Conversations imaginaires

Mercredi 28 décembre 2011 3 28 /12 /Déc /2011 15:59

 

 

  Hugo-Cabret-Affiche-1-750x1000.jpg14 décembre 2011.  Le cinéma Le Marignan  à Paris est en train de se vider de ses spectateurs après la première projection de HUGO CABRET,  le dernier   film de Martin SCORSESE.

Dans un des fauteuils du premier rang, celui-ci attend la dernière image du générique de fin pour quitter la salle.  Les lumières s’éteignent peu à peu et le dernier spectateur est sorti.

Martin SCORSESE est seul.  Il est encore sous le charme de ce film qui ne lui ressemble pas.

Soudain une silhouette se profile sur l’écran comme un prolongement du générique et  SCORSESE sursaute car  il reconnaît Georges MELIES – le vrai, pas Ben KINGSLEY qui l’incarne dans son film.

 

 -Melies.jpg« Qu’est-ce qui  vous a pris, Martin SCORSESE, de faire ce film

sur moi  ? Vous devenez passéiste  avec l’âge ?

 

Abasourdi, SCORSESE ne répond rien.   MELIES poursuit  :  Ecran.jpg

 

-  Si j’avais cherché un metteur en scène pour raconter ma vie, j’aurais pensé à plusieurs Français dont j’admire le talent, mais jamais, jamais  à  vous, l’Américain,  l’auteur de TAXI DRIVER  !

 

 SCORSESE.jpgSCORSESE  enchaîne :

-  … et de LA DERNIERE TENTATION DU CHRIST !

 

-  … et de RAGING BULL, des GANGS OF NEW YORK, et de CASINO !    Vous êtes passé maître dans l’éloge de la violence. Et, tout à coup : HUGO CABRET.   Vous avez fait une conversion tardive ?

 

SCORSESE a  maintenant accepté le prodige et trouve même normal que MELIES se manifeste ainsi, s’échappant de sa propre histoire pour lui demander des comptes.

-  Allons, Georges MELIES, vous êtes trop intelligent pour ne pas avoir décelé le vrai ressort du film !

 

-  Le ressort… qui anime l’automate ?

 

Sur l’écran, le rire de MELIES répond  à celui de SCORSESE.

 

-  L’automate,  le mystère du carnet volé, les deux enfants en pleine enquête policière, tout ça… n’est qu’un prétexte pour amener la découverte d’un génie, le vôtre, monsieur MELIES !

  -  Tout ça pour ça !!

  -   Ne faites pas le modeste.  Oui, tout ça pour arriver à replonger dans la magie de votre cinéma.

  -   Cette magie  aurait paru bien pâlotte aux spectateurs si vous ne l’aviez entourée de tous vos préliminaires fantastiques…

  -   Par exemple ?   

 

    HorlogeEt bien,l’effrayante présence des rouages, des ressorts, des mécaniques déréglées, ces escaliers sans fin, ces grilles, cette horloge géante et ce petit  garçon perdu…   Il ne manque que  Robert de Niro pour nous faire croire que Hugo est un enfant de la mafia.  Finalement, mon histoire arrive comme un cheveu sur la soupe !

  SCORSESE s’agite sur son fauteuil :

  -  Comment ?  Votre histoire sauve le film !  Sans vous il ne serait qu’un documentaire sur la vie parisienne  entre deux guerres.   En réalité, Hugo croit chercher son père et il trouve Georges MELIES, le véritable inventeur de l’automate !

 

L’image sur l’écran se voile de brume.   SCIRSESE  se lève :

 

-  Attendez !   Restez encore un peu !   Vous  savez, tous ces préliminaires fantastiques, comme vous dites, ne sont que des artifices ! Les effets spéciaux, comme on les appelle ! Des trucages qui impressionnent mais n’ont pas le quart de la poésie et de la beauté de vos films !… C’est ça que je veux montrer aux gens, c’est ça qu’ils découvrent à la fin avec émerveillement : comment vous pouviez faire rêver un public avec juste des balançoires et des statues vivantes qui s’envolaient dans le ciel…

 

 decor.jpgSur l’écran Georges MELIES s’incline.

 

- Merci, Martin SCORSESE, merci...   J’ai compris. Mais il y a  deux petites  choses qui me chiffonnent dans votre film…

  -  Ah oui  ?   lesquelles ?

  - D’abord, pourquoi m’avoir rendu si méchant au début ?  Jamais je n’aurais malmené un pauvre garçon avec cette violence  !

