Conversations imaginaires

Vendredi 25 mars 2011 5 25 /03 /Mars /2011 16:59

 

 

Liz TaylorLa salle de projection de la propriété de Liz TAYLOR à Beverly Hills. C’est la nuit.  Richard BURTON et Liz TAYLOR sont assis dans les profonds fauteuils face à l’écran géant où la NBC  retransmet « QUI A PEUR DE VIRGINIA WOOLF ».

A leurs pieds, deux verres et une bouteille de scotch.Woolf


 

-  Tu avais vraiment un rire hystérique.

- Forcément, je jouais une hystérique.

-  Tu en fais des tonnes, on sent les cours de l’Actor’s Studio, c’est  surfait, surjoué, inécoutable  !

-  Et regarde-toi donc : un pantin articulé qui pue l’alcool !  Ton rire est encore plus artificiel que le mien !  Tu joues faux, archi-faux !

- Cette pièce est écrite par un fou furieux, pour des acteurs déglingués.


On n’aurait jamais dû tourner ça.

-  MiKe Nichols est un BIG, very BIG director.

-  Ah oui, ton Mike NICHOLS.  Tu te l’es fait sans hésiter, et sous mon nez, encore !  Tu étais une pute à l’époque.

-  You bloody monster, tu confonds avec ZEFFIRELLI.

- Enfin, on voit bien dans ce film que tu me détestais déjà.

-  Tu n’y connais rien.  Je t’aimais plus que tout.  C’est l’année où je t’ai aimé le plus.

-  Oh non, l’année où tu m’as le plus aimé est 1972, quand tu as eu 40 ans et que tu as compris que tu n’étais plus qu’une fucky  old  bitch.

-  Fuck you sale menteur  ! Je n’ai jamais été aussi belle qu’à 40 ans !  Et d’ailleurs, tu étais fou amoureux,  regarde !

 

Elle lui brandit sous le nez sa main droite où étincelle un diamant de 68 carats.

 

-  Tiens, tu le portes encore, même morte ?

-  Oui, les bijoux are a girl’s best friends.

-  Bon on peut couper cette connerie où on est grotesques ?

 

Elle coupe le son et ils se dirigent vers le bar avec leurs verres. BURTON les remplit de scotch. Ils trinquent  et boivent chacun leur verre cul sec.  Elle lui caresse la joue.

 

- ¨Pourquoi tu es parti si vite ?

-  Dis-donc, tu m’avais quitté  la première pour épouser ton sénateur WARNER.

-  Mais après lui, tu as refusé de m’épouser une troisième fois.Burton.jpg

-  Entretemps, tu t’étais  envoyé la moitié des stuios de Hollywood.

-  Il y en a deux que j’ai aimés sans espoir…

-  Tiens ! Tu n’étais pas irrésistible ?

-  Pas pour Montgomery CLIFT, pas pour Michael JACKSON…

-  Le premier n’aimait que les mecs,  pour le second tu aurais pu être sa grand-mère !

-   Merci.  Dis-moi, avec le recul,  parmi les films que nous avons tourné ensemble, quel est celui que tu préfères ?

- Tu as d’autres bouteilles, quelque part ?

-   Don’t worry.   Finissons d’abord celle-ci.

 

Il remplit les deux verres qu’ils boivent à nouveau cul sec.

 

- Qu’est-ce qu’on a pu descendre, à nous deux, hein ?  (ils éclatent de rire et s’enlacent tendrement)     Alors, ton film préféré ?

cleopatre.jpg-  Let me see.., je crois bien que c’est CLEOPATRE.  C’était des personnages fascinants. Je me sentais impérial en Marc-Antoine, je me sentais dans sa peau, vraiment réincarné… Nous étions les rois du monde.  C’était un film immense, géant, magnifique.

-  Mais surtout, c’est dans ce film que nous nous sommes tombés dans les bras !..  Souviens-toi, nous étions tous les deux mariés et la presse criait au scandale !  Mankievicz a dû faire courir le bruit qu’il était amoureux de toi !

. Le problème c’est que tu  étais tout le temps  malade !  Le tournage n’arrêtait pas d’être interrompu.  On n’en voyait pas la fin.

