par les femmes c’est parce que vous n’avez pas de nombril !

« Qui vous a dit ça ?   J’ai un nombril comme tout le monde, mais il a été recousu après une opération. Quant à ne pas être attiré par les femmes, c’est tout à fait faux ! Je n’aime pas les femmes qui s’affichent, c’est tout.

« Vous avez refusé de tourner avec Marilyn  MONROE ?

« Oui.  Miss MONROE was too sexy.  Cela enlève tout le mystère d’une intrigue.

« Et cela peut faire naître des tentations…

« No no, no temptation for me !  J’ai une femme que j’aime, Alma, c’est la seule qui compte.   j’ai eu un petit faible pour votre Claude JADE, en 68 ie démon de minuit, I suppose ?

« Pourquoi cette fascination pour les films de’épouvante ?

« J’ai fait le premier par hasard, et comme il a marché, j’ai continué…

« Moi, celui qui m’a le plus marquée, c’est VERTIGO.  Est-ce que c’est la même actrice qui joue Madeleine et Judy ?

« Mais évidemment, pauvre sotte ! Vous n’avez pas reconnu Kim NOVAK ?

« Oui, mais…  alors, on ne voit jamais la vraie femme de Ferguson ?

« Oh my God, vous n’avez rien compris au film !   Comment pouvez-vous l’apprécier ?

« C’est justement parce que je n’y ai rien compris.

 

HITCHCOCK se lève et se précipite vers la sortie :

« Elle arrive !  Elle est là !   Je vais la retrouver, vous voulez bien payer ma consommation ?

Je le vois sortir de l’hôtel, descendre les marches péniblement en soufflant.

La portière d’une  limo  blanche s’ouvre, comme une invite.  Il s’y engouffre et la voiture s’éloigne lentement en direction du Palais.

Palais.jpg

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 17:14

 

 

 

Dali-1.jpgNous sommes toujours dans la suite 116 de l’hôtel Martinez à Cannes, après la présentation de MIDNIGHT IN PARIS. 

Woody ALLEN est toujours enfermé dans la salle de bains après son règlement de comptes avec PICASSO. (voir Interview Imaginaire précédente).

N’entendant plus aucun bruit, espérant que DALI a suivi PICASSO dans les limbes, il  risque un œil par la porte entrouverte et constate que le salon est vide.

Soulagé mais la gorge sèche,il sort de la salle de bains et va se resservir un verre d’eau minérale qu’il avale d’un trait.  Un courant d’air le surprend : la baie vitrée est ouverte. Un homme est accoudé au balcon et écoute le bruit des vagues.

A l’approche de Woody ALLEN, il  se retourne, c’est DALI.

 

« Eh, hombre ! vous m’avez fait peur !  Qu’est-ce que vous faites là ?

« Excuse-me but  you are in MY room, you know ?

« Ah, si, senor ALLEN  !  Nous avons à parler, tous les deux. Rentrons, por favor.

Woody ALLEN se passe la main sur le front et va en soupirant s’asseoir dans son fauteuil, le même où il a subi l’interrogatoire de PICASSO.woody_allen_1.jpg

« Well, OK, OK, je vous écoute mais soyez bref, je suis épuisé, je tombe de sommeil et demain j’ai un avion à…

« Si, si, ça sera ttrès vite fait, je voulais vous dire que je suis très très déçu.

« I know.

« Vous savez ? Vous avez la double-vue  que j’appelle la paranoïa critique ?

«  Euh, not really, but… allez droit au but !

« Si vous avez la cognition supra-sensorielle, Mr. ALLEN, alors vous devinez la douleur de l’artiste qui entend le mot « rhinocéros » articulé de manière à ridiculiser l’animal et l’objet d’art ?

« …

Rhinoceros.jpg« Vous extrapolez  la profanation que cela représente, le mot « rhinocéros » beuglé comme le ferait le bœuf Apis, par un acteur caricatural, gesticulant, et pitoyable à qui vous avez donné le nom du génial Salvador  Dali de Pubol ?

« …..

« Vous vouliez peut-être faire de la pub subliminale !  No ? (il déclame ) « Je suis fou du chocolat Lanvin, je suis fou du Rhinocéros cosmique », je le répète, je le beugle et tout le monde voudra savoir où est cet animal mythique, le toucher, le voler !  Oui ? Mr. ALLEN ? 