  -  On comprend à la fin votre impatience… et vous devenez infiniment touchant.

  -  Oui, mais un spectateur qui part avant la fin emporte de moi une opinion désastreuse…

  - Dans mes films, personne ne part avant la fin ! Et quoi d’autre ?

  -  Et bien, voilà, pourquoi avoir organisé cette première pour des spectateurs malvoyants ? Ca n’est pas une bonne publicité pour votre film !

  -  Comment ça, malvoyants ?

  -  Oui, ils portaient tous des lunettes noires !

 

A cet instant, l’écran devient noir et le  rideau rouge tombe.  Les portes de sortie claquent.  Le cinéma va fermer.

SCORSESE n’a pas eu le temps d’expliquer à MELIES le  système 3D… un  trucage  de plus qui l'aurait émerveillé, sans doute...

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Jeudi 8 décembre 2011 4 08 /12 /Déc /2011 21:45

 

 

  YSL-priere.jpgIls sont là tous les deux, attendant leur récompense, Yves SAINT-LAURENT et Karl LAGERFELD, sur le podium du concours de stylisme organisé par le Secrétariat  International de la Laine.

Nous sommes en 1954.   Yves SAINT-LAURENT a 18 ans, Karl LAGERFELD en a 21.   Ils portent le même costume sombre, chemise blanche, cravate noire.


 concours003.jpgils sont encore modestes, loin des excentricités qui vont marquer l’ère nouvelle.

Yves SAINT-LAURENT  a remporté le 1er prix dans la catégorie « robes du soir », Karl LAGERFELD le premier prix  dans la catégorie « manteaux ».

Ils sont maintenant armés pour  affronter  la gloire, ce qui ne saurait tarder pour Yves SAINT-LAURENT.  Karl LAGERFELD, lui,  devra attendre beaucoup plus longtemps  la consécration.

Aujourd’hui, ils sont l’un comme l’autre  aussi timides, aussi effarouchés, aussi peu conscient du destin qui les attend.

 

  yves-saint-laurent-h-robe-longue-en-velours-noir-1288866397.jpg- J’aime beaucoup le fourreau noir que vous avez créé, dit Karl de sa voix saccadée aux accents germaniques.

- Merci,  répond  Yves.   Votre manteau jaune est d’une originalité folle.

- Diriez-vous qu’il est « élégant » ?

-  Le manteau est un thème qui m’est moins familier. Mais pour parler de la robe du soir, je dirai que « l’élégance  c’est une robe trop éblouissante pour oser la porter deux fois. »    ( Heureusement, il a vite élargi sa définition de l’élégance…)

Haute couture, hautes sphères. Ils se séparèrent sans état d’âme ce jour—là mais leurs  trajectoires  allaient   se côtoyer avec   panache   au coeur de ces années flamboyantes où la Mode régna sur Paris.

 

 

 

 

 

 

Defile.jpg7 mars 2011. Défilé Prêt à Porter Yves-Saint-Laurent par Stefano Pilati à l’hôtel Salomon de Rothschild.

Comme à chacun des défilés de son successeur, Yves Saint-Laurent se glisse dans l’assistance et assiste à tous les passages.  Il est debout devant le backstage, tendu, nerveux comme il l’a été à chacun de  ses défilés, pendant toute sa carrière.

Aujourd’hui, l’ambiance est électrique car la collection a un bouche-à-oreille très flatteur. Les mannequins  sont parfaites, comme il les aime : hiératiques, racées.

 

Fillesjpg.jpgA côté de lui, une voix murmure :

« Tu as eu la gloire avant moi, mais moi, je suis vivant et je vois mes défilés.

 

 

SAINT-LAURENT sait que son ami Karl l’a toujours  admiré  et  jalousé.

- Crois-moi, Karl, je suis mieux là où je suis.  J’ai  rencontré  la sérénité. Regarde, mes mains ne tremblent plus.

 

- Es-tu satisfait de ton successeur ? 

 

-  Oui. Stefano PILATI  suit mon inspiration.  Il  a tous mes dessins en tête.  Il traduit les désirs des femmes d’aujourd’hui avec mes secrets d’hier.

 

-  Il fait du SAINT-LAURENT comme moi je fais du CHANEL, éternellement.

 

-  Préfèrerais-tu faire du GALLIANO et détruire la notion même de l’élégance ?

 

-  Ah, non !  Il faudra des décennies pour refaire l’image de DIOR.

