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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 10:20

YANN et CHRIS, le réalisateur et le scénariste, se sont quittés sur une ébauche de scénario avec ROSE la chanteuse comme héroïne encore mal définie.  Aujurd'hui CHRIS revient seul dans le bar pour y chercher l'inspiration.



Avant que le rideau se lève, on entend les premières notes d’ un morceau de musique classique joué au piano.
Le bar est baigné d’une lumière froide qui provient de la baie vitrée, voilée de rideaux blancs qui ont viré au gris.  Le bar apparaît dans toute sa nudité et sa vétusté.
NAT, le pianiste du groupe,  est en train de jouer l’adagio du concerto en ré mineur de Bach.  Il ferme les yeux. Il est seul, jusqu’à ce que la porte du bar s’entr’ouvre et que le scénariste apparaisse.
Au bruit, NAT a ouvert les yeux mais ne s’arrête pas de jouer.  Le scénariste entre d’un pas hésitant et s’assied silencieusement dans un fauteuil .
Il attend la fin du morceau pour parler.

Lorsqu’il s’arrête de jouer, NAT reste immobile, les mains sur les genoux.

CHRIS
C’est magnifique.

NAT
Merci pour lui.

(demain, le dialoue aigre-doux du pianiste et du scénariste.)

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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 10:15
Goodbye, mister Pinter...

Je me souviens de sa pièce « C’ÉTAIT HIER », jouée au Théâtre Montparnasse en  1971, qui fut un spectacle enchanteur, destructeur, magique.
J’étais jeune à l’époque mais je naviguais déjà dans le théâtre et mon enchantement se mêla d’une sorte d’amertume .  Oui, c’est ce théâtre-là qui me convenait, j’aurais voulu jouer LA COLLECTION, L’AMANT plutôt que FREDDY ou  CINNA.  Mais je n’avais aucune chance !  Mon emploi n’était pas celui de Delphine Seyrig, et mon réseau n’avait pas l’ampleur voulue pour aborder ce genre de théâtre.  Il me restait l’espoir d’y arriver un jour…
Mais enfin, un spectacle pareil ne se reproduit pas tous les mois, ni toutes les saisons, c’est un événement cosmique comme une éclipse de lune ou la chute d’un météore.
Réunir une mise en scène férocement subtile, celle de Jorge LAVELLI, des acteurs fantasmagoriques comme Delphine SEYRIG, Francoise FABIAN et Jean ROCHEFORT, dans un décor au dépouillement fastueux, celui de PACE,  cela relève du défi.
ELLE bougeait, marchait, ondulait,  modulait sa voix de sirène dans un étourdissant numéro de star à la Garbo, il lui balançait ses doucereuses vacheries avec sa voix unique…  Ah, le pouvoir de leur voix.
Ces deux femmes exquises, dans des costumes de grand couturier, ce gentilhomme plus british que british, et ce texte acéré, affûté qui lançait les  répliques comme autant de pointes de couteau.  Un régal.
Irremplaçable.
Et voilà PINTER est mort.  La nuit de Noël. On ne va pas fêter ça.

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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 10:12
Fernandel en tournée (suite)

Le théâtre est un enchaînement de secousses imprrévisibles.
 Dans certaines salles plane un esprit de révolte, un souffle de refus.
Pour Fernandel et moi dans la scène du baiser le miracle s’est reproduit chaque soir. Ils hurlaient de joie, ils applaudissaient.  Simplement le baiser devait durer plus ou moins longtemps.  Certains publics sont  plus gourmands que d’autres.

Les villes défilent dans mon souvenir. Bruxelles, Namur, Liège, Amiens. Les jours de relâche, nous retournions à Paris.
A Caen, la Maison de la Culture, pleine à craquer, était un gouffre à courants d’air. J’avais  eu un voile dans la gorge à la scène du tribunal. Mais le baiser avait très bien marché.
Guy et moi étions ressortis après souper, nous n’avions pas sommeil.  Nous avions marché une heure dans un Caen ruisselant de pluie, affrontant les bourrasques du vent venu de la mer.