-  J’ai  gagné une fortune pour ce rôle :  un million de dollars et 10%  des recettes…

-  Ces années-là tu étais l’actrice la mieux payée du monde.

- J’ai tout donné à ma Fondation pour le SIDA.

-  Et aux marchands d’alcool.

-  Tu m’aidais bien pour ça.  Tiens, sous le bar, tu vas trouver une caisse de scotch.

 

 BURTON débouche une nouvelle bouteille.  Ils se servent chacun un verre, qui sera suivi de beaucoup d’autres, entrecoupés de rires et d’injures.

 

Derrière eux, sur l’écran,  Martha et Georges continuent leur jeu de massacre sous les yeux du jeune couple qui va bientôt les imiter.

 

-  Tu es  encore belle, malgré tes kilos…  Tu devrais maigrir.

-  Il faudrait que j’arrête de boire.

- Ne change rien. Nous sommes deux alcooliques et c’est comme ça qu’on s’aime.

-  Tu sais, ce que je crois ?

- Non, my love.

-   Si nous nous sommes tant chamaillés, c’est à force de tourner des scènes de ménage. Ca nous a fait du mal, finalement.  Parce qu’au fond, tu étais l’homme de ma vie.baisers.jpg

 

Il pose son verre, la prend dans ses bras et l’embrasse fougueusement.   

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Vendredi 18 mars 2011 5 18 /03 /Mars /2011 19:10

S

 

 

chemise blanche 

23 février 2011.  Le studio de Radio Classique où Gilles VERLANT, le biographe de Serge GAINSBOURG, est l’invité en direct de Olivier BELLAMY.

Assis dans l’ombre, Serge écoute ça sans piper.    On le sent très malheureux de ne pas pouvoir fumer.  Il porte un costume noir sur une chemine blanche ouverte et il est chaussé de ses éternelles  cycliste Repetto.  Il  a de belles mains fines de pianiste.

 

-  C’est vrai, tout ce qu’il raconte  sur vous, ce biographe ?

-  Affirmatif.  Son livre fait de moi un héros, mais c’est un peu tard.

- Il paraît que vous lui avez accordé plus d’une centaine d’heures d’interview.

  Vous prépariez votre postérité, en somme ?

-  Postérité je m’en tape  je le recevais sur sa demande, vu ?  Il m’a harcelé pendant des années.  C’est tout bénef pour lui, aujourd’hui  il est che-ri, VERLANT ( il rit tout seul du bon mot)

-  Et ce film, GAINSBOURG vie héroïque, vous l’avez vu ?Affiche.jpg

-  Of course. 

-  Et alors ? votre impression ?

-   Un :  le sous-titre est ridicule, à moins de le prendre au  51ème degré, comme le  Pastis.  Deux :  je ne savais pas que j’avais un jumeau aussi vilain que moi.  Avoir déniché ce mec-là,  Eric ELMOSNINO, c’est fortiche.   Trois : pour ce qui est des nanas…  les pauvres.   Passons.  La CASTA  s’en sort  pas mal mais à côté de BARDOT c’est une poupée gonflable.  Cela dit, je l’aurais connue à l’époque, j’aurais bien fait un duo de musique de chambre avec elle.

 

- Avec quel artiste aimeriez-vous qu’on vous compare ?

-  Avec Boris VIAN.  Si vous prononcez le nom de Léo FERRE, je me barre.

-  Qu’avez-vous de commun avec Boris VIAN ?

- On nous a craché dessus, faute de cracher sur nos tombes.

-  Poètes maudits ?

-  Maudits mais pas marginaux, attention !  Moi en tout cas, j’aimais le luxe et je ne me privais de rien.  

-  Vous avez souffert de votre célébrité ?

 

Il éclate de rire.

 

-  Ah ! Elle est bien bonne.  Je suis célèbre depuis le 2 mars 1991,  jour où j’ai cassé ma pipe. 

-  Enfin quand même !  Vos chansons pour GRÉCO, François HARDY, France GALL   Jane BIRKIN, Catherine DENEUVE…ont été des tubes !

-  Pour  les chanteuses, pas pour  les chansons.

-   Vous avez un tableau de chasse impressionnant. Pour un homme qui se dit laid !

-  J’ai ma botte secrète, vous savez. (sourire en coin)

- Votre favorite ?  BARDOT ou BIRKIN ?

