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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 17:41

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Robert_Mitchum.jpgJanvier 1954. Otto PREMINGER  tourne la dernière scène de RIVIERE SANS RETOUR.  C’est le moment crucial où Matt (Robert MITCHUM)  va à la rencontre de Harry  Rory CALHOUN)  pour s’expliquer. 


Rory CalhounKay (Marilyn MONROE) et le  petit  Mark, le fils de Matt ont tenté en vain de le calmer mais Harry a décroché son fusil et semble  bien décidé à tuer Matt.

Les deux hommes marchent l’un vers l’autre, dans le petit jour, le long de la rive, devant la maison de Harry. 

Robert MITCHUM marche, désarmé,  de son pas élastique il glisse sur le sol avec sa nonchalance légendaire.  Son visage affiche la même tranquillité  teintée d’ironie que l’on retrouve dans tous ses  rôles.  Il crève l’écran.  Face à lui, Rory CALHOUN qui est un sacré beau gosse, n’existe pas. 

A cinquante mètres de Matt, Harry  s’arrête et met en joue, puis s’écroule avant d’avoir tiré.   Derrière lui le petit Mark  l’a devancé d’une balle dans le dos, sauvant la vie de son père.   Fin de la séquence.

 

 

Robert MITCHUM  sort une flasque de son blouson, dont il boit une gorgée.  Puis il va s’asseoir dans le fauteuil marqué à son nom, près de la caravane des accessoiristes.  Marilyn MONROE est prise en mains par son habilleuse et va s’enfermer dans sa caravane.

La jeune  journaliste s’approche de MITCHUM qui a allumé une cigarette et qui se détend,  jambes allongées, le chapeau rabattu sur les yeux.

 

Mr. Mitchum, j’ai droit à combien de questions ?

Une question idiote et dix questions intelligentes.

Je commence  donc par la question idiote : vous vous entendez bien avec Marilyn Monroe ?

Il relève le bord de son chapeau et regarde la jeune fille.


*  Question de journaliste à scandale. Vous attendez que je vous dise combien de fois je l’ai sautée ?  Je ne répond pas à cette question.   Miss Monroe est mariée à un joueur de base-ball et je ne prends aucun risque.  Question suivante ?

Vous finissez bien le film dans les bras l’un de l’autre ?

*  Don’t bother me with this. Next question !

Avez-vous des projets, après ce film ?

Il sort à nouveau sa flasque de whisky et en vide un trait au goulot. Puis il rabat son chapeau sur ses yeux tout en marmonnant :

 

*  Cette fille est une gourde.  (Fort :) Question idiote. Si je n’avais pas de projets, je serais mort. Donc, oui, j’ai des projets. L’année prochaine je vais tourner mon plus beau rôle dans LA NUIT DU CHASSEUR de Charles LAUGHTON. Un film qui restera dans les mémoires, I can tell you.  Next ?

Est-ce qu’il y a un rôle que vous auriez aimé jouer, dans un film récent ?

 

 

Il se redresse et soulève son chapeau.

*  Ah !  Enfin !  Voilà une question intelligente, honey.   Let me see :  oui, bien sûr, j’étais vert de jalousie quand j’ai vu ce crétin de Humphrey BOGART dans

LE GRAND SOMMEIL.   Ce rôle sublime du Privé mythique, Philip Marlowe, joué par un nabot ! Et avec quelle partenaire !   Mon idéal féminin… ne me parlez pas de cette petite saucisse de Monroe, à côté de la grande, l’immense Lauren Bacall !Le-gd-sommeil.jpg

 

Il se carre dans son fauteuil :

*  Listen to me, my girl, one day I will BE Philip Marlowe.  I will play the part. Et vous verrez que mon GRAND SOMMEIL plongera dans l’oubli celui de Bogart.

Comment vous définissez-vous en tant qu’acteur ?

*  Flegmatique, instinctif, cynique.

*Et en tant qu’homme ?

*   Cynique, instinctif, flegmatique.

Vous êtes satisfait de vous-même ?Chapeau

* Assez, oui.

Vous avez bien une face cachée, comme la Lune ?

Ah ah.  Jekyll and Hyde…  Mon côté fleur bleue… Je chante.  Des ballades très douces, des calypsos…   Avec mon ukulélé, je me transforme en crooner. Voilà. J’ai envie d’enregistrer un disque.

*   Qu’est-ce qui vous énerve ?

Qu’on me prenne pour le symbole du cinéma hoollywoodien.  Un jour vous verrez, on tournera un film qui s’intitulera « ROBERT MITCHUM EST MORT »…

*   Pourquoi on ferait ça ?

 

*  Pour montrer aux gens que le western américain est foutu, ringard, has been.  Et c’est moi qui porterai le chapeau.

 

Un peu plus loin, la porte de la caravane de Marilyn s’ouvre et la star en descend, drapée dans un peignoir rose.  Elle vient vers Robert MITCHUM, de son pas chaloupé,  un manuscrit à la main, et lui lance :

*  Hey Bob, I have some little things to show you in the script !avec marilyn

*  What sort of things ?

*  Well… you should be a litlle more tender with me, you know ?

Il ne bouge pas d’un millimètre, son chapeau toujours enfoncé sur les yeux.

*   Otto Preminger didn’t tell me that.  I play just like he wants me to play.  OK ?

 

Marilyn s’approche de lui et lui enlève son chapeau, qu’elle envoie faire un vol plané jusqu’à la rivière.

 

La jeune journaliste ramasse ses affaires et vide les lieux prestement.

Elle n’aura pas le fin mot de l’histoire :  love affair ou non  ?

 

             

 

 

 

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 20:07

-vanessa-paradis-jpg.jpg


 

 

« J’ en ai marre… Je vais sauter.  J’ose pas regarder en bas.  Oh mon dieu c’est très loin, en bas… Ca brille… J’ai froid, je grelotte… Bon, je ferme les yeux et je saute. A trois… non, à cinq… oh putain j’ai la trouille… Mais j’en ai trop marre, ça suffit cette vie de galère… Un… deux… »le-PONT.jpg

Sur les derniers mots de son soliloque, la caméra la quitte pour cadrer la silhouette d’un homme qui s’est approché et qui l’observe en fumant une cigarette.

 

- Vous avez l’air d’une fille qui va faire une connerie.

- Non non, merci, ça va.

-  Vous avez l’air désespérée…

-  Pensez-vous.

-  Alors vous jouez à quoi ?  A pile ou face ? Vous voulez épater qui ?sur-le-pont.jpg

- J’ai jamais épaté personne, c’est pas aujourd’hui que je vais commencer…

-  Alors qu’est-ce que vous attendez ?

-  Il me manque juste un petit peu de cran parce qu’ai peur qu’elle soit glacée…

- Ben évidemment, qu’elle est glacée ! Qu’est-ce que vous croyez ? Qu’ils la chauffent ?

 

« Coupez i »

 

Le décor est brusquement plongé dans le noir.  Vanessa enjambe le parapet factice et allume une cigarette.  Elle grelotte vraiment, c’est vrai que ça caille sur le pont Bir-Hakeim.  Pendant que les techniciens s’affairent autour Du réalisateur  Patrice LECONTE, je m’approche de Vanessa.