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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 09:59
Pas de critique aujourd’hui mais une apologie, celle du théâtre d’Harold Pinter qui vient de nous quitter.
Après avoir fait l’acteur, Pinter s’est mis à l’écriture et le succès est venu d’abord avec LE GARDIEN, qui a fait le tour du monde.
L’ANNIVERSAIRE a été créé à Londres en 1958 puis repris à Paris dans une mise en scène de Claude REGY (grand complice de Pinter) au Théâtre Antoine avec des acteurs indiscutablement « pinteriens » :  Claude PIEPLU, Jean-Pierre MARIELLE, Bernard FRESSON, Michel BOUQUET et Madeleine BARBULEE.
Le public et la critique ont été un peu éberlués par ce théâtre étrange, fait de faux-semblants et d’humour noir.
(Ca vous intéresse, ce que je vous raconte ?)
Selon le texte de présentation de Gallimard dans la collection du Manteau d’Arlequin, « avec l’ANNIVERSAIRE, Harold PINTER a créé  le modèle de ce qu’on a appelé le théâtre de la menace et qui a suscité de nombreux disciples. (…)
On y voit confrontés deux univers antinomiques : d’une part des personnages apparemment banals qui vivent tant bien que mal dans une sorte de cocon grisâtre, et d’autre part  des inconnus apparemment dangereux, qui font irruption dans ce sanctuaire pour s’emparer d’une victime terrorisée
et, étrangement, presque consentante.
Et pourtant, ce qui pourrait n’être qu’un drame macabre baigne dans un humour de tous les instants. »
Tout ça, beaucoup d’entre vous le savent déjà, mais ça fait  du bien de le rappeler comme une sorte d’éloge funèbre à la mémoire d’un gentleman disparu trop tôt.

(Rassurez-vous, je ne ferai pas le prof souvent, mais là, pour Pinter, je ne dois d’en parler, de saluer son départ par
cet éloge un peu scolaire mais plein d’amour.)

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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 09:56
HAROLD  PINTER
(L'Anniversaire)

Golddberg
Quel est ton métier ?

Stanley
Je joue du piano
.
Goldberg
Avec combien de doigts ?
Stanley
Sans les mains.


Alors, à demain !

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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 10:01
Bonjour !  Les heures qui viennent vont marquer une trêve dans notre agitation inutile. Le temps s'arrête.
Noël est la Fête des enfants et de l'Amour.  C'est aussi une trêve pour les aventures de ROSE
qui reprendront le 5 janvier 2009.  Aujourd'hui il est question de donner un visage à ROSE  : le sien ou
celui d'une autre ? 

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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 09:55

Questions sur un regard


Ils règlent l’addition et prennent congé du barman.  Au moment de sortir, le réalisateur se retourne vers le fond de la salle et fixe l’estrade vide.

YANN
Est-elle capable de souffrir ?  Et si ses yeux, quand elle souffre, gardaient toujours cette indifférence ?  L’indifférence, à l’écran, peut passer pour de la souffrance, non ? 

CHRIS
Dans un regard vide, le spectateur met ce qu’il veut.

YANN, soudain frappé par la justesse de la remarque
Ce serait la négation de l’acteur ?

CHRIS
De l’acteur qui surjoue, oui. Il vaut mieux encore qu’il n’exprime rien.

YANN
C’était la théorie de Bunuel.  Mais ce n’est pas la mienne.  L’acteur, derrière son regard indifférent, doit ressentir la douleur dans son âme.  Sinon, il ne touchera personne. 

LE BARMAN
Moi, je me souviens de Gabin, et bien Gabin, il avait toujours la même expression et tantôt elle faisait rire, tantôt elle faisait pleurer.  Comment vous expliquez ça, dans le métier ?

