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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 13:15

 

 

 

durasecrireLa discothèque Le Bilboquet, rue Saint-Benoît à Paris. Trois heures du matin.

La piste est encore envahie de danseurs dans une obscurité trouée d’étincelles brillantes et par instant, de lumière noire qui donne un aspect fantasmagorique aux visages et aux vêtements de couleur blanche.

 

Dans un coin reculé de ce sous-sol archi-comble, tout contre le bar, la vieille dame est assise.  Elle est très vieille, son visage est sillonné de rides profondes.

 Elle a les yeux fermés. Elle souffre. Elle boit, souvent, de longues gorgées d’alcool.  DURAS, c’est son nom.  Marguerite DURAS.  C’est elle.

Souvent on peut la voir assise, là.   Revivre, dit-elle.

 

 

 

Piste-danse.jpg« Pourquoi revenir ici, Marguerite Duras ? 

 

Ses yeux fermés, cheveux gris, mains tremblantes.  Bien sûr elle m’a entendue.  Elle n’ouvre pas les yeux. Elle soupire. Elle parle, elle a la voix d’une alcoolique, rauque, elle répond :

 


« Ici  je suis venue si souvent.  Je n’avais qu’à descendre mes troiyann.jpgs étages, là, à côté.  Il y avait toujours à boire.  Ils savaient.  Ils m’ont remontée chez moi, le dern ier jour. Avec Yann. J’ai dit adieu au monde.  C’était trop tôt. 

«  Vous vouliez rester vivante ? Mais vous étiez  détruite  dans l’alcool…

«  Et alors ?  Yann m’aimait ainsi, défigurée.  Je lui disais d’écrire à ma place. Il le faisait. 

«  Il ne vient pas vous tenir compagnie ?

«  Il ne sait pas que je suis là.  Personne ne veut le lui dire. Je l’attend.

 

 

Elle boit.  Elle ferme les yeux.  Elle boit encore.

Avec-sa-mere.jpg

 

« Quel  livre de vous préférez-vous ?

 

Elle se tait.  J’attends longtemps sa réponse.

 

« Il y en a deux. Le premier, BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE, l’ode à ma mère adorée.  Ma mère, le courage. Je l’aimais plus que tout. Et puis  L’AMANT , bien sûr.  J’ai été trahie par le cinéma, honteusement trahie. Mais le roman est à moi, c’est ma vie.  Mon souvenir le plus vrai, le moins faux.

 

« Sur qui, sur quoi écririez-vous aujourd’hui ?

«  J’écrirais la vie d’AlexeÏ STAKKHANOV, le sublime mineur russe.

 

Ses paupières palpitent, elle les ouvre.  Elle est éblouie par le noir mouvant de la piste de danse.

 

« Regardez-les gesticuler. Où est la douce langueur des danses d’INDIA SONG ?    La passion de l’amour, qui connaît encore ce pléonasme racinien ?  Les jeunes s’accouplent comme font les chiens. Sans passion.   Les jeunes ne connaissent plus la passion.  C’est leur nouvelle liberté.   « trop cool », ils disent. Cool.  Le mot de la fin. Rien de trop. Service minimum.  Demandez à STAKHANOV ce qu’il pense du service minimum.  102 tonnes de charbon en six heures, extraites de ses mains..  Il l’a fait.

 

 

« Vous portez des jugements.  Vous condamnez ou vous louez avec excès. Cette pauvre Christine VILLEMIN…

« Par amour j’ai accusé Christine V.  Pour la beauté de son geste sublime.

« Vous déraillez complètement.

« Dérailler, dites-vous.  C’est la priorité.     Pas d’écriture sans dérailler.

Pas de chefs-d’œuvre sans dérailler.

 

Touchée.  Je cherche un point faible.

 

« Des livres comme L’APRÈS-MIDI DE M. ANDESMAS, par exemple ?

 

Experte en moquerie, elle encaisse bien.

 

« Ce n’est pas parce que   M. Etienne de MONTETY  a osé  recopier mon roman en changeant le titre et le nom des personnages, et qu’il a a été refusé par des éditeurs, que le livre était mauvais.

« Pourquoi le même roman signé de vous  avait-il été accepté ?

« Et qui vous dit qu’ils n’ont pas flairé la supercherie ?

 

Auriez-vous écrit différemment si vous n’aviez pas été alcoolique ?

« Non. J’aurais déraillé tout aussi magnifiquement.

 

 

Belle.jpg«   Avez-vous regretté de n’être pas belle ?

«    J’étais belle ! Taisez-vous !  J’étais belle.  Personne ne m’a connue quand j’étais belle.  La célébrité est venue trop tard, avec l’alcool. J’ai perdu mon visage d’enfant.   Mais Yann me trouvait belle.  (Elle se dresse, fixe un point dans le noir)  Ce garçon, là… n’est-ce pas Lui ?

 

 

Marguerite DURAS se lève, chancelle, avance d’un pas et va vers la piste de danse.  Elle mêle sa silhouette improbable aux corps vivants qui l’entourent  Pris dans le  faisceau de  lumière noire    son visage  seul émerge, étrangement dissocié de son corps, il flotte un moment avant de replonger dans l’obscurité éternelle.

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 14:31

 

 

   Sophia_Loren_1.jpgPalme-d-or.jpgMai 2011- Cannes, Festival International du Film.

Où se cache-t-elle ?  Elle ne peut pas ne pas être là,  c’est à Cannes que sa carrière a explosé avec son prix d’interprétation  pour LA CIOCCIARA en 1961.

Attention, elle a 77 ans, n’allons pas chercher du côté de la plage du Martinez où Canal + tient chapelle entouré de starlettes.

Je la trouve au bar du Carlton, pas sur la terrasse bien sûr, mais à l’intérieur , dans une longue robe blanche, cachée derrière d’immenses lunettes noires.

Elle boit un verre de chianti, agite distraitement son éventail. Elle s’ennuie. Pas de journalistes, pas de fans,  elle est seule.  A Cannes, haut lieu des gloires ephémères, on a oublié Sophia LOREN.  Je m’assied près d’elle, elle me sourit.

 

 

« Ca doit faire drôle, de se trouver ici sans avoir  à affronter le bain de foule ?

 

Un peu salaud, comme question, mais quoi, on va pas jouer les autruches.  Elle le sait bien.  Elle agite son éventail avec un petit rire et elle ne s’amuse pas à me détromper.

« Si si, ça fait drôle, enfin drôle, vous dites comme ça quand c’est dramatique ?   Je me dis que je suis bien plus tranquille, que je l’ai tellement souhaité !sophia001.jpg

« A quand remonte votre dernière visite en tant qu’invitée ?