« Vous allez vraiment sauter ?

-  Tout à l’heure, oui.  Mais pas du haut du pont… N’empêche, j’aimerais bien qu’il n’y ait qu’une prise !

 

-  C’est un rôle à risque, on dirait ! Après la noyade, vous allez être la cible d’un lancer de couteaux !

Elle rit.  Son rire, comme sa voix, est une grappe de groseilles acides.

- Oui, mais je l’adore.  Le rôle, je veux dire.  Cette scène du pont, je l’ai vraiment vécue, j’ai vraiment voulu me suicider au début.

- Au début de quoi ?

-  A mes débuts, dans la chanson.  Les gens ne m’ont pas fait de cadeau… j’en ai bavé des ronds de chapeaux, je me suis fait  traiter de pute…

-  Mais pourquoi ? 

-  Monter sur scène trop jeune, ça fait mauvais genre, vous comprenez. 

 

Sur le pont, le vent souffle par rafales.  Elle relève le col de son manteau.

- Ca n’a pas duré longtemps… Après votre trophée aux Victoires de la Musique en 1990, Gainsbourg vous a offert ses derniers couplets…juste avant de disparaître.

-  Oui, pour mon 2ème album Variation sur le même t’aime.  Il m’a porté bonheur, Serge.  C’était un ami de Jean-Paul GOUDE, et c’est comme ça que je suis devenue COCO !

-  L’oiseau en cage de CHANEL…coco_chanel_vanessa_paradis.jpg

-  Oh, c’était beau, ce film, j’ai adoré tourner cette pub, l’ambiance était géniale,

-  Vous voyez, heureusement que vous n’avez pas sauté…

Elle rit en grelottant.   Un peu plus loin, AUTEUIL plaisante avec Patrice LECONTE, on sent que là aussi, l’ambiance est bonne. Mais l’œil du réalisateur ne la quitte pas. La scène suivante est bientôt en place.

-  Vous êtes plus heureuse sur scène ou sur un plateau de cinéma ?

-  Tourner avec Patrice est aussi emballant que chanter au Zénith, sauf qP.-Leconte-copie-1.jpgue c’est beaucoup plus cool !!!  C’est pas pareil, pas du tout. On peut pas comparer. Avant de monter sur scène je pète de trouille, avec Patrice je n’ai jamais peur, j’ai confiance.

- C’est votre second film avec lui ?

-  Oui et je repart pour le suivant, quand il veut !

- Ca va vous  coûter, de vous couper les cheveux très court comme il le demande  ?

- Un peu…  Mais le rôle en vaut la peine.

 

 

 

  -  Quelle est votre actrice préférée, votre modèle ?

-  Marilyn MONROE. C’est elle qui m’a donné envie de faire du cinéma.  Et puis Jeanne MOREAU.  J’adorerais chanter avec elle.

Où aimerez-vous vivre, plus tard ? 

-  Dans plein d’endroits, à Los Angeles avec Johnny, à Paris, et aussi en Provence, bien cachée…

- Quel est votre rêve de bonheur ?

-  Me marier avec Johnny et avoir deux enfants, une fille et un garçon.

.-   Vous avez piqué Johnny DEPP à Kate MOSS et apparemment ça lui réussit, il n’est plus interdit de séjour dans les hôtels…vec-Johnny-Depp.jpg

-  Je l’ai pas piqué à Kate MOSS, c’est elle qui l’a quitté pour un rocker.  Johnny et moi c’est LA rencontre d’une vie.

- Alors,vous devez rêver de tourner ensemble ?

-  Oui… Comme il a d’abord été mon amant américain,  on aimerait tourner l’histoire de l’amant américain de Simone de Beauvoir…

-  Tiens donc… et vous joueriez qui, à-dedans ?

-  Ben, Simone de Beauvoir !

-  Non.

-  Si si !  Je peux me transformer, vous savez !

 

Elle se précipite sur Patrice LECONTE  :

« Dis-lui, toi, que je peux avoir l’air d’une prof de philo, si je veux !

 

Patrice la retient alors qu’elle revenait vers moi :

«  Non, tu restes là.  On va tourner la scène du plongeon. Dis au revoir à la dame.

 

Alors la voilà qui  devient soudain très calme, très grave. Elle regarde le décor où doit se tourner la scène du plongeon, on la sent un peu tendue.

Elle ne grelotte plus.  Elle ne me voit plus.  Elle est ADÈLE, qui va noyer sa peine dans les eaux de la Seine.

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 16:59

 

 

Liz TaylorLa salle de projection de la propriété de Liz TAYLOR à Beverly Hills. C’est la nuit.  Richard BURTON et Liz TAYLOR sont assis dans les profonds fauteuils face à l’écran géant où la NBC  retransmet « QUI A PEUR DE VIRGINIA WOOLF ».

A leurs pieds, deux verres et une bouteille de scotch.Woolf


 

-  Tu avais vraiment un rire hystérique.

- Forcément, je jouais une hystérique.

-  Tu en fais des tonnes, on sent les cours de l’Actor’s Studio, c’est  surfait, surjoué, inécoutable  !

-  Et regarde-toi donc : un pantin articulé qui pue l’alcool !  Ton rire est encore plus artificiel que le mien !  Tu joues faux, archi-faux !

- Cette pièce est écrite par un fou furieux, pour des acteurs déglingués.


On n’aurait jamais dû tourner ça.

-  MiKe Nichols est un BIG, very BIG director.

-  Ah oui, ton Mike NICHOLS.  Tu te l’es fait sans hésiter, et sous mon nez, encore !  Tu étais une pute à l’époque.

-  You bloody monster, tu confonds avec ZEFFIRELLI.

- Enfin, on voit bien dans ce film que tu me détestais déjà.

-  Tu n’y connais rien.  Je t’aimais plus que tout.  C’est l’année où je t’ai aimé le plus.

-  Oh non, l’année où tu m’as le plus aimé est 1972, quand tu as eu 40 ans et que tu as compris que tu n’étais plus qu’une fucky  old  bitch.

-  Fuck you sale menteur  ! Je n’ai jamais été aussi belle qu’à 40 ans !  Et d’ailleurs, tu étais fou amoureux,  regarde !

 

Elle lui brandit sous le nez sa main droite où étincelle un diamant de 68 carats.

 

-  Tiens, tu le portes encore, même morte ?

-  Oui, les bijoux are a girl’s best friends.

-  Bon on peut couper cette connerie où on est grotesques ?

 

Elle coupe le son et ils se dirigent vers le bar avec leurs verres. BURTON les remplit de scotch. Ils trinquent  et boivent chacun leur verre cul sec.  Elle lui caresse la joue.

 

- ¨Pourquoi tu es parti si vite ?

-  Dis-donc, tu m’avais quitté  la première pour épouser ton sénateur WARNER.

-  Mais après lui, tu as refusé de m’épouser une troisième fois.Burton.jpg

-  Entretemps, tu t’étais  envoyé la moitié des stuios de Hollywood.

-  Il y en a deux que j’ai aimés sans espoir…

-  Tiens ! Tu n’étais pas irrésistible ?

-  Pas pour Montgomery CLIFT, pas pour Michael JACKSON…

-  Le premier n’aimait que les mecs,  pour le second tu aurais pu être sa grand-mère !