YANN
On ne l’explique pas, mon ami...  on ne l’explique pas. 

LE BARMAN, sentencieux
Ah, il y a loin de la coupe aux lèvres !

YANN, sans comprendre
Allez, au lit, le petit !   (au barman)  Bonsoir, buvez-en une dernière à  ma santé ! à jeudi !


Il donne une tape sur l’épaule du scénariste et ils sortent.
Le barman hausse les épaules et se sert une coupe de champagne.


(Le rideau tombe sur la fin de cette scène. A suivre.)











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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 09:52
La tournée, suite.

Le car roulait sur les routes mouillées du Nord et traversait des paysages sinistres. Villes d’usines, peuplées d’ouvriers.  Nous jouions pour eux seuls,
dans des cinémas de quartier trop exigus pour y planter nos décors. Pas de loges, un public bruyant qui faisait grincer les fauteuils et que nous n’arrivions pas vraiment à dérider.
C’est dans l’un de ces cinémas que nous avons vécu notre premier bide, Fernandel débitant son texte au pas de course,  son manteau sur les épaules à cause du froid qui envahissait le plateau, filets d’air glacé, odeur de pisse venue des lavabos tout proches,  Guy V.  se payant un trou de mémoire face à un Alain N. pétrifié,  Rellys tombant les quatre fers en l’air,  Ardisson sautant trois répliques d’un coup, tout y était, tout, et jusqu’aux maigres applaudissements qui accompagnèrent notre déroute.  Ce soir-là Fernandel s’est retiré dans sa chambre d’hôtel  sans dire un mot.

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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 09:43
 UN LONG VOYAGE DANS LA NUIT
de Eugène O"’NEILL, adaptation de Pol QUENTIN

Créée au Théâtre Hebertot le 21 novembre 1959 dans
une mise en scène de Marcelle Tassencourt,  cette
 pièce sombre d’un auteur américain célèbre
obtint un grand succès aux Etats-Unis.  Elle révèle
 le mal secret dont l’auteur
a souffert toute sa vie et qui se résume en une phrase :
on ne guérit jamais de son enfance.
Pierre Vaneck, Jean Davy, Gaby Morlay, ont interprété
 ce texte très fort, adapté par Pol Quentin.
Gustave Joly, critique à l’Aurore,  nous en parle.

        « Scrupuleusement mis en scène par Marcelle Tassencourt,
 dans un cafardeux décor de Jacques Marillier,  la version
française de    Pol Quentin nous restitue fidèlement l’atroce et
morne climat  de l’original.
        Il serait vain de comparer les interprètes d’aujourd’hui à leurs
        calarades tankees d’il y a deux ans :  l’évanescente Florence
        Eldridge et l’impérieux Frederic March.    Gaby  Morlay, dont
        c’est la rentrée au théâtre, a su, dans un rôle qui lui est
        particulièrement propice, nous  ouvrir le paradis dérisoire de
        son héroïne, où l’oubli est fait de souvenir.
        Jean Davy est, avec autorité, un tyran domestique à l’inavouable
        ladrerie.
        Pierre Vaneck, Michel Ruhl, un Caïn et un Abel excellement typés.
        Christiane Muller, une soubrette effrontée qui lève le coude
        comme ses maîtres, avec une spontanéité très irlandaise. «
        (L’Aurore)

C’est bien, il ne s’étend pas sur le côté morbide du texte, et il cite tous les
comédiens.  Est-ce que ça donnait envie d’aller voir la pièce ?  Rien n’est moins sûr….


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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 09:41

Le scandale du monde est ce qui fait l’offense.
Et ce n’est pas pécher que pécher en silence.
MOLIERE  -   Tartuffe

C’est bien une réflexion de tartuffe, ça… Mais ce soir, tous les péhés seront pardonnés. Et moi, je vous donne rendez-vous l’année prochaine pour la suite des aventures de ROSE, la chanteuse aux deux visages.
Passez de joyeuses Fêtes.

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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