Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 10:06
Bonjour, restez chez vous, les soldes ont envahi la ville.  Lisez donc plutôt le dialoogue un peu loufoque entre le scénariste et le pianiste.  On voit bien que ça ne va pas être facile de bâtir une histoire sur ces deux-là, ROSE et NAT.
Et puis j’enfourche un nouveau cheval de bataille, une autre de mes idoles, Nathalie SARRAUTE et sa pièce atypique POUR UN OUI OU POUR UN NON .

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 09:59

Suite d'un dialogue de sourds...

CHRIS
Vous jouez, ce soir ?

NAT
Oui.

CHRIS
Et... les autres jours, vous faites quoi ? 
(Voyant que NAT ne répond pas et se met à  feuilleter des partitions)  Excusez-moi... je suis indiscret.  D’ailleurs... je dois m’en aller.  (Il se lève)

NAT
Vous pouvez rester, si vous voulez.

Il se met à plaquer quelques accords, à chercher un thème  dans le style de Chopin.  Le scénariste se rassied, allume une cigarette. Il y a un moment de silence.  Puis NAT s’arrête de jouer, et considère le scénariste qui ne le regarde pas.

NAT
Avant de partir en tournée aux Etats-Unis, j’avais un job. 

Le scénariste relève la tête pour l’écouter.

J’étais... (Brusquement :)  Je vous ennuie ?

CHRIS
Non, pas du tout.

.NAT, agité
J’avais un bon job.  J’allais travailler tous les jours et j’aimais ça.

CHRIS, attentif
Oui ?

NAT
Je traduisais des rapports.  Et puis je les tapais à la machine.

CHRIS
Des rapports ?

NAT
Oui, des rapports de production que la secrétaire  de la boite envoyait chaque semaine à la filiale américaine.

    CHRIS
Vous les traduisiez en anglais ?

NAT, légers tics
En anglais, oui.

___________________________________

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 09:57
Je me suis toujours demandé comment Nathalie Sarraute avait pu faire un succès pareil avec 25 pages de dialectique sur un petit
malentendu verbal.
Je viens de relire la pièce et je me rends compte qu’il y a là-dedans beaucoup plus qu’un petit malentendu verbal.
C’est tout le problème des castes et des clans, du fossé qui’il y a entre les gens « arrivés » et … les autres.
S’il fallait donner le mot-clé de la pièce, je dirais « condescendance ». Tout tourne autour de ça.
Et autour du besoin de justification des deux antagonistes.`
Malgré leur désir de perpétuer une amitié tenace, la fracture causée par trois petits mots prononcés d’une certaine façon est irréparable parce qu’ils sont allés au bout de l’explication en puisant jusqu’au fond d’eux mêmes  pour retrouver des traces anciennes d’une
« diffférence » fondamentale. 
L’intelligence de Nathalie Sarraute a été  de leur éviter  les excès de langage,  de les pousser à essayer  de se comprendre, de tortiller et retortiller les mots pour en arriver au constat final  : ils n’appartiennent pas à la même espèce et ne peuvent continuer à se jouer la comédie de l’amitié.
Au boulevard, cela aurait fini en pugilat.  Là, on assiste à un duel au fleuret, silencieux et désabusé, plus attentif au style  que soucieux de la victoire.
Et l’on est muet devant cette fascinante maîtrise de la langue.
Nathalie Sarraute fait ce qu’elle veut avec les mots.
Je cède la parole aux critiques mais demain je vous parlerai encore de cette pièce et de sa carrière.

