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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 13:04
Les matinées classiques sont le cauchemar du comédien.  Il n’y a pas de public plus terrifiant que les enfants des écoles.
Une fois à Aubervilliers, nous jouions dans la salle des Fêtes devant une centaine d’ élèves de 6ème de la communale.  Au moment de commencer, impossible de les faire taire. Les profs étaient impuissants.
Nous avons joué les trois premières scènes dans le chahut.
Quand ce fut mon tour d’ entrer en scène  en riant, comme d’habitude,  tout de suite j’ai reçu le premier boulon sur le bas de ma robe.
J’ai ignoré, comme il se doit.  Mais un deuxième boulon a atterri sur le dos de Géronte qui a fait un bond en avant.
Là, mon rire n’arrivait pas à couvrir ceux de ces  chenapans en délire. Il pleut des boulons sur le plateau.
J’ai arrêté de rire.  Scapin a déboulé sur le devant de la scène. Il a frappé quelques coups sur le plancher avec le brigadier de service et dans le silence relatif qui a suivi, il a parlé.
« La troupe arrête de jouer.  Nous reprendrons le spectacle lorsque l’ordre et le silence seront revenus. »
Il les a regardés bien en face, alors qu’ils applaudissaient et sifflaient en chœur.
Puis il a tourné les talons et le rideau est tombé.
Nous n’avons pas repris le spectacle, car les profs ont fait sortir les élèves, comprenant bien qu’ils ne pourraient rien en tirer ce jour-là.

Cette mise en bouche théâtrale ne m’a pas découragée, bien au contraire. J’ai joué beaucoup de pièces par la suite, mais celle-ci est restée gravée dans ma mémoire avec la précision d’un coeur gravé dans l’écorce d’un arbre.

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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 13:00
ON PASSE DANS HUIT JOURS  (Sacha Guitry)

L’auteur
Ah ! Si vous n’étiez pas une femme !
L’actrice
Ah ! Si seulement vous étiez un homme !

(désormais je vais éviter les citations de Guitry, vous êtes d'accord ?)

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 16:46

Je fais une petite parenthèse avant de vous balancer la Scène 3, juste pour vous dire que
j'aifait un découpage de scène spécialement pour le blog, avec des scènes plus courtes
car celles qui étaient prévues pour être jouées étaient beaucoup plus longues, évidemment.
Je ne voulais pas lasser le lecteur qui est très pris par le temps, comme chacun sait.
Si vous trouvez les scènes trop courtes, n'hésitez pas à m'en faire la remarque dans vos
commentaires...
Vous avez éteint vos portables ?  Voici la Scène 3.




Le barman apporte le verre de scotch du jeune homme et pose une deuxième assiette d’olives.

YANN, rêveur
Autour de quoi elle tourne... Il faut que tu m’aides... Une femme très belle, mais surtout très classe, une classe étonnante, un port de reine... Qui chante dans un bar de sixième catégorie... Décalée... En parfait décalage...

CHRIS
Tu veux que l’action se passe de nos jours ?

YANN
Oui, absolument. De nos jours. Ou dans les années quarante.  C’est presque de nos jours.


CHRIS
Tu veux tourner à Paris ?

YANN
Pas spécialement.  Mais dans une capitale.  Une grande ville, où il y ait un brassage de gens, l’ambiance de la rue, le côtoiement du luxe et de la misère...     En France ou ailleurs, Amsterdam... Londres...

CHRIS
Mais tu m’avais parlé d’une comédie...

YANN
Depuis que j’ai vu cette femme, je n’ai plus envie de comédie.  Je me sens inspiré par une histoire plus sombre, plus ouverte sur des notions de hasard, de fatalité, tu vois...

Le jeune homme a ouvert un porte-document et il en sort un cahier qu’il ouvre et sur lequel il commence à prendre des notes.

CHRIS
Ca me plait.  Ca me plait mieux que ta comédie.

YANN
Ah, tu vois ?  C’est bien, ça.  On va travailler ce sujet-là, tu vas voir, on va écrire une très belle histoire.