« Euh no, no…

« Mon grand ami PICASSO s’est prosterné devant cette esculture géniale. Mais le grand DALI ne se résume pas à une esculture !!!

Votre pingouin d’acteur aurait pu  beugler « Crucifixion » !    Ou ,  « Portrait de Bunuel » ! pobre Bunuel que vous avez  crétinisé comme moi, ou « Hallucination partielle » !  ou « Portrait de Gala avec deux côtelettes d’agneau sur l’épaule »   No ?   Et si vous aviez planté votre caméra dans l’enceinte du Teatro-Museo de Figueras, là vous aviez   de quoi faire un chef-d’œuvre ! Au lieu de cette galerie de portraits   débiles…

 

Là,  d’un coup, Woody ALLEN en a ras la casquette. Il se lève et fonce vers DALI, rouge de colère.

 

« Now, shut up you stupid genius of my ass !

 

DALI  s’étrangle.  Mais Woody ne le laisse pas parler. Il continue sur un ton de bouledogue :

« J’ai fait plus de films que vous n’avez fait de rhinocéros et je n’

ai pas de leçon à recevoir de vous ni de personne !  

Est-ce que je vais critiquer  les visages au carré de votre ami PICASSO ?   

Et est-ce que je me fend la pêche devant vos montres qui coulent  ? 

 

250px-JuanGris.Portrait of Picassodalimontremolle.jpg« Doucement, Mr. ALLEN.  Je vais vous apprendre la méthode tri-dimensionnelle cosmique…  y tambien…

« Foutaise !  Retournez à votre cinquième dimension comique, ou j’appelle le service de dératisation !

« Alors, tournez un autre film pour rétablir la vérité !

« Et vous voyez qui,  pour jouer votre rôle ?

« Nicolas SARKOZY.  Je ferais le portrait de CARLA nue…

 

 

 

 

 

 

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 19:47

 

 

 Autoportrait_1907.jpgCannes, vendredi 13 mai 2011.  Deux heures du matin. Woody ALLEN  arrive dans sa suite de l’hôtel Martinez. Il est exténué, la présentation de MIDNIGHT IN PARIS  a été un succès, suivie de mille salamalecs. Il est rôdé, c’est sûr, mais il a 75 ans.

 woody-hotel.jpgIl allume la lumière du salon. Dans l’un des fauteuils est assis un homme.

Woody a un sursaut. Qui est-ce ? Comment est-il entré ?

L’homme n’a pas l’air agressif. Woody  le reconnaît soudain. Il se croit revenu dans son film. Voilà ce que c’est que de jouer avec les voyages dans le  temps.

 

« Mais… vous êtes PICASSO ?

 

L’homme décroise les jambes et se cale un peu mieux dans son fauteuil.

« Claro que si.  Yo soy Pablo PICASSO.   Vous me reconnaissez ?

« Oui, je vous reconnais… mais vous mais je… how do you do ?

« Alors pourquoi les gens ne me reconnaissent pas dans votre film ?

« Euh, well I think they do, but you know it’s difficult to appreciate …

« Vous m’avez donné les traits d’un fantoche.

« Mais Marcial di FONZIO BO est un immense acteur  !

« Caramba !   Il n’a pas ma carrure, mon charisme, mon regard !

 

Woody est anéanti.

I am sorry, sincerely, I believed…Picasso.jpg

« Un film qui doit diffuser mon image physique à des millions de spectateurs… Mes œuvres parlent toutes seules, le monde entier les reconnaît entre mille, mais moi, moi, l’homme PICASSO, croyez-vous que ce ne soit qu’une marionnette ?  J’étais beau, je tombais plus de femmes que vous et je ne me taisais pas, moi !

 

Woody ALLEN  a l’œil qui s’allume. Il récupère vite ce genre de situation.

 

« Oui, oui bien sûr, vous étiez beau. D’ailleurs, combien de femmes avez-vous séduites ?  Je veux dire…  combien,  à peu près ?

PICASSO se frappe le front.

« Séduit ?  Mille, peut-être.  Seulement trois ont compté pour moi. Et celle de votre film, Adriana, nada. Fausse information.

