Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 09:41
Pour en finir avec Nathalie Sarraute et surtout avec sa pièce « POUR UN OUI OU POUR UN NON », pièce déroutante qui force notre admiration sans que l’on sache au juste pourquoi, je citerai Roland BARTHES qui est expert dans l’analyse de toutes les expressions humaines.
Sa vision de l’art, ici, est très rigolote car dans son apparente opacité elle dit bien exactement OU se situe la force de la pièce.
Je dis bien « rigoloe », parce que tout d’un coup, après avoir pensé « ce qu’il dit est incompréhensible », on a brusquement la lumière, on comprend vraiment ce qu’il veut dire, et ça donne envie de rire.

« On entend souvent dire que l’art a pour charge d’exprimer l’inexprimable : c’est le contraire qu’il faut dire (sans nulle intention de paradoxe) : toute la tâche de l’art est d’inexprimer l’exprimable,
d’enlever à la langue du monde, qui est la pauvre et puissante langue des passions, une parole autre, une parole exacte. »

(Roland Barthes,  Essais critiques).

Cet « inexprimer l’exprimable » est inouï, vous ne trouvez pas ?
C’est exactement ce que fait Nathalie SARRAUTE.

Partager cet article
Repost0
8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 09:39
Fernandel en tournée  (suite)

NICE

Nous avons quitté Toulouse pour Carcassonne, puis Carcassonne pour Montpellier, et nous avons suivi la route interminable qui descend  vers la Côte et puis un matin, ce fut Nice et tout-à-coup le soleil.
Après la pluie, le soleil et après les hôtels minables, le Négresco.

Une meute de photographes attend Fernandel. Il se prête à eux avec son sourire déployé. Privé de photographes depuis des semaines, il renoue avec le panache de la star qu’il a toujours été.  Il exige une photo avec chacun d’entre nous, puis avec la troupe toute entière. Il retrouve ses gestes larges de comique troupier. Il voudrait jouer tout de suite, là, sur les marches de l’hôtel. Il exulte. Nous sommes tous ivres de bonheur.

Nous jouons au Palais de la Méditerrannée, et nous découvrons nos loges, petits salons tapissés de rose,  meubles laqués modern’style, moquette verte, cabinet de toilette attenant.
Nous jouons sur un nuage, un peu trop.
Et le public au diapason, dans une salle dont les effluves parfumées montaient jusqu’à nous, applaudit du bout des doigts.

___________________________________________
Partager cet article
Repost0
8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 09:35
POUR UN OUI OU POUR UN NON
de Nathalie SARRAUTE   (suite et fin)

Douze ans après le succès de la création,  Jacques LASSALLE  donne sa vision personnelle de POUR UN OUI OU POUR UN NON et donne à H2 un caractère plus outrancier, rompant ainsi la parité initiale donnée aux deux personnages dans la version de BENMOUSSA.
Hugues QUESTER joue cet homme à la sensibilité exacerbée, face à Jean-Damien BARBIN, plus retenu.
La pièce reçoit de la presse un accueil tout aussi favorable qu’à sa création.   Le même Michel COURNOT écrit à nouveau dans Le Monde :
« La pièce POUR UN OUI OU POUR UN NON  est si miraculeuse qu’elle s’accommode presque de toute mise en scène.  Celle de J. Lassalle est au fil du rasoir, belle et nette  comme il fait souvent, du cristal dans l’air comme après la pluie. (….)
J.D. Barbin, acteur de souple finesse, nous fait bien toucher l’élégance du dehors et les noirs tréfonds de H.1.
H. Guester est poignant en H2, bien que le metteur en scène lui ait fait, si c’est lui, mettre trop l’accent sur l’aspect « gros balourd » qu’indique, juste en passant, l’auteur. »
(M. Cournot,  Le Monde   15 septembre 7998.)



Partager cet article
Repost0
8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 09:31
"Je considère que l’état normal d’un homme est d’être un original.'

Anton TCHEKOV

A demain !
Partager cet article
Repost0
7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 10:06
Bonjour, restez chez vous, les soldes ont envahi la ville.  Lisez donc plutôt le dialoogue un peu loufoque entre le scénariste et le pianiste.  On voit bien que ça ne va pas être facile de bâtir une histoire sur ces deux-là, ROSE et NAT.
Et puis j’enfourche un nouveau cheval de bataille, une autre de mes idoles, Nathalie SARRAUTE et sa pièce atypique POUR UN OUI OU POUR UN NON .

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 09:59

Suite d'un dialogue de sourds...

CHRIS
Vous jouez, ce soir ?

NAT
Oui.

CHRIS
Et... les autres jours, vous faites quoi ? 
(Voyant que NAT ne répond pas et se met à  feuilleter des partitions)  Excusez-moi... je suis indiscret.  D’ailleurs... je dois m’en aller.  (Il se lève)

NAT
Vous pouvez rester, si vous voulez.

Il se met à plaquer quelques accords, à chercher un thème  dans le style de Chopin.  Le scénariste se rassied, allume une cigarette. Il y a un moment de silence.  Puis NAT s’arrête de jouer, et considère le scénariste qui ne le regarde pas.

NAT
Avant de partir en tournée aux Etats-Unis, j’avais un job. 

Le scénariste relève la tête pour l’écouter.

J’étais... (Brusquement :)  Je vous ennuie ?

CHRIS
Non, pas du tout.

