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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 10:01

Hélène a pris place dans le TGV qui l’emmène à Paris.  C’est une place isolée avec vis-à-vis et en face d’elle s’installe un homme en costume gris.  C’est un beau mec élégant,  cartable Hermès, souliers cirés.  Elle est assez cotente et s’apprète à croiser ses jambes de façon discrète mais glamour lorsque le monsieur sort son portable.  Aïe !   Patatras, le rêve s’effondre,  c’est un plouc.  Il ne se lève pas pour aller parler dans le sas, il tapote un numéro et commence une conversation dont pas un mot n’échappera à Hélène.

 

« Allo  Luc ?  Tiens, tu réponds ?

-       …

-       -  dans le TGV je monte à Paris signer un marché.  Dis donc, je voulais te

demander…  Je dîne ce soir chez les Sanders… tu connais les Sanders ?

 

Hélène sursaute.  Elle aussi connaît les Sanders.  Même qu’elle dîne chez eux ce soir, elle aussi. Elle dresse l’oreille.

«  Tu  sais qui ils ont ivité ?

-       …

-       Hélène Laurent, la nouvelle directrice littéraire de Charing Cross Books.

-       -…

-       - Oui, et qui a viré Joseph pour mettre  son mec à sa place.  Il paraît que c’est une tueuse.

 

Hélène croise ses jambes et les décroise mais il ne la regarde pas, il est  le nez à la vitre à regarder défiler le paysage pendant qu’il parle.

-       Si elle est belle ?  Ca je sais pas, je te dirai demain.  Mais le bruit court qu’elle les tombe tous.  Mais moi tu comprends, je m’en fous qu’elle soit belle, je veux seulement venger mon copain Joseph.  Donc, j’ai un plan.

 

-       -…

-       - Non, mieux que ça : je vais la draguer.  Je vais lui proposer de la raccompagner chez elle, je ferai une halte au bar du Raphéël et là, si ça marche, je demanderai une chambre.

-       - …

-       -  J’y vais fort ?  Ben oui, j’y vais fort, mais c’est tout ce qu’elle mérite, la garce !  Le coup du mépris !  Tu sais comment elle a viré Joseph ?  En lui faisant du gringue pour qu’il l’invite à dîner et là elle lui a annoncé qu’il était viré.  Joli !

 

Hélène rugit intérieurement.  Ce salaud de Joseph avait fait passer les ventes d’un jeune auteur sur le compte d’un de ses protégés, ni vu ni connu, il a fallu que je mette le nez dans les comptes pour le voir !

Il ne fallait pas qu’elle croise son regard.  Elle se plongea dans le magazine qu’elle avait acheté dans la gare.  Elle bouillait, à la fois de  dépit de se découvrir une image  si peu flatteuse, mais aussi d’impatience de se retrouver ce soir, chez les Sanders, face à face avec son futur dragueur.

Ah, il voulait la draguer ?  Il allait comprendre sa douleur.

Il y eut un éclat de rire et l’homme, apparemment très satisfait de son plan, éteignit son portable et ouvrit sa serviette pour y saisir un ordinateur qu’il déploya sur la tablette.  C’est à ce  moment-là qu’il s’aperçut de la présence d’Hélène, et qu’il manifesta un certain intérêt.  Un « pardon » en retirant son pied, un sourire charmeur réitéré chaque fois que leurs regard s se croisaient. Mais devant le visage fermé d’Hélène, il n’osa pas entamer le dialogue.

A la gare de Lyon, ils se  retrouvèrent dans la file des taxis.  Là,  il risqua le tout pour le tout.

-       Vous avez un plan pour ce soir ?  demanda-t-il comme s’il était guide touristique.

-       Non…  pas encore, répondit Hélène avec un regard accrocheur.

-       Ah… très bien, voulez-vous que l’on se retrouve quelque part ?

 

II n’osait croire à une victoire aussi rapide et eu un sourire ravageur alors qu’elle susurrait :

-       J’ai une envie folle d’aller voir le spectacle du Crazy…  Vous accepteriez de m’y emmener ?

-       Avec joie !  C’est une idée géniale !

-       - Le spectacle est à 2Oh 15,  retrouvons-nous chez Francis à 2O heures ?

-       D’accord,  j’y serai.    A ce soir….. ?

-       Hélène.   Et vous ?  

-       Edouard.

-       - Ciao, à ce soir !

Ils s’engoufrèrent chacun dans leur taxi, sans même échanger leurs numéros de téléphone.

Le soir, les Sanders eurent un coup de fil de défection d’Edouard.

A   vingt et une heure,chez Francis,  Edouard  but trois coupes de champagne  puis, résigné, demanda l’addition.  Puis il appela un taxi et à tout hasard,  fila chez les Sanders.

On lui remit son couvert.  En face de lui,   le sourire d’Hélène lui fit l’effet d’un soufflet.

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  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

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- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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