-   Merci.  Dis-moi, avec le recul,  parmi les films que nous avons tourné ensemble, quel est celui que tu préfères ?

- Tu as d’autres bouteilles, quelque part ?

-   Don’t worry.   Finissons d’abord celle-ci.

 

Il remplit les deux verres qu’ils boivent à nouveau cul sec.

 

- Qu’est-ce qu’on a pu descendre, à nous deux, hein ?  (ils éclatent de rire et s’enlacent tendrement)     Alors, ton film préféré ?

cleopatre.jpg-  Let me see.., je crois bien que c’est CLEOPATRE.  C’était des personnages fascinants. Je me sentais impérial en Marc-Antoine, je me sentais dans sa peau, vraiment réincarné… Nous étions les rois du monde.  C’était un film immense, géant, magnifique.

-  Mais surtout, c’est dans ce film que nous nous sommes tombés dans les bras !..  Souviens-toi, nous étions tous les deux mariés et la presse criait au scandale !  Mankievicz a dû faire courir le bruit qu’il était amoureux de toi !

. Le problème c’est que tu  étais tout le temps  malade !  Le tournage n’arrêtait pas d’être interrompu.  On n’en voyait pas la fin.

-  J’ai  gagné une fortune pour ce rôle :  un million de dollars et 10%  des recettes…

-  Ces années-là tu étais l’actrice la mieux payée du monde.

- J’ai tout donné à ma Fondation pour le SIDA.

-  Et aux marchands d’alcool.

-  Tu m’aidais bien pour ça.  Tiens, sous le bar, tu vas trouver une caisse de scotch.

 

 BURTON débouche une nouvelle bouteille.  Ils se servent chacun un verre, qui sera suivi de beaucoup d’autres, entrecoupés de rires et d’injures.

 

Derrière eux, sur l’écran,  Martha et Georges continuent leur jeu de massacre sous les yeux du jeune couple qui va bientôt les imiter.

 

-  Tu es  encore belle, malgré tes kilos…  Tu devrais maigrir.

-  Il faudrait que j’arrête de boire.

- Ne change rien. Nous sommes deux alcooliques et c’est comme ça qu’on s’aime.

-  Tu sais, ce que je crois ?

- Non, my love.

-   Si nous nous sommes tant chamaillés, c’est à force de tourner des scènes de ménage. Ca nous a fait du mal, finalement.  Parce qu’au fond, tu étais l’homme de ma vie.baisers.jpg

 

Il pose son verre, la prend dans ses bras et l’embrasse fougueusement.   

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 19:10

S

 

 

chemise blanche 

23 février 2011.  Le studio de Radio Classique où Gilles VERLANT, le biographe de Serge GAINSBOURG, est l’invité en direct de Olivier BELLAMY.

Assis dans l’ombre, Serge écoute ça sans piper.    On le sent très malheureux de ne pas pouvoir fumer.  Il porte un costume noir sur une chemine blanche ouverte et il est chaussé de ses éternelles  cycliste Repetto.  Il  a de belles mains fines de pianiste.

 

-  C’est vrai, tout ce qu’il raconte  sur vous, ce biographe ?

-  Affirmatif.  Son livre fait de moi un héros, mais c’est un peu tard.

- Il paraît que vous lui avez accordé plus d’une centaine d’heures d’interview.

  Vous prépariez votre postérité, en somme ?

-  Postérité je m’en tape  je le recevais sur sa demande, vu ?  Il m’a harcelé pendant des années.  C’est tout bénef pour lui, aujourd’hui  il est che-ri, VERLANT ( il rit tout seul du bon mot)

-  Et ce film, GAINSBOURG vie héroïque, vous l’avez vu ?Affiche.jpg

-  Of course. 

-  Et alors ? votre impression ?

-   Un :  le sous-titre est ridicule, à moins de le prendre au  51ème degré, comme le  Pastis.  Deux :  je ne savais pas que j’avais un jumeau aussi vilain que moi.  Avoir déniché ce mec-là,  Eric ELMOSNINO, c’est fortiche.   Trois : pour ce qui est des nanas…  les pauvres.   Passons.  La CASTA  s’en sort  pas mal mais à côté de BARDOT c’est une poupée gonflable.  Cela dit, je l’aurais connue à l’époque, j’aurais bien fait un duo de musique de chambre avec elle.

 

- Avec quel artiste aimeriez-vous qu’on vous compare ?

-  Avec Boris VIAN.  Si vous prononcez le nom de Léo FERRE, je me barre.

-  Qu’avez-vous de commun avec Boris VIAN ?

- On nous a craché dessus, faute de cracher sur nos tombes.

-  Poètes maudits ?

-  Maudits mais pas marginaux, attention !  Moi en tout cas, j’aimais le luxe et je ne me privais de rien.  

-  Vous avez souffert de votre célébrité ?

 

Il éclate de rire.

 

-  Ah ! Elle est bien bonne.  Je suis célèbre depuis le 2 mars 1991,  jour où j’ai cassé ma pipe. 

-  Enfin quand même !  Vos chansons pour GRÉCO, François HARDY, France GALL   Jane BIRKIN, Catherine DENEUVE…ont été des tubes !

-  Pour  les chanteuses, pas pour  les chansons.

-   Vous avez un tableau de chasse impressionnant. Pour un homme qui se dit laid !

-  J’ai ma botte secrète, vous savez. (sourire en coin)

- Votre favorite ?  BARDOT ou BIRKIN ?

 -  Domaine privé. No comment.Avec-BB.jpg

 

 

On entend à ce moment-là le 1er mouvement de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvoràk.

Serge chantonne « INITIALS B.B »

-  Une œuvre magistrale !

-  Elle le valait bien…

-  Vous avez été un grand prédateur de musiques classiques, non  ?

-   J’aime la grande musique.  Moi je fais de la petite musique.

 De la musiquette.  Un art mineur.  Donc, j’emprunte.

-  Vous empruntez aussi aux poètes, comme Verlaine,  pour « JE SUIS VENU TE DIRE QUE JE M’EN VAIS… Etes-vous tellement à court d’inspiration ?

-  Pour dire la souffrance,  me sens très en-dessous.  J’ai besoin qu’on me souffle les mots.  Je suis  minable.

-  Quelqu’un a dit « le plus grand signe d’orgueil c’est de se mépriser soi-même ».  Pourquoi, à votre avis, le public vous a-t-il   porté aux nues ?

- Parce que… (il susurre) j’étais très porté sur  les nues !… Non, parce que  j’étais alcoolique, provocateur, érotomane.   Ma chanson « JE T’AIME, MOI NON PLUS » m’a fait faire un bond au hit parade.  Là, j’ai fait fort : faire un scandale avec un prélude de CHOPIN !   (il se marre).

-  Il ne s’agissait donc pas de talent ?

-   Pas de talent musical, en tout cas. 


-  Avez-vous gagné beaucoup d’argent ?

- Pas mal.  Mais le fisc prenait tout. Quand j’ai brûlé ce billet de 500 francs à la télé, en 1984, c’était pour dénoncer le racket fiscal.