 -  Domaine privé. No comment.Avec-BB.jpg

 

 

On entend à ce moment-là le 1er mouvement de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvoràk.

Serge chantonne « INITIALS B.B »

-  Une œuvre magistrale !

-  Elle le valait bien…

-  Vous avez été un grand prédateur de musiques classiques, non  ?

-   J’aime la grande musique.  Moi je fais de la petite musique.

 De la musiquette.  Un art mineur.  Donc, j’emprunte.

-  Vous empruntez aussi aux poètes, comme Verlaine,  pour « JE SUIS VENU TE DIRE QUE JE M’EN VAIS… Etes-vous tellement à court d’inspiration ?

-  Pour dire la souffrance,  me sens très en-dessous.  J’ai besoin qu’on me souffle les mots.  Je suis  minable.

-  Quelqu’un a dit « le plus grand signe d’orgueil c’est de se mépriser soi-même ».  Pourquoi, à votre avis, le public vous a-t-il   porté aux nues ?

- Parce que… (il susurre) j’étais très porté sur  les nues !… Non, parce que  j’étais alcoolique, provocateur, érotomane.   Ma chanson « JE T’AIME, MOI NON PLUS » m’a fait faire un bond au hit parade.  Là, j’ai fait fort : faire un scandale avec un prélude de CHOPIN !   (il se marre).

-  Il ne s’agissait donc pas de talent ?

-   Pas de talent musical, en tout cas. 


-  Avez-vous gagné beaucoup d’argent ?

- Pas mal.  Mais le fisc prenait tout. Quand j’ai brûlé ce billet de 500 francs à la télé, en 1984, c’était pour dénoncer le racket fiscal.

 

Il écoute le morceau suivant : le 4ème mouvement de la sonate pour piano N°1 de Beethoven.  Il chantonne «  Je suis une poupée de cire, poupée de son… »

je le regarde.  Même assis de guingois sur sa chaise, il  impressionne par son élégance naturelle.   Une élégance que l’on retrouve dans tous ses textes, même les plus grivois. Son visage  creusé au regard mélancolique est  celui d’un homme revenu de tout.  Il est finalement très séduisant.

 

-  Vous avez dit une phrase  historique : « Le grand avantage de la laideur, c’est qu’elle dure. »  Et bien, je ne suis pas d’accord.

- Ah non ?

-  Non, quand je vous regarde, je vous trouve beaucoup plus beau qu’à vingt ans.

 

Il a un sourire tordu pour masquer sa joie.  Au fond, il n’est pas si désabusé que ça.  A l’antenne, Olivier BELLAMY et Gilles VERLANT  n’en finissent pas de chanter ses louanges.

 

Il pousse un soupir et se lève brusquement.

 

 Cigarette-  J’en peux plus, j’ai besoin d’une cigarette.  Et d’un 102.  Je vais voir où je peux trouver ça.

 


Il sort du studio sur la pointe des pieds.  J'ai attendu le temps d'une cigarette.

Mais il n'est pas revenu.

 

 

 

 

 

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Mercredi 9 mars 2011 3 09 /03 /Mars /2011 17:30

 

 

Prince.jpgCap Kennedy, Floride, le 26 juillet 1971.  Le jour  n’est pas levé. A la cantine du  Space Center, l’équipage de la mission APOLLO 15 prend son petit déjeuner avant de partir pour l’aire de lancement.

Là, après un dernier contrôle médical, les trois pilotes de la mission, avec à leur tête le commandant David L. Scott, enfilent leur combinaison et prennent place à bord du  module de command/service. Ils ne sont pas seuls : derrière eux, un pilote suppléant et un passager inattendu, muni d’une autorisation spéciale de Washington : Michaël JACKSON.

 Il a à peine 13 ans et c’est déjà une star.  avec les Jackson Five. Dans ses écouteurs, il entend ma voix qui lui parvient de la salle de  contrôle au sol.Enfant.jpg

 

-       Michaêl, ça va ?  Le lancement est imminent. Comment vous sentez-vous ?

-       I’m fine !  Regardez les deux mecs devant moi. Ils sont cool.

-       Oui, mais eux, ils sont préparés…

-       Mais moi, figurez-vous, je suis fait pour ce genre de voyage.