« Moi, je ne rappelle que ma merveilleuse aventure de La CIOCCIARA, en 1961, avec votre BELMONDO !  Un prix d’interprétation, c’était  incroyable !

Mais la dernière fois c’était en 2002 avec mon fils Edoardo, nous avons monté les marches ensemble, quel bonheur ! Nous présentions son film Cœurs Inconnus dans lequel je jouais le rôle principal…   C’est déjà loin…

 

Elle pousse un profond soupir qui soulève son opulente poitrine.

 

« Pourquoi revenir à Cannes ?

«  J’ai besoin de revoir cette ville qui appartient au cinéma, c’est comme si j’allais à  la piazza san Pietro à Rome, je me recueille,  je vois de grrrands acteurs, de grrands réalisateurs, ils me font le baise-main, c’est romantique !

« Quels sont les réalisateurs qui vous ont le plus marquée ?

 

Elle s’anime en  passant en revue les monstres sacrés qui l’ont filmée.

 

«  Mamma mia,   Il y a eu tous les Américains !  HATAWWAY, KRAMER, Georges CUKOR ..  (elle rit en ajoutant :)  les mêmes que MARILYN !  Mais c’est le grrrand Vittorio de Sica qui m’a offert La CIOCCIARA, mon plus beau rôle  !

« Et parmi vos partenaires masculins, vous aviez un favori ?

 

Elle sourit et là, on revoit le sourire de La Loren, irrésistible au milieu des rides.

 

«  Marcello Mastroianni  !  Douze films, on a tournés  ensemble !   Je l’adorais et Carlo aussi, l’adorait, c’était notre meilleur ami. 

 

 

Elle se lève, s’étire. Sa robe flotte autour d’elle, on devine  sa corpulence mais elle se tient très droite, avec un joli port de tête. On voit qu’elle n’a rien d’autre à faire la journée que  bronzer, sa peau   est  couleur Banania.  Tout ça est bien triste.  Elle fait un signe au barman et enchaîne :

 

« J’ai vu Dustin HOFMAN, hier. il était entouré d’une foule de photographes, mais vous savez il est à peine plus jeune que moi !  Pour les hommes c’est plus facile de rester une star…

«  C’est parce qu’il présente un film en compétition, KUNG FU PANDA !

« Mais on ne le voit même pas, on n’entend que sa voix !

« Ca suffit pour monter les marches !

 

Coup d’éventail sur le bras du fauteuil où elle se laisse tomber.

«  J’ai été sacrée plus belle femme du monde,  ça suffit pas pour monter les marches ?  Je reste détentrice du titre….

«   Et d’après vous, quelle actrice, aujourd’hui, pourrait revendiquer ce titre ?

«  Oh, il y en a quelques-unes…

«  Parmi celles que vous avez vues ici à Cannes ?

«  Pour moi la plus belle, et de loin, c’est Uma THURMAN, bien sûr.  Une déesse.

 

Le barman lui apporte un nouveau verre de chianti. pirelli2007.jpg

« Il  faut laisser la place aux Américaines, elles ont pris le pouvoir de puis que les Italiennes n’ont plus de films à défendre…  Finalement, même si j’étais encore jeune et belle, je n’aurais plus aucun rôle en Italie.  Je préfère rester chez moi avec le souvenir de mon cher Carlo.

« Carlo PONTI  aurait apprécié que vous posiez pour le calendrier PIR ELLI… à 74 ans ?

 

Elle se cache derrière son éventail.

« Vous savez, on ne voyait rien !  Je n’étais pas nue ! Seulement mon décolleté…

 

 

 

 

Un homme entre dans le bar et vient vers nous,  le visage de Sophia s’illumine..

« Edoardo,  amore mio  ! 

Avec son fils

 Edoardo PONTI se penche pour embrasser sa mère.  Elle demande :

« Tu as vu Bernardo, poverello ?

«  Non, pas si poverello, il a reçu la Palme d’honneur.  L’année prochaine, qui sait, ce sera peut-être pour toi ?

 

SOPHIA  sourit malicieusement :

« Le prix de consolation avant l’éloge funèbre ? Non merci, je me conterai de mes royalties… c’est plus réjouissant !

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 14:16

 

 

  Truffaut-1.jpgEst-ce parce que ce magasin se situait rue de la Pompe à Paris, que Truffaut en a fait le magasin de chaussures de M. Tabard dans son film  BAISERS VOLES ?  Dans ce magasin Antoine Doinel tombait sous le charme de Mme Tabard, alias Delphine Seyrig. et ça donnait des  scènes d’anthologie que l’on se repasse sur YouTube.

 Seyrig.jpg

chaussure-wolferCe magasin s’appelait MARALEX et il existe toujours.  François TRUFFAUT y fait quelques apparitions, au hasard des clientes de  passage…

Il se cache derrière la glace sans tain où celles-ci font des effets d’escarpins.  Je joue l’apprentie vendeuse.

 

« Vous êtes vraiment l’homme qui aimait les femmes, vDenner.jpg ous !

« Oui, je peux le dire maintenant.  J’aimais tellement les femmes que j’ai fait jouer mon rôle à Charles DENNER et voyez, il en est mort..

« Vous aimiez toutes les femmes ?

« Toutes.  Enfin, les attirantes.  Comme celle-ci, regardez, n’a-t-elle pas le même regard clair que Claude JADE ?

 

-Avec-Claude-Jade.jpg« Vous avez été amoureux de Claude JADE ?

« Evidemment ! J’ai même failli l’épouser, je me suis ressaisi  à temps.

« Vous n’étiez pas fidèle à un type de femme ?

« Oh non, non toutes m’allaient, voyez un peu la différence entre une Claude JADE, angélique, et Fanny ARDANT à la beauté luciférienne… Non je n’étais pas fidèle, loin de là. je tombais amoureux de de toutes mes actrices, systématiquement.

« Toutes ?

« Oui, toutes. Ca a commencé très tôt, avec l’AMOUR A VINGT ANS. J’ai été fou amoureux de Marie-France PISIER, Dieu ait son âme…marie-france-pisier-a-ete-reperee-par-francois-truffaut-qua.jpg

« Mais vous ne pouviez pas être amoureux en même temps de Claude JADE  et de Delphine SEYRIG ?

« Si, quand on aime les femmes on les aime toutes mais pas au même moment, vous voyez ?  Delphine c’était spécial, elle était aussi féministe que moi !

« Vous les engagiez parce que vous étiez amoureux d’elles,  ou l’inverse ?

