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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 12:11
Molière, le retour ?
Ceux qui ont eu la chance de voir Isabelle Huppert dans la pièce de Yasmina Reza LE DIEU DU CARNAGE, s’en souviennent encore.
Voilà comment d’un fait divers mineur, vraiment anodin,  et pas du tout traumatisant, on fait une pièce qui va au bout de l’exploration de l’âme humaine, ce qui pourrait être affligeant, mais qui nous fait rire d’un bout à l’autre avec jubilation.
Quatre personnages, pas plus, l’affrontement de deux couples qui commence dans les civilités et qui finit dans le carnage. 
La progression de la haine se fait très lentement, à coups de petites phrases qui en entraînent d’autre, et chaque personnage est dessiné comme une caricature de Daumier, à traits épais.
Mais Isabelle Huppert est la plus étonnante.  On la voit susurrer des mondanités en offrant des amuse-gueule,
on la voit lâcher quelques énormités avec distinction on la voit perdre peu à peu  sa retenue  puis balancer un plateau à la figure de son invitée.  Elle est juste partout.  Ca doit être que chez elle il y a tout ça à la fois ?.
En face d’elle, sur scène, il faut se tenir à carreau, il faut être à la hauteur !   Et bien ses partenaires sont parfaits.  L’invitée est inénarrable de drôlerie.  Au début, en la voyant arrivée, toute coincée, on ne s’attendrait pas à ce qu’elle va nous servir, au fil de la pièce,  comme  grossièretés.
Les dialogues de Yasmina Reza sont très forts.   Pas une facilité, pas une vulgarité.  Des mots de tous les jours,  et pourtant un texte qui restera comme une étude anthropologique de l’homo sapiens qui va très loin..
Ca vous fait penser à quelqu’un ?   A Molière, bien sûr.

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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 11:27

Un autre grand souvenir de théâtre, c’est la pièce que j’ai jouée avec FERNANDEL.
C’était une comédie écrite par Robert THOMAS qui se passait dans le milieu du cirque, avec une histoire de crime pour donner du piment, et un  rôle en or pour le grand acteur, celui d’un clown accusé de meurtre.
Je jouais une jeune intrigante américaine qui tentait de le séduire pour noyer le poisson, car c’était elle la meurtrière.
La création eut lieu le 10 décembre 1968 au Théâtre des Variétés, et Robert Thomas assura la mise en scène.
Bon, je ne vous parlerai pas de l’accueil du public parisien qui fut tiède, rien à voir avec celui reçu dans les villes de province lors de la tournée, chaque fois triomphal.  FERNANDEL était vraiment adoré des Français.
Je veux surtout vous donner une idée de l’ambiance de la troupe, avec de petites anecdotes rigolotes.
Mais là, j’ai plus la place, donc à lundi pour apprendre comment une jeune comédienne affronte  un baiser prolongé avec le séducteur aux dents de cheval…

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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 11:23
ART   de Yasmina Reza  1994)

MARC
Serge, tu n’as pas acheté ce tableau deux cent mille francs ?
SERGE
Mais mon vieux, c’est le prix !  C’est un Antrios !
MARC
Tu n’as pas acheté ce tableau deux cent mille francs !
SERGE
J’étais sûr que tu passerais à côté.

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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 11:15

VU DU PONT  (Arthur Miller)

La pièce a fait un tabac lors de sa création à Paris, avec Raf Vallone dans le rôle principal.
La mise en scène était de Peter Brook, je crois même que c’était sa première mise en scène en France, c’était en 1958 au Théâtre Antoine.
La presse fut unanime.  Je prends une critique au hasard, celle de Robert Kemp dans Le Monde :

        « Une pièce qui nous met KO.
        Je prédis un long succès.  La pièce porte, elle a la taille et l’élan
        d’un bélier.Elle bouscule l’indifférence, elle bouscule l’esprit.
        Ce n’est pas une pièce fine, de psychologie souple et ténue.
        Sa brutalité rappelle le ring. 
        Et puis, quant à l’originalité d’un sujet, nous en reparlerons un
        autre jour, à la naissance d’une autre œuvre.
        Seulement, la main qui l’a pétrie est une main virile et résolue,
        une main qui se crispe en poing.  Et voilà, elle nous met KO.
        Arthur Miller, sans y songer, commence à la façon d’Euripide :
        un large monsieur en pardessus beige s’avance :  « Je suis Alfieri
        l’avocat.  J’ai assisté à l’affaire et connu le bonhomme.  Il est
        ceci, cela, et vous allez voir ! »
        Ma foi tant pis, va pour Euriipide, qui animait  les sujets les plus
        sanglants.   Celui-ci le sera. »
        (Le Monde)

Drôle de prose.  Et drôle de critique.  Pas un mot pour Vallone, qui le méritait.
D’autres critiques l’ont encensé.  
Pourrait-on dire que c’est une bonne critique ?  Il ne s’est pas mouillé.