« Oh ? Sorry I read it in a book…

« Tout a été écrit sur moi. Sauf la vérité.  C’est ce qui arrive à tous les mythes.

 

Woody pense à présent à enlever sa veste de smoking, et à ouvrir le mini-bar pour en sortir une bouteille d’eau minérale.

« Vous voulez de l’alcool ?

« Les fantômes ne boivent pas.

 

 

WOODY   avale une gorgée de Badoit et prend un ton de conspirateur.

 

« Listen, Mr. PICASSO, oh, may I call you  Pablo ? Thanks Pablo, il y a quelque chose que je voudrais vraiment savoir …

« … sur le sexe ?

«  No no…

WOODY   cherche ses mots, comme d’habitude.woody-1.jpg

 

« Pablo, j’ai fait beaucoup de films.  Beaucoup moins que vous avez peint des tableaux, beaucoup moins.  Mais quand je les passe en revue dans ma mémoire, maintenant, je me dis…  Lequel  garderais-je si tous les autres devaient disparaître dans la nuit des temps ? 

«   C’est très abstrait comme démarche … et alors  ?  Lequel ?

Woody prend l’air affligé.

«  Aucun !   J’ai l’impression d’avoir perdu mon temps.  Je n’ai rien fait d’important.

 

PICASSO  fixe  WOODY ALLEN de ses yeux noirs de jais.

« Important.  Ce qui est important pour les uns est poussière pour d’autres.

 

WOODY  suit son idée et s’anime :

 

« Alors voilà, ma question est :  Pablo ?  Si vous ne deviez garder qu’une seule toile sur 8000, laquelle garderiez-vous ?   C’est ça ma question, voilà, je vous la pose…  Laquelle ?

 

PICASSO ferme les yeux et prononce un seul mot :

« GUERNICA.

 

 guernica.jpgWoody reste muet.  Il a compris, bien sûr. Pour lui, la vraie question est là, sur l’utilité de l’art et tout ça, mais elle est si complexe  qu’il n’a jamais su par quel bout la prendre.

PICASSO, lui, en une seule toile, a exprimé toute l’horreur de la guerre, de toutes les guerres.

« Cette toile, dit PICASSO, n’était pas faite pour décorer un appartement. C’est une arme de guerre.  Une réponse à Franco qui a pactisé avec les nazis pour bombarder GUERNICA et faire 3000 victimes innocentes.

 

 picasso-mains.jpgWoody ALLEN se recroqueville sur lui-même, dans un état de profond abattement.  PICASSO poursuit  :

«  Ce tableau en a fait blêmir plus d’un, croyez-moi.  Et le premier, Otto Abetz, ambassadeur du régime nazi à Paris, lorsqu’il est venu me visiter dans mon atelier, à la vue d’une reproduction de GUERNICA, saisi d’horreur, après l’avoir minutieusement étudiée, m’a demandé : « C’est vous qui avez fait ça ? » et que j’ai répondu froidement : « Non, c’est vous ! »

 

« Magnifique !  J’aurais voulu écrire ça… magnifique !   WOODY exulte.

 

De glace, PICASSO centinue :

«  Son visage est devenu  blanc de cire et j’ai eu le sentiment d’avoir fait quelque chose pour l’humanité.

 

PICASSO se lève.

« Mr. ALLEN, je pars. Je vous laisse savourer le succès de MIDNIGHT IN PARIS.  Mais vous n’êtes pas couché !   Mon ami  Salvador DALI  ne va pas tarder.  Il est furieux contre vous.

 

WOODY lève les yeux au ciel.dali.jpg

«  Il n’est pas ressemblant ?

«  Il dit que vous en faites un pitre capable de dire un seul mot : rhinocéros ! 

D’ailleurs, le voilà, je me sauve.

Entre DALI, flamboyant dans un costume de satin noir.  PICASSO et lui se tombent dans les bras et s’embrassent.

WOODY ALLEN   en profite pour aller s'enfermer

dans la salle de bains.

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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 13:15

 

 

 

durasecrireLa discothèque Le Bilboquet, rue Saint-Benoît à Paris. Trois heures du matin.