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 09:55
Fernandel en tournée (suite)

Toulouse, le théâtre du Capitole

J’ai frappé à la porte de la loge de Fernandel.  Je voulais voir cet espace clos, ce refuge, repaire des monstres sacrés. Caruso, Mario Lanza, Luis Mariano.  Ici l’idole s’était préparée, recueillie,  avait prié, fait des vocalises, parlé d’amour, fait l’amour.  J’ai vu le parquet sombre, la table encombrée de produits de maquillage, le canapé de velours rouge rapé, j’ai respiré l’odeur de poussière et de fards qui est l’odeur même du théâtre, poussière et fard, splendeur et misère.  La loge était restée immuable, telle que Mariano l’avait habitée. On ne refait pas les loges, chaque occupant la prend comme il la trouve, l’emplit d’une présence légère, le temps d’un dédoublement passager, y laisse l’empreinte de son corps dans les coussins d’un fauteuil,  une photo glissée dans l’encadrement de la glace, un parfum, rien de destructeur. Les loges sont comme des chapelles. Là où souffle l’esprit, le temps s’arrête.

Je me suis regardée dans la glace où Mariano avait guetté la ride d’un soir, le cerne de fatigue, l’approche de la fin.
J’ai vu dans ce miroir ses yeux noirs qui souriaient, ses dents éblouissantes, son charme mélancolique. Sa photo était  là, il habitait toujours sa loge.
Fernandel m’a regardée faire, sans parler.  Il comprenait. 

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 09:47
POUR UN OUI OU POUR UN NON
de Nathalie Sarraute

Le 13 décembre 1981 la pièce  inaugure sa carrière  sur Radio-France dans une réalisation de René Farabet, avec les voix de Laurent Terzieff et Jean-Claude Jay.
Sa première apparition sur scène eut lieu le 17 février 1986 dabs la petite salle du ROND-POINT à Paris, avec Jean-François BALMER et Sami FREY, mis en scène par Simone BENMOUSSA.
Gros succès. Voici ce que dit de Nathalie SARRAUTE Michel COURNOT  dans Le MONDE :
« A côté d’elle, les autres écrivains sont sourds. Ils manipulent les paroles comme des trucs à jeter dès qu’on s’en est servi, ils sont efficaces et raisonnables.
Mais Nathalie Sarraute, non.  Chaque parole, si passagère soit-elle, elle en fait un drame. ( …)
Aucune oreille, chez nous, n’est aussi susceptible.
La pièce POUR UN OUI OU POUR UN NON est d’un comique gigantesque.  Et en  même temps c’est une tragédie affreuse. ( ….)
C’est un événemt  majeur. »

J’ai sauté des passages, il encense aussi les acteurs, la mise en scène … D’autres, comme Mathieu GALEY dans l’EXPRESS, sont tout aussi enthousiastes.
La carrière de la pièce est loin d’être terminée. Demain je vous parlerai des autres metteurs en scène inspirés par POUR UN OUI OU POUR UN NON.


Partager cet article
Repost0
7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 09:45
PINTER, ON NE S'EN LASSE PAS...

Je ne cherche certainement pas l’universalité. J’ai assez à faire
pour écrire une foutue pièce.
Harold Pinter

A demain !
Partager cet article
Repost0
6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 09:26
Bonjour !  Aujourd'hui c'est l'Epiphanie.  Demain, les soldes.  On n'arrête plus les plaisirs.
Moi, je m'accroche à ma tristesse d'avoir perdu Pinter et j'en remets une petite couche encore aujourd'hui, vous me pardonnerez j'espère, cette entorse à la quotidienneté d'un blog...
Partager cet article
Repost0
6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 09:18

Ou CHRIS découvre un personnage qu'il n'aurait même pas osé inventer...

CHRIS
Merci pour qui ?

NAT
Pour Bach.  Je ne suis pour rien dans la magnificence de cette musique.

CHRIS
Il faut encore la jouer.

NAT
Oui... il faut la jouer.

CHRIS
Pour vous, ça semble facile.

NAT
Ca vient de l’intérieur. Parfois, j’ai l’impression que je suis en train de créer la musique de Bach, note après note.

On s’aperçoit que NAT, lorsqu’il ne joue pas du piano, est secoué de tics nerveux

CHRIS
Vous avez la même impression en jouant du jazz ?