 

SAINT-LAURENT soupire.

-  Mais est-ce que les femmes souhaitent  toujours  être  élégantes ?  J’en doute.

 

-   Moi non.   J’entre parfois rue Cambon et je vois des femmes qui ne sont pas des milliardaires, les yeux brillants en enfilant une de mes vestes. 

 

-  Tu as raison.    Regarde  le succès que remporte cette collection : les clientes du premier rang sont éblouies,  alors qu’on les croyait ciblées rock n’roll  !

Karl applaudit le passage sur le podium d’un manteau spectaculaire en marabout blanc.

-  Sublime.  Tu me bats ! Pardon, Stefano me bat !   Je m’en vais, j’en ai assez vu, tu es encore très présent, Yves.

Yves SAINT-LAURENT le retient :

- Attends !   Dis-moi, est-ce que tu vas toujours dìner à la Coupole avec ta bande ?

Karl ricane.

-  Je n’ai plus de bande, et la Coupole n’est plus dans le vent.

 

SAINT-LAURENT  est parti dans ses souvenirs :  24987-yves-saint-laurent-karl-lagerfeld-copie-1.jpg

- Nous avions toi et moi notre table réservée pour douze ou quinze, nous ne nous mélangions jamais, nos bandes se détestaient  et tout ça finissait au Sept jusqu’au petit matin…

 

-  Je n’ai jamais aimé ces débordements.  Toi, la nuit, tu étais un autre homme.

 

SAINT-LAURENT sourit  :

-  J’essayais d’oublier mes angoisses.  LOULOU DE LA FALAISE me communiquait sa gaîté.    Je viens de la retrouver, c’est un bonheur.  Et toi, Karl ?  Quand viendras-tu ?

 

Karl  émet un grognement de colère et   frappe  YVES  de son gant.

-  Tais-toi !  Ce monde-ci me convient très bien !  Je ne suis pas névrosé comme toi.  Adieu !

 

Karl LAGERFELD quitte le salon d’honneur de l’hôtel alors que les applaudissements frénétiques  saluent la fin du défilé.  

Cet  homme me  fera  toujours  de l’ombre.   Même  quand il est dans les ténèbres.yvessaintlaurent.jpg

 

 

 

 

(ndlr : cette conversation imaginaire est dédiée à Jacqueline et Martin, de la Maison Saint-Laurent, qui ont gardé la mémoire du Maître.)

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Mardi 15 novembre 2011 2 15 /11 /Nov /2011 17:03

 

  iaffiche.jpg

 

 

Le 22 octobre 2011 jour de l’avant-première du film de Steven SPIELBERG : LES AVENTURES DE TINTIN – LE SECRET DE LA LICORNE à Bruxelles.

 

moulinsart02.jpgDans le salon du château de MOULINSART, la demeure familiale du capitaine HADDOCK,celui-ci reçoit TINTIN, MILOU et DUPONT&DUPOND pour échanger leurs impressions  sur le film. 

Le capitaine a ouvert le meuble-bar et ouvre une bouteille.

 

« Mille sabords, ce SPIELBERG aurait fait un bon capitaine…. j’ai revu la prise de la LICORNE comme si j’y étais… Un  whisky, mes amis ?

 

« Non, capitaine, vous savez que je ne bois que de l’eau.

 

« Nous, volontiers, dit  DUPONT.

« Je dirais même mieux :  volontiers, dit DUPOND.

 

TINTIN paraît soucieux.  Il  se remet  en mémoire les images du film.

« C’est un peu brouillon, vous ne trouvez pas ?   L’écran déborde d’images qui vous sautent à la figure.

 

« Nous, nous sommes très ressemblants ! dit DUPONT.DupondDupont.JPG

« Je dirais même mieux :  très ressemblants, ajoute DUPOND.

 

« Il m’a mis des joues rebondies comme un poupon,soupire TINTIN.  Je suis plus joli dans la BD.

 

  _haddock.jpgLe capitaine HADDOCK  remplit son verre pour la deuxième fois.

« Moi je n’avais pas bu, hein, avant la projection, vous êtes témoins, tous les trois ? Et bien je n’ai pas vu les frères LOISEAU, ces salopards qui squattaient ce château dans l’album…

 

« Non, dans le film, le méchant c’est Yvan IVANOVITCH SACCHARINE… Un nouveau…

 

« Attendez ! Et TOURNESOL ?  Pas de TOURNESOL dans l’histoire, vous trouvez ça normal ?