La piste est encore envahie de danseurs dans une obscurité trouée d’étincelles brillantes et par instant, de lumière noire qui donne un aspect fantasmagorique aux visages et aux vêtements de couleur blanche.

 

Dans un coin reculé de ce sous-sol archi-comble, tout contre le bar, la vieille dame est assise.  Elle est très vieille, son visage est sillonné de rides profondes.

 Elle a les yeux fermés. Elle souffre. Elle boit, souvent, de longues gorgées d’alcool.  DURAS, c’est son nom.  Marguerite DURAS.  C’est elle.

Souvent on peut la voir assise, là.   Revivre, dit-elle.

 

 

 

Piste-danse.jpg« Pourquoi revenir ici, Marguerite Duras ? 

 

Ses yeux fermés, cheveux gris, mains tremblantes.  Bien sûr elle m’a entendue.  Elle n’ouvre pas les yeux. Elle soupire. Elle parle, elle a la voix d’une alcoolique, rauque, elle répond :

 


« Ici  je suis venue si souvent.  Je n’avais qu’à descendre mes troiyann.jpgs étages, là, à côté.  Il y avait toujours à boire.  Ils savaient.  Ils m’ont remontée chez moi, le dern ier jour. Avec Yann. J’ai dit adieu au monde.  C’était trop tôt. 

«  Vous vouliez rester vivante ? Mais vous étiez  détruite  dans l’alcool…

«  Et alors ?  Yann m’aimait ainsi, défigurée.  Je lui disais d’écrire à ma place. Il le faisait. 

«  Il ne vient pas vous tenir compagnie ?

«  Il ne sait pas que je suis là.  Personne ne veut le lui dire. Je l’attend.

 

 

Elle boit.  Elle ferme les yeux.  Elle boit encore.

Avec-sa-mere.jpg

 

« Quel  livre de vous préférez-vous ?

 

Elle se tait.  J’attends longtemps sa réponse.

 

« Il y en a deux. Le premier, BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE, l’ode à ma mère adorée.  Ma mère, le courage. Je l’aimais plus que tout. Et puis  L’AMANT , bien sûr.  J’ai été trahie par le cinéma, honteusement trahie. Mais le roman est à moi, c’est ma vie.  Mon souvenir le plus vrai, le moins faux.

 

« Sur qui, sur quoi écririez-vous aujourd’hui ?

«  J’écrirais la vie d’AlexeÏ STAKKHANOV, le sublime mineur russe.

 

Ses paupières palpitent, elle les ouvre.  Elle est éblouie par le noir mouvant de la piste de danse.

 

« Regardez-les gesticuler. Où est la douce langueur des danses d’INDIA SONG ?    La passion de l’amour, qui connaît encore ce pléonasme racinien ?  Les jeunes s’accouplent comme font les chiens. Sans passion.   Les jeunes ne connaissent plus la passion.  C’est leur nouvelle liberté.   « trop cool », ils disent. Cool.  Le mot de la fin. Rien de trop. Service minimum.  Demandez à STAKHANOV ce qu’il pense du service minimum.  102 tonnes de charbon en six heures, extraites de ses mains..  Il l’a fait.

 

 

« Vous portez des jugements.  Vous condamnez ou vous louez avec excès. Cette pauvre Christine VILLEMIN…

« Par amour j’ai accusé Christine V.  Pour la beauté de son geste sublime.

« Vous déraillez complètement.

« Dérailler, dites-vous.  C’est la priorité.     Pas d’écriture sans dérailler.

Pas de chefs-d’œuvre sans dérailler.

 

Touchée.  Je cherche un point faible.

 

« Des livres comme L’APRÈS-MIDI DE M. ANDESMAS, par exemple ?

 

Experte en moquerie, elle encaisse bien.

 

« Ce n’est pas parce que   M. Etienne de MONTETY  a osé  recopier mon roman en changeant le titre et le nom des personnages, et qu’il a a été refusé par des éditeurs, que le livre était mauvais.

« Pourquoi le même roman signé de vous  avait-il été accepté ?

« Et qui vous dit qu’ils n’ont pas flairé la supercherie ?

 

Auriez-vous écrit différemment si vous n’aviez pas été alcoolique ?

« Non. J’aurais déraillé tout aussi magnifiquement.

 

 

Belle.jpg«   Avez-vous regretté de n’être pas belle ?