« Ca dépendait.  Isabelle          ADJANI, par exemple, j’ai eu le choc de ma vie lorsque je l’ai vue au théâtre dans L’ECOLE DES FEMMES.  Elle disait « « le petit chat est mort » avec un ton Adjani.jpgunique, bouleversant. J’ai cherché une histoire pour elle et j’ai écrit « ADELE H. »

« Elle ne vous a pas déçu ?

« Absolument non ! Au montage, je repassais en boucle ses gros plans et je pleurais d’émotion.

« Bon, il y en a sûrement une ou deux qui ont eu moins de pouvoir sur vous ?

« Je ne m’en souviens plus.  Nathalie BAYE, peut-être…  Et Jeanne jeanne-moreau-472046.jpgMOREAU : elle m’effrayait. Mais quelle actrice !

 

« Pourquoi revenez-vous ici ?

« Parce que je retrouve des fétichistes comme moi.  Les femmes ont une relation obsessionnelle avec leurs chaussures.

 

On voyait se succéder dans le miroir des paires de jambes de tous gabarits dans une chorégraphie  pleine d’imprévus.

 

« Vous aimiez aussi les acteurs, quand même ?  Jean-Pierre LEAUD, par exemple…Avec-JP-Leaud.jpg

« Ah, lui, c’était pas pareil, c’était moi.  C’était moi petit, puis moi jeune homme.  Il m’a absolument bluffé dans son imitation involontaire, juste sur quelques indications.  En fait, il me ressemblait vraiment.

« Vous suivez sa carrière ? 

«  Oui… (il ferme les yeux et paraît tout-à-coup triste)  Mais je ne supporte pas de le voir vieillir.  Je trouve inacceptable qu’il vieillisse alors que je suis mort.  Il n’a pas le droit…

 

Tout à coup il semble distrait de sa contemplation, plongé dans la mélancolie, absent.  Je crains qu’il ne m’échappe et je relance : 

 

«  Vous allez faire un tour à Cannes, dans dix jours ?

         « Peut-être, si Godard y va, je veux voir comment un ex-Nouvelle Vague devenu vieux chnoque se comporte devant la nouvelle génération de cinéastes…

« Vous avez saboté ensemble le Festival de Cannes en 68 !

 

Avec-Godard.jpg« Oui mais lui, il avait déjà fait Le MEPRIS et PIERROT LE FOU, il pouvait tout se permettre.  Moi, je suivais. Je l’admirais,   il était beaucoup plus intellectuel que moi.

Moi je faisais des petits films romantiques. Lui, il a détruit toutes les règles du cinéma.  Ce n’est pas moi qui le dis.

le-mepris.jpg

Il reste songeur. 

 

« J’aurais voulu faire Le MEPRIS. 

« Vous seriez peut-être encore avec Brigitte BARDOT ?

 

Là, il revient sur terre et éclate de son petit rire grêle.  Je suis attirée par la vue de deux jambes fines gaînées de noir perchées sur des  talons vertigineux, qui esquisse un pas de danse.  Celle-là va lui taper dans l’œil.  Je me retourne, il n’est plus là. Dommage, il a raté la plus belle cliente de MARALEX.

 

 

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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 14:58

 

 

 

Supertramp_Tour2010-1.jpg

Madison Square Gardens, New-York, 31 mai 1979.  Le public attend SUPERTRAMP dans une ambiance survoltée. Ils sont déjà chauds, très chauds … Avec BREAKFAST IN AMERICA son dernier album, le groupe  SUPERTRAMP s’est propulsé au top de tous les charts.

  Les deux leaders, Rick DAVIES et Roger HODGSON font chavirer les fouless avec leurs voix d’enfants et leur dégaine :  post-hippie pour Hodgson, petit veston pour Rick Davies.roger-young.jpg

rick-young.jpgRick a 35 ans, Roger 29.   Cheveux longs,  beaux visages allumés, ils prennent le relais des groupes mythiques des années soixante, Pink Floyd, Procol Harum et autres Beach Boys.  Sur scène, ils ont tous les talents : ils chantent et ils jouent chacun d’au moins trois instruments.

 

 

Ils sont si beaux et leur musique si planétaire qu’on ne peut pas imaginer qu’ils deviendront un jour de petits vieux derrière leurs claviers, , répétant inlassablement les mêmes sons stridents, les mêmes musiques usées et pourtant si belles qu’elles deviennent des cantates pour leurs fidèles envoùtés.  supertr

 

 

pochette.jpg Pour l’instant ils sont  déjà un peu en transes, leur manager leur rappelle  les points forts du spectacle. Ils n’écoutent pas, il se disent des petits mots incompréhensibles qui les font marrer.  Là-haut, le groupe occupe déjà le terrain et envoie les premiers accords, déchaînant l’impatience.

Je peux les retenir encore trois minutes, le temps d’une chanson.

 

« Comment voyez-vous l’avenir ?

Ils se regardent, éclatent de rire.  C’est Rick qui parle le premier.

« First, mylady, nous partons en tournée all over the world.   Jusqu’à la fin de l’année.

« Et après ?

« Après, repos ! dit Roger qui a un regard bleu pas fatigué du tout.

«  Nous allons nous arrêter un peu de bouger, dit Rick, nous achevons une tournée et repartons pour une autre, nos musiciens en ont marre d’être loin de leur famille.  On va rester un peu ici, à Los Angeles.

« Mais vous êtes anglais, ?

« Oui, bieen sûr, mais c’est ici qu’on est devenus célèbres, alors on reste là !

« Moi, dit Roger, je me verrais bien vers Nevada City, par exemple, avec mon propre studio d’enregistrement…

«  Vous vous séparez ?Both-in-the-dark.JPG

« Non ! Qui parle de rupture ?  Tout le monde en parle, c’est idiot.

Rick et moi c’est à la vie à la mort  !  Hein, Rick ? 

Ils se tapent dans la main.

« Vous aviez parié avec votre producteur que Breakfast In America serait un bide ?

Rick bondit :

« Oh, j’allais oublier …

Il  va ouvrir une mallette sur sa table de maquillage et en sort un sous-verre contenant un billet de 100 dollars.

« Je vais le lui remettre sur scène, à la fin du concert.   Il m’avait parié 100 dollars que l’album serait numéro un des ventes aux US… Il a gagné, le salaud !

Et il mit le sous-verre dans sa poche.

« Bon, il faut qu’on y aille, dit Rogers, sous pression.

« Encore une question !   Vous êtes pour une retraite anticipée, en pleine gloire, ou bien pour une carrière de vieux rockers ?

 

Ils se regardent, un peu désarçonnés.  Seront-ils d’accord ?

 

Rick-old.jpg« Je  continuerai à chanter jusqu’à ma mort, dit Rick, buté.  Je me fous d’être vieux et moche,  si les gens continuent à venir m’écouter, c’est que  Supertramp sera toujours Supertramp.