Ils éclatent de rire et boivent ensemble une gorgée de whisky.
(à suivre)

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 16:40
Le TARTUFFE qui s’est joué à la rentrée  à l’Odéon Théâtre de l’Europe est une production du Théâtre National de Strasbourg.
Stéphane Braunschweg, qui en est le Directeur, l’a créée en Avril dernier avec les comédiens de sa troupe.
Ici, dans ce cadre mythique, elle prend une dimension de « grand » spectacle.  Non, pas de grand spectacle, au  sens de grandiose, car , elle est montée avec une grande sobriété de décor et de costumes, la mise en scène est nette, précise et sans effets inutiles.
Simplement,  le texte admirable de Molière est magnifiquement interprété par des acteurs à la technique irréprochable.  Ils parlent la langue de tous les jours, en alexandrins.
Tout est réglé au petit poil.  Pas un flou, pas un doute sur la façon d’envoyer sa réplique.
Dire qu’ils sont habités serait un peu niais, car comment ne pas habiter un texte pareil ?
D’ailleurs, chaque soir, je dis bien chaque soir, Stéphane Braunschweg les attend à la sortie du plateau, les réunit au bar et leur fait un petit débriefing .  Chacun en prend pour son grade.  Il assiste à chaque   représentation et il voit tout.
C’est comme ça qu’on fait les « grands » spectacles.  C’est du béton. Ca ne bouge pas d’un soir à l’autre, ça ne tombe pas dans la routine.
Peu de metteurs en scène ont cette rigueur.

On peut lui contester sa vision de la pièce, toute dans l’oubli de Tartuffe pour se concentrer sur Orgon et ses motivations, pourquoi a-t-il pu se laisser embobiner de la sorte ?
Moi je trouvais le personnage de Tartuffe beaucoup plus intéressant.
Là, il est un peu falot, pas du tout inquiétant.
Orgon, par contre, est parfait.
Et les autres, aussi, parfaits.
Un grand spectacle.
D’ailleurs, demain je vous parlerai de mon impression en sortant du théâtre, cette impression de redécouvrir à chaque fois notre plus grand auteur dramatique.

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 16:37
Je dois dire qu’après la joie immense d’avoir décroché ce rôle, Zerbinette des Fourberies de Scapin, j’ai compris que jouer pouvait avoir un autre sens que celui des cours de récré.
Je savais rire, d’accord, mais mon metteur en scène estimait que tout restait à apprendre.
 Jean-Louis Thamin était un tortionnaire. Ce que nous faisions n’était jamais bien.
Il fallait toujours aller plus loin, chercher son personnage ailleurs qu’à la pointe de ses souliers..
Il nous disait que nous allions être des costumes vides.
Nous l’écoutions, navrés et honteux.  Nous partions à la découverte de nous-mêmes, toujours plus loin.

Je pense aujourd’hui  qu’il avait raison.  C’est ainsi qu’on arrive à trouver le deuxième souffle, celui de notre moi inconnu.
Je ne savais jamais quand j’atteignais le niveau d’excellence que demandait Jean-Louis.

  Quand je sortais de scène, la gorge sèche, je trouvais mon Scapin qui me tendait une bouteille d’eau avec un commentaire bref. Ca allait du »bravo », « gagné », « super », au « merdique », « en-dessous », « laborieux » ou « à chier » qu’il ne m’a dit qu’une fois, heureusement.

Nous avons joué au Théâtre de l’Ouest Parisien pendant un mois, les critiques étaient bonnes.
Ensuite nous sommes partis en tournée et ça c’était moins drôle, mais le pire, c’était  les matinées classiques.
J’ai un souvenir cuisant de l’une de ces matinées, et je vous le conterai demain, si vous le voulez bien.


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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 16:34
LES FEMMES SAVANTES   (Molière)

Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ?
Qui parle d’offenser grand-mère ni grand-père ?

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 16:23
Nous sommes en 1960. La décennie promet d’être riche enproduction
artistique en tous genres.  Mais au théâtre ?  La production était-elle à
la hauteur ? 
Voici ce que distille le critique André CAMP sur les pièces qu’il
qualifiait de « mélodrames »…  Ces pièces étaient des comédies,
 mais on riait alors surtout des malheurs d’autrui. Avec le boulevard,
 nous sommes devenus plus humains.  Nous rions  surtout  des histoires de cul.

    « La fin de l’année 1959 a été marquée, sur les théâtres parisiens,
    par une dangereuse offensive du mélodrame.  Cette offensive se
    poursuit, avec des fortunes diverses, en ce début de 1960.
    Evidemment, l’on ne dispose pas tous les jours d’une nouvelle pièce
    de Jean Anouilh (qui occupe déjà trois scènes à lui tout seul !) ,
    d’Eugène Ionesco, voire même de Marcel Achard .  Certaines salles
    sont difficiles à remplir et ne supportent pas l’intimité  (Sarah Bernhardt
    par exemple).
    Alors il faut bien se rabattre sur Victorien Sardou, ou sur son héritier
    le plus direct, Jacques Deval.  Ce qui n’est pas faire injure à ce
    dernier, le père Sardou savait fort bien ficeler une intrigue, et la
    débrouiller prestement.   Persuadé que le théâtre est avant tout
    de l’action, encore de l’action, toujours de l’action, il affectionnait
    les histoires compliquées.   Jacques Deval aussi.
    Il faut croire, cependant, que le mélodrame garde ses adeptes.
    Tout au moins parmi les directeurs de théâtre.  Sinon, comment
    expliquer que Victorien Sardou ait deux comédies (historiques)
    à l’affiche en ce moment à Paris ? »

On pourrait remplacer les noms d’Anouilh, Sardou, Deval ou Achard par
ceux de Yasmina Reza,  Florian Zeller,  Ray Conney, Eric Assous ou
Ruquier… Ce qui ne saurait faire  injure ni aux uns, ni aux autres…bien entendu.
   