 

Il écoute le morceau suivant : le 4ème mouvement de la sonate pour piano N°1 de Beethoven.  Il chantonne «  Je suis une poupée de cire, poupée de son… »

je le regarde.  Même assis de guingois sur sa chaise, il  impressionne par son élégance naturelle.   Une élégance que l’on retrouve dans tous ses textes, même les plus grivois. Son visage  creusé au regard mélancolique est  celui d’un homme revenu de tout.  Il est finalement très séduisant.

 

-  Vous avez dit une phrase  historique : « Le grand avantage de la laideur, c’est qu’elle dure. »  Et bien, je ne suis pas d’accord.

- Ah non ?

-  Non, quand je vous regarde, je vous trouve beaucoup plus beau qu’à vingt ans.

 

Il a un sourire tordu pour masquer sa joie.  Au fond, il n’est pas si désabusé que ça.  A l’antenne, Olivier BELLAMY et Gilles VERLANT  n’en finissent pas de chanter ses louanges.

 

Il pousse un soupir et se lève brusquement.

 

 Cigarette-  J’en peux plus, j’ai besoin d’une cigarette.  Et d’un 102.  Je vais voir où je peux trouver ça.

 


Il sort du studio sur la pointe des pieds.  J'ai attendu le temps d'une cigarette.

Mais il n'est pas revenu.

 

 

 

 

 

^l

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 17:30

 

 

Prince.jpgCap Kennedy, Floride, le 26 juillet 1971.  Le jour  n’est pas levé. A la cantine du  Space Center, l’équipage de la mission APOLLO 15 prend son petit déjeuner avant de partir pour l’aire de lancement.

Là, après un dernier contrôle médical, les trois pilotes de la mission, avec à leur tête le commandant David L. Scott, enfilent leur combinaison et prennent place à bord du  module de command/service. Ils ne sont pas seuls : derrière eux, un pilote suppléant et un passager inattendu, muni d’une autorisation spéciale de Washington : Michaël JACKSON.

 Il a à peine 13 ans et c’est déjà une star.  avec les Jackson Five. Dans ses écouteurs, il entend ma voix qui lui parvient de la salle de  contrôle au sol.Enfant.jpg

 

-       Michaêl, ça va ?  Le lancement est imminent. Comment vous sentez-vous ?

-       I’m fine !  Regardez les deux mecs devant moi. Ils sont cool.

-       Oui, mais eux, ils sont préparés…

-       Mais moi, figurez-vous, je suis fait pour ce genre de voyage.

-       Vous avez eu une autorisation spéciale…

-       Top secret.

-       Vous allez revenir sur terre ?

-       Oui, je n’ai accompli qu’une partie de ma mission.

-       Quelle mission ?

-       Rassembler les hommes autour de la Musique.

-       Vous êtes déjà, avec vos frères, au top du succès.

-       Je veux accomplir ma mission SEUL.

-       Qu’allez-vous faire sur la Lune ?

-       Blanchir ma peau.  J’ai payé mon tribut à ma race originelle,

-       il faut maintenant que le reste du monde me reconnaisse.

 

Il est 13h 34.  Le premier étage de la fusée Saturn est propulsé dans un bruit épouvantable en haute atmosphère, puis le second étage, et pendant quelques minutes il fut impossible de se parler.Fusee.jpg

 

-  Allo Michaël, tout va bien ?

- Ah, je respire.  L’atmosphère terrestre m’étouffe. C’est plein de microbes chez vous, it makes me sick.

-La Terre est la planète la plus polluée ?

- Chaque planète a sa pollution. Le tout est de s’y adapter.

-Vous êtes né sur Terre, vous avez eu le temps de vous adapter !

- Je venais d’ailleurs, j’ai eu du mal. J’ai eu une enfance douloureuse, un martyre.   Les hommes me faisaient peur.

-Pourquoi  ?

-  Les hommes sont comme les loups. Quand je redescendrai sur Terre, je chercherai la compagnie des enfants, comme le Christ.

- On vous accusera de pédophilie…

- Je sais. I don’t care.  Avec les enfants il ne sera pas question de sexe, mais d’amour. 

Les enfants n’ont pas encore perdu l’innocence. Je chanterai pour eux.  Je leur apprendrai le moonfoot et je mettrai le beat dans leur corps, pour qu’ils dansent comme moi.


_ La mission APOLLO, pour vous, c’est des vacances ?

- Yeah !  Ces trois mecs vont marcher sur la Lune, ça me fait bien rire, tous les Terriens vont  crier au miracle ! Moi, je n’ai pas besoin de scaphandre,  je peux  débronzer en paix.

-       Pour vous, Michaël, le bonheur c’est quoi ?

-       Hapiness is dangerous.smiling-2.jpg

-       Pensez-vous déjà à l’amour ?

-       Love is a Thriller

-       Etes-vous bon ou méchant ?

-       I am Bad.

-       Votre prénom préféré ?

-       Billie Jean.

-       Quel est le point fort de la planète Terre ?

-       History.

-       Votre point fort ?

-       Invincible.

La liaison s’interrompt.  Puis Michaël reprend  la parole :

 

 -n Nous sommes à 310km d’altitude.  Les instruments de bords ont une défaillance. Le commandant Scott n’est pas inquiet, ça va se réparer.  De toute façon, je sais que je reviendrai sur Terre sain et sauf.    En répondant à vos petites questions, je vous ai énuméré  les titres de mes fururs  albums, de 1982 à 2003.  Ils vont tous cartonner, all over the world. .  Mais je ne connaîtrai pas le bonheur pour autant.Implorant.jpg

-       Comment le savez-vous ?

-       Je sais que je ne pourrai plus  revenir sur la Lune avant ma mort. Les missions Apollo seront abandonnées.  Blanchir ma peau va devenir un supplice. Je ne pourrai plus me montrer en public.

-        Mais pour les concerts…

-        -  Chapeau noir, lunettes noires, gants blancs, maquillage. Ils me reconnaitront à ma voix et à mon swing.   Il y aura des sosies de moi partout …

-       Vous pouvez influencer votre destin !

-        Non, je dois jouer le jeu jusqu’au bout. J’ai choisi une mission humaine, je dois accepter mon destin d’homme.

-       Vous aurez bien des instants de bonheur ?

-       Smiling.jpgOh yes, on stage,  sur scène entouré de mes musiciens, tout mon corps envahi d’ondes rythmiques, et devant moi une foule hypnotisée, délirante, soulevée de terre, oubliant le MAL par la force de la Musique.  That is happiness.

-       Et la fin, comment la voyez-vous ?

-       Je suis devenu un fabuleux trésor !  Ils veulent tous leur part du trésor !  Un ultime concert qui  cartonnera all over the world !  Ils vendent des tickets et des tickets, ils ne rentreront pas tous, mais qu’importe, le blé rentre, lui, et ça fait un méga pacson à se partager !  Moi je regarde ça et je laisse faire.  Je suis dépassé.  Je fais le mort,  je les laisse me shooter, me droguer, me déglinguer. Ils veulent ma peau because Assurances, you know  ? C’est bon, ça. C’est ce que je voulais.  Je laisse derrière moi la preuve que je suis Invincible : ce film qui montre que deux semaines avant le début du concert à Londres, j’étais en pleine forme !  Il sera vendu à des millions d’exemplaires… et…

 

Sa voix devient inaudible.