« Et vous ?

« Moi aussi… ! vous connaissez des rockers qui s’arrêtent en pleine gloire pour se regarder le nombril ?  Je serai un très joli petit vieux Supertramp !Byblos.jpg

« Et vous pourrez toujours pousser votre cri d’enfant dans Logical Song ?

« Mais oui !  La voix ne s’use pas quand on s’en sert !  Le cri Supertramp ne vieillira jamais !

« Il faut donc que vous restiez ensemble

Rick prit Roger par l’épaule

« Je resterai avec toi si tu arrêtes l’acide.  Je ne veux pas d’un camé dans le groupe. Tu sais, je ne plaisante pas.

Ils m’avaient déjà oubliée. Ils montèrent ensemble l’escalier qui menait au backstage et restèrent un moment à écouter la foule qui les appelait, avant de bondir en scène comme des jeunes félins, soulevés de terre par l’enthousiasme du public.

Il faut les avoir vus alors, dans cet absolu état de grâce, pour refuser l’idée de leur décrépitude.

Il reste un groupe bancal qui s’attribue encore les succès de Roger Hodgson   et les fait chanter par un autre...

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 15:47

 

 

 

ella-en-scene-1.jpgJuin 1993. Le jardin de la maison de Beverly Hills où Ella FITZGERALD passe le plus clair de son temps.

« I just want to smell the air, listen to the birds and hear Alice laugh » dit-elle à ses visiteurs.

Elle est dans un fauteuil roulant, les deux jambes amputées, elle est aveugle. Responsable : le diabète.  Elle a dit adieu à la scène.

Un éblouissant parcours s’achève dans la douleur et la sérénité, elle a 76 ans, elle a encore  trois ans à vivre.

 

Alice, c’est sa petite-fille, son bonheur. Ella-grosse.jpg

Alice questionne sa grand-mère :

* Omah , tell me… un jour tu étais belle ?

*  Oh, no, no, darling, je n’ai jamais été belle !  J’étais si grosse.

Mais  sur tes photos, tu as un beau visage, plus beau que celui

  de Billie Hollyday !

Ella éclate de rire.

*  Billie et moi, quand nous avons enregistré l’album ensemble,

   on s’appelait en douce « les Ugly Sisters » et ça nous faisait Ella-Fitzgerald-Billie-Holiday.jpgmarrer !

Mais,  Omah, ça  te donnait pas des complexes, sur scène ?

 

Elle se concentre.

*  C’était très dur avant de monter sur scène.  Tu sais, j’étais horriblement timide et complexée.  J’avais peur qu’ils me chassent… Et puis… « Once up there, I felt the acceptance and love from my audience ». Ma voix était plus belle que moi. Je n’avais plus peur.  Je voyais que je les rendais heureux, ils criaient, ils applaudissaient, c’était merveilleux.

 

La petite fille prend la main d’Ella.

 

« Omah, tu as été plus souvent heureuse ou malheureuse ?

*  Darling, maintenant je ne vois plus que le bonheur.  J’ai perdu comme tout le monde des êtres chers… J’ai cru que je n’y survivrais pas… Et puis Dieu m’a consolée avec des bonheurs fous !  Chanter, entrer en communion avec l’orchestre et le public… Ca n’est pas donné à tout le monde, believe me.

 

* J’ai vu une photo de Marilyn Monroe dans ta chambre… Tu l’aimais bien ?

*  Ah, Marilyn !…. Un ange du ciel, my goodness… Tu veux savoir pourquoi je l’aime ?  Dans les années 50 il y avait un nightclub hyoer branché, le MOCAMBO, et ils me snobaient.  Marilyn m’avait entendue chanter à l’APOLLO, et elle aimait ma voix.  Elle est allée trouver le directeur, et lui a dit que s’il m’engageait, elle réservait une table in front of scene tous les soirs.  Il l’a fait, et elle est venue, la superstar, avec ses amis, tous les soirs, et la presse s’’est déchaînée, on refusait du monde au MOCAMBO…  Après ça, je n’ai plus jamais, tu entends ? plus jamais chanté dans un nightclub de deuxième zone…  thanks Marilyn,  good lord.

 

Alice rêve.

«  Et l’amour, Omah ?

 

Elle éclate de son rire interminable.

 

*  Hey,  hussy, tu connais l’amour ? Moi j’ai eu le béguin pour une superstar, ton grand-père Ray Brownle grand Ray BROWN,  mais hélas, on a dû se séparer…  too much work… trop souvent éloignés… C’était en 1952, nous avons pleuré tous les deux.   On n’a jamais cessé de s’aimer. L’amour, avec lui, avait été un moment d’éternité.

 

 

 

* Tu as beaucoup chanté avec Louis          ARMSTRONG, je me demande si vous n’étiez pas un peu amoureux ? 

*  oh, Louis… mon grand copain Louis ! Il n’avait pas de sexe, comme les anges !  Il ne Ella-Fitzgerald--Louis-Armstrong.jpgvivait que pour chanter, avec sa voix cassée !…  On s’est éclatés ensemble, sur scène et en studio, mais nous n’avons jamais pu faire ça, on était trop laids, tous les deux !

Et c’est tellement mieux, dont’you think . you wicked little girl !

 

«  Comment tu faisais, pour chanter en faisant plein de petits bruits comme des instruments ?


 

Ella, les yeux refermés sur son secret, répond doucement :

« C’est que tu vois, Alice, Dieu m’a donné un corps de femme mais il a mis plein d’instruments dans ma voix, comme ça…

 

« Omah, tu as le blues, maintenant ?Ella-triste.jpg

 

Elle secoue la tête, les mains posées à plat sur ses genoux.

 

*  No, I don’t have the blues, j’ai eu une si belle existence. Ca ne pouvait pas durer toujours.

Alors, Omah, chante-moi une chanson !

 

Ella se tait un moment, puis elle lève la tête vers le ciel et commence à chanter.  Le jardin autour d’elle en frémit et les oiseaux se taisent. Sa voix est la même, intacte et pure.


Grille-jardin.jpg

 

 

 

 

 

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 20:33

 

 

 

camusLE TRIO A L’IMPERMÉABLEcolombo.jpg

Bogart.jpg

 

Trois hommes en  imperméable, debout dans le fond de la salle du Crazy Horse Saloon à Paris.  Devant eux, les spectateurs attablés se gobergent devant le show chaud des filles super gaulées.Filles


Le trio improbable se retrouve là entre deux galaxies : Humphrey BOGART, Albert CAMUS et Peter FALK sont en goguette.

