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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 09:02

 

Le bouquet de roses rouge est là, sur la table.  Un jardin, une forêt, un brasier, un ruissellement de rouge digne d’une loge de diva.

Et le bristol, comme un pense-bête sournois :  « Bon anniversaire, mon amour. Hugo. »

Isabelle est immobile, pétrifiée.   Elle est née un 1er juillet, Hugo le sait, et c’est aujourd’hui le 15 septembre.  Le bouquet ne lui est pas destiné.  Le livreur s’est trompé d’étage.  C’est sûrement pour elle, l’immonde, la bad girl du sixième, qui la nargue avec ses tenues de rock star, l’œil fardé, la mini affolante sur ses jambes de top model.  Elle sait très bien que Hugo est sous le charme.  Il lui a raconté qu’un jour ils s’étaient retrouvés dans l’ascenseur et qu’elle l’avait accompagné jusqu’à son garage. « Elle est marrante, plus futée qu’elle n’en a l’air… »  Son œil avait pris un reflet rêveur et lubrique.  L’alerte, alors, s’était estompée jour après jour.

Maintenant tous les doutes remontent à la surface.

Et s’ils se retrouvaient tous les jours, mais plus loin que le garage ?

Personne n’est à l’abri de ce genre de choses.  Les hommes peuvent très bien adorer leur femme et succomber aux harmes d’une autre. C’est même courant.

Isabelle est en proie à un tsunami intérieur.  La jalousie et la colère  se mêlent à la douleur et à la résignation.  Oui, hélas, demain il faudra partir. Quitter cet homme qui est son double, son unique amour . Elle ne le partagera avec aucune autre.  


Vingt heures.  Isabelle attend son mari.   Depuis le matin sa rage n’a pas faibli.  Ses mains tremblent tandis qu’elle ramasse le bouquet et se lève, car voilà la porte de l’ascenseur qui claque, tiens ce soir il rentre plus tôt que d’habitude, la clé dans la serrure, Hugo  est là, il reçoit le bouquet en pleine figure  et s’arrête net sur le pas de la porte.

 Isabelle hurle  « va porter ce bouquet à ta maîtresse ! Moi, mon anniversaire  c’est le 1er juillet ! »

Elle s’écroule en sanglotant sur le canapé.

Elle  entend  les pas d’Hugo, et puis sa voix calme :

« Je sais, ma chérie, mais toi, tu as oublié qu’aujourd’hui nous fêtons nos dix ans de mariage, non ? »

 

 

 

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commentaires

guichard véronique 23/10/2009 12:37


Soupçons...

C'est une surprise ! Lire une scène, écrite pour le théâtre, et se dire que c'est une histoire que l'on a vécue personnellement, que c'est SON histoire.



(Le théâtre et la vie. le théâtre dans la vie, et la vie dans le théâtre.
La mise en scène de la vie)


Fin de matinée, j'arrive à mon bureau pour découvrir une boite de carton "Acquarelle". Une bonne journée commence avec des fleurs de Jean, mon mari ! Un bouquet de fleurs, un bouquet de roses
blanches... c' est Jean, sans aucun doute. Cet homme est exquis, il fait des cadeaux sans avoir besoin de prétextes (anniversaires, fêtes), j'adore ce genre de surprises. Une pensée tendre lui
traverse l'esprit, et il souhaite me la faire partager.

Avec attendrissement, j' ouvre l'emballage du carton et découvre un magnifique bouquet de roses... rouges.

Stupéfaction ! Le choc est tel que je m'affale sur le fauteuil le plus proche, et allume une cigarette.

Entre ma copine qui s'exclame :
- "Elles sont belles, ces roses rouges !" puis " tu as l'air chafoin ?"
- " Ce ne sont pas mes couleurs ! d'habitude, Jean m'envoie des roses blanches..." J'ai du mal à articuler.
- "Ce n'est peut-être pas lui...", suggère la copine d'un air entendu et coquin.

Nous nous regardons et éclatons de rire !


Je jette un coup d'oeil curieux sur la petite carte.

-"Bon anniversaire. Love. Jean"

Sidération !.
Ce n'est pas mon anniversaire. Nous sommes en octobre et je suis née en juillet.


Assises face à face, nous échangeons nos points de vue.


Je récapitule, essayant de rester calme : Je ne suis pas née en octobre, je ne suis pas fan de roses rouges, Jean m'a toujours offert des roses blanches, c'est une tradition, et le petit mot est
extraordinairement sournois, il peut être adressé ... à n'importe quelle femme.


Assise dans mon fauteuil, tirant sur ma cigarette, je suis songeuse.
"Je tombe du cocotier, je n'en reviens pas... mais quelle conne !"
Ce message et ses fleurs ne me sont pas adressées, il s'agit d'une autre femme. Jean une maîtresse... il cache bien son jeu.

La copine tente de calmer le jeu mais ma rage est plus forte.
Je laisse passer la journée, taraudée par le doute, la colère et la déception. Tantôt submergée de fureur, tantôt envahie de pensées sombres sur l'âge qui me guette, et toujours, en filigrane, le
défilé des femmes qui nous entourent et qui seraient suceptibles de m'avoir "piqué" mon mari...

En soirée, le téléphone sonne. C'est Jean avec sa belle voix chaude et grave :

- "Comment as tu trouvé mon bouquet, mon amour? J'ai voulu te faire une surprise, pour une fois, je n'ai pas pris du blanc, mais du rouge ! Tu n'avais pas oublié nos dix ans de mariage, j'espère !"


Miss Comédie 23/10/2009 14:16


Et bien, voilà la vérité rétablie ! Je suppose que tu te sens soulagée ?


  • Miss Comédie
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

Si vous aimez mon blog, vous aimerez mes livres:

- Sa lente traversée du mois d'aout

- Les bals de Douvres

- La dictée de Bunuel

- Collisions d'étoiles

Aux éditions le Manuscrit.

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