Il vide son verre.

«  Un autre verre, mes amis ?

Les DUPONT&DUPOND tendent immédiatement leurs verres.  Le capitaine HADDOCK les remplit, se sert une nouvelle rasade et enchaîne :

 

« Et BARNABE ?    J-j-je n’ai pppas  vu  BBBARNABE, mille sabords  !

 

 

TINTIN se lève et tente de leur expliquer.

«  Ecoutez-moi.  HERGE m’avait fait part des idées de SPIELBERG.  Les scénaristes ont mélangé les personnages du CRABE AUX PINCES D’OR et du SECRET DE LA LICORNE. Ils en ont supprimé certains et ajouté d’autres.

 

« Mais enfin, tonne HADDOCK, de quel droit ?  HERGE est un crétin d’avoir laissé faire… hip !

 

« Pourquoi ?  Ca ne change pas l’histoire.   Et nous quatre, sommes plus vrais que nature !

milou.jpg

MILOU se met à aboyer frénétiquement.

« Ah, oui ! J’oubliais MILOU ! Nous cinq, sommes plus vrais que nature…

 

MILOU continue à aboyer, l’air féroce.  TINTIN se met à rire. 

« Je sais, MILOU trouve qu’il a l’air empaillé dans certaines scènes. C’est vrai, non ?

 

« Empaillé ?  Pourtant au marché aux Puces, il se gratte comme un beau diable ! 

« Oui, et je dirai même mieux : comme un beau diable !

 

TINTIN est pensif :

« C’est dans cet album, le onzième, qu’HERGE a dessiné pour la première fois le château de MOULINSART. C’est donc la première fois qu’il nous présente votre demeure ancestrale, capitaine.  Mais comment se fait-il que vous ne connaissiez pas l’existence de la deuxième cave,  derrière le mur de briques ?

 

 

Le capitaine HADDOCK s’est affalé dans un fauteuil et flotte dans un no man’s land.

« Comment ?  La cave ?  Mmmmais je connaissais la cave, c’est là que je venais ch-ch-chercher mon whiskkkky   hip !

 

 

tintin_seul.jpg« Il y a une énigme là-dessous.  Milou, nous allons visiter les sous-sols.

Il se lève, suivi de MILOU frétillant.

Les deux policiers se lèvent à leur tour.

 

« Monsieur TINTIN, nous sommes à vos ordres.

« Nous sommes comme qui dirait à vos ordres, monsieur TINTIN.

 

Ils se dirigent vers l’escalier.  Le capitaine se lève en titubant.

« Où allez-vous, gredins ?   Ma cave est fffffermée à clefs ! J’ai la clef !

 

Ils arrivent devant la porte de la cave et le capitaine HADDOCK se met en devoir d’ouvrir la grosse serrure avec un grand rire :

« Que voulez-vous boire ?  Du rhum des Antilles ? Du scotch irlandais ? J’ai tout ce qu’il vous faut !

Mais TINTIN suivi de ses acolytes s’engouffre dans la pièce humide et sombre en direction d’une porte à demi cachée par une pile de casiers à bouteilles.

 

« Là, derrière cette porte… HERGE m’a dit qu’il y avait de quoi faire capoter le film !  Capitaine, vous avez la clef de cette porte-ci ?

 

Le capitaine se précipite :

« Là aussi il doit y avoir  de l’alcool !  Voyons ça…

Il bascule tous les casiers qui s’effondrent dans un bruit épouvantable de verre cassé et finit par  trouver la bonne clef.

 

« Nous y sommes !  Entrons avant qu’ HERGE arrive, il nous supprimerait de cette planche !

 

Le groupe pénètre dans cette deuxième cave, plus petite et encombrée d’objets hétéroclites.

« De la lumière ! demande TINTIN. 

 

  MILOU saute sur une chaise bancale et aboie en direction de la lucarne  donnant sur les douves.Milou-2.jpg

 

« Là !  Une lampe à pétrole ! Vous avez un briquet, DUPONT ?

 

DUPONT sort son briquet et allume la mèche qui se met à trembloter.   Une faible lumière éclaire la pièce et dévoile la nature des objets entassés en désordre.

Des postes de télévision cabossés, un carton rempli de téléphones portables, des vieux jeans délavés,  une carcasse de MINI COOPER, des fours micro-ondes, des ordinateurs…

TINTIN avise une fusée rouge en miniature posée sur un album intitulé « ON A MARCHÉ SUR LA LUNE ». 