-       Vous avez eu une autorisation spéciale…

-       Top secret.

-       Vous allez revenir sur terre ?

-       Oui, je n’ai accompli qu’une partie de ma mission.

-       Quelle mission ?

-       Rassembler les hommes autour de la Musique.

-       Vous êtes déjà, avec vos frères, au top du succès.

-       Je veux accomplir ma mission SEUL.

-       Qu’allez-vous faire sur la Lune ?

-       Blanchir ma peau.  J’ai payé mon tribut à ma race originelle,

-       il faut maintenant que le reste du monde me reconnaisse.

 

Il est 13h 34.  Le premier étage de la fusée Saturn est propulsé dans un bruit épouvantable en haute atmosphère, puis le second étage, et pendant quelques minutes il fut impossible de se parler.Fusee.jpg

 

-  Allo Michaël, tout va bien ?

- Ah, je respire.  L’atmosphère terrestre m’étouffe. C’est plein de microbes chez vous, it makes me sick.

-La Terre est la planète la plus polluée ?

- Chaque planète a sa pollution. Le tout est de s’y adapter.

-Vous êtes né sur Terre, vous avez eu le temps de vous adapter !

- Je venais d’ailleurs, j’ai eu du mal. J’ai eu une enfance douloureuse, un martyre.   Les hommes me faisaient peur.

-Pourquoi  ?

-  Les hommes sont comme les loups. Quand je redescendrai sur Terre, je chercherai la compagnie des enfants, comme le Christ.

- On vous accusera de pédophilie…

- Je sais. I don’t care.  Avec les enfants il ne sera pas question de sexe, mais d’amour. 

Les enfants n’ont pas encore perdu l’innocence. Je chanterai pour eux.  Je leur apprendrai le moonfoot et je mettrai le beat dans leur corps, pour qu’ils dansent comme moi.


_ La mission APOLLO, pour vous, c’est des vacances ?

- Yeah !  Ces trois mecs vont marcher sur la Lune, ça me fait bien rire, tous les Terriens vont  crier au miracle ! Moi, je n’ai pas besoin de scaphandre,  je peux  débronzer en paix.

-       Pour vous, Michaël, le bonheur c’est quoi ?

-       Hapiness is dangerous.smiling-2.jpg

-       Pensez-vous déjà à l’amour ?

-       Love is a Thriller

-       Etes-vous bon ou méchant ?

-       I am Bad.

-       Votre prénom préféré ?

-       Billie Jean.

-       Quel est le point fort de la planète Terre ?

-       History.

-       Votre point fort ?

-       Invincible.

La liaison s’interrompt.  Puis Michaël reprend  la parole :

 

 -n Nous sommes à 310km d’altitude.  Les instruments de bords ont une défaillance. Le commandant Scott n’est pas inquiet, ça va se réparer.  De toute façon, je sais que je reviendrai sur Terre sain et sauf.    En répondant à vos petites questions, je vous ai énuméré  les titres de mes fururs  albums, de 1982 à 2003.  Ils vont tous cartonner, all over the world. .  Mais je ne connaîtrai pas le bonheur pour autant.Implorant.jpg

-       Comment le savez-vous ?

-       Je sais que je ne pourrai plus  revenir sur la Lune avant ma mort. Les missions Apollo seront abandonnées.  Blanchir ma peau va devenir un supplice. Je ne pourrai plus me montrer en public.

-        Mais pour les concerts…

-        -  Chapeau noir, lunettes noires, gants blancs, maquillage. Ils me reconnaitront à ma voix et à mon swing.   Il y aura des sosies de moi partout …

-       Vous pouvez influencer votre destin !

-        Non, je dois jouer le jeu jusqu’au bout. J’ai choisi une mission humaine, je dois accepter mon destin d’homme.

-       Vous aurez bien des instants de bonheur ?

-       Smiling.jpgOh yes, on stage,  sur scène entouré de mes musiciens, tout mon corps envahi d’ondes rythmiques, et devant moi une foule hypnotisée, délirante, soulevée de terre, oubliant le MAL par la force de la Musique.  That is happiness.

-       Et la fin, comment la voyez-vous ?