 

Derrière eux, une journaliste   joue à pile ou face  celui qu’elle va prendre pour cible. 

 

A l’entracte  les trois comp ères   sortent dans le hall.  Humphrey BOGART et Albert CAMUS allument une cigarette.

Peter FALK   sort un mégot de sa poche et s’adresse aux deux autres :

« Vous auriez du feu, par hasard ? »

BOGART fait la moue.

« Colombo tu ferais mieux de te mettre au cigare, avec tous tes trophées….

Albert CAMUS tend son paquet de Gauloises à COLOMBO.

« Jette ça, c’est nocif.

COLOMBO se sert et hausse les épaules :

« Ta Gauloise elle est pas nocive ?    Un prix Nobel ça fume plus, ça chique.

CAMUS soupire : « Profitons-en, dans dix ans ce sera inter dit partout.

 

Les trois tirent une bouffée.  BOGART dégrafe sa ceinture et fait un pas en arrière, la journaliste se tient prête à l’aborder enfin mais CAMUS intervient :

 

«  Une gabardine, ça doit rester fermée,  reproche-t-il.

«  C’est pas une gabardine, c’est un trench, rétorque BOGART.

«  Ah, fait COLOMBO, et c’est quoi la différence ?

 

BOGART fait passer sa cigarette entre le pouce et l’index et fait un pas en avant.

 

« La différence, c’est que le trench a obligatoirement les pattes des poignets, les pattes d’épaules et le bavolet.

CAMUS s’insurge.burberry.jpg

«  Ah, mais la gabardine aussi !  Moi, je porte une gabardine.  Tu vois bien que j’ai les pattes des poignets, les pattes d’épaules et le bavolet.   Sauf que moi, c’est une BURBERRY’S.

 

 

BOGART jette sa cigarette par terre et l’écrase du pied.

« CAMUS, tu es snob.  C’est l’air de Paris qui fait ça.  Moi, mon trench je l’ai acheté chez ABERCOMBIE quand j’ai reçu mon Oscar du Meilleur Acteur, en 1951.  Tu le trouves démodé ?  Abercombie.jpg

CAMUS l’inspecte et hoche la tête.

« Non, pas vraiment, mais tu mets trop les mains dans tes poches, ça les déforme.

 

COLOMBO éteint sa cigarette à demi consumée et la met dans sa poche.

« Et moi, à votre avis, mon imper, c’est une gabardine ou un trench ?

 

BOGART et CAMUS le considèrent du haut en bas avec  dédain.

« Pas de ceinture, pas de pattes, pas de bavolet, trop court et une  odeur de commissariat… C’est pas du BURBERRYS ni du ABERCOMBIE, ni même du GALLIANO !

CAMUS renchérit :

« Avec tes trois milliards de téléspectateurs tous pays confondus, tu aurais pu t’offrir un vêtement  à la hauteur...

« C’est ma femme qui m’a offert mon imper, et je le porterai pour l’éte rnité.

 

La sonnette de reprise du spectacle retentit et les spectateurs autour d’eux se pressent pour rentrer dans la salle.

Les trois hommes restent en arrière et hésitent à entrer.  La journaliste se jette sur BOGART qui la repousse distraitement  pour lancer aux deux autres :

« Elles sont pas mal, ces filles, mais je préfèrais Lauren BACALL ; 

CAMUS :

« Et moi  Maria CASARES.imper.jpg

COLOMBO :

« Comme d’hab, moi j’ai eu droit qu’à des actrices de complément.

BOGART et CAMUS ensemble :

« C’est à cause de l’imper ! 

Ils  s’esclaffent  et vont reprendre leur place au fond de la salle.

La journaliste reste en plan, son interview est à l’eau à c ause  de cette histoire d’imperméable. 

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 17:41

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Robert_Mitchum.jpgJanvier 1954. Otto PREMINGER  tourne la dernière scène de RIVIERE SANS RETOUR.  C’est le moment crucial où Matt (Robert MITCHUM)  va à la rencontre de Harry  Rory CALHOUN)  pour s’expliquer. 


Rory CalhounKay (Marilyn MONROE) et le  petit  Mark, le fils de Matt ont tenté en vain de le calmer mais Harry a décroché son fusil et semble  bien décidé à tuer Matt.

Les deux hommes marchent l’un vers l’autre, dans le petit jour, le long de la rive, devant la maison de Harry. 

Robert MITCHUM marche, désarmé,  de son pas élastique il glisse sur le sol avec sa nonchalance légendaire.  Son visage affiche la même tranquillité  teintée d’ironie que l’on retrouve dans tous ses  rôles.  Il crève l’écran.  Face à lui, Rory CALHOUN qui est un sacré beau gosse, n’existe pas. 

A cinquante mètres de Matt, Harry  s’arrête et met en joue, puis s’écroule avant d’avoir tiré.   Derrière lui le petit Mark  l’a devancé d’une balle dans le dos, sauvant la vie de son père.   Fin de la séquence.

 

 

Robert MITCHUM  sort une flasque de son blouson, dont il boit une gorgée.  Puis il va s’asseoir dans le fauteuil marqué à son nom, près de la caravane des accessoiristes.  Marilyn MONROE est prise en mains par son habilleuse et va s’enfermer dans sa caravane.

La jeune  journaliste s’approche de MITCHUM qui a allumé une cigarette et qui se détend,  jambes allongées, le chapeau rabattu sur les yeux.

 

Mr. Mitchum, j’ai droit à combien de questions ?

Une question idiote et dix questions intelligentes.

Je commence  donc par la question idiote : vous vous entendez bien avec Marilyn Monroe ?

Il relève le bord de son chapeau et regarde la jeune fille.


*  Question de journaliste à scandale. Vous attendez que je vous dise combien de fois je l’ai sautée ?  Je ne répond pas à cette question.   Miss Monroe est mariée à un joueur de base-ball et je ne prends aucun risque.  Question suivante ?

Vous finissez bien le film dans les bras l’un de l’autre ?

*  Don’t bother me with this. Next question !

Avez-vous des projets, après ce film ?

Il sort à nouveau sa flasque de whisky et en vide un trait au goulot. Puis il rabat son chapeau sur ses yeux tout en marmonnant :

 

*  Cette fille est une gourde.  (Fort :) Question idiote. Si je n’avais pas de projets, je serais mort. Donc, oui, j’ai des projets. L’année prochaine je vais tourner mon plus beau rôle dans LA NUIT DU CHASSEUR de Charles LAUGHTON. Un film qui restera dans les mémoires, I can tell you.  Next ?

Est-ce qu’il y a un rôle que vous auriez aimé jouer, dans un film récent ?

 

 

Il se redresse et soulève son chapeau.