Le rideau tombe sur la première semaine de mon blog.  Je vous retrouve
dès lundi pour de nouvelles aventures de ROSE et de Miss COMEDIE...
Bonne fin de semaine, chers spectateurs !

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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 13:11

LA CHANTEUSE DE BLUES ENTRE EN SCÈNE À NOUVEAU


YANN
Cette beauté va nous porter chance, tu verras.
CHRIS
Avant de commencer, je voudrais savoir... Donc, nous pouvons nous rencontrer ici un soir sur deux...
YANN
Oui, puisque tu es pris toute la journée et que ta femme a du mal à se passer de toi tous les soirs.
 CHRIS
Il faut la comprendre... Elle s’occupe du bébé toute seule, elle ne voit personne.  Le soir, elle est heureuse de me retrouver, de me parler...
YANN
Bien sûr, je comprends... Mais ta carrière  ?  Elle y pense, à ta carrière ?  Ca demande des sacrifices, pour un scénariste comme pour un marin pêcheur...
CHRIS, baissant la tête
Oui.
YANN
Nous avons toi et moi une chance incroyable de nous être rencontrés.  Tu es ma chance et je suis ta chance. Alors, allons-y à fond !  Non ?
CHRIS
Oui, oui, tu as raison. Un soir sur deux, tu peux compter sur moi.
YANN
Cette femme, quand elle va revenir chanter, regarde-la bien.  Essaie d’imaginer une histoire autour d’elle. Tu verras, c’est facile : elle est fascinante.
Moi, j’ai déjà des images qui tournent dans ma tête... C’est vague... Je ne me souviens plus très bien de son regard... A-t-elle un regard ? 



A ce moment entre le groupe de musiciens et ROSE.  Ils vont se replacer sur l’estrade, et après un rapide coup d’oeil sur les deux clients et quelques mots échangés à voix basse, ils attaquent un morceau assez enlevé pour lequel ROSE reste un long moment appuyée au piano sans chanter, esquissant à peine le rythme d’un mouvement des hanches.
Puis  le rythme s’alanguit et le blues revient, la jeune femme s’avance le micro à la main, l’approche de sa bouche et commence à chanter doucement.

(vous imaginez Vanessa Paradis ? Ca pourrait
être elle.)

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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 13:08
Oui à la sortie de TARTUFFE j’étais pressée de rentrer  chez moi pour relire la pièce.
On oublie à quel point Molière avait du génie.  Il a balayé le champ entier de la faiblesse humaine. Il est descendu au plus profond de l’abîme de nos vices cachés. Rien ne lui a échappé. Et il nous a tendu le miroir, pour que l’on puisse en rire jusqu’à la fin des temps.
Avec tendresse, il a mené ses personnages jusqu’au bout de la déchéance sans jamais moraliser.
A travers ses vocables et ses tournures aujourd’hui disparus, nous comprenons tout et nous rions aux larmes.
   
 Il a su trouver les ressorts éternels du rire.   Le rire peut-il se démoder ?  De certaines pièces on dit « elle date
On ne rit plus trop des finesses de Guitry, encore moins de celles de Barillet et Grédy, plus du tout de celles de Marcel Achard, mais Molière ! Toujours aussi bidonnant.
En y réfléchissant, et toujours après avoir revu ou relu Molière, on se dit que c’est navrant.
Quoi, il n’y aurait plus d’auteur comique vivant ou mort, comparable à Molière ?  

J’entends d’ici la horde des défenseur des Pinter, Saunders, Beckett, Ionesco, Obaldia et même Tchékov,
Oscar Wilde, et j’en oublie plein.
Et je rajoute Yasmina Reza, que je tiens pour notre nouveau Molière avec deux pièces qui sont des sommets de comédie , une allégresse : ART et LE DIEU DU CARNAGE.
Oui, mais Molière…..

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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 13:04
Les matinées classiques sont le cauchemar du comédien.  Il n’y a pas de public plus terrifiant que les enfants des écoles.
Une fois à Aubervilliers, nous jouions dans la salle des Fêtes devant une centaine d’ élèves de 6ème de la communale.  Au moment de commencer, impossible de les faire taire. Les profs étaient impuissants.
Nous avons joué les trois premières scènes dans le chahut.
Quand ce fut mon tour d’ entrer en scène  en riant, comme d’habitude,  tout de suite j’ai reçu le premier boulon sur le bas de ma robe.
J’ai ignoré, comme il se doit.  Mais un deuxième boulon a atterri sur le dos de Géronte qui a fait un bond en avant.
Là, mon rire n’arrivait pas à couvrir ceux de ces  chenapans en délire. Il pleut des boulons sur le plateau.
J’ai arrêté de rire.  Scapin a déboulé sur le devant de la scène. Il a frappé quelques coups sur le plancher avec le brigadier de service et dans le silence relatif qui a suivi, il a parlé.
« La troupe arrête de jouer.  Nous reprendrons le spectacle lorsque l’ordre et le silence seront revenus. »
Il les a regardés bien en face, alors qu’ils applaudissaient et sifflaient en chœur.
Puis il a tourné les talons et le rideau est tombé.
Nous n’avons pas repris le spectacle, car les profs ont fait sortir les élèves, comprenant bien qu’ils ne pourraient rien en tirer ce jour-là.