«    J’étais belle ! Taisez-vous !  J’étais belle.  Personne ne m’a connue quand j’étais belle.  La célébrité est venue trop tard, avec l’alcool. J’ai perdu mon visage d’enfant.   Mais Yann me trouvait belle.  (Elle se dresse, fixe un point dans le noir)  Ce garçon, là… n’est-ce pas Lui ?

 

 

Marguerite DURAS se lève, chancelle, avance d’un pas et va vers la piste de danse.  Elle mêle sa silhouette improbable aux corps vivants qui l’entourent  Pris dans le  faisceau de  lumière noire    son visage  seul émerge, étrangement dissocié de son corps, il flotte un moment avant de replonger dans l’obscurité éternelle.

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 14:31

 

 

   Sophia_Loren_1.jpgPalme-d-or.jpgMai 2011- Cannes, Festival International du Film.

Où se cache-t-elle ?  Elle ne peut pas ne pas être là,  c’est à Cannes que sa carrière a explosé avec son prix d’interprétation  pour LA CIOCCIARA en 1961.

Attention, elle a 77 ans, n’allons pas chercher du côté de la plage du Martinez où Canal + tient chapelle entouré de starlettes.

Je la trouve au bar du Carlton, pas sur la terrasse bien sûr, mais à l’intérieur , dans une longue robe blanche, cachée derrière d’immenses lunettes noires.

Elle boit un verre de chianti, agite distraitement son éventail. Elle s’ennuie. Pas de journalistes, pas de fans,  elle est seule.  A Cannes, haut lieu des gloires ephémères, on a oublié Sophia LOREN.  Je m’assied près d’elle, elle me sourit.

 

 

« Ca doit faire drôle, de se trouver ici sans avoir  à affronter le bain de foule ?

 

Un peu salaud, comme question, mais quoi, on va pas jouer les autruches.  Elle le sait bien.  Elle agite son éventail avec un petit rire et elle ne s’amuse pas à me détromper.

« Si si, ça fait drôle, enfin drôle, vous dites comme ça quand c’est dramatique ?   Je me dis que je suis bien plus tranquille, que je l’ai tellement souhaité !sophia001.jpg

« A quand remonte votre dernière visite en tant qu’invitée ?


« Moi, je ne rappelle que ma merveilleuse aventure de La CIOCCIARA, en 1961, avec votre BELMONDO !  Un prix d’interprétation, c’était  incroyable !

Mais la dernière fois c’était en 2002 avec mon fils Edoardo, nous avons monté les marches ensemble, quel bonheur ! Nous présentions son film Cœurs Inconnus dans lequel je jouais le rôle principal…   C’est déjà loin…

 

Elle pousse un profond soupir qui soulève son opulente poitrine.

 

« Pourquoi revenir à Cannes ?

«  J’ai besoin de revoir cette ville qui appartient au cinéma, c’est comme si j’allais à  la piazza san Pietro à Rome, je me recueille,  je vois de grrrands acteurs, de grrands réalisateurs, ils me font le baise-main, c’est romantique !

« Quels sont les réalisateurs qui vous ont le plus marquée ?

 

Elle s’anime en  passant en revue les monstres sacrés qui l’ont filmée.

 

«  Mamma mia,   Il y a eu tous les Américains !  HATAWWAY, KRAMER, Georges CUKOR ..  (elle rit en ajoutant :)  les mêmes que MARILYN !  Mais c’est le grrrand Vittorio de Sica qui m’a offert La CIOCCIARA, mon plus beau rôle  !

« Et parmi vos partenaires masculins, vous aviez un favori ?

 

Elle sourit et là, on revoit le sourire de La Loren, irrésistible au milieu des rides.

 

«  Marcello Mastroianni  !  Douze films, on a tournés  ensemble !   Je l’adorais et Carlo aussi, l’adorait, c’était notre meilleur ami. 

 

 

Elle se lève, s’étire. Sa robe flotte autour d’elle, on devine  sa corpulence mais elle se tient très droite, avec un joli port de tête. On voit qu’elle n’a rien d’autre à faire la journée que  bronzer, sa peau   est  couleur Banania.  Tout ça est bien triste.  Elle fait un signe au barman et enchaîne :

 

« J’ai vu Dustin HOFMAN, hier. il était entouré d’une foule de photographes, mais vous savez il est à peine plus jeune que moi !  Pour les hommes c’est plus facile de rester une star…

«  C’est parce qu’il présente un film en compétition, KUNG FU PANDA !