*  Ah !  Enfin !  Voilà une question intelligente, honey.   Let me see :  oui, bien sûr, j’étais vert de jalousie quand j’ai vu ce crétin de Humphrey BOGART dans

LE GRAND SOMMEIL.   Ce rôle sublime du Privé mythique, Philip Marlowe, joué par un nabot ! Et avec quelle partenaire !   Mon idéal féminin… ne me parlez pas de cette petite saucisse de Monroe, à côté de la grande, l’immense Lauren Bacall !Le-gd-sommeil.jpg

 

Il se carre dans son fauteuil :

*  Listen to me, my girl, one day I will BE Philip Marlowe.  I will play the part. Et vous verrez que mon GRAND SOMMEIL plongera dans l’oubli celui de Bogart.

Comment vous définissez-vous en tant qu’acteur ?

*  Flegmatique, instinctif, cynique.

*Et en tant qu’homme ?

*   Cynique, instinctif, flegmatique.

Vous êtes satisfait de vous-même ?Chapeau

* Assez, oui.

Vous avez bien une face cachée, comme la Lune ?

Ah ah.  Jekyll and Hyde…  Mon côté fleur bleue… Je chante.  Des ballades très douces, des calypsos…   Avec mon ukulélé, je me transforme en crooner. Voilà. J’ai envie d’enregistrer un disque.

*   Qu’est-ce qui vous énerve ?

Qu’on me prenne pour le symbole du cinéma hoollywoodien.  Un jour vous verrez, on tournera un film qui s’intitulera « ROBERT MITCHUM EST MORT »…

*   Pourquoi on ferait ça ?

 

*  Pour montrer aux gens que le western américain est foutu, ringard, has been.  Et c’est moi qui porterai le chapeau.

 

Un peu plus loin, la porte de la caravane de Marilyn s’ouvre et la star en descend, drapée dans un peignoir rose.  Elle vient vers Robert MITCHUM, de son pas chaloupé,  un manuscrit à la main, et lui lance :

*  Hey Bob, I have some little things to show you in the script !avec marilyn

*  What sort of things ?

*  Well… you should be a litlle more tender with me, you know ?

Il ne bouge pas d’un millimètre, son chapeau toujours enfoncé sur les yeux.

*   Otto Preminger didn’t tell me that.  I play just like he wants me to play.  OK ?

 

Marilyn s’approche de lui et lui enlève son chapeau, qu’elle envoie faire un vol plané jusqu’à la rivière.

 

La jeune journaliste ramasse ses affaires et vide les lieux prestement.

Elle n’aura pas le fin mot de l’histoire :  love affair ou non  ?

 

             

 

 

 

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 20:07

-vanessa-paradis-jpg.jpg


 

 

« J’ en ai marre… Je vais sauter.  J’ose pas regarder en bas.  Oh mon dieu c’est très loin, en bas… Ca brille… J’ai froid, je grelotte… Bon, je ferme les yeux et je saute. A trois… non, à cinq… oh putain j’ai la trouille… Mais j’en ai trop marre, ça suffit cette vie de galère… Un… deux… »le-PONT.jpg

Sur les derniers mots de son soliloque, la caméra la quitte pour cadrer la silhouette d’un homme qui s’est approché et qui l’observe en fumant une cigarette.

 

- Vous avez l’air d’une fille qui va faire une connerie.

- Non non, merci, ça va.

-  Vous avez l’air désespérée…

-  Pensez-vous.

-  Alors vous jouez à quoi ?  A pile ou face ? Vous voulez épater qui ?sur-le-pont.jpg

- J’ai jamais épaté personne, c’est pas aujourd’hui que je vais commencer…

-  Alors qu’est-ce que vous attendez ?

-  Il me manque juste un petit peu de cran parce qu’ai peur qu’elle soit glacée…

- Ben évidemment, qu’elle est glacée ! Qu’est-ce que vous croyez ? Qu’ils la chauffent ?

 

« Coupez i »

 

Le décor est brusquement plongé dans le noir.  Vanessa enjambe le parapet factice et allume une cigarette.  Elle grelotte vraiment, c’est vrai que ça caille sur le pont Bir-Hakeim.  Pendant que les techniciens s’affairent autour Du réalisateur  Patrice LECONTE, je m’approche de Vanessa.

« Vous allez vraiment sauter ?

-  Tout à l’heure, oui.  Mais pas du haut du pont… N’empêche, j’aimerais bien qu’il n’y ait qu’une prise !

 

-  C’est un rôle à risque, on dirait ! Après la noyade, vous allez être la cible d’un lancer de couteaux !

Elle rit.  Son rire, comme sa voix, est une grappe de groseilles acides.

- Oui, mais je l’adore.  Le rôle, je veux dire.  Cette scène du pont, je l’ai vraiment vécue, j’ai vraiment voulu me suicider au début.

- Au début de quoi ?

-  A mes débuts, dans la chanson.  Les gens ne m’ont pas fait de cadeau… j’en ai bavé des ronds de chapeaux, je me suis fait  traiter de pute…

-  Mais pourquoi ? 

-  Monter sur scène trop jeune, ça fait mauvais genre, vous comprenez. 

 

Sur le pont, le vent souffle par rafales.  Elle relève le col de son manteau.

- Ca n’a pas duré longtemps… Après votre trophée aux Victoires de la Musique en 1990, Gainsbourg vous a offert ses derniers couplets…juste avant de disparaître.

-  Oui, pour mon 2ème album Variation sur le même t’aime.  Il m’a porté bonheur, Serge.  C’était un ami de Jean-Paul GOUDE, et c’est comme ça que je suis devenue COCO !

-  L’oiseau en cage de CHANEL…coco_chanel_vanessa_paradis.jpg

-  Oh, c’était beau, ce film, j’ai adoré tourner cette pub, l’ambiance était géniale,

-  Vous voyez, heureusement que vous n’avez pas sauté…

Elle rit en grelottant.   Un peu plus loin, AUTEUIL plaisante avec Patrice LECONTE, on sent que là aussi, l’ambiance est bonne. Mais l’œil du réalisateur ne la quitte pas. La scène suivante est bientôt en place.

-  Vous êtes plus heureuse sur scène ou sur un plateau de cinéma ?

-  Tourner avec Patrice est aussi emballant que chanter au Zénith, sauf qP.-Leconte-copie-1.jpgue c’est beaucoup plus cool !!!  C’est pas pareil, pas du tout. On peut pas comparer. Avant de monter sur scène je pète de trouille, avec Patrice je n’ai jamais peur, j’ai confiance.

- C’est votre second film avec lui ?

-  Oui et je repart pour le suivant, quand il veut !