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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 19:10

YANN
Tu viens de rater une apparition faramineuse.
 
CHRIS
Faramineuse ?

YANN
Oui, une femme exceptionnelle, hors du commun, et qui chante.

CHRIS
Qui chante quoi ?

YANN, avec un geste d’impuissance
Le désir.

CHRIS
Ils ont un nouvel orchestre avec une chanteuse ?

YANN
Oui, tu verras.  (Il se passe la main sur le front) Je ne m’en remets pas.  J’étais venu avec quelques idées pour qu’on les travaille ensemble, mais là j’ai envie de tout balayer, de recommencer à zéro....  avec elle.

CHRIS
Tu ne veux plus qu’on travaille sur l’homme qui a perdu sa femme dans l’aéroport et qui part seul en Nouvelle-Zélande ?

YANN
Non.  C’est  une idée médiocre qui fera un film médiocre.  Tu vois, quand on entre dans un bar et qu’on se trouve face à une telle créature ...  on retrouve le sens du beau, du rare, on a envie de faire des films qui font rêver.

CHRIS, dubitatif
Ah, oui, à ce point-là...  Alors donc, ton idée avec la femme qui chante, elle tourne autour de quoi ?
(à suivre)

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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 19:07
Début de blog, début de saison théâtrale. Les deux pièces que j’ai vues pour démarrer cette rentrée sont aux antipodes l’une de l’autre.
A Lyin, « HAPPY ANOUKA » au Théâtre Tête d’Or.
A Paris,  TARTUFFE  à l’Odéon Théâtre de l’Europe.
Aujourd’hui je vais vous parler de la première, et ce ne sera pas long.
C’est bête, de commencer un blog sur le théâtre par une pièce que l’on n’a pas aimé, mais ce sont les hasards de l’actualité. 
D’ailleurs, je suis peut-être la seule à n’avoir pas aimé car dans la salle, tout le monde riait, chaque réplique déclenchait un déluge de rires.
Moi j étais venue pour la mise en scène de Jean-Luc Moreau qui est un vieux copain  que j’admire beaucoup. Là, je pense qu’il a dû y avoir un malentendu.  D’habitude, il choisit bien ses textes.
Si,  j’ai admiré la prestation de Maïke Janssen, dans un rôle à la Popesco qu’elle a joué avec maestria.
Tous les autres sont bien aussi, en tout cas ils sont très applaudis et la pièce marche bien.
Vous me direz, on ne va pas voir une pièce de boulevard pour se prendre la tête.  Non, non, j’adore rire au théâtre , d’ailleurs dans la même salle il y a deux ans, j’avais cru mourir de rire en voyant Galabru donner la réplique à son fils, un morceau de bravoure, à tous les deux, c’était grandiose, ils en faisaient des tonnes.
Mais c’était une bonne comédie.
Bon, demain je vous parlerai de la deuxième pièce, le TARTUFFE de Stéphane Braunchweg à l’Odéon.



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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 19:05

Je fus donc engagée pour jouer Zerbinette des Fourberies de Scapin.
J’avais dû lire cette pièce pour pour la dernière en classe de 3ème et je n’en avais aucun souvenir.
Zerbinette ?  C’est la fille qui rit.  Elle rit à perdre haleine en racontant une histoire à dormir debout, une tirade interminable entrecoupée de rires.  Il faut que ces rires soient eux-mêmes hilarants,  pour entraîner une salle entière.
Devant elle sur le plateau il y a le vieux Géronte qui tempête, mais ça ne suffit pas pour déclencher le rire de Zerbinette.  Il faut qu’elle le trouve ailleurs, et qu’elle s’appuie sur une technique en béton.

Jean-Louis Thamin m’a pris rendez-vous avec Micheline Boudet, la tenancière du titre de Zerbinette d’Or, pour qu’elle me délivre une partie de ses secrets de fabrication.
Dans son salon Louis XV nous avons passé une heure à la regarder minauder et distiller de temps à  autre un petit rire de fauvette comme on donne aux enfant des miettes du gâteau de la veille.
En fait, elle était flattée mais elle ne se souvenait pas du tout de la manière dont elle s’y était prise pour donner sa Zerbinette.


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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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