« Mais on ne le voit même pas, on n’entend que sa voix !

« Ca suffit pour monter les marches !

 

Coup d’éventail sur le bras du fauteuil où elle se laisse tomber.

«  J’ai été sacrée plus belle femme du monde,  ça suffit pas pour monter les marches ?  Je reste détentrice du titre….

«   Et d’après vous, quelle actrice, aujourd’hui, pourrait revendiquer ce titre ?

«  Oh, il y en a quelques-unes…

«  Parmi celles que vous avez vues ici à Cannes ?

«  Pour moi la plus belle, et de loin, c’est Uma THURMAN, bien sûr.  Une déesse.

 

Le barman lui apporte un nouveau verre de chianti. pirelli2007.jpg

« Il  faut laisser la place aux Américaines, elles ont pris le pouvoir de puis que les Italiennes n’ont plus de films à défendre…  Finalement, même si j’étais encore jeune et belle, je n’aurais plus aucun rôle en Italie.  Je préfère rester chez moi avec le souvenir de mon cher Carlo.

« Carlo PONTI  aurait apprécié que vous posiez pour le calendrier PIR ELLI… à 74 ans ?

 

Elle se cache derrière son éventail.

« Vous savez, on ne voyait rien !  Je n’étais pas nue ! Seulement mon décolleté…

 

 

 

 

Un homme entre dans le bar et vient vers nous,  le visage de Sophia s’illumine..

« Edoardo,  amore mio  ! 

Avec son fils

 Edoardo PONTI se penche pour embrasser sa mère.  Elle demande :

« Tu as vu Bernardo, poverello ?

«  Non, pas si poverello, il a reçu la Palme d’honneur.  L’année prochaine, qui sait, ce sera peut-être pour toi ?

 

SOPHIA  sourit malicieusement :

« Le prix de consolation avant l’éloge funèbre ? Non merci, je me conterai de mes royalties… c’est plus réjouissant !

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 14:16

 

 

  Truffaut-1.jpgEst-ce parce que ce magasin se situait rue de la Pompe à Paris, que Truffaut en a fait le magasin de chaussures de M. Tabard dans son film  BAISERS VOLES ?  Dans ce magasin Antoine Doinel tombait sous le charme de Mme Tabard, alias Delphine Seyrig. et ça donnait des  scènes d’anthologie que l’on se repasse sur YouTube.

 Seyrig.jpg

chaussure-wolferCe magasin s’appelait MARALEX et il existe toujours.  François TRUFFAUT y fait quelques apparitions, au hasard des clientes de  passage…

Il se cache derrière la glace sans tain où celles-ci font des effets d’escarpins.  Je joue l’apprentie vendeuse.

 

« Vous êtes vraiment l’homme qui aimait les femmes, vDenner.jpg ous !

« Oui, je peux le dire maintenant.  J’aimais tellement les femmes que j’ai fait jouer mon rôle à Charles DENNER et voyez, il en est mort..

« Vous aimiez toutes les femmes ?

« Toutes.  Enfin, les attirantes.  Comme celle-ci, regardez, n’a-t-elle pas le même regard clair que Claude JADE ?

 

-Avec-Claude-Jade.jpg« Vous avez été amoureux de Claude JADE ?

« Evidemment ! J’ai même failli l’épouser, je me suis ressaisi  à temps.

« Vous n’étiez pas fidèle à un type de femme ?

« Oh non, non toutes m’allaient, voyez un peu la différence entre une Claude JADE, angélique, et Fanny ARDANT à la beauté luciférienne… Non je n’étais pas fidèle, loin de là. je tombais amoureux de de toutes mes actrices, systématiquement.

« Toutes ?

« Oui, toutes. Ca a commencé très tôt, avec l’AMOUR A VINGT ANS. J’ai été fou amoureux de Marie-France PISIER, Dieu ait son âme…marie-france-pisier-a-ete-reperee-par-francois-truffaut-qua.jpg

« Mais vous ne pouviez pas être amoureux en même temps de Claude JADE  et de Delphine SEYRIG ?