-       Je suis devenu un fabuleux trésor !  Ils veulent tous leur part du trésor !  Un ultime concert qui  cartonnera all over the world !  Ils vendent des tickets et des tickets, ils ne rentreront pas tous, mais qu’importe, le blé rentre, lui, et ça fait un méga pacson à se partager !  Moi je regarde ça et je laisse faire.  Je suis dépassé.  Je fais le mort,  je les laisse me shooter, me droguer, me déglinguer. Ils veulent ma peau because Assurances, you know  ? C’est bon, ça. C’est ce que je voulais.  Je laisse derrière moi la preuve que je suis Invincible : ce film qui montre que deux semaines avant le début du concert à Londres, j’étais en pleine forme !  Il sera vendu à des millions d’exemplaires… et…

 

Sa voix devient inaudible.

 

-       Allo ?  Michaël ? Allo ?  Comment s’appelle ce film ?sur-la-Lune.jpg

-       … THIS IS IT .

 

Et ce fut tout.

 

 

… 

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Mercredi 2 mars 2011 3 02 /03 /Mars /2011 17:24

 

MARILYN  MONROE,   la Blonde sans filtremarilyn 1

 

5th Helena Drive, Brentwood, fin  juin 1962.

La gouvernante Eunice Murray  nous introduit dans la chambre de Marilyn. « Ten minutes, no more ! » nous dit-elle avant de se retirer.

Marilyn  est en plein tournage de « SOMETHING’S GOT TO GIVE», qui ne se passe pas très bien.  Elle a pris une journée de repos.  Allongée sur son lit, elle semble dormir.

Nous sommes, la photographe et moi,  pétrifiées d’émotion à la vue de la star dépourvue de tout artifice, d’une beauté  angélique, presque immatérielle.

 

 

«  Miss Monroë, merci de nous accorder un peu de temps…

 

Marilyn  ouvre les yeux.  Sa main droite pend dans le vide, blanche et potelée. Elle a déjà quelques tâches brunes, annonciatrices de la vieillesse qu’elle ne connaîtra pas.  Il paraît que  les lignes de ses paumes forment  un M dans chaque main.

 

-  Je ne veux pas parler de ce tournage, s’il  vous plait…Something

Elle parle d’une voix enfantine  qui donne le frisson.

 

-  Nous voudrions vous parler des MISFITS, votre dernier film.

-  Que voulez-vous savoir ?  tous les journaux ont déjà tout dit.

-   Vous avez dû éprouver un grand chagrin en apprenant la mort de votre

    partenaire, Clark Gable ?

Elle soupire,  se souleve  et saisit un verre d’eau posé sur sa table de nuit. Elle but une gorgée, puis  se laissa  retomber.

 

-  Vous savez ce qu’on dit ?  Que c’est moi qui l’ai tué.  Pourquoi les gens sont-

    ils si méchants ?  J’adorais Clark, il était comme mon père. 

-  Mais il ne supportait pas vos absences répétées, vos retards…

- Il avait le coeur malade….  Le tournage était éprouvant pour lui.  Il ne m’a jamais fait un reproche. 

-  On a dit aussi que vous aviez  essayé de le séduire ?Avec Clark Gable

-  Il était mon amant dans le film,  nous avions des scènes très hot, cela ne veut pas dire que…

-  Et Montgoméry Clift ? 

-  Il ne m’adressait pas la parole en dehors du plateau.  Son accident de voiture l’a défiguré, physiquement et moralement.  Il s’est refugié en lui-même… Avant, il était très sexy.

-   Etes-vous très proche du Président John Kennedy ?

 

Elle sourit vaguement, presque amèrement.

 

«  Le 19 mai dernier j’ai chanté pour lui devant dix mille personnes, on

  entendait à peine ma voix tellement ils criaient… quoi, c’était une petite chanson, rien de plus,  ma robe était très sexy, c’est vrai…  Mais le Président a été touché, je l’ai vu, il a eu l’air heureux…  Ca n’était pas mon idée, on m’avait demandé de chanter pour lui.  Quelle actrice ne l’aurait pas fait ? 

 

Elle ferma les yeux, tourna la tête pour cacher son visage.  A ce moment, la gouvernante, entra dans la pièce.

-  Miss Monroe, l’entretien a assez duré.    Le docteur Greenson sera là dans dix minutes.