- Ca va vous  coûter, de vous couper les cheveux très court comme il le demande  ?

- Un peu…  Mais le rôle en vaut la peine.

 

 

 

  -  Quelle est votre actrice préférée, votre modèle ?

-  Marilyn MONROE. C’est elle qui m’a donné envie de faire du cinéma.  Et puis Jeanne MOREAU.  J’adorerais chanter avec elle.

Où aimerez-vous vivre, plus tard ? 

-  Dans plein d’endroits, à Los Angeles avec Johnny, à Paris, et aussi en Provence, bien cachée…

- Quel est votre rêve de bonheur ?

-  Me marier avec Johnny et avoir deux enfants, une fille et un garçon.

.-   Vous avez piqué Johnny DEPP à Kate MOSS et apparemment ça lui réussit, il n’est plus interdit de séjour dans les hôtels…vec-Johnny-Depp.jpg

-  Je l’ai pas piqué à Kate MOSS, c’est elle qui l’a quitté pour un rocker.  Johnny et moi c’est LA rencontre d’une vie.

- Alors,vous devez rêver de tourner ensemble ?

-  Oui… Comme il a d’abord été mon amant américain,  on aimerait tourner l’histoire de l’amant américain de Simone de Beauvoir…

-  Tiens donc… et vous joueriez qui, à-dedans ?

-  Ben, Simone de Beauvoir !

-  Non.

-  Si si !  Je peux me transformer, vous savez !

 

Elle se précipite sur Patrice LECONTE  :

« Dis-lui, toi, que je peux avoir l’air d’une prof de philo, si je veux !

 

Patrice la retient alors qu’elle revenait vers moi :

«  Non, tu restes là.  On va tourner la scène du plongeon. Dis au revoir à la dame.

 

Alors la voilà qui  devient soudain très calme, très grave. Elle regarde le décor où doit se tourner la scène du plongeon, on la sent un peu tendue.

Elle ne grelotte plus.  Elle ne me voit plus.  Elle est ADÈLE, qui va noyer sa peine dans les eaux de la Seine.

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 16:59

 

 

Liz TaylorLa salle de projection de la propriété de Liz TAYLOR à Beverly Hills. C’est la nuit.  Richard BURTON et Liz TAYLOR sont assis dans les profonds fauteuils face à l’écran géant où la NBC  retransmet « QUI A PEUR DE VIRGINIA WOOLF ».

A leurs pieds, deux verres et une bouteille de scotch.Woolf


 

-  Tu avais vraiment un rire hystérique.

- Forcément, je jouais une hystérique.

-  Tu en fais des tonnes, on sent les cours de l’Actor’s Studio, c’est  surfait, surjoué, inécoutable  !

-  Et regarde-toi donc : un pantin articulé qui pue l’alcool !  Ton rire est encore plus artificiel que le mien !  Tu joues faux, archi-faux !

- Cette pièce est écrite par un fou furieux, pour des acteurs déglingués.


On n’aurait jamais dû tourner ça.

-  MiKe Nichols est un BIG, very BIG director.

-  Ah oui, ton Mike NICHOLS.  Tu te l’es fait sans hésiter, et sous mon nez, encore !  Tu étais une pute à l’époque.

-  You bloody monster, tu confonds avec ZEFFIRELLI.

- Enfin, on voit bien dans ce film que tu me détestais déjà.

-  Tu n’y connais rien.  Je t’aimais plus que tout.  C’est l’année où je t’ai aimé le plus.

-  Oh non, l’année où tu m’as le plus aimé est 1972, quand tu as eu 40 ans et que tu as compris que tu n’étais plus qu’une fucky  old  bitch.

-  Fuck you sale menteur  ! Je n’ai jamais été aussi belle qu’à 40 ans !  Et d’ailleurs, tu étais fou amoureux,  regarde !

 

Elle lui brandit sous le nez sa main droite où étincelle un diamant de 68 carats.

 

-  Tiens, tu le portes encore, même morte ?

-  Oui, les bijoux are a girl’s best friends.

-  Bon on peut couper cette connerie où on est grotesques ?

 

Elle coupe le son et ils se dirigent vers le bar avec leurs verres. BURTON les remplit de scotch. Ils trinquent  et boivent chacun leur verre cul sec.  Elle lui caresse la joue.

 

- ¨Pourquoi tu es parti si vite ?

-  Dis-donc, tu m’avais quitté  la première pour épouser ton sénateur WARNER.

-  Mais après lui, tu as refusé de m’épouser une troisième fois.Burton.jpg

-  Entretemps, tu t’étais  envoyé la moitié des stuios de Hollywood.

-  Il y en a deux que j’ai aimés sans espoir…

-  Tiens ! Tu n’étais pas irrésistible ?

-  Pas pour Montgomery CLIFT, pas pour Michael JACKSON…

-  Le premier n’aimait que les mecs,  pour le second tu aurais pu être sa grand-mère !

-   Merci.  Dis-moi, avec le recul,  parmi les films que nous avons tourné ensemble, quel est celui que tu préfères ?

- Tu as d’autres bouteilles, quelque part ?

-   Don’t worry.   Finissons d’abord celle-ci.

 

Il remplit les deux verres qu’ils boivent à nouveau cul sec.

 

- Qu’est-ce qu’on a pu descendre, à nous deux, hein ?  (ils éclatent de rire et s’enlacent tendrement)     Alors, ton film préféré ?

cleopatre.jpg-  Let me see.., je crois bien que c’est CLEOPATRE.  C’était des personnages fascinants. Je me sentais impérial en Marc-Antoine, je me sentais dans sa peau, vraiment réincarné… Nous étions les rois du monde.  C’était un film immense, géant, magnifique.

-  Mais surtout, c’est dans ce film que nous nous sommes tombés dans les bras !..  Souviens-toi, nous étions tous les deux mariés et la presse criait au scandale !  Mankievicz a dû faire courir le bruit qu’il était amoureux de toi !

. Le problème c’est que tu  étais tout le temps  malade !  Le tournage n’arrêtait pas d’être interrompu.  On n’en voyait pas la fin.

-  J’ai  gagné une fortune pour ce rôle :  un million de dollars et 10%  des recettes…

-  Ces années-là tu étais l’actrice la mieux payée du monde.

- J’ai tout donné à ma Fondation pour le SIDA.

-  Et aux marchands d’alcool.

-  Tu m’aidais bien pour ça.  Tiens, sous le bar, tu vas trouver une caisse de scotch.

 

 BURTON débouche une nouvelle bouteille.  Ils se servent chacun un verre, qui sera suivi de beaucoup d’autres, entrecoupés de rires et d’injures.