« Si, quand on aime les femmes on les aime toutes mais pas au même moment, vous voyez ?  Delphine c’était spécial, elle était aussi féministe que moi !

« Vous les engagiez parce que vous étiez amoureux d’elles,  ou l’inverse ?

« Ca dépendait.  Isabelle          ADJANI, par exemple, j’ai eu le choc de ma vie lorsque je l’ai vue au théâtre dans L’ECOLE DES FEMMES.  Elle disait « « le petit chat est mort » avec un ton Adjani.jpgunique, bouleversant. J’ai cherché une histoire pour elle et j’ai écrit « ADELE H. »

« Elle ne vous a pas déçu ?

« Absolument non ! Au montage, je repassais en boucle ses gros plans et je pleurais d’émotion.

« Bon, il y en a sûrement une ou deux qui ont eu moins de pouvoir sur vous ?

« Je ne m’en souviens plus.  Nathalie BAYE, peut-être…  Et Jeanne jeanne-moreau-472046.jpgMOREAU : elle m’effrayait. Mais quelle actrice !

 

« Pourquoi revenez-vous ici ?

« Parce que je retrouve des fétichistes comme moi.  Les femmes ont une relation obsessionnelle avec leurs chaussures.

 

On voyait se succéder dans le miroir des paires de jambes de tous gabarits dans une chorégraphie  pleine d’imprévus.

 

« Vous aimiez aussi les acteurs, quand même ?  Jean-Pierre LEAUD, par exemple…Avec-JP-Leaud.jpg

« Ah, lui, c’était pas pareil, c’était moi.  C’était moi petit, puis moi jeune homme.  Il m’a absolument bluffé dans son imitation involontaire, juste sur quelques indications.  En fait, il me ressemblait vraiment.

« Vous suivez sa carrière ? 

«  Oui… (il ferme les yeux et paraît tout-à-coup triste)  Mais je ne supporte pas de le voir vieillir.  Je trouve inacceptable qu’il vieillisse alors que je suis mort.  Il n’a pas le droit…

 

Tout à coup il semble distrait de sa contemplation, plongé dans la mélancolie, absent.  Je crains qu’il ne m’échappe et je relance : 

 

«  Vous allez faire un tour à Cannes, dans dix jours ?

         « Peut-être, si Godard y va, je veux voir comment un ex-Nouvelle Vague devenu vieux chnoque se comporte devant la nouvelle génération de cinéastes…

« Vous avez saboté ensemble le Festival de Cannes en 68 !

 

Avec-Godard.jpg« Oui mais lui, il avait déjà fait Le MEPRIS et PIERROT LE FOU, il pouvait tout se permettre.  Moi, je suivais. Je l’admirais,   il était beaucoup plus intellectuel que moi.

Moi je faisais des petits films romantiques. Lui, il a détruit toutes les règles du cinéma.  Ce n’est pas moi qui le dis.

le-mepris.jpg

Il reste songeur. 

 

« J’aurais voulu faire Le MEPRIS. 

« Vous seriez peut-être encore avec Brigitte BARDOT ?

 

Là, il revient sur terre et éclate de son petit rire grêle.  Je suis attirée par la vue de deux jambes fines gaînées de noir perchées sur des  talons vertigineux, qui esquisse un pas de danse.  Celle-là va lui taper dans l’œil.  Je me retourne, il n’est plus là. Dommage, il a raté la plus belle cliente de MARALEX.

 

 

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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 14:58

 

 

 

Supertramp_Tour2010-1.jpg

Madison Square Gardens, New-York, 31 mai 1979.  Le public attend SUPERTRAMP dans une ambiance survoltée. Ils sont déjà chauds, très chauds … Avec BREAKFAST IN AMERICA son dernier album, le groupe  SUPERTRAMP s’est propulsé au top de tous les charts.

  Les deux leaders, Rick DAVIES et Roger HODGSON font chavirer les fouless avec leurs voix d’enfants et leur dégaine :  post-hippie pour Hodgson, petit veston pour Rick Davies.roger-young.jpg

rick-young.jpgRick a 35 ans, Roger 29.   Cheveux longs,  beaux visages allumés, ils prennent le relais des groupes mythiques des années soixante, Pink Floyd, Procol Harum et autres Beach Boys.  Sur scène, ils ont tous les talents : ils chantent et ils jouent chacun d’au moins trois instruments.