 

« Je sais ! s’exclame TINTIN, ce sont tous les éléments de décor interdits à SPEILBERG pour le tournage !  HERGÉ m’a dit que le réalisateur lui avait promis de garder au film son époque indéterminée.  Il a tenu sa promesse !

 

Des pas résonnent au-dessus d’eux en même temps que la lampe s’éteint.

Ils s’apprêtent à quitter la deuxième cave quand la voix d’HERGE se fait entendre :

« Ah ! Je vous y prends, sacripans !   MOULINSART a des secrets que je garde pour mes prochaines aventures !  TINTIN, tu es trop curieux ! Remontez tous ici !

 

Honteux, ils reprennent place dans le salon, et MILOU gémit doucement en signe de contrition.

« Vous avez aimé le film de SPIELBERG ?Herge.jpg

Tous en chœur :

« Oui oui, c’est bien notre histoire dans LE SECRET DE LA LICORNE !

« Et bien préparez-vous à vous revoir dans LE TRESOR DE RAKKHAM LE ROUGE qui sortira bientôt !  Mais sortez vite de MOULINSART, c’est un château fictif qui ne figurera plus dans les aventures de TINTIN.  Je vais l’effacer… mais vous, je vous garde, vous allez encore faire les quatre cents coups aux quatre coins du monde… pour le plus grand bonheur des enfants de 7 à 77 ans !images-copie-1

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Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 19:23

 

Avec-Yves.jpg" Pourquoi tu t'en vas si vite, Loulou ?

 

« J’en avais marre de la vie, ça ne m’amusait plus de ne plus être muse !

 

« YVES  SAINT_LAURENT  te manquait ?

 

« Oui, terriblement.  Les bijoux, c’est bien joli, mais ça ne remplace pas la présence charnelle d’Yves, mon meilleur ami.  Il était en perpétuel mouvement et diffusait son énergie créatrice à tout son entourage.  Un homme pareil, quand il disparaît, il vous laisse privée de l’essentiel.

 

«  Tu avais bien encore des amis complices avec qui partager tes regrets ?

 

« Ah, des amis…          oui, quelques-uns…  Marianne FAITHFULL, la sublime… les anciens rockers, mais plus tellement dans la mode.  D’ailleurs, leur vue me terrifiait.  Les voir se ratatiner peu à peu alors que je les avais connus si beaux…

 

« Tu avais encore de belles années devant toi…loulou-de-la-falaise-637x0-2.jpg

 

«  Ah, tu trouves ?   Mes plus belles années sont derrière moi, avec Yves et toute la Mode, quand PARIS était flamboyant et joyeux, plein de femmes étincelantes, d’artistes inspirés et de musiques géniales.   Aujourd’hui les Français s’habillent de gris, tout le monde se ressemble, on ne fait que repasser les mêmes musiques, qu’admirer les mêmes tableaux, et tous les plaisirs sont interdits, on ne fume plus, on ne roule plus des mécaniques sur les autoroutes, on a honte d’être riche, on cache sa Rolls dans son garage, on ne met plus sa fourrure qu’en Suisse….

Je fuis cette époque de prohibition, ah, je ne regrette rien, je n’ai plus ma place ici.  

 

« C’st affreux de t’entendre, LOULOU,  ce monde a encore quelques beaux restes…

 

« Oui, peut-être.          pour ceux qui n’ont pas connu les années glorieuses d’avant Mai 68 !   Nous autres, les vieux hippies, sommes dépassés par votre progrès abrutissant, votre INTERNET. votre FACEBOOK, votre téléphone tactile, tout ça…    Je pars en plein marsme, la crise est partout, vous n’aurez bientôt plus un kopek à mettre en banque d’ailleurs, toutes les banques auront fait faillite, alors ciao !

 

Partie dans son réquisitoire plutôt goguenard, elle s’arrête net, son beau visage pâlit soudain et elle ajoute tristement :

«  Et surtout… surtout !… lorsque votre corps vous échappe, pris en main par le PARASITE UNIVERSEL,  cette saloperie de crabe qui vous enlève peu à peu à l’attraction terrestre…

 

Et je la vois toute entière évanescente, lumineuse, s’élever dans le ciel au-dessus de sa maison, de son jardin,  se fondre dans la lumière crépusculaire de ce samedi de novembre, un bon mois pour mourir, assurément.

