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SOUVENIRS MILLESIMES

Je me souviens d’avoir passé la main dans les cheveux de Jean-Pierre Aumont.
C’était pour un téléfilm qui s’appelait JOYEUX  CHAGRINS, tiré d ’une comédie de Noël Coward.
Il n’a pas apprécié du tout.
Il jouait mon vieux mari et le metteur en scène voulait que j’aie l’air amoureuse.
Evidemment, ses cheveux étaient clairsemés, et il les avait coiffés soigneusement de part et d’autre d’une raie sur le côté.
Il s’est levé du fauteuil où il était assis et m’a regardée, l’air furieux.
« Ne me touchez pas ! il a dit  à mi-voix, comme s’il voulait que la scène passe inaperçue du reste de l’équipe.
Le metteur en scène s’est approché de lui.
« C’est juste un jeu de scène…
« Oui, et bien trouvez autre chose.  Je ne veux pas qu’on touche à mes cheveux.
Pourtant, c’était bien les siens, j’aurais compris s’il s’était agi d’une moumoutte, mais là, il y en avait très peu, d’accord, mais…
J’ai perçu quelques rires étouffés.
« On reprend !  dit le metteur en scène.
Le grand, l’immense acteur qu’était Jean-Pierre AUMONT se rassit dans son fauteuil, l’air misérable.  Ses pommettes étaient rouges.
Je mis ma main sur son épaule.
Il tressaillit, mais enchaîna sur son texte.
On répéta la scène jusqu’au bout et la première prise fut la bonne. 
A peine entendit-il le mot « coupez ! » qu’il se leva comme un ressort et fila dans sa loge.
Je fus pleine de compassion pour lui, qui subissais son déclin sans résignation, avec la sale révolte qui amplifie le mal.

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