 

 

Ils sont si beaux et leur musique si planétaire qu’on ne peut pas imaginer qu’ils deviendront un jour de petits vieux derrière leurs claviers, , répétant inlassablement les mêmes sons stridents, les mêmes musiques usées et pourtant si belles qu’elles deviennent des cantates pour leurs fidèles envoùtés.  supertr

 

 

pochette.jpg Pour l’instant ils sont  déjà un peu en transes, leur manager leur rappelle  les points forts du spectacle. Ils n’écoutent pas, il se disent des petits mots incompréhensibles qui les font marrer.  Là-haut, le groupe occupe déjà le terrain et envoie les premiers accords, déchaînant l’impatience.

Je peux les retenir encore trois minutes, le temps d’une chanson.

 

« Comment voyez-vous l’avenir ?

Ils se regardent, éclatent de rire.  C’est Rick qui parle le premier.

« First, mylady, nous partons en tournée all over the world.   Jusqu’à la fin de l’année.

« Et après ?

« Après, repos ! dit Roger qui a un regard bleu pas fatigué du tout.

«  Nous allons nous arrêter un peu de bouger, dit Rick, nous achevons une tournée et repartons pour une autre, nos musiciens en ont marre d’être loin de leur famille.  On va rester un peu ici, à Los Angeles.

« Mais vous êtes anglais, ?

« Oui, bieen sûr, mais c’est ici qu’on est devenus célèbres, alors on reste là !

« Moi, dit Roger, je me verrais bien vers Nevada City, par exemple, avec mon propre studio d’enregistrement…

«  Vous vous séparez ?Both-in-the-dark.JPG

« Non ! Qui parle de rupture ?  Tout le monde en parle, c’est idiot.

Rick et moi c’est à la vie à la mort  !  Hein, Rick ? 

Ils se tapent dans la main.

« Vous aviez parié avec votre producteur que Breakfast In America serait un bide ?

Rick bondit :

« Oh, j’allais oublier …

Il  va ouvrir une mallette sur sa table de maquillage et en sort un sous-verre contenant un billet de 100 dollars.

« Je vais le lui remettre sur scène, à la fin du concert.   Il m’avait parié 100 dollars que l’album serait numéro un des ventes aux US… Il a gagné, le salaud !

Et il mit le sous-verre dans sa poche.

« Bon, il faut qu’on y aille, dit Rogers, sous pression.

« Encore une question !   Vous êtes pour une retraite anticipée, en pleine gloire, ou bien pour une carrière de vieux rockers ?

 

Ils se regardent, un peu désarçonnés.  Seront-ils d’accord ?

 

Rick-old.jpg« Je  continuerai à chanter jusqu’à ma mort, dit Rick, buté.  Je me fous d’être vieux et moche,  si les gens continuent à venir m’écouter, c’est que  Supertramp sera toujours Supertramp.

« Et vous ?

« Moi aussi… ! vous connaissez des rockers qui s’arrêtent en pleine gloire pour se regarder le nombril ?  Je serai un très joli petit vieux Supertramp !Byblos.jpg

« Et vous pourrez toujours pousser votre cri d’enfant dans Logical Song ?

« Mais oui !  La voix ne s’use pas quand on s’en sert !  Le cri Supertramp ne vieillira jamais !

« Il faut donc que vous restiez ensemble

Rick prit Roger par l’épaule

« Je resterai avec toi si tu arrêtes l’acide.  Je ne veux pas d’un camé dans le groupe. Tu sais, je ne plaisante pas.

Ils m’avaient déjà oubliée. Ils montèrent ensemble l’escalier qui menait au backstage et restèrent un moment à écouter la foule qui les appelait, avant de bondir en scène comme des jeunes félins, soulevés de terre par l’enthousiasme du public.

Il faut les avoir vus alors, dans cet absolu état de grâce, pour refuser l’idée de leur décrépitude.

Il reste un groupe bancal qui s’attribue encore les succès de Roger Hodgson   et les fait chanter par un autre...

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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