 

Elle prit un comprimé dans un flacon et le tendit à Marilyn avec un verre d’eau.   Marilyn se redressa, son visage prit une expression de soulagement.

 

-  J’ai grand besoin de lui… ce cher Dr Greenson.

 

Elle avala son comprimé et dans un mouvement d’une grâce infinie, elle

jeta ses jambes hors du lit et se mit péniblement debout.

 

-  Mes amies, je suis tellement désolée…

 

Elle alla vers la coiffeuse et se pencha pour étudier de près son visage.  Sans maquillage, elle avait l’air d’une toute jeune fille.   Tout en brossant ses cheveux  elle poursuivit comme pour elle-même :

 

« Je n’ai pas été très coopérative … toujours à me justifier…  Toujours coupable, Norma Jean…

 

 

La photographe et moi nous levâmes pour prendre congé.  Il n’y avait pas eu un seul cliché  de pris, c’était impossible, une sorte de viol.  J’osai une dernière question :

 

-   Miss Monroe,  quel  est votre meilleur souvenir de tournage ? 

 

Elle arrêta le geste  et la brosse à cheveux s’immobilisa en l’air. Men prefer Blondes

 

  

-  Oh… le meilleur souvenir ?   Mon dieu, je ne sais plus…  MEN PREFER BLONDES, peut-être… Jane Russel fut une merveilleuse partenaire, elle avait un cachet dix fois plus élevé que le mien, mais elle était sans prétention aucune, on s’amusait bien.


_  Et votre plus mauvais souvenir  ?

-  Sans hésiter, LE MILLIARDAIRE  !  Oui, un cauchemar, qui m’a laissée  vidée de moi-même… Je n’aimais pas mon personnage. Chaque jour était une torture et j’arrivais de plus en plus tard sur le plateau.    La production  a monté en  épingle cette histoire avec Montand, pour la promotion…  et pour me punir aussi  !   Personne n’y a cru, j’espère !!

 

  DeboutElle eut un sourire gamin et nous l’avons quittée sur cette image juvénile.

 

Ce sourire, qui s’évanouit quelques semaines plus tard, à jamais.  Elle avait 36 ans.

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Mercredi 23 février 2011 3 23 /02 /Fév /2011 16:00

 

 

GLENN GOULD,  LE TÉNÉBREUXGould 1

 

C’est à Chicago, le 10 avril 1964, que Glenn GOULD donna son dernier concert en public. 

Ce soir-là, il avait  joué quelques fugues de l’Art de la Fugue, puis la partita n° 4, puis  la sonate opus 110 de Beethoven, et la troisième Sonate de Kreneg.

A quel moment y a t-t-il eu le déclic ? 

Ses doigts ont continué à jouer jusqu’au bout, mais lui n’était plus là.

Rentré à son hôtel, il prit la décision qu’il savait irrévocable, de ne plus jamais jouer en public.

 

 

 

 

-  Glenn Gould, vous souvenez-vous de la raison qui vous a poussé, ce soir-là, à  renoncer définitivement à jouer en concert ?     Ce soir-là le public vous

   a-t-il paru spécialement inattentif ?

 

Glenn Gould parut chercher dans sa mémoire, alors qu’il se souvenait très bien.  Il regarda la jeune fille qui attendait,  attentive, son magnéto sur les genoux.  Elle était jolie, avec un visage enfantin et paraissait totalement envoutée par son sujet.  Mais Glenn Gould était insensible à la beauté des femmes.  Il n’aimait pas le côté sexuel des rapports humains. Il détestait qu’on le touche.  Il appréciait Barbra Streisand pour son engagement humanitaire, et Petula Clark, bizarrement, pour sa voix.  Mais d’une manière générale, les femmes ne l’intéressaient pas.   Pour lui, un  dialogue avec une femme était une torture.

 

-   La raison ?  J’ai  soudain pris conscience de… ( Il hésita.   Sa pensée devait être difficile à exprimer sans  choquer).   Cette présence oppressante du public. Un public est fait d’auditeurs trop   dissemblables,  je ne peux apporter à chacun ce qu’il  attend, ils me...

 

-  Les réactions des spectateurs vous gênaient ?La-chaise.jpg

 

Glenn Gould pointa son index vers elle. 

