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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 10:09


Le bar, de jour.  CHRIS et NAT sont assis à une table dans des postures assez avachies, comme s’ils venaient de passer des heures à discuter et qu’ils se soient arrêtés de parler, épuisés physiquement et intellectuellement.  Le scénariste fume une cigarette.  NAT a les yeux fermés et la tête appuyée au mur derrière lui.

CHRIS, après une bouffée
Le piano vous a manqué parfois ?

NAT semble n’avoir pas entendu et puis au bout d’un moment il répond sans ouvrir les yeux mais le visage parcouru de tics :

NAT
J’ai passé des années sans piano. 

CHRIS
Ca vous manquait ?

NAT
Je n’y pensais pas.

CHRIS
Je comprends.

NAT, ouvrant les yeux et se redressant
C’est comme...  L’hiver, on ne se dit pas “j’aimerais entendre le cri des hirondelles, oh comme j’aimerais l’entendre, ce long cri, et les voir traverser le ciel comme des flèches noires et brillantes... “ Non, l’hiver il n’y a pas d’hirondelles, on le sait, on n’y pense même pas.

CHRIS
Oui.

NAT
Mais maintenant, le piano...





CHRIS
On ne pourrait plus vous l’enlever...
21
NAT
Et pourtant il faudra bien...

CHRIS
Votre contrat va jusqu’à quelle date ?

NAT
Notre contrat s’arrête le 30 juillet.  Ce jour-là, je perdrai le piano et ma femme.

Un silence.  Le scénariste écrase sa cigarette dans le cendrier et cherche visiblement une phrase de réconfort.  Ne la trouvant pas, il change de tactique.

CHRIS
Vous habitez loin d’ici ?

NAT, surpris, lève la tête et le regarde
Non, pourquoi ?

CHRIS
Pour rien.

NAT
Rue Vieille-du-Temple, au 6ème étage.  C’est délabré.... Il y a un bistrot au rez-de-chaussée, bourré de camés.  C’est pour ça que je n’y vais pas. Je préfère venir là l’après-midi... Et puis ici il y a le piano...

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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 10:04
… à  Patrice LECONTE pour son film « LA GUERRE DES MISS ».
On attend les films de Patrice Leconte comme on attend les livres de MODIANO.  Toujours les mêmes et toujours différents, ils nous donnent  toujours ce qu’on attend. 
Pour « La Guerre des Miss », heureusement qu’il y a longtemps que je ne lis plus les critiques des films français, sachant que ce sont la plupart du temps des règlements de compte.
Le film de Leconte a été ratissé d’office, enlevant aux gens l’envie même de se faire une idée.
Ils ont eu tort.  LA GUERRE DES  MISS est un joyeux poème au monde rural.  Avec son élégance habituelle, Patrice LECONTE nous emmène dans un monde ringard, sur un thème hautement ringard, l’élection d’une Miss, habité par des personnages férocement ringards,  et cela donne un film surréaliste, poétique, rigolo, échevelé et pas le moins du monde ringard.
Pourquoi ?  Parce que Patrice LECONTE montre la ringardise comme une facette sympathique du genre humain, il ne la méprise pas, il l’ennoblit, il en fait un des derniers vestiges du naturel.   Voir « LES BRONZES »,  voir « LES GRANDS DUCS », ils nous font rire, mais on ne les plaint pas, ils sont comme nous finalement. 
Benoit Poelvoorde  est génial, au milieu de ces filles belles comme des fleurs des champs, pas chochottes, hypernature, filmées avec frénésie.  On attend la fin pour le suspense incroyable de ce combat
insensé, comme celui d’Aubry contre Royal… pourquoi l’une plutôt que l’autre ?  Ici,  entre la blonde travelo contre la brune rockeuse gothique, il n’y aura  une finale anthologique …
  Ce film est un vrai bonheur, on en fait plus des comme ça : l’art est en voie de disparition.  Il faut le voir vite.