 

-       Allo ?  Michaël ? Allo ?  Comment s’appelle ce film ?sur-la-Lune.jpg

-       … THIS IS IT .

 

Et ce fut tout.

 

 

… 

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 17:24

 

MARILYN  MONROE,   la Blonde sans filtremarilyn 1

 

5th Helena Drive, Brentwood, fin  juin 1962.

La gouvernante Eunice Murray  nous introduit dans la chambre de Marilyn. « Ten minutes, no more ! » nous dit-elle avant de se retirer.

Marilyn  est en plein tournage de « SOMETHING’S GOT TO GIVE», qui ne se passe pas très bien.  Elle a pris une journée de repos.  Allongée sur son lit, elle semble dormir.

Nous sommes, la photographe et moi,  pétrifiées d’émotion à la vue de la star dépourvue de tout artifice, d’une beauté  angélique, presque immatérielle.

 

 

«  Miss Monroë, merci de nous accorder un peu de temps…

 

Marilyn  ouvre les yeux.  Sa main droite pend dans le vide, blanche et potelée. Elle a déjà quelques tâches brunes, annonciatrices de la vieillesse qu’elle ne connaîtra pas.  Il paraît que  les lignes de ses paumes forment  un M dans chaque main.

 

-  Je ne veux pas parler de ce tournage, s’il  vous plait…Something

Elle parle d’une voix enfantine  qui donne le frisson.

 

-  Nous voudrions vous parler des MISFITS, votre dernier film.

-  Que voulez-vous savoir ?  tous les journaux ont déjà tout dit.

-   Vous avez dû éprouver un grand chagrin en apprenant la mort de votre

    partenaire, Clark Gable ?

Elle soupire,  se souleve  et saisit un verre d’eau posé sur sa table de nuit. Elle but une gorgée, puis  se laissa  retomber.

 

-  Vous savez ce qu’on dit ?  Que c’est moi qui l’ai tué.  Pourquoi les gens sont-

    ils si méchants ?  J’adorais Clark, il était comme mon père. 

-  Mais il ne supportait pas vos absences répétées, vos retards…

- Il avait le coeur malade….  Le tournage était éprouvant pour lui.  Il ne m’a jamais fait un reproche. 

-  On a dit aussi que vous aviez  essayé de le séduire ?Avec Clark Gable

-  Il était mon amant dans le film,  nous avions des scènes très hot, cela ne veut pas dire que…

-  Et Montgoméry Clift ? 

-  Il ne m’adressait pas la parole en dehors du plateau.  Son accident de voiture l’a défiguré, physiquement et moralement.  Il s’est refugié en lui-même… Avant, il était très sexy.

-   Etes-vous très proche du Président John Kennedy ?

 

Elle sourit vaguement, presque amèrement.

 

«  Le 19 mai dernier j’ai chanté pour lui devant dix mille personnes, on

  entendait à peine ma voix tellement ils criaient… quoi, c’était une petite chanson, rien de plus,  ma robe était très sexy, c’est vrai…  Mais le Président a été touché, je l’ai vu, il a eu l’air heureux…  Ca n’était pas mon idée, on m’avait demandé de chanter pour lui.  Quelle actrice ne l’aurait pas fait ? 

 

Elle ferma les yeux, tourna la tête pour cacher son visage.  A ce moment, la gouvernante, entra dans la pièce.

-  Miss Monroe, l’entretien a assez duré.    Le docteur Greenson sera là dans dix minutes.

 

Elle prit un comprimé dans un flacon et le tendit à Marilyn avec un verre d’eau.   Marilyn se redressa, son visage prit une expression de soulagement.

 

-  J’ai grand besoin de lui… ce cher Dr Greenson.

 

Elle avala son comprimé et dans un mouvement d’une grâce infinie, elle

jeta ses jambes hors du lit et se mit péniblement debout.

 

-  Mes amies, je suis tellement désolée…

 

Elle alla vers la coiffeuse et se pencha pour étudier de près son visage.  Sans maquillage, elle avait l’air d’une toute jeune fille.   Tout en brossant ses cheveux  elle poursuivit comme pour elle-même :

 

« Je n’ai pas été très coopérative … toujours à me justifier…  Toujours coupable, Norma Jean…

 

 

La photographe et moi nous levâmes pour prendre congé.  Il n’y avait pas eu un seul cliché  de pris, c’était impossible, une sorte de viol.  J’osai une dernière question :

 

-   Miss Monroe,  quel  est votre meilleur souvenir de tournage ? 

 

Elle arrêta le geste  et la brosse à cheveux s’immobilisa en l’air.Men prefer Blondes

 

  

-  Oh… le meilleur souvenir ?   Mon dieu, je ne sais plus…  MEN PREFER BLONDES, peut-être… Jane Russel fut une merveilleuse partenaire, elle avait un cachet dix fois plus élevé que le mien, mais elle était sans prétention aucune, on s’amusait bien.


_  Et votre plus mauvais souvenir  ?

-  Sans hésiter, LE MILLIARDAIRE  !  Oui, un cauchemar, qui m’a laissée  vidée de moi-même… Je n’aimais pas mon personnage. Chaque jour était une torture et j’arrivais de plus en plus tard sur le plateau.    La production  a monté en  épingle cette histoire avec Montand, pour la promotion…  et pour me punir aussi  !   Personne n’y a cru, j’espère !!

 

  DeboutElle eut un sourire gamin et nous l’avons quittée sur cette image juvénile.

 

Ce sourire, qui s’évanouit quelques semaines plus tard, à jamais.  Elle avait 36 ans.

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 16:00

 

 

GLENN GOULD,  LE TÉNÉBREUXGould 1

 

C’est à Chicago, le 10 avril 1964, que Glenn GOULD donna son dernier concert en public. 

Ce soir-là, il avait  joué quelques fugues de l’Art de la Fugue, puis la partita n° 4, puis  la sonate opus 110 de Beethoven, et la troisième Sonate de Kreneg.

A quel moment y a t-t-il eu le déclic ? 

Ses doigts ont continué à jouer jusqu’au bout, mais lui n’était plus là.

Rentré à son hôtel, il prit la décision qu’il savait irrévocable, de ne plus jamais jouer en public.

 

 

 

 

-  Glenn Gould, vous souvenez-vous de la raison qui vous a poussé, ce soir-là, à  renoncer définitivement à jouer en concert ?     Ce soir-là le public vous

   a-t-il paru spécialement inattentif ?

 

Glenn Gould parut chercher dans sa mémoire, alors qu’il se souvenait très bien.  Il regarda la jeune fille qui attendait,  attentive, son magnéto sur les genoux.  Elle était jolie, avec un visage enfantin et paraissait totalement envoutée par son sujet.  Mais Glenn Gould était insensible à la beauté des femmes.  Il n’aimait pas le côté sexuel des rapports humains. Il détestait qu’on le touche.  Il appréciait Barbra Streisand pour son engagement humanitaire, et Petula Clark, bizarrement, pour sa voix.  Mais d’une manière générale, les femmes ne l’intéressaient pas.   Pour lui, un  dialogue avec une femme était une torture.

 

-   La raison ?  J’ai  soudain pris conscience de… ( Il hésita.   Sa pensée devait être difficile à exprimer sans  choquer).   Cette présence oppressante du public. Un public est fait d’auditeurs trop   dissemblables,  je ne peux apporter à chacun ce qu’il  attend, ils me...