 

Derrière eux, sur l’écran,  Martha et Georges continuent leur jeu de massacre sous les yeux du jeune couple qui va bientôt les imiter.

 

-  Tu es  encore belle, malgré tes kilos…  Tu devrais maigrir.

-  Il faudrait que j’arrête de boire.

- Ne change rien. Nous sommes deux alcooliques et c’est comme ça qu’on s’aime.

-  Tu sais, ce que je crois ?

- Non, my love.

-   Si nous nous sommes tant chamaillés, c’est à force de tourner des scènes de ménage. Ca nous a fait du mal, finalement.  Parce qu’au fond, tu étais l’homme de ma vie.baisers.jpg

 

Il pose son verre, la prend dans ses bras et l’embrasse fougueusement.   

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 19:10

S

 

 

chemise blanche 

23 février 2011.  Le studio de Radio Classique où Gilles VERLANT, le biographe de Serge GAINSBOURG, est l’invité en direct de Olivier BELLAMY.

Assis dans l’ombre, Serge écoute ça sans piper.    On le sent très malheureux de ne pas pouvoir fumer.  Il porte un costume noir sur une chemine blanche ouverte et il est chaussé de ses éternelles  cycliste Repetto.  Il  a de belles mains fines de pianiste.

 

-  C’est vrai, tout ce qu’il raconte  sur vous, ce biographe ?

-  Affirmatif.  Son livre fait de moi un héros, mais c’est un peu tard.

- Il paraît que vous lui avez accordé plus d’une centaine d’heures d’interview.

  Vous prépariez votre postérité, en somme ?

-  Postérité je m’en tape  je le recevais sur sa demande, vu ?  Il m’a harcelé pendant des années.  C’est tout bénef pour lui, aujourd’hui  il est che-ri, VERLANT ( il rit tout seul du bon mot)

-  Et ce film, GAINSBOURG vie héroïque, vous l’avez vu ?Affiche.jpg

-  Of course. 

-  Et alors ? votre impression ?

-   Un :  le sous-titre est ridicule, à moins de le prendre au  51ème degré, comme le  Pastis.  Deux :  je ne savais pas que j’avais un jumeau aussi vilain que moi.  Avoir déniché ce mec-là,  Eric ELMOSNINO, c’est fortiche.   Trois : pour ce qui est des nanas…  les pauvres.   Passons.  La CASTA  s’en sort  pas mal mais à côté de BARDOT c’est une poupée gonflable.  Cela dit, je l’aurais connue à l’époque, j’aurais bien fait un duo de musique de chambre avec elle.

 

- Avec quel artiste aimeriez-vous qu’on vous compare ?

-  Avec Boris VIAN.  Si vous prononcez le nom de Léo FERRE, je me barre.

-  Qu’avez-vous de commun avec Boris VIAN ?

- On nous a craché dessus, faute de cracher sur nos tombes.

-  Poètes maudits ?

-  Maudits mais pas marginaux, attention !  Moi en tout cas, j’aimais le luxe et je ne me privais de rien.  

-  Vous avez souffert de votre célébrité ?

 

Il éclate de rire.

 

-  Ah ! Elle est bien bonne.  Je suis célèbre depuis le 2 mars 1991,  jour où j’ai cassé ma pipe. 

-  Enfin quand même !  Vos chansons pour GRÉCO, François HARDY, France GALL   Jane BIRKIN, Catherine DENEUVE…ont été des tubes !

-  Pour  les chanteuses, pas pour  les chansons.

-   Vous avez un tableau de chasse impressionnant. Pour un homme qui se dit laid !

-  J’ai ma botte secrète, vous savez. (sourire en coin)

- Votre favorite ?  BARDOT ou BIRKIN ?

 -  Domaine privé. No comment.Avec-BB.jpg

 

 

On entend à ce moment-là le 1er mouvement de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvoràk.

Serge chantonne « INITIALS B.B »

-  Une œuvre magistrale !

-  Elle le valait bien…

-  Vous avez été un grand prédateur de musiques classiques, non  ?

-   J’aime la grande musique.  Moi je fais de la petite musique.

 De la musiquette.  Un art mineur.  Donc, j’emprunte.

-  Vous empruntez aussi aux poètes, comme Verlaine,  pour « JE SUIS VENU TE DIRE QUE JE M’EN VAIS… Etes-vous tellement à court d’inspiration ?

-  Pour dire la souffrance,  me sens très en-dessous.  J’ai besoin qu’on me souffle les mots.  Je suis  minable.

-  Quelqu’un a dit « le plus grand signe d’orgueil c’est de se mépriser soi-même ».  Pourquoi, à votre avis, le public vous a-t-il   porté aux nues ?

- Parce que… (il susurre) j’étais très porté sur  les nues !… Non, parce que  j’étais alcoolique, provocateur, érotomane.   Ma chanson « JE T’AIME, MOI NON PLUS » m’a fait faire un bond au hit parade.  Là, j’ai fait fort : faire un scandale avec un prélude de CHOPIN !   (il se marre).

-  Il ne s’agissait donc pas de talent ?

-   Pas de talent musical, en tout cas. 


-  Avez-vous gagné beaucoup d’argent ?

- Pas mal.  Mais le fisc prenait tout. Quand j’ai brûlé ce billet de 500 francs à la télé, en 1984, c’était pour dénoncer le racket fiscal.

 

Il écoute le morceau suivant : le 4ème mouvement de la sonate pour piano N°1 de Beethoven.  Il chantonne «  Je suis une poupée de cire, poupée de son… »

je le regarde.  Même assis de guingois sur sa chaise, il  impressionne par son élégance naturelle.   Une élégance que l’on retrouve dans tous ses textes, même les plus grivois. Son visage  creusé au regard mélancolique est  celui d’un homme revenu de tout.  Il est finalement très séduisant.

 

-  Vous avez dit une phrase  historique : « Le grand avantage de la laideur, c’est qu’elle dure. »  Et bien, je ne suis pas d’accord.

- Ah non ?

-  Non, quand je vous regarde, je vous trouve beaucoup plus beau qu’à vingt ans.

 

Il a un sourire tordu pour masquer sa joie.  Au fond, il n’est pas si désabusé que ça.  A l’antenne, Olivier BELLAMY et Gilles VERLANT  n’en finissent pas de chanter ses louanges.

 

Il pousse un soupir et se lève brusquement.

 

 Cigarette-  J’en peux plus, j’ai besoin d’une cigarette.  Et d’un 102.  Je vais voir où je peux trouver ça.

 


Il sort du studio sur la pointe des pieds.  J'ai attendu le temps d'une cigarette.

Mais il n'est pas revenu.

 

 

 

 

 

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

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- Les bals de Douvres

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