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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 10:00
LES TROIS SPOTS DE JACQUES TATI
Premier spot :  l’ascenseur.
Ca, ce n’est pas du théâtre mais c’est de la comédie. Quel souvenir !
J’avais été à un casting pour un spot télé filmé par Jacques Tati pour Gervais Taille Fine.  On cherchait une fille maigre.
.  J’étais maigre et c’est pour ça que mon agent m’avait envoyée à ce casting.
On m’avait demandé si je savais faire du vélo, courir,  nager, plonger, faire du cheval et j’avais dit oui à tout.
Je ne me faisais aucune illusion, nous étions cent à passer avec notre book sous le bras devant les responsables du story-board.
Or, j’ai été prise.  Tati avait, paraît-il, flashé sur ma silhouette de brindille.
La joie immense que j’ai éprouvée le premier jour du premier spot allait bientôt se transformer en abomination.
Premier spot : l’ascenseur.  Je devais arriver devant un ascenseur plein à craquer, tout de suite après une très grosse fille qui peinait  pour y pénétrer, les portes refusaient de se fermer.  Moi je me faufilais à l’aise, sourire Colgate, silhouette Gervais Taille Fine.
La scène fut tournée dix fois.  Tati était un perfectionniste.  Les figurants qui occupaient l’ascenseur suffoquaient.  Ils furent autorisés à sortir pour une courte pause et là, l’un d’eux finaud, lance à Tati en passant : « c’est l’enfer là-dedans ! » avec un grand rire de beauf.
Tati le bloque avec son pied. « Vous avez dit ? » et sans attendre la réponse il  hèle son assistant : « Donnez-lui son cachet et qu’il aille prendre l’air ailleurs ».
C’était ça, aussi, Tati.  Demain, le deuxième spot : les vélos.

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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 09:55
- Dieu condamne la violence.
- Dieu n’est pas marié, monsieur l’abbé  .
(Jacques Deval   « La Rose de Septembre »-


A demain les amis !


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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:30
Bonjour !   Aujourd'hui lundi, petit blog engourdi...  J'ai interverti deux articles et mis mon bravo avant la scène de ROSE.
On va croire que ma pièce se joue aux CELESTINS.... 
En attendant ce miracle (et pourquoi pas ?)  je vous invite à écouter (pardon, à lire) la suite du dialogue entre CHRIS et YANN qui n'arrivent pas à se mettre d'accord sur leurs personnages.  Le barman commence à s'inquiéter.
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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 09:58
...  À CLAUDIA  STAVISKY et PATRICK  PENOT  qui offrent à leurs abonnés et spectateurs en guise de programme un petit livre d'art.  Pour cette saison ils ont choisi pour l'illustrer CHLOE POIZAT, peintre de talent qui donne à chaque spectacle sa vision d'un monde imaginaire dans des pages saisissantes de beauté  qu'on a envie de détacher pour les encadrer...
Le THÉÂTRE DES CELESTINS est un théâtre magnifique, récemment restauré, qui méritait bien un outil de cette qualité.
Ce petit bouquin est une incitation pernicieuse à un abonnement total et sans restriction !

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 09:51

Où le barman met son grain de sel… )

- LE BARMAN, comme pour lui-même
Jamais j’aurais cru que ces deux-là feraient un tel tabac même quand ils ne jouent pas !

YANN, qui l’a entendu, pointe le doigt vers lui
Apprenez cher ami, que les gens les plus insignifiants ont leur mystère...  Un mystère parfois effrayant...  Il suffit de creuser un peu... Il faut se méfier de tout le monde, vous savez ?  Des gens normaux surtout... Comme vous... (le barman sursaute)...
Comme moi...

LE BARMAN, haussant les épaules
   
Vous êtes quand même bizarres, dans le cinéma.

YANN, se tournant vers le scénariste
Il faut que tu te débrouilles pour demander à NAT ce que fait sa femme pendant la journée... Où ils habitent... Tu comprends ?  Il faut que je la voie vivre hors de ce bar. 

CHRIS
Sans qu’elle le sache ?

YANN
Bien entendu.  Sans qu’elle le sache.

LE BARMAN
Eh, dites, vous n’allez pas semer la pagaille, vous !

YANN, agressif
La pagaille  ?  Qui vous parle de pagaille ?

LE BARMAN
C’est qu’ils ont un contrat, vous savez.

YANN
Oui, et alors ?  Je ne les empêche pas de travailler, que je sache ?
Et puis vous, mêlez-vous de vos affaires, hein ?  Depuis quand les barmen prennent-ils part à la conversation de leurs clients ?  Nous ne sommes pas au café du Commerce, ici...  Qu’avez-vous entendu  au juste  ?

LE BARMAN
Je n’ai rien entendu.