 

-  Les réactions des spectateurs vous gênaient ?La-chaise.jpg

 

Glenn Gould pointa son index vers elle. 

-  Justement,  justement ! Vous avez dit « les spectateurs » !  Voilà ce que je

  ne voulais plus être : un spectacle !  Je dois être un son, une abstraction, une émotion pure, pas un objet de curiosité, mes mains, mon visage, ma chaise,

   mon piano, tout cela n’est pas la Musique !...

 

Il se leva, alla vers la baie vitrée qui surplombait  Lexington Avenue.  Le double vitrage n’empêchait pas de percevoir  l’effervescence nocturne  de Broadway, 26 étages plus bas.   

 

-  L’idée de concert est une ineptie, continua-t-il, le dos tourné,  rassembler des gens aussi différents qu’un médecin, un professeur de dessin, un banquier  ou un peintre, devant un homme seul, envahi par sa propre émotion,  qui doit cacher sa peur, oui, sa peur, j’ai un trac paralysant avant chaque concert, vous savez.

 

Il n’avait pas touché au plateau  que le valet de chambre de l’hôtel lui

   avait apporté au début de l’entretien.  Il  se versa  une tasse de thé et but

   quelques gorgées.

 

-  Mais, lorsque vous interprétez un concerto, vous n’êtes

   pas seul sur scène !

Glenn Gould reposa brusquement sa tasse.

 

-  Ah, ne me parlez pas de concerto !   Je déteste les concertos. 

 

Il se laissa tomber dans  le canapé, comme terrassé par une douleur terrible.

 

-  Qu’y  a-t-il ?  Vous souffrez ?

-   Je   souffre de mille maux dans mon corps.

 

 La journaliste le regarda respirer un grand coup et se dit qu’il devait surtout souffrir de la chaleur, habillé comme il l’était, dans cette chambre d’hôtel surchauffée.  Il portait plusieurs épaisseurs sous une veste de trappeur, des bottes fourrées et les gants qu’il ne quittait jamais.  Une mèche de cheveux noirs lui couvrait le front, on distinguait à peine ses yeux immenses et noirs.Avec-ses-gants.jpg

 

-  Pourquoi détestez-vous les concertos ?

-  Parce que je déteste les conflits. Un homme seul qui doit répondre à une meute d’instruments.   J’en ai joué pourtant, souvent.  J’essayais de placer le piano au milieu de l’orchestre, de le noyer, le dissimuler et j’avais ainsi la sensation -  fausse, bien sûr ! -  d’être des leurs.

 

-  Vous aimez la musique, mais aimez-vous toutes les musiques ?

- Ah non ! je  déteste  la musique de Stravinsky, son Sacre du

Printemps avec ses éjaculations sarcastiques, mordantes, laconiques      brutales.  D’une manière générale, je n’aime que les musiques virginales,

débarrassées de toute connotation sexuelle.   La musique de Bach, celle de

Beethoven, et quelques œuvres  de Mozart.  Chopin  me révulse par

son désir d’être aimé, que l’on sent à travers toutes sa musique.

 

-  Aimez-vous les animaux ?

- J’ai aimé dans ma jeunesse mon chien Nikki et ma perruche Mozart… hélas ils sont morts depuis longtemps.

 

-  Et les femmes ?  (elle lança la phrase sans réfléchir)

-  Pourquoi aimerais-je particulièrement les femmes ?  Pourquoi ne me demandez-vous pas si j’aime les êtres humains ?  Je ne fais pas de distinction

entre les hommes et les femmes.

 

Elle ne savait plus quel sujet aborder. Il y eut  un silence.

Il se leva,  ôta un de ses gants, fit jouer ses articulation. last-recording.jpg

«  J’ai des fourmis dans les phalanges, je ne sens plus mes doigts…

Excusez-moi, mais… je dois faire mon immersion d’eau chaude avant l’enregistrement de ce soir.  Pardonnez-moi.

 

La journaliste arrêta le magnéto, se leva pour partir.  Il s’était déjà enfermé dans la salle de bains.   

Le  soir-même il enregistrait son dernier disque, la sonate op 3 N° 1 de Strauss (et non les Variations Goldberg comme on le croit souvent) au Studio A de RCA Records à New-York. C’était en septembre 1982.  La photo ci-contre fut prise ce jour-là.

Et un mois plus tard, il tirait sa révérence, à cinquante ans.

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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 17:49

 

AVA  GARDNER, la grâce.Ava-gardner-1.jpg

 

 

Juillet 1955.  La Moraleja, superbe propriété près de Madrid.

Ava Gardner vient de s’y installer après le succès planétaire de LA COMTESSE AUX PIEDS NUS, une histoire qui lui ressemble.

Elle a 33 ans.  Elle n’a jamais été aussi belle.  Avec Luis Miguel Dominguin elle forme un couple pharaonesque. 

C’est le soir. Dans sa chambre, elle essaie des robes pour la soirée donnée au Palacio Real  où elle rencontrera Picasso, Hemingway et son future réalisateur Darryl F. Zanuck qui prépare  le film « Le Soleil se Lève aussi ».

 

*  Etes-vous définitivement séparée de Frank Sinatra ?

* Non, malheureusement non.  Nous avons pris comment dire …

   une respiration… un an ou deux… après nous verrons.  Nous ne

   pouvons pas vivre en harmonie ensemble.

*  Vous n’avez trouvé l’harmonie avec aucun de vos maris, il semble ?

avec miroir

 

Elle émerge d’un flot de taffetas rouge qui pourrait mettre le feu au Palacio si elle apparaissait ainsi vêtue ce soir.

 

*  L’harmonie, jamais. Ni avec Mickey Rooney, ni avec Artie Shaw, ni avec Frankie.  Mais j’ai toujours gardé leur amitié.  Même avec mes amants.  J’aime toujours Howard Hughes, qui me harcèle encore, j’aime Robert Taylor, j’aime Clark Gable, je suis un vrai coeur d’artichaut !… Et en ce moment, je suis folle de Luis Miguel Dominguin… vous l’avez vu toréer ?  Il est impérial.

*  Mais quel caractère de cochon !

 

Elle rit et enfile un fourreau en satin blanc.  On croit rêver.  Le plus beau félin de la création.  Elle ondule devant la glace sans la moindre forfanterie, exactement comme un animal.

 

*  Oui, il est déroutant.  Mais pas avec moi. Il se conduit comme un vrai hidalgo avec les femmes… 

* On ne peut pas parler tauromachie avec lui :  si vous n’êtes pas espagnol vous n’y connaissez rien.

*  C’est vrai.  Picasso l’a bien remis à sa place un jour.  Mais c’est cet orgueil de madrilène.  Manolete était plus modeste, mais il est mort.

* A cause de Dominguin !

 

Elle se retourne, prête à griffer.

 

* Non, pas « à cause ».   Luis Miguel lui a lancé un défi, et le combat a mal tourné pour Manolete.  C’est le Destin.

 

Je change de sujet.