NAT
Dans le jazz, on improvise beaucoup.  On ne joue jamais un morceau exactement comme il a étté écrit.
Bach, c’est de l’arithmétique...
(Il fixe CHRIS)
Un et un, deux.

CHRIS
Oui, je vois.

Il y a un silence..

CHRIS, regardant autour de lui
La porte était ouverte... Mais le bar est peut-être fermé ?

NAT

Le barman arrive à six heures.

Partager cet article
Repost0
6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 09:10
J'ai envie de relire ce que je disais hier de cette pièce de Pinter qui fut, entre autres, un exemple de théâtre
absolument pas éphémère, je ne sais pas si vous êtes d'accord.


Je me souviens de sa pièce « C’ÉTAIT HIER », jouée au Théâtre Montparnasse en  1971, qui fut un spectacle enchanteur, destructeur, magique.
J’étais jeune à l’époque mais je naviguais déjà dans le théâtre et mon enchantement se mêla d’une sorte d’amertume .  Oui, c’est ce théâtre-là qui me convenait, j’aurais voulu jouer LA COLLECTION, L’AMANT plutôt que FREDDY ou  CINNA.  Mais je n’avais aucune chance !  Mon emploi n’était pas celui de Delphine Seyrig, et mon réseau n’avait pas l’ampleur voulue pour aborder ce genre de théâtre.  Il me restait l’espoir d’y arriver un jour…
Mais enfin, un spectacle pareil ne se reproduit pas tous les mois, ni toutes les saisons, c’est un événement cosmique comme une éclipse de lune ou la chute d’un météore.
Réunir une mise en scène férocement subtile, celle de Jorge LAVELLI, des acteurs fantasmagoriques comme Delphine SEYRIG, Francoise FABIAN et Jean ROCHEFORT, dans un décor au dépouillement fastueux, celui de PACE,  cela relève du défi.
ELLE bougeait, marchait, ondulait,  modulait sa voix de sirène dans un étourdissant numéro de star à la Garbo, il lui balançait ses doucereuses vacheries avec sa voix unique…  Ah, le pouvoir de leur voix.
Ces deux femmes exquises, dans des costumes de grand couturier, ce gentilhomme plus british que british, et ce texte acéré, affûté qui lançait les  répliques comme autant de pointes de couteau.  Un régal.
Irremplaçable.
Et voilà PINTER est mort.  La nuit de Noël. On ne va pas fêter ça.
Partager cet article
Repost0
6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 09:01
Fernandel en tournée  (suite

Toulouse, ma ville natale.  Quelle étrange chose que d’y revenir comme une inconnue, après si longtemps.
La mort dans l’âme, j’avais laissé la troupe s’installer au Grand Hôtel de l’Opéra et j’avais pris le chemin de chez ma mère avec un curieux sentiment de trahisonL
 Sans savoir au juste qui je trahissais.  Ma troupe,  mon metteur en scène, Fernandel, ou... ma mère ? Oh bien sûr je trahissais ma mère, avec qui je ne pouvais pas partager ma passion. 
Comment lui dire : plus que toi, ma mère, plus que la rue de mon enfance, l’appartement où j’ai grandi, ma chambre de jeune fille,  ce que j’attends de retrouver ici, c’est le théâtre du Capitole ?  Le théâtre où mon père nous emmenait  ma soeur et moi lorsque nous étions enfants, écouter les opéras de Verdi, les opérettes de Francis Lopez, les comédies de Marcel Achard. Le Capitole, scène mythique ou je n’avais jamais osé rêver que je puisse y jouer un jour.
Cela s’est fait. Mes pieds sur ce plateau, c’était une chose aussi étonnante,  mais en même temps tout aussi normale, que les pieds de Christophe Colomb sur la terre d’Amérique.  La vie est faite de ces choses impossibles et pourtant accomplies.

Partager cet article
Repost0

  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

Recherche