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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 10:51

LE REALISATEUR ET LE
SCENARISTE.
Naissance d’un scénario.



Le même bar, la semaine suivante. Nous sommes en début de soirée,  l’estrade est vide.  On entend en fond sonore un disque de piano de Bill Evans. Un couple de consommateurs est assis à une table.  Le barman s’active derrière le bar. 
Entrent  le réalisateur et le scénariste.  Ils saluent le barman, vont vers une table et s’assoient.  Le scénariste sort un cahier de notes et le pose sur la table.

YANN
Nous ne la verrons pas, aujourd’hui.  Ils ne jouent que le jeudi.
CHRIS
Je n’ai pas besoin de la voir.  Une fois m’a suffi.
YANN, regardant autour de lui
Cet endroit est magique.  On ne pouvait rêver mieux comme décor à nos plongées sous-marines...
CHRIS
Nos plongées sous-marines...
YANN
Nous sommes deux scaphandriers à l’épreuve de la profondeur... Inventer une histoire ne suffit pas... il faut lui donner une profondeur, c’est ça qui est difficile.

CHRIS
Surtout, il faut qu’on y croie.
YANN
Bien sûr, qu’il faut qu’on y croie. Et nous, d’abord !

Le barman s’approche de la table.

LE BARMAN
Ces messieurs désirent ?

YANN
Un double scotch et des olives noires.
CHRIS
Un whisky simple et des olives vertes.

Le barman s’éloigne avec un regard noir. Les deux hommes se mettent à rire.

YANN
Tu as rêvé d’elle ?
CHRIS
Oh, rêvé...  Je ne l’idéalise pas comme toi.  Je la vois comme une femme très au-dessous de ce qu’elle paraît, une personnalité très effacée, timide même.  Aucune ambition, aucun idéal.  Quand elle rentre chez elle, elle enfile un jogging et des baskets.  Elle est mariée et aime son mari.
YANN
Mariée !
CHRIS
Ecoute, ça tombe sous le sens : elle est mariée avec le pianiste, bien sûr.
YANN
Bon sang, tu as raison.  Bien sûr.  Elle est mariée avec le pianiste...
CHRIS
Ils se sont rencontrés sur une estrade, et ils sont tombés en arrêt, lui devant sa beauté, elle devant son talent. 

Le barman apporte les consommations.  Ils restent un moment sans rien dire, pensifs.

(à suivre)

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 10:41
Folle d'amour...
J’ai assisté tout récemment à un  spectacle hors du commun au titre magnifique : LA DERAISON D’AMOUR.
Une production canadienne invitée par Claudia Stavisky au Théâtre des Célestins à LYON.
Il s’agit du journal intime de Marie de l’Incarnation, une religieuse française du milieu du 17ème siècle et de sa correspondance avec son fils qu’elle abandonna très jeune en France pour devenir missionnaire au Canada.
Un acte d’amour total pour Dieu, son « divin époux ».
Ces écrits, d’une sensualité extraordinaire, ont été rassemblés et mis en forme théâtrale  par Jean-Daniel LAFOND, un auteur québequois très actif
dans son pays.
Le rôle de Marie de l’Incarnation est tenue par une comédienne exceptionnelle, très connue au Canada, Marie Tifo.   Elle s’approprie ce personnage difficile de « folle de Dieu »  qui se confie à son fils avec une impudeur troublante,
sans jamais tomber dans la caricature,  toujours digne dans son mysticisme
exacerbé.
La mise en scène, inventive et délicate, mêlant éclairages savants et musiques évocatrice, était signée  Lorraine Pintal.
Le public, comme tétanisé, a ingurgité ce texte très spécial dans un silence…
religieux, sans une seule toux intempestive,  pour se déchaîner à la fin dans une ovation libératrice,  semblait-il, et très inhabituelle  pour un public lyonnais.
J’ai adoré   découvrir, comme souvent au théâtre, un texte  et une comédienne
qui donnent le frisson.  Texte audacieux écrit dans une langue superbe, dit   avec une ferveur communicative.