.NAT, agité
J’avais un bon job.  J’allais travailler tous les jours et j’aimais ça.

CHRIS, attentif
Oui ?

NAT
Je traduisais des rapports.  Et puis je les tapais à la machine.

CHRIS
Des rapports ?

NAT
Oui, des rapports de production que la secrétaire  de la boite envoyait chaque semaine à la filiale américaine.

    CHRIS
Vous les traduisiez en anglais ?

NAT, légers tics
En anglais, oui.

___________________________________

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 09:57
Je me suis toujours demandé comment Nathalie Sarraute avait pu faire un succès pareil avec 25 pages de dialectique sur un petit
malentendu verbal.
Je viens de relire la pièce et je me rends compte qu’il y a là-dedans beaucoup plus qu’un petit malentendu verbal.
C’est tout le problème des castes et des clans, du fossé qui’il y a entre les gens « arrivés » et … les autres.
S’il fallait donner le mot-clé de la pièce, je dirais « condescendance ». Tout tourne autour de ça.
Et autour du besoin de justification des deux antagonistes.`
Malgré leur désir de perpétuer une amitié tenace, la fracture causée par trois petits mots prononcés d’une certaine façon est irréparable parce qu’ils sont allés au bout de l’explication en puisant jusqu’au fond d’eux mêmes  pour retrouver des traces anciennes d’une
« diffférence » fondamentale. 
L’intelligence de Nathalie Sarraute a été  de leur éviter  les excès de langage,  de les pousser à essayer  de se comprendre, de tortiller et retortiller les mots pour en arriver au constat final  : ils n’appartiennent pas à la même espèce et ne peuvent continuer à se jouer la comédie de l’amitié.
Au boulevard, cela aurait fini en pugilat.  Là, on assiste à un duel au fleuret, silencieux et désabusé, plus attentif au style  que soucieux de la victoire.
Et l’on est muet devant cette fascinante maîtrise de la langue.
Nathalie Sarraute fait ce qu’elle veut avec les mots.
Je cède la parole aux critiques mais demain je vous parlerai encore de cette pièce et de sa carrière.

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 09:55
Fernandel en tournée (suite)

Toulouse, le théâtre du Capitole

J’ai frappé à la porte de la loge de Fernandel.  Je voulais voir cet espace clos, ce refuge, repaire des monstres sacrés. Caruso, Mario Lanza, Luis Mariano.  Ici l’idole s’était préparée, recueillie,  avait prié, fait des vocalises, parlé d’amour, fait l’amour.  J’ai vu le parquet sombre, la table encombrée de produits de maquillage, le canapé de velours rouge rapé, j’ai respiré l’odeur de poussière et de fards qui est l’odeur même du théâtre, poussière et fard, splendeur et misère.  La loge était restée immuable, telle que Mariano l’avait habitée. On ne refait pas les loges, chaque occupant la prend comme il la trouve, l’emplit d’une présence légère, le temps d’un dédoublement passager, y laisse l’empreinte de son corps dans les coussins d’un fauteuil,  une photo glissée dans l’encadrement de la glace, un parfum, rien de destructeur. Les loges sont comme des chapelles. Là où souffle l’esprit, le temps s’arrête.

Je me suis regardée dans la glace où Mariano avait guetté la ride d’un soir, le cerne de fatigue, l’approche de la fin.
J’ai vu dans ce miroir ses yeux noirs qui souriaient, ses dents éblouissantes, son charme mélancolique. Sa photo était  là, il habitait toujours sa loge.
Fernandel m’a regardée faire, sans parler.  Il comprenait. 

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 09:47
POUR UN OUI OU POUR UN NON
de Nathalie Sarraute

Le 13 décembre 1981 la pièce  inaugure sa carrière  sur Radio-France dans une réalisation de René Farabet, avec les voix de Laurent Terzieff et Jean-Claude Jay.
Sa première apparition sur scène eut lieu le 17 février 1986 dabs la petite salle du ROND-POINT à Paris, avec Jean-François BALMER et Sami FREY, mis en scène par Simone BENMOUSSA.
Gros succès. Voici ce que dit de Nathalie SARRAUTE Michel COURNOT  dans Le MONDE :
« A côté d’elle, les autres écrivains sont sourds. Ils manipulent les paroles comme des trucs à jeter dès qu’on s’en est servi, ils sont efficaces et raisonnables.
Mais Nathalie Sarraute, non.  Chaque parole, si passagère soit-elle, elle en fait un drame. ( …)
Aucune oreille, chez nous, n’est aussi susceptible.
La pièce POUR UN OUI OU POUR UN NON est d’un comique gigantesque.  Et en  même temps c’est une tragédie affreuse. ( ….)
C’est un événemt  majeur. »

J’ai sauté des passages, il encense aussi les acteurs, la mise en scène … D’autres, comme Mathieu GALEY dans l’EXPRESS, sont tout aussi enthousiastes.
La carrière de la pièce est loin d’être terminée. Demain je vous parlerai des autres metteurs en scène inspirés par POUR UN OUI OU POUR UN NON.


Partager cet article
Repost0
7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 09:45
PINTER, ON NE S'EN LASSE PAS...

Je ne cherche certainement pas l’universalité. J’ai assez à faire
pour écrire une foutue pièce.
Harold Pinter

A demain !
Partager cet article
Repost0

  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

Recherche