Cette mise en bouche théâtrale ne m’a pas découragée, bien au contraire. J’ai joué beaucoup de pièces par la suite, mais celle-ci est restée gravée dans ma mémoire avec la précision d’un coeur gravé dans l’écorce d’un arbre.

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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 13:00
ON PASSE DANS HUIT JOURS  (Sacha Guitry)

L’auteur
Ah ! Si vous n’étiez pas une femme !
L’actrice
Ah ! Si seulement vous étiez un homme !

(désormais je vais éviter les citations de Guitry, vous êtes d'accord ?)

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 16:46

Je fais une petite parenthèse avant de vous balancer la Scène 3, juste pour vous dire que
j'aifait un découpage de scène spécialement pour le blog, avec des scènes plus courtes
car celles qui étaient prévues pour être jouées étaient beaucoup plus longues, évidemment.
Je ne voulais pas lasser le lecteur qui est très pris par le temps, comme chacun sait.
Si vous trouvez les scènes trop courtes, n'hésitez pas à m'en faire la remarque dans vos
commentaires...
Vous avez éteint vos portables ?  Voici la Scène 3.




Le barman apporte le verre de scotch du jeune homme et pose une deuxième assiette d’olives.

YANN, rêveur
Autour de quoi elle tourne... Il faut que tu m’aides... Une femme très belle, mais surtout très classe, une classe étonnante, un port de reine... Qui chante dans un bar de sixième catégorie... Décalée... En parfait décalage...

CHRIS
Tu veux que l’action se passe de nos jours ?

YANN
Oui, absolument. De nos jours. Ou dans les années quarante.  C’est presque de nos jours.


CHRIS
Tu veux tourner à Paris ?

YANN
Pas spécialement.  Mais dans une capitale.  Une grande ville, où il y ait un brassage de gens, l’ambiance de la rue, le côtoiement du luxe et de la misère...     En France ou ailleurs, Amsterdam... Londres...

CHRIS
Mais tu m’avais parlé d’une comédie...

YANN
Depuis que j’ai vu cette femme, je n’ai plus envie de comédie.  Je me sens inspiré par une histoire plus sombre, plus ouverte sur des notions de hasard, de fatalité, tu vois...

Le jeune homme a ouvert un porte-document et il en sort un cahier qu’il ouvre et sur lequel il commence à prendre des notes.

CHRIS
Ca me plait.  Ca me plait mieux que ta comédie.

YANN
Ah, tu vois ?  C’est bien, ça.  On va travailler ce sujet-là, tu vas voir, on va écrire une très belle histoire.

Ils éclatent de rire et boivent ensemble une gorgée de whisky.
(à suivre)

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 16:40
Le TARTUFFE qui s’est joué à la rentrée  à l’Odéon Théâtre de l’Europe est une production du Théâtre National de Strasbourg.
Stéphane Braunschweg, qui en est le Directeur, l’a créée en Avril dernier avec les comédiens de sa troupe.
Ici, dans ce cadre mythique, elle prend une dimension de « grand » spectacle.  Non, pas de grand spectacle, au  sens de grandiose, car , elle est montée avec une grande sobriété de décor et de costumes, la mise en scène est nette, précise et sans effets inutiles.
Simplement,  le texte admirable de Molière est magnifiquement interprété par des acteurs à la technique irréprochable.  Ils parlent la langue de tous les jours, en alexandrins.
Tout est réglé au petit poil.  Pas un flou, pas un doute sur la façon d’envoyer sa réplique.
Dire qu’ils sont habités serait un peu niais, car comment ne pas habiter un texte pareil ?
D’ailleurs, chaque soir, je dis bien chaque soir, Stéphane Braunschweg les attend à la sortie du plateau, les réunit au bar et leur fait un petit débriefing .  Chacun en prend pour son grade.  Il assiste à chaque   représentation et il voit tout.
C’est comme ça qu’on fait les « grands » spectacles.  C’est du béton. Ca ne bouge pas d’un soir à l’autre, ça ne tombe pas dans la routine.
Peu de metteurs en scène ont cette rigueur.

On peut lui contester sa vision de la pièce, toute dans l’oubli de Tartuffe pour se concentrer sur Orgon et ses motivations, pourquoi a-t-il pu se laisser embobiner de la sorte ?
Moi je trouvais le personnage de Tartuffe beaucoup plus intéressant.
Là, il est un peu falot, pas du tout inquiétant.
Orgon, par contre, est parfait.
Et les autres, aussi, parfaits.
Un grand spectacle.
D’ailleurs, demain je vous parlerai de mon impression en sortant du théâtre, cette impression de redécouvrir à chaque fois notre plus grand auteur dramatique.

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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