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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 10:31
Passage délicat
Ah, ce baiser !   Quand j’ai été engagée, j’avais lu la pièce et je me disais « oh, on ne me demandera pas ça, il y aura une astuce pour oblitérer ce passage obscène, Fernandel refusera sûrement de s’afficher dans cet état de faiblesse qui n’est plus de son âge… »
Et puis commencèrent les répétitions, et voilà qu’on est tombé sur le passage du baiser, et à mon grand soulagement, Robert Thomas me sauva la mise en disant qu’on oublierait le baiser en répétition.
Sur quoi Fernandel avec un œil lubrique ajouta en me regardant avec l’index pointé : « mais à partir de la première, mon petit, il faudra y passer ! »
Toute la troupe se gargarisait.
La petite dompteuse, Alexandra Fouks, vint me dire qu’elle, à ma place,   rendrait le r ôle tant ça la dégoûtait.  « Tu te rends compte ?  Il va mettre la langue, tu peux être sûre, et tu ne pourras rien faire !   Et ça, tous les soirs ! »
Rendre le rôle, elle était bien bonne !   Un rôle pareil, avec une pointure pareille en face, non mais.
Les répétitions se passèrent sans encombre, Fernandel n’essaya jamais de  devancer l’appel.
Et arriva le jour redouté de la première, avec  un trac monstrueux au ventre, et l’idée du baiser qui me rendait malade.
On en parlera demain....

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 10:23
CHER  MENTEUR, de jérôme Kilty

L'adaptation par Jean Cocteau de la correspondance amoureuse
de George Bernard Shaw avec Stella Campbell.
Cette pièce a été reprise maintes fois dans des mises en scène différentes
mais la critique que je vous livre aujourd’hui est celle de sa création à
Paris en 1960 au Théâtre de l’Athénée.
Ce fut l’événement de la saison, avec Maria Casarès et Pierre Brasseur face à face.

P
oirot-Delpech :
« Asseoir sur une scène déserte un couple en tenue de récital et lui
fairrelire deux heures durant le courrier d’un amour vécu, cela semblait
d’une démente prétention. On risquait l’ennui d’une conférence ; au
mieux, l’estime fragile accordée d’ordinaire aux performances
d’acteurs. L’Athénée a gagné son pari : Cher Menteur a la beauté
tremblante et douce d’un concert.    "
                        (Le Monde)

Un concert de louanges…  Celles du féroce PD valent leur pesant d’or.

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 10:17
Ma vengeance est perdue s’il ignore en mourant que c’est moi qui le tue. »
RACINE   -   Andromaque


Superbe.  Allez, salut, à demain !


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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 12:16


Coup de charme


Elle chante « My Solitude » dans une version à peine raccourcie jusqu’aux dernières notes de sa voix qui se brise sur le final du piano.
La lumière la quitte alors qu’elle salue et revient éclairer les deux spectateurs.

YANN
Alors ?

CHRIS,  hoche la tête
Oui...

YANN, rêveur
J’ai rencontré son regard. Vide.  Glacé. Souviens-toi de ça : elle a un regard vide et glacé.  C’est important.

(Ils se regardent.)
C’est un bel objet offert et inaccessible à la fois.  Autour d’elle, on peut construire mille et une histoires sans lendemain...
(CHRIS le laisse à son rêve, n’intervient pas.)
Je te libère pour aujourd’hui. Il faut que tu y penses, qu’elle t’envahisse.  Laisse-la venir. Dans deux jours, tu me racontes. D’accord ?

CHRIS
D’accord.

Ils se lèvent, règlent l’addition au bar et sortent.