* Il n’y a pas une seule robe noire dans tout ça ?jambes.jpg

*  Non, je n’aime pas le noir.  Vous ne me verrez jamais en noir, sauf dans un film évidemment.  Marilyn non plus, ne porte jamais de noir. Il n’y a que les Françaises pour porter cette couleur funèbre.

*  *  De toute façon, quelle que soit la couleur, vous forcez l’admiration.  Une telle absence de handicap, c’est rare.

 

Elle éclate de rire.

 

* Vous n’auriez pas dit ça si vous m’aviez connue à mes débuts !  J’avais un terrible handicap : mon accent de Caroline du Sud.  Longtemps on ne m’a donné que des rôles muets, lorsque j’ouvrais la bouche tout le monde riait.  Il m’a fallu prendre des années de cours de diction pour décrocher de vrais rôles !

 

Son rire s’est arrêté net.

 

*  Rendez-vous compte : j’ai tourné jusqu’à ce jour 44 films. Dans les 40 premiers je suis passée inaperçue.  Je viens seulement d’obtenir le succès, avec les 4 derniers que j’ai tourné…

*  Oui : Les Neiges du Kilimandjaro,  Les Chevaliers de la Table Ronde (tiens ! dans ce film vous portiez du noir !), Mogambo et La Comtesse aux Pieds Nus !  Et avec quels réalisateurs prestigieux !

*  Les  40 premiers aussi !  Mais les rôles qu’ils me donnaient étaient uniquement des rôles de potiche sexy  !   Quatre personnages de premier plan, ça fait une carrière bien mince !   A dix ans, Shirley Temple en avait tourné le double  !

*   Votre carrière ne fait que commencer mais elle sera immense.Gardner-3.jpg

 

Elle ferme les yeux.

 

*  Quelqu’un m’a dit cela, un jour. J’avais dix-sept  ans.  J’étais sténo-dactylo dans mon bled en Caroline du Nord et j’allais voir ma sœur à New-York le week-end, pour respirer un peu.  Son mari était photographe et faisait des tas de photos de moi qu’il mettait dans la vitrine de son studio.  Un jour, un mec de la MGM a flashé sur mes photos.  Il m’a fait faire un bout d’essai.  Ca les a emballés et ils m’ont fait signer un contrat de sept ans à 50 dollars par semaine…  Ce garçon s’appelait Barney Duhan.  Il ne m’a pas touchée. Il m’a seulement dit : « Honey, you’ll be the greatest but it will take time… »  Je l’ai perdu de vue…

*  Il doit être très fier, aujourd’hui !

 

Elle se lève, va à la fenêtre et soupire :

 

*  C’est ma sœur et mon beau-frère qui doivent être fiers, ce sont eux qui ont tout déclenché…  Je n’ai plus le temps d’aller les voir.  Le succès rend ingrat, vous savez ?

 

La pièce est soudain plongée dans l’obscurité.  Je rejoins AVA près de la baie vitrée mais elle n’est plus là.

Dehors, les lampadaires du parc se sont éteints.  Le ciel a pris des nuances violet sombre au-dessus du halo rouge qui surplombe Madrid.

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 17:27

 

 

  Paul-Newman-1-copie-1.jpgPAUL  NEWMAN, Grand Prix d’excellence


 

 

Mars 2005,  la piscine de l’Holliday Inn de Daytona Beach.  Allongé à même le deck, Paul Newman semble dormir.  En caleçon de bain hawaïen, bronzé et mince, il ne paraît pas ses 80 balais.

Il se repose pendant que ses deux co-équipiers, Sébastien Bourdavec-lunettes.jpgais et Bruno Junquera sont en piste pour les 24h de Daytona.  Dans une heure, il prendra le relais.

Je m’approche et mon ombre sur son visage lui fait ouvrir les yeux. Quels yeux ! Le bleu du ciel.  Il se souleve sur un coude, attrape ses lunettes de soleil et les met sur son nez.  Je sais, il déteste qu’on lui fasse des compliments sur ses yeux. S’abstenir, donc. 

 

Puis il s’assied en tailleur et m’invite à en faire autant.

 

-  Posture yoga, vous tiendrez le coup ?

 

Il me montre.  Souple, le vieillard.  Le sport automobile ça demande une condition physique draconienne.

 

-  Vous avez vu un peu de la course ?iEn-pilote.jpg

-  Heu, non, je suis venue direct, j’avais hâte…de vous voir.

 

Il rigole pendant que je branche le magneto.

 

-  Hâte de voir un vétéran hors d’âge ?

- Hors d’âge mais pas hors course !  Vous faites équipe avec des jeunots pour ces 24h…

-  L’endurance, c’est moins fatigant que la monoplace à mon âge.

-  Et ça peut faire une 2ème place, comme aux 24h du Mans en 79 !

- Mais dites-moi vous en connaissez un rayon sur la course automobile ?

-  Non, sur la carrière de Paul Newman.

 

Il se lève, s’étire, regarde les nageurs dans la piscine, regarde sa montre.

 

- Je crois que je vais piquer une tête, ça va me réveiller.

- Mais attendez ! Je n’ai pas encore commencé ! …

-  Just  a minute,  I’ll soon be back !

 

Et le voilà qui part en boîtant (il s’est foulé la cheville en faisant du ski dans les Rocky Mountains) et  plonge la tête la première, comme les enfants.  Quelques brasses crawlées, et il est de retour, entortillé dans sa serviette.  Je le regarde s’allonger sur ladite serviette. Il a gardé ses lunettes noires pour nager.  Bon, il a des poils gris sur la poitrine, mais les muscles tiennent bon, pas un brin de bide, juste la peau un peu flasque, que faire. 

 

-  Ok, what do you want to know ?  Il nous reste une petite demie-heure.

 

Il n’a aucun complexe, il se laisse regarder, comme ça, sans bouger.  Il se fout pas mal que je voie ses poils blancs et sa peau flasque.

 

-  Vous vous sentez plutôt acteur ou plutôt pilote ?

-  Easy to answer :  je me sens acteur quand je joue, je me sens pilote quand je pilote. Funny, isn’t it ?

-  Dans votre immense carrière, citez-moi trois films que vous marqueriez d’une pierre blanche, trois films plus importants pour vous que les autres.

 

Il réfléchit.  Retire ses lunettes, les mordille.  On sent qu’il prête l’oreille au bruit lointain des moteurs sur le circuit.   Ses yeux sont plus bleus que bleu.  Mais je ne dis rien.iL'arnaque

 

- Voyons… et bien d’abord LES FEUX DE L’ÉTÉ, en 58 ; car c’est sur ce tournage que j’ai rencontré la femme de ma vie, Joanne WOODWARD… Ensuit e  

 L ’ARNAQUE, où j’ai eu l’Oscar du meilleur acteur… le problème ce fut de faire avaler la pilule à REDFORD, qui avait un rôle équivalent au mien, il fallait voir sa tête !  (Il se marre-)

 

 

 

 

 

- Vous détenez le record de longévité du couple ?  45 ans deJoanne-woodward.jpg  m a riage !

-  Yeah..,ce  n’est pas du tout héroïque de notre part… On s’enten d  bien, voilà tout, et ça dure.  On ne s’ennuie pas ensemble.

Je suis persuadé que l’origine de la plupart des divorces, c’est l’ennui. 

 

 

-  Et le troisième film  ?