-  Justement,  justement ! Vous avez dit « les spectateurs » !  Voilà ce que je

  ne voulais plus être : un spectacle !  Je dois être un son, une abstraction, une émotion pure, pas un objet de curiosité, mes mains, mon visage, ma chaise,

   mon piano, tout cela n’est pas la Musique !...

 

Il se leva, alla vers la baie vitrée qui surplombait  Lexington Avenue.  Le double vitrage n’empêchait pas de percevoir  l’effervescence nocturne  de Broadway, 26 étages plus bas.   

 

-  L’idée de concert est une ineptie, continua-t-il, le dos tourné,  rassembler des gens aussi différents qu’un médecin, un professeur de dessin, un banquier  ou un peintre, devant un homme seul, envahi par sa propre émotion,  qui doit cacher sa peur, oui, sa peur, j’ai un trac paralysant avant chaque concert, vous savez.

 

Il n’avait pas touché au plateau  que le valet de chambre de l’hôtel lui

   avait apporté au début de l’entretien.  Il  se versa  une tasse de thé et but

   quelques gorgées.

 

-  Mais, lorsque vous interprétez un concerto, vous n’êtes

   pas seul sur scène !

Glenn Gould reposa brusquement sa tasse.

 

-  Ah, ne me parlez pas de concerto !   Je déteste les concertos. 

 

Il se laissa tomber dans  le canapé, comme terrassé par une douleur terrible.

 

-  Qu’y  a-t-il ?  Vous souffrez ?

-   Je   souffre de mille maux dans mon corps.

 

 La journaliste le regarda respirer un grand coup et se dit qu’il devait surtout souffrir de la chaleur, habillé comme il l’était, dans cette chambre d’hôtel surchauffée.  Il portait plusieurs épaisseurs sous une veste de trappeur, des bottes fourrées et les gants qu’il ne quittait jamais.  Une mèche de cheveux noirs lui couvrait le front, on distinguait à peine ses yeux immenses et noirs.Avec-ses-gants.jpg

 

-  Pourquoi détestez-vous les concertos ?

-  Parce que je déteste les conflits. Un homme seul qui doit répondre à une meute d’instruments.   J’en ai joué pourtant, souvent.  J’essayais de placer le piano au milieu de l’orchestre, de le noyer, le dissimuler et j’avais ainsi la sensation -  fausse, bien sûr ! -  d’être des leurs.

 

-  Vous aimez la musique, mais aimez-vous toutes les musiques ?

- Ah non ! je  déteste  la musique de Stravinsky, son Sacre du

Printemps avec ses éjaculations sarcastiques, mordantes, laconiques      brutales.  D’une manière générale, je n’aime que les musiques virginales,

débarrassées de toute connotation sexuelle.   La musique de Bach, celle de

Beethoven, et quelques œuvres  de Mozart.  Chopin  me révulse par

son désir d’être aimé, que l’on sent à travers toutes sa musique.

 

-  Aimez-vous les animaux ?

- J’ai aimé dans ma jeunesse mon chien Nikki et ma perruche Mozart… hélas ils sont morts depuis longtemps.

 

-  Et les femmes ?  (elle lança la phrase sans réfléchir)

-  Pourquoi aimerais-je particulièrement les femmes ?  Pourquoi ne me demandez-vous pas si j’aime les êtres humains ?  Je ne fais pas de distinction

entre les hommes et les femmes.

 

Elle ne savait plus quel sujet aborder. Il y eut  un silence.

Il se leva,  ôta un de ses gants, fit jouer ses articulation. last-recording.jpg

«  J’ai des fourmis dans les phalanges, je ne sens plus mes doigts…

Excusez-moi, mais… je dois faire mon immersion d’eau chaude avant l’enregistrement de ce soir.  Pardonnez-moi.

 

La journaliste arrêta le magnéto, se leva pour partir.  Il s’était déjà enfermé dans la salle de bains.   

Le  soir-même il enregistrait son dernier disque, la sonate op 3 N° 1 de Strauss (et non les Variations Goldberg comme on le croit souvent) au Studio A de RCA Records à New-York. C’était en septembre 1982.  La photo ci-contre fut prise ce jour-là.

Et un mois plus tard, il tirait sa révérence, à cinquante ans.

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