Demain j’irai dans sa boutique rue Cambon m’acheter un de ses bijoux,  fleurs de pierres multicolores, un souvenir qui lui ressemblera.images.jpg

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Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 16:46

 

 

pommier.jpgUn jour Dieu le  Père eut l’idée d’aller faire un tour dans le jardin d’Eden qu’il n’avait pas visité depuis longtemps. Quel endroit merveilleux, pensa-t-il, où les hommes auraient pu couler des jours heureux. 

Arrivé devant l’arbre de la science du Bien et du Mal, un magnifique pommier doté de quarante pommes éternellement mûres, il s’aperçut qu’il n’y en avait plus que trente-six.  Il regarda autour de lui et vit, dissimulés dans les bosquets, cinq personnages qui avaient pu se glisser par les grilles ouvertes.

Dieu leur fit signe d’approcher.

« Ce jardin est interdit aux hommes, vous devez le savoir. Mais je suis d’humeur clémente. J’ai une question à vous poser. Chacun de vous devra me donner sa réponse, et méritera peut-être de demeurer ici pour l’éternité.  Ma question est : « Qu’avez-vous fait de la pomme ? »

 

 

adam_eve_xir155365_hi.jpgUn couple se détacha du groupe et s’avança, se tenant par la main, l’air contrit . L’homme prit la parole :

« Seigneur, nous ne sommes pas dignes de revenir dans ce jardin. Nous avons croqué la Pomme.  Mais nous avons largement payé notre  faute et nous espérions…

Dieu l’arrêta :

« Mon pauvre Adam, ton épouse s’est laissé convaincre par Satan

et votre faute a rejailli sur l’humanité jusqu’à la fin des temps. La Pomme a été pour vous le symbole du Mal. Votre place n’est pas dans ce jardin.

 

tell-ch.jpgLe deuxième homme  s’approche :

« Seigneur, si j’aime passionnément la Pomme, c’est qu’elle m’a permis d’épargner la vie de mon enfant.

 

Dieu réfléchit un instant puis déclare :

« Guillaume TELL, t u as eu le courage de viser la pomme si près de la tête de ton fils.  Mais tu as dissimulé sous ta chemise une deuxième flèche que tu destinais au bailli au cas où tu aurais touché l’enfant.  Est-ce vrai ?

-  Oui, Seigneur.  Quel père n’eût pas eu la même idée ?

-  La Pomme t’a a inspiré des idées de revanche et de meurtre. Elle n’a donc pas servi à faire progresser l’humanité.  Je ne peux te permettre de  rester au jardin d’Eden.

 

newton-exps.jpgLe troisième homme prit la parole :

« Seigneur, la Pomme m’est tombée sur la tête et j’ai alors compris le mystère de l’attraction universelle.  J’ai passé ma vie à ouvrir aux hommes de nouveaux horizons.

Dieu posa  sa main sur son épaule :

« Cher  Newton, je te félicite, tu as fait de la Pomme le symbole de la Connaissance.  Reste ici, t u feras encore d’immenses découvertes car tout est mystère sur cette terre.

 

 

 

steve-jobs.jpgLe dernier arrivé au Paradis s’inclina devant Dieu sans mot dire.

« Et toi, STEVE JOBS, qu’as-tu fait de la Pomme ?

Steve JOBS répondit modestement :

« Je n’en ai fait qu’un signe de ralliement. Celui d’un monde nouveau.   Sera-t-il le symbole du Bien ou du Mal ?  Je ne peux pas le dire, Seigneur.

« Et pourquoi l’image de la pomme croquée ?

STEVE  JOBS eut un sourire malicieux.

macbook-air-apple.jpg« Sur chaque capot de mes ordinateurs, il y a un pied de nez à votre sentence, Seigneur.  Adam et Eve ont eu beau croquer la Pomme,  l’homme continuera à évoluer, car la Pomme est faite pour être croquée !

Dieu le Père éclate de rire.

« Tu as raison, Steve.  Et tu as superbement contribué à cette évolution.  Voilà une façon de croquer la Pomme qui fait du bien à tout le monde !

il fait signe à Isaac NEWTON         .

« Restez ensemble dans ce Jardin, autant que vous le désirez.

Vous observerez  la suite des évènements… et je peux vous dire que vous n’êtes pas à l’abri des surprises !

Il s’éloigna tout pensif : décidément, croquer la Pomme, ça peut aider !  Ca m’avait échappé. J’ai peut-être été trop dur avec Adam et Eve…

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