-  Le troisième, ce film que j’ai réalisé moi-même  sur les méfaits du tabac, RACHEL, RACHEL et pour lequel j’ai été récompensé  aux Golden Globes… Je me suis beaucoup battu pour cette cause-là.

 

- Est-ce que vous avez un regret dans la vie ?

 

Il ouvre les yeux et le ciel l’éblouit. Il remet ses lunettes noires pour répondre.

 

- Yes I have one regret… J’ai déçu mon père dans ses vieux jours. Il voulait que je reprenne sa suite dans son magasin d’articles de sport… Je l’ai laissé tomber pour faire l’acteur.

Mais je lui ai prouvé mon amour d’une autre façon. Mon père était Juif et ma mère catholique. J’ai très vite choisi la religion de mon père, comme un défi.

 

Là-dessus il regarde sa montre et se lève prestement.

 

- Je dois encore m’habiller et aller au spee dway…  Sorry my dear… J’étais heureux de vous rencontrer.  Are you okay with you quizz ?

  

-  J’ai ce qu’il me faut, thank you mister Newman… 

 

Je débranche le magnéto. Je relève la tête.  Il a disparu.

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 14:54

 

 

DELPHINE  SEYRIG,  L’ENSORCELEUSE220px-Delphine_Seyrig.jpg

 

 

 

Mars 1975. Le Château Rothschild à Boulogne-Billancourt où se tourne INDIA SONG, le film de Marguerite Duras.

Delphine Seyrig est recroquevillée dans un fauteuil, entre deux  prises elle a demandé qu’on lui apporte un thé au rhum pour se réchauffer un peu.

Le vent souffle violemment contre la haute fenêtre de la petite pièce qui lui sert de loge. Seule source de chaleur, un petit radiateur électrique. 

Lorsque l’assistant m’a introduite dans la pièce, Delphine a laissé tomber le script dans lequel elle revoyait son texte et m’a gratifiée d’un sourire charmeur.

Les sourires de Delphine Seyrig sont toujours charmeurs, qu’ils soient le reflet d’une joie sincère ou bien le signe d’une désapprobation totale.

 

 

 India-song.jpg- Bonjour !  Asseyez-vous, vous avez préparé  vos questions ?  Parce que vous savez, je n’ai pas beaucoup de temps… (re-sourire charmeur )

- Oh, ce sera très rapide, j’avais prévu de vous soumettre au questionnaire de Proust, si vous êtes d’accord ?

-  Ah oui, c’est très amusant le questionnaire de Proust !

 

Visiblement elle s’en fout.  Cette interview est une purge mais  sa bonne éducation lui permet de faire illusion.   Elle répondra à chaque question sans hésiter, très sérieusement, prenant de temps en temps une gorgée de son thé au rhum.

 

-  Quelle est votre qualité préférée chez un homme ?

-  Le mystère.

-  Et chez une femme ?Fee.jpg

-   La détermination.

-  Et chez vos amis ?

-  La légèreté.

-  Quel est votre principal défaut ?

-  Le perfectionnisme.

-  Quelle est votre occupation préférée ?

-  Le dédoublement.

-  Votre rêve de bonheur ?

-  L’égalité entre les hommes et les femmes.  Je m’emploie de mon mieux à aider ceux et celles qui militent pour cette cause, vous le savez (sourire charmeur)…

-  Quel serait votre plus grand malheur ?

-  Celui d’être incomprise dans ma volonté d’égalité.  Que mon engagement soit réduit à un vulgaire geste d’auto-promotion… alors que c’est le but de ma vie.

-  Quelle est  l’action récente dont vous êtes le plus fière  ?

-   Avoir défilé en tête de la manifestation MLF de mai 1968.

 

Subitement, le questionnaire de Proust me rase. J’ai envie d’aborder des domaines plus personnels.  Je tente le coup :.

 

-  Il nous reste un quart d’heure.   Acceptez-vous de répondre à des questions plus indiscrètes ?

 

Elle me regarde, soupçonneuse. Mais elle joue le jeu. D.Serryg-1.jpg

 

-  Allez-y.  Je verrai bien…

-  Curieusement, le nom de Sami Frey n’apparaît jamais dans vos interviews…

-  Pourquoi « curieusement » ?  Notre relation intime ne regarde personne.

 

Un coup pour rien. Je  change de sujet.

-

-   En 1968  vous avez refusé de faire des essais dans le Midi pour un film avec Alain Delon, sous prétexte qu’il comportait des scènes en maillot de bain.

 

Elle ne sourit plus, elle cherche dans sa mémoire.

 

-  Oui… en effet.  J’ai refusé. Cela ne m’intéressait pas de me mettre à poil pour M. Deray.

-  Mais un an plus tard, vous avez tourné des scènes très dénudées dans « Mr. FREEDOM », de William Klein …

-  Oui… (elle hésite)  Le réalisateur était un ami.Mr-Freedom.jpg

-  Vous ne pensez pas que vous avez fait une erreur ? 

-  Non, pourquoi ?

-   « LA PISCINE » a été un succès mondial, alors que « Mr. FREEDOM » est passé inaperçu !

 

Là, elle se redresse et me lance  un regard  dur, démenti  par un sourire extra-charmeur.

 

-  Justement, ma chère.  Je considère que j’ai  fait le bon choix.  Et je n’ai pas besoin, j’espère, de vous expliquer pourquoi.  Là  réside mon soi-disant mystère.  Dans l’ambigüité de mes choix.

 

Un peu ébranlée, je déplace le sujet.

  Et ce film que vous tournez en ce moment-même, INDIA  SONG, est pour vous à la hauteur de vos exigences ?

Elle se détend et détourne son regard en soupirant.   Chacun de ses mouvements est empreint d’une grâce infinie.

 

-  Oui, absolument.  Je suis en parfaite osmose avec Marguerite Duras.

 

 Avec Duras- Comme avec Alain Resnais pour l’ANNÉE DERNIÈRE À MARIENBAD ?

-  Bien sûr. C’est le même univers.

-  Y a-t-il une image de MARIENBAD qui vous reste et qui pourrait résumer le film ?

Elle la trouve tout de suite, elle la décrit.

 

-  Cet homme qui joue, inlassablement, et qui gagne toujours… Le film évolue dans cet univers du jeu et du hasard.  Un univers onirique, intemporel.

 

Je voudrais qu’elle n’arrête jamais de parler.  Sa voix a un pouvoir d’hypnose.

Elle continue.

 

-  Oui, à quatorze ans de distance, je retrouve  ce même bonheur, je retrouve Michael Lonsdale, un château en ruines, des couloirs  où l’on danse… Tout ce que j’aime !

 

  Elle semble planer au-dessus de notre monde   

de brutes  comme un extra-terrestre invulnérable.  Marienbad   

 

-  Qu’est-ce qui vous fait peur dans ce monde-ci ?

-  Vieillir.  V oir les  rides envahir mon visage, sentir mes forces me trahir, mes jambes se dérober, devenir dépendante… Et ne plus séduire.  Cela est le vrai purgatoire avant la mort.

 

Elle ne connaîtra pas ce purgatoire-là.  Delphine Seyrig nous quitte dans le bel éclat de son automne, le 15 octobre 1990, à 58 ans.

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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