                N O I R















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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 12:11
Molière, le retour ?
Ceux qui ont eu la chance de voir Isabelle Huppert dans la pièce de Yasmina Reza LE DIEU DU CARNAGE, s’en souviennent encore.
Voilà comment d’un fait divers mineur, vraiment anodin,  et pas du tout traumatisant, on fait une pièce qui va au bout de l’exploration de l’âme humaine, ce qui pourrait être affligeant, mais qui nous fait rire d’un bout à l’autre avec jubilation.
Quatre personnages, pas plus, l’affrontement de deux couples qui commence dans les civilités et qui finit dans le carnage. 
La progression de la haine se fait très lentement, à coups de petites phrases qui en entraînent d’autre, et chaque personnage est dessiné comme une caricature de Daumier, à traits épais.
Mais Isabelle Huppert est la plus étonnante.  On la voit susurrer des mondanités en offrant des amuse-gueule,
on la voit lâcher quelques énormités avec distinction on la voit perdre peu à peu  sa retenue  puis balancer un plateau à la figure de son invitée.  Elle est juste partout.  Ca doit être que chez elle il y a tout ça à la fois ?.
En face d’elle, sur scène, il faut se tenir à carreau, il faut être à la hauteur !   Et bien ses partenaires sont parfaits.  L’invitée est inénarrable de drôlerie.  Au début, en la voyant arrivée, toute coincée, on ne s’attendrait pas à ce qu’elle va nous servir, au fil de la pièce,  comme  grossièretés.
Les dialogues de Yasmina Reza sont très forts.   Pas une facilité, pas une vulgarité.  Des mots de tous les jours,  et pourtant un texte qui restera comme une étude anthropologique de l’homo sapiens qui va très loin..
Ca vous fait penser à quelqu’un ?   A Molière, bien sûr.
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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 11:27

Un autre grand souvenir de théâtre, c’est la pièce que j’ai jouée avec FERNANDEL.
C’était une comédie écrite par Robert THOMAS qui se passait dans le milieu du cirque, avec une histoire de crime pour donner du piment, et un  rôle en or pour le grand acteur, celui d’un clown accusé de meurtre.
Je jouais une jeune intrigante américaine qui tentait de le séduire pour noyer le poisson, car c’était elle la meurtrière.
La création eut lieu le 10 décembre 1968 au Théâtre des Variétés, et Robert Thomas assura la mise en scène.
Bon, je ne vous parlerai pas de l’accueil du public parisien qui fut tiède, rien à voir avec celui reçu dans les villes de province lors de la tournée, chaque fois triomphal.  FERNANDEL était vraiment adoré des Français.
Je veux surtout vous donner une idée de l’ambiance de la troupe, avec de petites anecdotes rigolotes.
Mais là, j’ai plus la place, donc à lundi pour apprendre comment une jeune comédienne affronte  un baiser prolongé avec le séducteur aux dents de cheval…
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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 11:23
ART   de Yasmina Reza  1994)

MARC
Serge, tu n’as pas acheté ce tableau deux cent mille francs ?
SERGE
Mais mon vieux, c’est le prix !  C’est un Antrios !
MARC
Tu n’as pas acheté ce tableau deux cent mille francs !
SERGE
J’étais sûr que tu passerais à côté.
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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 11:15

VU DU PONT  (Arthur Miller)

La pièce a fait un tabac lors de sa création à Paris, avec Raf Vallone dans le rôle principal.
La mise en scène était de Peter Brook, je crois même que c’était sa première mise en scène en France, c’était en 1958 au Théâtre Antoine.
La presse fut unanime.  Je prends une critique au hasard, celle de Robert Kemp dans Le Monde :

        « Une pièce qui nous met KO.
        Je prédis un long succès.  La pièce porte, elle a la taille et l’élan
        d’un bélier.Elle bouscule l’indifférence, elle bouscule l’esprit.
        Ce n’est pas une pièce fine, de psychologie souple et ténue.
        Sa brutalité rappelle le ring. 
        Et puis, quant à l’originalité d’un sujet, nous en reparlerons un
        autre jour, à la naissance d’une autre œuvre.
        Seulement, la main qui l’a pétrie est une main virile et résolue,
        une main qui se crispe en poing.  Et voilà, elle nous met KO.
        Arthur Miller, sans y songer, commence à la façon d’Euripide :
        un large monsieur en pardessus beige s’avance :  « Je suis Alfieri
        l’avocat.  J’ai assisté à l’affaire et connu le bonhomme.  Il est
        ceci, cela, et vous allez voir ! »
        Ma foi tant pis, va pour Euriipide, qui animait  les sujets les plus
        sanglants.   Celui-ci le sera. »
        (Le Monde)

Drôle de prose.  Et drôle de critique.  Pas un mot pour Vallone, qui le méritait.
D’autres critiques l’ont encensé.  
Pourrait-on dire que c’est une bonne critique ?  Il ne s’est pas mouillé.


Le rideau tombe sur la première semaine de mon blog.  Je vous retrouve
dès lundi pour de nouvelles aventures de ROSE et de Miss COMEDIE...
Bonne fin de semaine, chers spectateurs !

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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