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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 10:23

Elle sort de chez elle et remonte le cours Franklin-Roosevelt en sens inverse des voitures, longe toutes ces vitrines qui tentent tour à tour la gourmandise, la coquetterie ou la curiosité, et arrive au métro Foch.  Là, elle hésite. Evidemment avec le métro, elle y serait en cinq minutes.  Mais c’est sous terre, elle louperait une partie de cette belle journée qui commence.

Donc, elle prend à gauche l’avenue de Saxe, où les vitrines continuent à la tenter, la mode s’étale un peu partout jusqu’à la place Edgard-Quinet.  Là, il y a deux cafés-annexes du lycée du même nom.  Ils sont tous dehors à la terrasse, ils fument…

Elle continue et ça devient moins drôle, jusqu’au cours Lafayette, une sorte d’autoroute où les voitures remontent en trombe vers La Part-Dieu.  Pour les éviter, elle coupe par la rue Molière et arrive au pont Lafayette, qu’elle va franchir.

Elle ne peut résister au plaisir de s’arrêter et se pencher au-dessus du parapet pour admirer la belle perspective des bas-ports, le paradis des cyclistes et des promeneurs qui sont les rois, ici, dans cette voie plantée d’arbres où l’on accède aux péniches par un ponton de bois.  Il faudra qu’elle y aille marcher un jour, bien que l’absence de vitrines lui paraisse un peu rebutant.

Arrivée sur le quai opposé, elle le traverse pour prendre la rue du Président Carnot qu’elle préfère à la rue de la Ré (publique) trop encombrée de glandeurs ou de distributeurs de flyers et de tracts.

La rue Carnot est vite franchie, toutes les vitrines sont occultées par des calicots A VENDRE. Il n’y a plus rien.  Quelqu’un a acheté tous les immeubles de la rue pour faire quoi ?  On ne sait pas encore.  En attendant,  l’une des plus belles artères de la ville est morte il s’agirait qu’il prennent une décision, l’enfoiré.           Elle débouche place de la République, ses fontaines, ses bancs, son kiosque de fleuriste, nous sommes dans l’oreillette gauche du cœur de la Presqu’Ile, la droite étant la place des Jacobins où justement la dirigent ses pas.

Ensuite, il n’y aura qu’à prendre à gauche l’étroite mais affolante rue Emile-Zola où se côtoient les enseignes les plus hit de la mode, et l’on arrive sur la bien nommée place Bellecour.  Un panorama mangifique. Elle se sent toujours émue en la traversant, la place est toujours plus ou moins déserte, les passants semblent pressés d’arriver comme si un vent violent allait soudain les emporter dans le vide.

Rue Auguste-Comte. La rue des antiquaires. On ne pousse pas souvent leur porte, les pièces présentées sont hors de prix.  Elle, c’est Agnès B. dont elle pousse la porte.  Elle va y passer une petite heure, tranquille, à examiner un à un chaque vêtement, sur chaque portant. Elle ne repartira pas les mains vides, jamais, il y a toujours quelque chose qui lui plait chez Agnès B.

Un homme, derrière elle, a refermé la porte du magasin. Il l’a suivie jusqu’au bout du premier portant et là il lui a adressé la parole : « Vous avez perdu quelque chose… » Elle le regarde, il a l’air d’un chanteur fatigué, il a à la main une écharpe en soie rouge, la sienne.

« Ah, soupire-t-elle, vous l’avez ramassée ?

-       Je vous la rendrai si vous refaites l’itinéraire en sens inverse, avec moi.

-       - Et pourquoi je ferais ça ?

-       - Pour écouter mon histoire.

-       - Vous pensez qu’elle peut m’intéresser ?

-       - Ah, oui !

Elle sortit de chez Agnès B. en compagnie de l’homme à l’écharpe. Il l’avait enroulée autour de son cou.

Le long de ce chemin très court et très long à la fois, il lui rappela leur histoire.  Une très courte et très longue histoire, très loin de Lyon, dans une autre vie.

A la fin il lui dit « peut-on refaire ce chemin-là ensemble ?

Elle dit que non.  En sens inverse, on ne voit plus les choses sous le même angle.

 

Sur le pont Lafayette, ils se dirent adieu une seconde fois et il lui rendit son écharpe.   Puis il disparut  et  elle rentra chez elle.  Cette fois, l’itinéraire lui sembla terne et sans charme.  Bizarrement cette constatation lui procura un soulagement intense.

 

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  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir.

Albert Camus
 «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.»

Jean-Luc Godard :
« Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. »

Marguerite Duras :
« Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »
  • Le théâtre, le cinéma et la littérature racontent des histoires faussement imaginaires dont nous sommes les héros sans le vouloir. Albert Camus «Je donne au théâtre un temps que je refuse avec obstination aux dîners en ville car c'est le lieu de la vérité. Pour vivre dans la vérité , jouez la comédie.» Jean-Luc Godard : « Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, vous faites un téléfilm. » Marguerite Duras : « Ecrire, c’est ne pas parler, c’est se taire, c’est hurler en silence. »

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