YANN, calmé
C’est bien.  Il n’y avait rien à entendre.
(au scénariste :) N’est-ce pas ?

CHRIS, jouant le jeu
Bien entendu.  Rien.

YANN, s’écartant du bar et arpentant la scène d’un air excédé
Voilà. Et maintenant, où en sommes-nous ?  Nous sommes déconcentrés.
(Se retournant vers les deux hommes et sur un ton rageur)
S’il faut aller travailler ailleurs, nous irons ailleurs !  Ce ne sont pas les bars qui manquent à Paris !

LE BARMAN, faussement détaché
Ni les chanteuses...

YANN,  allant vers le scénariste et l’entraînant vers la sortie
Allez viens !  C’est tout pour ce soir.

LE BARMAN, protocolaire
Monsieur n’oublie pas que le manteau de Monsieur est au vestiaire ...

Le réalisateur revient en arrière, prend son manteau et ressort furieux.

Le barman, resté seul, branche le lecteur de CD et on entend la voix de Billie Holliday chantant “My man”.
LE BARMAN
Ils viennent pour elle...  Et s’ils venaient pour moi, les clients ?  Pourquoi ils viendraient pas pour moi ?


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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 09:34
Un autre souvenir de Festival : celui d’Avignon.
Beaucoup moins drôle que Carpentras.   D’abord parce qu’on était une petite troupe de débutants, à l’époque, et qu’on avait pas d’argent.  On s’était cotisés pour la location de la salle et pour le reste on s’était débrouillés avec les moyens du bord, chacun avait confectionné son costume, et les décors étaient l’œuvre commune.
Nous logions à l’extérieur d’Avignon, dans un appartement vide prêté par un copain. Nous étions cinq, venus de Paris dans l’Ami 6 de Michel tapissée des affiches du spectacle.
Nous jouions « Le Sofa » de Crébillon Fils, une petite farce coquine en costumes d’époque (mais de quelle époque ? On n’aurait pu dire…)  et nous étions mis en scène par Robert Sireyjol qui avait bien voulu nous donner un peu de son temps
 Pendant les deux semaines du Festival chaque journée se passait à arpenter les rues d’Avignon en arborant des banderoles pour faire de la retape.
Il fallait aussi coller des affiches partout, et après le spectacle contrôler si elles n’avaient pas été recouvertes.  Dans ce cas, on en collait d’autres et on en profitait  pour recouvrir celles des copains.
C’était crevant. 
L’humeur s’en ressentit très vite.  Ca grinçait dans le dortoir où l’on réglait nos comptes, histoire de se défouler un peu, chacun s’endormant dans son coin en rongeant son frein.
On aurait pu croire que nous serions brouillés à vie, après cette expérience.  Et bien pas du tout, trenteans après nous sommes toujours en affection.   Ceux-ci sont restés dans mon coeur alors que bien d’autres partenaires  ne sont que des souvenirs brumeux.
Avignon en période festival est une ville-poubelle, je ne vous apprend rien, tout le monde le sait.
Et pourtant chaque année c’est la ruée.  Le Festival Off a volé la vedette au In, on peut encore y faire des découvertes et s’amuser un peu.
A l’époque on ne recensait que quelques centaine   de spectacles Off alors qu’aujourd’hui  on arrive au chiffre ahurissant de mille …
Dans des années-là  les festivaliers pouvaient  entrer, au son des trompettes qui leur donnait le frisson, dans la cour d’honneur du Palais des Papes  pour assister à quelques spectacles magiques où soufflait l'esprit de Jean VILAR.










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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 09:27
Ce que vous ne paraissez pas comprendre, c’est que le théâtre de deramin c’est un théâtre d’idées !
-  Oui… Et bien moi, ce qui m’intéresse (…) c’est le théâtre d’aujourd’hui !
(Jean Anouilh -  Le Rendez-vous de Senlis)

A demain pour la suite de mon théâtre d'aujourd'hui !
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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 09:35
Bonjour !  Aujourd'hui je suis dans un mood morose.  Soudain frappée par l'immense solitude de l'être humain.
Ca passera.   Dans la scène d'aujourd'hui YANN et CHRIS continuent de comparer les mérites de leurs deux
héros virtuels, ROSE la chanteuse et NAT le pianiste.   Ces deux-là sont-ils ensemble, oui ou non ?
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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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